CHAPITRE II
Infaiifei'ie.
HISTORIQUE, CREATIONS, LICENCIEMENTS, TRANSFORMATIONS AYANT 1715, ET DE 1713 A 1774.
Clovis (481-311) (i), véritable créateur de la monarchie, réunissant dans sa main les pouvoirs de chef des Francs et de consul des Gallo-Romains, fonda la nationalité française (2). Sous Charlemagne, chacun contribuait à la défense de la patrie; tous les hommes libres étaient astreints au service militaire; ceux qui avaient le moyen d'entretenir un cheval formaient la cavalerie, les autres servaient à pied. Mais la féodalité devait anéantir cette institution rationnelle de l'armée; alors le service ne se fit plus que par les possesseurs de la terre.
Louis Yl, le Gros, avec Suger pour ministre, favorise l'affranchissement des communes du joug de la féodalité en instituant la
(1) Pharamond, Clodion, Mérovée, et Childéric son fils, liirenlles rois de la première race, dite race des Mérovingiens-, mais les événements de leurs règnes sont si peu connus que Clovis, né en 456, doit être regardé comme le fondateur de la monarchie. La deuxième race, dite des Carlovingiens, s'étend de 768 à 987. Charte magne et Carloman succèdent à Pépin leur père. L'ambition les divise à l'occasion du partage de leurs États-, mais Carloman meurt en 771, à Samoussy (Salnnintiacuin), petit village de l'Aisne (Picardie), et est enterré à Reims ; sa mort rend alors Charlemagne maître de l'empire des Gaules.
La troisième race, fondée par l'élection d'Hugues Capet, s'éteint en 1792.
(2) A la bataille de Vouglé (507), sur le Clain, dans les environs de Poitiers, il lit porter comme étendard devant son armée la liannière de saint Martin, couleur bleu turquin.
milice de ces communes. Sa politique se résume en ceci : se servir de la bourgeoisie, opposer une digue à la féodalité, tout en la ménageant, puis l'employer en H20 M) contre l'empereur Henri V, allié d'Henri l*"", roi d'Angleterre.
Philippe-Auguste, le 24 août 1214, à Bouvines, organise les milices des communes. Sous son règne guerrier naquirent ces célèbres corporations d'arbalétriers dont il reste encore de nos jours quelques traces dans certaines villes du Nord. Création importante, car c'est le premier essai d'organisation du service à pied régulier dans notre pays. Une des conséquences fut l'armement par la noblesse de tous ses vassaux, un peu par esprit d'imitation, mais surtout dans un but de sûreté personnelle.
Louis IX s'efforce de rapprocher les éléments désunis de ses forces militaires. Enfin Philippe le Bel (1285 à 1314), sentant que l'indépendance des seigneurs féodaux devient un danger pour le trône, essaye de constituer une armée à peu près régulière, soldée, dont il dispose à son gré.
Philippe VI (1328-1350) partage le royaume en grands commandements militaires; mais le 26 août 1346, à Crécy, la noblesse française est moissonnée, et la journée de Poitiers (19 septembre J356) donne le dernier coup aux milices. Alors Charles Y (2) s'efforce de reconstituer une armée régulière. Sous Charles VI la confusion redevient extrême : Français, Anglais, Bourguignons, Armagnacs, tous ne semblent avoir qu'une pensée, détruire.
Avec Charles VII nous assistons à l'envahissement du territoire par les Anglais, à l'anarchie féodale personnifiée dans le duc de Bourgogne, et marquée par tant de désordres. Alors parut cette ordonnance du 2 novembre 1439 qui, par sa vigueur, est une des plus importantes de la monarchie (3). Les quatre années
(1) A ceUe dati*, saint Denis est regardé coininc le protecteur particulier de la France.
(2) C'est à lui, parvenu au trône en 1364, mort en 1380, que remontent les trois fleurs do lis dans les armes de France, en l'honneur de la sainte Trinité; il adopte les couleurs bien, rouge et blanc.
(3) Les états du royaume réunis à Orléans et les députés du pays indiquèrent l'entretien d'une forte armée régulière et permanente comme le seul moyen de remédier au\ désordres et aux maux causés par l'armement indéfini de la nation.
de trêve avec l'Angleterre (14il-l-i4o) lui vinrent en aide, et la solde resta fixée jusqu'au règne de François P"". Le 28 avril 1448, paraît l'ordonnance créant l'institution des francs archers, qui se comportèrent très bien contre les Anglais à Formigny le 15 août 1430, et à Castillon le 17 juillet 14S3.
