‹ Les guerres de la Vendée et de la Bretagne, 1790-1832Chapitre 27 sur 27 · CHAPITRE XXYllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYllI

La Vcudih! sous la Ue^Lauraiion. — Mouvement de 1832. — Goiicliuiou.

LoukXYUl avait souvent fait appel à rinépuisabie

dcvouemciit des populations de l'Ouest, et jainaib il n'en avait compris la aoiuce sublime. Ces paysans t restés fidèles à leur roi par amour pour leur Dieu , n'tUaiont à ses yeux que de grossiers idiiatiques. il outragea leurs croyances et oublia leurs services. Ea voyant sur le trône ce roi de droit divin dont les mal* heuis et les huauliatioiis n'avaient point relevé le caractère, dont Tàge et les infirmités n'avaient point épuré les mœurs, et qui rentrait en France vieux, impotent, mais philosophe et scandaleux comme aux premiers jours de son exil ; les hommes de foi durent trembler que la main de Dieu ne s'appesantît encore sur une lauiillc où se tiuuvaient cepcudant des âmes si nobles et de si pieuses vertus»

lies hommes qui les premiers entourèrent le roi, Fouché, Talleyraiid, Decazes, Pasquier, n'étaient pas faits pour lui rappeler ce qu'il devait à la fidélité et au courage. lis prirent à tâche de lui rendre au contraire les Veiidéeus suspects, et l'un vit ijuît>ci qu'ils y

avaient réussi. Quelques récompenses, quelques secours accordés d'une main avare, restèrent toujours

au-dessous des di oiià et des besoins. Les changements de ministres n'exercèrent aucune influence marquée sur la conduite du gouvernement à Tégard des anciens insurgés de TOuest. Fouché, Talleyrand et Dccazes, avaient été injustes par système ; leurs successeurs le furent par indifférence ou par aveuglement. Si les Vendéens n'avaient, eux aussi, consulté que leurs intérêts, ils auraient pu regretter le triomphe de cette cause qui, grâce & leur courage, était restée glorieuse et nationale. Le comte d'Artois, la duchesse de Berri, le duc et la duchesse d'Angoulême, secoui urent quelquefois sans doute de nobles misères nées de la guerre civile ; mais ce n'était point des aumônes que Ton devait à la Vendée. 11 fallait réparer ses désastres, il fallait surtout Thonorer ; la politique le commandait aussi impérieusement que la reconnaissance.

Un jour, cependant , queiques-mies des personnes qui entouraient Charles X songèrent à la Vendée. On était au 31 juillet 1830. Paris venait de répondre aux ordonnances du mmistère Polignac par un mouvement dont la promptitude et le succès annonçaient une nouvelle révolution. Piuneurs officiers conseillèrent au roi de rentrer dans sa capitale par la force, ou, tout au moins, de se rendre dans TOuest. 11 repoussa ces deux conseils, et prit, pour la troisième fois, la route de l'exil,

La Vendée accueillit la révolution de juillet avec 'une douloureuse inquiétude, mais elle ne tenta point

de défendre une cause que tout le inonde abandt^nnait NéaiimoiB&, elle devint su&pecte; on ne pouvait oublier son passé. LMnquiétude des autorités se trahit par des mesures de dt liaiice et de rigueur qui irritèrent les paysaaa, et rendirent réels les dangers d'aimd îmaginaires que Ton avait voulu prévenir. Le gouvernenrient ordonna une surveillance active et sévère; ses agents se permirent de nombreux abus de pouvoir» et traitèrent en vaincus des hommes qu'ils n'avaient pas le droit de traiter en suspects. Bientôt, quelques . bandes très-peu nombreuses , composées surtout de r^ractaires, parcourur^t le Bocage ven* déen. La même politique produisit les mêmes résultats dans le Maine et dans le Morbihan. Ce n'était rien encore. Mais déjà quelques fonctiomiaires» tour^ mentés par le rêve d'une insurrection générale, voulaient qu'on eût franchement recours à l'intimidation* La plupart des députés de TOuest, qu'ils fussent de l'opposition ou du parti ministériel, tenaient le même langage, car, du moment où il s'agissait des blancs, les bleus étaient réunis par les mêmes haines. Le gouvernement ne sut pas résister à toutes ces instances , il ne voulut pas non plus y céder; il laissa Mre» ho» visites domiciliaires et les arrestations pi^ventives se multiplièrent. Par une réaction toute naturelle, les bandes devinrent plus nombreuses ; elles eurent pour principaux chefs Diot, en Vendée ; et Mathurin M andar, dans le Morbihan. Des coups de fusil furent tirés et, de part et d'autre, on compta quelques morts. Les journaux exagérèrent de la façon la plus ridicule Tim»

