CHAPITRE Vin
Étal de notre marine ù la mort de Louis XIV. Mesures de précaution prises sur les côtes. Correspondances à ce sujet. Organisation des milices gardes-côtes. Dragons gardes-côtes. Projets de descente en Angleterre. — 1746. Tentative des Anglais contre Lorieiit. — 1757. 20 .septembre. Apparition d'une flotte anglaise devant Rochefort : prise du fort d'Aix; retraite de l'ennemi. — 1758 20 juin. Attaque coQtre Saint-Malo. Échec des Anglais. — 28. La flotte anglaise, abandonnant Saint-]\Ialo, se dirige vers Cherbourg. Prise de cette ville. — 15 août. Les Anglais quittent Cherbourg et font voile de nouveau vers Saint-Malo. Leur retraite. Ils jettent l'ancre devant l'île d'Agot; leur débarquement. — 11 septembre. Combat de Saint-Cast. L'ennemi se rembarque après des pertes considérables. — 1759. Juillet. Bombardement du Havre. — 17 août. Combat naval de Lagos. Défaite <ies Français. — 20 novembre. La flotte française est vaincue près de Quiberon : elle y essuie des pertes considérables. — 17G0. 12, 13 juillet. Les Anglais débarquent sur la côte d'Ouistrebam, de Sallenelles et de Colleville.
Depuis le combat de la Hogue en 1691 , notre marine déclina, tout en continuant de lutter et souvent avec succès. Jusqu'en 1706, époque de la guerre de la Succession, elle balance en effet les forces unies d'Angleterre et de Hollande. L'esprit de la marine était loin d'être perdu après la paix d'Utrecht. La France, alors engagée contre toute l'Europe dans une guerre de terr& en Flandre, en Allemagne, en Espagne et en Italie, eût été terrible si elle n'avait eu pour ennemie que l'Angleterre. Plus tard, et c'est peut-être le grand reproche à adresser au ministère du cardinal de Fleury, ce ministre a trop redouté que l'entretien d'une marine
respectable ne réveillât la jalousie, et, pour jouir personnellement d'une tranquillité qui n'eût peut-être pas été troublée par une conduite plus éclairée, il prépara nos défaites. A défaut de flottes capables de se mesurer avec celles de l'Angleterre, la France en fut réduite à pourvoira la sécurité du littoral et à tâcher d'en garantir les points faibles contre les descentes et les insultes toujours à craindre de la part d'un ennemi maître de la mer. On établit dans ce but des camps le long des côtes et l'on exécuta des travaux de défense (1).
De tout temps la nécessité de mettre la Normandie à l'abri des attaques de la marine anglaise a fait attacher une importance extrême à la défense de ses côtes. Tous les points du littoral ont été explorés avec un soin particulier, et de nombreux rapports, entre autres celui rédigé en 168C par le maréchal Vauban, signalèrent au gouvernement les points les plus exposés aux descentes des ennemis, en proposant les moyens pour en assurer la défense. L'organisation de milices principalement composées des habitants des paroisses voisines de la mer fut, à la fin du dix-septième siècle et pendant toute la durée du dix-huitième, l'objet d'une foule de décrets qui donnèrent lieu de la part des ministres à des correspondances intéressantes. Les milices gardes-côtes de Normandie ont été créées, ainsi que toutes celles du royaume, par l'ordonnance de la marine du mois d'août 1681, et par les édits des
(1) Dunkerque, un de ces points les plus exposés, fut l'objet de l'allenlion constante du gouvernement royal.
M. Lebœuf, directeur en chef, employé à la direction des travaux du port de Dunkerque, écrivait le 8 mai 1757 au ministre de la marine : « Nos déblais du bassin et de son écluse continuent aussi vivement que l'activité des troupes le permet. » (D. G., 3466, 49.) Et, le 8 septembre de la même année : « Il faut convenir que la situation actuelle de la garnison ne permet pas qu'on en prenne autant qu'il serait à désirer pour l'avancement des ouvrages, à cause des maladies dont elle est accablée. A peine nos 3 D. de milices et celui de Roth peuvent-ils fournir pour le service 180 hommes aux travaux; il y a moitié de ces différents corps à l'hôpital. » (D. G., 3466, 101.)
