‹ Les guerres sous Louis XV (volume 5)Chapitre 20 sur 21 · CAMPAGNE ENTRE RHIN, LAHN, MAYN, NEGKAR · texte numérisé non relu

CAMPAGNE ENTRE RHIN, LAHN, MAYN, NEGKAR

(novembre 4 744 à septembre 1748).

j\ovembre 1744. — 30. L'armée du bas Rhin sous les ordres du maréchal de Maillebois. — Hiver de 1744 à 1745. 20 B. et 38 E. de l'armée du haut Rhin sont destinés à former celle du bas Rhin, sous les ordres de M. de Maillebois, à Worms.

Décembre. 8 et 9. Arrivée des troupes sur le Mayn et la Lahn. — 19. Les derniers B. sur le Mayn et à la gauche du Rhin. — 20. Position générale des 30 B. et 38 E.

Janvier 1745. — L'armée française est commandée par le maréchal de Maillebois, celle des alliés par le duc d'Arenberg. — 4. Les Hollandais, Hanovriens et Autrichiens se mettent en marche. — 7. Prise du pont de Neuwied. — 25. Arrivée des troupes hollandaises sur le bas Rhin, des hanovriennes sur la Roër. — 26. Sayn et Nieder-Lahnstein occupés. — 27. Les Autrichiens dans le pays de Juliers.

Février. 1<=''. Troupes hanovriennes à Gottingen. — 5. Régiment d'avant-garde qui passe le Rhin. — 6. Détachement de hussards dans le Westerwald (hauteurs entre le cours de la Lahn et celui de la Sieg). — 7. Fischer de Sayn à Horcheim. — 12. Passage du Rhin paiL-; Autrichiens et les Hollandais. — 15. Les troupes alliées en marche. — 16. Les Français se replient sur le Mayn. — 17. Poursuivis par des détachements autrichiens. — 18. Départ du régiment d'Orléans-dragons se rendant au bas Rhin. — 20. M. de Refuges passe le Mayn à Hochst. — 23. Les troupes restées à la gauche du Rhin gagnent Oppenheim. — 25. M. de Maillebois d'Oppenheim à Gross-Gerau. — 27. M. le duc d'Aremberg à Neuwied.

Mars. 2. M. de Lowendal à Trêves et à Sarrebourg. — 5. Son départ pour Bingen et Kreutznach. — 10. Arrivée des troupes à leur destination. — 12. Nouveaux ponts jetés sur le Mayn. M. Lowendal rejoint l'armée. Quelques troupes autrichiennes à Idstein. — 13. Passage du Mayn par l'armée française. — 14. M. de Vibraye s'empare du château de Krotzenburg. — 14-15. Les Autrichiens et les Hanovriens lèvent leurs quartiers. — 16. Les Hanovriens passent la Lahn. — 17. Le quartier de M. d'Arenberg à Hadamar. — 18-19. Une partie des troupes françaises passe le Rhin. — 21. Détachements sur Friedberg, Usingen, Idstein et Kamberg. — 22. Mouvement général de l'armée française. — 23. Mayence masqué à la rive droite du Rhin. — 25. Weilmunsler, Gravenweis-

bach occupés par les compagnies franches el un délachenienl Je dragons. — 29. M. lie Berchiny à Butzbacli. — 30. L'année vers la Lahn. Avril, l*^'". Mouvement de la gauche et du centre de l'armée sur Kamberg. —

6. La gauche de l'armée serai)proche de la basse Lahn et du Rhin. — 7. Weilburg abandonné par les ennemis. — 10 au 11. Retraite des troupes alliées qui sont à Limburg et à Dietz. — 11 et 12. Nous occupons ces deux villes. — ii. Nassau au pouvoir des compagnies franches. Pont jeté au-dessous de Coblentz. L'artillerie el les gros bagages des alliés passent le Rhin. — 15. Les ennemis abandonnent Ober-Lahnslein. Départ du maréchal de Mail) ebois, remplacé par M. de la Fare. — 16. M. d'Arnault occupe Ober-Lahnslein. — 19. Nouvelle position prise par les troupes. — 22. M. du Chàtelet à Simiuern puis à Kastellaun. — 24. Nouvelle position de l'armée pour se resserrer sur sa gauche : M. le prince de Conti, destiné à commander l'armée, arrive à Spire. — 26. De Spire se rend sur la Lahn.

Mai. 2. Le prince de Conti à Langenschwalbach. — 7. L'armée autrichienne prononce un mouvement. — 8. Le reste des troupes françaises sur la Lahn. — 13. Pont jeté par les Autrichiens à Walendar. — 17. L'ennemi passe la Wied. — 19. La repasse. — 22. Troupes se rendant à Heidelberg pour se joindre à celles de M. Ségur sur le Neckar. — 23. M. de Conli quitte la Lahu pour diriger les opérations sur le Neckar. — 25. 31. du Chàtelet rassemble ses troupes à Kirchberg; elles sont destinées à la Flandre. — 26. M. de la Fare abandonne la Lahn. Arrivée du prince de Conti à Heidelberg. — 27. Toutes nos troupes sur le Mayn. — 30. M. de Conti à Wimpfen. — 31. Le reste destroujies arrive au camp de Wimi)fen.

Juin. 1^"". L'armée abandonne le Neckar. — 2. A Heidelberg. — 3. L'armée; campe à Ziegelhausen. — 4. A Heppenheim. M. de Ségurdétaché à Ziegelhausen — 5. MM. de la Mothe et de Villemur forment deux^corps détachés. — 6. Le pont du Neckerau remonté. MM. de la Mothe et de Villemur arrivent à Obernburg. —

7. L'armée autrichienne marche en deux colonnes, se dirige par le Westerwald sur Montabaur. Arrivée de l'armée venant de Bavière à Werlheim. — 8. M. de la Fare campe à Ofifenbach. — 9. A Rai)enhausen. — 10. L'armée, aux ordres du prince de Conti, est divisée en trois corps détachés : 1^'^ corps, MM. de la Mothe et de Villemur; 2", M. de Ségur; 3"=, M. de la Fare. — 12. Arrivée d'une partie de l'ar mée ennemie à Giessen, Wetzlar. — 20. A Butzbach, l'avant-garde à Friedberg. — 22. Elle continue sur trois colonnes, les Hanovriens campent à Sclimitten sur la Nidda, les Autrichiens à Wehrheim, et lesHollandaisàEchzell, sur l'Horlof. — 23 . L'armée autrichienne achève de passer le Mayn. — 25. Notre armée campe sur le bord du Mayn. Des troupes de M. de la Fare rejoignent l'armée. — 26. M. de la Motiie se replie sur le camp de M. de la Fare. — 27. M. de la Mothe rejoint l'armée. — 28. L'armée alliée campe à Wachtersbach. — 28. Corps qui s'avance jusqu'à Hanau.

Juillet, l*^ Réunion des deux armées autrichiennes à Geluliausen. — 2. Le prince de Conti campe à Offenbach. — 4. Corps de 20,000 -Vulrichiens qui s'avance entre la Kinzig et la Nidda. — 6. Changement dans la position de l'armée du roi. M. de la Fare repasse la Gernsprinz. — 7. Arrivée du grand-duc. — 8. L'armée autrichienne campe à Windecken, sur les hauteurs de la Nidda T. II. 31

4S2 LES GUEPxRES SOUS LOUIS XV.

9. A Sclnvalbach, l'avant-garde à Hoffheim. — 10. L'armée française décampe, à trois lieures après midi, deSteinheim. — 11. Arrive à Sprendlingen. — 12. Les gros équipages escortés sont envoyés à Piungstadt. — 12 au 13. Hochsl évacué pendant la nuit. — 13. L'armée française à Piungstadt. — 14. M. de Berchiny détaché à Grieslieim. — 15. Réunion des corps détacliés à l'armée. L'armée à Biebesheim. Le général Bcrnklau passe le Rliin au-dessous de Mayence. Deux compagnies franclies faites prisonnières à Oppenlieim. —

16. Le général Baronay attaque les Français postés à Griesheim. L'armée passe le Mayn, campe à Trébur. — 17. L'armée française à Nordheim, s'y retranche. — 18. M. de Ségur passe le Rhin. — 19. Larmée se met en mouvement, à 4 heures du matin, pour repasser le Rhin ; l'arrièrc-garde attaquée. — 20. M. de Bernklau repasse le Rhin à Monbach. — 26. L'armée française décampe d'Hochheim, se replie sur Oggerslieim. — 29. M. de Villemur à Spire. — 30. Départ de nouveaux B. et de régiments de dragons pour joindre M. de Villemur,

Août. 8. 8 B. français détachés pour occuper Germersheim. — 9. L'armée pi'end une nouvelle position, la gauche à Mutterstadt, la droite au Rehbach. —

17. M. de Courten, détaché, joint M. de Ségur à Worms, et marche avec lui à l'ennemi. — 18. Revient à l'armée après celte expédition. Les Français attaquent les troupes qui ont passé le Rhin à l'île du Héron, et les forcent à le repasser. — 20. B. français, détachés de l'armée, arrivent au camp sous Worms. Corps détaché de M. de Berchiny. — ■ 26. Cet officier, chargé du commandement sur la Sarre, arrive à Sarreguemines.

