CHAPITRE P
I. L'Élect ur de Mayence, Frédéric-Charles d'Erthal et son gouvernement. — II. Les clubistes, professeurs, hommes de loi, fonctionnaires, ecclésiastiques, étudiants, marchands, propagandisies. — Les matadors, WedikiaJ, Dorsch, Hofmann, Forster. — III. La déclaration de Daniel Dimont. — Réponses de Boost et de Hofmann. — Discours d'Erasme uennig et réplique de Metternich. — La pierre du marché. — Le L'vre Rouge. — Les journaux. — Le théâtre. — IV. Idées d'annexion. — Forster et le discours du 15 novemlire. — Les soulèvements de la frontière. — Bergzabern. — Décret du 19 novembre.
I. Frédéric-Charles d'Erthal, archevêque de Mayence el évèque de Worms, sur lequel tombèrent, en 1792, les premiers coups de l'invasion française, était un homme faible, vain, avide de paraître. Cet Électeur, dit le duc Richelieu, avait « un esprit rétréci et un orgueil en raison inverse de sa naissance ». Il voulait faire grand, éblouir le monde par l'éclat de sa cour, se donner l'air de protéger les lettres, jouer en Allemagne un rôle considérable.
Lorsqu'il se rendit à Francfort, pour assister au couronnement de l'empereur Léopold, il traîna près de quinze cents personnes à sa suite, et aucun prince n'eut
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ua train plus magnifique, aucun ne déploya plus de splendeur et de faste. Son palais devint une des plus belles résidences de TAllemagne, et les étrangers en admirèrent l'élégance et la richesse. Il y donna les fêtes les plus brillantes. L'àme de ces divertissements, la parure du Château, selon le mot de Goethe, était la gracieuse M"»" de Goudeuhoven. Celto autre Aspasie exerçait, disait-on, les fonctions de premier ministre, et l'Electeur ne voyait que par ses yeux '.
Faire de Mayence l'Athènes du Rhin, fut pendant quelque temps un des plus vifs désirs de Frédéric- Charles. Il eut pour secrétaire intime Jean de MùUer et pour lecteur Heinse ; il fonda une école normale ; il accorda des bourses de voyage à des jeunes gens qui revinrent, après de fortes éludes, occuper les chaires de l'Université ; il nomma Georges Forster, bibliothécaire, et confia l'enseignement à des hommes comme Bodmann, Sôramerring, Strack, Nicolas "Vogt, "Weidmann'.
Enfin, il se mêla très activement de la politique de l'Allemagne. Après avoir d'abord penché vers l'Autriche et pris en chaque circonstance l'avis du comte Metternich, il se livra tout entier à la Prusse et n'agit plus que sur les conseils de l'envoyé de Berlin, M. de Steiu.
' Le. duc de Richelieu. Saint-Pétersbourg, 1887, p. 121-123 ; Metteruich, Mém., 1880, 1, p. 14 ; Voyage sur le Rhin (par Robineau de BeauDoir), 1790, p. 10. Cf. sur le dernier Electeur de Mayence et son {gouvernement Eickemeyer, Denkschrift, 1798, p. 2-7 ; DcnJiwiirdu]keitsn, 1845, p. 80-105; Ribbeck, Voyage en Allemagne, 1788, lll, 205-221; Perthes, Polit. Zust. u. Personen, 1862, I, \6-1S;Briefè eines prcnss. Aiigenzeiigen, IV et V, 1795, p. 139-146 ; Mainz im Gimisse der Freiheit, 246-256; Die Franzosen am Rheinstrome, III, 38- 40; Vehse, Qesch. der kleinen deutsche/i Râ/e, 1859, XI, 173-231 ; Rambaud, Les Français sur le Rhin, 165-170, etc.
* Cl". Bockenheimer, Die Restauration der Mainzer Hochichule. 1884»
L'archevêque de Mayeuce s'alliait donc à la Prusse protestante contre l'Autriche calholique. Tout en lui était contradiction ; rien de ferme ni d'assuré ; mais la mollesse, l'insouciance, la frivolité, le luxe le plus ruineux. Il écoutait volontiers la lecture à'Ardingliello, ce roman licencieux de Heinse ; il faisait l'esprit fort lorsque Forster lui parlait de la religion de Taïti ; il s'entourait d'illuminés. Aprèà s'être entiché de l'Université, il s'en dégoûta et ne pourvut presque plus à ses besoins. Il avait, pour la doter, sécularisé trois couvents : les fonds furent dilapidés ou mal employés. Il passait, après le pape, pour le prélat le plus riche d'Europe, et il s'endetta.
La cour imitait l'Electeur. Le Chapitre, le plus opulent de l'Allemagne, comptait vingt-deux chanoines et quinze domicellares, qui devaient prouver seize quartiers. Aussi Mayence était, après Vienne, le séjour de la vieille et pure noblesse, avide de gros canonicats. Ces fiers gentilshommes suivaient les modes de Paris et avaient sur leur table l'Esprit d'Helvétius et sur leur console le buste de Voltaire. Les uns tenaient pour l'Autriche, les autres pour la Prusse. Mais tous flattaient, adulaient M™« de Goudenhoven qui disposait des faveurs et des grâces. Ils méprisaient la classe moyenne. Le baron d'Erthal, frère de l'Electeur et son premier ministre d'Etat, daignait à peine répondre aux révérences des roturiers par un mouvement des cils.
La bourgeoisie supportait ces mépris avec calme. Elle n'avait cure de la politique et ne frondait pas le Gouvernement. Elle qualifiait d'intrus les étrangers et les protestants que l'Electeur avait appelés à l'Université. Mais, avant tout, elle vaquait à ses affaires.
Le bas peuple, ignorant et superstitieux^ était mené
4 MAYENCff,
par les moines et les curés. Son humeur légère, la douceur du climat, la beauté du pays, le bon marché de toutes choses, le vin du Rhin, lui rendaient l'existence facile ; il vivait sans souci, et, au plus, daubait sur les chanoines et les nobles qui chômaient tout le jour '.
La Révolution française éclata. On vit avec déplaisir l'accueil que Frédéric-Charles d'Erlhal faisait aux émigrés et la magnifique hospitalité qu'il offrait au comte d'Artois et au prince de Condé. On le blâma de recevoir à si grands frais ces libertins arrogants et de se jeter tète baissée dans la guerre austro-prussienne. Un observateur assure qu'à cette époque l'archevêque- électeur avait mécontenté presque toutes les classes et que l'opinion paraissait démocratique*. Notre ministre O'Kelly jugeait que « l'exaltation des esprits avait fait des progrès sensibles », et son successeur, le chargé d'afiaires Barthélémy, que l'approche d'une armée française serait peut-être le signal d'un soulèvement *. Un grand nombre de Mayençais souhaitaient l'avènement du coadjuteur Dalberg, et tout l'Eleclorat louait sa bienveillance, sou humanité, son intelligence vive, son savoir étendu : « Coadjuteur, s'écriait plus tard un clubiste, nul de ta caste n'a suivi comme toi l'essor des sciences, ni osé pénétrer dans les régions inconnues des droits de
* Nul n'a mieux et plus brièvement peint la situation morale de l'électoral que J.-A. Boost, dans son ouvrage Wns loaren die Rhetnl&nder als Menschen und Biirger, und toas ist aus ihnen geworden ? 1819, p. 205 : « Die Kheiniander, vom saulten Krummslal) beherr- Bcht, tràumlen, sorgenlos wie glûckliche Kinder, ihr bûrgerliches Leben hin. »
* Von Knoblauch, Minerva, vol. Vil, p. 26.
' O'Kelly et J. Barthélémy à Monlmorin, 6 juin et 3t déc. 1791 (Archives étrangères ou A. E.); cf. Custine, 21-24.
l'homme, quoiqu'elles te fissent pressentir à chaque pas ta mort politique ' ! »
Mais il y avait dans la ville un groupe d'opposants qui ne voulait ni de Dalberg ni de Frédéric-Charles d'Erthal. Il comptait parmi ses membres des professeurs de l'Université, des jurisconsultes, des ecclésiastiques et plusieurs marchands. C'était, dit Forster, « la partie la plus importante de la population par les connaissances et par l'esprit d'indépendance *. » Non seulement ces hommes désiraient être quelque chose et avoir part aux affaires publiques*; non seulement ils souffraient avec impatience la domination d'un prêtre et demandaient l'abolition des privilèges considérables dont jouissaient la noblesse et le clergé; non seulement ils détestaient un prince qui ". révoltait la raison par son luxe et répandait l'argent à pleines mains parmi d'inutiles courtisans, des flatteurs et des maltresses* ». Mais la Révolution française avait fait sur eux la plus vive impression. Epris de réformes et de progrès, aspirant à réaliser l'idéal de justice et de lumière que prêchaient les philosophes, admirant avec un sincère et candide enthousiasme les décrets de la Constituante et de la Législative, ils aimaient de tout leur cœur la France nouvelle qui venait généreusement affranchir les nations. La plupart se réunissaient au Cabinet littéraire de Sartorius, où on lisait à haute voix, au milieu des bravos, les gazettes de Paris,
' Cf. J.-A. Hofmann, Veber Fûrstenreginimt und Landstânde, p. 11, et K. Boost, Constilutions-Vorschlâge des Handehstandes zu Maint béant ivort et, p. 14.
» Forster, VI, 400.
* Sur Ciistine et Mayence, par un citoyen manqué, p. 3 (pamphlet peu connu, mais spirituel et joliment tourné ; un émigré y a mis sa î^.rilTe).
♦ Eickemeyer, Denkschrift, 6-7,
et il fallut, le <3 octobre, huit jours avantla capitulation, leur défeudre, sous les peines les plus sévères, d'accompagner d'applaudissements et de marques d'adhésion la lecture des journaux français.