porUace de ces eugagoinents. La résistance sans but de quelques douzaiaes d'hommes mai armés fut représentée comme uae tentative de contreHrévolaiion» Plusieurs dctacliements de troupes de ligne par- Gûurureat le Bocage ; on établit des postes dans m afisGX grand nombre de villages^ ^t- Ton IH enlmî* aux paysan? toutes les armes qui leur restaient. Le mccontentement s'accrut^ et Ton put craindre» non pas le floulèvement de tout le pa*^, mais une soft^de guerre assez semblable à Tancicnne chouannerie. Des deux côtés on commit de grands excès» Du reste ^ e*était ià plutM mm lotte d'homme à homme i|tte de

parti à parti. Les i^èfractaires^ loin de chercher à tenir la camjjagne, se divisaient pour mieux échapper aux reehenthWv AHh de donnatim teur« mehes et de réussir à lef^ atteindre» on fit passer parmi eux des soldais qui jouèrent le rôle de déserteurs.

Qu<^queà ' léBitiitiiiléè cfilreflt que le momenl dé frapper un coup décisif était venu. ïls Bavaient que MadamCf ducltesse de Beri^i, désirait vivemeut une pHSè -itmimi Dèi fifei d« iMO, ett effet, ùem question avait été asjitéé. Après bien desintHgti^, deô diâciissions èi des ajournements, il fut enfui arrêté

tfiB ib ^^nmi *mÀï lieu du d au d mai

Madame, coilvaincue, d'après les renseignements les plus ailinnaiifs^ que te Midi n'attendait qu'un signal pMf Houleve^ eh mèSde, (Ihevait débai^ui^' Aur lèd tôles dé Provence. Le moUveWent de rÔUést^éteft subordonné à celui du Midi. Les chefs avaient ordre de n'arboirer teut di^peau que d^ns le cas où la pre«

ttùàireattc^ue aurait été couronnée de succès* Malgré cdbiè réâervey rinsurrectioiv comptait éncore beaucoup

d'adver:-aii (^s. iiKune paniii laa hommes quç Ton chargeait de i'organiserv' i ' !

MadaiM débarqua près 4e Mmeitie^ dhm la Ikuit

du 28 au 29- avril. Quelques heures après son arrivée*, die reçut un billet dans lequel on lui annonçait que M^rieOte fkrait mi fmi»meM iB èmde^ 80,' h quatre heures du soir, un de ses agents lui écrivit : «Le mouv^iwnt a manqué, il faut sortir de i^ance. » La duoheBfte tejetit ce conseil* et partit en po^e pobr la Vendée. MM. do Mf'snard, dé Villeneuve et de Lorge raccompagnaient. Ce dernier avait revêtu une Uvrée^t jouait le vôle ôé domestique. Lerl'7 mai, fa duchesse était au milieu du liocas:e. Forcée de changer souvent d'asile, de passer d'un château dans uni^ étable, et craignant d'attirer les* regarda», elle cacba SCS cheveux blonds sous une perruque brune , prit des habits de paysan et se fit appeler PeH^Piene* Ur*^ Ëulalie de Kersabiefc^ raccompagnait sous le nom de Petii-PauUCeite vie, si agitée, semblait plaire infiniment à la duchesse. £Ue supportait en riant toutes leë privcUiems^ «^'iie 's^effîra'i^ d*atican danger. Le maréchal de Bourmont , qui devait coimnander en chell, arriva à Nantes le 19. Comme Madame» il avait tmversé to«te ta France^ du Midi à TOuest, sans qu'^n lui eût demandé une seule fois son passeport, Cependant réèhaufTourée de Marseille avait mis toute la* pôlîeje en éveil. • •

