CHAPITRE PREMIER
Situation çrt'iiérale des J)|•o^illCC.s tic l'OuPSt au début do In rtMoliitinn. — Premiers troubles. — Leurs motifs. — Leurs résultats. — Clouiiauce des républicaine. •
La convocation des États généraux fut accueillie
par les villes les plus importantes de l'Ouest avec une satisfaction que les premiers actes de l'Assemblée nationale changèrent bientôt en enthousiasme. Gomme le trône ne paraissait pas encore menacé, un grand nombre de gentilshommes s'associèrent à ces espérances; le clergé du second ordre, qui s^était d'abord montré favorable aux projets de réformes, voyant que le mouvement était surtout dirigé pai* les adversaires de TÉglise, ne tarda point à ressentir des inquiétudes que son extrc'JHe réserve seule put trahir ; le^ populations
des campagnes restèrent assez indifiërentes. Les paysans vendéens et bretons ne pouvaient beaucoup se préoccuper, en effet, d'une agitation qu'ils ne connaissaient que fort vaguement, et dont les résultats trompèrent d'ailleurs les esprits les plus éclairés. La tranquillité, apparente ou réelle, de Icui's prêtres et de leurs seigneurs, les rassuraient complètement; d'autre part, les promesses des révolutionnaires n'avaient rien qui lut de nature à les séduire. On parlait de réformer les mœurs du clergé , de lui enlever une partie de ses pri- , viiéges et de ses richesses; mais leurs prêtres, pleins de zèle, universellement respectés, ne revendiquaient d'autres privilèges que celui de se sacrifier à l'intérêt commun. D'ailleurs, si le clergé breton était riche, le clergé vendéen ne possédait guère plus que le nécessaire. On déclamait contre les di oits leodo-ux, contre le luxe et la morgue des seigneurs; mais les droits féodaux, dans ce qu'ils avaientde tyrannique ou seulement de rigoureux, n'existaient réellement pas pour la Vendée» ni même pour la Bretagne, oii cependant ils étaient fort nombreux. Ces provinces, en même temps qu'elles avaient conservé plus de religion que le reste de la Franod, avaient aussi conservé plus de liberté. Dieu et le rcit t^ étaient les seuls maîtres que voulussent re« connaître ces pauvres paysans, et encore était-il bien entendu que l'autorité royale ne serait respectée qu'autant qu'elle ne franchirait pas certaines limites. Ce fut a beaucoup étonné tous les écrivains , plus ou moins hostiles à rinfluence religieuse, qui se sont occupés des guems 4b la Vendée* L'un d'eux dit à oe sujet : • Ces
mémeé hommes, gtii coturbaiint doeilemént la téte
sous le joug sacerdotal, n'auraient pas supporté celui de la noblesse ; ces mêmes hommes, instruments aveugles des volontés de' leur» prêtres, ne fecevaient qu'avec beaucuup de méfiance tout ce qui leur venait d'une autre autorité, et ne se seraient pas soumift à un ordre
tyrannique ou à un usage avllissànt Laborieux ,
économes et patients, pleins de probité et capables de désintéressement, méprisant. les plaisirs et la mort, simples dans leurs mœurs et âppli(|Ués aux travaux agricoles, fidèles enfin à leurs engagements et faciles à sMrriter contre Tinjustice, les Vendéens avaient, leur superstition exceptée, toutes les V(m1us qui font les ci- * toyens libres. » Oui, car ils avaient toutes les vertus chrétiennes. Où eet auteur signale un contraste incompréhensible, tous les esprits éclairés par la connaissance des vérités caUioliques ou seulement par une étude sérieuse et intelligente de Thistolre, verront Vinflueiicc naturelle de la foi. Si nous laissons de côté les expressions, aujourd'hui ridicules, de joug sacerdotal^ AHndruments ofoeugtes, de superstUion^ que nous réstet-il? Un peuple profondément religieux et jaloux de sa dignité; soumis à ses devoirs, mais n'oubliant jamais ses droits ; pour tout dire , un peuple catholique. Que Ton consulte T histoire, que Ton examine la situation actuelle du monde : parmi les catholiques, on trouvera des opprimés, non des esclaves , dans Tac^ ception révolutionnaire de ce mot. C'est que l'oppression, laissant le droit tout entier, peut être noblement subie, tandis que resclavage accepté avec indifférence,
comme mie chose légitime, prouve le manque de cœur, c'est-à-dire le manque de foi.
