Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832
De tous les épisodes qui ont marqué I hisloire de la Révolution française» aucun n*a eu plus de retentissement, soulevé plus de passions et fait imprimer plus de volumes que l'insurrection des provinces de TOuest. Cependant, malgré le succès légitime obtenu par quelques-uns des écrivains qui se sont occupés de cette insurrection , trèspeu de personnes la connaissent parfaitement. On sait le gros des événements , on ignore les causes qui les ont produits et rinflueûce qu'ils ont exercée. Quanta l'importance et k la différence du rMe rempli dans la lutte par telle ou telle province, c'est un délai! regardé comme insignifiant par les uns et volontairement défiguré par les autres. Nous n'avons rien à dire des erreurs commises avec prémédilaLiuu , il nous parait facile d'expliquer celles oii la Lonuc foi se fait reconnaître.
Les nombreux ouvrages de toutes sortes» histoires, mémoires, pamphlets, dissertations, recueils de documeuts, etc.^ publiés sur les guerres de l'Ouest» sont ou incomplets ou très -étendus. Il faut donc nécessairement lire plusieurs volumes pour posséder dans leur cnscmhle les événements
qui se sont accomplis en Vendée et en Bretagne depuis cinquante ans. Lorsqu ou connaît ces événements, si on veut les juger, il faut lire plus encore, car nul sujet ne fut plus obscurci par la partialité. Le loisir on la volonté (k s imposer une semblable tâche manquent également. Combien de fois aronâ-noas lu dans les revues et dans les journaux, on entendu tomber de nos tribunes parlementaires, <^uel<iue argument emprunte au souvenir de ces guerres et marqué au coin de la plus singulière ignorance. Convaincu cependant que la vérité abonde en enseignements politiques de la plus haute valeur, nous avons dès lors et malgré la multitude de nos devanciers, songé k présenter un tableau tout h la fois concis et complet des diverses insurrections qui ont eu lieu dans TOuest, de 1794 à
Voici comment nous avons compris notre devoir d'historien.
Il serait assurément facile de faire m ju$te vaHume sur
les guerres de l'Ouest, en se bornant à consulter cinq ou six ouvrages, tek que VJlistoire de la guerre de la Vendée t par Alpb. de fieauchamp; les Mémoires du comte Joseph de Puisayc; les Mémoires de M""* la marquise de La KQchejacquelein; les Guerres des Vendéene et des chouans contre ht République française, par un officier supérieur des armées de la République; V Histoire de la Révolution dans les départements de l'ancienne Bretagnet par À. Duchatellier; l'Histoire de la Vendée mUi^ taire, par J. Cicliiieau-Jol^ . Mais, à côté de ces ouvrages principaux, il en existe beaucoup d'autres, pour la
plupart ignorés du public et qui méritent cependant T attention de l'hifitorien. Les généraux Westermann, Legros» Da« ni^an» SaTary,Kléber, Torrean, Aubertiti, Hii(;o» etc.» «to., ont écrit sur la Vendée. Des fonc tioimaires exclusiveraettt civils ou attachés à l'armée sous des dénominations diverses ont publié des mémoires , justifications on dénoneiations sur des événements dans lesquels ils avaient rempli le double r61e d'acteurs et de témoins* Parmi ces derniers écrits» les plus instructifs sont eeut du représentant du peuple Léquinio, de Yial, et d'uu ancien administrateur mt- Uiair0. Ces témoignages se contrôlent et se complètent , non-seulement par les mémoires de H** de Larochejacquelein et du comte de Puisaye , mais aussi par ceux de M""* de Bonchamps ^et de Sapinaud» du comte de Yauban, de Beauvais, de Rénée Bordereau, dite YAngêPtn; par les écrits de MM. de Monlbron et de Villeneuve sur Teipédition de Quiberon; par les patientes recherches de M. Dochemin Desc^paux sur V Origine de la chmiannerie et sur les chmtans du Bas-Maine, £nûn les volumineuses biographies de Hoche , par A. Rousselin; de Gharette , par Bouvier- Desmor tiers ; les trois volumes de Thonnète Bonrniseaux; les vies de Bonchamps et de Gathelineau; la correspondance secrète de Gharette, Stofflel, Puisaye, d Autichamp, etc., livre composé de pièces saisies par les autorités républicaines, sont des sources auxquelles il faut recourir si l'on tient h ne pas accepter sans contrôle les opinions reçues et à être exact dans ses appréciations. En effet, le livre qui ne vous apprend aucun fait nouveau peut cependant rectifier vos opinions par quelque
