‹ Les guerres sous Louis XV (volume 4)Chapitre 299 sur 299 · HECTOLITRE · texte numérisé non relu

HECTOLITRE

.SETIEIi.

ANNÉES

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SETIEU.

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Provisions. — Lettres patentes ou lettres de chancellerie qu'on obtenait pour posséder une charge de judicature ou de finance, ou pour exercer les fonctions des grands officiers de la couronne.

Punitions. — Ordonnances des 1^'' juillet 1727 et 8 avril 1735.

Alors que les peines corporelles étaient d'un usage journalier dans la vie civile, elles existaient aussi dans l'armée. La prison, les baguettes et les verges étaient appliquées aux soldats qui abandonnaient le camp ou la garnison, qui attentaient à la vie des particuliers, et à ceux qui ne défendaient pas leurs drapeaux.

Conformément à l'ordonnance du 26 juin 1769, le fouet et la marque de la fleur de lis étaient la punition extrême. Le soldat qui la subit est déshonoré et ne peut rentrer au corps si on ne lui fait passer les drapeaux sur la tête, pour lui ôter par cette cérémonie l'infamie dont il est atteint.

Les crimes ou délits prévus étaient les suivants : désobéissance aux supérieurs, voies de fait envers eux au cours et hors du service, abandon de son poste, sentinelle endormie, tapage nocturne, ivresse les jours de garde, communication de l'ordre à l'ennemi, insulte ou attaque des sentinelles, excitation à la sédition ou à la révolte, conspiration contre le service du roi et la sûreté des places de guerre, vol, pillage, vente de la poudre, correspondance avec l'ennemi, désertion en temps de guerre. D'après les ordonnances, les peines étaient la mort, les galères à perpétuité , la prison, etc.

Rançon «les prisonniers. — Les capitaiaes qui avaient perdu des soldats, faits prisonniers de guerre, raciietaient les hommes à l'ennemi, en se servant de la voie hiérarchique. Le taux des rançons établi le 18 juillet 1743 est celui-ci : un maréchal de France, .HO, 000 livres; un lieutenant général, 5,000; un maréchal de camp, I,b00; un brigadier, 900; un colonel, 600; un capitaine, 70; un sergent, 10; un soldat, 4. — On payait davantage pour la cavalerie : 100 livres, un capitaine; 14, un maréchal des logis; 7, un cavalier.

Il était dii aux prisonniers une ration de troupe par jour; il y avait obligation de les mettre en lieu homicte , en changeant la paille tous les huit jours; les frais médicaux étaient remboursés de part et d'autre.

Rang de taille. — En I7;)I, il n'était point encore pratiqué dans l'infanterie. L'ordonnance du 6 mai 175o admet la formation par rang d'ancienneté, c'est-à-dire que la première escouade, qui tenait la droite dans les formations, était composée des sept plus anciens soldats, et ainsi de suite; les moins anciens occupaient le second rang. Les ordonnances des 20 mars 17(34 et i"' janvier 1760 adoptent le rang de taille. L'instruction du 1""'' mai 1769 maintient ce principe ; celle du 19 juin 1771 n'établit plus le rang de taille que par escouade; enfin l'instruction du 14 juin 1774 le confirme. Pour la cavalerie, l'ordonnance du 14 mai 17o3 veut qu'elle soit exercée sur deux et trois rangs. Une ordonnance de 1748 établit en ordre ouvert un espace de 13 pieds entre les rangs, celle du 7 mai 1750 met les fantassins sur quatre rangs. Par modification du 0 mai 1755, l'ordre s'établit sur trois rangs. L'ordonnance du 1' '' janvier 1766 fait manœuvrer sur trois et sur six, en agissant à rangs ouverts, mais en serrant les rangs à tout changement de direction en colonne; celle du 1"' mai 1709 ordonne un doublement de files par déboîtement. en serrant vers le centre; celle du 19 juin 1771 fait former le premier rang par la première et la seconde escouade, les troisième et quatrième escouades formant le second rang; enfin celle du U juin 1774 reconnaît encore la formation sur six rangs.

Récompenses. — Depuis l'établissement des armées permanentes, l'avancement est devenu un grand moyen de rémunérer les services. Quant aux officiers, sous-ofticiers et soldats signalés par une action d'éclat, ils reçoivent des récompenses honorifiques.

Recrues. — Se réglant sur l'instruction du 25 août 1737, le recru-

teur, avant de partir pour la garnison, garde quelques jours ses hommes; il attend qu'il ait complété ses enrôlements pour la troupe. Pendant ce temps, les recrues se promènent, défrayées par le roi, à moins que l'on ne se défie d'elles : alors on les garde en charte privée. D'ordinaire on leur donne 30 sols par jour. Dans certaines villes, elles sont logées dans une maison spécialement destinée à les recevoir, comme celle deTroyes qui était louée 400 livres par an pour servir de dépôt aux recrues du régiment du Roi. (Archives de l'Aube, C. 1066.) — La route était souvent longue et fatigante; en parcourant ces étapes, souvent le repentir poussait à la désertion : l'année 17o9, par exemple, compta un grand nombre de déserteurs.

Il était défendu aux recruteurs d'enrôler avant seize ans, avant dixsept et dix-huit ans dans certains cas; à l'exception cependant des enfants qu'une véritable vocation entraînait et maintenait sous les drapeaux. La plupart des recrues avaient en moyenne vingt à trente ans. Dans les troupes régulières et provinciales, on prenait les homines jusqu'à quarante ans; dans les gardes françaises, jusqu'à cinquante. — Quant à la taille, celle de cinq pieds fi™, 62) était un minimum au-dessous duquel on ne descendait guère. Colbert voulait même que les recrues eussent de quatre à six pouces (108 à 162 millimètres) au-dessus de cinq pieds. Le régiment de Champagne exigeait cinq pieds trois pouces à cinq pieds quatre pouces (1™,70 à l'",728^ On s'attachait souvent aussi à la mine, à l'élégance, à la beauté.

Les prix d'enrôlement variaient suivant les temps, la qualité des hommes, les armes et le pays. Les cavaliers coulaient plus cher que les fantassins. Au milieu du dix-sepiième siècle, on donnait 8 écus par fantassin , 200 livres par cavalier.

Sous Louis XIV, la durée du service fut de 3 ans, puis de 4; elle fut portée à 6 sous Louis XV (ord*"'' du 1''' janvier 1768". Il arrivait qu'on y restait 12 ans, par suite de la délivrance d'un trop grand nombre de congés d'ancienneté. — D'ordinaire on payait une prime de 30 francs et l'on promettait une haute paye aux soldats qui se rengageaient. Dans les compagnies on voyait des hommes qui s'étaient engagés plusieurs fois et avaient 40 et bO ans. Ces vieux soldats étaient très utiles pour inculquer aux plus jeunes les traditions et l'esprit militaires.