Les paysans vendéens et bretons n'avaient pas plus à se pkLindre de la morgue et du luxe de leurs seigneurs que des droits féodaux. Sauf de rares exceptions, le gentilhomme vendéen * habitait, sans faste et sans suite, un château, modeste quant aux constructions, plus modeste encore quant à Tameublement. Quatre ou cinq mille francs par an suffisaient, en général, à toutes ses dépenses. Comme le propriétaire et le métayer se partageaient le produit des terres, il en résultait entre eux de fré(iuents rapports. J.c seigiicur, plus encoi'e par goût que par intérêt , visitait ses paysans, s'informait de tout ce qui pouvait exercer quelque influence sur leur situation, les prenait pour compagnons de ses chasses et allait au noces de leurs enfants ; enfin le dimanche on dansait devant la cour du château, et les dames, selon l'expression de M"" de Larochejaquelein, se mettaient souvent de la partie. En général, ces usages existaient également en Bretagne; si Tabandon y était moins grand, cela tenait surtout au caractère même des paysans bretons.
Les événements marchaient trop vite pour qu'il fût possible à ccil\ qui voulaient quelques réformes, et non pas un ordre de choses entièrement nouveau, de conserver longtemps leurs illusions. Bientôt la noblesse de rOuest tout entière fut hostile à la révolution. Vers
* Sous ce nom général, nous comprenons, selon rasage, l'Angevin et le Poitevin. Plus tard nous dirons quelques mots de chacune des provlncef qui ont pris une part importante aux guerres <le rOoest»
la fin de 1789, les gentilshommes du Poitou et d'une partie de rAnjou formèrent, bous le nom d^associa-
tioii poilevine, une conjuration qui if a laissé aucune trace importante « bien qu'elle ait compté un grand nombre d^adhéren&. A peu près au même moment, et sur des bases plus larjËres, La Rouerie, gentilhomme breton, jetait le pian de la vaste et savante conjuration à lac^elle son nom est resté. Ces tentatives eurent alors peu de retentissement et n'exercèrent aucune influence. Après (^eiques semaines, quelques mois, peut'^tre, d'une existence inutile, l'association poitevine se dissipa d'elle-même ; plusieurs de ses membres émigrèrent. Quanta ia conjuration de La Rouerie, elle ne fut vraiment organisée qu'en 1792. Les paysans n'étaient pour rien dans ces divers elîorts ; beaucoup de gentilshommes pensaient qu'il ne fallait point compter sur eux. Il est certain que, tout en désapprouvant l'ensemble des actes de la Révolution, ils ne s'inquiétaient, outi^e mesure , ni des entraves apportées à l'exercice du pouvoir royal, ni de l'abolition des titres et piLTugatives de la noblesse, lis 11' uv ai ont inciiie pas été insensibles à la suppression de certains droits dont on n'usait guère, mais que l'on pouvait être tenté de faire revivre. Seulement lorsqu'on organisa les luaincs et les gardes nationales , ils choisirent leurs seigneurs pour maires et pour officiers. Us prouvaient ainsi que leur attachement subsistait toujoui's, mais qu'il n'irail pas jusqu à leur faire embrasser , sans réserve , une cause qui ne serait point directement la leur.