Septembre. 7. B. français détachés pour occuper les lignes de la Queich. — 13. Délacliements de l'armée, qui se rend au camp de Friesenheim pour y rester. M. de Berchiny renforce sa gauclie des troupes de sa droite, se porte de sa personne à Waldewrange.

Octobre. 4. Couronnement du duc de Lorraine. Arrivée de Marie-Thérèse à Heideli)erg. — 30. L'armée du roi passe le Spirebach. M. de Ségur abandonne Worms. Une partie des troupes de M. de Maubourg se replie avec l'armée. — 31. M. de Ségur rejoint l'armée.

Novembre, i^^'. Départ des Hollandais pour retourner dans leur [pays. — 9. L'armée française entre dans les lignes de la Queich. M. de Ségur se replie sur Kloster-Haimhach. M. de Maupeou reste campé à Hordt. — 10. M. de Ségur rejoint l'armée. Réunion des corps détachés à l'armée sous le prince de Conti. — 11. 35 B. et 40 E. prennent des cantonnements entre la Queich et la Lauter. Les autres troupes restent campées. — 12. Départ de B. et E. pour se rendre dans des quartiers d'hiver en France. — 24. Départ des Hanovriens pour prendre des cantonnements entre le Mayn et la Lahn. Les troupes autrichiennes à la gauche du Riiin repassent ce fleuve. — 25. Départ de la V^ division des troupes. — 26. 3 B. envoyés à Bitche. — 28. Départ de l'artillerie pour Strasbourg et de la 2^ division des troupes destinées à rentrer en France. 2 régiments de hussards restent enl re la Queich et la Lauter.

Décembre. 2. Le prince de Conti quitte larmée, se rend à Versailles. M. deBalincourtest chargé du commandement. — 6. M. de Berchiny sépare ses troupes, qui vont liiverner dans la Lorraine et dans les Évcchés. — 15. Combat de Wils-

ilruf, près Dresde, dans laquelle Frédéric entre le 17. — 25. Traité de paix entre la Prusse, la reine de Hongrie et le roi de Pologne. — 27. Troupes autrichiennes qui du camp d'Heidelberg s'allongent vers la Franconie. — 28. Hussards, cavalerie et infanterie se mettent en marche pour leurs quartiers d'hiver.

Janvier^iliù. — 4. B. et troupes légères envoyées par M. de Balincourt le long du Rhin. — 9. 11 se rend de Landau à Strasbourg. — 13. Expédition sur Stetten pour enlever les baillis. — 24. Le maréchal Traun à Heidelherg. Le général Grune à Mayence, avec des troupes de l'armée du prince Charles en Bohême. — 29. La cour de Vienne pourvoit à la défense du Rhin.

Février. 4. Mouvements de troupes sur la haute Alsace. Effectif du général Griine arrivant de Bohême. — 19. Décret des cercles. — 22. Destination des troupes autrichiennes pour les Pays-Bas, elle prince de Lorraine nommé pour en prendre le commandement.

Mars. 15. Tentative vis-à-vis Bootzheim repQussée. Nouveau corps d'armée autrichien de Giessen dans les Pays-Bas. État des troupes de la reine de Hongrie. Les électeurs palatins vis-à-vis la cour de Vienne.;

Avril. 5. M. de Konigseck s'établit dans les cercles. — 12. État des officiers généraux à l'armée d'Allemagne, ot des troupes dans les Évêchés. — IC. Hostilités au Vieux-Brisach; M. de Balincourt demande des ordres. — 27. Opposer la plus grande modération.

Mai. 5. Le prince de Conti appelé à l'armée des Pays-Bas avec une partie de ses troupes. — 15. Camp à Heilbronn, sous le prince de Lobkowitz. — 22. M. de Balincourt visite les lignes de la Lauter et de la Queich. — 26. Confirmation des rassemblements autrichiens.

Juin. 10. L'armée du Rhin divisée en deux corps sous MM. de Balincourt et de Ségur. — 10. M. de Balincourt à Landau. — 15. Marche des Autrichiens vers le bas Rhin, et de nos troupes sur la Moselle et la Sarre. — 21. Arrivée à leur destination.

Juillet. La frontière d'Allemagne reste sans mouvements offensifs. M. de Ségur se rapproche de la Meuse. M. de Balincourt en Alsace.

Août. L'armée du prince de Conti passe sous les ordres du maréchal de Saxe, qui rapproche les troupes sur la Meuse et sur la Sarre. M. de Balincourt remonte vers la haute .\lsace.

Septembre. Les cercles continuent de se refuser aux injonctions de la reine de Hongrie. Départ des troupes autrichiennes du camp d'Heilbronn pour l'Italie et le Brisgaw.

Octobre. M. de Ségur renvoyé à Metz. Séparation de l'armée alliée sur le bas Rhin et la frontière de Hollande. — 19. M. de Balincourt nommé maréchal.

Novembre. Officiers généraux appelés à servir pendant l'hiver. MM. do Balincourt et de Ségur reviennent à Paris, remplacés par MM. de Maubourg et de Lautrec,

Décembre. Les troupes du roi et celles des ennemis restent dans leurs quartiers d'hiver, sans aucun événement.

Janvier. Préparatifs des puissaucos alliées. MM. tle Ségur et de Putanges envoyé?^ sur la frontière de Lorraine et des Évéchés. — 21. M. de Ségur à Sedan.

Février. Mouvements des troupes autrichiennes. Engagements de l'Angleterre à lournir des soldats et des subsides.

Mars. Conférences au sujet du rétablissement de la paix.

Avril. Marches des troupes autrichiennes sur Trêves et Cologne. Traités d'association.

Mai. Continuation des négociations. — 22. Traité d'alliance entre la Russie et l'Autriche. — 30. Arrivée des Hongrois aux environs de Francfort. Entrée des Irou- ])es françaises sur les terres des Provinces-Unies.

Juin. La cour de Vienne emploie toutes ses ressources contre la France. Les contingents des cercles sont augmentés. Le maréchal de Coigny, dans la crainte d'une rupture de la neutralité, veille à la siirefé de l'Alsace. M. de Bonibelles met en état le poste de Fisclibach. Engagements entre la Prusse et la Suède.

Juillet, août. Détails relatifs aux mouvements des armées alliées. Sollicitations auprès des cercles et des États de l'empereur pour embrasser la cause commune.

Septembre. Projets d'invasion de la>eine de Hongrie. Ses nouvelles levées pour garantir la sûreté de la Bohême. Nos succès en Flandre renversent les dispositions de l'Angleterre et de la Hollande.

Octobre. M. de Coigny, avant de se rendre à Versailles, visite la haute Alsace. Refus au prince héréditaire de Hesse-Darmstadt de lever des compagnies pour sa garde.

Novembre, décembre. Les armées prennent leurs quartiers d'hiver. Les préparatifs du congrès d'Aix-la-Chapelle sont de part et d'autre le seul objet. DilTicultés créées par la reine de Hongrie, au sujet de la neutralité des électorats de Trêves et de Cologne.

Janvier, février, mars. Le roi tient les alliés en échec par le rassemblement de forces considérables vers Maestricht. Espérances de la cour de Vienne. Le cercle de la Souabe reste dans la neutralité. Approvisionnements et levées des alliés. Le 9 mars, la tète de l'armée russe à Varsovie.

Avril, mai. Les alliés ne peuvent entraver le siège de Maestricht. Préliminaires de la paix signées le 12 mai. — 18. Les troupes autrichiennes, en route pour l'Italie et les Pays-Bas, s'arrêtent où elles se trouvent. Retour des Russes dans leur pays. Dénombrement, en Alsace, des hommes mariés depuis IG jusqu'à 50 ans.

Juin. Révocation des ordres donnés par la cour de Vienne.

Juillet. 27. Traité d'association conclu à Francfoit.

Septembre. 28. La paix est signée à Aix-la-Chapelle. Les troupes prennent la route de leurs États. Délimitations de la Sarre, de la Blies et de la Queich.

Lorsque le roi, pendant le siège de Fribourg, prit la résolution d'envoyer une partie de son armée hiverner au bas Rhin, sous

le maréchal de Maillebois, des vues plutôt politiques que militaires furent le motif de cette disposition. Il n'y avait point dans cette partie de l'Allemagne d'ennemis à combattre, et l'objet n'était pas d'y porter le théâtre de la guerre, mais d'en imposer aux populations et de faire vivre les troupes aux dépens des électeurs de Mayence et de Cologne, malintentionnés pour les intérêts de l'empereur et de ses alliés. La réduction prochaine de Fribourg, la conquête de toutes les possessions de la reine de Hongrie voisines du haut Rhin, les succès du roi de Prusse en Bohême, les progrès de l'armée de l'empereur en Bavière, éloignaient la guerre non seulement du Rhin, mais aussi du centre de l'Empire, et toutes les forces de la reine de Hongrie en Allemagne étaient occupées à la défense de ses pays héréditaires, tandis que la portion de ses troupes restées aux Pays-Bas et jointes à celles de ses alliés les Anglais, les Hanovriens et les Hollandais y était retenue par notre armée en Flandre. Le nombre des troupes destinées à prendre les quartiers au bas Rhin fut, suivant le premier projet, de 51 B. et de- 88 E.; peu de temps après, on préféra en laisser une partie en Souabe, autant pour être à portée de soutenir l'empereur que pour consommer les subsistances des pays appartenant à la reine de Hongrie, et le nombre de ces troupes fut réduit à 30 B. et 38 E.

