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gravées les deux lettres F. G. \FreiheU Gleichheit, liberté, égalité). La musique militaire, jouaut la i/ar,ye27/aiie et le Çaira, ouvrait la marche. Puis venait Staudinger, portant dans ses bras l'arbre de la liberté. Derrière lui, Wedekind, le sabre au poing, et les clubistes, d'abord deux à deux, ensuite quatre à quatre, sans distinction de croyance et de condition. La place était pleine de soldats. Une foule de Mayençais se tenaient aux feuêtres et jusque sur les toits des maisons. Wedekiud frappa quelques coups de marteau sur la pierre, et aux cris de Vive la nation, Staudinger planta l'arbre républicain, surmonté d'un bonnet rouge et garni de longs rubans tricolores *.
Celte manifestation fut suivie d'une démonstration à la fois étrange et menaçante de Bohmer. Le 6 novembre il présentait à la Société populaire deux livres; l'un, relié en noir et entouré de chaînes, avait pour titre Esclavage ; l'autre, relié en maroquin rouge et orné, sur la couverture, d'un bonnet phrygien, et sur la tranche, des couleurs françaises, était le Livre de la vie. Bohmer invita tous les Mayençais, âgés de vingt et un ans au moins, à s'inscrire, selon le désir de Custine, sur l'un ou l'autre de ces livres, et il annonça dans son journal que celui qui ne s'inscrirait pas, se désignerait tacitement comme ami de l'esclavage et ne devrait s'en prendre qu'à lui-même, s'il était traité en esclave. Mille citoyens environ, citadins et paysans, mirent leur nom sur le livre rouge. Mais ce chiffre ne fut pas dépassé*.
Évidemment, la magie des principes français n'opérait pas. La glace ne fondait point. Le pays regimbait et refu-
» Mainzer Zeitung, 1 nov. 1792 ; Darst., 190-200 ; Forster, VI, 403- 404, et VIII, 262.
* Id., Forsler, VI, 4Ûo ; Darst., 229-233 et 248; Belag., 84 ; Die alten Framosen, 98 ; ililee, 77-78 et 105.
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sait d'obéir à l'impulsion des patriotes. Wedekind, furieux, proposa d'élire un comité secret qui serait chargé de sonder les cœurs et de dénoncer tous les aristocrates; le fils, disait-il, ne doit pas ménager son père; ni le père son enfant ; ni la femme son mari ; l'amour de la patrie exige tous les sacrifices ' ! Cette proposition fut repoussée. Mais les orateurs du club ne cessèrent de déclarer que l'ancienne Constitution était détestable et que Mayence devait adopter le gouvernement républicain. Ils lurent les félicitations que les jacobins de Paris et de l'Alsace envoyaient à la Société mayençaise, des lettres où les prisonniers de Spire vantaient la générosité de leurs vainqueurs et, par la plume de Beauharnais, célébraient la philosophie qui renverse les trônes *, des correspondances réelles ou fausses que des amis leur adressaient de Prusse ou d'Autriche, des nouvelles parfois invraisemblables: que Vienne admirait la Révolution et allait se soulever contre l'Empereur, qu'il suffirait d'un choc pour faire de la Prusse une République.
Les principaux harangueurs étaient en môme temps brochuriers et journalistes : Bôhmer, dans la Gazelle de Mayence\ Metternich, dans son Ami du Peuple, qu'il destinait surtout aux paysans^ ; Hartmann et Meuth, dans le Républicain français; Wedekind et Forster, dans le Patriote, défendaient avec ardeur les opinions de la Société. Ils avaient pris rapidement et sans difficulté le ton des jacobins de Paris. Mais l'Allemand perçait en eux par quelques côtés. Ils citaient fréquemment des aphorismes de Rabener, des fables de Gellert et de Pfeffel, les vers que Bûrger publiait alors dans son Almanach des
» Darst., 251.
* Custine, 01-64.
» JOer Anstocrai auf Seichtkdten eriappt,^. 6; cf. Darst.^ 133^
Sfuses sur le patriotisme. Ils ajoutaient volontiers à leurs
tirades poliliques des leçons de morale, et Melternich exhortait ses concitoyens à prendre de la peine, à se reposer après le travail, à danser gaiement, à se régalet de vin, de fruits et de bon pain, à n'épouser que des jeunes filles laborieuses, sages, aux joues rouges et non fardées, qui consultaient le médecin plutôt que le tailleur, et auraient un costume tricolore '.