II. Le 21 octobre, Custine entrait à Mayence. Il agissait de son chef : ni le Conseil exécutif provisoire, ni la Convention, ni Biron, encore sou supérieur, ne lui donnaient d'instructions ; il imita Monlesquiou. Maître de Chambéry etde la Savoie, Montesquieu avait dit que tous les officiers de justice et toutes les administrations établies devaient provisoirement exercer leurs pouvoirs suivant les lois et usages du pays, jusqu'à ce que le vœu national fût connu. Custine protesta qu'il n'imposerait pas un nouveau régime aux habitants de Mayence et de l'Éleclorat ; il maintiendrait les anciennes taxes et ferait respecter toutes les autorités constituées jusqu'à l'époque où le peuple manifesterait sa volonté spontanément et de bon gré. Il assurait que les Mayençais eux-mêmes décideraient de leur sort et qu'ils avaient le droit de préférer l'esclavage aux bienfaits de la liberté : « je laisserai aux traités à prononcer lequel des despotes doit vous rendre des fers. » Mais ni Custine ni les amis des idées nouvelles n'imaginaient que la population opterait pour l'Electeur'.
• L^Exp^dition de Custine, 83-86. Cf. sur la révolution mayençaifo outre la Liste et le Livre roujre des clubisles, la Darstellung dei- Maineer Jicvolution (1794) ; Die Bclagerung der Stadt Matnz (1793, par Daniel Durrioiit) ; Geschichte der framôsischen Erobcr. u. licvol. am Hheinstrome ; Die Franzosen am Rheim.trome, I et II (1793, par Girtan ner) ; les journaux du temps, surtout la Mainzer National-Zeitmtj et le Bûrgerfreund ; la correspondance de Forster [Sâmnitl. Schriften., VI, VllI, IX) ; Nau, Gesch. der Dentschen in Frankreich u. der Frannosen in Deutschland. (1795, vol. IV et V) ; les deux ouvrages de Karl Klein, Gesch. von Mainz wâhrend der ersten franz. Occup.
Vn jeune homme ardeut, étourdi, bizarre, présomptueux, Georges BÔhmer, dirigea, du moins dans les premiers jours, le mouvement révolutionnaire. C'était le fils d'un savant professeur de l'Université de GÔttingue et le beau-frère de la grande Caroline qui fut la femme de Guillaume Schlegel et de Schelling. Caroline le traite de fou et s'étonne que les Français l'aient pris à leur service; mais, dit-elle, « qui peut-on employer, et ceux qui se poussent eu avant dans de pareilles occasions, sont-ils jamais les meilleurs? » BÔhmer, d'abord privat-docent à l'Université de GÔltiugue, était professeur au gymnase luthérien de Worms, Une revue de théologie qu'il publiait', lui attira de vives inimitiés. Il résolut, dans son dépit, de « suivre les couleurs tricolores » et s'offrit à Custine qui se l'attacha comme secrétaire-interprète et lui alloua un traitement provisoire de cinq cents francs par mois. Ce fut Bohmer qui traduisit en allemand la plupart des proclamations du général. Le Moniteur le nommait un a homme utile et vertueux, plus proi)re que personne à répandre les principes sains de la liberté dans la Germanie ». Custine affirmait qu'il était « recommandable par la persécution des despotes », que « tout l'Empire l'estimait, qu'il saurait éclairer sa patrie par ses écrits ». Le fils de Custine l'appelait « le célèbre docteur Bohmer '>. Fier d'être le trucheman des Français et leur organe
(1861) et Forster in Maim (1863), Perlhes, Venedey [Die dentschen Eepnbhkaner, 1870), et les brochures innombrables de l'époque, surtout Mainz im Oennsse der Freiheit, les Schone Raritâten zuni Zeilverifcib des Maimer Burgers, etc. Citons aussi les travaux de Bockeiiheimer, l'homme qui sail le mieux l'histoire de Mayence, et notamment Die Mainzer Patricien (1873) et la Geschichte der Stadt Mainz wâhrend der zweiten franz. Occup. (I" édition 1890 ; 2' éd. 1891).
* Le Maçazin fur das Kirchenrecht und die Ki'chengeschichtt.
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attitré auprès de l'Allemagne, Bôhmer se vanta de ses ménagements envers la cilé de Worms et déclara superbement qu'il avait pour maxime de répondre à la haine par des bienfaits. « BÔhmer, disait-il de lui-même, est maintenant à l'abri des poursuites furieuses du Magistrat de Worms ; mais il a eu le plaisir de faire, par ses prières, exempter de la contribution ses compatriotes qui l'avaient un instant méconnu et, s'il n'a pu obtenir la grâce entière de ses ennemis, il a, du moins, par son intercession réduit la plus grande part de leur châtiment ». Il envoyait une sauvegarde à l'Université de Gotlingue : « j'aime trop, écrivait-il, le sol qui m'a bercé et l'École qui voit à sa tête mon père, l'orgueil de ma vie, pour ne pas demander, en faveur de la ville et de l'Université de GôUingue, une lettre de protection au noble citoyen et général des armées de ma nouvelle patrie • ».
« Mainzer Zeitmç, du 22 oct. et du 3 nov. 1792 ; Ihlee, 84-85 ; cf. Wailz, Caroline, 1871, I, p. 110; Briefe von und an Bûrger^ P- P. Strodtmanii, IV, 225 (mot de Meytr de Bramsledt, qui le nomme ainsi que Wedekind, ■ elender Bursch »); Custine à Biron, 21 oct.; Custine fils au président de la Convention, \^' déc. (A. G.) ; Mon., 2 et 5 nov. ; Courrier des départ., 6 nov. ; Rec. Aulard, I, 2'i9. Georj^es- Guillaume Bôhmer devint, en 1795, jupe au tribunal civil du déparlement des Forêts. Il publia, en Tan IV, en trois cahiers, • La rive gatiche du Rhin, limite de la Répuhligjie française, ou recueil de plusieurs dissertations jugées dignes des prix proposés par un négociant de la rive gauche du Rhin ». De retour en Hanovre, après la fondation du royaume de Westpbalie, il exerça les fonctions de juge de paix à Schlangenslâdt. Il devint, après la chute de l'Empire, privat-docent à l'Université de Gôltingue, et mourut dans celte ville en 1839, à l'âge de 79 ans. Eickemeyer [Denkw. 154-156) raconte qu'à l'une des grandes fêtes républicaines de Mayence, il fit apporter sur la place son nouveau-né : « Gracchus, lui dit-il, je compte que tu seras comme les deux grands Romains dont tu portes le nom, l'ami du peuple et l'ennemi des aristocrates » ; l'enlanl prit froid, jeta des cris et mourut le lendemr'n. Bôhmer, ajoute Eickemeyer, fut, après la capitulation du 23 juillet 1793, mené à Ehrenbreilstein ; en chemin, un sacristain, qui portait des cierges dans une longue boîte, se joignit
Lo 22 octobre, au leudemaiu de la reddition, Bohmer preuait la direction de la Gazette de Mayeiict et annonçait la fondation d'un club. Le jour suivant, dans la grande salle du Château qui devenait le berceau de la liberté germanique, « après avoir servi naguère à la mollesse et à la volupté », avait lieu la première séance de la Société des Amis de l'Egalité. Mais Bohmer exigeait des assistants le serment civique. Il n'y eut pas vingt personnes '.
Bohmer se ravisa. Il permit à tous les habitants l'entrée de la salle et aux femmes l'accès des galeries. Aussi, la deuxième séance, du 24 octobre, réunit-elle plus de deux cents Mayençais. Gustine y parut, et, dans un discours qui fut traduit aussitôt par Bohmer, assura le club de sa protection. « Qu'une honte éternelle, disait-il, flétrisse tous ceux qui préfèrent le cliquetis de leurs chaînes à la douce voix de la liberté ! » La Société reconnaissante le nomma son sauveur, et Gustine, enivré, mandait, le 26 octobre, à Paris : « Nos principes seront professés désormais dans une salle de ce superbe palais où s'assemblaient au mois de juillet l'empereur François, Frédéric- Guillaume, le duc de Brunswick, les Electeurs, et les
aux prisonniers ; on fil croire à Bohmer que c'était le bourreau qui portail avec lui son glaive de justice ; aussitôt Bohmer se jette à genoux cl crie grâce. Conduit à Erfurt, il jura de se laisser mourir de faim ; il tint parole durant trois jours, mais le quatrième, il commandait un copieux repas. Plus lard, il ornait les murs de sa maison de sentences et de devises. On lisait sur le plafond de sa salle à manger • on mange pour vivre, mais on ne vit pas pour manger ». Apres le Concordai, il se couverlil au catholicisme. Eu-kemever le nomme un Phanlast (cf. Z)«/sf, 169 et 237, Freiheitsphaniast). Voir encore sur lui Die alten Franz., 19-20; Ihlee, 84-So ; Die Franz, ani liheinstrom, II, 136 ; Schône Rarit., I, 6 ; Bockenheimer, M. P., 30 ; Custine, 85.
» Mainzer Zeilung, 25 et 26 ocl. ; Mon., 2 et 3 nov. 1792.