Cet état de répugnance passive cessa bientôt*
Louis XYI, qui n'était plus libre et qui ne savait pas rémiew sanctionna, le2li août 1790 « le décret du i3 juillet 9ur la conBtitution civile du clergé. Quelques
joui s a])i i" s, une grande agilaUun régiiait en Vendée et
Ji^retd^ne ; cette atteinte à la liberté de conscience fit revivre tous les griefs jus<iu'alors patiemment supportés ; on se sentit bien plus royaliste , dès que l'on put voir que les ennemis du trône étaient aussi les ennemis de Tautel. On ne soogesit pas eucorot surtout en Vendée, h recourir aux arnaes, mais déjà on se déclarait ouvertement contre la révolution, Des conseilleis muni" eipaux donnèrent leur démission t ^it pour ne pas f encourir au déplacement des prêtres qui refusaient - le ècnuent, soit pour n'avoir aucun rapport avec 1q curé assermenté. Un certain nombre de municipalités déclarèrent même, par écrit, que toute conscience chrétienne devait protester avec horreur et indignation « contre le serment civique imposé aux ministres de
Dieu. Un tel serment, ajoutaient-elles , détruit la religion ; il est contraire à la raison , à la foi, au bon sens. Non« jamais nous ne nous prêterons k Texécution de cett« loi. » D'autres demandaient que Ton attendît la décision de Rome, ^ûn d'arrêter ces manifestations, les autorités faisaient distribuer des pamphlets où Van disait que le Pape et les Cardinaux avaient déclaré que les affaires du clergé de France ne les regar-^ daient point. Dans plusieurs communes, on ne put trouver personne poiu* tenir les actes do l'état civil ; le service de la garde nationale lut abandonné; on arrachait publiquement les affiches et pUcards contenant
des Um ou dea arrêtés administratifs ; enfin, de pauvres paysans aimaient mieux garder ou même perdre le produit de leurs champs, que de Taller vendre aux villes où la religion était persécutée dans la personne des prêtres fidèles. Par forme de compensation, ils re* fusaient de payer leurs impôts qui, d'ailleurs, étaient plus élevés qu'avant la suppression des droits féo* daux.
Les prêtres intrus^ insultés sur quelques points seulement) iùrent presque partout laissés dans Tisolement le plus cmnplet ; ils inspiraient une telle répulsion, que le nouveau curé des Echaubroignes se vit obligé de quitter sa paroisse sans avoir pu obtenir du feu pour allumer les cierges. Plus tard, les paysans des Echaubroignes méritèrent d*étre cités parmi les plus braves soldats de la grande armée vendéenne, et Lescure mourut en faisltnt leur éloge. Il fallut six cents hommes et quatre pièces de canon pour installer le curé constitutionnel de Plouguemeau, Les anciens curés et les prêtres réfractaires, se cachaient dans les bois, choisissant pour dire la messe, soit un champ de genêts, bien couvert de tous cêtés , soit une chaumière écartée où Ton pouvait , sans trop de crainte , prier Dieu de .protéger son Eglise et de pardonner à ses ennemis.
L'autorité voulut, sur plusieurs points, recourir à la* violence et procurer, par la force du sabre, des paroisriens et des fidèles aux mtrus. Il s*ensuivit quelques rencontres, sans grande importance, entre les paysans et ia gendarmerie. Dès cette époque, cependant, on
aurait pu deviner quels soldats feraient ces pauvres paysans, doDt la mpersHHon étonnait le philosophisme du part! révolutionnaire. Un laboureur du Bas-Poitou, cerné par plusieurs gendarmes et armé seulement d'une fourche, leur opposait une résistance désespérée; t rends4oî, t lui cria le chef, « rendez-moi mon Dieu, » répondit-il, et il expira, frappé de vingt-deux coups de sabre. A peu près au même moment, un paysan breton se laissait brûler la main plutôt que de consentir à brûler son catéchisme, et sa femme lui criait : t Tiens bon l c'est pour le bon Dieu ; il t'en récompensera. 9
Le premier engagement sérieux eut lieu en Basse- Bretagne, dans le Morbihan. Avant de le raconter, quelques explications sont nécessaires.