Comme à Paris, le théâtre donnait des pièces révolutionnaires qui bafouaient les partisans de l'ancien régime et portaient aux nues les républicains. VAristocraie dans l'embarras représentait une chanoinesse, fille du baron de Hohenreicb, qui se parait de la cocarde nationale et offrait sa main au roturier Slelling, colonel d'an bataillon de volontaires. « Tout est changé, disait un des personnages de cette comédie, les hommes sont égaux, plus de seigneur et plus de corvée I Les maîtresses n'exercent plus le pouvoir, les chanoines ne comptent plus, une armée protège les nouvelles institutions et la Loi est le seul souverain que nous ayons choisi* ! »
IV. Déjà perçait et se produisait au grand jour l'idée d'annexer Mayence à la France. A. Paris, depuis les glorieuses invasions de Dumouriez et de Custine, gazetiers, jacobins, conventionnels ne parlaient plus que de réunion: il fallait avancer jusqu'au Rhin qui serait la barrière
> Bûrgerfreund, n» V, 9 nov, 1792, p. 23-24.
* Ber Aristohrat in der Klemme, p. 40 (acte II, scène v, paroles du médecin au baron). Cf. Nau, V, ooS ; le 20 janvier 1793 on propose au club d' « approprier la scène à l'époque présente •, et l'orateur excite les citoyennes à se consacrer au théâtre, pour i rendre uu grand service » à la cause de la liberté.
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de la nouvelle république ; il fallait, comme Anacharsis Glools l'avait écrit en 1785 dans ses Vœtix d'tm gallophile^ comme l'avait demandé Peyssonnel en 1790, étendre les limites de l'empire jusqu'à la frontière indiquée par la nature, faire du Rhin le premier et le plus sûr rempart de la France, pousser en même temps aux Alpes, s'entourer ainsi « des colosses de la terre et du boulevard des eaux ». Lorsque, le 24 octobre, le Conseil exécutif provisoire arrêtait que les armées ne prendraient leurs quartiers d'hiver qu'après avoir rejeté les ennemis audelà du Rhin, lorsqu'il disait aux troupes dans une énergique proclamation qu'elles devaient poursuivre l'adversaire jusque sur l'autre bord de ce fleuve qui coulait entre le pays des hommes libres et celui des esclaves, ne rappelait-il pas à la France les confins de l'ancienne Gaule? Et les imaginations enflammées n'allaienl-elles pas rêver dorénavant pour la République les bornes que le gouvernement assignait aux soldats victorieux? La frontière du Rhin ; ces mots couraient partout, se répandaient partout. Dès le 25 octobre, quatre jours après la prise de Mayence, les agents de i'évêque de Spire annonçaient que les carmagnoles feraient un département de leur conquête. Le 2 novembre, de Strasbourg, dans son journal VArços, Euloge Schneider dictait leur programme aux jacobins de Spire, de Worms et de Mayence ; il leur conseillait de devenir Français : « Déclarez-vous pour la France et entrez dans notre famille ; envoyez des apôtres dans les villages et les bourgs ; prêchez hautement l'Evangile de la liberté ; convoquez des députés de la plupart des localités pour délibérer sans crainte et sans danger, sous la protection des batteries de Cusline, sur le nouvel ordre de choses ; formez une assemblée nationale à Mayence ou à Worms ; vous ne
pouvez rien opérer de grand que par l'union avec vos voisins • I »
Forster exposa les mêmes idées avec son enthousiasme fébrile dans le discours plein d'éclat et de mouvement qu'il prononça le 15 novembre au club sur les rapports des Mayençais avec les Français. La devise : « Liberté et Egalité », disait-il, serait désormais celle de Mayence. Les Français venaient en frères partager avec les Mayençais la liberté qu'ils avaient chèrement achetée. La différence des idiomes empéche-t-elle d'obéir à la même loi? La tsarine ne régnait-elle pas sur cent peuples de langues diverses ? Le Hongrois, le Tchèque, l'Autrichien, le Brabançou, le Milanais n'élaient-ils pas les valets