Louis XI marche dans la même voie, en prenant à sa solde une infanterie suisse toute dévouée qu'il tiendra pour de l'argent; les Écossais formeront une garde incorruptible (1). C'est à lui qu'on doit rapporter l'honneur de la création d'une véritable infanterie régulière. Il neréussit pasde suite, car après la bataille de Montlhéry (16 juillet 1463) il songe d'abord à réorganiser sur de nouvelles bases les francs archers de Charles VII ; « mais la plupart marauts, bélitres, mal armés, mal complexionnés, fainéants, pilleurs et mangeurs de peuple » (Brantôme), sont anéantis, le 7 août 1479, à la bataille de GuinegatteparlesFlaraands. Rappelés en L523, et appelés légionnaires en 1534. En 1480, il rassemble 10,000 hommes de pied avec 6,000 Suisses comme instructeurs ; il vient lui-même avec 1,500 cavaliers au Pont-de-l'Arche, et pendant un an assiste à leurs travaux. Cette infanterie, qui remplaça les francs archers supprimés, n'était plus entretenue comme sous le règne précédent par les bourgs et villages, mais le roi payait lui-même. C'est de mars 1480 que datent les bandes françaises, les bandes de Picardie, ainsi nommées parce qu'elles furent mises en Picardie sous les ordres du sire d'Ésquerdes, lieutenant du roi dans cette province.
Étendant ses domaines, Louis XI occupe l'Artois, la Picardie, qu'il arrache à l'héritage du duc de Bourgogne, force les grands à l'obéissance et fond dans un seul royaume des provinces jusqu'alors séparées. Favorable au développement de l'infanterie, ce roi, quand il mourut le 30 août 1483, à Plessis-lez-Tours, laissait son œuvre inachevée. Il essaya de constituer l'unité territoriale avec l'unité monarchique : la première, par l'acquisition de la Bourgogne, de la Franche-Comté, de l'Artois et de la Picardie (traité d'Arras, 23 décembre 1482), du Maine, de l'Anjou (héritage de la
(1) « Louis XI, dit Commines, était humble en paroles et en habits... Naturellement ami des gens de moyen état : disant que tout conseil est dans sa tête. » En elTet, il ne consultait personne. Confondant l'habileté avec la finesse, il préféiail celle-ci. En somme, il releva l'aulorilé royale.
maison d'Anjou), de la Provence, du Roussillon (conquis sur le roi d'Aragon); la seconde, par l'anéantissement des plus grandes maisons féodales (Bourgogne et Anjou). D'Ksquerdes, qu'il avait nommé le 17 août gouverneur et lieutenant général de Picardie, fut, sur sa recommandation, créé maréchal de France le 2 septembre par Charles VIII, et devint le véritable organisateur de l'infanterie.
En 1485 est établi un corps de 16,000 archers d'élite, et Charles VIII (1), sans suivre les instructions de son père, conserva les bandes de Picardie, qui de 1485 à 1493 [-2), défendirent et firent respecter nos frontières de Picardie et d'Artois.
La France jouissait de la paix assurée avec l'Angleterre, l'Espagne et l'Allemagne, de l'alliance de la Savoie, de Gênes et de Milan, quand l'expédition de Naples fut résolue. On passe les Alpes en août 1194; le jeune Charles VIII est reçu à Florence le 17 novembre, et fait son entrée à Rome le 31 décembre à la lueur des ilambeaux. Il s'avance sur le royaume de Naples le 26 février 1495, et, le 6 juillet, ses forces sont détruites à Fornoue, mais l'arrière-garde lui permet d'assurer son retour.
Dès son avènement en 1498, Louis XII cherche les moyens, jusqu'alors injpossibles, de discipliner l'armée et de mettre de l'ordre dans son infanterie (car la solde était mal payée, et les officiers partageaient l'avidité des soldats), tout en conservant les troupes léguées par son prédécesseur.