La présence de la duciiesse ailligea profondément

la plupart des chefs vendéens. Ils avaioiit promis de prendre les armes en cas de succès dans le Midi, espérant qu'une seiid)labl8 noQvell^ entraînerait les indécis et ébranlerait la fidélité des troupes de ligne. Mais, du moment oîi la première partie cla plan de campagne avait échoué, ib vonlaient qu^on ne fit nulle part aucuiKj tentative. Madame connut ces dispositions et passa outre. Elle fit parvenir aux diÛerents ch^ Tordre de se soulever le â& mai. Les uns ne songèrent plus qu'à obéir; les autres déclarèrent qi^'ils étaient prêts à faire personnellement tous les sacrifices, à courir tous les dangers, mais qu'ils se croiraient coupables devant Dieu sMls cherchaient à entraîner les paysans dans une entreprise sans avenir. Les partisans déclarés de la gome virent dans cet avis une sorte de trahison, et désignèrent ceux qui l'avaient donné par le surnom de PancaLUera, espèce de choux dont la rapide croissance se termine par un avortement.

Madame avait ordonné de prendre les armes avant d'avoir vu le nmrécbal de BourmoQt, ^ sans conna!-* tre son avis. Le maréchal, tout en regrettant cette précipitation, hésitait à donner un contre-ordre, lorsque M. Benryer vint le trouver à Nantes, au nom du comité royaliste de Paris. Ce comité blâmait l'insurrection et avait chargé M. Berryer, l'im de ses membres , de remettre à la duchease une note rédigée par M. de Ghâteaubriand , et où on la conjurait de quitter la France. Le maréchal , décidé pai' cette conununicatioo, écrivit, le 22, aux différents chefs de

rOuest, de ne point agir oslensibleroeni, sans avoir

reçu de nouvelles instructions. M. Berryer se rendit près de la duchesse, il la trouva dans ^ne pauvre métairie^ couchée sur un. lit de bois blanc, et ayant ppur tout mobilier une table chargée de papiers et de d«ux paires de pistolets» L'entrjevue fut loague« mais enfin Madame se rendit. « C'est décidé, s'écria-t-elle, je vais quitter la France ; mais je n'y reviendrai pas, faites-y attention, cai* je ne veux pas revenir avec les étrangers. Ils n'attendent qu'un instant, vous le savez, et le moment arrivé ils viendront me demander mon fils; non pas qu'ils s'inquiètent beaucoup plus de lui qu'ils ne s'occupaient de Louis XYIII en 1815; mais ce sera un moyen pour eux d'avoir un parti à Paris : eh bien! alors ils ne l'auront pas, mon fils, ils ne l'auront pour rien au monde; je l'emporterai plutôt dans les montagnes de la Calabre. Voyez-vous, monsieur Berryer, s'il faut qiji'il achète le trônç de France par la cession d'une province, d'une ville, d'une forteresse, d'une maison, d'mie chaumière, . comme celle dans laquelle je suis, je vous donne ma parole de régente et de mère qu'il ne sera jamais roi. »

M. Berryer partit à quatre heures du matin, persuadé qu'il avait réussi. Le soir Madame lui écrivit

que dctiiiiUvement elle restait. On dccida que la prise d'armes aurait lieu dans la nuit du ô au 4 juin. L'ordre fut signé par la duchesse et par le maréchal comte de bouiniont.