d'un même maître ? Les habitants du monde ne se nommaient-ils pas autrefois les citoyens de Rome? Mayence devait donc s'attacher à la France et faire cause commune avec elle. Le Rhin était la frontière naturelle d'une grande république ; il resterait la frontière de la France. « Que les Mayençais, concluait Forster, expriment le vœu de devenir libres et Français ; qu'ils déclarent leur volonté de s'unir à une indestructible république ; qu'ils renoncent au Saint Empire germanique, à ce fantôme qui traîne après lui des monceaux d'actes inutiles et qui ne parle que de titres, de formalités et de parchemins; qu'ils ne craignent pas les morts, c'est-à-dire le Grand Chapitre de la cathédrale et son prince, que l'armée de Gustine a portés dans la tombe aux sons cadencés du joyeux Ça ira. La France n'abandonnera jamais le
' Avenel, Cloots, 1865, I, p. 85; Pejssonnel, Discours prononcé aux jacobins, le 10 mars 1790, p. 22-23 ; Jean Reynaud, Merlin de Thionville^ll, 75 et 80; Jemappes, 194-195; Sorel, L'Europe et la Révol. franc., III, 153 ; Remling, I, 85 ; Argos, 2 nov. 1792, p. 281-
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peuple qui se jettera dans ses bras et qui votera, comme elle, une constitution fondée sur la liberté et l'égalité*. »
L'orateur mayençais devinait quelle serait la conduite de la France. Depuis le commencement de la guerre, Us « nouveaux Francs » répétaient qu'ils n'avaient pas de visées ambitieuses et qu'ils venaient délivrer les A-Uemands, et non les asservir*. Les journalistes disaient qu'après avoir porté la liberté sur les bords du Rhin, les carmagnoles rentreraient dans leur pairie et se contenteraient de protéger les petites républiques qui seraient leurs remparts '. Beaubarnais s'imaginait que les succès de Custine allaient donner à la France un « peuple libre pour voisin et pour allié * ». Mais la conquête s'imposait. « Nous pourrons ainsi, écrivait Desporles, payer nos indemnités et arrondir nos limites sans bourse délier. » Le 6 novembre, Custine proposait à la Convenlion d'amalgamer et de déclarer citoyens français tous les habitants des pays occupés par les troupes de la République; c'était, selon lui, le meilleur moyen d'assurer le recrutement de sou armée et d'attacher les populations aux principes de la Révolution'.
La Convention hésitait. Elle fut entraînée par la propagande qui parlait de Strasbourg, de Wissembourg, de Landau et qui, entretenue et fomentée par les bataillons nationaux, s'étendait sur les domaines de l'Electeur palatin, du landgrave de Hesse-Darmsladt, du duc de Deux-Ponts, du prince de Nassau-Sarrebriick. Partout
1 Forster, VI, 413-431.
» Cf. Jemappcs, 179-181.
' Chronique de Paris, S oct. l'/92.
* Beauharnais à Custine, 6 nov. (A. G.)
5 Desporles à Le Brun, 29 oct. 1792 (A. E.) ; Custine à Pache, 6 nov. (A. G.).
OÙ passaient les volontaires, même en pays neutre, ils affichaient une proclamation imprimée à Strasbourg : « Du salut de la France dépend le salut du monde ! En-' nemis des 'yrans. assemilez-vous, prenez les armes et combattez avec nous I Plutôt la mort que l'esclavage' ! »
Les sujets de l'Electeur palatin étaient mécontents. Il y avait encore parmi eux des serfs qui ne pouvaient changer de domicile sans se racheter. Les protestants s'indignaient d'être exclus de tous les emplois. D'autres se plaignaient de l'oppression des baillis. D'autres trouvaient que Charles-Théodore les négligeait et résidait trop loin d'eux. Quelques communes du grand bailliage de Germersheim , Billigheim, Gleiszellen , Ingenheim, Kliugenmiiuster , Oberhofen, Pleisweiler, encouragées par les jacobins d'Alsace et secondées par les soldats français du voisinage, se soulevèrent contre l'Electeur, et le 46 décembre 1792, toutes les troupes palatines qui formaient un faible cordon sur la rive gauche du Rhin, gagnèrent l'autre bord*.