Quelques lettres de Chevert, écrites de Dunkerque au duc d'Harcourt, attestent également l'ardeur patriotique avec laquelle tous se disposaient non seulement à repousser l'invasion, mais à aller attaquer chez lui l'ennemi qui faisait à la France une si rude guerre. Malheureusement les résultats ne répondirent pas à de si louables efforts.
mois de février 1705, juillet 1707, septembre 1709 et avril 1713. Le roi, en changeant et en ajoutant quelques dispositions à ces édits, fît un règlement stable à cet égard, le 28 janvier 1716, et le fît bientôt suivre des lettres patentes du 4 février; le tout fut enregistré le 28 mai de la môme année. Ce règlement fait la base de toutes les ordonnances rendues depuis pour les milices gardes-côtes des différentes provinces maritimes; l'établissement des offîces, les privilèges, les exemptions, les fonctions et le service sont les mêmes; il n'y eut de dérogations que pour les différentes circonscriptions militaires.
En 17otî, le roi informé de la négligence , des abus et de l'indiscipline des habitants des paroisses sujettes à la garde-côte, et ayant égard au préjudice que portait à la culture des terres le règlement de 1716, prescrivant que tous les habitants en âge de porter les armes fîssent le service et marchassent dans l'étendue de la province suivant les circonstances , introduisit dans la législation alors existante de nombreuses modifîcations. Les ordonnances du 25 février 1756, duo juin 1757, sont suivies du règlement du 15 février 1758, d'après lequel les capitaineries des gardes-côtes de la province de Normandie se divisent en trois départements généraux avec les dénominations de haute, moyenne et basse Normandie. Cette organisation, immédiatement commencée par le duc d'Harcourt, lieutenant général, avec l'aide des inspecteurs généraux et des intendants des trois généralités de Rouen, Caen et Alençon, est définitivement constituée en 1762. Elle rencontra de grandes difficultés et donna lieu à de nombreuses réclamations de la part des officiers supérieurs chargés de ce service. Les plus vives et les plus importantes viennent de M. de Fontette, intendant de Caen. Ces correspondances au sujet de cette organisation témoignent du louable désir d'assurer la défense du pays sans imposer des charges trop lourdes aux habitants des côtes. Bien qu'on fût persuadé en France que les Anglais voulaient absolument la guerre, toute espérance de les ramener à des vues pacifiques n'était point encore évanouie. En attendant, des mesures de prudence pour se garantir d'hostilités immédiates se prescrivaient dans tous les ports et des troupes étaient distribuées sur les côtes.
Le 18 novembre 1755, M. le duc d'Harcourt écrivait à M. Fallu, intendant des classes : « J'envoie à M. le garde des sceaux deux
lettres de Cherbourg à M. Raymond. Vous y verrez que les intentions des Anglais sont d'arrêter tous nos vaisseaux marchands; j'ai cru indispensable d'envoyer ordre à tous les capitaines généraux des capitaineries gardes-côtes de la province, pour faire donner protection à ceux de nos vaisseaux qui se trouveraient poursuivis par les Anglais, en observant de n'en point inquiéter les vaisseaux marchands qui pourraient commercer dans nos ports. J'ai mandé aussi qu'on ne pouvait trop garnir les batteries de canons, de canonniers et de munitions. J'attends les observations de M. du Trou sur les batteries que j'ai proposées, concernant les compagnies de canonniers et bombardiers gardes-côtes qu'il s'agit de former; et pour cela il m'est nécessaire de savoir le nombre des batteries à établir sur les côtes, »
En 1756, le maréchal de Belle-Isle, nommé au commandement général des côtes, s'occupe de rendre les milices gardes-côtes aptes à concourir plus utilement à la défense de leurs provinces. « Tout commence à prendre forme, écrit le duc d'Harcourt au comte d'Argenson, du camp du Havre, le 26 juillet. Comme l'exercice d'embarquement et de débarquement m'a été le plus recommandé, je m'y suis attaché, et je l'ai fait exécuter, jusqu'à l'arrivée du marquis de Paulmy et du maréchal de Belle-Isle, à 2 B. par jour, un le matin et un le soir. Présentement, j'en fais exercer le matin deux successivement, les faisant arriver du camp au Havre. Ainsi en moins de dix jours j'y ferai passer tous les B. »
La descente des Anglais au Poulduc, près Lorient, en 1746, avait donné lieu à M. de Montcalm , commandant en Normandie, et à M. de Chabannes en Poitou, Aunis et Saintonge, de penser qu'au défaut de troupes réglées, en très petit nombre dans ces provinces, il devenait indispensable de former des camps de milices gardes-côtes, pour les exercer et servir en cas de descente des ennemis.