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ci-devant princes français, pour y préparer et y jurer la ruine de la nation. Plus de deux cents citoyens se sont trouvés avant-hier à la première séance. Hier, ce nombre était plus que doublé. On va y inviter les habitants des petites villes et des campagnes' 1 »
Le club compta bientôt quatre à cinq cents membres *. Les principaux étaient, outre Bôhmer et l'Alsacien Daniel Stamm*:
L'ingénieur et futur général Eickemeyer, qui se ralliait dès le 23 octobre à la cause des Français et qui servit dans l'armée républicaine : homme honnête, droit, désintéressé, que les pamphlets de celte époque accusent de trahison et qui n'eut d'autre tort que de quitter avec trop d'empressement son premier drapeau*;
Des professeurs de l'Université : Charles-Joseph Weslhofeu^ Vogl», Blau'^, Metternich, Wedekind, Dorsch, Hofmann ;
1 Mon., 6 nov. 1792 ; Darst., 110 ; Cusline au président de la Convenliou, 26 oct. (A. G.)
* Cl", le Getreiies Namensverzeichniss der in Ilainz sich bcfiudenden 451 Khthbisteii mit Bemerkung derselben Charctkter, im mai 1703 (14 pjfres sur deux colonnes), Das Mainzer Rothe Buch oder Verzeichn. aller Mitglieder des Jakobiner-Kluhs iii Mainz 1793, 16 papes, et l'inexacte Notiz von einigen Mitgliedeni des Mainzcr-Jacobinercliibs, dans le Rcvohttionsalmanach von 1794, p. 135-143.
^ L'Expédition de Custine, p. 86-88.
* Cf. sa Denkschrift et ses Denkwiirdigkeiten ainsi que VExpédition d'i Custine, p, 101-108; Lehné, Gesamm. Schrifien, 1837, IV, 1, p. 140 € Der Uiisinn von Verratb gegen einen Biedermann ersouuen ».
5 Weslhofen , professeur f'e malbémaliques , devint notaire à Mayence, puis professeur à l'Ecole centrale; cf. Schone Rarit,\, 11; et Bockenheimer, Rest. der Hochsch., Ï8.
« Vogt, professeur d'histoire, ne tarda pas à quitter le cli:b et se retira à Strasbourg; cf. Darst, 9 ; Mainz im Gcniisse der Freiheit, 126, Klein, 302, et une lettre de Jean de MûUer (15 nov. 17v3); Bockenheimer, Rest. der Eocksck., 39.
7 Félix-Antoine Blau, professeur de dogmatique et sous régent du
LE CLUB <l
Le bibliothécaire de l'Université, Georges Forsler, et ses auxiliaires, Melzer père et Obier ' ;
Des instituteurs, comme Ignace Meisenzahl* et Guy Beck, qui dressèrent dans leur salle d'école un arbre de la liberté, surmonté du bonnet rouge;
Des maîtres de langues. Français pour la plupart : Dimanche, Dupuis, Gillet, Goldstein, Ifland, Klein. François-Xavier Lejeune, Marchand *, Melzler, Pierre *, Vogel ;
Des Français établis à Mayence : le pharmacien Debillaud^, le sellier Knoderer ', le marchand Patocki';
Béminaire, devint, en 1795, juge au tribunal civil du département des Forêts, puis juge au tribunal criminel du Mont-Tonnerre, enfin bibliothécaire de la nouvelle Université; cf. Darst , 100; Mainz im Gcnusse der Frei/ieit, 44 ; Sc/iône Ravit, I, 7 ; Eickemeyer, Denkw., 151 ; Klein, 432; Bockenheimer, M. P. 4 et 29, Rest. der Hochsch., 23, et Gesch, 165. Il mourut le 23 décembre 1798.
1 Jean-Jacques Ohler signait, en France, « Olileur • (Voir sur lui Darst., 113, 150, 483; Schdne Rarit., I, 21-22^; il était . Diener . ou gaiçon, taudis que Pierre Anselme Melzer était secrétaire de la bibliothèque (Klein, Forster in Maine, 75).
* Cf. Vtrz; Darst,, 357, 578 et Klein, 259 ; Meisenzahl devint directeur de la maison des eni'ants pauvres et orphelins.
^ Marchand avait reçu du gouvernement électoral le « consilium abeundi • avant l'arrivée des Français (Gesch., 15"). 11 publia à la fin de 1792, une Adresse à tous les citoyens et citoyennes de la ville de Mayence indistinctement, qui ont eu le malheur de tomber dans l'erreur de l'émi g ration [\'i pages) ; il se vante d'être « doué d'un prisme qui ne l'a jamais trompé dans le calcul des événements politiques », exalte Villemanzy t l'ait pour régler l'ordre des choses comme le soleil pour régler la clarté du jour • et engage les émigrés mayençais à • venir respirer dans une terre libre ». Dans une lettre à Merlin (pap. I, 187 ; AIzey, 12 ventôse an III), il demande une place et jure que le ' léu du plus pur républicanisme circule dans ses veines ».
* Jean-Claude Pierre devint commis-greffier de l'administration centrale de Kreuznach (1796), puis professeur de langue française à l'Ecole centrale de Mayence.
^ Il devint garde-magasin des effets des émigrés français [Darst., 431 et 435).
* Jean-Henri Knoderer était de Westhoffen (Bas-Rhin).
' André Palocki venait de Colmar et fut secrétaire des représen-
12 WAYENCE
Des hommes de loi, les uns déjà mûrs et en exercice,
les autres stagiaires ou PraUikanten : Caprano ', Fuchs*,
Medicus *, Niederhuber*, Razen ', Retzer^, Scheuer',
Schlemmer*, Wassmann', les procureurs Kunkel et
Schornsheim ;
tants près l'armée de la Moselle ; Dafst., 409 ; Belag., 62; ScliaaL, 335; Reynaud, Merlin, II, 40.
1 Jean-Adam Caprano (mort le 9 cet. 1800) fut membre de l'adminislration centrale établie à Kreuznach, puis juge au tribunal civil du Mont-Tonnerre; cf Bockenheimer, Gesch., 163; Remling, II, 491.
* Antoine Fucbs, attaché à la Chambre des finances et collaborateur du Bûrgcrfrennd (voir le n» du 21 décembre 1792), devint notaire à Edenkoben; Darst.^lkl ; Gesck., 160-161; Schône Harit., l, 20; Remling, I, 295 ; II, 353, 398.
* Charles Medicus, né le 2 mai 1767, devint notaire à Obermoschel, puis à Edenkoben ; on le jugeait, dans cette place, « intelligent, actif, probe » [A. N.).
* Dant., 761.
5 Ricbard Razen, que la Liste des clubistes nomme un « Rabulist » ou chicaneur, avait plaidé pour la ville de Bingen contre le Grand- Chapitre un célèbre procès ; il était assesseur du tribunal de la ville et devint juge au tribunal civil du Mont-Tonnerre ; Darst,, 111-112.
* Charles-Joseph Rctzer, né le 10 décembre 1770, commissaire de police pendant la première occupation française, devint successivement juge du bailliage de Germersheim, commissaire du Directoire exécutif à Mayence, commissaire du gouvernement près le tribunal correctionnel de Kaiserslautern, magistral de sûreté du même arrondissement ; cf. outre Eickemeyer [Dcnkio., 152), qui le juge loyal, humain, désintéressé, Remling, II, 445; Bockenheimer. Gesch., 34, 44, 128. t II a, disait-on de lui en l'an XI, bi^aucoup d'ascendant sur les habitants, et il jouit de la considération publique par ses fonctions, ses lumières et sa moralité. » (A. N.)
^ Cf. sur Jean-Antoine Scheuer, Darst,, 528, 646.
8 Joseph Schlemmer rédigea quelque temps le Courrier de Strasbourg ; il fut successivement greffier du juge de paix à Grûnstadl, substitut du commissaire du gouvernement, juge de paix à Mayence, puis, comme Caprano et Razen, juge au tribunal civil du Mont- Tonnerre. Conseiller à la Cour d'appel en 1825, il meurt le 12 février 1830. Cf. Remling, II, 352, 356, 393 ; Bockenheimer, Zwei Silz. de-- Clubisten, 8, et Gesch., 113, 103, 165.
9 Joseph Wassmann que la Liste des clubistes qualifie t Amtspruklikaut et Studentenprazeptor «, devint notaire à Nieder-Olm (Bockenheimer, Gesch., 167); cf. Darst., 527.
Des fonctionnaires de tout ordre : Bittong * ; Boost, intime ami de Razen et bailli de Hôchst* ; Hartmann, conseiller au tribunal auligue*; Ilauser, ancien secrétaire et conseiller de l'Électeur*; le commissaire de police Macké, homme intelligent et probe, estimé de la bourgeoisie mayençaise, destiné à une brillante carrière ^ ;
» Cf. Barst., i58, 219, 674-675 (note).
* Charles-Joseph Boost fut juge au tribunal civil du Mont- Tonnerre, puis au tribunal de première instance; Darst., 112, 357, Schôiie Rarit., I, 14 ; Bockenheimer, Gesch., 165, 178, 181.
3 Gaspard Hartmann fut, plus tard, accusateur public du tribunal criminel du Mont-Tonnerre ; Darst., 99-100, 219, 303, 395. 423; Schôiie Barit., I, 15 ; Hin paar derle Worte des H' Gottlieb Teutsch an Hartmann, 2-8; Bockenheimer, Gesch., 61 et M. P., 29.
* Jean-Baptiste de Hauser avait alors 28 ans ; il reçut l'année suivante une mission à Huningue, à raison de 500 francs par mois (A. E.), et fut, en 1795, secrétaire-interprète des représentants Rivaud et Merlin; Darst., 112-113; Schône Rarit., I, 15; Remliug, II, 195.
