I.^Onest SORB fiioipiro. — Pilse iraniics de iai
La Vendée posait les armes, mais le principe qu*clle avait défendu était triomphant. Le premier consul ne se bornait point à reconnaître et à faire respecter la liberté des cultes, il proclamait encore que les paysans de i'Ouest avaient bien mérité de la patrie en combattant pour leurs autels. Cette longue lutte, qu'il appelait « une lutte de géants, » lui.iit comprendre toute la forée du catholicisme* Tandis que de pauvres politiques lui conseillaient de se faire protestant ou de tenter la réhabilitation du schisme constitutionnel, il ouvrait des négociations avec Rome et appelait près de lui l'ancien aumônier de la grande armée catholique et royale. Nous n'avons pas à nous occuper de la conduite que tint Tabbé Bemier dans celte nouvelle position. Il nous suffit seulement de constater que quand Bonaparte voulut rendre au catholicisme une existence légale, il demanda des conseils à Tapôtre de la guerre de TOueet, au prêtre qui depuis sept ans représentait le plus éneigiquement en France la cause de Torthodoxie.
Bernier fut nommé évoque d*Oriéans. Revêtu de
cette nouvelle dignité^ il se rendit dans le Bocage pour y présider à la réorganisation du culte. Dès qu'il eut touché le sol vendéen, toute la population se porta au devant de lui. Son voyage fut un continuel et magnifique triom]^ Quelques royalistes essayèrent vainement d'arrêter cet enthousiasme, en disant que Bernier était un traître; les paysans virent en lui le représentant de la Yendée catholique et applaudirent à son élévation. La haine des révolutionnaires d'Angers ne s*était pas plus amortie que Tamour des insurgée du Bocage. Tandis que ceux-ci s'agenouillaient devant leur ancien aumônier , pour en recevoir une dernière t)énédiction, ceux-là lui envoyaient des bouteilles remplies de sang. Bernier sut mépriser ces lâches injures. Rentré dans son diocèse , il se montra uniquement préoccupé de ses devoirs d'évéque. Son feile et son humilité le firent accuser d'hypocrisie. Nous préférons croire à sa sincérité. Il mourut en
Quelques«-iines des paroisses dé la Yendée qui
avaient le plus énergiqiiement résisté au Schisme constitutionnel se séparèrent du Saiat-Siége , à Toceaaion m^ne du concordat. Ces paroisses faisaient
presque toutes partie du diocèse de La Rochelle, dont l'ancien évêque avait refusé , malgré les instances du pape, de donner sa démission. Les fidèles et quelques prêtres accusèrent le chef de l'Église d'avoir outrepassé ses droits en leui* nommant un nouveau pasteur, et refusèrent de se soumettre à une autorité qu'ils regardaient coiuiac illégitime. On les appela les chré-
tiens de. la Pedle Eglise. Il existe encore aujourd'hui quelques traces de ce schisme^ qui, après avoir com-^ mencé par un cxcu s do zole , s'est perdu , selon une règle invariable, dans le désordre et Tignoranœ. . Benrier ne fut pas le seul chef de TOuest dont Bonaparte voulut grossir ses partisans. Il fit venir à Paiiâ presque tous les anciens oITiciers vendéens et chouans, et leur offrit des emplois ou de Fargent Très^ peu se laissiîrent ébranler. Cadoudal eut à. choisir entre le grade de lieutenant-général ou une pension de cent mille francs, à condition qu^l demeurerait étran* ger à toute menée politiciue. 11 préféra rester fidèle aux Bûui'bons et partit pour TAngleterre, oti le comte de Provence lui donna le cordon rouge, et le nomma généralissime de toute la Bretagne. T^e premier consul ne songea point aux chefs seulement; il s'efforça de réparer tous les désastres causés par la guerre civile. D'anciens soldats vendéens furent arrachés à la misère par ses bienfaits. Comme empereur, il se montra ûdèle à cette politique. M*^ de Bon** champs devint une de ses pensionnaires. En même temps il fut implacable pour les hommes qui lui par rurent dangereux.