Aussitôt que la ville de Fribourg eut capitulé (6 novembre 1744) 20 B. et 38 E. se mirent en marche, et prirent des quartiers sur la Lahn, le Mayn et le Rhin. Les 10 autres B. ne devaient suivre ces premières troupes qu'après la reddition des châteaux de Fribourg.

L'empereur était rentré dans sa capitale, et avait poussé les Autrichiens jusque sur l'Inn; ces derniers n'occupaient plus en Bavière qu'Ingolstadt et Straubing. D'un autre côté, l'armée des alliés, après avoir inutilement menacé la Flandre d'une irruption, prenait ses quartiers dans le Brabant, le Hainaut autrichien et le pays de Luxembourg. De ce côté s'annonçait une parfaite tranquillité, et en Allemagne tout semblait fixer le théâtre de la guerre à la Bohême et à l'extrémité de la Bavière.

Cette heureuse situation des affaires générales et l'éloignement de l'ennemi déterminèrent le choix de l'emplacement que le maréchal de Maillebois fit prendre à ses troupes, et dans lequel il ne

chercha que la facilité des subsistances. Comme il se trouvait dans les pays qu'il devait occuper, entre la Lahn, le Mayn, le Neckar et le Rhin, plusieurs cantons peu abondants en fourrages, et que l'intention du roi était qu'on plaçât sur les Etats de^l'électeur palatin le moins de troupes possible, il s'étendit beaucoup et se dispensa de s'assujettir à ce que la raison de guerre aurait pu exiger. Il prit seulement la précaution de s'assurer une communication avec l'Alsace en établissant à la rive gauche du Rhin, le long des montagnes qui séparent le Palatinatdu Hundsruck, un corps pour s'opposer aux courses de la garnison de Luxembourg, si cette partie avait été entièrement dépourvue de troupes. On jeta un pont sur le Rhin à R,heindurckheim près Worms et un autre à Florsheim sur le Mayn, pour la communication entre les quartiers. On en construisit un troisième à Ober-Lahnstein sur la Lahn, afin de faciliter au delà de cette rivière les mouvements que les circonstances pourraient exiger. M. de Maillebois établit son quartier général à Worms, à portée de traiter avec les différents princes et États ce qui concernait l'établissement des troupes et leur subsistance. Il éprouva des difficultés infinies, surtout de la part de l'électeur de Mayence. Les portes des villes de sa dépendance dans lesquelles il y avait de ses troupes furent fermées à celles du roi. On lui fît connaître que, le roi étant allié de l'empereur, et S. M. I. ayant fait les réquisitions nécessaires pour leur passage et leur séjour dans son pays, il ne pouvait se dispenser de les recevoir; cependant il ne retira les siennes qu'après avoir foi'cé M. de Maillebois de les menacer de voies de fait, et alors sa résistance se changea en protestations qu'il porta à la diète de l'Empire. Le maréchal, de son côté, pour prévenir de nouvelles difficultés et les altercations qui auraient pu survenir entre les habitants, fit un règlement relatif à la discipline et à l'ordre dans lequel les fournitures devaient être faites par les différents pays.

Mais à peine les quartiers étaient-ils assis que de tous côtés on vit changer la face des affaires. Le roi de Prusse venait d'abandonner Prague et la Bohême; un corps considérable de troupes autrichiennes s'avançait dans le haut Palatinat, et l'on commençait à craindre que l'empereur ne pût se soutenir en Bavière. On eut môme avis de la marche de 2 régiments d'infanterie et de 3 de eavalerie du haut Palatinat h travers l'Empire pour surprendre

SUCCESSIOiN D'AUTRICHE. — BAS RHIN (1744-1748;. 487

les quartiers du haut Mayn. D'un autre côté, M. de Maillebois fut informé que 7 B. et 15 E. hanovriens devaient sortir de leur pays pour se porter dans le duché de Westphalie, et que les troupes auxiliaires que l^électeur de Cologne s'était engagé de fournir aux alliés de la reine de Hongrie étaient prêtes à les joindre.

Lorsque le maréchal eut ces nouvelles, il n'avait encore à sa disposition que les -20 B. et les 38 E. menés au bas Rhin, bientôt après il fut rejoint par les 10 B. restés au siège de Fribourg. Les avis qu'il eut alors des mouvements des alliés furent plus positifs. En effet, un corps de Hanovriens marchait du pays d'Hanovre dans le duché de Westphalie, où leur quartier principal devait être à Arensberg; que les Hollandais renforçaient considérablement la garnison de Maëstricht et celles des autres places de la Meuse, et qu'un corps autrichien se portait du pays de Luxembourg sur le Rhin. Ces nouvelles commencèrent à lui faire craindre que la tranquillité de ses quartiers ne fût pas telle qu'il avait espéré, ce qui l'engagea à demander de faire descendre sur le bas du Neckar et dans le margraviat de Durlach 15 B. et 25 E. de l'armée du haut Rhin, commandée par le maréchal de Coigny, qui, depuis la reddition des châteaux de Fribourg, avait pris ses quartiers d'hiver dans la Souabe et le Brisgaw. Il insista sur cette demande par sa dépêche du 4 janvier, d'après la confirmation des mouvements de différents corps de troupes des alliés pour s'approcher du Rhin.

Le 4 janvier 1745, les troupes hollandaises, qui devaient faire partie de l'armée des alliés, se mirent en marche de leur frontière pour se rendre sur le Rhin. Quant aux corps autrichiens, ils partirent des Pays-Bas pour arriver, par Tirlemont, dans le pays de Juliers, et les Hanovriens, qui devaient suivre le mouvement, quittèrent le pays de Hanovre, pour le pays de Westphalie et se rassemblèrent sur la Roër. Le duc d'Arenberg, commandant les alliés , arrive à Cologne le 24, établissant son quartier général à Burscheid.

Le 25,- les troupes hollandaises sont sur le bas Rhin jusqu'à Uerdingen, les Hanovriens sur la Roër, oii ils prennent leurs cantonnements; quant aux Autrichiens, ils s'installent dans le pays de Juliers , à Siltard. M. de Fischer, à la tête de sa compagnie, s'em-

pare de Sayn, sur la Sayri, près Neuvied, el M. d'Arnault avec un détachement de grenadiers occupe Nieder-Lahnstein ; les postes de la basse Sayn sont renforcés de û B. tirés du Uheingaw.

Le 7, le maréchal de Maillcbois (I), à la nouvelle que les Autrichiens retiraient des troupes de Flandre pour les porter entre la Meuse et le Bhin, s'était emparé du pont volant de Neuwied sur le Rhin. Mais les nouvelles étaient mauvaises; en Bavière, on avait dû évacuer Amberg, M. de Ségur s'était replié sur la droite du Danube, et l'empereur, chassé une seconde fois de ses Étals, venait de mourir (2). Le maréchal s'empressa d'en informer M. d'Argenson (27 janvier 1745).

M. d'Argenson lui répondait : « En elfet, la mort de l'empereur change tellement la face des affaires en Allemagne, el la position

(1) Corps d'armée de M. de Maillcbois. Infanterie : 51 B. (Picardie, 4. Champagne, 4. Navarre, 4. La Marine, 4. Bouzols, 3. Custine, 3. Monlmorin, 2. Brancas, 2. Artois, 1. Royal-Roussillon, 1. Bourbon, 2. Vcrmandois, 1. Royal-Italien, 1. Bonac, 1. Royal-Conilois, 1. Laval, 1. Lorraine, 1. Berry, 1 Boulonnois, 1. Salnlonge, 1. Bigorre, 1. Forez, 1. Cambresis, l.Dauphiné, 1. Guise, 1. Montboissier, l.Engliien, 2. Royal-Lorraine, 3. Godechart-arlillerie,!.) Brigadiers : MM.deVassé, Bellefonds, Morlemart, Bouzols, Monlmorin, Lauraguais, d'Haussonville, Rongé, Froulay, Monibarey, Damas el d'Arnaud.

Cavalerie : bi E. (Meslre-de-cami) général, 4. Bretagne, 4. Anjou, 4. Condé, 4. Bourbon, 4. Maugiron, 4. Barbançon, 4. Hussards-Berthiny, 4. Raugrave, 4. Dragons-lc-Roi, 5. Vibraye, 5. Nicolaï, 5.) Brigadiers : MM. de Poyanne, Barbançon, Berchiny.

Plus, en Souabe : Royal-Pologne, 4. Du Rumain, 4. Saint-Simon, i. Bancaire, 4. Beanvilliers, 4. Broglie, 4. Fouquel, 4. Hendicourl, 4. 32 E. sous M. le prince de Talmonl.

(2) Morl à Munich, le 20 janvier 1745, à l'âge de 47 ans; enseveli avec toute la jiompe impériale ; douloureux contraste avec la misère et l'humiliation de son règne de quatre ans, aussi bien qu'avec le sentiment secret de joie qu'elle répandit en Allemagne et en France. Sa mort nous rendait la liberté de nos mouvements, et nous laissâmes l'Allemagne se dioisir tranquillement un empereur.