Les rivalités de François I" (3) et de Charles-Quint nécessitent des armements considérables. Les 13 et li septembre 1515, à la bataille de Marignan, qui dura deux jours, l'infanterie joue son premier grand rôle. La paix, d\\.e perpétuelle , du 27 novembre 1516, assure à la France l'alliance des cantons helvétiques; les Suisses reviennent alors en faveur, puis pâlissent à Pavie le 24 février 1525.
(1) En 148(>, à son entrée à Troyes, l'étendard du roi, porté par la garJe écossaise, était rouge, blanc et vert, à l'image de saint Michel. (Bibliothèque nationale, L, i.)
(2) A l'entrée de Louis XII dans Paris, après son sacre le 2 juillet 1498, les Suisses portaient le drapeau royal à bandes rouges et jaunes avec l'image de saint Michel terrassant le dragon.
(3j A l'arrivée de François I*"^ à Milan, le 23 octobre 1515, ces couleurs sont i aune, rouge et blanc.
En 15:21, les bandes françaises sont divisées en 4 groupes : au nord el à l'est, les bandes de Picardie et de Champagne; au sud, celles de Guyenne et de Piémont. C'est alors que la continuité des guerres rend les vieilles bandes permanentes, en France comme en Italie, et que la milice se forme enfin sur de meilleurs principes. La noblesse, essentiellement militaire, constitue dés lors le fond de l'armée.
1534 (1). — Le 20 février, l'armée qui passa les monts pour se rendre en Italie, avec le dauphin et l'amiral Brion, comptait 750 lances en 11 compagnies d'ordonnance; 1,000 chevau-légers; 20,000 gens de pied (dont 6,000 Français, 6,000 lansquenets; 6,000 Italiens, 2,000 pionniers), avec 30 grosses pièces d'artillerie. La bande du roi avec sa maison (c'est-à-dire l'armée sous les ordres du roi en personne et ses gardes) comprenait 1,200 hommes d'armes, 6,000 chevau-légers, 30,000 gens de pied, avec 30 pièces d'artillerie.
L'ordonnance royale du 24 juillet, signée à Saint-Germain en Laye, organisa en France, comme troupes de garnison, 7 légions (2) : 1" Normandie, 2° Bretagne, 3° Picardie, 4" Bourgogne, Champagne et Nivernais, 5" Dauphiné, Provence, Lyonnais et Auvergne, 6" Languedoc, 7° Guyenne; au total, 42.000 hommes, dont 12,000 arquebusiers, le reste en piquiers et hallebardiers. La victoire de Cerisoles (14 avril 1544) vient effacer le souvenir du désastre de Pavie. Cependant cette sorte de milice tombée en discrédit par son indiscipline, sans avoir été légalement abolie, n'existait plus à la mort de François I" (31 mars 1547).
En 1547, un mois après son avènement au trône, Henri II créa par ordonnance du 29 août deux chefs de l'infanterie, le colonel général en deçà les monts et le colonel général delà les monts,
(1) Un (les articles de l'ordonnance royale de 153-i mérite d'être rapporté : c'est celui où il est dit que ceux des soldats qui devenaient invalides par leurs blessures étaient exempts de taille et de tout subside pour le reste de leur vie, et servaient dans la garnison avec la solde de morte paye, s'ils étaient en étal de le faire. C'est l'idée première de la création des soldats vétérans.
(2) Dans chaque légion seront six capitaines, dont l'un sera colonel (c'est la première fois que ce titre apparaît officiellement dans l'armée française) et chef principal de la légion à 50 livres par mois, par mille hommes; 2 porte-enseignes à 15 livres par mois, par cent hommes ; un centenier à 12 livres par mois, par 25 hom-
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qui eurent sous leurs ordres les J)andes de Picardie et celles de Piémont. Ces bandes ou armées prirent alors les noms des fronlières qu'elles avaient été chargées d'occuper. Celles qui avaient reçu mission de conquérir les Évêchés et de défendre Melz eu 155^, combattirent sous les ordres du connétable de Montmorency et de l'amiral de Coligny à Saint-Quenlin en 1557, prirent Calais, Dunkerque, Berghes et Thionville en 1558 et 1559. Ces bandes, composées de compagnies fort variables d'effectifs, étaient commandées par des capitaines, dont elles portaient le nom, ayant chacune son drapeau particulier aux couleurs les plus variées, avec la croix blanche seule commune à tous. L'armée, à Saint- Quenlin, ne comptait que deux enseignes blanches, marques du commandement : la cornette du connétable, chef de toute l'armée, et celle du mestre de camp général de la cavalerie.