La Bretagne accepta moins facilement que la Yen* dée le pouvoir de Bonaparte. Cependant, malgré les » efibrts de Cadoudal, aucun nouveau soulèvement 4iie put éclater. Le chef breton, désespéré, se mit à con** spirer avec d'anciens répubUcains, que la jalousie et la vanité rattachaient à la cause royale. Il vint à Paris, suivi de plusieurs de ses chouans. Les ter-»
giversations des autres conjurés le condamn(>rcnt à rinaction* La police, instruite de 8a présence, le fit rechercher avec la plus grande activité. Il fut arrêté le 9 mars 1804, et guillotiné le 25 juin. INapoléon lui avait fait oiîrir sa grâce, pourvu qu'il la demandât. Mais Cadoudal, qui n'avait pas voulu lui devoir sa fortune, ne voulut pas non plus lui devoir la vie.
Les désastres .de la campagne de Russie ranimèrent les espérances des royalistes, et eur^t naturellement leur contre-coup dans F Ouest. Une certaine agitation s'y manifesta. Les réfractaires devinrent plus nombreux, mais personne ne prit les annes. La campagne de 1814, elle-même, se termina avant que rinsurection préparée par quelques chefs eut éclaté. La nouvelle de rentrée des princes à Paris fut d'ailleurs accueillie avec le plus vif enthousiasme.
Les Bourbons devaient beaucoup à la Vendée; ils ne firent rien pour elle. Louis XYIII craignait de mécontenter les libéraux. On poussa l'oubli de la reconnaissance et des plus simples notions de la politique jusqu'à ordonner le désarmement de ces hommes qui, pendant sept années, avaient fait flotter le drapeau de la monarchie. Cet ordre était exécuté lorsqu^on apprit que Napoléon, débarqué le i" mars 1815, sur les côtes de Provence, se formait une armée de toutes les troupes envoyées contre lui. De nouvelles luttes étaient inévitables; on. se rappela rhéroîque dévouement des Vendéens, et Ton y fit appel. Un prince du sang, le duc de Bourbon, partit pour Angers, où comn^andait Charles d'Autichamp.
1/ agitation était extrême parmi les gentilshommes et assez vive dans les campagnes.
Le prince ne sut prendre aucune décision. Après être resté quelques jours à Angers, il se rendit à Beaupréau, où il fut bientôt suivi par d'Àutichamp. Un grand nombre de royalistes se réunirent autour du duc de Bourbon. Les uns voulaient que Ton sonnât le tocsin, afin d*appeler tous les paysans aux ar* mes; les autres, convaincus de Tinutilité de cette tentative, déclaraient qu'il fallait attendre et conseillaient au prince de q[uitter la France. 11 partit le 25 mars, et la Vendée resta sans chef! Cependant quelques bandes parcouraient les campagnes, et Ton devait croire qu'il suivrait du plus léger effort pour chasser les trois ou quatre mille bleus dispersés dans toute la Vendée militaire. Au milieu de ces perplexités, on apprend que le marquis Louis de Larochejacquelein va débarquer sur les côtes du BashPoitou avec un convoi d'armes et de munitions. Tous les chefs se prononcent pour la guerre. Suzannet, d' Autichamp et Sapînaud, reprennent leurs anciens titres de généraux de la Basse- Vendée , de l'Anjou et du Centre; Auguste de Larochejacquelein se charge d'organiser rinsurrectîon dans le Haut-Poitou, et Ton décide qu'une levée générale aura lieu le 15 mai.
Louis de Larochejacquelein débarqua le lendemain même de la prise d^armes, et fit inmiédiatement distribuer une proclamation énergique , ayant surtout pour but de justifier la conduite de Louis XVill : « Vendéens, disait-il, le roi vous aime; il n*a pas dé-
pondu de lui do vous mioiix tmilor : vous le croirez, puisque je vous le dis* Le roi cherchait a cahner tous les partis, mais il ne vous a jiGtmaîs oubliés. » Le gé^ néral Travot, arrivé trop tard pour s'opposer au débarquementy engagea une fusillade insigniiiante avec la coloniie chargée de conduire, dans le Bocage^ les armes et les munitions données par T Angleterre.