Le parti révolutionnaire avait instinctivement compris, même avant la présentation de la loi sur la constitution civile du clergé, que Tesprit profondément religieux de la Bretagne pourrait apporter de grands obstacles à ses projets. Afin de « décalholiciser » ce pays, des écrits infâmes étaient répandus à profusion, et des prêcheurs d'égalité parcouraient les campagnes. Dans les clubs , dans toutes les réunions publiques, on ne parlait des prêtres que Tinjure et la menace à la bouche. Ces miUioeuMcs étaient peu redoutables; néanmoins les évêques de Tréguier, de Saint-Pol, de Rennes, de Vannes, de Nantes, de Dol et de Quimper, se firent un devoir de les signaler et de les llétrir. Une lutte plus gi^ave ne tarda pas à. s'engager : ia loi qui jetait la France dans le schisme fut promulguée* Dès le
23 mai 1790, révêque de Quimper» Conen de Saini- Lac, avait protesté avec ses vicaires-généraux et le
chapitre de sa cathédrale contre le refus fait par l'Assemblée nationale de proclamer la religion catholique religion de l'État. Quelques semaines plus tard, il avait écrit au Pape pour lui exposer la situation de TÉs^^lise de France. La constitution civile lui fut noliiiée le 26 septembre. Malade, presque mourant, il convoqua son chapitre et ses vicaires-généraux, et fit rédiger une protestation, dont voici quelques lignes :
ic En cédant à la force, à ce pouvoir qui brise tout et ne respecte rien, nous protestons hauU ment contre Timpossibilité absolue où vous nous mettez de satisfiEdre à nos obligations les plus indispensables; nous déclai uns que nous n*y renonçons pas, et que nous ne faisons que les suspendre jusqu'à ce que des temps plus heureux nous en permettent le libre exercice.
« Nous vous le déclarons donc, messieurs, les décrets de l'Assemblée nationale ne peuvent rien innover dans Fexercice de la juridiction ecclésiastique. Elle ne peut ni ôter, ni donner le pouvoir spirituel. Les nouveaux vicaires que vous voulez instituer ne pourraient, sans crime, sMngérer dans le gouvernement du diocèse, n'ayant pas une institution canonique spéciale pour cette importante administration »
Quelques jours après, Conen de Sainir-Luc rendait le dernier soupir. Les protestations des évéques de
* Très-peu d'ecclésiastiques brofons conscnlirtMil à j^itHcr W Sfiinont. On en compla vingt dans le diocèse de V amies , douze dans celui de Saint- Malo, elc«, etCè
Tiéguier , de Rennes , de Vannes, etc. , suivirent de fort près celle de l'évêque de Quimpen L'évécpie de Léon renouvela la déclaration qu'il avait faite le 9 juillet à la municipalité de Brest : « L'Eglise est infaillible sur le dogme , les mœurs et la disciplioe : les évéques en sont les juges et les dépositaires» > Le clergé secondaire applaudit avec le plus vif enthousiasme à la conduite de ses chefs; il ilt comprendre à #68 ouailles les périls qui menaçaient leur foi ; mais tout en les mettant en garde contre le schisme, il ne leur conseilla jamais de s'opposer» par la force, aux iniques prétentions du pouvoir. On a prétendu, il est vrai, que la présence des prêtres réfractaires, dans leurs anciennes paroisses, était une continuelle excitation à la révolte. A cette étrange accusation, la ré<* pense est facile : les lois impies n'obligent pas la conscience chrétienne, et Thérésie est plus à redouter que la guerre civile. Le devoir des prêtres Mêles était donc de désobéir aux décrets du 2ft août et du 27 novembre 1790, et de rester, sans sMnquiéter des événements que pouvait réserver Tavenir, au milieu du troupeau dont la garde leur avait été confiée. Cette détermina^ tion, que la religion seule ht prendre à beaucoup d'entre eux, pouvait du reste avoir les plus heureux sésultats sous le rapport politique. En effet, si la loi sur la constitution civile du clergé avait rencontré , dans toutes les provinces» la même opposition qu'en Bretagne et en Vendée, beaucoup de sang de désasti^ et de hontes eussent peut - être été épargnés à la France, car la Révolution, ^rès avoir fait tout le bien
qu'elle pouvait Taire, aurait senti qu'il fallait s'arrêter.