Recrutement. — L'organisation d'une défense commune est la condition d'existence des sociétés; c'est à elle que sont attachées leur indépendance et leur durée, il leur faut même quelquefois soudoyer pour leur défense le courage et les services militaires de l'étranger. D'après l'ordonnance du 2 juillet 1716, tout engagement est de six ans. Les racoleurs continuent une sorte de presse tolérée, quoique non ostensiblement

approuvée du gouvernement. I,c recruteur, se sentant surveillé, se permet moins de violences; il attire les jeunes gens par des promesses et par la perspective d'un avancement certain, etc. Les ordonnances des 10 juillet 1720, 17 juillet 1727, 2?) janvier 1730, font de plus en plus intervenir l'autorité royale dans le recrutement. L'ordonnance du 20 mars 1700 réprime les abus; celle du 10 décembre 1762 confie le recrutement aux capitaines, et, comme les levées étaient souvent difficiles et n'atteignaient pas le cbiffre prescrit par les ordonnances de composition, on avait recours aux mercenaires étrangers. La guerre de Sept Ans porta le dernier coup au vieux mode de recrutement. Par l'ordonnance du 1''' février 1703, le roi se substitue partout au capitaine. Il fuurnit, sous le nom de masse de recrues, une somme fixe aux régiments pour qu'ils s'entretiennent au complet; il établit 31 régiments de recrues (un par généralité), chargés de combler les vides de tous les corps. Le prix d'un homme est fixé à 100 livres, sur lesquelles 20 livres lui sont données à son arrivée au régiment et 30 livres après ses huit ans de service. L'excédent est réservé pour les fournitures et les frais; mais ces frais montent si haut que, par ordonnance du 2a novembre 1706, on se voit obligé de réduire ces 31 régiments à sept : Lyon, Sens, Blois, Aix, Nancy, Paris, Colonies. Enfin l'ordonnance du 1"" janvier 1768 ne laisse subsister que quatre dépôts : Saint-Denis. Lyon, Toulouse, Tours, où résident un capitaine, un lieutenant et quelques sergents. L'ordonnance du 10 avril 1771 attache io soldat au service par une haute paye ajoutée au prix de rengagement.

Rcding^ote. — L'usage de la redingote est prescrit. par l'ordonnance du 25 avril 1707, qui veut qu'elle soit de la même couleur que l'habit et garnie d'épaulettes.

Réforme. — Désarmement partiel, libération qui diminuait l'effectif de certains corps; licenciement qui supprimait un nombre limité de régiments, en laissant vacants des emplois et en annulant des grades. C'était le passage du pied de guerre au pied de paix. Le chiffre des renvois se proportionnait à la pénurie du trésor; il en résultait des suppressions souvent iniques, toujours préjudiciables aux officiers. Chaque traité de paix amenait une réforme qui bouleversait les cadres.

Refrain. — Gais, bons enfants, les soldats adorent les chansons à boire, chansons souvent composées par eux. En I7ij8, toute l'armée chantait :

Un çrcnéral, fût-il un prince, Des grenadiers se met an rang,

Et r'ii, et r'ian. Fond sur les ennemis et vous les rince. Relan tan plan, tambour battant.

Régiment. — Corps de troupes formé de plusieurs B. Louis XIV en porte le nombre de '24 à 118, par la création des 94 nouveaux régiments ci-après :

Régiments françaU.

1 régiment d'artillerie, composé de 5 B.

0 régiments à " 4 B.

R('(jimcnt!t rlranf/er.s.

i allemands ;i 1 B.

■> irlandais à 1 B.

■2 italiens à i B.

s suisses à 2 B.

Tel était encore l'état des régiments d'infanterie en 1729, quatorze ans après l'avènement de Louis XV.

* 1738. — Licenciement de 60,000 hommes. Nouvelles levées incorporées dans les anciens cadres; formation de 100 régiments à i B.

1762. — Les 12 plus anciens régiments sont maintenus à 4 B.; 7 sont portés à 4 B. au moyen de la fusion de quelques régiments dans d'autres; 22 sont conservés à 2 B., et les autres maintenus à 1 B.

Cette même année, les régiments de l'armée française, outre leur nom particulier, reçoivent des numéros suivant leur ordre d'ancienneté ; le plus ancien régiment de chaque arme reçut le nom de Colonel-général : ainsi il y eut Colonel-général de l'infanterie, Colonel-général de la cavalerie, Colonel-général des dragons, Colonel-généi^al des hussards.

Par analogie, les compagnies des régiments, outre le nom de leur capitaine, sont également numérotées par rang d'ancienneté. 11 y avait également la compagnie colonelle, et une première compagnie de grenadiers par. B. ; les autres compagnies, dites de fusiliers, étaient, par leurs services et par leur armement, appelées à monter les gardes, les grand' gardes, etc., d'où le nom de compagnies de factionnaires qu'on donnait aussi aux compagnies de fusiliers. Par suite, le capitaine commandant la plus ancienne de ces compagnies prenait le nom de capitaine premier factionnaire du régiment, ce qui explique sa présence au premier B.

Infanterie.

Régiments. Bataillons,

1714 iWt à 1, '1.

1734, l" avril 1-21 — 4.

1737, 8 janvier !W — 3.

1742, l"^'- août 1)9 — 4.

1740, li novemjjro !•!» — .'i.

1749, 10 février 139 — 1,2,4.

1753, 1""^ août 139 — -2.

17(i2, 10 décembre (W — 1, 2, 3, 4

1703 Cm — —

17G9, l*""^ mars 05 — 2.

1771, 17 juin 05 — 2, 4.

( 2't régimenls .sont à 1 U.; 9 réj,'imcnts

( suisses; 12 allemands,

j 2 italiens, 1 corse , 8 irlandais et ccos-

I sais, 4 wallons.

2 I Y compris l'infanterie légère.

I 19 sont à 4 B.; 22, à 2; les autres, à 1.

/ 12 régiments français sont à 4 n.; 32,

\ à 2; 7, à 1 ; 17 régiments au service

< de la marine, non compris 11 suis-

I ses , 22 étrangers : eu tout, 1 19 ro-

V giments.

I Suppression des régiments à 1 B.

( 8 régiments allemands, 2 irlandais, ' 1 italien, 2 corses et 11 suisses.