Charles VII (Charles-Albert), fils de Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière. Né en 1697; épouse en 1722 une liliede l'empereur Joseph I", et succède en 1726 à son frère dans l'électoral de Bavière.

Après la mort d(! Charles VI, refuse de reconnaître Marie-Thérèse comme héritière des Étals d'Autriche. Soutenu par la France, il est couronné duc d'Autriche à Linz, roi de Bohème à Prague, empereur à Francfort (1742). Il laisse pour successeurs, à l'électoral, son fils Maximilicn-Joseph, et, à l'empire, François I^"", époux de Marie-Thérèse.

des troupes, en cessant d'avoir aujourd'hui pour raison celle de soutenir S. M. I., est d'une grande conséquence. Vous devrez observer les plus grands ménagements à l'égard des pays dans lesquels l'armée du bas Rhin est répandue, afin que les différents princes, qui n'en supportaient le séjour et l'établissement qu'avec beaucoup de peine, ne puissent du moins avoir aucun sujet de se plaindre du traitement fait à leurs sujets. Le roi désire que vous ayez la plus grande attention à ce que ses troupes vivent dans l'ordre et la discipline la plus sévère, sans exiger rien des habitants de quelque espèce que ce soit, et qu'à tous les égards lesdits habitants soient traités avec douceur et ménagement. »

En même temps que M. d'Argenson faisait part à M. de Maillebois de ses intentions relativement aux questions militaires et politiques, il envoyait ordre à M. de Balincourt et aux officiers généraux, dans les quartiers de la Souabe les plus avancés du côté de la Bavière, de prendre des mesures contre les irruptions des Autrichiens, et leur laissa la liberté de rassembler les troupes et de les porter partout oti les circonstances l'exigeraient. Cependant M. de Maillebois, inquiet pour la partie dont il était chargé, et, d'ailleurs informé que, dans les conférences qui depuis la mort de l'empereur avaient été tenues à Bonn entre le duc d'Arenberg et les généraux hanovriens et hollandais, il avait été résolu de tout entreprendre pour le forcer de lever ses quartiers, et qu'un nouveau corps hanovrien venant des Pays-Bas était en marche, sous les ordres du général Wendt, pour joindre celui déjà en Westphalie, demanda à M. de Balincourt 6 B. et 8 E. des troupes qui avaient ordre de se tenir prêtes à marcher, et comme elles ne pouvaient arriver en moins de vingt jours sur la Lahn, en suivant la route d'Heidelberg, il le pressa par une lettre du i" février de les mettre sur-le-champ en marche. Ce secours lui parut suffisant pour le mettre en état de se mesurer avec les alliés, qu'il estimait ne pouvoir rassembler que 41 B. et 50 ou 52 E.; mais M. de Balincourt, se fondant sur les instructions que lui et ses officiers généraux venaient de recevoir, lui représenta les inconvénients de dégarnir la Souabe dans des circonstances qui devenaient d'autant plus critiques que, d'un côté, ce pays était menacé par un corps de l'armée autrichienne qui s'avançait par la gauche du Danube sur Donauworth, et que, de l'autre, les troupes du cercle de Souabe donnaient

lieu de craindre que la mort de l'empereur ne fût pour elles un prétexte de rompre la neutralité.

Dans les premiers jours du mois de février, les troupes hanovriennes arrivèrent de Gottingen sur la Lahn et des hussards autrichiens se montrèrent aux portes de Coblentz ; un régiment même passa le Rhin entre Neuss et Zons, pour rejoindre les Hanovriens sur la Roër; un détachement de hussards s'avança à Wenningen sur la basse Moselle, près Coblentz; pendant qu'un autre faisait des courses dans le Westerwald et forçait la troupe de Fischer ;ï se replier, le 7, de Sayn à Horcheim.

L'effet de la mort de l'empereur commençait à se faire sentir. Les princes du cercle de Souabe et les électeurs de Mayence, de Cologne et de Trêves se montraient hostiles à nos armes. Versailles, pour parer aux circonstances, envoyait M. de Lowendal conduire des renforts des Évêchés à l'armée du bas Rhin, et M. d'Argenson, dans sa lettre du 8 février, expliquait à M. de Maillebois la conduite qu'il devait tenir, en ces termes : a Le roi a jugé qu'il convient de se maintenir dans l'Empire, autant qu'il sera possible, dans le même état où l'on était à la mort de l'empereur, et, par cette considération, S. M., dans la vue de vous en procurer les moyens, a approuvé votre demande à M, de Balincourt. S. M. n'a rien à vous prescrire; c'est à vous, qui^ étant sur les lieux, êtes plus en état que personne de juger de ce qui se peut faire, à décider du parti que vous aurez à prendre dans les différents cas qui pourront arriver. Vous ferez en sorte qu'aucun de vos quartiers ne puisse courir le risque d'être enlevé ni battu, et, pour vous en garantir, S. M. vous laisse le choix des moyens, non seulement dans l'objet militaire, mais encore par rapport aux subsistances, en supposant que vous rassembliez un corps considérable pour vous opposer aux efforts que les ennemis voudraient peut-être tenter sur la Lahn. »

Le 10 février et les jours suivants, sur la nouvelle que les alliés commençaient à passer le Rhin près de Bonn et de Cologne, et qu'ils pouvaient rassembler sur la droite de ce fleuve 42 B. et 54 E. pour se porter sur la Lahn, M. de Maillebois insiste pour recevoir les renforts de Souabe et des Évêchés. Le 12, les Autrichiens passent le Rhin à Mulheim, et les Hollandais h Cologne; le 15, M. de Maillebois recevait un secours de 15 B., 1 régiment de dragons et 5 compagnies franches à pied et à cheval des Évêchés, aux ordres

de M. de Lowendal, plus 6 B. et 12 E. déjà partis de la Souabe pour Heidelberg, sur le bas Neckar.

Les troupes alliées se mettent en marcbe sur trois colonnes : celle des Autrichiens est dirigée surLiraburg; celle des Hanovriens, cantonnée dans le duché de Westphalie, se porte sur Weilburg et Wetzlar, et celles venant de Gottingen sur Giessen. Les Hollandais continuent la même route que les Autrichiens, envoyant des détachements de hussards et de dragons à Neuwied pour gagner la Lahn. A cette approche, le 16, M. de Refuges , établi sur la Lahn, abandonne cette rivière, se replie sur le Mayn, ainsi que le détachement de M. d'Arnault et la compagnie de Fischer, poursuivis par des détachements autrichiens qui passent la Lahn le 17.

M. de Maillebois s'attendait encore à recevoir d'Alsace 3 B. et 1 régiment de cavalerie. Quant à M. de Balincourt et aux autres commandants du haut Rhin et de Souabe, ils devaient renforcer leurs quartiers de Souabe et tenir les troupes prêtes à se rassembler ou cantonner soit sur le Danube, pour soutenir l'armée de Bavière, soit sur le haut Neckar, pour porter la main à celle du bas Rhin, si elle était obligée de se replier derrière cette rivière. Le 20, le maréchal de Maillebois reçoit les ordres du roi à Worms, et se concerte avec M. de Lowendal, qui venait de s'y rendre, sur la marche des renforts des Évêchés vers la basse Moselle , et, surpris que MM. de Refuges et d'Arnault aient abandonné la Lahn, passé le Mayn à Hochst, s'établissant à sa rive gauche, à la vue des troupes légères qu'ils avaient prises pour deux fortes colonnes ennemies, il résolut de se soutenir au moins sur le Mayn, de passer cette rivière et de marcher au duc d'Arenberg. A cet effet, toutes les troupes à la gauche du Rhin se mettent en marche, le 23, pour passer ce fleuve €t prendre des cantonnements à portée du Mayn, de manière que les plus éloignées n'en fussent qu'à trois marches. Le même jour, M. de Maillebois se rend àOppenheim, et le 24 à Gros-Gerau, où il établit son quartier général. Les troupes de M. de Lowendal ne devant se mettre en mouvement que le 26, et ne pouvant être rassemblées à Trêves que le 1" ou le 2 du mois de mars, par suite des marches et des subsistances, il n'espérait pas en partir avant le S ou le 6.

Les alliés, de leur côté, arrivaient successivement sur la Lahn, mais leurs marches furent fort ralenties par les neiges qu'ils

trouvaient dans le Westerwald et par la difficulté des chemins. La tête des Hanovriens, annoncée le 23 à Friedberg, était encore ce même jour à quatre lieues au delà de Wetzlar. Le duc d'Arenberg n'atteignait point Siegberg; suivant les nouvelles de Cologne, il n'arrivait à Deutz, près de cette ville, que le 22, et les colonnes des Autrichiens ne paraissaient pas sur la Lahn ; les détachements de dragons et de hussards qui avaient passé cette rivière pour observer la marche de M. Refuges, lors de sa retraite, s'étaient repliés et avaient pris le chem.in de Friedberg.

M. de Maillebois n'attribua pas seulement à la difficulté des chemins et à la rigueur de la saison la lenteur de la marche des alliés, il la jugea occasionnée par un autre projet qu'une attaque prochaine de ses quartiers, et que le duc d'Arenberg, dans l'espoir de voir les troupes de Cologne se joindre aux Autrichiens et l'électeur de Mayence se déclarer ouvertement pour les alliés, retardait ses opérations pour réunir tous ses moyens et agir ensuite avec supériorité. Ces conjonctures lui firent craindre d'être obUgé de se tenir rassemblé sur le Mayn plus longtemps que ses subsistances ne le lui permettraient.