Les mêmes scènes avaient lieu sur les domaines du landgrave de Hesse-Darmstadt, dans le bailliage de Lemherg, à Barenthal, à Obersteinbach, à Eppeubrunn, à Truiben, à Krôppen, à Schweix, à Hilst, et ailleurs encore, dans les trois villages d'Altdorf, de Freisbach et de Gommersheim qui api)artenaient au comte de Degenfeld, à Niederhochsladt, à Essingen, à Ingenheim'. Partout, des frontières de l'Alsace et de la Lorraine alle-
1 Belag., 147.
* Il parut alors un petit écrit intitulé Def Uelerrheiner Bauersmann an seinen KurfUrsten im Baierlande [Mainzer Zeitung, 17 janvier 1793) ; cf. sur les baillis et les plaintes des populations, Laukhard, Iir, 426-427, et Die Franz, am Rheinstronic. lll, 30 36.
• Niederhochsladt appartenait à l'ordre des chevaliers de Saint-Jean; Essingen, à Dalherg ; Ingenheim, au baron de Gemmingen.
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mande, d'Oberbronn, de Bitche, surtout de Wissembourg et de Landau les jacobins et les gardes nationales venaient au secours des révoltés. Les patriotes de Wissembourg écrivaient au bailli de Gommersheim qu'il n'était plus rien et qu'il n'avait qu'à choisir entre l'un ou l'autre de ces deux partis : ou se perdre sans retour ou plier sous le joug salutaire de la Révolution : « Sache-le, un peuple libre ne menace qu'une fois ; tout homme libre est notre allié, et tout ennemi de la liberté, notre ennemi ' I » Le général de Blou, gouverneur de Landau, marquait au bailli d'Altdorf qu'il lui défendait de vexer les braves citoyens qu'on avait tenus longtemps dans l'ignorance ; le temps était passé où les paysans se laissaient maltraiter par d'indignes fonctionnaires et par de petits tyrans *.
Pareillement, dans la principauté de Nassau-Sarrebrûck, huit communes demandaient la réunion : le prince, disaient-elles, avait refusé d'abolir quelques droits onéreux ; la France était leur ancienne patrie; leurs relations commerciales et la conformité de langue semblaient les placer naturellement dans le département du Bas- Rhin».
La manifestation la plus tumultueuse et la plus importante fut celle de Bargzabern et de plusieurs communes d'alentour, dans le duché de Deux- Ponts. Le 4 novembre, les démocrates de Bergzabern, oommandés par le serrurier Niesal, se rendirent à Landau pour fraterniser avec les « nouveaux Francs ». Le sur-
1 Argos, 23 nov. 1792, p. 334-336.
* Maimer Zeitung, 7 nov. 1792.
> Cf. la lettre de Malet, le futur générai, à Custine et à Pache (16 déc. 1792. A. G.) ; il annonce que les habitants de ces communes lui ont offert leurs services et que 228 chevaux du pays de Nassau ont conduit de PhalsLourg à Landau un convoi d'artillerie.