Remonte. — Établissement du ressort de l'administration de la guerre. Le but qu'on doit se proposer ici est d'arriver à faire en France toutes les remontes. 11 y a des dépôts de remonte transitoires et des dépôts de remonte permanents.

Retraite. — Louis XV, par ordonnance du 2G février 1764, consacre les principes de l'admission à la retraite pour services militaires, il fixe les conditions auxquelles on peut l'obtenir, et énumère les pièces justificatives à présenter à l'appui de la demande ; il est secondé dignement en cette circonstance par M. le duc de Choiseul. Tout militaire en possession d'une pension peut, d'après l'ordonnance, être reçu à l'hôtel des Invalides.

Rcti'ouissis. — Doublure du bas des basques, de couleur tranchante et qu'on relevait : c'était le retroiissis par une agrafe. (Ord'''' du 10 janvier 1747.)

Revers. — La doublure du devant de l'habit se relevait de même que celle des basques. Cette partie ainsi rendue apparente s'appelait revers. (Ord''*^ du lU janvier 1747.) L'ordonnance du 25 avril 1767 les accourcil.

Revue. — L'ordonnance du l'-'"' juillet 1740 ordonne des revues de deux en deux mois; celle du 20 mars 1704 en ordonne de mensuelles, et la circulaire du 13 avril 1705 y ajoute des revues d'intendant de province.

Royauté. — La royauté ne reconnut jamais aux parlements le droit de limiter sa puissance. « C'est en ma personne seule que réside l'autorité souveraine, dit Louis XV au parlement de Paris, dans un lit de justice tenu le 3 mars 1766; c'est à moi seul qu'appartient le pouvoir législatif, sans dépendance et sans partage. » Si les remontrances avaient l'avantage de faire entendre au souverain un autre langage que celui de la flatterie, si elles s'adressaient à sa justice et à sa raison, en plaidant la cause des intérêts publics, le roi pouvait toujours y répondre par des lits de justice^ dont l'histoire nous donne bien des exemples. Il n'était donc ni dans les attributions ni dans les droits des parlements de servir à la nation d'interprète, à la monarchie de contrepoids.

Sabre. — Ils ont offert de nombreuses variations dans leurs formes et leurs dimensions. Les lames sont courbes ou droites, plates ou évidées, tranchantes d'un seul côté ou des deux côtés; les fourreaux et les montures sont tantôt en cuivre, tantôt en fer. Chaque corps eut souvent un modèle particulier : ainsi, dans la cavalerie, les carabiniers, les cuirassiers, les dragons, la gendarmerie, les hussards curent des sabres que l'on distinguait par la dénomination de chaque corps.

Sialut. — C'est la première leçon enseignée aux recrues. Les ordonnances des 20 avril 1727, 2o juin HoO et 2 juin 1750 donnent des détails sur le salut et les honneurs.

.flapeur. — L'ordonnance du 19 janvier 1747 établissait 10 soldats porte-hache par chaque compagnie de grenadiers, car la guerre de 1741 en avait fait sentir le besoin. L'ordonnance du 19 avril 1760 créedeux soldats charpentiers par compagnie; celle du 25 avril 1767 leur donne une hache, un bonnet à poil, un tablier noir. D'après l'ordonnance du 5 février 1720, ces soldats font partie de l'artillerie, qui réunit sapeurs, mineurs et ouvriers jusqu'en 1758. Ils ont la droite des B. d'artillerie. L'ordonnance du 10 décembre 1750 les attache au génie; enfin ils sont rendus à l'artillerie en 1701.

Semeslre «l'offlcier. — Tous les officiers devaient être pré-

sents lors de la revue de printemps et pendant tout l'été. Quand s'ouvrait le quartier d'hiver, les officiers s'assemblaient chez le commissaire des guerres, et entre eux, par grade, votaient pour ceux qui auraient le droit de s'absenter. Toujours un officier sur deux restait à la compagnie, et celui qui avait joui du semestre l'année précédente restait au corps. Le colonel n'était astreint qu'à deux mois de présence; le lieutenantcolonel et le major ne devaient jamais s'absenter simultanément.

Sergent. — L'ordonnance du 16 décembre 1762 décide que, par suite de la création de plusieurs sergents par compagnie, ces sous-officiers ne seront plus choisis par le capitaine.

Parmi les sergents d'une compagnie, on en distinguait un sous le titre de sergent d'affaires, chargé de l'administration de la compagnie. A partir de 1758, ce sergeut prit le nom de fourrier. L'ordonnance de 1762 consacra l'existence des sergents fourriers; ils furent supprimés en 1782 et remplacés par les sergents-majors.

Serre-file. — Se dit des officiers et sous-officiers placés derrière une troupe en bataille et sur une ligne parallèle au front de cette troupe.

Soldat. — La discipline n'était guère oppressive avant 1760. Le soldat pouvait travailler en ville; il était seulement obligé de rentrer au quartier à 8 heures du soir. Les sergents et l'aide-major de service étaient les seuls supérieurs qu'il voyait journellement. Quand un soldat obtenait la permission de se marier, le roi accordait un sol par jour et une ration de pain à sa femme. En cas de maladie, le soldat était soigné dans un des hôpitaux militaires entretenus par le système de l'entreprise.

Solde. — L'ordonnance du l'"'' mai 17o8 est la première qui fixe régulièrement la solde; celles des 10 et 21 décembre 1762 établissent une différence entre le pied de paix et le pied de guerre; différence justifiée par les décomptes de liquidation et qui délivre le trente et unième jour du mois, jour sans pain ni solde.

Le 10 avril 176't, la solde des officiers fut augmentée en conséquence de la dépréciation des espèces.

La livre, de 1716 à 1723, représentait 1 fr. 78; de 172G à 1774, elle ne représentait plus que 1 fr. 66.

Solde journalière du fantassin.

1718, C avril 6' 10-'

Philippe d'Orléans, régent, réduit les troupes, mais augmente la solde.

1722, 20 avril 6» 6^

Solde journalière du fantassin (Suite.)-

1733 , '20 avril G' 9''

1749, 10 février.^ ,.

nriS , 1" mai. S '

En i7o9, la solde des hommes de troupe Taisant la guerre est augmentée de -2 deniers par jour, et leur pain de munition est porté à !28 onces, au ieu de 2i.

1762, 21 décembre ii* 9''

Cette ordonnance dispose qu'en temps de guerre la solde des iiommes de

troupe sera augmentée d'un sou par jour. En temps de paix, il était retenu sur cette solde 2 sous pour prix du pain fonrni en nature.