Le 25, toutes les troupes cantonnent entre les deux rivières. Le même jour, les Autrichiens et les Hollandais avaient entièrement passé sur la droite du Mayn pour joindre les Hanovriens et les Munstériens vers la Lahn.

Les derniers jours du mois, les ennemis remontaient la rive droite du Mayn, et le duc d'Arenberg, à Neuwied, y jetait un pont. Alors M. de Maillebois reçut l'ordre de faire avancer entre Bingen et Kreutznach les renforts des Évêchés, en même temps qu'arrivaient à Heidelherg 6 B, et 8 E. tirés de l'armée du haut Rhin. D'un autre côté, les troupes cantonnées en Souabe allaient prendre une nouvelle position, étant dégarnies par la marche de 6 B. et 12 E. qu'on en avait tirés pour renforcer l'armée du bas Rhin, qui devait encore être soutenue parle reste des troupes de Souabe, si elle était forcée de se retirer derrière le Neckar.

Revenu à Gross-Gerau, après avoir visité ses cantonnements sur le Mayn depuis Steinheim jusqu'à l'embouchure, M. de Maillebois forme une espèce d'ordre de bataille entre ces deux rivières, avec ses 39 B. et 52 E., y compris les renforts arrivés de Souabe et d'Alsace. Il avait placé 16 B. et 5 E. en première ligne sur la rive

gauche du Mayn,' d'Aschaffenburg à OfFenbach; 16 B. et 24 E. en deuxième ligne, de Schwanheim au Rhin; 10 compagnies de grenadiers à Hôchst; i B. et 21 E. en troisième ligne, de Dieburg à Kleiiihausen ; 6 B. et 2 E. sur la rive gauche du Rhin, de Worms à la Sellz, afin d'observer Worms et Oppenheim.

Il prépara trois ponts sur le Mayn, pour le passer en cas de besoin , l'un à Florsheim sur sa gauche , un à Hôchst au centre, et le troisième à Bergen sur sa droite, indépendamment du pont de pierre d'Aschaffenburg; mais les glaces s'opposèrent plusieurs jours à l'exécution de ce projet, car le froid devint si intense qu'il fut même obligé de faire lever ses deux ponts sur le Rhin àRheindurkeim et Oppenheim, où il attendait le secours de 15 B., 5 E. et 6 compagnies franches venant des Évêchés sous la conduite de M. de Lowendal, qui passa la Meuse, le 2, à Trêves avec ces troupes, dirigeant leur marche parle Hundsriick surBingen etKreuznach. D'un autre côté, M. de Sallières plaçait militairement ses troupes en Souabe.

Le duc d'Arenberg (30,000 hommes) arrivait alors sur la Lahn; les Hanovriens étaient à Friedberg, Butzbach etUsingen; les Autrichiens, de Limburg à Ober-Lahnstein; les Hollandais, sur le Rhin, de Neuwied à Cologne. M. d'Argenson pressait (4 mars) le maréchal de passer le Mayn, d'empêcher la jonction des ennemis avec les princes et de ne pas ménager l'électeur de Mayence, manifestement malintentionné. MM. de Balincourt et de Sallières étaient prêts, avec les troupes de Souabe, à border le Neckar de Kannstadtà l'embouchure et à donner la main au maréchal. M. deMaillebois prend ses dispositions en conséquence, pousse au delà de Friedberg et d'Usingen des détachements qui forcent l'ennemi à lever ses quartiers et à repasser la Lahn à Limburg, mouvement qui s'accuse le 17; le duc d'Arenberg occupait alors la rive droite, de la rivière de Wetzlar à l'embouchure, et, à la gauche, Weilburg et Ober-Lahnstein. Pour lui ôter le temps de se concentrer, le maréchal fait passer le Rhin, à Oppenheim, aux renforts des Évêchés, le Mayn aux troupes restées sur cette rivière, resserre Mayence sur la rive gauche du Rhin par 6 B. suisses et par 6 B. et 6 E. laissés à Hocheim, tandis que son armée, sur trois colonnes, s'établit la droite à Friedberg, le centre à Ober-Ursel, la gauche à Idstein. Du 25 au 30, on occupe Weilmunster et Gravenwisbach; on se porte sur la Wetter et l'Horlof, entre Butzbach et Friedberg, et le maréchal dirige ses

troupes vers Werheim et Usingen, où il se rend le 30. Enfin l'on s'empare de Konigstein.

En pressant ainsi les ennenriis sur la Lahn, M. de Maillebois exécutait les plans du roi, qui ne voulait de guerre offensive qu'aux Pays-Bas et s'était fait préparer trois armées : l'une, sous Maurice de Saxe (90;,000 hommes), destinée aux Pays-Bas; l'autre, sous le prince deConti, en Allemagne; la troisième, sous Maillebois, secondant l'infant don Philippe au débouché des Alpes. Le 12 mars, de Gross-Gerau M. de Maillebois porte son quartier général à Hôchst, et achève ses trois ponts sur le Mayn. Les 13 et 14, il passe cette rivière avec 28 B. et 34 E., en trois colonnes. Sur les ponts de Bergen, Hôchst et Florsheim, des détachements de hussards envoyés en avant forcent les postes avancés des alliés à se replier dans les montagnes. Ces troupes) aux ordres de MM. de Chabannes et de Lowendal, cantonnent depuis la basse Nied jusqu'à Wiesbaden et Konigstein, laissant en deçà du Mayn 8 B. et 12 E. avec M. de Berchiny, et en deçà du Rhin 3 B. et quelques E. Les renforts des Évêchés, étant arrivés, cantonnent sur la rive gauche du Rhin, depuis Oppenheim jusqu'à Bingen, aux ordres de MM. du Châtelet et de Contades, de sorte que Mayence se trouvait masquée de tous côtés.

M. de Vibraye, avec 1 régiment de dragons, 3 B. et la compagnie franche de Galhau, s'empare du château deRronenburg, situé au débouché des montagnes et occupé par un fort détachement de Hanovriens. Ce premier avantage, joint aux nouvelles réitérées de la retraite des alliés vers la Lahn, encouragea le maréchal aies suivre, mais il se sentit arrêté dans son désir par le manque de subsistances. M. le maréchal de Maillebois, bien qu'appelé en Italie, n'en continue pas moins à resserrer les ennemis sur la Lahn; il appuie sur sa gauche et place son centre à Kamberg, pendant que les Hanovriens, abandonnant Wetzlar, se retirent sur Weilburg.

« Vous verrez, écrivait le maréchal à M. d'Argenson , par le détail de ma lettre de ce matin, le petit changement que j'ai cru devoir faire dans ma position relativement à celle oii l'ennemi paraît avoir dessein de s'établir aujourd'hui, et comme il ne peut la soutenir qu'avec peine, même dans le temps oîi les productions de la terre lui procureraient des subsistances, je crois qu'il n'y a d'autre parti à prendre que d'arranger les circonstances de cette armée de façon qu'elle soit en état de soutenir la sienne plus longtemps que

l'ennemi^ sauf à employer les moyens qui seront jugés praticables par mon successeur pour les déposter, quand il pourra camper en front de bandière. »

Ces conjectures se vérifièrent bientôt; il eut, le 3 et le 4, des nouvelles de l'ennemi et d'un mouvement sur la droite qui firent juger qu'il se préparait à une retraite prochaine, et qui l'engagèrent à rapprocher sa gauche de la basse Lahn et du Rhin. En effet, l'ennemi avait replié sa gauche et évacué Weilburg.

Le 7 au matin, M. de Lussan s'empare de Weilburg, abandonné par les Hanovriens dans la nuit du 10 au H. Toutes les troupes alliées, à Limburg et Dietz, font retraite sur Hadamar et Neuwied. Le H, le maréchal de Maillebois, à la nouvelle que les Autrichiens avaient évacué Limburg et Dietz, envoie ordre à M. de Lowendal d'y faire marcher M. d'Arnaud avec les troupes qu'il commande à Kamberg : il occupe ces deux postes. Après quelques escarmouches entre nos hussards et ceux des ennemis, une partie des troupes s'avance vers la basse Lahn pour achever d'en éloigner les alliés, qu'on ne pouvait poursuivre, par le manque de voitures et de subsistances; M. de Barbançon y est seulement envoyé avec un détachement. Comme les ennemis semblaient porter leurs vues sur la basse Moselle, le maréchal ordonne à M. du Ghâtelet de se rendre sur cette dernière rivière avec les 5 B. (1) et 9 E. (2) à droite et à gauche du Rhin, du côté de Mayence.

Le 14 avril, M. de Maillebois occupe la ville de Braubach. Les alliés sont alors contraints d'évacuer Ober-Lahnstein et Nieder-Lahnstein, nous laissant maîtres de toute la Lahn, après avoir jeté un pont au-dessous de Goblentz, sur lequel l'artillerie et les gros bagages passent le Rhin. L'armée ennemie campe la droite à Wallendar, la gauche un peu en avant de Montabaur, où M. le prince d'Arenberg établit son quartier général. M. de Maillebois remet le commandement de l'armée à M. de la Fare, en attendant l'arrivée du prince de Gonti; il part le 16 pour Strasbourg.