Dès le 2& mai, quelques tentatives furent faites sur

dîffércffte pointfr'da Méine, de la Bpètâgne'el'initne

de la Vendée, car le contre-ordre fin 22 n'était point arrivé partout en t^pB opportim. Cette première le* vée de booeKers coCrta la W ou la liberté à plusieurs chefs secondaires, et avertit les autorit(^s do la présence de Iffadame. Une visite domiciliaire faite, le 28, au château de La Chaslière, chez M. do TAiibépin, eut pour résultat la saisie d'une foute de papiers relatife à rinsurrection ; dès lors tous les projets et toutes les craintes des ] uiiimistes furent connus. Néanmoins on persista dans la résolution d'en appeler aux armes;

' Le l\ juin, le tocsin sonna dès deux heures du matin dans un grand nombre de bourgs et de villages. Cinq ou six cents insurgés occupèrent Maisdon, dont Athanase de Charette, chargé du commandeniont en chef du Bas-Poitou, devait faire son quartier général. Cette position leur fut enlevée le jour même. Un rassemblement beaucoup plus faible , formé pai* La Boberie , se porta sur Saint-James puis s'établit à Mohtbert; mais découragé par Téchec de Maisdon il se retira , sans combattre . à rapproche du général DermoncourU Le 6 , cinq cents chouans (en 1832 on donna ce nom aux insurgés vendéens), couiinaiidés par Charette et La Roberie, attaxiuèrent au Chêne un bataillon du 44% Ce combat fut trèaviif; la troupe perdait du terrain et était menacée d'une déroute complète lorsque des renforts lui permirent de reprendre roffensi\ e. Los < hfMitns se replièrent en bon ordre sur le Clodi, De Trégomain

•ila tdmte d'Hanaehë hitni toés dan» eetle Uaire,'

De Bonrecueil, qui avait été frappé aux deux jambes, Alt fait prlioimier, et mourut plus encore peut-être de^r mftthnate Mltemêiil» qu*ll essuya t(ue ded suitee de

ses blessures. Charette, aftligé de toutes ces pertes et Jtt|eaixtiiiutiie deproloogep la iutte^ engagea les {usun géB h Pd;oumer oheB eux. Le même jour qtifttre eeatil paysans, levés par Louis de Cornulier, avaient été dispersé* à la €aratene. Des reneonti^» plus insîgni^ fiantes eneere, eurent lieit à peu près ali même nkn ment sur deux ou trois autres points. A Saint-Aubin,' les ohouaiîe, quoique vainqûeurs, se débandèp^t, ne go sentant- point soutenus. Sur là rive droite de la Loire, un seul rassemblement put se ftrmer. La I\oohe^Macé se porta sur Raillé» avec environ huit cents hommes. La troupe , vlvemenf repoussée dans une première attaque, reprit roiïensive, et les deux partis se retirèrent en ^'attribuant la victoire, tovct terminer Thistoire de cette campagne, il ne nous reste plus qu'un combat à raconter. * '

Le vieux château de La Pénissière-de-la-Cour, situé à une lieue et demie de Clisson. avait été di sigué comme point de ralliement aux insurgés des commu- Bés enVirMiantes: Le 6 juin, qûa^fe-^èvix. hommes B*y trouvaient réunis. Pittson adjudant-major du 29% instruit de ce rassemblement, espère s'emparer dé iovtÉ ceux qui le composént. 11 fait cerner le château^ et ordonne rattaqnc. Les insurgés laissent approcher l'ennemi à vingt pas, et répondent aux coups de fusil qu'il tire au hasai^d sur les fenétreé, par im feu très^

vif et trèâ-habik^\neu,t d^*igé« Im sotdi^ts recukni» leurs chefs les ramènent au combat» mm ils «mi m*

corc uii(3 fois repou&^és. laiidis que le gros de la troupe entretient la fusiUi^e* l'acyuciUatHniyor foroie un corps d'élite et orckone un nouvel assaut En même temps il tente d^incenclier La Pénissière. Le pignon du diâtoau étant sans ouvertures .du .côté où Ton se battait, ne pouvait être défendu* Quelques lioiumes y appliquent une échelle, montent jusque sur le toit, le défoncent et incendient le grenier. Bientôt tout le haut de rhabitatien est embrasé. Les soldats, dont la dernière tentative a échoué, reviennent à la ciiarge en poussant de grands cris, et sont forcés de fuir encore une fois devant le feu des assié* gés. Quant à ces derniers, ils voient T incendie sans s'émouvoir et ne cherchent point à Téteindre. Tous leurs efforts sont pour le combat Uun d*eux est armé d'un clairon et ne cesse de jouer des airs guerriers, lies plus habiles tireurs se tieni^ent constamment aux embrasures, tandis que les autres chargent les fusils. De telle sorte que le feu est continuel.