M. de Mirepoix, commandant en Provence, ayant reconnu que les milices gardes-côtes de cette province ne pouvaient être rassemblées que très difficilement et san^ espérance d'en retirer un service utile, proposa, en 1746, de changer la forme des milices de cette province. On rendit à cet effet une ordonnance pour lever sur les habitants des paroisses sujettes à la garde-côte dans ladite province, en la même forme que pour la milice de terre, 3 B. de
DESCE?iïES DES ANGLAIS SUR LES COTES DE FRANCE. 313
600 hommes chacun et un tiers de B. à distribuer, et il en vêtira par ce moyen un pareil nombre de troupes réglées.
En 1758, on organisa A E. de dragons gardes-côtes en Poitou, Aunis et Saintonge, et 9 autres dans la province de Guyenne , auxquels le roi accorda rang dans les régiments de dragons (1). Ces milices^ tant infanterie que dragons, étaient assujetties aux mêmes règles et à la même discipline que les troupes réglées. En conséquence de ce nouvel établissement des milices gardes-côtes sur le pied de troupes réglées, fut rendue une ordonnance qui les assimilait à l'infanterie, et, pour leur inspirer des inclinations militaires, elles campèrent au commencement de la campagne de 1758.
Le règlement du 15 février 1758, article 11, fixait l'âge des soldats détachés de seize à quarante-cinq ans. Si Ion considère l'attention des officiers à n'admettre dans leurs compagnies que les hommes les plus forts et les plus souples, et les soins constants qu'ils se donnent pour en faire de vrais soldats, il aurait fallu borner l'âge à quarante ans au plus, parce qu'en effet un paysan de quarante-cinq ans, déjà usé parle travail, n'a plus cette flexibilité si nécessaire à un soldat; cependant, dans le nouveau projet, on voulut assujettir les hommes et les garçons jusqu'à l'âge de soixante ans; il faut sans doute que l'on ait reconnu que l'é-
(1) Le 9 janvier 1758, M. de Moras écrivait de Versailles au duc d'Harcourt : « Je dois vous prévenir que. pour faciliter les levées des gens de mer, le roi a décidé que tous les habitants des paroisses sujettes à la garde-cote, qui se présenteront de bonne volonté pour prendre le parti de la navigation, soient compris dans ces levées, pourvu qu'ils soient jeunes et vigoureux. »
Encore une lettre relative au même sujet et adressée de Versailles, le 16 janvier 1769, par le prince de Montbarey au maréchal d'Harcourt : « Depuis 1716, les changements se sont fréquemment succédé dans la composition et le service des milices gardes-côtes. Onsétait persuadé, surtout en 1758. que, par la constitution donnée, elles seraient en état de se présenter en troupes pour la défense des [irovinces maritimes; on les a fait camper et cantonner, et il n'en est résulté que des dépenses considérables sans le moindre avantage pour l'État. C'était perdre de vue le service naturel de cette troupe. Son établissement ne peut avoir pour objet que l'observation de ce qui se passe à la mer. Les gardes-cotes sont chargés d'empêcher le pillage des bâtiments que le mauvais temps fait échouera la mer, de guider les troupes qui marcheraient à l'ennemi débarqué, et même de les remplacer dans les places en cas de besoin : tel est le service qu'on peut raisonnablement en exiger. »
toffe manquait pour soutenir les compagnies à leur chiffre; mais quels services peut-on attendre d'un paysan de soixante ans? Peuton raisonnablement proposer de faire la dépense toujours considérable d'un armement, d'un équipement et d'un habillement pour un pareil soldat, et n'est-il pas plutôt dans l'équité de laisser cet homme jouir tranquillement d'un repos bien mérité par ses travaux?