5 François-Conrad Macké (2 juillet 1756-17 mars 1844) devint commissaire du Directoire exécutif, président du tribunal criminel, maire de Mayence, membre du Corps législatif; Darst., 308 : Schaber, Tagebuch, 82; Bockenheimer, Gesch., 1813-iSii, p. 116-117; une note de l'an IX le caractérise ainsi : * homme sage, vertueux et modeste, n'est d'aucune l'action, mérite la confiance ». Jeanbon Saint- André le juge • doux, timide même, par conséquent faible, mais honnête homme, qui s'est dévoué dès l'origine à la cause des Français, qui a souffert pour elle, qui a rempli la place de maire, sinon avec énergie, du moins avec une parfaite intégrité et un grand dévouement > (note du 5 avril 1812J. Macké, lui-même, dans une lettre du 28 mars 1812, à Montalivet, retrace ainsi ses services passés : f En 1793, lors du fameux siège de Mayence, j'ai rempli la charge extrè. memeut pénible de maire ; en 1798, j'ai organisé, en qualité de commissaire du pouvoir exécutif, la nouvelle municipalité et, ensuite, président du tribunal criminel du déparlement, j'en ai fait de même pour la partie judiciaire. Depuis, Sa Majesté a daigné me nommer, deux fois déjà, maire de sa bonne ville de Mayence, me décorer de l'aigle impériale et m'appeler aussi, à deux reprises, à la présidence dans les collèges électoraux de l'arrondissement et du deuxième canton de Mayence » (A. N.). Cf. le témoignage que lui rend, ainsi qu'au commandant de place Mûller, la Hessen-Darmst. Landzeitung . du 1" août 1793.
I i MÂYËNCB
le greffier de la ville Reussing ; Schwallbach, receveur à Marienborn dans cette maison de la Chaussée ou Chausseehaus que Gœthe a rendue célèbre ; Stumme, secrétaire de la Chambre des finances, qui tenta ridiculement de former une garde nationale dont il eût été le colonel * ; Umpfenbach, régisseur d'un bailliage de Dalberg * ;
Des ecclésiastiques assermentés : Arand, curé de Nackenheira ' ; Arensberger, chapelain de KasleP ; le vicaire Dielz; Charles Dresler»; le bénédictin Charles- Auguste Eulhardt ; le chanoine de Saint-Jean, Charles Falciola , qui fut aumônier de l'hôpital français * ; le curé Ileimberger' ; le moine augustin Hornung, directeur de l'Ecole normale et professeur au gymnase * ; le
> Darst., 85, 98-99, 330, 425, 440-441, 489; Mainz im Genusse der Freiheit, 59-60; Schône Rarit,, I, 11; Maimer Zeit., 7 janvier 1793 ; on le nomma, par ua jeu de mots, le stumme Obrist, ou le colonel muet.
* Cf. Ein paar Worte an die teittschen Emigranten, 32, et Klein, 427 ; Adam Umpl'enbach devint président do la muoicipalilé, puis juge au tribunal (Bockenheimer, Gesch., 124 et 177); Rudler le nomme € bon administrateur, aimé de tous les habitants des environs » (A, N.).
* Ch. Melchior Arand, d'Eichsfeld, professeur de palrislique à l'Université, reçut les félicitations de Custine, et les commissaires de la Convention le nommèrent régent du séminaire ; Darst. ^ 769 ; Mainzer Zeit., 19 et 26 nov. 1792, 25 février et 4 mars 1793 ; Bockenheimer, Best, der Hochschule, 25.
* Cf. sur Martin Arensberger la Mainter Zeit., du 29 nov. 1792, Darst., 325, et Klein, 262-203.
* Ch. Dresler, né le 4 août 1771, devint garde-général des forêts à Winnweiler, puis sous-inspecteur à Deux-Ponts.
<• Ch. Falciola, né le 30 avril 1759, fut plus tard receveur des domaines à Lauterecken.
'' On trouve plus tard Philippe-Jac. Heimberger, secrétaire de la sous-préfecture de Spire (Remling, II, 445).
8 Voir sur le Père Hornung et sa vie agitée, Darst., 494 ; Schntie Rarit., I, 17 ; Klein, 304, 358, 438, et surtout Eickemeyer, Denkîo.^ 246-249.
carmélite Joseph Kunz ; le curé de Saint-Emeran, Michel-Valentin MûUer; le capucin Norbert Nimis, chanoine de Saint-Victor et précepteur des enfants de M™« de Goudenhoven ' ; le bénéficier du Saint-Esprit, Henri-Joseph Rompel * ; le curé Laurenz Schweicard ; le vicaire de Saint-Jean, Chrétien-André Wolfï' ;
Des jeunes gens, les uns étudiants, les autres frais émoulus de l'Université, candidats en droit, professeurs à leur début, et, pour la plupart, se qualifiant d'hommes de lettres*; Bauer", Boost fils, Falciola fils, Haupt*, un des plus curieux aventuriers de cette fin de siècle,
* Nimis fut plus tard juge de paix à Kirrweiler, commissaire du Directoire eiécutif à Neusladt, notaire à Hassloch [Remling, II, 346, 384, 399, 403-404, 415, 436 ; Schône Earit., I, 8. Bockenheimer, lîest. der Hochsch. 20). Il souleva peudaul son séjour à Neust^dl, de véritables tempêtes et Marquis écrivait au ministre de la justice (21 floréal an VII, A. N.) que Nimis était boa patriote et très zélé, mais qu'il ne pouvait exercer plus longtemps ses fonctions à Neusladt ; « sa présence ne servait qu'à cimenter la haine implacable des deux partis. »
» Cf. Darst., 581.
> Cf. sa lettre à Merlin, 14 thermidor an II (Reynaud, II, 22). Wolf ou Wolff l'ut curé, puis greffier du tribunal à Harskirchen (1794) et sous l'Empire, maire de Winnweiler; il était né le 30 nov.
* Ecclésiastiques et étudiants se nommaient volontiers ainsi ; parmi les premiers, Dresler, Eulhardt, Heiraberger, Kunz, Schweicard, et parmi les seconds, Falciola fils, lUig, Meuth, Och, Theyer, Wohlstadt.
* Antoine Bauer se donnait le titre de « mathématicien ».
fi Frédéric-Gharles-Joseph Haupt, alors âgé de 20 ans, fils d'un conseiller aulique, fut aide-de-camp de Neuvinger et à la suite des certificats de jacobinisme que lui donnèrent le 24 mai et le 1" octobre 1793 ses « frères • de Strasbourg et de Mayence, agent du Comité de salut public qui l'envoya à Belfort et le chargea de surveiller la frontière aux appointements de 500 francs par mois; on jugeait sa correspondance active et utile ; cf. Taine, La Bévol., III, 331, 369, 490, 494 ; Bickemeyer, Denkw., 223-232 ; note au ministre (A. É.)*
46 MATBNCB
IlligS Kôhler ', Lehné*, Marx, Melzer*, Merckleiu», Meuth», Och', Olt«, Pfeiffenbring », Plôger '•, Steinem ",
' GottfriedlUis devint commissaire du gouvernement près le canton de GôUheim, et coDtrôleur des contributions directes à Oopenbeim, puis à Winnweiler.
* Kôhler fut professeur d'histoire naturelle et de botan.jjaj a l'Ecole de médecine et mourut le 22 avril 1807, à quarante-deux ans (Bocsenbeimer, Qesch , 427).
* Frédéric Lehné devint, en 1794, commissaire dans le Palatinat, et plus tard, traducteur de TAdminislralion centrale du Mont-Tonnerre, professeur à l'Ecole centrale, procureur-gérant du Lycée ; il était poète : comme Lamey à Strasbourg;, il célébra la Révolution dans des poésies — et archéologue : il a laissé cinq volumes d'œuvres complètes {Gcs. Schriften, 1836-1839) ; cf. Bockenheimer, GescA., 310, et M. P. 29, Gesch. 1813, p. 14t.
* Jean Melzer, fils du secrétaire de la bibliothèque universitaire, était secrétaire du club (Verzeichniss et Klein, 299) ; il demanda, comme Herrer, d'être employé à l'armée du Rhin (28 niv. an II), et fut, en 1797, secrétaire du commissaire préposé aux réquisitions à Neustadt; Remling, II, 353, 411 ; Daist., 113, 524, 580, 593.
' Jean Mercklein se fit inscrire au club un des premiers et < se déclara pour la constitution française dès le premier moment » (certilicat des jacobins de Mayence, 16 brum. an II, et de Hofmann, 22 du premier mois de Tan II) ; aussi Haupt le demandait-il comme second et répondait de lui sur sa tête (lettre de Belfort, tridi de la 3* décade de brum. an II. Arch. étr.); cf. Klein, 452 et Remling (I, 45 i et 469) qui nous le montre interprète de Dumoulin.
* Jean-Dominique Meuth devint commissaire du Directoire exécutif, puis receveur des contributions directes à Kaiserslautern [Darst., 2561.'
7 Cf. sur Georges Och, Darst., 37, 583 (597).
8 Jean-Michel Oit devint commissaire du gouvernement, puis notaire du canton d'Obermoschel.
9 Pfeiffenbring devint juge au tribunal civil du Mont-Tonnerre, (Bockenheimer, Gesch. 165); cf. Ueber die Yerf. von Mainz,, 21, qui propose méchamment d'envoyer à la Convention, comme député de Mayence, ce « glorieux • jeune homme.
•• Antoine Plôger, étudiant en médecine, passait pour « le plus impudent braillard du club » (FcrzetcA«»ss/ cf. Schone Rarit.^ I, 28; Barst., 451, et Klein, 290).
" Charles-Joseph Steinem devint grefiier du tribunal de police correctionnelle, puis notaire du canton de Mayence.
Suler ', Theyer ', Pierre Wohlsladt, l'éludiant en médecine Staudinger que tout Mayence nommait le rusé Cupidoa'; G. Wolf*;
Des commerçants, petits marchands, gens de métier et autres : Jean-Aloys Becker ^ ; Gronauer®; l'octogénaire Eckel, potier d'étain et capitaine de la garde urbaine^; le droguiste Jean-Paul Enimerich ; le boulanger Euler'; le marchand de bois Falciola'; le pâtissier Gaul ; le charretier Gutensohn '" ; le batteur d'or Jean-
* Cf. sur ce Suter, docteur en philosophie, Klein, 452,
2 Cf. sur Pierre-Nicolas Theyer Z)a>-s^, 322, 581, 595, 674; Klein, 2"jl, 296, 345; il devint commissaire du gouvernement près le canton d'Alzey, puis notaire à Alzey.
