pe MAGNY, Souspirs, éd. Courbet
? Carlo Carafa.
8 Lorraine et Tournon. Pour celui-ci, nous le verrons, la satire est mal fondée.
4 Les fuoruscili napolitains et toscans.
5 Piero Strozzi.
6 Hercule Il d’Este, duc de Ferrare, à qui le traité de ligue promettait le titre de lieutenant-généräl,
? Hippolyte d’Este, cardinal de Ferrare.
8 Le pape Paul IV.
* Domenico Achilli aü châtelain de Mantoue, 1556, 5 février, Blois : « La maggior parte di qua vorebbe la guerra.. » (Arch. d'Etat de Mantoue, Fran-
cia ; orig.).
maîtrise de soi pour cacher sa colère. À vrai dire, son rôle n'était point facile. En quels termes annoncer sa défaite au pape et aux princes italiens, à tous ceux qu'il avait séduits, entraînés par des promesses authentiques ? Il écrivit pourtant à Paul IV qu'il se félicitait de la trêve « agréable aux pauvres peuples »°. Il tâcha de tromper les politiques italiens sur l'importance de l’événement?. Mais, après quelques jours, l’humiliation devint trop amère. Le cardinal se révolta et fit au Roi des remontrances insolentes : il lui rappela que « sa signature autographe et son sceau étaient sur le parchemin des traités conclus en Italie, que, si la moindre partie de ces traités était reniée, il en résulterait un scandale infini, enfin que, dans cette occasion, il s'agissait non de faire tort ou injure à lui, cardinal, mais de compromettre l'honneur de Sa Majesté même »#,
Ces observations eussent été vaines, devant le fait accompli, si l’opinion puissante de tous les bénéficiaires de la politique belliqueuse n’eût soutenu Lorraine. Les hommes pacifiques tremblaient, eux-mêmes, de voir crouler, dans cette comédie, le prestige du Roi. Joachim du Bellay, qui
appartenait à une maison peu amie des Guises, disait pourtant :
Nous ne sommes faschéz que la trefve se face…
Si est chacun de nous à soy mesme tesmoing Combien la France doit de la guerre estre lasse. Mais.
Il nous fasche d’ouir noz pauvres alliéz
Se plaindre à tout propos qu’on les ait oubliéz
Et qu’on donne au privé l'utilité commune.
Maïs ce qui plus nous fasche est que les estrangers Disent plus que jamais que nous sommes légers Et que nous ne sçavons cognoistre la fortune.
Un vieux dicton, répandu en Italie, accusait les rois de France de plus promettre que donner. En novembre 1551, l’évêque d'Arras, Granvelle, déclarait au nonce de Jules III :
‘ Le card. de Lorraine à Paul IV, 1556, 44 février, Blois (Arch. Vatic., Cast. S. Angelo, arm. VIII, ordo IL, t. I, fol. 68; autog. ital.). — Gualterio à C. Carafa, 1556, 14 février, Blois, publ. p. R. ANcez, 0piCul., p.343.
* Le card. de Lorraine au card. de Farnèse, 1556, 18 février, Blois (Arch. d'Etat de Parme, Francia ; orig.).
DUT Alvarotti au d. de Ferrare. 1556, 18 février, Blois (Arch. d'Etat de Modène, Francia : orig.). — Cf. R. ANGEL, op. cil., I, 1, p. LXXX.
«Tous les Italiens qui se sont appuyés sur la France sont restés en bas”. » Reproche mal fondé sans doute, mais singulièrement propre à émouvoir l'âme chevaleresque de Henri Il. La politique royale allait-elle abandonner ceux dontelle avait provoqué l'adhésion, le pape, les Carafa, le duc de Ferrare ?
Lorraine avait laissé le pape joyeux, debout sur sa barque, attendant la guerre. Une voix sinistre, pourtant, se faisait entendre au vieillard halluciné, celle du cardinal Du Bellay.