Leâ bonuuea hahilôB du parti révolutionnaire, voyant que le sobisme constitutionnel r^contrait, dans les campagnes, une invincible résistance, désiraient, par pure politique, qu'on procédât avec beau-* coup de prudence; mais ils n'étaient plus les mal* ti*es ; la masse, se rappelant leurs premiers conseils, avait soif de persécutions. Gomme on savait que la plupart des anciens curés n^avaient point encore quitté le pays, que quelques-uns même étaient rentrés dans leurs presbytères, dont les intrus avaient été cliassés par les paysans; que d'autres remplissaient leurs de<voirs de paateurs dans les landes et sur les grèves, c'était chaque jour de nouvelles cUmeurs; on voulait faire cesser, au plus vite, cette désobéissance aux lois de TËtat, Les gardes nationales, dont le zèle était trèsgrand alors, car on n'avait encore rencontré aucune opposition armée, poursuivaient sans relâche les prêtres réfractaires qui leur étaient signalés. Ces recber-^ cbea irritaient les Bretons; moins disposés â douter d'euA -mêmes que leurs frères de la rive gauche de la Loire, ils commençaient h nourrir le projet d'opposer la force à la force, quand le Vendéen ne songeait en-*
core qu'à se laisser égorger pour sa foi.
Le 7 février 1791 « un mouvement insurrectionnel éclata dans la paroisse de Sarzeau ; il fut dirigé contra la ville de Vannes. L'évêque Amelot, bien qu'il eût refusé de prêter le serment, n'avait encore essuyé aucune persécution directe. Néanmoins sa position était devenue fort difficile; si on n'osait pas l'attaquer, de
son côté il irosait plus agir. Sur ces entrefaites, quelques milliers de paysans se réunirent aux portes de Vannes, et adressèrent aux fonctionnaires publics une réclamation où ils demandaient, en termes menaçants, la liberté des cultes; la force armée les dispersa. Craignant d*avoir compromis Amelot par cette manifestarlion irrétlécliic, ils revinrent six jours après en moins grand nombre* mais armés, les uns de fusils de chasse, les autres de bâtons ou de faux, dans le but de délivrer leur évêque. « Nous voulons, s'écriaient-ils, punir les impies qui portent sur notre évêque des mains sacri-^ léges, nous voulons rétablir la religion catholique. >La garnison et la garde nationale de Vannes, qui venaient d'être renforcées par plusieurs compagnies de dragons, dont Beysser avait le commandement, chargèrent les paysans, en bles>sèrent dix ou douze, et firent trente-un prisonniers. Des démonstrations moins graves, quant aux conséquences, mais au fond tout aussi Lsiguificatives, avaient lieu, à la même époque, sur tous les points de la Bretagne. Cette agitation subira diverses phases, elle sera plus ou moins menaçante ; mais elle ne cessera que le jour où les prêtres fidèles pourront célébrer les saints mystères en toute liberté.
Inquiets et exaspérés, les défenseurs du culte constitutionnel perdent toute mesure. Les ecclésiastiques non assermentés sont poursuivis comme < perturbar* teurs du repos public. » Le conseil d'administration du Finistère propose de les déporter ; les autorités de Quimper les emprisonnent avec des fenmies de
mauvaise vie. A Brest, on ordonne* que les églises
soient fermées dans les vingt -quatre heures, que tous les prêtres insermentés se rendent au chef-lieu pour y demeurer en état d^àrrestation» que ceux qui troublent plus particulièrement Tordre soient détenus au château; enfm, que tout citoyen qui, au lieu de faire baptiser ses enfants par le prêtre constituiionnel , recourrait aux insoumis, soit déféré h l'accusateur public. » Ce délit entraînait six ans de prison pour le prêtre et six mois de la même peine pour le fidèle. Le Directoire de Maine-et-Loire et les autorités de Laval prii*ent, de leur côté, des mesures identiques contre les réfractaires de la Vendée et du Maine, On ne s'en tint pas là.