Les ordonnances des 10 et 21 décembre établissent des règles fixes pour la solde des régiments français sur le pied de paix -et le pied de guerre ; mais les régiments allemands, irlandais, italiens restent encore avec des traitements différents régis par des ordonnances particulières.

Ordonnance de 1762.

Grenadier «» 8'" par jour.

Fusilier -■> 8 —

capitaine de grenadiers 2.000 livres par an.

Capitaine de fusiliers 1.500 —

Sous-lieutenant 540 —

Lieutenant-colonel 2.000 —

Colonel 3.000 —

Compagnie.

Capitaine 6

Lieutenant 3

Cornette 2 10»

Maréchal des logis 1 (> 8''

2 l)rigadiers 9

38 liussards, y compris le troml)ette et le timbalier 7

Hussards.

État-major.

Mestre de camp 3' G» S-» | Outre la solde de

Lieutenant-colonel 2 ^ capitaine.

Major 8 10

Aide-major 3

Aumônier l 10

Ciiirurgien 13 4

Ustensile pendant iâO Jours du quartier d'hiver.

I Chaque (•omi)agnie recevra rustcnsile sur le pied de, savoir :

i Chaque capiUiinc G I)laccs par jour.

1 — licutcnaiit l —

Cavalerie.' — sousiieutenaut V

!— cornette .$ —

— marérhal des logis i —

— Iirigadicr l —

La solde des fantassins ne varia guère pendant les dix-septième et dixhuitième siècles. Elle diminua plutùt depuis Henri IV jusqu'à Louis XIV. En 1610, elle se serait élevée à 8 sols par jour; sous Louis XIII, elle était de 5 à 0 sols; l'ordonnance de 1629 la doubla, mais il est peu probable qu'elle ait été strictement exécutée. En 1718, la paye journalière du simple soldat est réglée à 6 sols 10 deniers, et elle ne dépassa pas ce chiffre, qui subit encore des variations.

Suppression. — L'ordonnance du 28 avril 1710 réforma quatre compagnies dans certains régiments de cavalerie et réduisit toutes les compagnies à vingt-cinq maîtres. Il n'y eut plus de major ni d'aumônier dans les régiments. « A l'égard des cavaliers surnuméraires, S. M. entend, dit l'ordonnance, qu'ils soient distribués, avec leurs armes et habits, dans les compagnies des mêmes régiments qui pourront en avoir besoin, ou dans celles des autres régiments qui seront dans les places les plus voisines, trouvant bon que, s'il y en avait quelques-uns qui, par leur vieillesse et leurs incommodités, ne fussent pas en état de servir, ils soient congédiés avec leurs habits, ceinturons et épées seulement, laissant leurs autres armes aux commissaires des guerres, qui auront soin de les faire remettre dans les magasins des places. Veut S. M. que les capitaines auxquels il sera permis de retenir les chevaux des cavaliers congédiés, paient 18 livres à chacun desdits cavaliers congédiés, pour leur donner le moyen de rentrer chez eux. Et s'il arrivait que, les compagnies n'étant pas complètes en chevaux, les cavaliers congédiés n'en eussent point à remettre, les capitaines seraient cependant obligés de leur donner à chacun 18 livres pour faciliter leur retour, après que le décompte leur aura été fait, en présence desdits commissaires, de ce qui pourra leur être dû de leur solde. Quant aux majors, comme S. M. ne les juge pas présentement nécessaires, son intention est de leur donner le commandement de la dernière compagnie des régiments où ils sont, en cas qu'ils se trouvent plus anciens en commission que les capitaines qui en seront pourvus, lesquels, quittant lesdites compagnies, demeureront entretenus en qualité de capitaines réformés, à la suite des mêmes régiments,

en attendant leur replacement aux premières compagnies qui viendront à vaquer. »

§»urnoiii. — Dans la troupe, on baptisait ou débaptisait souvent en choisissant un sobriquet, qui devenait un nom officiel. On désignait un tel sous le nom de Belle- vue. Belle-rose, la Douceur, la Franchise, la Grenade, la Violette, Beau-visage, Bel-homme, Pot-de-vin, Aime-à-boire, Brin-d'amour, Fille-d'aniour, Sans-regrets, Pervenche (1), la Tulipe, Jasmin, la Fleur, Beau-soleil (2), la Grandeur, Joli-cœur, la Fortune, Argent-court, Vide-bouteille, Va-de-bon-cœur, Sans-souci, Sans-chagrin, la Ramée, Belle-humeur, la Réjouissance, etc., etc. ; surnoms dont la jeunesse s'amusait, qui avaient un caractère tout français et dont l'usage traditionnel, sauf dans les régiments étrangers, dura jusqu'à la révolution .

Surnuméraircffï. — Le gouvernement, voulant maintenir la milice au complet sans appeler les paroisses à de trop nombreux tirages au sort, imagina les surnuméraires. Ils étaient désignés pour le service, mais ils n'y participaient que si des vides se produisaient dans les rangs. D'abord le gouvernement se ménagea la ressource du surnumérariat en n'appelant pas au service le contingent tout entier. Ainsi en 1727 et en 1729 l'effectif nominal du B. est de 600 hommes, l'effetif réel de 540; de 1733 à 1736, l'effectif nominal du B. est de 684, l'effectif réel de 600. (Circulaires des 6 février 1729, 28 janvier 1731, 16 décembre 1736. Ordonnance du 24 mars 1742.) Puis non seulement on fit servir le contingent tout entier, mais on leva par B. un certain nombre d'hommes supérieur à l'effectif du B. : trente en 1743, vingt en 1747, cinq en 1766. (Circulaires des 10 novembre 1742,26 novembre 1746, 31 janvier 1766.) L'ordonnance du 19 octobre 1773 défend de lever des surnuméraires. Dès lors les levées de remplacement sont définitivement confondues avec les levées générales .

Siurpriise. — En général, les troupes s'attendent si peu à être attaquées dans leurs cantonnements, que souvent les corps détachés sont facilement enlevés.

En 174o, M. de Montai, qui occupait Asti avec 10,000 hommes formant l'extrême gauche de l'armée franco-espagnole, est cerné dans cette ville avant d'avoir pu prendre aucune disposition de combat et forcé de mettre bas les armes.

Au cours de la guerre de Sept Ans, le prince de Soubise fut attaqué dans Gotha par la cavalerie de Serdlitz. Le général prussien venait de se

(1) Le général D()pi)Ct, quand il était garde-française. ("2) Porté par Victor, duc de Bellune.

retirer devant des forces supérieures. Les généraux de Soubise et Hildburghausen étaient entrés triomphalement dans Gotha, avaient placé leurs postes en avant de la ville et se mettaient tranquillement à table, quand on vint leur dire que les hussards prussiens faisaient replier leurs avant-postes et que derrière les Imssards s'avançait un corps considérable de dragons. Serdlilz avait été en effet rejoint par un régiment de dragons, qu'il plaça sur un rang, de manière à faire croire à une force considérable. Gotha était encombré, tous les bagages accumulés. Soubise quitta la ville avec son état-major et battit en retraite.