lendemain, les jacobins de Landau faisaient dans Bergzabern une entrée triomphale et juraient aux révoltés que la grande République les couvrirait de son égide. On élut sur-le-champ une municipalité, un procureur de la commune, et un maire, l'énergique Adam Mayer. On plcnta l'arbre de la liberté, on prit la cocarde tricolore, et de tous côtés on cria : Vive la Nation! Miihlhofen et IIbesheim imitèrent Bergzabern. Le duc de Deux-Ponts t-ssaya de gagner les rebelles par la promesse d'une amnistie, puis de les intimider par un déploiement de troupes. Mais déjà les habitants de Bergzabern s'étaient armés; ils sonnaient le tocsin ; ils appelaient à leur aide les paysans des villages voisins et les gardes nationaux de Landau et de Wissembourg; ils fondaient un club; ils forçaient les fonctionnaires de prêter serment à la liberté ; ils priaient la Convention de les réunir à la France ; ils ne pouvaient, disaient-ils, « servir plus longtemps de chiens de chasse à leur tyran au milieu des hommes libres dont ils étaient entourés », et « pénétrés des mêmes sentiments que la Savoie », ils exprimaient le même vœu. « La cocarde, ajoutaient-ils, orne nos têtes et le sein de nos femmes et de nos filles. La nature et notre situation locale nous ont faits frères des Français. Déclarez à l'univers que tous les peuples qui secoueront le joug du despotisme et désireront la réunion avec la République, seront protégés et reconnus comme Français. Ce sera le coup fatal pour tous les tyrans ; les peuples, surtout nos voisins palatins et tous les sujets pitoyables des petits princes de l'Empire n'attendent que ce moment 1 » Les généraux, Gustine, Wimpffen, soutenaient les insurgés. François Wimpfîen écrivait aux baillis qu'il ne soufliirait aucun rassemblement de troupes étrangères sur les froni:^;res de la République,
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et les sommait de « respecter la liberté individuelle d'uQ chacun », de « ne molester personne pour raison de ses liaisons avec la France ». Custine qualifiait de « folles et imaginaires » les prétentions du duc de Deux-Ponts et déclarait que ce prince n'opprimerait aucun des apôtres de l'égalité : la nation française avait propagé cette vérité que la souveraineté réside dans le peuple, et elle « ne pouvait restreindre les effets de ces principes sacrés* ».
Ce soulèvement des populations limitrophes* et ces vœux de réunion qui retentissaient si haut, brusquèrent la décision de l'Assemblée nationale. Le 2 novembre, le Moniteur publiait une correspondance de Mayence ; « le peuple, y disait-on, veut rester libre et uni aux Français, mais il paraît désirer l'assurance qu'il sera toujours protégé par les forces de la République ; il est important de reconnaître des frères dans une ville qui, par sa position, est la clef de l'Empire et le canal des subsistances et du commerce. » Le lendemain, Rûlil lut à la Convention une lettre du club de Strasbourg qui demandait l'annexion de Mayence. « Les Mayençais, écrivaient les clubistes strasbourgeois, craignent d'être abandonnés à eux-mêmes ; rassurez-les, décrétez que tous nos frères de l'Europe qui voudront chasser les rois, trouveront la République française toujours prête à voler à leur défense! » Riibl appuj^a la requête de ses compatriotes ; les Mayençais étaient, suivant lui, le peuple de l'Allemagne le plus digne de la liberté ; ils portaient dans le cœur
' Lettre de Wimpffen, 11 nov. 1702 (A. E.] ; Custine à Desportes, 15 nov. (A. G.); Adresse du grand bailliage de Bergzabern, 10 nov. p. 2.
' J)ie Franz, am Rheindrûme, III, 34 t Der Hang mancher Ortschal'ten, besonders au der Grânze Frankreichs, zum Freiheitssinne war so gross. »
une haine inextinguible de la tyrannie, et la Convention devait leur promettre son assistance contre les princes, contre le haut et bas clergé, contre tous les suppôts du despotisme. Deux semaines plus tard, le 19 novembre, Riïhl revenait à la charge ; il lisait une adresse des clubistes mayençais qui demandaient si l'assemblée comptait les sauvegarder ou les laisser à la merci des tyrans. Malgré Brissot et La Source, l'Assemblée entraînée par Rûhl, par Carra, par Revellière-Lépeaux, déclara qu'elle accorderait fraternité et secours à tous les peuples qui voudraient recouvrer la liberté. Ce décret du 19 novembre fut accueilli sur les frontières de l'Alsace avec enthousiasme. Les jacobins de Landau le répandirent à profusion dans les villages allemands en ajoutant au texte ces mots d'encouragement et d'espoir : « Frères, voilà qui doit éveiller votre joie, votre ravissement 1 Ayez confiance ! Voire bonheur se prépare 1 » et Bôhmer s'écriait dans la Gazette de Mayence : « Enfin a paru cette loi longtemps attendue. 0 peuples, vous n'avez plus besoin que de résolution, de volonté, et vous êtes libres ' ! »
' Mon., 2, 4, 20 nov. 1792; lettre des jacobins de Strasbourg (A. N., c. 240); Mainzer Zàtimg, 29 nov.; Kemling, I, 136-199.