Bien que l' insurrection eût été longuement prépatée^ les difi^nts chefs vendéens n^avaient pas plus de quinze mille hommes sous leurs ordres. La faiblesse de Tennemi leur pennettait néanmoins de prendre Toffensive. Mais tiédis que Louis et Auguste de Larochejacquelein, le général Canuel, Ludovic de Charette et plusieurs autres ofiiciers, qui combats talent pour la première fois parmi les Vendéens , montraient le plus vif enthousiasme, convaincus que le pays tout entier allait prendre les armes comme en 179S, d^Âutichamp, Sapmaud et beaucoup de vétérans de Fancienne guerre étaient irrésolus et inquiets. Ils se rappelaient que du temps de Gathelineau il suffisait du plus simple avis, et d*un délai de trois on quatre jours, pour réunir sur le même point des aimées iurmidables. Le contraste les frappa; ils ne le cachèrent point, et on les accusa de faiblesse. Les dissensions qui régnaient parmi les chefs depuis le jour où le duc de Boui'bon avait paru en Vendée, faisaient d'ailleurs comprendre la nécessité de nommer un généralissime. Ce titre fut conféré à Louis de La- . rochejacquclcin. Le général en chef ordonna immédiatement aux divers divisionnaires de se rapprocher
des côtes, afin de protéger le débarquement d'un
nouveau convoi de munitions.
Dès que r empereur connut le soulèvement du 15 mai» il dirigea huit mille hommes sur la Y^dée, et en confia le commandement au général Lamarqiie. Le ministre de la police, Fouché, duc d'Otrante, voulut joindre Tintrigue à la force. Il chargea MM. de Malartic, de Flavigny et de La Béraudière , de faire des propositions de paix aux chefs vendéens \ D'Autiohamp, Sapinaud et Suzannet, se montrèrent dispo* sés à traiter; les deux Larochejacquelein et Ganuel repoussèrent vivement, au contraire, les ouvertures de Fouché. Mais, quoique général en chef, Louis de Larochejacquelein n'avait d'autorité que sur les soldats qui le suivaient. Les généraux de l'Anjou, de la Basse-Vendée et du Centre, refusèrent de lui obéir ; il les destitua îe 2 juin, par un arrêté dont tous les termes sont d'une extrême violence, et remplaça d'Autichamp par le marquis de Givrac, Suzannet par Duchaffault, Sapinaud par Dupérai Cet arrêté n'eut d'ailleurs aucune suite. Les généraux accusés de lâcheté, de bassesse, de trc^ison et dHnfamie^ restèrent
* On a dît que Fouché, convaincu que Napoléon échouerait, voulait paralyser les ( Onrts d-s l o yalistes, afin de prouver aux puissances alliées f|ue les Bourbons tUait ut profondément impopulaires et qu'il Tallait, dans l'intérêt de TEuropc , donner à la France un roi que la Révolution pût accepter. Le due d*OHéaiM aurait été don candidat.
Ce n*ëtaU pas la première fato, d*at]]eiu«, que rôn isongealt à cette transaction. Dumouriez Tavait proposée à Cliarctte, et s*élait attiré un refus, des plus positifs. D\\n autre côté , \'auhan rapporte dans ses mé» moires, mie, quelf;ues Jours après le désastre do Qiiih«Mon, Pnisaye lui avait dit quv ci rtains royalistes voiiI;iieut tonninor la lutte en posant la couronne sur Jn téte du chef de la bianchc cadette.
à la tête de leurs soldats. Deux jours plus tard* Louis de Larochejacquelein fut tué dans un engagement contre un corps de bleus commandé par le général Ësbève. Cet événement plongea tous les insurgés dans le deuil ; ceux mêmes qui songeaient à négocier montrèrent les regrets les plus vifs. Constamment préoccupé du souvenir de son frère Henri , le malheureux généralissime ne voulut pas voir la différence des situations, et mourut victime d'un enthousiasme que bien peu de ses soldats partageaient. Déjà Ludovic de Charette» neveu de l'ancien général, du Ba&-Poitoa, était tombé sous les balles de» bonapartistes.