La troupe faisait bonne contenance. Le chef de bataillon Georges, officier habile et énergique, arrive vers cinq heures du soir, et prend le commandement. Conune la flamme tendait toujours à. s'élever, les toitures seules étaient incendiées. Georges ordonne de pénétrer dans le rez-de-chaussée et d'y jeter des matières inflammables. Les soldats, précédés de quelques sapeurs, arrivent jusqu'aux portes, les enfoncent à coups de hache et m précipitent dan3 Fhabitatioo.

fshouans*, petlréB mt pranier ëtage, font dès troo0

dans le plancher et tirent presque à bout portant par ces meiirtrières impioviBéea. Les bieus se retirent et Bont poormnvfô par les eris de vU>e Henri VI accmn« pagnés du bruit du ciairoo. Leur courage est inébranlable comme eehii des insuiigéB; ils s'approdient dé nouveau et lancent dans rintérieyr des torches enflamBoées, de la résine et du bois sec. Les Vendéens sont enveloppés paf: le fm; ils en ont sur 1a tête, ils ei9i ont sons les pieds. La fusillade ne se ralentit pas et le clairon continue de sonner. Les bleus attendent, convaincus 4iue ces i^onmies^ dont ils ne peuvent 8*enipécher d^admlrer la magnifique résistance^ sont condamnés à mourir. Les assiégés ne croient cependant pas leur situation désespérée. Ils songent à faire une sortie. Trente-quatre d'entre eux se précipitent dans ie jardin, six sont tués, les autres s'éciiappent. Les hi|it honunes restés dans La Pénissière oontinuaient leur feu. Les soldats veulent en avoir raison. Ils envahissent le château. Les insurgés se réfugient dans une sorte de mansarde, dont Tescalier est en<* core debout, et défendant Feutrée de leur retraite avec un tel acharnement que le commandant Georges ordonne de cesser cette dernière attaque, ne voulant pas exposer Télite de son bataillon à une mort c^taine. Les flammes enveloppent le bâtiment tout entier, les charpentes s'écroulent, et les bleus n*entendant plus aucun cri, s'éloignent à neuf heures du soir, emportant leurs morts et leurs blessés. Au milieu de la nuit, huit hommes sortirent de ces ruines : retirés

dans renfoncement d'un mur très-épais, les Vendéens avoieni échappé à rinoendie.

Pour les détaiié de-cè glorieux pombat, bow avens également consulté les narrations, d'ailleurs à peu prèa identiquea, publiées par les deux pa^a. l|aîs raciBOid ne s^éfend pas phis loin» t)*iiprès ïë»' écrivains dévoués à la cause des insurgés , le commandant Georges aurait eu sous ses-ordpes de douze à quinze eents hommes et, outm tm homM èolMidélrable de bls^eB, deux cent cinquante cadavres seraient restés sur le champ dè bataille. D'après Oeorges et le général Dermcmcourt, les divm'âétaehements présents à l'attaque de La Pénissière n'auraient compté, réunis, que deux cent cinquante à trois cents soldats. Les pertes se seraient élevées k Quatre tués et dix blessés. La vérité se trouve évidemment entre ces deux assertions extrêmes. Il est fort difficile de la découvrir, car a!ujourd*hut encore cîiaque parti tient à ses premières évaluations. Nous nous bornerons donc à faire rémarquer qu'une alTaire^ si longue si animée a né^ cessaîrement coûté la vie à un assez grand nombre de combattants. Si les soldats n'avaient perdu que quatre des leurs, ils n'auraient point tant de fois reculé devant les Vendéens. QnSEtnt'au cMîfT^e de deux cent cinquante morts, qui porterait au moins à six cents celui dés hommés mis hors de combats, il i^ous paraît égaleirient ihâbceptable. Les troupes chargées de parcourir le Bocage étaient d'ailleurs trop peu nombreuses pôulr quis T adjudant-major Pihéoh et le commandant Georges aient pu réunir; té jour nîiémé où Ton se baU

tait au Ghène et à la Caraterie, plus de six cents hommes devant la Pénissière. ■