1559. — Henri II est mortellement blessé à lœil (1), le 10 juillet, par la lance du comte de Montgommery(2).LaFrance jouissait alors delapaix, et l'infanterie ne comprenait plus que les vieilles bandes de Picardie et de Piémont.
1560. — La guerre civile commence le 15 mars. A la mort de François II (5 décembre), toutes les troupes étaient rassemblées autour d'Orléans, divisées en trois corps, sous le nom de régiment (o). aux ordres des capitaines Sarlabous, Ptichelieu et Remolle.
mes; un cai)ilaiiio d'escouade à 10 livres par mois, pour 1.000 lioinines; six serf^ents de balaillc (aJjudanls) à 10 livres par mois; des an|uebusier.s à 8 livres 10 sols par mois ; les autres gens de pied à 7 livres 10 sols par mois. En temps de paix, chacun aura i livres pour aller à la montre (revue d'intendant) et en revenir.
(1) La veuve de Henri II. Catherine de Médicis, après cette mort violente, défendit les tournois. Leur suppression, qui froissait l'esprit national du moment, lut une faute au point de vue militaire; car la lance tomba en désuétude parmi les gentilshommes et fut remplacée par le mousquet, qui datait de 1527, et par le pistolet, dont on se servait depuis 1544.
f'ii Montgommery. poursuivi par la reine, se fit protestant combiUit les catholiques dans le Midi. Fait prisonnier en INornuindie et devant avoir la vie sauve, il mourut delà hainedesonennemieen 157i. Les ra\ages de laNavarre,ses impitoyaliles hostilités n'ont laissé à Vouthon-haut, aucunetrace de celle ancienne famille. Mémoires de la Société de 15ar-le-l)uc, 2" série L. VIII. 1890.)
(3i Le mot ré(jiment était employé à cette époque comme signifiant commandement, administration ; ainsi, on disait : « les enseignes sous le régiment de... », ce qui a conduit à dire : « le régiment de... », pour désigner la troupe commandée par ce chef. Ue nos jours, on dit: « le commandement du général de... ». pour désigner le tcrritoireet les troupes sur lesquels ce général exerce son cornmandemenl. T. vu. 3
1561. — Celte formation, réalisée dans les premiers jours de l'année, est due à François de Lorraine, duc de Guise, assassiné devant Orléans le 18 février 1503.
La constitution définitive des vieilles bandes en régiments date d'Henri III (1). Celui des gardes françaises, ceux de Sarrieu (Picardie, 1585), de Brissac (Piémont, 1584), de Gohas (Champagne, 1585), sont du 29 mai 1569; celui des gardes de Navarre, depuis le régiment de Navarre, fut organisé dans l'armée protestante vers 1570.
Alors se formeal peu à peu des régiments de nouvelle levée, attirés par l'espoir du butin, du pillage et de la dévastation. Après la ruine de la Ligue, Henri IV (2) licencie la plus grande partie de son armée, ne conservant que 6 régiments pour faire la guerre de Savoie, en 1600 ; il les compléta avec des hommes fournis par les paroisses ou ayant servi dans des compagnies précédemment licenciées.
C'est donc en 1569 que définitivement se constituent les trois premiers de ces 6 vieux régiments si célèbres. Pendant longtemps encore cette organisation en régiments ne fut pas générale, on ne la donna qu'à une petite portion de l'infanterie. Nous voici arrivés à l'organisation des premiers régiments, et nous ne rencontrerons plus de transformations profondes dans Tinstitution des troupes à pied ; on ne fera que l'unifier à l'aide d'une série d'améliorations de détails, qui, en modifiant peu à peu le régiment primitif, l'ont amené à cet état régulier et savamment combiné qui constitue le régiment actuel.
De 1606 à 1610, Henri IV, se préparant à la guerre contre la maison d'Autriche, mit sur pied 7 régiments, 1 français, .3 lorrains et 3 suisses.
1610. — Henri IV est assassiné le 14 mai. La France n'a point eu de meilleur ni de plus grand roi. Il fut son général, et son ministre. Arrêt du parlement déclarant la reine Marie de Médicis régente du royaume.
(1) Sous llL'iii'i IIÎ, comme sous sou frère et prédécesseur Charles IX, les couleurs du roi sont rouge, bleu et blanc.