Le doyen du Sacré-Collège avait diverses raisons de ne pas estimer les travaux de Charles de Guise. Celui-ci lui avait apporté de France une lettre de rappel qu'il n’accepta pas *. Mais surtout l’expérience ancienne de Du Bellay le protégeait contre les chimères. Après le départ de Lorraine, le cardinal visita Paul] IV et lui montra les risques de l’aventure commencée : Montmorency, dit-il, s’opposerait de toutes ses forces aux tentatives belliqueuses des Guises et signeraïit une paix ou une trêve avec l'Empereur, laissant le pape compromis et menacé. Du Bellay n'était plus un conseiller d’autorité ; on ne l'écouta pas. L’eût-on écouté, les apparences lui auraient donné tort. Le 31 janvier, un courrier de France arrivait à Rome, qui annonça qu’une rupture complète s'était produiteentrelesplénipotentiaires du Roietceux de Charles-Quint: nouvelle tendancieuse, fondée sur une simple suspension des pourparlers. Les Carafa furentcomplètementrassurés ‘.
Charles de Lorraine était encore à Venise, lorsque Carlo Carafa décida, le 20 janvier, d'envoyer à la cour de Henri II un homme de confiance, le duc de Somma, chef des fuorusciti napolitains, pour obtenir la prompte réalisation des promesses faites au pape dans le traité de ligue”. Somma
1 L'év. de Fano à Jules IE, 4551, 14 novembre, Innsbrück, publ. p. G. Kurke, Nunlialurberichte aus Deutschland, t. XII, p. 108.
? Le card. du Bellay au Roi, 1555, 24 décembre, Rome (Bibl. Nat, ms. fr. 20448, fol. 217 ; orig.).
+ Gianfigliazzi au d. de Florence, 4556, 15 janvier, Rome (Arch. d'Etat de Florence, Mediceo, 3275 ; orig.).
4 À. Serristori au d. de Florence, 1556, 4er février, Rome (Mediceo, 3275 ; orig.). — Cf. Papiers de Granvelle, t. IV, pp. 533 et suiv.; R. ANCEL, op. cit., 12/10 821;
® Instructions de C. Carafa au d. de Somma, 4556, 20 janvier, Rome, publ. p. ANGEL, op. cil., I, 2, p. 324.
devait, comme Lorraine, arriver à Blois en importun.
La fièvre d'espoir qui agitait Rome et la Curie, s’accrut encore par la venue du grand condottiere Piero Strozzi. Le maréchal, débarqué le 28 décembre 1555 à Civitavecchia, avait rencontré de sérieuses difficultés. En dépit de Carlo Carafa, Paul IV lui interdit d’abord d’entrer dans la Ville éternelle : le pape craignait que la présence de Piero n’excitât l'enthousiasme des bannis toscans et ne fût l’occasion de graves désordres. Il est probable aussi que le cardinal de Lorraine, bien que son attitude ait été d'apparence correcte, ne désirait point rencontrer Strozzi à la Curie. Le maréchal passa le mois de janvier à Stabbia, près de Civita-Castellana, chez son beau-frère Flaminio Orsini ‘. Il vint de temps en temps à Rome secrètement, la nuit, pour y voir Carafa. Celui-ci s’employa beaucoup à le réconcilier avec Lorraine ?. Après le départ du cardinal, le 48 janvier, Paul IV leva l’interdiction faite à Strozzi de venir à la Curie®. Le 29 sous prétexte d’une partie de chasse, le maréchal et Carlo Carafa se rencontrèrent dans la Campagne romaine. Une longue conférence eut lieu entre eux. Le cardinal demanda à son ami ce qu'il pensait des négociations de Charles de Lorraine. Strozzi répondit qu’il eût mieux valu s'entendre avec Montmorency, mais il se réjouit, pourtant, de l’avenir qui s’ouvrait. Les deux condottieri restaient unis dans leurs desseins par une ancienne et familière « camaraderie ». Piero, en rendant compte au Connétable de cette entrevue, lui écrivait le lendemain : « Monsieur le cardinal Caraffe et moy fusmes hyer en campagne. En tous les propos que nous eusmes tout le jour ensemble, je le recongneus celuy mesmes bon Charles qu'il estoit autrefois pour le ser-
‘ Sur les inquiétudes de Cosne de Médicis, Petro Petri à Andrea de Nobili, 1555, 43 décembre, Florence (Arch. d'Etat de Lucques, Ambascerie, Carte orig., 584 ; orig.). — Robertet à Montmorency, 1555; 29 décembre, Rome (Bibl. Nat., ms. fr. 20442, fol. 137; orig.). — Adr. Saraceni à la Balia de Sienne, 4555, 30 décembre, Rome (Arch. d’État de Sienne, Lett. alla Balia, CCXXI, 571 orig.). — G. Grandi au d.de Ferrare, 1555, 31 décembre, Rome (Arch. d'Etat de Modène, Roma, orig.). — Avis au card. de Gonzague, 1556, 4er janvier, Rome (Arch. de Mantoue, Carteg. del cardinale ; orig.).