' Voir sur Staudinger, qui s'enf,'agea dans le 5° hataillon du Bas- Rhin et mourut en France, Darst., 196, 239, 330, 426.
^ Geoifroi ou Got'.fried Wolf, étudiant en droit, frère de Chrétien Wolf, né le 29 nov. 1765, fut, en 1794, expéditionnaire du district de Saar-Union, puis commissaire du gouvernement près le canton de Winnweiler et, sous TEmpire, notaire à Winnweiler.
5 II devint chef du bureau des domaines, puis de la première division à la préfecture du Mont -Tonnerre.
* Cf. sur ce fabricant de potasse Darf:t., M?; Bockenhcimer, Gesch., 124; en l'an VU, il fournissait le vin pour la table des commissaires du gouvernement.
* Voir sur le vieil Eckel la Mainzer Zeiluni/, du 4 mars 1793, et Klein, 424. Cf. Darsl., 762 et 801.
« Cf. Klein, 564.
» Cf. sur les deux Falciola père et fils, Reynaud, Merlin, II, 42-43 et Bockenheimer 31. P., 29. Le fils, François-Joseph, né le 13 juin 1770, d'abord employé au bureau d'enregistrement du Mont-Tonnerre, devint receveur des domaines à Winnweiler et passait pour un « modèle de probité, d'exactitude et d'habileté dans sou emploi >. Le père, Georges-Charles, fut, au sortir de captivité, inspecteur des forêts de la divison do Trêves (cf. Remling, II, 40). Le 2 germiual an VIT, il écrivait de Trêves à Reubell : « J'ai tout sacrifié pour la bonne cause, et ma famille, autrefois opulente, est sans autre ressource que mon état. • Huit jours après, 10 germinal, il mourait d'une maladie, dont, — dit sa femme, — il avait pris le germe dans les prisons (A. N.).
'0 Dan-; 456, 523.
Ephraïm GrÔa ; les cabaretiers Hamm et StÔber ; lo marchand George Hafelia qui fut le premier présiaeot du club'; le mercier Ileckeralh ; Philippe Herrer*, le perruquier Sébaslieu Koch'; le maîlre-maçon Jacques Lothari*; Adam Lux; Henri Maier ; le vitrier Wilhelm Millier; Nunheim; le tailleur Gaspard Ohaus ; les deux Preyser *; le brasseur Racke ; RiefTel qui tenait l'hôtel du Roi d'Angleterre^ ; Ritz'; RulfTs, le distributeur des aumônes ou, comme on le nommait, le père des pauvres « : Seib ; le fabricant de tabac Chrétien Solms ; le peaussier S'eingâsser; le potier Weisshaupt'; les relieurs Nickhi et Zech " ;
Des propagandistes que Gustine avait fait venir d'Alsace pour « électriser » Mayence " : Gotta, fils et frère dosS
» DarsL, 101,239, 409.
» Un ordre da ministre des afFaires étrangères envoie Herrer, le 19 pluviôse an H, à larmée du Rhin, pour établir dans les cercles des correspondants et communiquer avec eux en langue allemande.
s Cf. Darsl., 581, 593 ; Nai>, V, 570-591.
* Cf. sur Lolhari et son séjour à Meisenheim, Remling, II, 164.
5 De ces deux Preyser, l'un, Joseph, fut enfermé à Kônigstein ; l'autre, Joseph Deodat, étudiant en médecine, échappa et demandu le 2S uivôse an II, comme Herrer et Melzer, un emploi dans l'armée du Khiu (A. E.).
6 Jacques-Ignace Rieiïel devint secrétaire de Merlin de Thionville et périt en "Vendée, à Torfou, le 19 sept. 1793 ; Darst., 826 ; Reynaud, Merlin, II, 97-98.
7 Rilz que le Verzeichniss qualifie d' • oisif., fut un des commissaires que le conventionnel Becker a flétris dans son rapport du 13 juin 179S.
8 Aug.-Fred. RuliTs avait été fabricant de tabac à Brème et à Einbeck ; cf. Da-a , 226; ScJiône Rarit., 1, 13 ; Nau, V, 549-550; Révolutions-Almanarh von 41di, 389-390; Klein, 138.
9 Cl. sur Jean Weisshaupt, Darst., 483, 580, et Klein, 309, note 4. m Voir sur Jacob Veit [ou Jacques Guy) Zech Darst., 461 ; Gesch.,
160-161; Schôiie Rarit., I, 19, et sa curieuse brochure Anrede an seine Mitbrûder und Mitburger ; sur Nickhi, Darst., 585, 761 et 894; Klein, 511, 515-516.
*• Quatre de ces propagandistes arrivèrent à Mayence le 15 no-
libraires de Stuttgart, journaliste et ardent jacobin qui jurait de défendre jusqu'à la mort les droits de l'homme « et nommément de la nation française' » ; Pape, bénédictin westphalien, naguère professeur de droit ecclésiastique à Bonn, devenu vicaire épiscopal du Haut- Rhin et directeur du séminaire de Colmar'; l'officier et journaliste André Meyer*.
vembre ; cf. Cuslino à Beauharnais {Courrier des départ., 14 nov. 1792) ; Beauharnais à Cusline, 12 nov, (A. G. « Les quatre citoyens que je vous ai adressés ont reçu pour leur route, à compte sur leur traitement, chacun l.'iO livres en espèces ») et Nau, V, 520.
' Frédcric-Christoplie Cotta, rédacteur de la Teutsche Staatszeitung et de la Stutt/jarter Zeiding, professeur de droit naturel et public à rAcadémie de Stuttgart, avait envoyé à la Société de la Révohilion à Strasbourg, une lettre qu'elle reçut le 15 juin 1790 : • J'ai juré d'être fidèle à la liberté jusqu'à la mort, et j'ai juré amitié éternelle à vous qui n'êtes séparés de moi que par les circonstances, mais auxquels je suis lié par l'identité de but et de façon de penser. » (Heilz, Les Soc. polit., 41.) Admis au club de Strasbourg, le 17 juillet 1791 (Wolhwill, Georg Kenier, 105), il vécut quelque temps dans cette ville avec un revenu annuel de 600 florins ; mais depuis qu'il était à Mayence, il vivait, disait-il, de la caisse de la République parce que les affaires publiques le détournaient entièrement de ses gains personnels [Maimer Zeit., 28 janvier 1793). Cf. Darst., 320 et sur ses rapports avec Custine, la Maiitzcr Zeit., du 17 déc. 1792.
* Frederic-Georges Pape était né à Arnsberg. Il prononça, le 25 nov. 1792, au club de Mayence, un discours sur la compatibilité de la nouvelle constitution française avec le catholicisme [Vereinigung der neufi-âitkischen Verfassung mit dem Katholicismiis] Il était attaché l'année suivante à la correspondance secrète de l'armée du Rhin (voir sa lettre contre Custine, traduite de l'allemand Journal de la Montagne
7 juillet 1793). Cf. Darst., 320, 343, 477, 522, 570; Schôue Marit. \
8 ; Minerva, "VII, 415-416 ; Gesch., 13 et 156; Nau, V, 524.
* Cf. sur le Strasbourgeois ^^ndré Meyer, alors âgé de 34 ans libraire, secrétaire des jacobins, rédacteur (avec Simon, son beaufrère, du journal Oeschichte der qegenioârtigen Zeit), engagé comme volontaire en 1792, avancé par Custine et devenu capitaine-adjoint aux adjudants généraux (il contresigna les proclamations allemandes des 15 et 17 déc. 1792, remplit une mission à Mannheim, et, dans la retraite de Bingen, il brisa les armes impériales qui figuraient sur la maison de poste d'Alzey) E. Barth, Notes biogr,, 392; Argos, 1" fé-
20 MAYKNCE
Les plus remarquables de ces clubisles, les coryphées, les matadors, comme on les surnomma, étaient Metternich, Wedekind, Dorsch, Hofmann et Forster, tous attachés à l'Université, méprisés par la noblesse et jalousés par la bourgeoisie, mécontents de leur situation, désireux de faire figure et de tenir le haut du pavé, saisissant l'occasion de se mettre au premier rang et de gouverner la ville en proclamant les droits de l'homme.
Metternich, élève de Kâstner et de Lichtenberg, professeur de physique et de mathématiques, avait arboré la cocarde tricolore et l'ojrrait à ses amis quelques heures avant l'entrée des républicains '.
Wedekind, médecin de l'Electeur et professeur de thérapeutique, avait quitté Mayence à la veille du siège, sous prétexte de soigner une paysanne du voisinage et il n'était revenu qu'avec les Français. « Il se propose, écrivait Custine, de propager par ses écrits les principes de la liberté », et Wedekind demandait à la Convention le titre de citoyen français, comme le plus beau titre dont un homme pût s'enorgueillir ; la France, ajoutait-il, était la seule patrie qui existe en Europe*.
vrier 1793, p. 71 ; Darst., 328 ; Belag., 177 ; A. N. w. 497. Il présida le club du 11 au 25 novembre [Nau, V, 517).
> Cf. sur Mathias MeUernich, Darst., 94-96; Schône Rarit., I, 4-5 ; Ueber die Verfass. von Alainz., 11, et sa répoiifc à ce dernier pamphlet, Der Aridûh'at an/ Seichiheilen und Liiijeii eitapj.t^p. 19-20, note ; Remlinf;;, II, 349 ; il deviut membre de l'Administration centrale du Mont-Tonuerre, et professeur à l'Ecole centrale.