(2) Henri IV, en montant sur le trône le 2 août 1589, conserve ses couleurs personnelles, Wen, rouge et blanc, qui, après lui, « restèrent les couleurs du roi. » Son étendard d'accompagnement ou étendard personnel était, en 1595 et 1596, rayé horizontaleuient bleu, rouge et blanc en six. raies.
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Entre 1610 et 1633, on leva en France 250 régiments; tous servirent pendant un temps plus ou moins long. Alors l'infanterie se ressent de l'impulsion donnée aux institutions militaires par le cardinal de Richelieu, et à cette époque remonte la division réelle des régiments par bataillons.
1635. — Il y avait au commencement de l'année 1)0 régiments, dont 22 à drapeau blanc, insigne du commandement de colonel général, c'est-à-dire permanents. Dans \e. courant de celte même année, il en est levé 06, ce qui donne l'effectif de 'Jo6, dont 25 restent.
1638. — Par l'exil et la mort, Richelieu avait eu raison de la féodalité et des princes ; la guerre lui permit d'abaisser l'orgueil des protestants. Avec la Rochelle prise, démantelée, s'écroule leur boulevard. Ce fut donc un grand scandale de le voir s'engager dans une alliance contre Ferdinand il, empereur catholique, qui voulait s'opposer aux progrès de la religion luthérienne, et appeler contre lui en Allemagne Gustave-Adolphe, roi de Suède. C'est au milieu de ces circonstances que naquit à Saint-Germain, le o janvier 1638, l'enfant de Louis XllI, petit-fils d'Henri IV. Sa mère le mit au monde après vingt-deux ans de stérilité.
Sont levés, en 1038, 16 régiments;
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Le 4 décembre de cette année, mourut Richelieu, qui avait favorisé le développement de Tinfanterie en portant les derniers coups à l'esprit féodal.
1643. — Le 14 mai, jour de l'Ascension, meurt Louis XIII. La France avait alors sur pied 139 régiments , dont 3 des gardes, 1 écossais, 6 allemands, 2 irlandais, 5 suisses, 2 lorrains et 4 italiens.
Les Espagnols, conduits par le vieux comte de Fontaine , ont pénétré en Champagne, et le duc d'Enghien^, à l'âge de vingt et un ans, marche à leur rencontre, quand il reçoit l'ordre de ne point s'engager. Il s'inquiète peu de désobéir, et cette redoutable infanterie, dont la maison d'Autriche ét;iit si fière, succombe le 19 mai. Tous les récits doivent s'effacer devant la magnifique nar-
ration de Bossuet, reprise avec tant de talent dans ï Histoire des princes de Condé (1). A partir de ce moment, et surtout sous l'impulsion de Louvois, ministre en 1663, on voit s'introduire dans les troupes l'ordre, l'uniformité et une discipline rigoureuse. L'administration militaire s'organise, ainsi que le service à l'intérieur et en campagne; enfin est également et définitivement réglementé le pas de préséance entre les régiments.
1658. — Quand la guerre se termine, le 4 juin, par la bataille des Dunes, la France avait sur pied 135 régiments, dont voici les noms et l'ordre de création :
Gardes françaises.
Picardie.
Champagne.
Piémont.
Navarre.
Normandie.
Ranibures.
Silly.
Auvergne.
Sault.
Languedoc.
Espagny.
Herbouville.
Garde.s suisses
Bussy-Laineth.
Lorraine.
Plessis-Praslin.
Lyonnais.
Estrades.
Vaillac.
Montausier.
Conti.
Cliamblay.
Duras.
Tu renne.
Navailles.
Montdejeu.
Dampierre.
Gramont.
Grancey.
Cliarost.
Maugiron.
Montpouillan.
Grandpré.
Vervins.
Houdancourt.
Lambertye.
Le Perron.
Roquelaure.
Ilepburn, écossais.
Bellebrune.
Vandy.
Rébé.
Mazarin, français.
Gardes écossaises.
Quincé.
Moiitpezat.
Noirmoutiers.
Aubclcrre.
Chalençay.
Enghien.
Périgord.
Wall, irlandais.
La Marine.
Bétlume.
Conti, 2^
Ronclierolles.
Les Galères.
Les Isles.
Poitou.
Bout-du-Bois.
l<'eu([uières.