Enfin, un autre jour, c'est le duc de Wurtemberg qui se laisse surprendre par les troupes du duc de Brunswick, dans la ville de Fulda.. au moment où il donnait un bal. Il n'eut que le temps de s'échapper, en laissant une partie de son arrière-garde aux mains de l'ennemi.

Malheureusement l'histoire militaire est remplie de ces tristes exemples.

Tabac*. — La pipe et le tabac deviennent un besoin pour l'armée de cette époque. Le soldat s'en était fait une si grande habitude qu'il ne pouvait plus s'en passer. « Cette manie, disait un maréchal au ministre d'Argensun, va si loin parmi eux qu'à défaut de tabac, ils fument des feuilles de chêne et de noyer. La vérité est que rien ne contribue plus à désennuyer l'oisiveté et àémousserle grand besoin que le soldat a de manger. » Bientôt on accorda aux troupes du tabac à prix réduit, et même à prix coûtant. En 1686, on en donnait vingt-cinq livres par compagnie à 12 sols la livre; en 1732, on le livrait à 6, 8 et 9 sols 6 deniers, et même on allait jusqu'à la tolérance de deux livres de tabac de contrebande par homme dans les garnisons de frontière. Le tabac était en honneur dans les casernes, les camps, les corps de garde.

Tactique. — C'est la science des divers ordres de bataille. Un savant tacticien est l'officier qui connaît son métier et l'exerce avec habileté. Souvent, il est vrai, il raisonne parfaitement la guerre dans son cabinet, et au moment du danger oublie ses théories sur le champ de bataille; néanmoins le profond tacticien a toujours la supériorité sur celui qui ne l'est pas. L'habitude de la guerre éveille souvent aussi les idées, on se forme à l'exemple dos autres, leurs erreurs servent de leçons et leurs heureuses combinaisons de modèles. (Ord'^'^'* des G et 14 mai 1755.)

Vers 1757, commencent les grandes discussions entre les partisans

de l'ordre mince, dit prussien (1), et ceux de l'ordre profond, où les B. se formaient sur six ou huit rangs de hauteur sans développer leur front, pour résister au choc de la cavalerie; ordre dont Folard est l'intrépide défenseur. Mais l'ordre déployé s'impose depuis que le perfectionnement des armes à feu a rendu les actions du choc plus rares. Les partisans de l'ordre mince voulaient avec raison y substituer les seules évolutions praticables à la guerre; ils voulaient les déploiements rapides qui permettent de se former plus vite en bataille. Autrefois l'infanterie recherchait les plaines; aujourd'hui elle recherche les positions d'un village, d'un bois, d'un ravin, d'un fossé, etc. Dans l'ordre de bataille, les escadrons autrefois étaient massés sur cinq ou six rangs de profondeur, tout en conservant la formation sur trois rangs; mais les manœuvres de Kesseldorf, Zorndorf, Prague, firent abandonner peu à peu cette disposition contraire à la rapidité des mouvements. Les troupes à cheval furent alors formées sur deux rangs. Toute la force de la cavalerie étant dans le choc, il s'agit darriver dans la charge à la plus grande vitesse, sans perdre l'ensemble du mouvement : les charges doivent être courtes, mais hardies, impétueuses. En définitive, chaque ordre a ses avantages; c'est au général à en faire l'application suivant les circonstances, les projets d'attaque, la disposition du terrain et l'espèce d'ennemis.

Ce fut par un mouvement stratégique, savamment combiné, que Frédéric vint de Silésie livrer à Soubise la bataille de Rossbach, en marchant de sa gauche vers sa droite; sa gauche appuyée sur l'Oder, sa droite sur l'Elbe et la Saale. Ce fut aussi par un autre mouvement stratégique qu'après avoir complètement battu Soubise à Rossbach, il reconduisit son armée en Silésie pour livrer aux Autrichiens la bataille de Genthen, où ils subirent le même sort que Soubise à Rossbach.

La tactique et la stratégie forment la science des grands généraux. L'expérience prouve que les mouvements stratégiques doivent toujours avoir pour but de porter une armée sur le point ou les points où l'armée ennemie s'attend le moins à être attaquée. Deux grandes conditions sont indispensables pour qu'un grand mouvement stratégique ait un plein succès : la célérité dans l'exécution et le secret. Le général qui exécute un mouvement stratégique doit en combiner l'ensemble et les détails, de manière à donner une égale inquiétude sur tous les points du front

(I) Les succès des Prussiens ne doivent s'attribuer qu'à leur application et ii l'excellence de leur discipline et de leurs méthodes, etc. Ils y ont travaillé avec une application sans relâche sous deux rois aidés par des généraux habiles, qu'aucun objet de plaisir ne distrait des fonctions dont ils sont chargés. (Lettre du maréchal de Saxe à M. d'Argcnson, 2.j février 1750.) (D. G.)

de l'armée ennemie, et à forcer par là cette armée ennemie de prendre une égale précaution sur tout son front, par conséquent de se rendre faible partout. Le but sera d'autant mieux atteint que le mouvement stratégique sera exécuté avec plus de hardiesse et de célérité. Ainsi la tactique est une action, et la stratégie une suite de mouvements préparatoires. La tactique est la science de faire agir la force dans les circonstances données. On peut être un bon tacticien, sans être un bon stratégiste, et réciproquement. La différence entre la stratégie et la tactique consiste essentiellement en ce que la stratégie s'exécute toujours hors de la vue de l'ennemi, et que la tactique, au contraire, s'exécute toujours en face de l'ennemi.

La guerre de Sept Ans amena pour la tactique les mêmes progrès que pour l'artillerie. C'est sur les bords de la Sprée que prit vraiment naissance cette science nouvelle, toute dictée par la supériorité de l'ordre adopté par Frédéric II. Déjà le maréchal de Saxe recommandait aux Français d'éviter toutes les manœuvres de plaine, de dérober leurs marches et de se réduire à des coups de main. Des discussions sans fin s'élevèrent sur l'ordre mince, sur l'ordre profond, sur les larges déploiements; mais les deux systèmes en lutte ne produisirent que des contradictions passionnées et sans résultat. Tout à coup parut l'ordonnance du i"' juin 1776, devant laquelle il fallut bien s'incliner après vingt ans, comme devant celle du 1'^'' mai 1777 concernant la cavalerie.