Indépendamment des défauts que présentait en elle-même l'organisation des milices gardes-côtes, elle constituait une lourde charge pour les populations et pour les finances; de plus, les intérêts de l'agriculture et du commerce en souffraient sous plus d'un rapport. Voici ce qu'écrivait de Versailles, le 16 avril 1762, le duc de Choiseul au prince de Croy : « Il y a déjà longtemps qu'on ne cesse de me représenter que les changements faits depuis 1756 à l'établissement des milices gardes-côtes sont absolument contraires à l'agriculture et au commerce. Ces représentations se renouvellent à mesure que le mal devient plus sensible , surtout en Normandie, où l'on se plaint d'une infinité de postes inutiles sur les côtes, occasionnant non seulement la perte d'un nombre considérable de journées pour les travaux de la campagne, mais encore une très forte dépense tant en réparations de corps de garde et fournitures de bois et lumière, qu'entretien des canonniers gardiens employés aux batteries multipliées sans nécessité. Le roi, voulant détruire de pareils abus, m'a ordonné que vous fassiez incessamment une visite exacte des côtes de la haute Normandie depuis la rivière de Seine jusqu'à la Bresle, pour vous en rendre compte. »
Le système qui semblait prévaloir dans l'esprit de William Pitt se résumait à réduire la France à l'état de puissance continentale sans colonies et par conséquent sans commerce. Notre situation maritime si abaissée ne décourageait pas le conseil de Versailles, car le maréchal de Belle-lsle avait conçu le vaste projet d'une descente en Angleterre. Mais , trop préoccupé de l'idée d'atteindre l'ennemi sur son propre territoire, on oublia en France que ces craintes mêmes dont on harcelait l'Angleterre nous imposaient la nécessité d'assurer à tous les points vulnérables du littoral des moyens de défense. C^est à quoi l'on aurait dû pourvoir avant de songer à préparer des expéditions contre l'Angleterre , ainsi que l'avait si souvent fait remarquer à l'égard du Havre le duc d'Har-
court, chargé de commander les troupes du camp élal)li en 1756 sous les murs de cette ville. Cette coupable imprévoyance des ministres de la guerre et de la marine coûta cher au pays, car les Anglais surent en profiter.
En attendant, la haine s'augmentant chaque jour, on multiplie les frégates, les bâtiments légers, les bateaux plats destinés aux troupes de débarquement, on y travaille dans les rivières, on construit môme des chantiers à Paris, près des Invalides. L'impulsion donnée se répand par toute la France. Les flottilles et les escadres faisaient d'incessantes évolutions en dehors des rades. C'est ainsi que le capitaine Thurot (1) sortit du port de Dunkerque avec six frégates destinées à une expédition de débarquement en Irlande. Il traversa heureusement les escadres anglaises. Les brumes de mer le favorisèrent à ce point qu'il put atteindre les côtes du nord de l'Irlande et mettre pied à Karrick-Fergus, où il trouva peu d'appui. Il canonna une ou deux villes, aucune sympathie ne vint à lui, et l'approche des milices le força de se rembarquer. Bientôt atteint par une flottille anglaise, à l'Ile de Rathlin, il combatif courageusement et fut coupé en deux par un boulet, le 28 février 1760. Ainsi se termina glorieusement cette vie aventureuse. Pleins d'admiration pour sa bravoure, les Anglais lui firent à Kamsay d'honorables funérailles. Ce n'étaient certes ni la valeur ni l'habileté qui manquaient à nos marins, non plus qu'à nos officiers de terre.
(1) Thurot (François), né à Nuils le 21 juin 1727, tué en mer le 28 février 1760; voûtait embrasser la carrière militaire ; devient médecin par la vofonté de son père; s'embarque sur un corsaire: pris, il est conduit à Douvres; profite de sa captivité pour y apprendre l'anglais; s'échappe, arrive à Calais; en 1755. capitaine de la Friponne; se signale plusieurs fois; 1757, obtient le commandement d'une flottille; croise deux ans sur les côtes d'Irlande et d'Ecosse . livrant des combats continuels: 26 mai 1758, à la hauteur d'Edimbourg, il remporte une victoire avec la Belle-Isle ; le 12 juillet, il met en déroute une flotte entière, sans se laisser prendre; est appelé au commandement dune escadre qui doit concourir à une descente en Angleterre ; le 15 octobre 1759, quitte Dunkerque, mouille le 10 janvier 1760 dans la baie de Karrick-Fergus; le 28 février, est joint par l'ennemi entre le môle de Galloway et l'île de Man. sur les côtes d'Irlande; accepte un combat terrible et le soutient avec sa bravoure héro'ique, quand il tombe frap[)é niorteliemenl.