Le '2 juin / le général Dermoncoisri avait écrit aux connnandante dés arrondissertieiits militaires : poinù de prisonniers &iirtmit. Personne n'exécuta rigoureux semeiit œt ordre. Néanmoii» les M9 de la guerre furent plusieurs fois violées. JarqiK*? Cnthelineau, fila du géQ^raiiâfiime do la grando armée catl>oli-' que et ancien lieutenant de:ta garde rliyale, avait été choisi pour commander les insurgés de TAnjou sous les ordres de Cb* d'Autichaitip. [Oubliant que les Bourbons, pour lesquels il avait oomibatta dès 1815, ne s'étaient souvenus ni de ses servlcef*, ni de la gloire de son père, il promit de seconder une prise d*annes qu'il déeàp]iroavait.' Signalé depuis

longtemps aux autorités civiles et militaires, il fut obligé de se cacher en attendant le moment d'agir. Le 27 mat, un détachement de troupes de tigne; conduit par le lieutenant Régnier, envahit la métairie de La. Chaperonnière, que des avis avaient signalée comme la retraite de Galhelibeaii. Ce' chef s'y trouvait en effet avec MM. Moricet et de Civrac. Réfugiés sous une trappe habilement dissimulée, les trois Y6n'* déens espéraient écha]ii)or à toutes Ici» rèchercfes. Mais lorsqu'ils entendirent les soldats furieux frapper le métayer et former le projet de le fusiller, ils réso^ hirent de se dénoncer eux-fliémes, M. le marquis dé Civrac voulait lever la trappe et se présenter le premier. « Non, lui répondit Cathelineau, c'est à moi que iievient cethonneut* ét ce périt » Atrïnême mo-

ment, il se montre en disant : « Nous sommes sans armes, ne tirez pas, nous nous rendons. » Feu ! crie le Ueutenant Régnier. Puis, voyant l^indéoisiûo de ses soldats, il prend un fusil et exécute Tordre qu il a donné, Gathelineau futirappé d'un coup mortel, et il n'y eut point de mouvement en Ajijoiu Régnier préte&dii qu'il avait suivi ses instructions. Quelques jours plus tard, M"' de La Roberie, effrayée pai* l'approche des soldats, vottlat s'échappa du ehftteau de son père. Oii tira sur elle presqu'à bout portant et elle fut tuée. Four excuser ce nouveau crime, les bulletins oiîiciels le repré8entk*ettt comme un accident.

l^a guerre était finie, ou plutôt elle n*avait pas pu commencer. £n eUet, aucun rassemblement ne s*était élevé jusqu*à mille hommes et n*avait iem la campagne plus de trois ou quatre jours. Madame ne renonça pas encore à ses espérances , mais elle sentit qu*il fallait les ajourner. Le 9 juin, elle abandonna le Bocage pour se réfugier à Nantes. Elle ût trois iieues et demie à pied , accompagnée seulement de M"" Ëttlalie de Kersabiec* Toutes deux étaient habillées en paysannes. Madame, horriblanent gênée par ses gros souliers et ses bas de laine, les quitta, se noircit les jambes avec de la boue^ al'm de cacher la blancheur de sa peau , qui pouvait la trahir, et marcha pieds nus. Elle put gagner sans accident la maison préparée pour la recevoir. Son séjour à Nantes, son arrestation et sa captivité n'appartiennent point à cette histoire.