* Cf. sur Georges Wedekind, qui avait alors trente ans, et qui reçut, comme Bôhmer, un traitement mensuel de 500 livres, Custias, p. 85; Custine à Biron, 21 cet. 1792 (A. G.); Aveuei, Lundis re'oohit., 1875, p. 114; Darstellnng, 0-1, 42-43, 92-94, elc. ; Schône liant. ^ I, 5 ; Belag., 62; Reyaaud, Merlin, II, 63 ; Bockenheimer, M. P., 24; Rest. der Eochsch., 34; Oesch., 82 et 431. Il fut nommé le l*' novembre 1792, médecin des armées de la République et employé d'abord à Mayence, puis à Strasbourg où il rédigea, en 1795, le Courrier de
Dorsch, d'abord chapelain à Finlhen, puis professeur de logique et de métaphysique, avait dû quitter Mayence, sa ville natale, en 1791, à cause des hardiesses de son enseignement : on lui reprochait de prêcher avec trop de zèle et de succès la philosophie de Kant. Mais ce petit homme fin, souple, insinuant, fier de son joli pied plus encore que de sa parole élégante et fleurie, plein d'amour-propre comme d'artifice, avait fait, suivant sa propre expression, une carrière brillante à Strasbourg, où il était devenu professeur de morale à l'Académie catholique, vicaire épiscopal, membre du club du Miroir, administrateur du département; et il rentrait dans sa première patrie, fort de ses nouveaux titres, de l'amitié des Français, et de la confiance que lui témoignaient les jacobins de l'Alsace. La Société de Maj-ence, disait-il, devait se modeler sur celle de Strasbourg et consacrer tous ses efforts à l'entière transformation du ci-devant Electoral.
Slfasbourg. Pendant son séjour en France, il publia les Idtfes d'un Allemand sur les rapports extô-ieurs de la République française, longue et diffuse dissertation où il somme les Français d'achever leur œuvre et de détruire le dernier reste de l'oppression t tout ce qui est divin dans vous exige la guerre ; le premier peuple de l'Europe s'est élancé dans la carrière avec le feu de la jeunesse et le génie de la virilité; s'il devait s'arrêter, c'en est fait de sa grandeur » (p. 21, 34, 36). De retour à Mayence, il devint professeur à TÉcole centrale, et prononça, le 2 pluviôse an VII, un discours Hass dan Eoiiiçthum und dcr Anarchie, oii il jure haine à la royauté et fidélité à la Constitution de l'an III. • L'oppression des peuples finira ; tous lèveront la massue d'Hercule, crieront la liberté ou la mort 1 » Quelques années plus tard, guéri de son jacobinisme, il était médecin et conseiller intime du grand-duc de Hesse (25 juillet 1808). Il mourut le 28 octobre 1839!
' Cf- sur Antoine-Joseph Dorsch : Heitz, Soc. polit., 167 (il prononça à sa réception au club de Strasbourg, le 26 déc. 1791, un discours sur l'amour de la patrie dont la Société vota l'impression); Forsler, VIII, 120 et 12o ; Mainz im Genussc der Fretheit, 34-3o ;■
22 MAYENGB
André-Joseph Hofmami enseignait à l'Université l'histoire de la philosophie et le droit naturel. Il avait du savoir et, avouent ses ennemis, de la tête. Grand, robuste, passionnément épris de l'antiquité, sincèrement républicain, discourant avec force et véhémence, prodi-
Schône Earit., I, 7 ; Belag., 99; Larst., 200-204 ; Die alten Franz., 97 ; Gesch:, 207-221 ; Masson, Départ, des af. étr., 338 ei 366 ; Kaulek, Papiers de Barthélémy, III, 229 et 277 ; Bockenheimer, 31. P., 30, et Èest. der Hochsch., 37 ; Klein, Forster in Mainz, 135 ; AUqem. dentsche Biogr. art. Dorsch. Il avait été gravement offensé par l'Électeur ; en mai 1791, pendant son absence, on lui enleva une lettre que lui avait apportée le précepteur des fils de Dietrich qui se rendaient à Gôltingue ; la lettre, écrite en allemand et signée de Blessig, u'élait qu'une lettre de recommandation (dépêche d'O Kelly, 6 mai 1791. A. E.). Après une courte mission que Deforgucs lui conlia en Suisse, à la fin de 1793, Dorsch fut successivement membre de l'adminislralion centrale d'Entre Meuse et Rhin, juge du tribunal civil du départ, des Forêts, commissaire du Directoire exécutif près l'administration centrale du départ, de la Roer (cf. la Statistique qu'il fit paraître en 1804], et il prononça, en cette qualité, de nombreux discours à Aix-la-Chapelle, dans les fêtes publiques : t Nos vœux, disait-il, qu'on traitait de délire patriotique, sont accomplis >, et l'ancien ecclésiastique engageait les administrations cantonales à dissiper • la nuit obscure où les prêtres et les dévots ont plongé depuis tant de siècles ces fertiles coulrées ». 11 avait demandé, dans un écrit, Quelques réflexions stir l'établissement de la république cisrhénane (an Vi, p. 5-7], la réunion de la rive gauche, non seulement parce que • les rivières sont, comme les montagnes, les limites naturelles d'un pays •, mais parce que les départements rhénans paieraient une • somme considérable en contributions » et « ouvriraient une source féconde • au commerce français. Sous-préfet de Clèves, directeur des contributions dans le Finistère (1803-1811) et à Munster, Dorsch mourut à Paris au mois d'avril 1819, à lâge de 61 ans. Les Français l'ont bien jugé; il a, écrit l'adjudant-général Senig, . beaucoup de talents et de connaissances, mais trop d'amour-propre », et Shée dit de lui : « Il a beaucoup de moyens pour administrer, et une dextérité propre à combattre avec succès l'esprit litigieux des ci-devant provinces prussiennes ; il passe pour se prêter trop facilement aux circonstances, comme beaucoup de ses confrères ci-devant prêtres, et pour aimer l'argent. » « Très instruit et très actif, assure Rudleri il pafse pour être intrigant, mais, s'il est surveillé, il sera le meilleur des BOus-préfets. » (A. N.)
LE CLUB à3
guaut les gestes, il exerçait un singulier ascendant sur la jeunesse mayençaise. Sa voix retentissante, sa parole âpre et vigoureuse, sa verve populaire, sa rude franchise, sa droiture inflexible, son austérité stoïque, tout ce qu'il y avait de brusque et d'un peu farouche dans sa personne, lui gageaient le cœur des étudiants. Luimême se piquait d "être avant tout un Volkslehrer ou maître du peuple. Forster ne l'aimait pas et jugeait que « son ton de capucin, ses grimaces, sou langage trivial, ses basses et venimeuses plaisanteries plaisaient naturellement à la foule qui n'a aucun sens pour la raison, la bienséance et la noble éloquence ». Mais les commissaires de la Convention et surtout Merlin de Thionville admirèrent l'ardeur jacobine deHofmann. Merlin le nommait un des plus chauds et des meilleurs patriotes de Mayeuce. Depuis longtemps, Hofmann ne disait-il pas dans ses cours qu'une Révolution éclaterait en Allemagne comme en France, et que si les despotes parvenaient à la détruire, les principes divins qui faisaient ses fondements, ne périraient pas? Lorsque les émigrés, apprenant, au milieu d'une représentation de Richard Cœur- de-Lion, la fuite de Louis XVI, éclataient en applaudissements, n'avait-il pas prononcé les mots prophétiques : « laissez-les applaudir, ils n'applaudiront plus dans deux jours? » N'avait-il pas, après la prise de Spire, déclaré que toute résistance était impossible et qu'il fallait arborer aussitôt la cocarde tricolore pour empêcher le pillage de la ville? Son premier soin fut de révéler à Gustine l'existence d'un magasin considérable de fourrages à Winkel, dans le Rheingau, et luimôme courut s'en saisir, à la tête d'un parti de cavalerie. Exalté jusqu'au fanatisme, il devait terroriser Mayence. Toute sa vie il resta clubiste, jacobin, et
24 MATENCÈ
français : « J'ai fait, écrivait-il à Merlin, pour cette belle Révolution, le sacrifice de ma fortune, de mon état et de ma santé », et il conseillait aux conventionnels l'annexion de la rive gauche da Rhin : « Conservez ce fleuve que tout le monde regarde, que toutes vos anciennes guerres ont cherché, que César déjà a désigné, que vos ennemis extérieurs cherchent à arracher, et vos ennemis intérieurs à disputer, comme frontière naturelle de la France * I »
Georges Forster avait fait avec Cook le tour du monde et raconté les merveilles de son voyage dans un livre où les contemporains admiraient tout ensemble la variété des descriptions, la finesse de l'observation, la chaleur et l'éclat du style. Ses Vues du Bas-Rhin, parues l'année précédente, retraçaient avec la même fraîcheur et la même élégance, avec la même étincelante vivacité, les impressions diverses qu'il avait ressenties en parcourant les Pays-Bas, l'indignalioa que lui inspiraient
» Cf. sur Hofraann, Mon., 21 août 1793; Forsler, VIII, 324 et 327; Dai-st., 14, 24, 98, 105, 254; Gcsch., 194; Mairn, im Gémisse der Freilicit, 67 et 175; Schônc Rarit., I, 9; ati das deutache Pvhlikum, von eiiictn Frcundc der Wahiheit, p, 7 (« der gefahrlichsle ^^olksver- Uihrer ») ; la réponse de Fechenbach à ses discours du 16 et du 18 nov. 1792, p. îi et suiv. ; Eickemeyer, Denkio., 177 (• elniich und cifrig •); Melternicb, il/^M.. 1,12; lieynaud, Merlin, W, 60-61; Hausser, I, 424 ; Bockenheimer, M. P., 25 ; Rcst. der Hochsch, 39; Z'ioei Sitz. der Club., 31-32, et Gesch., 59, 81, 96, etc.; Allgetn. dtutsche Biogr., art. Hofmaan. Un de ses écrits les plus connus a pour titre Des nouvelles limites de la République française ; il y répond assez \ivement à Roederer, ce t chevalier d'honneur du 10 août • et prouve que « le Rhin seul réunit toutes les qualités possibles de frontière », que ce serait « la mactation la plus cruelle que de rendre
e peuple à ses anciens maîtres » (p. 26 et 31). Il fui quelque temps, sous le régime français, receveur-général du département du Mont- Tonnerre. Né à Maria-Zell, près Wûrzbourg, le 14 juillet 1752, il mourut, à 97 ans, le 6 septembre 1849, à Winkel, sur un domaine
qu'il tenait de sa femme.