Tentative de« Aiig;lais sur le port de l<orJent.
George II, n'ayant plus d'inquiétudes sur l'invasion de l'Angleterre, eut la pensée de diriger une expédition contre nos côtes. Elle se composait de 16 vaisseaux, de 8 frégates, de 2 bombardes, de transports portant 6,000 hommes de troupes de terre, plus un matériel considérable; elle fut confiée au vice-amiral Lestock et au général Sainclair. Celte Hotte parut le :26 septembre 174.6 à la hauteur d'Ouessant, et mouilla le 1®'' octobre dans la baie de Pouldu, près de Lorient. Le jour même, Sainclair descend à terre avec ses troupes et s'empare du château de Coidor, sur la côte. Le lendemain, il se rend maître des deux bourgs de Guidel et de Plimure, et entre les deux établit un camp retranché. C'est de là qu'il somme la ville. Lorient était mal défendu; M. le comte de Valoire, maréchal de camp, qui y commandait, fit imm.édiatement établir 3 batteries, dont le feu fut dirigé avec tant d'à-propos que les Anglais en furent déconcertés. En même temps se répandit la nouvelle de l'arrivée de troupes nombreuses venant de l'intérieur. C'étaient, disait-on, 13 B. et 14 E. détachés de l'armée du maréchal de Saxe sous MM. de Saint-iPern et de Coëtlogon. Les Anglais, pris de panique, abandonnent leur camp pendant la nuit, se rembarquent le 8 octobre, et la flotte appareille le 9. Ils croisèrent pendant quelques jours devant la côte, depuis Saint-Gildas jusqu'à Quiberon, et descendirent quelquefois à terre pour dévaster des villages sans défense.
Tentative «ni* Rocliefort.
Au mois d'août 1757, on arma dans le port de Portsmoulh une flotte destinée à agir contre les côtes de France. Le dessein des Anglais avait deux objets : nous empêcher de nous rendre formidables en Allemagne, en retenant dans l'intérieur du royaume une partie des troupes qui s'y acheminaient; exécuter quelque coup de main heureux sur le premier endroit de la côte qu'ils trouveraient dégarni. Malgré ces menaces, les troupes de l'armée de Soubise continuèrent leur marche vers l'Allemagne et il fut pourvu à la sûreté des côtes par des camps établis de distance en dislance, de
façon à se secourir mutuellement au cas d'un débarquement. Nos places maritimes, depuis longtemps la préoccupation des chefs de port, étaient en bon état de défense, et les côtes, depuis Dunkerque jusqu'à Bayonne, bien garnies de canons. Au moment où Pitt devint pour la seconde fois chef du cabinet, la situation de l'Angleterre s'était aggravée par la défaite du duc de Cumberland à Hastembeck. Forcée d'évacuer le Hanovre, elle se voyait au moment de ne plus avoir pied sur le continent. C'est alors qu'elle prépara de vastes armements pour frapper la marine fran çaise en détruisant ses principaux établissements. N'osant s'attaquer à Brest, vu l'impossibilité d'en forcer l'entrée, elle jeta les yeux sur Rochefort, moins bien fortifié (1). Les Anglais, après avoir passé le pertuis d'Antioche, se déterminent à attaquer l'île d'Aix (^). Cet îlot, pourvu d'un bon mouillage, avec un petit fort pour protéger les navires qui y sont à l'ancre^ est situé près de la côte, entre Rochefort et la Rochelle. Leurs manœuvres laissaient encore ignorer à laquelle de ces deux places ils s'adresseraient.
Le mardi :20 septembre 175", on battit la générale à Rochefort, à neuf heures du soir, sur l'apparition de la flotte anglaise dans les pertuis. Le Prudent et le Capricieux, commandés par MM. Desgoutte et la Fillière aîné, capitaines de vaisseau, alors en rade, essayèrent de rentrer en rivière et y réussirent.