Des mesures de rigueur furent prises contre la

Vendée. On décréta ia mise en état de siège de c(ua-

ti'c départements : la Loire - Inférieure , les Deux- Sèvres , la Vendée et Maine-et-Loire ; on forma des GoiDinîssions militaires et Ton mit des ganiissaires « dans les maisons habitées par les pères et mères des individus que la notoriété publique désignait comme faisant ou ayant fait partie des bandes armées et ne s' étant pas soumis. » La cour de cassation cassa les commissions militaiies, et le tribunal de Fontenay déclara le système des garnissaires contraire à la loi. 11 avait été maintenu pendant trois mois. Un grand nombre d'accusés furent traduits devant les assises. On acquitta la plupart des gentilshommes» mais plusieurs paysans, condamnés comme coupables d'attaques à main armée contre les propriétés ou les individus, furent jetés au bagne* C'était une indignité. On pouvait les traiter en ennemis, non pas en détrousseurs de diligences et en assassins.

Toutes les défaites s'expliquent après coup. On a souvent prétendu quMl fallait attribuer Tavortement si complet de l'insurrection de 1832 à Tindécision de quelques chefs et surtout au retard apporté dans la prise d*armes. Il est certain que si le mouvement avait eu lieu dès le 24 mai , ainsi que le voulait Madame, les chances eussent été moins défavorables^ Les rassemblements auraient compté quelques centaines d'hommes de plus. Mais la masse de la population serait restée tranquille. Les Vendéens les plus influents et les plus dévoués à la cause de la branche aînée s accordaient à prévoir ou, tout au moins, à

erftindèe ce réBultot Ceux <|ùî ne bUttudenl pas

t>uverten^oiil les projêts de la duchesse, désiraient qu'elle y reiioaçàt. ils inarehaieut par devoir, par dénmeuMiit, mais ils ne «royaiant pas au Buceôs.

Les faits ont d'ailleurs ici une autonlc qu'aucun raisofiOÊmunt ne peut aiïaibiir. 5i les paysans avaient été disposés à la révolte, tooft les doutes jetés dans ieiu Bs|)rit par les ordres et les contre -ordfes dd Madame et du Maréchal,, seraient tombés au bruit des premiers coups de fùsiU Quant aux dispositions prises par le général Dermoncourt pour empêcher la jonction des divers rassemblements, elles eussent été impuissantes. Quelques détachements de trois ou quatre cents hoiniiics n\an^tent pas t«ute une population qui veut se soulever. De telles mesures ne sont efficaces qite contre un complot

En lS;i2, Madame fut victime d'une erreur volontairement et obstinément propagée par le parti royaliste. Jamais, en effet, les écrivains, les orateurs et même les politiques de ce parti n'avaient voiiUi reconnaître le véritable cai actère des guerres de l'Ouest. ]Pendant près de quarante années , ils s'étaient efTor^ cés de transformer les paysans vendéens et bretons en purs défenseurs de la monarchie de droit divin. Sans nier F esprit profondément religieux de ces populations, ils avaient évité de dire quelles s'étaient surtout armées pour la cause dç l'Église. Madame crut, par conséquent, qu^il lui suffirait de paraître dans le Bocage pour y lever une armée; parmi les personnes qui l'entouraient, b^ucoup partagèrent

cette conviction» et la déplorable tentative de 1852 fut résolue. Dès les premiers jours les illusions cessèrent. On sut que les paysans, plus occupés des intérêts de Tautel que de ceux du trône , refusaient de se soulever parce que la religion ne leur paraissait pas en cause. Aussi entendit-on un des personnages les plus ardents pour ia guerre civile s'écrier, dans un moment de colère et de désespoir : « Notre plus grand obstacle vient de ces prêtres qui ne veulent pas se mettre à la tète du mouvement. Si les soldats de Louis-Philippe n'en éventrent pas une douzaine, nous ne ferons jamais marcher ces entêtés de Yen* déens ». La personne parfaitement respectable et sûre, qui nous transmet ce renseignement, ajoute :

t Le clergé resta constamment neutre par devoir* Durant trois mois, il porta la guerre civile dans un pan de sa robe ; il eut regardé comme un crime de le dérouler. Quelques-uns de ses membres, en trèspetit nombre, se compromirent; ils furent hautement désavoués. Et pourtant des autorites ineptes ou bassement perfides ne négligèrent rien pour le pousser à bout, 9

Page 1