Pendant que nous avions ces succès sur la Lahn, on perdait la Bavière. Le général Bathiany, à la tête des Autrichiens, marchait

(1) Régiment suisse deSeedorf, 2; Fleiiry, 1; Dauphiné, t ; Berry, i.

(2) Bourbon (cavalerie), 4 ; d'Asfeld-dragons, 5 ; plus les compagnies de la Ilarle et Galhau.

sur l'ariTiée électorale, la battait à Pfaffenhofen et la forçait à se retirer sur le Lech avec nos troupes, commandées par M. de Ségur. Les troupes sur la Lahn prennent alors une nouvelle position; elles se cantonnent plus au large pour la facilité des subsistances, formant, en 1" ligne, 10 B,, quioccupent tous les postes depuis Weilburg jusqu'à Ober-Lahnstein; en 2" ligne, 16 B., depuis Butzbach jusqu'à Rirberg; en 3" ligne, 20 B., depuis Idsteinjusqu'à Wehrheim; sur le Mayn, la cavalerie, sur l'Horlof et la Nidda, 8 B., et 12 E. à la rive gauche du Rhin, partie dans les environs de Mayence, partie vers la basse Moselle, c'est-à-dire 46 E.: en tout, 54 B. et 28 E.

L'armée alliée avait aussi changé de position en portant sa droite à la forteresse d'Ehrenbreitstein et étendant sa gauche jusqu'à la rivière de Sayn, avec un corps détaché du côté de Montabaur.

Le 22, le prince de Conti, apprenant à Strasbourg la conclusion du traité entre l'électeur de Bavière et la reine de Hongrie, envoie M. de Putanges rassembler un corps de cavalerie sur le haut Neckar pour soutenir M. de Ségur dans le cas qu'il fût poursuivi, et donne ordre à M. de Balincourt de faire évacuer Fribourg, le Vieux-Brisach. Constance, Willingen^ en un mot, l'Autriche antérieure, et de rassembler sur le Neckar toutes les troupes de ces quartiers avec celles déjà revenues de Souabe, qui allaient elles-mêmes se joindre à celles de M. de Ségur revenant de Bavière, afin de s'opposer au général Bathiany, M. de Ségur devait prendre le commandement de toutes les troupes du Neckar.

M. du Châtelet, de son côté, arrive à Simmern et Kastelaun, répand des détachements le long de la Moselle, depuis Zell, Treis, jusqu'à Traërbach. En même temps, M. de la Fare, sur l'ordre du prince de Conti, renforce sa position sur la Lahn, rapproche 16 E. de sa droite et son infanterie de la Lahn. Il y avait à la droite, outre la cavalerie , 3 B. aux ordres de M. du Châtel; 7 au centre, oti était M. de la Fare, et 32 à la gauche, sous le commandement de M. de Villemur; 4 à l'arrière-garde de M. de Refuges, et 8 entre le Rhin et la Moselle. Le prince de Conti était à Spire; le roi lui avait donné les instructions les plus précises sur la conduite à tenir : « L'objet de S. M., en envoyant une partie considérable de ses forces sur le Mayn, est de s'opposer à tout ce qui pourrait se passer de contraire à ses intérêts et à ceux de ses alliés dans l'élection prochaine d'un empereur; de faire prendre à son armée telle position

entre les cercles du Rhin, de Souabe et de Franconie, que l'armée des alliés delà reine de Hongrie ne puisse communiquer avec eux, m les engager à sortir des bornes d'une exacte neutralité; d'en imposer surtout aux trois électeurs ecclésiastiques, en leur faisant craindre les effets du ressentiment de S. M., s'ils se livrent aux vues de ses ennemis ; d'être enfm en état de traverser et suspendre l'élection jusqu'à ce que les choses soient disposées de manière que les lois de l'Empire et la justice des droits des alliés de S. M. puissent prévaloir sur les intrigues de ses ennemis. Pour mettre le prince de Gonti en état de concourir au succès de ces vues politiques par les opérations militaires, S, M. lui donne le commandement tant des troupes dont l'armée du bas Rhin est composée que de celles qui sont répandues dans la Souabe et le Brisgaw, avec plein pouvoir de les rassembler en un seul corps, et d'en faire tels détachements que les conjonctures pourront l'exiger. Le prince de Conti aura toute autorité sur les troupes qui sont en Alsace, et pourra faire remuer celles des Trois-Évêchés, si la guerre se portait de ce côté. »

(c Si M. d'Arenberg, écrivait, le 22 avril, le prince de Conti, se met en mesure et en position d'être attaqué, nous serons en état de marcher à lui, en laissant plus ou moins de troupes sur le Neckar, si le roi ne change rien aux ordres qu'il m'a donnés. Si d'ici à ce temps il prend son parti de retourner sur la Flandre, je ferai un détachement, comme le roi me l'a ordonné; je me contenterai de tenir en respect et comme bloqués Mayence et Francfort, et, toujours à cheval sur le Mayn, je rapprocherais les troupes du bas Rhin entre le Neckar elle Mayn pour être à portée de les augmenter de celles qui seront sur le Neckar, si les circonstances me permettent d'agir en descendant le Rhin, ou me rejeter sur le Neckar et y être plus en force, si je suis attaqué dans cette partie. Je ne prendrais pas cette position plus reculée, si je ne voyais rien à craindre du côté du Neckar; au contraire, j'en tirerais des troupes pour me renforcer et me mettre en état de pousser quelques corps s ur l'électorat de Cologne, afin de favoriser nos négociations. Tels sont mes premiers points de vue; mais ils ne peuvent être que momentanés, car il s'en faut bien que je puisse les remplir, si les cercles se déclarent et que M. d'Arenberg ne s'éloigne pas, ou que le prince Charles abandonne le roi de Prusse. Dans le premier de ces cas, je

ne pourrais me tenir séparé; ce ne serait qu'en me réunissant qu'inférieur encore je pourrais faire tête à la quantité d'ennemis que j'aurais sur les bras. Dans le second, la disproportion des forces serait si grande que la révolution de Bavière entraînerait celle de toutes les affaires d'Allemagne. Je ne pourrais me soutenir de l'autre côté du Rhin, et me tiendrais même en deçà dans la même situation et avec moins de forces que nous ne nous en sommes trouvé en 1743, c'est-à-dire ayant à me défendre contre une armée qui, passée àMayence, pourrait remonter le Rhin, et contre une autre qui l'attaquerait. Ces événements, quelque noirs qu'ils soient, ne doivent pas se perdre de vue ; ils ne sont pas vraisemblables sous trois semaines, mais ils peuvent arriver en six. »

Le 2o avril, M. de Ségur arrive à Suffenhausen avec la cavalerie de M. de Putanges. H avait passé le haut Neckar sans être attaqué. Le 26, le prince de Gonti, sachant les troupes de Bavière en sûreté, se rend h l'armée, où il arrive le 27 et établit son quartier général à Langenschwalbach. Le 27, il est sur la rivière d'Enz en deçà du Neckar, et place son quartier général à Bietigheim. Cependant le général Balhiany, maître de tous les passages, se portait sur le Neckar avec 25,000 hommes. Son avant-garde était déjà à Lauwingen, précédée de ses troupes légères aux ordres du général Trips. Une escarmouche eut lieu du côté de Stuttgardt entre ses hussards et les nôtres (régiment de David).

Le l"'" mai, le roi adresse ses instructions au prince de Conti, complémentaires de celles du 1" avril. M. d'Argenson, en les envoyant, approuvait ses projets d'évacuation de Constance, de Fribom-g, d'établissement d'un pont près de Germersheim, etc.

Le 2, dans l'impossibilité de marcher contre le duc d'Arenberg,. qui attendait des renforts, le prince de Conti part de Wiesbaden, établit son quartier général à Langenschwalbach (1), à la tête de plusieurs débouchés conduisant sur la Lahn, et à portée de veiller aux ponts sur le Mayn, le Rhin et le Neckar.

Le 5, le prince de Conli prend une position plus militaire sur

(1) La position des troupes était alors, entre le Mayn et le Rhin, 46 B. et autant d'escadrons sur trois lignes; 8 B. et 12 E. cantonnés dans le Hundsrùck ; 35 1$. et 66 E., y compris les troupes qui avaient évacué Constance, Fribourg et Willingen, et (jue M. de la Ravoyc conduisait à Pforzheirn, aux ordres de M. de Ségur, entre le Neckar et l'Enz.

la Lahn, resserre les cantonnements trop dispersés en campant une partie des troupes, rapproche la cavalerie de l'infanterie, entre Limburg et Ober-Lahnsteim, et la porte sur le débouché par oîi l'ennemi pouvait venir à nous; il renvoie sur les derrières les équipages, s'il abandonnait la Lahn. Enfin il engage M. de Ségur de se préparer à se retirer de Bietigheim vers Bruchsal, mais le plus tard possible. Le prince de Gonti met à exécution ses dispositions ; 23 B. et 1 régiment de hussards campent sur la Lahn, entre Diez et Limburg, aux ordres de M. de Villemur; 2 régiments sont envoyés à Erbenbeim, Mosbach et Schierstein, près du pont de Biebrich^ oi^i furent conduits les équipages.