Le mercredi 21, à six heures du soir, autre générale avertissant de l'approche de l'escadre ennemie, composée de 18 gros vaisseaux, 3 frégates, 38 bâlimenls de transport, 2 galiotes à bombes et 2 brûlots.
yl Depuis longtemps on sentait cliez nous la vulnérabilité de cette partie du littoral, une correspondance de juillet 170'2 s'exprime ainsi : « Il est question d'une descente sur deux endroits en France, l'une à Cherbourg en iSormandie, et l'autre dans l'île de JNoirmoutiers en bas Poitou, parce que. de toutes les côtes, c'est celle que les Anglais et les Hollandais ont jugée la plus commode pour mettre leurs canons et leur artillerie à terre. »
(2) En cette année 1757. on travaillait aux forlilications de l'iled'.\ix. Le maréchal de Senneterre écrivait le :'.0 août à ce sujet : « Le sieur de la Brousse, qu'en l'absence du sieur Mascaron. j'ai envoyé commander à l'ile d'Aix, m ayant dit que du détachement de 300 hommes de son B. de Poitiers il pourrait fournir jusqu'à 200 travailleurs, j'ai ordonné d'augmenter les ateliers jusqu'à la concurrence de 200 travailleurs, tant pour le remblai ipie pour le service des maçons. » (D. G., 3406, 97. >
Le jeudi 22, vers les six heures et demie du soir, les vaisseaux anglais parurent devant Fouras. M. du Pin de Belugard, capitaine de vaisseau, qui commandait dans le fort de Fouras, s'occupait à construire les plates-formes, avec 2 détachements de Béarn, de Bigorre, et environ 700 gardes-côles. Le lieutenant-colonel de Rouergue commandait les troupes hors du fort.
Le vendredi 23, M. de Langeron, lieutenant général, y arrive à six heures du matin, appelle des troupes de la marine et des Suisses; 1 B. de 800 hommes, commandés par M. du Poyet, capitaine, est campé aux Vergoroux. A midi et demi, le vaisseau anglais le Magnanime s'échoue sur une roche, vis-à-vis de la batterie de l'île d'Aix ; mais 2 autres vaisseaux approchèrent, et le feu du Magnanime fut si vif (1) que la batterie de 16 canons que commandait M. de la Boucherie-Fromenteau, lieutenant d'artillerie, fut entièrement bouleversée : les canonniers, ne pouvant soutenir la mitraille, avaient mis ventre à terre, et M. de la Boucherie ne put les faire relever. Il y eut dans l'action des tués et des blessés : M. de Puibernier, enseigne de vaisseau, reçut un coup de fusil dans la cuisse. Un officier de milice, qui commandait dans le fort, amena le pavillon; selon d'autres, ce pavillon fut coupé par un coup de canon qui emporta la drisse. Quoi qu'il en soit, l'attaque du fort et sa reddition avaient duré cinq heures. A sept heures du soir, le régiment Royal-dragons fut dirigé vers Fouras, dans la crainte que les Anglais ne l'attaquassent et n'entrassent en rivière. S'ils avaient pris ce parti, nous étions perdus sans ressource, et il n'aurait plus été question de longtemps du port de Rochefort (2).
Le samedi 24, les Anglais ne se montrèrent pas plus entreprenants, et cependant nos craintes augmentaient sans cesse.
(1) On a prétendu que rien n'eût été plus facile que d'enlever aux Anglais l'honneur de cette conquête. La batterie à barbette des retranchements i)ouvait couler bas le Magnanime ; mais celui qui la commandait, peu au fait des distances sur mer, croyant le navire assez proche pour làclier sa bordée, ordonna le feu -. ses boulets ne firent pas la moitié du chemin; alors le capitaine du vaisseau, profitant de cette faute, forcé de manœuvrer pour arriver, eut le temps de lâcher à son tour sa bordée, avant qu'on eût eu celui de recharger.
(2) Le fort de Fouras est situé à l'embouchure de la Charente, et sa prise pouvait faciliter à l'ennemi l'entrée de cette rivière. Une partie de ses vaisseaux passèrent par le grand canal entre l'ile d'Aix et celle d'Oléron, tandis que d'autres en traversaient un petit, assez dangereux, entre cette première île et celle de Fouras.
Le dimanche 25, notre frayeur est poussée à l'extrême : les plus gros vaisseaux, au nombre de 9, demeurèrent au mouillage de l'île d'Aix, et le reste de la flotte se rangea devant le Platin d'Angoulin, en ligne; on disait que, dans cette disposition, les gros vaisseaux attaqueraient les forts de Fouras et de l'île Madame, que les autres s'empareraient de l'entrée de la rivière, et que ceux devant le Platin formeraient leurs troupes de débarquement sur leurs chaloupes, entreraient en rivière et feraient leur descente au Platin. Cette partie n'était gardée que par les régiments de Béarn et de Bigorre, tous deux incomplets, et que commandait M. de Rouffiac. Mais l'ennemi ne fit aucune tentative, sa flotte resta stalionnaire jusqu'à son départ.
