CHAPITRE II
«Singulière situation d'une puissance dont les deux principaux ministres usurpent, chacun d'un côté, le droit de conclure des traités contradictoires ‘. » Henri II ne pouvait observer l’un ou l’autre des engagements qu’il avait signés, sans compromeltre son honneur. Réponse éclatante aux dires des historiens qui ont prêté à ce Roi une politique personnelle, et preuve solide du rôle extraordinaire que jouaient déjà les factions.
Profitant de l'absence d’un rival exécré, Montmorency avait conduit les négociations de la trêve avec une discrétion et une rapidité surprenantes. Des deux traités dont la politique royale se trouvait désormais prisonnière, celui du Connétable fut le mieux accueilli par les pauvres sujets’. La trêve de Vaucelles, publiée à Paris le 16 février 1556 *, bientôt ratifiée par l'Empereur et par le roi d Angleterre, comprit les « amis et alliés » de la France : les évêques de Metz, de Toul et de Verdun, l’abbé de Gorze, la famille Carafa, la famille Farnèse, le comte Niccold Orsini de Piti-
gliano, les fuorusciti des villes et États de Florence et de Sienne .
‘Fr. DECRUE, Anne de Montmorency, t. IL, p. 189. * Gualterio à Carafa, 1556, 6 fév., Blois, publ. p. R. ANGEL, op. cit. I, 2, Do
* Par édit daté de Blois, 13 février 4556 (A. IsNar», Actes royaux de la Bibliothèque nationale, t. I, p. 216).
* La ratification fut apportée à Amboise, où se.trouvait la cour, le 12 mars. Montmorency à Octave Farnèse, 1555, 12 mars, Amboise (Arch. d'Etat de Parme, Francia ; orig.). — Simon Renard vint résider comme ambassadeur d'Espagne en France; S. de Laubespine, abbé de Bassefontaine, représenta Henri II à la cour d’Espagne. Relations politiques des Pays-Bas el de l'Angleterre, t. I, p. 34.
* Déclaration du Roi, 1556, 3 mai, Chambord (Arch. de Parme, Francia ; expéd. orig.).
Mais de ces alliés, combien furent accablés par le bienfait qu'on leur offrait ! Le poète Olivier de Magny, secrétaire de l’ambassadeur D’Avanson, dans un sonnet des Soupirs qui est le vrai tableau de cette histoire, a peint toute la consternation des fauteurs de guerre ‘ :
Mon Dieu, que ceste trêve a le nez allongé
À ceux là de qui moins elle estoit attendue ! Cestuy-cy d’un costé son attente ha perdue
Et en tous ses desseins semble qu'il ait songé ?.
Ceux-cy crèvent de dueil d'avoir tant voyagé
Et de veoir vainement leur peine despendue à. Ceux-cy perdent du tout leur cause déffendue, Et ceux-cy par despit demandent leur congé.
Cettuy-cy, qui cuidoit de la vaillance sienne Regaigner le bonheur qu'il perdit devant Sienne, S’en va plus que jamais de vengeance altéréÿ.
Cettuy se void frustré de sa charge nouvellef. Cettuy u’espère plus qu’à Rome on le rappelle7. Et cettuy se repend de s’estre déclairé®.
A la cour de France même, dont les membres étaient en majorité de goûts belliqueux, la trêve créa une situation pénible*. Les gens se trouvèrent surpris et gênés par la soudaineté de l’événement. Les soupçons s’accrurent, les rivalités s’exaspérèrent. Henri IT paraissait honteux de sa propre conduite, on eût dit qu’il rougissait de sa complicité avec Montmorency. Il fuyait la société du cardinal de Lorraine et du duc de Guise. Lé cardinal eut d’abord assez de