Le 7, M. de la Molhe-Houdancourt campe avec de l'infanterie et 25 E. à Saint-Goars-Hausen, un peu en arrière de M. de Villemur. Il y avait en outre 9 B. et 1 régiment de dragons sur la basse Lahn, aux ordres de M. du Châtel ; M. d'Arnault occupait Ober-Lahnstein ; M. du Châtelet-Lomont commandait entre le Rhin et la Moselle, tout en continuant de plus à retrancher le Mayn et le Rhin. Le même jour, le prince de Conti ordonne à M. de Ségur de renvoyer sur le Rhin la division que M. de la Ravoye amenait du Brisgau à Pforzheim (1).

Le 8 mai, cette division arrive à Pforzheim et campe derrière la rivière d'Enz.

Le 9, le duc d'Arenberg fait un mouvement sur la Lahn, se porte sur Neuhausel, puis reprend sans aucun motif son camp près Ehrenbreitstein, jette un pont à Wallendar, étendant son armée vers sa gauche. M. de Balincourt, commandant en Alsace, porte 2 B. de grenadiers pour couvrir le pont d'Hordt près Germersheim, et

(1) Troupes sous les ordres de M. de Ségur : au camp de Pforzheim, commandés par M. de Ravoye, 10 B. (Custine, 3; Royal-Lorraine, 3; Béarn, Luxembourg, Taiaru, la Marche, de 1 B. chacun); à Mtilhausen et Riexingen, sous M. de Ricux, 9 B. (Royal-Roussillon, 1; la Marine, 4; Nice, 1; la Marck, 1; Coudé, 2); au camp de Bietigheim, où était M. de Ségur, 9 B. (la Sarre, Bourgogne, Rouergue, Bassigny, Lorraine, del B. chacun; Royal -Bavière, Royal-Suédois, de 2); à Laii/en et Wimpfen, 7 B. (Alsace, 3; Saxe, 1; Bourbon, 2; Artois, l).

Au camp de Bietigheim, commandés par M. de Saint-Pcrn, 39 E. (Royal-Pologne, Saint-Simon, Vintimiile, Ik'auvilliers, Broglic, Heiidicourt, Fouqucl, Royal- Allemand, Rosen, de 4 E. chacun ; du Rumain, 3), et au camp de Pforzheim, les hussards (David, 4 E.; Polleresky, 4; Raugrave, 4) et les dragons (d'Harcourl, 5 E. ; Surgères, 5; le Roi, 5).

apprend que M. d'Arenberg se préparait à un nouveau mouvement sur le ruisseau passant à Sayn, et que le général autrichien Traun, succédant à M. Bathiany, allait se porter sur le Neckar.

Le 13, M. d'Arenberg (4) place ses troupes sur la hauteur de Wallendar, dont le pont était achevé, passe la Wied, campe à la droite de cette rivière, son quartier général à Leutersdorf, en abandonnant entièrement Nieder-Lahnstein; il passe le Rhin et va camper à Weissemthurn. Le 18, M. d'Argenson réitère au prince de Conti l'ordre d'envoyer sans délai le détachement de 20 B. et 40 E. sur la Meuse; à M. de Ségur de prendre sa position entre Heidelberg et Ladenburg, sur le bas Neckar, estimant que les deux armées pouvaient se réunir en force et se soutenir entre cette rivière et le iMayn, et ne repasser le Rhin qu'à la dernière extrémité. Mais, comme on était obligé d'abandonner Mayence en repassant le Mayn, il était d'avis, en se retirant de la Lahn, de laisser un corps sur le Mayn pour couvrir Francfort et Mayence, et de porter sur le Neckar le reste de l'armée du bas Rhin après le départ du détachement de la Meuse.

Le 49, MM. deVillemur et d'Arnault repassent la Lahn pour reconnaître l'ennemi, campé sur les deux rives de la Wied, et couvrir les préparatifs de retraite sur le Mayn. Les 20 et 21 , le prince de Conti rend compte d'un petit mouvement du prince d'Arenberg sur la Wied et du départ du général Traun des frontières de Bavière. Les 22 et 23, le prince de Conti a la confirmation de la retraite de M. d'Arenberg vers Bonn et de la marche du général Traun vers le haut Neckar ; il fait partir le détachement de 20 B. et 40 E. sur la Meuse et 4 divisions, dont les deux premières se mettent successivement en marche. Il laisse alors le commandement à M. de la Fare et se rend à Heidelberg, après avoir ordonné à M. de Ségur de s'avancer vers Wimpfen et d'y construire des ponts, pour être à portée de passer le Neckar et de marcher au général Traun, ou de se replier sur Heidelberg, suivant les circonstances.

Le 24, 2 B. et 22 E. de l'armée du Rhin se portent vers le Neckar,

(1) D'Arenberg (Léopold-Philippc-Charles, prince de Lij^ne), né à Mons le 14 octobre 1690, mort en 1754. Embrasse très jeune la carrière militaire, sert sous le prince Eugène dans la campagne de 1743. Son fils Charles-Léopold, feld-maréchal, prend part à la guerre de Sept Ans, combat Frédéric, le 18 juillet 1757, àKolin; <'st à la t*^(e (le l'aile droite, qui fait reculer le roi de Prusse à Hoclikirchen.

suivis de 9 autres B., afin de porter l'armée du Neckar à 45 B. et 84 E. pour la mettre en état de s'opposer au général Traun. M. de la Ravoye conduit à Laufen une partie des H B. qu'il commandait à Pforzheim. M. du Châtelet rassemble ses troupes à Kirchberg, pour former la première division de celles destinées à la Flandre, qui se mettent en marche le lendemain.

Le 26, le prince de Conti arrive à Heidelberg, où il reçoit les détachements de l'armée du Rhin, et fait savoir à M. de la Fare de diriger les dernières divisions vers la Meuse.

Le 27, M. de la Fare se replie de la Lahn sur le Mayn, prend son cantonnement sur la rive droite de cette dernière rivière à Ockviftel, la gauche à hauteur de Florsheim, en laissant Konigstein occupé par un détachement. Les 9 B. et 22 E. venant du Mayn arrivent à Heidelberg, se cantonnent dans les environs à la droite et à la gauche du Neckar; M. de Ségur rassemble la plus grande partie de ses forces à portée de Wimpfen, pendant que 7 B. et 9 E. restent sur le haut de l'Enz à l'entour de Pforzheim.

Le 28, M. d'Argenson informe le prince de Conti que le roi s'en remet à lui pour agir selon les circonstances , tout en désirant que ses forces fussent rassemblées le plus tôt possible. Le même jour, M. le duc d'Arenberg, campé derrière la Sieg, près de Bonn, envoyait le général Traun au-devant du grand-duc partant de Vienne pour commander cette armée. Le prince de Conti, désirant joindre l'ennemi avant qu'il fût couvert par la Tauber, en toute hâte quitte Heidelberg avec les renforts tirés du Mayn, et se porte ce jour même à Wiesloch, le 29 à Sinsheim, et le 30 à Wimpfen, où toutes les troupes de M. de Ségur arrivèrent en même temps. Le 31, il rend compte de ses mouvements, ajoutant que son dessein était de passer le Neckar et de combattre, sinon de se concentrer entre le Mayn et le Neckar.

L'armée eut ordre de se tenir prête à marcher le lendemain. Le même jour, M. de la Fare porte en avant les deux dernières divisions destinées à la Meuse; il fît partir également les 9 B. pour le Neckar et donne avis de ce qui lui restait de troupes (1) au camp de Florsheim sur le Mayn.

(1) 23 B., 20 E. et 7 coiniiaiinips franclies.

.'i02 LES GUERRES SOUS LOUIS XV.

Le l^juin, le prince de Conti se préparait à partir de Wimpfen, sur le Neckar, pour marcher à la rencontre de l'armée autrichienne venant de Bavière, sousle maréchal Traun; mais elle s'était rejetée sur sa droite hors de la portée du Neckar, se dirigeant par la Franconie sur Rolhenburg et sur Mergentheim, où elle devait arriver le 4 au plus tard. Comme il ne pouvait s'y trouver aussitôt que l'ennemi, qui serait couvert par la Tauber et libre de joindre le duc d'Arenberg, prêt à partir de Bonn, il descend le Neckar jusqu'à Heidelberg et se rapproche du Mayn, afin de réunir ses forces entre ces deux rivières. L'armée se mit en mouvement, après avoir replié les ponts de Wimpfen, et campe à Sinsheim. M. de Ségur était chargé de l'arrière-garde. L'armée se place à Heidelberg, adossée auNeckar, l'arrière-garde de M. de Ségur à Wiesloch. Elle passe le Neckar sur les ponts d'Heidelberg et de Ladenburg, et campe à Litzenhausen, où M. de Ségur la rejoint; les villes d'Heidelberg, de Ladenburg et de Neckerau restent occupées, et le pont de Hordt descend à Neckerau. Le 4, elle continue sa marche par le Bergstrass et s'arrête à Heppenheim. M. de Ségur reste au camp de Litzelhausen pour couvrir nos ponts de Heidelberg et Ladenburg.