On jugea nécessaire de nommer un nouveau général en chef. Sapinaud fut élu. Lamarque, après avoir réuni six mille hommes à Nantes, était entré en Vendée, pvoraettant. de respecter les personnes et les propriétés, et menaçant d'être impitoyable pour ceux des insurgés qui ne se hâteraient point de poser les armes. Les royalistes résolurent d'arrêter le général bonapartiste à La Boche-Servière. Le 19 juin« une affaire eut lieu entre les deux avant-gardes, etTavantage resta aux Vendéens. Le lendeiiiain. les divisions de Suzannet et de Saint- Hubert s'avancent contre Tennemi, sans connaître sa position» ni ses forces. Saint-Hubert attaque le premier; mais, après une demi-heure d'un combat très-vif, ses soldats manquent de cartouches et se débandent. Suzannet paraît an moment de la déroute, se précipite sur les bleus, et tombe mortellement frappé. Les Vendéens se replient en désordre. D'Autichamp, qui depuis vingt-quatre
heures se tenait à Tielllevigne avec six mille hommes, se porte en avant, et tàclie à son tour d'arrêter les vainqueurs. La bataille recommence. Mais, tandis que les royalistes couverts par la Boulogne, ne songent qu'à détendre le pont qui conduit dans La Rocheservière, Lamarque fait passer la rivière , au-dessus et au-dessous du village, par éelùx de ses divisions ; toute résistance devient impussible. Les Vendéens sont forcés de battre en retraite sous le feu de Tenn^.
Cette affaire, si mal engagée et si mal conduite, porta le dernier coup à rinsurrecBon. Les pertes étaient grandes; on les exagéra, et le parti de la paix vit augmenter le nombre de ses adhérents. Lamarque, tout en continuant d'avancer et de prouver qu'il ne redoutait point de nouveaux combats, renouvela les propositions tléjà faites. Saint-Hubert, Bupérat, Duchaffault, Canuel et Auguste de Larochejacquelein , qui était entré à Thouars le jour même où Lamarque prenait La Rocheservière, essayèrent vainement de s'opposer aux négociations. Les officiers supérieurs, réunis en conseil, décidèrent, à la majorité de vingt voix contre douze, qu'il fallait traiter. La paix fut signée le 2G juin, bien qu un eut appris la veille que Napoléon avait été battu à Waterloo.
LeBas-Ânjou, le Maine et la Bretagne, s'étaient agités comme le Bocage vendéen. Le drapeau blanc avait continué de flotter dans les campagnes. Cependant, bien que les garnisons bonapartistes fussent très-faibles, l'insurrection ne s'était montrée entreprenante que dans le Morbihan. De Sol de GrisoUes et
ses priDdpftHX lieutenants avaient occupé« par surprise ou par force, Ploêrmel, Josselin, Rochefort, Auray et
plusieurs autres postes d'ailleurs mal défendus. Le général Bigarré, qui commandait les troupes impériales, paraissait fort rassuré sur le résultat définitif de la lutte. 11 venait de remporter un succès assez marqué» lorsqu'il apprit que la cause de Napoléon était perdue* Les deux partis suspendirent leurs opérations, et attendirent les événeiiicuLs 1 arme au bras. Les troupes alliées se répandirent bientôt dans toute la France» Cependant il y eut deux points qu*eUes n'osèrent occuper dans la Liniiitc d'y occasionner un soulèvement général ; ces dew^ poÏMt^ furent la Vendée et le Morbihan. Les Vendéens déclarèrent même k Lamarque et au prince d'EckniLÏhl , général en chef -des troupes bonapartistes réfugiées derrière la Loire, que si les alliés osaient entreprendre de partager le t^^rritoire français , ils seraient les premiers h combattre pour le maintien de T unité nationale.
Telle fut dans TOuest la campagne de i8i5« Les Vendéens et les Bretons ne montrèrent point, sans doute, dans cette lutte purement politique, Tenthousiasme dont tant de fois la République s'était épouvantée. Cependant on put voir que la royauté légitime avait en eux ses plus fidèles et ses plus ardents défenseurs. Seuls en France , ils protestèrent, au prix de leur sang , contre le retour de Napoléon. Ce nouveau sacrilice devait être méconnu comme tous ceux qui l'avaient précédé.