Les 26, 27 et 28, jours des plus fortes marées, avec un temps favorable, furent employés par plusieurs de leurs chaloupes à sonder la côte, nos forts les faisant retirer lorsqu'elles s'approchaient à la portée du canon. Pour lors nous avions environ 8,000 hommes sur ces côtes : savoir, 3,000 à Angoulin, commandés par M. de Roufflac; 2,000 à Fouras, sous M. de Langeron, et 3,000 dans la Saintonge, depuis le travers de l'île Madame jusqu'à Soubise; sans compter ce qu'il pouvait y avoir à Oléron et du côté de Brouage et Marènes; ces derniers aux ordres de M. de Surgères. Nous étions dès lors à Rochefort en assez bon état de défense.
Le jeudi 29, une galiote à bombes s'approcha de Fouras et y jeta 5 bombes. Nos 2 chaloupes canonnières, retirées dans une petite anse de Fouras, et commandées par MM. Beaumanoir et Féron, enseignes de vaisseau du port de Brest, s'avancèrent contre la galiote et lui envoyèrent plusieurs coups de canon.
Le vendredi 30, la tranquillité régna partout; les vaisseaux de guerre abandonnèrent la rade de l'île d'Aix et rejoignirent ceux qui étaient restés en ligne devant le Platin d'Angoulin et dans la rade de Chef-de-Baye. Sur le soir, une frégate revenant à la voile resta quelque temps en travers devant l'île d'Aix, puis on la vit s'éloigner.
Le 1" octobre, les Anglais disparurent entièrement avec un bon vent de N.-E. (1).
(1) En se retirant, la Hotte anglaise prit la route de Portsuioiith, comme le témoigne cette lettre adressée de Calais, le 14 octobre 1757, par le prince de
Le dimanche 2, dès le matin, le camp fat levé en partie et nos troupes de marine, ainsi que les Suisses, rentrèrent à Rochefort. Quant aux troupes de la maison du roi, dont le départ avait commencé le 29, elles reçurent contre-ordre en route, non pour s'en retourner, mais pour s'arrêter (1).
Le public anglais, exaspéré de l'insuccès de lord Mordaunt, exigea qu'il fût rois en jugement comme l'amiral Byng, mais les juges l'acquittèrent. En essayant de détruire Rochefort, l'Angleterre ne s'était pas trompée sur l'importance de cet établissement militaire de notre marine. Ce port était devenu un centre très actif de construction et d'armement de vaisseaux, comme le montre le relevé que voici :
Cioy au duc d'Harcouit : « Le duc d'Aiguillon me mande dans l'instant que la jurande Hotte anglaise a doublé la Bretagne par un vent forcé, et qu'elle faisait route directement pour Portsmouth... 11 m'arrive dans le moment la confirmation bien plus détaillée. Ln corsaire de Dunkerque y a amené 3 officiers de la marine du roi d'Angleterre, qu'il a pris, le 4, dans un des bâtiments de la flotte, à la hauteur du cap Lizard. Cette flotte était en tout de 90 voiles et une des plus belles qu'on puisse voir : il y avait entre autres 9,vaisseaux à trois ponts, superbes et équipés au mieux. Le premier de ces officiers parle français-, je viens de le questionner, ayant été mené ici pour repasser sur le bâtiment le Cartel; il était nonseulement de l'expédition, mais même a mis pied à terre dans l'île d'Aix pour y descendre des troupes. »
Ékit des troupes à jxisscr dans le pays d'Aunis.
REGIMENTS
Gardes françaises
Gardes suisses
Limousin
Hoyal-Vaisseau\
Languedoc
Bouillon
Gardes du corps
Mousquetaires
Gendarmes et Clievau-
légers
Grenadiers à clicval . .
IJELX
ou ILS SONT.
Paris
Paris
Paris
Caen
Valogne . .
Saint-Lô. .
Mézières..
Versailles.
Paris
Versailles.
Troves