Taille (impôt). — On appelait taille un impôt essentiellement féodal, prélevé sur ceux qui n'étaient ni nobles ni ecclésiastiques, et que les seigneurs établirent d'abord sur leurs vassaux, il était ainsi nommé parce que les paysans collecteurs, ne sachant pas écrire, marquaient leurs recettes sur une taille de bois. La taille personnelle était celle qui se levait sur chaque personne taillable. La taille réelle se levait sur des terres et les possessions taillables.

On nommait taille royale celle que le seigneur imposait sans enquête sur la valeur des biens des habitants, taille abonnée ; celle dont on s'acquittait par le paiement d'une somme fixée d'avance. On appelait taille à merci, taille à volonté, taille à discrétion, une taille que le seigneur levait annuellement sur ses hommes, non pas qu'il fût le maître de la lever autant de fois que bon lui semblait, mais parce que dans l'origine il faisait son rôle aussi fort ou aussi faible qu'il le voulait. Les grands ne tardèrent pas à abuser de cette ressource, et le droit de taille devint, entre leurs mains, un moyen d'exaction dont ils se servirent à leur gré. Froissart, qui écrivait au quatorzième siècle, leur reproche déjà d'avoir redoublé d'oppression. « Ils trouvent pour ic présent, dit-il, plus grandes chevances que ne fesaient leurs prédéces-

seurs, car ils taillent leurs peuples à volonté, et du temps passé ils n'osaient fors de leurs rentes et revenus. »

Une charte de 1310 atteste qu'à cette époque l'on distinguait déjà les aides de la taille : « Tailles ne sont mie aydes, ne de nom, ne leur semblent : car tailles sont levées pour cas de nécessité et de volonté de prince. Mais celles aydes nul ne puet lever, si ce n'est ce cas pour quoy elles sont deues. » C'était une prestation exigée par le seigneur dans un cas de nécessité.

Il y avait donc des impositions où il n'était pas question de la proportion des cotes avec le revenu imposable des contribuables. Dans celles où le contribuable devait alfirmer lui-même l'état de ses propriétés, si sa déclaration était fausse, la confiscation était prononcée au profit du seigneur, ou du roi, ou de la commune, suivant que la taille était royale ou n'était qu'une redevance communale.

Le 19 juin 144o, Charles \'II déclara la taille à perpétuité. Tous les citoyens y étaient soumis, marchands, artisans, laboureurs, procureurs, praticiens, excepté seulement les pauvres, les officiers subalternes, les nobles, les ecclésiastiques et les écoliers. Cet impôt, désigné dans les chaires sous les nonis de tulUa, tolta, maie tolta (pour mal levé ou levé mal à propos, ainsi que cela devait arriver souvent), s'était d'abord appelé fouage [focus, foyer) et avait porté jusqu'à Charles VII une foule d'autres dénominations. Ce fut sous saint Louis que les Français commencèrent à payer la taille jiour se délivrer des gens de guerre. Cet impôt, qui ne rapportait que 1,800,0C0 livres à Louis IX, produisait trois millions sous Louis XI, plus de neuf millions sous François P'', et il alla ainsi croissant jusqu'à la révolution de d789, qui le supprima, dit-on, mais qui pluiôt ne fit qu'en changer le nom et le mode de prélèvement.

Taille «lu fanlassiii. — Pendant longtemps la taille du fantassin, sauf pour le régiment des gardes françaises, ne fut déterminée par aucune ordonnance. Elle était de 5 pieds 3 à 4 pouces en temps de paix, 5 pieds 2 à 3 pouces en temps de guerre. Une circulaire du Ta mars 1774 la fixe à o pieds 1 pouce (l'",651), c'est-à-dire bien au-dessus de celle d'aujourd'hui, qui n'est que de l™,o40.

Tanilioiir. — L'ordonnance du 14 mai 17o4 est la première qui s'étende sur l'organisation des tambours et règle les batteries. Jusqu'alors chaque régiment avait la sienne. Le 1''' décembre 17o4, sous les fenêtres du roi, les batteries de tambour s'exécutèrent suivant l'ordonnance, la même qu'on observe encore aujourd'hui. L'ordonnance du 27 avril 1767 substitua pour les tambours les fûts de cuivre aux fûts de bois. L'ordonnance du .") mars 17(34 fit disparaître le tambour de la cavalerie.

Taniliour- major. — lia toujours existé un chef tambour dans les régiments depuis leur création. L'ordonnance du 10 décembre 1762 lui donne plus d'importance, elle ledésigne comme sachant battre et enseigner les batteries. Il comptait comme sous-officier. Sa grande canne n'est qu'un instrument de signaux. L'ordonnance du 23 avril 1763 dispose que son habit différera de celui des tambours par un double galon de livrée au collet et aux manches.

Temps de paix, lemps de guerre. — Ce qui frappe dans l'histoire militaire du dix- huitième siècle, c'est la difficulté de faire passer les troupes du pied de paix au pied de guerre et réciproquement. A la fin d'une campagne, des régiments sont réformés; leurs officiers se partagent les congés indéfinis résultant de la réforme, et ceux à qui il n'en est pas donné s'en vont languir dans la vie de garnison. Alors le fond de l'armée reste en partie privé de ses chefs, et le relâchement de la discipline devient une conséquence inévitable de cet étal de choses.

La guerre est- elle déclarée, on réunit les corps, on y adjoint des régiments de milice improvisés, recrutés de la veille; on place à la tète de ces troupes peu homogènes des officiers étrangers les uns aux autres, inconnus de leurs soldats. La première cause de revers est de ne pas donner aux troupes des chefs qu'elles connaissent: cette relation intime et directe est indispensable.

Temps de service. — Sous Louis XIV, la durée du service militaire était de trois ans, puis de quatre ans. Elle fut portée à six ans sous Louis XV, puis ù huit ^ordonnance du 1'^'" janvier 1768); mais lorsque le temps de service était de six ans, il pouvait arriver qu'on y restât environ douze ans, les libérations n'ayant lieu que par la délivrance annuelle d'un certain nombre de congés d'ancienneté.