les intrigues d'un Vander Noot, la joie où l'avaient jelé les œuvres des peintres flamands, l'attachant spectacle qu'offraient les villes de l'industrieuse Hollande. De tous les patriotes maj'cuçais, il est le plus brillant et le l)lus sympathique. Des motifs de toute sorte le déterminèrent à se ranger du côté des « révolutionnistes » : le cosmopolitisme de son esprit, les ardentes sollicitalions de son entourage, de sa femme Thérèse Heyne et de son amie Caroline Bohmer, le désir de s'étourdir et de chercher dans de nouvelles émotions l'oubli de ses chagrins domestiques, l'envie de jouer un rôle, la certitude que sa connaissance de la langue française, ses talents, sa renommée lui vaudraient une mission à Paris, un siège à la Convention, et de grands emplois dans la République victorieuse. Il avait, écrivait-il à Le Brun, « la belle espérance de consacrer ses forces au service de la France », et il n'attendait que l'ordre de partir. Il hésita quelques jours avant de franchir le pas. Mais dès qu'il s'était engage dans une voie, il allait jusqu'au bout. Il ne voyait jamais, dit Jean de Miiller, qu'une chose et qu'un côté. Il avait été rose-croix et chrétien fervent; il devint un des plus violents jacobins, et, sans contestation, le premier des matadors. Ce fut lui qui, de son aveu, proposa les mesures les plus décisives. Laukhard le nomme le fléau des Mayençais. Tout Berlin le regardait comme le boute-feu de l'insurrection rhénane, et le nom de Forster la résumait, la personniQait aux yeux des Allemands. Ses amis ne le reconnaissaient plus ; tout brûlant de la fièvre révolutionnaire et comme hors de lui, il ressemblait, lisonsnous dans un pamphlet de l'époque, à un mouton enragé. Il couvrit d'invectives les banquiers francfortois qui l'avaient reçu naguère à leur table. Il traita de bri-
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gands ces grands commerçants dont l'esprit d'entreprise, disait-il naguère, était pour des milliers d'habitants la source de l'aisance et du bonheur. Il déclara publiquement que ces marchands au sourire faux et aimable avaient enfoncé le couteau plus profondément que tous les autres, dans les entrailles de la France ; que Cusline avait le droit d'imposer à Francfort une contribution ; que ce droit était aussi « clair que le soleil ». Il avait, en 4789, dédié son travail sur les îles Pelew à l'Electeur de Mayence, et il assurait, dans sa dédicace, que ce prince sage et humain lui rendait sa patrie, lui faisait d'heureux et féconds loisirs. En 1792, il nomma Frédéric-Charles d'Erlhal un « incendiaire » et o un prêtre débauché, énervé par les voluptés ». Mais cet homme remarquable désirait sincèrement l'abolition de tous les privilèges et l'établissement de la liberté. Il réfuta Burke avec vigueur. Il envisageait la Révolution comme une « explosion de la raison longtemps renfermée et s'entlammant elle-même », comme « une œuvre de la justice de la nature » ; il la tenait pour inévitable : « elle devait naître, disait-il, de l'écroulement d'un système perdu sans retour et qui se dissolvait et se décomposait dans toutes ses parties. » Lorsqu'il vint à Paris, ses illusions semblèrent se dissiper, et, guéri de sa chimère, il jetait un cri de désespoir. Voilà donc la Révolution ! plus de vertu, plus de droiture ; la tyrannie la plus impudente; tous les principes foulés aux pieds ; Paris, en proie aux prétoriens, comme l'empire romain décrit par Gibbon ! Et il se désolait de trouver les Français toujours légers et inconstants, têtes de flamme et âmes de glace. Il se lamentait de vivre avec des « diables sans cœur » et de ne rencontrer qu'égoïsme, que fanatisme, que passions déchaînées, où il attendait de
la grandeur. Il se repentait d'être entré au club de Majence. Gomme tant d'autres Allemands, il voulait brûler ce qu'il avait adoré, et il maudissait par instants cette « Réformation politique » qu'il avait si chaudement applaudie. Mais, à travers ses accès d'humeur noire et de douleur misanthropique, il ne renonçait pas aux sentiments qui l'avaient toujours animé. Il resta fidèle à ses convictions et crut fermement que la Révolution, malgré tout ce qu'elle avait d'horrible, de GreuUches, demeurait l'unique ressource de l'humanité ; qu'on n'avait rien vu de semblable depuis l'apparition du christianisme ; qu'elle était nécessaire et serait bienfaisante; qu'elle finirait par surmonter tous les obstacles, a C'est un ouragan, s'écriait-il un jour, et qui pourra l'arrêter ? Un homme qu'elle entraîne, fait des choses que la postérité ne comprendra pas ; mais ce qui arrive, doit arriver !» Il la définissait encore un de ces grands moyens qu'a le destin, de produire des changements dans le monde : les Français étaient, selon lui, les martyrs de l'univers; leur pays devait « nager dans le sang et les larmes », mais leur Révolution donnerait à l'esprit humain une autre direction, un autre développement, et un essor plus vigoureux; des individus périraient, et leur vie ne compterait pour rien ; mais la cause de la raison triompherait. Si Forster avait vécu, il n'aurait pas eu, comme les Allemands le répètent depuis Humboldt, une existence malheureuse. Ou l'employait, on lui confiait des missions, et, après l'annexion définitive de la rive gauche du Rhin, il eût siégé dans l'administration des nouveaux départements ; il eût joué le rôle honorable d'un Jeanbon Saint- André, et ses compatriotes qui l'accusent de félonie et de trahison, béniraient sa mémoire. Mais le 10 janvier 1794, il mourait, loin des
siens, après de longues et cruelles souffrances. Cette fin prém-.'.urée doit nous rendre indulgents : quelles qu'aient été ses faiblesses et ses erreurs, Forster gardera l'épithète dont le décoraient ses amis et ses premiers biographes ; l'histoire le nommera toujours le noble Forster '.
Tels étaient les matadors qui croyaient entraîner la population mayençaise. Ils ne lardèrent pas à se convaincre qu'elle refusait de les suivre et ne voyait pas les événements avec les mêmes yeux. Les Mayençais avaient accueilli l'armée de Custine sans tristesse ni colère : elle offrait un spectacle nouveau à leur curiosité, et ils s'estimaient heureux d'échapper au péril du bombardement, de trouver dans leurs conquérants des hommes polis, courtois, assez bien disciplinés, et qui faisaient de la dépense '. Mais ils vivaient de l'Electeur, des gens qu'il entretenait, et de son haut clergé; ils vivaient de la noblesse brillante qui formait la cour de Frédéric-Charles d'Erthal et qui tirait presque tous ses revenus du dehors. Que deviendraient-ils, si le Gouvernement électoral disparaissait pour toujours ? Ils regrettaient leurs millions perdus, ces millions, qui, selon le mot du général Wimpffen, « leur parvenaient de la rive droite du Rhin et qui alimentaient sans
» Forster à Le Brun, 7 février Î793 (A. E.) ; Jean de Muller, Sdmmtl. Werke, 1835, xxxi, G2 (• ein geborner Enthusiast, dor iinmer nar Eins, Eine Seite sielil ») et réponse de son fière (Haiif^, Dci- Sricfm. der Brûder Millier, 1891, \, 39); Laukhard, III, 338; Die alteu Franzoseu, 329, note; F or si ers Brie fm. mil SOriimerrinff, GQ3 ; cf. sur Forster, outre les Schrifttn (uolammeul VIII, 246, 296, et IX, n, 19, 80), le travail de Klein Forster in Mainz, 1863, et sous le même titre, une très substantielle brochure de liockenheimer, 1880, 14 pages.
» Belag., 72 ; cf. Custine, 98-99.
cesse leur iuduslrie et leur commerce '. » Ils se disaieul qu'après tout, l'ancien régime avait ses beaux côtés; qu'il fallait, sous le nouveau, payer les mêmes impôts ; qu'on feniit mieux de ne pas changer le certain contre l'incertain. Enfin, ils étaient Allemands, et ces gens, tranquilles, flegmatiques et un peu lourds, sentaient qu'ils n'avaient rien de commun avec ces brouillons de Français qui venaient soudain les troubler au sein de leur bonne quiétude, les arracher aux habitudes d'une vie paisible et immobile, les secouer d'une longue et douce torpeur, les jeter dans le bruit et l'agitation de la politique. Clubistes et « Gustiniens » s'étonnèrent bientôt de leur lenteur, de leur placidité, de leur aveugle attachement à l'Electeur. « Ils ne souhaitent rien, reconnaît Forster, et ils croient ne manquer de rien, o Merlin de Thiouville faisait le même aveu : « il y a peu de patriotes en Allemagne, disait-il plus tard; les habitants, façonnés au joug, préfèrent le calme et l'apathie aux orages de la liberté », et nos agents écrivaient au ministre Le Brun : « Leur caractère nous a paru 1res familiarisé avec la servitude, avec ce ton respectueux jusqu'au rabaissement, que la France n'a pu prendre sous aucun régime; quelques individus peuvent désirer la liberté ; la masse aime à voir dans ceux qui la gouvernent des hommes privilégiés *. »
> Ueber die Verf. von Mainz., 14-19 (l'auteur estime à deux mi'lions et demi de florins l'argeot que la noblesse étranj^ère mettait en circulation); cf, Ihlee, 78; Forster. VIII, 302 et 315; et lettre a\ix jacobins de Paris (Nau, IV, 111) ; Schreiben an Custlne verfaist vo i eincm Mainzer, der ein Feind von allem Despolismus ist, 8-10,20-21 ; WimpHea à Custine, 4 janvier 1793 (A. G.). « Les habitants de Mayence, écrit un capitaine, sont prêtres ou parents de chanoines ou domestiques du clergé » [Courrier des dep.^ 16 jauv. 1793).