Guyenne.
Vardes.
Harcourt.
La Couronne.
Montpeyroux.
Les Vaisseaux.
Kolhass, allemand.
llocquincourt.
Fabert.
Dauphiné.
Anjou-étranger.
La Reine mère.
FoUeville.
Bretagne.
Carignari.
Guise.
Condé.
Mazarin, italien.
Altesse Royale.
Merinville.
Ville, piéinontais.
Broglio.
Jonzac.
Créqui.
La Braugelie.
Flandre.
Aguilar, catalan.
Ardeniie, catalan.
i{) Voir le 4« vol. de l'œuvre du duc d'Aumale; Paris. Calmann-Lévy, 188S.
Palluau.
Estrades, 2".
Preston, irlandais.
Muskerry, irlandais.
Klough, irlandais.
Duc dAnjoii.
La Motherie.
La Guiliolière.
Erlach, allemand.
Créqui, allemand.
Piennes.
Limousin.
Tilladet.
Riberpré.
Vendôme.
La Fertf.
INFANTE [l II-: (1715-1774)
Eslissac.
Mercu'ur.
Andon ville.
Beauvau.
Bourlemonl.
Soyecourt.
Royal, irlandais.
Fusiliers d Ilocquincourl.
Dillon, irlandais.
Chaulnes.
Elbœuf.
Belzunce.
Mazarin, T.
Royal.
Alsace.
Valavoire.
Prince de liesse, allemand.
Prince de Salin, allemand.
Mazarin, catalan.
Saint-Piez.
Pfyffer, sui.sse.
Courten, suisse.
Schomberg, allemand.
Humières.
Prince Almeric, italien.
Prince Alphonse, italien.
Cosnac.
Duc de Wurtemberg, allemand.
Riberpré, 2«.
4659. — Le 7 septembre, est conclue la paix des Pyrénées. En novembre et décembre, sont encore rayés des contrôles 27 régiments , et au commencement de 4660 il en reste 96.
4661. — 28 juillet. Suppression de la charge de colonel général do l'infanterie (4).
4663. — 2 janvier. Création du régiment du Roi.
4667. — Les droits acquis par la mort de Philippe IV à la reine Marie-Thérèse sur le Brabant sont réclamés par Louis XIV, qui marche en Flandre, ayant sous lui le maréchal de Turenne.
Au commencement de Tannée, existent 56 régiments :
4 avait été créé en 4 659;
49 avaient été licenciés en 4660;
42 — en 4664;
5 — en 1662;
4 — en 466};
2 en 4664;
2 — en46t)o.
4 668. — Conquête de la Franche-Comté, en hiver, en moins dun mois, par le roi en personne, ayant sous lui le prince de Condé. Au mois d'avril, il y a 64 régiments, dont 56 existant au commencement de 4667, 4 levés à la lin de 4667, et 4 en mars 4668.
(1) Le drapeau blanc, maniue du commandement du colonel général, devient dès cette époque celui du roi. qui réunit à .sa personne l'autorité de la charge supprimée.
\Cj10. — Les compagnies de grenadiers se forment à l'imitation de la compagnie de grenadiers du régiment du Roi.
d67L — Lorsque Louis XIV créa le régiment des fusiliers du Roi, dont le grand maître de l'arlilierie, Henri de Daiilon, duc de Lude, fut le colonel-lieutenant, il lui donna l'habit blanc, doublures et parements bleus, collet, veste, culotte et bas rouges; nœud de rubans bleus sur l'épaule droite, jarretières bleues, plume rouge au chapeau; l'habit, la veste et le chapeau bordés d'or (1). C'est par ordonnance du 15 avril 1G93 que ce corps prend le nom de régiment Royal d'artillerie.
167'^. — La déclaration de guerre de la France et de l'Angleterre à la Hollande est du 7 avril. Le roi avait trois corps d'armée; il en commande un, ayant sous lui M. de Turenne, fait maréchal général en 1660; le prince de Coudé, le second, et M. de Chamilly, le troisième. L'électeur de Brandebourg, une partie des princes de l'Empire, l'Espagne et l'Empereur, arment en faveur de la Hollande. La guerre dure sept ans et donne à la France le reste de l'Artois, une partie du Hainaut, le pays entre la Sambre et la Meuse, le Cambrésis et Fribourg en Brisgaw.