. * I semble même que Strozzi alla saluer Lorraine lors de son passage dans l'Etat des Farnèse. — Lorraine et Tournon à Montmorency, 1556, 6 Janvier, (Bibl. Nat., ms. fr. 20442, fol. 438 ; orig.). — Gianfigliazzi au d. de Florence,
1556, 11-15 janvier, Rome (Mediceo, 3275 ; orig.). 3 P. Strozzi à Montmorency, 1556, 18 janvier, Stabbia (Bibl. Nat., ms. fr.
3147, fol. 16-17; orig.). — Gianfigliazzi au d. de Florence, 4556, 18-21 janvier, Rome (Mediceo, 3275 ; orig.).
vice du Roy, et encores en mon particulier il n’est nullement changé. » Et il ajoutait ces paroles qui éclairent la conduite peu scrupuleuse de Lorraine : « Caraffe me dict, entre autres choses, ceste cy digne de vous estre escripte : que le cardinal de Lorraine, par les cappitulations faictes avecq le pape, avoit accordé choses auxquelles auparavant ils n’avoient jamais pensé, comme de Gaëte et d’autres qu'il me nomma, adjouxtant par après ces mêmes parolles « qu’ilz « estoient délibéréz par vostre moien réordonner les condi- « tions passées par le dict cardinal de Lorraine, parce qu'ilz « cognoissoient qu'il leur avoit plus concédé que n'estoit le « debvoir et que eulx-mesmes ne voulloient. » Grave accusation, faite peut-être pour séduire Montmorency, mais qui suffirait, vérifiée, à déshonorer la politique italienne des Guises. |
Le 2 février, Strozzi vint s'établir à Rome avec son épouse : il fut logé au Vatican dans l’appartement de Carafa. On le vit, les jours suivants, se promener en coche à travers la Ville éternelle, acclamé par la foule des fuorusciti qui criaient : En Toscane! en Toscane! Il eut de longs entretiens secrets avec Le pape, les Carafa et les agents français. Paul IV fut conquis : il déclara que « quiconque toucherait à Strozzi attenterait à sa propre personne ». Ces hommes n'’attendaient plus que le signal du roi de France pour partir en guerre”.
C’est dans la nuit du samedi 14 février 1556 qu’un courrier, dépêché de Blois par ile nonce Gualterio, apporta au cardinal Carafa la nouvelle de la trêve de Vaucelles*. Le
4 Piero Strozzi à Montmorency, 1556, 30 janvier, Stabbia (Bibl. Nat., ms. fr. 3053, fol. 86 : orig. chiffré). — Gianfigliazzi au d. de Florence, 1556, 50 janvier, Rome (Arch. d'Etat de Florence, Mediceo ; 3275 ; orig.). — G. Grandi au d. de Ferrare, 4556, der février, Rome (Arch. d'Etat de Modène, Roma ; orig.). — Les compagnons de Strozzi, à Stabbia, étaient alors Flaminio Orsini, le s. de Montauto, Giuliano de Médicis, le cap. Michele di Cante, les cap. Pietro Pauolo Tosinghi et Niccolé Tosinghi frères, Pandolfo Puccini, Cecchino Gualterotti, Alfonso Gondi et quelques autres fuorusciti.
? Gianfigliazzi au d. de Florence, 1556, 4 février, Rome (Mediceo, 3275 ; orig.). Le même, 6 février (Arch. cit.). — Adr. Saraceni à la Balia de Sienne, 1556, 10 février, Rome (Arch. d’État de Sienne, Lett. alla Balia. CCXXIIT, 58 ; orig.). — C. Titio au d. de Florence, 1556, 13 février, Rome (Mediceo, 8275 : orig.). — P. Strozzi à Montmorency, 1556, 6 février, Rome, dans l'Archivio stor. italiano, s. 18, t. XII, pp. 386-387. — Cf. R. ANGEL, op. cüt., I, 2, p. 328.
8 Le card. Farnèse à Octave Farnèse, 1556, 45 février, Rome (Arch. d'Etat de Naples, carte Farnes., fascio 703: autog.). — S. Gualterio au card. Carafa. 1556, 6 février, Blois, publ. p. R. ANCEL, op. cit, I, 2, p. 337.