Habituellement on payait une prime de 30 francs et l'on accordait une haute paye à ceux qui contractaient un nouvel engagement. Dans les compagnies il y avait des hommes qui s'étaient engagés plusieurs fois et qui, âgés de quarante à cinquante ans, servaient souvent depuis vingt ou trente ans. Ces vieux soldats étaient précieux, car leur exemple était un stimulant pour les jeunes; ils ne songeaient pas à quitter le régiment, ils en avaient lamour-propre. Comme la durée du service était de dix à douze ans en moyenne, les soldats parvenus aux galons de bas officier se faisaient une carrière de l'état militaire. Ces caporaux, ces sergents pouvaient quelquefois, dans certains corps, devenir officiers, majors, lieutenants-colonels, monter plus haut encore, comme Fabert et Chevert; mais la plupart du temps, vieux, usts, fatigués, ils demandaient leur

retraite ou l'entrée aux Invalides, pour clore une carrière modeste, mais longtemps utile et souvent glorieuse.

Tente. — L'ordonnance du 2 août 1732 est la première qui en parle ;

les guerres de 1741 et de 17.56 en firent connaître les avantages et les inconvénients. Les ordonnances du 17 février 173.3 et du fi mai 17oo entrent dans tous les détails concernant les tentes.

Tenue. — Elle comprend l'uniforme, les effets, les armes blanches, la charge que doit porter sur lui le soldat. Voir à ce sujet les ordonnances des 10 mars 1729, 10 avril 1737. 10 décembre 1762, 2o avril 1767 et \'''' mars 1768.

Timbalier. — Les trompettes et timbaliers étaient habillés à la livrée du mestre de camp, dont les armoiries étaient brodées sur les banderoles et tabliers des instruments. Les timbales furent en usage en France dès le treizième siècle; mais on avait cessé depuis longtemps de s'en servir dans nos armées, lorsque, sous Louis XIV, quelques régiments de cavalerie, ayant enlevé de ces instruments aux ennemis, obtinrent l'autorisation de les faire marcher et retentir à leur tète. Il en fut ensuite donné à toutes les compagnies de la maison du roi. Dans la cavalerie légère, il y avait une paire de timbales dans la compagnie mestre-de-camp de chaque régiment et dans toutes les compagnies qui en avaient pris à l'ennemi. — Le timbalier devait défendre ses timbales jusqu'à la mort, comme le cornette son étendard.

L'ordonnance du 23 avril 1767 s'occupe des timbaliers, celle du 26 mars 1770 les supprime complètement.

Train. — Ce mot désigne le matériel dont se compose un parc. Les canons, les caissons étaient conduits par des charretiers civils aux ordres d'entrepreneurs. A l'approche d'une guerre, on passait des marchés avec ces entrepreneurs, qui fournissaient les voitures et les chevaux nécessaires aux transports des vivres, des munitions, de l'artillerie et des ambulances. Les chevaux étaient généralement nourris par l'État, ainsi que les charretiers. Le prix des chevaux tués se remboursait à l'entrepreneur. Vers 1760, ce système s'améliora; l'âge et la taille des chevaux furent fixés, les harnais devinrent uniformes, on donna aux charretiers et muletiers des vivres des sarraux bleus et des chapeaux. Tant que les armées ne s'éloignaient pas ou ne s'éloignaient que peu de leurs magasins, ce système restait praticable; mais au loin l'absence de moyens réguliers de transport se faisait cruellement sentir. Le train des équipages militaires est de création toute moderne.

Trompette. — L'ordonnance de 1767 sur riiabilleraent appelle encore casaque l'habit dos trompettes et celui des timbaliers. Le trompettemajor montait ordinairement un cheval blanc. Le !<=' juin 1731, une école de trompettes fut créée à l'hôtel des Invalides. Le 31 octobre 1706, on la supprima.

Troupe. — Une troupe comprenait cinquante maîtres. Cette expression se retrouve fréquemment dans les écrits du temps.

t'nifomie. — En 1668, Louvois imposa le vêtement uniforme aux troupes étrangères au service du roi; en 1670, il y soumit les régiments français. L'habit était blanc gris, mais les couleurs des parements variaient ainsi que celles de la veste ou gilet et delà culotte : c'était le bleu, le blanc et le rouge, c'est-à-dire les couleurs de la maison de Bourbon. Le vêtement fut donc aux couleurs du roi, le soldat cessant d'être l'homme du colonel et devenant l'homme de la royauté. En 1690 seulement, l'uniforme fut imposé à la cavalerie : habit gris à revers rouges. Toute la garde à cheval et à pied porte les trois couleurs du roi, bleu, blanc et rouge, à l'habit, aux parements, aux brandebourgs, à la veste, à la culotte.

Les galons placés au collet des tambours, des clairons, des trompettes étaient tricolores. On croit généralement que ces galons datent du règne de Louis-Philippe et coïncident avec le rétablissement du drapeau tricolore : c'est une erreur, ces galons étaient ceux de la livrée de la maison de Bourbon. Les galons verts, couleur de la livrée de Napoléon, furent remplacés en 1814 par Louis XVIII.

Sous Louis XV, tous les régiments avaient des habits, des vestes et des culottes gris blanc, à l'exception des gardes françaises, vêtues de bleu, de rouge et de blanc. Les soldats des compagnies franches portaient l'uniforme bleu. En 1747, celui des Volontaires royaux se composait de drap de Lodève bleu de roi et rouge garance, de panne forte écarlate, de tricot rouge et blanc. (Arch. de la guerre; 333ii, Adm. mil.) Seuls les parements et boutons variaient.

Le chapeau, analogue à celui en usage dans la vie civile (1), était à trois

(1) Les grenadiers, qui dans quelques régiments porlaienl en i"i7 un l)()nnet coni(|uc de drap, entouré de peau d'ourson, avaient tous en 17U" le bonnet de peau d'ours à plaque de cuivre au\ armes de France. (Arcli. de la guerre, Adm. mil.)

cornes. « Une troupe uniformément coiffée, disait-on, c'est-à-dire portant le chapeau bien enfoncé sur les yeux, la pointe tournée un peu à gauche, a bonne grâce et l'air militaire. » Ce chapeau ou tricorne en feutre noir était bordé d'argent ou d'un galon doré; on y mettait un nœud de rubans aux couleurs du colonel, nœud qui est devenu plus tard la cocarde.

Le 28 mai 1733, parut un règlement pour uniformiser l'habillement, l'équipement, l'armement.

Le 18 janvier 1734, on fit les essais officiels des effets d'uniforme pour la troupe et les officiers.

Les régiments de même espèce se distinguaient entré eux par la forme des poches, par la disposition et le métal des boutons, mais surtout par la couleur des doublures, par celle de la veste et de la culotte.

Parmi les corps français, ceux qui appartenaient au roi avaient le bleu pour couleur distinctive principale; les régiments des princes portaient le rouge écarlate, les autres régiments de gentilshommes et les régiments de province étaient caractérisés par la couleur : noir, violet, cramoisi, jaune, vert.