Du 19 décembre 1669 au 20 mars 1672, sont levés 16 régiments d'infanterie :
Duc d'Anjou, 19 décemlire 1669. ' Pfyffer, suisse, 17 février 1672.
Royal-Marine, 24 décembre 1669. Languedoc, 20 mars 1672.
Amiral de France, 24 décembre 1669. Hamilton, anglais. Fursiembcrg, 27 mars 1670.
Fusiliers du Roi, 4 lévrier 1671.
Royal-Italien, 27 mars 1671.
Erlach, suisse, 17 février 1672.
Sluppa, suisse, 11 février 1672.
Salis, suisse, 17 février 1672.
Carlisie, anglais. Churchilî, anglais.
Dunlian, anglais.
Royal-Anglais. (Tous les cinq supprimés à la fin de 1672).
Un effectif de 62 régiments est généralement admis pour l'année 1672. C'est avec les 62 régiments suivants que Louis XI V^ commence la guerre de Hollande :
Gardes françaises. i Picardie. | Piémont.
Gardes suisses. | Champagne. I Navarre.
(1) En 1722, il quitte cet uniforme pour prendre l'habit bleu à dislinclions rouges, couleurs qui depuis ont toujours été portées par l'artillerie.
Xonnaiidio.
La Marine.
Rainbuios.
Castelnau.
Auvergne.
Saiilt.
Bandeville.
Le Roi.
Hepljiirn, écossais.
Plessis-Praslin.
Lyonnais
Le Daiiiijiin.
Crnssol.
Conti.
Montegut.
Duc (l'Anjou.
Tu renne.
La Motiie.
Danipierre.
Louvigny.
Grancey.
La Reine.
Montpezal.
Engiiien.
Harcourt.
Royal-Vaisseaux.
Orléans.
Artois.
Rretagne.
Carignan.
Condé.
Palluau.
Vendôme.
La Ferté.
La Fère.
Royal.
Alsace.
Roval-Roussillon.
Chàleauneuf.
Jonzae.
Rouergue.
Bourgogne.
Royal-Marine.
Veruiandois.
Furslernberg, allemand.
Fusiliers du Roi.
Royal-Italien.
Hamilton, anglais.
Carlislc, anglais.
Churchill, anglais.
Duncan, anglais.
Erlach, suisse.
Stuppa, suisse.
Salis, suisse.
Pfyffer, suisse.
Languedoc.
1678. — Charles II, entraîné par l'opinion, abandonne Louis XIV, et signe, le 10 janvier, le tniité destiné à lui arracher les Pays-Bas espagnols. Les traités de Nimègue (16 août) avec la Hollande, l'Espagne et l'Empire mettent fin à cette guerre aussi politiquement désastreuse que militairement glorieuse.
1683. — De 1672 à 1683, les régiments sont au nombre de ÎH); de 1678 à 1679, on en licencie 20; le 10 août 1680, Konigsmarck est créé, ce qui met l'effectif à 71 au moment de la trêve, qui a pour résultats la prise de Gourtray (6 novembre), de Dixmude le 10, et le bombardement de Luxembourg le 19 décembre, place qui se rend le 4 juin suivant.
168-i. — Louis XIV, pour rendre ses vieux corps d'infanterie disponibles, avait mis sur pied, au mois de septembre, sous des litres de provinces, 30 nouveaux régiments, employés surtout à la défense des places. Afin d'éviter que ces nouveaux corps, formés en bloc, n'eussent plus tard des contestations pour le rang à tenir entrt'. eux, il devait signer chaque jour du mois de septembre, depuis le 1" jusqu'au 30, une ordonnance de levée. Celte ordonnance s'arrête au 27 septembre; ainsi 27 régiments sont levés à cette date.
Il est donc créé, en l'année 1684, 27 réginienis;
en tout 39, qui, ajoutés aux 74 existants, l'ont, en 1688, 113 régiments.
1688. — La hauteur et l'injustice avec lesquelles l^ouis XIV interprète plusieurs points du traité de Nimègue conclu le 16 août 1678, ses efforts pour faire échouer les projets de Guillaume sur l'Angleterre, la surprise de Strasbourg, occupée, le 30 septembre 1681, grâce aux menées de Louvois, nos succès militaires, enfin la crainte et la haine qu'inspirent l'ambition du roi, soulèvent l'Europe contre lui et donnent naissance à la fameuse ligue d'Augsbourg.