aperça impartial. Qttîeonqae veut éerire Thistoire devra
s'imposer beaucoup de loctures fatigantes, mais il n'en fera pas de compiétemeat mutiles. Aux récits partiels d'une époque ou même d'un incident et aux ouvrages qui embrassent toutes les guerres de l'Ouest, comme celui de M. Grétineau-Jolj, ou seulement toutes les gnerres de la Vendée, comme celui de M. Johannet, il faut joindre les histoires locales ou spéciales , telles que Angers et le départment de Maine-eP-Loire, de 4 7S7 à 1 880 ^ par Blordier-Langlois; la Pêrséeuiim^réwluliùnnmrê en Bretagne, par l'abbé Trévaux ; la commune et la milice de Nantes, par G. Melliuet; les Mémoires ecclésiastiques sur Lami ei
ses environs, de 1789 à 4833, et beaucoup d'autres études
de moindre iniportaucc ou d'une date plus ancienne.
Ces livres, dont la plupart sont le fruit de longues et intelligentes recherches, ne dispensent pas de recourir aux documents officiels, mais ils permettent souvent de les rectifier. Sans rechercher quel dégré de confiance il est légitime d'accorder , en tout état de cause , aux puhlicar* lions politiques faites par le pouvoir et aux rapports de ses agents, il importe de constater qu'ici les documents officiels ne sont le plus souvent que Texpression des terreurs et des haines que les blancs inspiraient aux bleus. Après une défaite comme après une yictoire , le récit officiel de la bataille et l'appréciation des résultats qu'elle pouvait avoir, c'était le rapport du général républicain. On avouera que de semblables témoignages commandent beaucoup de circonspection. Néanmoins , il ne faut pas les rejeter. Quelques-uns sont complètement vrais; tous contiennent
queî(|ucs révélations et permettent d'apprécier l'importance particulière de tel ou tel événement et son influence sur la marche générale des affaires. Ils ne sont pas l'histoire, mais ils en font partie. Celte critique s'applique d'ailleurs aux deux camps. Si nous repoussons Tautorité du Mimitmr, ce n*est point pour admettre cdle du Bulletin de la Vendue. L impartialité est difficile après la paix; il serait absurde de la demander pendant le combat.
Les mémoires laissés par les deux partis démentent souvent les lettres- on rapports écrits sous l'empire des premières impressions. Néanmoins la guerre s'y continue. L'hostilité s'y montre sous des formes moins âpres, mais au fond c'est toujours nn ennemi qui juge son ennemi. Cette diversité d assertions est sonyent fort embarrassante. 11 est, par exemple, extrêmement difficile de découvrir qu'elle était la force des différentes armées. Après nne victoire, les Vendéens exar géraient le nombre des bleus qu'ils venaient de vaincre ; les généraux républicains, au contraire, dissimulaient une partie de leurs troupes, afin de diminuer la honte de leur défaite. Des innombrables combats, livrés dans le Bocage, il n'en est peut-être pas dix sur lesquels, des deux côtés, on ait donné les mimes diiffires. La guerre s'est, le plus souvent, continuée dans les Histoires comme dans les Mémoires. C'est qn'avec les plus droites intentions du monde, il est fort difficile d être impartial, quand dans les évén^ents qoe Ton raconte on joue, par ses opinions, le rùlc de vainqueur ou de vaincu. On repousse le mensonge prémédité, mais on tombe dans ce mensonge de bonne foi, qui s'appelle Tesprit de
parti. Si nous espérons avoir évité le double péril que nous venons de gigu&Ier, ce n'est pas seulement parce que nous Tavons fermement voulu ; c'est aussi parce que le dénomment de la longue lutte soutenue par les populations catholiques de l'Ouest nous a laissé sans regrets.