Le régiment de Picardie était entièrement blanc, et le blanc ou le gris dominaient dans l'uniforme des régiments provinciaux.

Les régiments retroussent les basques de l'habit, à l'instar de la cavalerie, et mettent le ceinturon tantôt sur la veste, tantôt sur l'habit. Les guêtres continuent d'être en toile blanche, avec jarretières et boutons noirs.

L'ordonnance du 10 mars 1762 donne l'habit blanc à toute l'infanterie.

Le 30 avril, ordre est donné aux officiers de porter toujours, pendant le temps qu'ils sont au corps, leur habit uniforme, comme le plus décent et le plus convenable pour les faire reconnaître et respecter des soldats.

A dater du 10 mai 176o, les officiers de chaque corps sont tenus de se l)ourvoir à leurs dépens d'habits d'uniforme semblables à ceux de la troupe, avec la différence seulement qu'ils seront en drap d'Elbeuf, les boutons d'or ou d'argent et les chapeaux bordés de même.

L'ordonnance du 2o novembre 1766 fixe les uniformes des gouverneurs de province, de l'état-major des places, des gouverneurs de château, des lieutenants de roi et des capitaines des postes.

Le 25 avril 1767, l'on étrécit le vêtement des troupes à la manière de celui des Prussiens, qu'on veut imiter en tout.

L'ordonnance du 1*"" mars 1768 exige qu'en public les militaires ne se montrent que vêtus de l'uniforme; elle défend aux officiers de garde de quitter le hausse-col pendant toute la durée du service.

L'uniforme des officiers généraux ne subit pas d'autres changements que ceux provenant de la coupe, les broderies et les couleurs restant les

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mêmes. Le 18 décembre 1702, date de l'adoption des épauletles, ils en prirent également.

Cette nouveauté fut d'abord mal accueillie par les officiers, qui lui donnèrent le surnom de « guenille à Choiseul ».

Les grades des officiers d'un régiment se distinguaient de cette manière :

Colonel Deux êpaulettes à grosses torsades.

Lieutenant-colonel Ine <lc même à gauche.

Major Deux à franges simples.

Capitaine Une de même à gauelie.

Lieutenant et sous-lieutcnanl. Une de même, losangéc de soie de la couleur distinctive du régiment.

Adjudant Une de soie lisérée d'or.

Sergent Un liordé d'or et d'argent aux parements.

Fourrier Deux galons or ou argent sur le bras.

Caporal Deux galons de laine aux parements.

En 1772, l'habit est à revers, agrafé sur la poitrine jusqu'à la taille, sauf dans quelques régiments oii il est laissé ouvert.

De 1772 à 1775, les fusiliers de quelques régiments sont coiffés do casques de cuir.

Les cols des soldats et des officiers sont noirs pour les régiments portant le collet rouge, et rouges pour les autres.

Les vestes et culottes sont blanches pour tous les régiments français et étrangers.

Les tambours-majors, tambours et fifres portent l'habit bleu galonné aux couleurs du roi, mais conservent le collet, les parements et revers de leurs régiments respectifs. Les régiments étrangers portent toujours la livrée de leurs colonels. Les caisses sont de cuivre et timbrées du numéro du régiment.

Tous les officiers (les officiers supérieurs exceptés), outre l'épée, portent le fusil et la giberne de maroquin aux armes de France; les sergents, le fusil et le sabre.

Cette dernière arme était exclusivement réservée aux grenadiers, tambours, musiciens et charpentiers.

Les fusiliers, armés seulement du fusil, suspendent la baïonnette à leur ceinturon en guise de sabre.

Les soldats charpentiers, au nombre de deux par B., se distinguent par une tenue particulière.

CJstensilefs. — Meubles que ceux qui logeaient les soldats étaient obligés de leur fournir.

Une marmite, un gril, une gamelle ou soupière, un chandelier, un pot de chambre, composaient l'ustensile militaire.

L'ustensile comprenait encore les voitures, objets de campement et autres fournis par le roi.

Vétéran. — Soldat qui, en raison de son ancienneté, est admis dans des compagnies sédentaires où le service est facile et tranquille. Les vétérans sont réunis en compagnies détachées, formées d'officiers et de soldats encore aptes à un service d'intérieur, bien qu'incapables, par leur âge et leurs blessures, de faire partie de l'armée active. Le maréchal de Saxe eut le premier la pensée de réunir et d'utiliser ainsi les vétérans. Dès 1771 on comptait beaucoup d'hommes isolés dans les corps portant le nom de vétérans et décorés d'un médaillon.

Vétérinaire. — La première école vétérinaire est celle de Lyon; fondée le 5 août 1761, elle s'ouvrit le l'^'" janvier 1762. En 1764, elle prit le nom à' École royale vétérinaire. Le 11 août 1765, les élèves, après examens, reçurent un brevet. En 1769, chaque régiment y envoya des sujets et, le 12 août 1774, ils endossèrent un uniforme. On .sentit bientôt la nécessité d'adjoindre à cet établissement une école de maréchalerie.

Visa. — Acte qui complète la signature d'un brevet et le rend valable dans le corps où arrive l'officier.

Vivandier, vivandière. — Marchand ou marchande qui suit l'armée pour y vendre des vivres et des boissons. Ils sont soumis à la surveillance de l'état-major et de la gendarmerie.

Vivre». — Tout ce qui a rapport à la subsistance et à la nourriture de l'armée, hommes et chevaux. Ces approvisionnements, appelés munitions de bouche, sont divisés en vivres de campagne, fourrages, approvisionnements de siège. Le service des vivres est administré par des munitionnaires ou agents placés sous la surveillance du ministre de la guerre.

Voie Iftiérarcliique. — Les liens d'une étroite subordination doivent enchaîner tous les membres de la famille militaire, depuis le soldat jusqu'au maréchal. Il faut que le supérieur trouve toujours dans l'inférieur une obéissance passive, et que tous les ordres donnés

LEXIQUE DES LOIS, DECRETS, ETC. ô!)l

soient exécutés sans relard et sans réclamation. Vis-à-vis du soldat, la discipline doit être douce, paternelle. Il faut que les officiers les conduisent, les dirigent, les protègent avec le soin qu'ils doivent à des hommes de la valeur et de l'obéissance desquels ils attendent une partie de leur gloire et de leur avancement. Dans la campagne de 17^0, M. de Broglie écrivait : « La voie hiérarchique n'est pas régulièrement suivie. Chaque officier général devra m'informer de ce qui regarde la partie dont il est chargé. » D. G., 3o5't, n° 201.)

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