Trois mois après Téchauffourée de Vannes, une insurrection éclate à Châlans, dans le Bas-Poitou. L*ordre est promptement rétabli ; mais , au même moment et sans plus de succès, Saint-Gilles, Chàtillon-sur-Sèvres, Saint-Jeannlu-Mont et Machecoul » essaient de se soulever.
De tous les mouvements qui préparèrent la Vendée à sa prise d'armes de 1793, le plus grave fut celui qui eut lieu, le 24 août 1792, aux environs de Bressuire. La catastrophe du 10 août et le décret du 16 du même mois, ordonnant la déportation des prêtres insermentés, avaient excité dans le Poitou une indignation générale. Sept ou huit mille paysans mal armés se réunirent tumultueusement ; il leur fallait un chef, lis allèrent prendre dans son château un gentilhomme nommé Baudry d'Âsson, qui accepta le commande-
ment pour le partager avec HM. de Feu et de Riche-* teu. Ces trois gentilshommeâ , pleins de bravoure ,
manquaient de capacité militaire. Ils ne mirent aucm ordre parmi les insurgés, dont la déroute fut complète. Les gardes nationales Cholet, de Thouars et de la plaine , venues au secours de Bressuire , souillèrent leur victoire par d'épouvantables excès. MM. de Feu et de Richeteu, faits prisonniers, furent massacrés sans jugement. Baudry d'xisson et son fils se çaclièrent, pendant un mois, dans un trou qu'ils avaient creusé sous le mur de leur château, vivant d'un morceau de pain que leur apportait la seule personne qui connût leur retraite. Plusieurs fois ils entendirent'sWéter au dessus de leur tête les soldats qui ne cessaient de les chercher. Du reste, on épargna les simples paysans ; tous ceux qui avaient été pris furent remis en liberté.
Les révolutionnaires purent espérer un instant que la malheureuse affaire de Bressuire était le dernier mot de la Vendée. Des commissaires, chargés par la Convention d'examiner la situation de cette province, crurent qu'il suffirait de quelques mesures de rigueur contre les prêtres réfractah'es pour faire cœser la sourde agitation qui régnait encore. Les événements semblèrent d'abord leur donner raison. Le 21 septembre 1792, la république fut proclamée et la Vendée ne bougea point ; le 21 janvier 1793, la tête de Louis XYl roula sur l'échafaud, et la nouvelle de cet attentat, accueillie avec une profonde tristesse, n'occaaiumia cependcint aucun souièvement; les per-
Bécotions religieuses redoublaient et les paysans paraissaient impassibles, La republique crut que la Vendée avait peur : elle se préparait seulement à combattre.
En Bretagne et dans le Maine, la situation était à peu près la même. Alain Nédelec, juge de paix de Fouesuanty avait payé de sa tête le soulèvement de ses justiciables; Charles Elliot et René Malœuvre, con<- \aincus de tentatives d'embauchage dans les garnisons de Kennes et de Lorient, étaient morts sur Téchafaud ; le passage, souvent ensanglanté, de quelques colonnes républicaines , avait comprimé l'agitation qui régnait dans certaines paroisses ; on n'entendait plus parler des faibles bandes d*insurgés qui sMtaient montrées dans les environs de Laval. Enfin La Rouerie, dont la vaste conjuration enveloppait toute la Bretagne et s'étendait dans le Maine, l'Anjou et le Poitou, La Rouerie venait de mourir, trahi, désespéré, mais encore redoutable ; ses principaux complices étaient prisonniers, et la Convention, en parcourant les papiers de cet habile conspirateur, s'étonnait des dangers qu'elle avait courus.