Les guerres de la Vendée et de la Bretagne se divisent en deux parties fort distinctes : 4* Les insurrections de 1793 à 4 800 ; dMe mouvement de 4 84 5 et Téchauffourée de 4 839. Ces derniers épisodes ont une importance réelle, en ce sens qu ils établissent clairement quelle était la part de la politique dans les premières guerres. Sons tout antre rapport, ils sont insignifiants. Néanmoins, ils ont été très-longuement racontés. De vives poieiinques ont même eu lieu entre plusieurs chefis royalistes. Les Mémoires de Ganuel, de d'Autichamp, d*Âmbrugeac ; les Relations de Dncbaflault et de Jagault, sur les événements de 4 81 5, ne sont, à vrai dire, que des plaidoyers. Du reste, la vérité s'y fiait jour, car si les appréciations sont diverses, les faits sont identiques. A ces témoignages nous avons pu ajouter ceux d écrivains moins intéressés dans le débat. Après 4832, comme après 4845, quelques cbefe royalistes se sont renvoyés d'amères récnminations; nous n'y avons cherché que les faits. Quant à l appréciation générale des dispositions du pays, c'est un travail que trois ans de séjour dans l'Ouest nous avaient rendu facile.
La distinction absolue que nous é^lissons entre la pre* mière et la seconde partie des guerres de FOuest ne tient pas
à la ditierence des résultats obtenus par les insurgés, mais à la différence des motife qui leur firent prendre les armes.
lies deux mouvements, de 4 SI 5 et d<^,48ââ-fùféat exclvn* vemeiSt politiques , sinon dans là. forme .aii- moins dans le fond. La grande guerre de fa Vendcç et. les "premières entreprises de la chouannerie avaient, au oontraire, été détermi-
nées par le sentiment religieuse.
Ce fait ressortira avec trop d evidcme, de toiis los détails que nous allons rapporter, pour qu'il soit nécessaire de le dé-* Vclopper ici. Nous dirons seulement que les Vendéens étaient beaucoup plus royalistes à la fin de la guerre qu'à ses débuts. La plupart des gentilshommes ne songeaient qu'à se faire oiiblicr: quant aux paysans, il seraient restés tranquilles si la Republique avait respecté la liberté des cultes. Mais du jour où des prêtres schismatiquee eurent seuls le droit de célébrer les saints mystères sur des autels avilis, l'insurrection fut dans tous les cœurs ; il ne fallut plus qu*un incident pour la faire éclater.
Du reste, les dispositions des paysans de 1 Ouest étaient depuis longjtemps connues du gouvernement révolutionnaire. Dès 4794 , Gensonné et Gallois, chargés de faire un rapport sur la situation de la Vendée, avaient dit :
« L'époque de la prestation du serment ecclésiastique a été, pour le département de la Vendée, la première époque de ses troubles. Jusqu alors le peuple y avait joui de la plus grande tranquillité. . . La constance du peuple de ce département dans l'exercice de ses actions religieuses, et la confiance illimitée dont y jouissent les prêtres auxquels il est habitué, sont un des principaux éléments des troubles qui l ont aL:ite et qui peuvent i agiter encore... Pour ces pauvres habitante de& campagnes, ramour ou la haine de la patrie
coBsisIe aujourd'hui» non point à obéir aux lois/ à respecter les autorités légitimes, mais à aller ou ne pas aller à la messe
des prêtres assermentés. »
Les représentants qui suivirent Gensonné et Gallois tinrent le même langage. Mais ia Coiiveiitiou ac voulut rien écouter. Ën attendant le jour où elle devait recomaiire VÈtre iuprém , elle interdit la prière et* fit monter sur l'échafaud ceux qui osèrent méconnaître sa volonté. Les paysans de la Vendée et de la Bretagne ne voulurent ni renier leur Dieu, ni livrer leurs prêtres au bourreau; iJs^^se soulevèrent. Si quatre cent mille hoaunesi ont péri
dans les guerres de l'Ouest, c'est parce que la Républi<iue a violé la liberté des cultes. Quant aux Vendéens , comme
les ligueurs, leurs ancêtres légitimes, ils ne se soumirent complètement que le jour où l'Eglise fut libre et où le cbef de TEtat s^inclina devant la puissance du Souverain- Pontife. C'est qu'ils étaient catholiques avant tout.
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LA mm M n la bhëtagm.