• Forster, id. ; Mon., 9 janv. 1794 ; Desportes et Rivais à Le Brun
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III. Cusline, croyant faire un coup de maître, avait convoqué le 26 octobre les corporations. Elles devaient se prononcer sur trois points : 1° adoplaient-elles la nouvelle constitution des Français? S" voulaient-elles une constitution particulière ? 3° désiraient elles conserver l'ancienne? Les corporations n'osèrent exprimer leur sentiment. Elles n'aimaient guère la noblesse et le clergé ; mais elles redoutaient l'avenir; elles se réunirent et à la majorité des voix, arrêtèrent qu'elles feraient ce qu'aurait décidé le corps des commerçants, le corps le plus considérable et le plus riche de la ville.
Le corps des commerçants se composait de 97 membres ; 3 étaient absents; 13 acceptèrent la Constitution française ; les autres, au nombre de 81, déclarèrent qu'ils » souhaitaient une constitution monarchique unie à l'empire allemand, mais limitée par des Etals dont les membres seraient choisis dans la bourgeoisie ». Cette déclaration fut rédigée et portée à Custine par Daniel Dumont, un des négociants les plus estimables de Mayence', « Nous admirons la Révolution française, disait Dumont, mais notre situation et notre flegme naturel ne nous donnent pas la force de la suivre et de l'atteindre. » Il proposait donc d'établir le nouveau régime de Mayence sur les fondements de l'ancien et de prendre pour modèle la constitution monarchique de 1791. Cusline avait siégé dans l'Assemblée, à qui la France devait cette constitution; il connaissait donc les dangers ainsi que les moyens de les conjurer; Mayence pouvait lui confier avec assurance ses intérêts les plus chers; elle trouverait
11 et 20 déc. 1792 (A. E.); on se rappelle le dicton : Unter dem Krummstab ist gut wohnen, il fait bon sous la crosse (cf. Darst., 216), 1 Cf. sur Daniel Dumont, la brochure de Bockenheimer, Beitr. nur Qesch. dtr Stadt Maint VI, Die Belag., von 1193, p. 1-7.
en lui « le plus sage législateur » et « le père le plus magnanime » ; il saurait appliquer à ce petit état les premiers principes de la Révolution, Dumont insistait sur cinq articles qu'il jugeait essentiels : 1° une assemblée de représentants, pris uniquement dans la bourgeoisie et parmi les notables du pays, partagerait avec le prince la souveraineté et balancerait son pouvoir; 2° les étrangers n'auraient ni charge ni bénéfice et les places les plus importantes ne seraient données que par le choix de la nation ; 3» l'assemblée des représentants serait élue tous les deux ans ; 4" les impôts seraient exactement répartis, et les privilèges de la noblesse et du clergé abolis pour toujours ; 5° les Français s'engageraient à faire reconnaître la nouvelle constitution de Mayence par l'Empereur et par l'Empire *.
Cette déclaration consterna les clubisles. Ils résolurent de tenter un vigoureux effort contre l'ancien régime et ses partisans. Bohmer, Metternich, Meuth vantèrent au club les avantages de la démocratie. Wedekind assura que la monarchie était le pire mode de gouvernement et que Mayence, une fois République, ruinerait bientôt le négoce de Francfort. Boost réfuta la pétition des commerçants ; nous avons du flegme, s'écriait-il, nous n'en ferons que mieux une révolution ; nous agirons avec une froide raison et non précipitamment ! El il se moquait de l'Assemblée des représentants que proposait Dumont et qui serait bientôt, comme le Chapitre de la cathédrale, une réunion d'hommes égoïstes et corrompus, « Vous croyez, disait-il, que l'Électeur reviendra ; mais c'est un imbécile ; comme les enfants, il veut avoir tout ce qui frappe ses yeux; il prodigue l'argent qui
« Darst., 126-129; Qesek.^ 123, et appeud., 19-23.
n'est pas à lui ; il joue aux soldats », et il affirmait que l'Éleclorat était détruit pour toujours, que le pays de Maj^ence avait cessé d'appartenir à l'Empire, que délaissés par le reste de l'Allemagne, les Mayencais devaient s'unir pour établir une constitution nouvelle à la place de l'ancienne qui s'était écroulée sans qu'il y eùi de leur faute '.
Hofmann fît à Dumont, en une langue acérée, parfois éloquente, une réponse énergique et habile. Il rappela les dissipations d'Erthal, et sa « vie de Sardanapale » ; la faveur scandaleuse d'un Guiolet devenu maître des plaisirs et puisant à discrétion dans la caisse; la toutepuissance de la Coudenhoven, qui dirigeait le ministère et ouvrait les dépèches; les charges lucratives, les grasses sinécures données à d'incapables courtisans ; les conseillers de justice ne recevant qu'un infime salaire; Sickingen volant les fonds de l'Université et employant pendant des années les paysans du Rheingau à lui construire une chaussée dans ses terres au lieu de leur faire réparer la grande route; le Chapitre accueillant parmi ses membres l'indigne Beltendorf et approuvant avec servilité les actes et les moindres caprices de l'archevèque-élecleur. Et les commerçants de Mayence demandaient un prince! Mais, s'ils ne pouvaient vivre sans un prince, que ne mettaient-ils sur le trône la botte du roi de Suède? Il ne leur en coûterait que de la cirer deux fois l'an et de brosser les éperons ! Et ils demandaient des États! Mais les États prenaient toujours leur part de
' Constitutionsvorschlâge des Handelsstandes xu Maine, beanlwort( t von K. Boosl, 1792, p. 10, \\, 12, 14,16. Boost jugeait trop sévèrement l'Electeur. Fr.-Ch. d'Erthal est mieux apprécié dans une biochure de l'aunée suivante, Bei bevorstehender Wahl, ein Mai/izci BUrger an seine Mitbûrger, p. 14.
la curée! Non; il ne fallait plus ni prince ni États; les commerçants sauraient préférer la déesse de la liberté à une nymphe d'écurie; ils ne craindraient pas le retour de l'Électeur, et Mayence, désormais « arrachée du corps difforme de l'Empire », se constituerait en République '.
Mais en vain les matadors essayaient de détacher les Mayeuçais de l'Électeur et de les rallier à la France, Ils avaient trouvé dans le club même un rude jouteur, plus redoutable que Dumont. Le 31 octobre, Erasme Lennig, administrateur des revenus de la cathédrale, avait demandé la parole et, sans se laisser déconcerter par les interruptions, affirmé très énergiquement que Mayence ne devait pas se séparer de l'Empire ; si la ville, disait-il, cessait d'être allemande, elle deviendrait comme Paris, le théâtre de sanglantes horreurs ; si elle perdait sa noblesse et son clergé qui avaient la plus grande partie de leur fortune à l'étranger, elle serait à jamais appauvrie ; Mayence, libre, « périrait de froid dès le premier hiver, quelle que fût la chaleur de son patriotisme ».
Erasme Lennig avait recueilli les applaudissements de l'assistance. Metternich entreprit de le confondre à la séance du l^"" novembre. Huit factionnaires, le fusil chargé, étaient installés dans la salle, deux à la porte, deux autres à la bai'rière entre les clubistes et le public, quatre aux galeries. Sûr d'être écouté dans le plus grand silence et sans crainte des siftlets, Metternich prononça son discours. Il déclara que la Constitution des États allemands violait les droits naturels de l'homme et du citoyen, qu'elle était despotique, qu'elle
* A.-J. HofmauD, Ueber Fili'stenreyiment uni Laiidstânde, 16 et
18 nov, 1792, brochure de 33 pages ; cl". Gesch. 153, et !a réponse de
Fechenbach, Œ/feiitliche Rutjnny der wahrhettsividriyen Rede es A.-J. Hofmanii, 16 p,
livrait à la misère la population des campagnes. Il prétendit que Lennig avait acheté ses applaudissements de la veille. A ces mots, un sourd murmure s'éleva dans la salle. Mais les sentinelles crièrent silence et l'une d'elles frappa le parquet de la crosse de son fusil. Ou se tut, et Metternich ajouta que les Français n'avaient pas terminé leurs conquêtes et que Mayence et la contrée avoisinante s'uniraient certainement aux paysdeDarmstadt et de Nassau pour former une République '.
Les clubistes ne se contentaient pas des discours. Ils voulurent remuer l'imagination du peuple par de pompeuses cérémonies, et, comme dit Forster, par une sorte de drame politique. Le 2 novembre, Wedekind proposait de détruire la pierre du marché. C'était une pierre longue de cinq pieds et revêtue d'une lame de fer ; elle marquait l'exacte dimension des mesures usitées à Mayence ; mais on croyait communément qu'Adolphe de Nassau l'avait fait établir pour narguer les bourgeois ; lorsque les rayons du soleil fondront cette pierre, auraitil dit, les Mayeuçais rentreront en possession de leurs privilèges. Wedekind déclara qu'il fallait anéantir ce monument de la superstition et de la barbarie, planter au même endroit l'arbre républicain, et se servir du fer qui recouvrait la pierre pour frapper une médaille commémorative où se liraient ces mots : « le soleil de la liberté l'a fondu ». La proposition de Wedekind fut adoptée, et le 3 novembre les clubistes se rendirent processionnellement sur la place du Marché. Tous avaient le même signe disiinclif: une médaille de cuivre jaune, attachée par un ruban tricolore entre le troisième el le quatrième bouton de l'habit, el sur laquelle étaient