1690. — Il est arrêté que la paix ne sera conclue qu'après avoir enlevé les provinces conquises depuis la paix des Pyrénées. On convient d'accorder au duc de Lorraine la restitution de ses États; enfin que la succession d'Espagne, convoitée par Louis XIV pour le dauphin son fils, en cas de décès de Charles II, serait assurée à l'Empereur et à ses héritiers.
En 1689, sont créés 38 régiments;
1692. — La campagne s'ouvre par la prise de Namur. Le 3 août, le maréchal de Luxembourg est surpris à Steinkerque; après un affreux carnage des deux côtés, la victoire nous reste.
LISTE DES 130 RÉGIMENTS d'fNFANTERIE LEVÉS APRÈS LA PALX DES PYRÉNÉES (7 SEPTEMBRE 1659), EXISTANT EN 1692, ET DONT 37 ONT CONTINUÉ DE SERVIR SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XV.
Noms portés sous Louis XIV.
Le ftoi
Dauphin
Jonzac
JUontj^eyroua
Bourgogne
Royal- Marine
A mirai de France
Furstemberg, allemaïul . . ,
Levés.
2 janv. 1663 15 juin 1667 12 juill. — 20 nov. —
1 mars 1668 24 déc. 16G9
27 mars 1670
Xoms portés sous Loui^; XV.
Le Roi.
Dauphin.
Beauvoisis.
Rouergue.
Bourgogne.
Royal-la-Marine.
Verniandois.
Greder, Anhall.
IMANTERIE (I7IÔ-I774)
Noms portes sous Louis XIV.
lioijal-ltalien
l-.ilach. suisse
shippa, suisse
StiUs, suisse
l'fyffci', suisse
Languedoc
Vierzet, wallon
Huxclles
Greder, suisse
Aavailles
Albiet
Castrics
Listenois
Sclioniberg
Grignan
Vivoniw
Siuppa jeune, suisse
Piettcmont, wallon
Saint- Laurent,\>\émon\.A\?,.
Konifjsmarl;
Toulouse
Guyenne
Lorraine.
Flandre.
Hernj
Bc'arn
Huinault . .
lioulonnois
Aiifjoumois
Péri fjord . .
Sainfnnge..
Bigorre
Forez
Cauibre'si.s.
Tourna i.si. s
Foix.
Levés. I Noms portés sous Louis XV.
27 mars 1671 lioijal-Itatini.
17 fév. 1(;7? Villars-Chaudieu. I.rhnii.
— — lîrendlé, Iloccard.
— — , Castellas, Sonnenberg.
— — Hessy, Castellas.
20 mars — I Languedoc.
20 juill. 1673 Kéformé le 21 septembre 170i. 30 ocf. — Sourxlies, lieaucc.
5 déc. — i Alfry, Waldncr.
19 févT. 1674 Médoc.
1 mars — Gensac, Vivarais.
Bacqueville, Vexin, Vastan, Bouille.
9 aoiU — Royal-Comtois.
ir» nov. — Lyonnc, Beaujolais.
4 déc. — Cn)iite de Provence. 2.3 janv. 1676 Réformé le 10 décembre i~61.
28 janv. 1677 Jenner-Chàteauvieux.
22 févr. — Réformé le 10 décembre 1762.
8 déc. 1678 — —
10 août 1680 '■ La Mark eii 1697.
20 févr. 1684 \ Toulouse, Penthiiicre.
21 — — ! Versé dans DaH/j/iin le 10 décem-
bre 1762.
— — Versé dans Aunis le 10 déc. 1762.
1 seiil. — Versé, le 10 déc. 1762. dans Tou-
raine.
2 — — I Versé, le iodée. 1762, dans ^k/Mi-
laine.
3 — — Réformé le 2.j nov. 1762.
.-) — — I Versé, le 25 nov. 7162. dans lioulonnois.
(1 — — Versé, le 2."> nov. 1762. dans .1/*- ; goumois.
7 — — j Versé, le 25 nov. 1762, dans Pé-
\ rigord-Coiiti.
8 — — I Versé, le 2ô nov. 1762, dans Sa/»-
I tonge.
;t — — i Réformé le 25 nov. 1762. K) — — i — le 26 nov. 1775.