Le 5, le prince marche d'Heppenheim à Plungstadt, ordonne à M. de la Fare de repasser le Mayn à Florsheim, sur la rive droite de cette rivière, et de la remonter par la gauche vers Aschaffenburg pour tâcher d'empêcher au moins la jonction du général Traun avec le duc d'Arenberg dans cette partie qui était le chemin le plus court. Il s'avance lui-même de ce côté, précédé d'une marche par M. de la Motte-Houdancourt, qui eut ordre de se porter sur Obernburg et de pousser M. de Villemur jusqu'à Worth, au débouché de la gorge de Mittenberg sur le haut Mayn.

Le 6, le prince de Conti campe de Plungstadt à Dieburg, et M. de Ségur de Ladenburg à Zwingenberg, avec un détachement, laissant 2 B. à Heidelberg, 3 à Ladenburg, Grossfochsen et Weinheim, et 2 à Bensheim, pour garder la communication en masquant les gorges de l'Odenwald. Le 7, M. de la Fare quitte Florsheim, passe la rivière et s'établit à Kelsterbach, sur la rive gauche, après avoir replié ses ponts et enlevé tous les magasins depuis Hochst jusqu'au Rhin, sur lequel il les fit remonter à Rheindurckheim, où l'on devait établir deux ponts.

SUCCESSION D'AUTRICHE. — BAS RHIN (1744-1748). 5a3

On sut bientôt que les ennemis n'avaient pour objet qu'une position momentanée. Le duc d'Arenberg, informé de nos mouvements vers le Mayn, était parti, le 5, des environs de Bonn, marchant vers Siegen et la haute Lahn, pour tendre la main au général Traun, qui venait d'arriver de Mergentheim à Mittenberg sur le haut Mayn, oii il faisait déjà préparer deux ponts. Alors M. de Gonti juge à propos d'envoyer de nouvelles troupes de ce côté. Il détache, le 8, du camp de Dieburg, M. du Châtel pour renforcer M. de la Motte-Houdancourt, campé à Obernburg, près du Mayn, et dont l'avant-garde occupaitWorlh à la tête du débouché de Mittenberg. Le 9, M. de la Fare marche de Kelsterbach à Babenhausen sur la rivière de Gersprinz, entre Aschaffenburg et Dieburg, quartier général du prince de Conti.

Les 13 et 14, on eut des nouvelles plus détaillées de l'ennemi. Le duc d'Arenberg, campé à Butzbach avec une avant-garde à Friedberg, remettait le commandement de l'armée des alliés au général Bathiany, qui continuait sa marche de Siegen vers Dillenburg, Wetzlar et Giessen. Le général Traun était encore sur le haut Mayn avec une tête à Mittenberg pour couvrir les ponts qu'il établissait à Wertheim, à l'abbaye de Tiennfurt et à Worth. Il s'avançait ainsi dans le Spessart-Waldt, portant un corps à Esslbach, à l'entrée de cette forêt, ayant jeté deux ponts sur le haut Mayn à Lengfurt etàLohr, avec son quartier général à l'abbaye de Heidenfeld. Les deux armées étaient d'environ 50,000 hommes. Pour s'assurer des positions de l'ennemi (15 juin), le prince ordonne à M. de la Motte- Houdancourt de les observer à Obernburg et à Ludenbach, envoie M. de Saint-André passer le Mayn et reconnaître des positions entre Hanau et Francfort, dirige M. de la Fare de Babenhausen à Stockstadt, et surveille à Aschaffenburg le général Traun. M. de Saint-André revint (le 22) annoncer la présence jusqu'à Friedberg des troupes de Bathiany. Les alliés marchaient sur trois colonnes et, contournant le Spessart-Wald, se dirigeaient sur Orb et sur Gelnhausen; les nôtres, ayant quitté Dieburg, campent sur les bords du Mayn, et le quartier général à Steinheim, avec détachements à Klein-Steinheim, Dieburg, Umstadt et Offenbach. Le général Traun ayant passé le Mayn à Lohr, on rapproche les détachements ; M. de la Motte-Houdancourt vient à Stockstadt, et M. de Ségur à Arheilingen, à une marche de Steinheim. Le génénel Ba-

thiany (29 juin) put cependant opérer sa jonction avec Traun à Wachslersbach et à Orb : ils eurent ainsi une armée de 60,000 hommes.

Résolu à rester sur la défensive, le prince de Conti envoie 2 brigades d'infanterie à Offenbach et distribue 6 B. et 24 E. à Arheiligen et Gross-Gerau. Le 4 juillet, le grand-duc arrive à Gelnhausen sur laRinzig, établit un corps de 20,000 hommes entre cette rivière et la Nidda, porte la gauche à Langenselbod, la droite à Hanau, ce qui détermine M. de Conti à se mettre sur deux lignes le long du Mayn, l'infanterie au centre, la droite à Steinheim.

L'ennemi ayant passé la Nidda, campant dans la plaine de Schwalbach et préparant un pont à Burgel, le prince de Conti descend la rive gauche du Mayn et arrive, le H juillet, à Sprendlingen; M. de la Fare, ayant replié ses postes d'Aschaffenburg et de Stockstadt, vient occuper Offenbach.

Les ennemis passaient alors le Mayn à gué, entre Steinheim et le ruisseau deRoden, mais ils sont repoussés. Comme ils se préparaient à se porter sur Mayence, le prince de Conti se met en position de traverser le Rhin à Rheindurckheim en même temps qu'eux, occupe, pour leur faire face plus longtemps, Gernsheim, replie ses ponts et fait rompre celui d'Aschaffenburg. Cependant l'ennemi avait fait passer le Rhin à Biebrich à quelques détachements; aussi, le 15, MM. de la Fare et du Châtel se sont-ils réunis à l'armée. M. de Coigny est entre Nordheim, Rheindurkheim et Gernsheim; M. de Berchiny campe à Nordheim, M. de Refuges à Nauheim. Bernklau passe le Rhin au-dessous de Mayence; le 16, Oppenheim est attaqué, MM. Fischer et Galhau y sont pris; aussi, comme l'ennemi remontait le Rhin, le prince de Conti se place à Rheindurkheim pour garder ses ponts, et envoie M. de Ségur sur la rive gauche. On apprit alors que le grand-duc, acclamé à Mayence, avait campé le 17 à Trebur, à la rive droite du Rhin, et qu'il remontait vers Biblis; que Bernklau était à Oppenhein. Nous avions 70,000 hommes sur les bras, et nos généraux repassaient le Rhin.

Le 17, l'armée décampe de Biebesheim et se porte à Nordheim, près de Rheindurkheim (1); M. de Berchiny est chargé de l'arrière-

(1) Camp de Nordheim, sous le prince de Conti : 1^' ligne, 53 B. (Navarre, 'i.

garde. Les postes retirés^ M. de Baronay se présente devant Gerau.

L'armée du roi, campée à Nordheim sur deux lignes, la droite à Hofheim et la gauche à Wattenheim, était appuyée aux marais du Rhin qui couvraient une partie du front; le reste est garni de redoutes, les têtes de pont de Rheindurckheim sont retranchées.

Le 19, l'armée se met en mouvement par les deux ponts de Rheindurkheim, passe le Rhin et s'établit à Leiselheim. Au commencement de la marche, les troupes légères ennemies, commandées par M. Trips et soutenues par un corps de 25,000 hommes campé à Biblis, attaquèrent brusquement nos compagnies franches et le régiment de David, qui faisait Tarrière-garde.

On essaya de replier les ponts, mais la rupture des cordages obligea de les brûler.

Le 20, l'armée marche de Leiselheim à Hochheim. Le prince de Conti remonte ses magasins à Worms. Puis, sur l'avis que le grand-duc, arrivé le 20 au camp de Biebesheim, poussait un corps de troupes légères vers le bas Neckar, en remontant la rive droite du Rhin, il détache 2 brigades d'infanterie et 1 de cavalerie, aux ordres de M. de Villemur, pour remonter par le côté gauche à Frankenthal.

Le 29, M. d'Argenson annonce l'arrivée de 2 régiments sur la Sarre et la Moselle, pour renforcer les compagnies franches, restées dans les Évêchés, et couvrir cette frontière contre le général Bernklau. Mais, le 24, ce général étant parti pour rejoindre l'armée alliée à Trébur, le prince de Conti résolut de manœuvrer sur la rive gauche du Rhin pour empêcher l'ennemi de passer le fleuve. Informé que les alliés devaient marcher sur le Neckar, il pourvoit à la stireté du pont de Hordt, au-dessus de Germersheim, par des renforts immédiats, composés de 3 B. et 1 régiment de dragons, sous

Enghien, 2. La Marine, 4. Talaru, 1. Luxembourg, 1. Custine, 3. Vermandois, 1. Lorraine, 1. Brancas, 2. Brissac, 1. Boulonnois, t. Vexin, 6. Alsace, 3. Royal- Suède, 2. La Fare, 1. Rouergue, 1. Monlmorin, 2. Bourgogne, 1. Berry, 1. La Marche, 1. Monaco, 3. Pcnlhlèvre, 2. Condé, 2. Champagne, 4. Bretagne, 1. Royal- Comtois, 1. Béarn, 1. Bassigny, 1. Montboissier, 1.)

2"= ligne, 60 E. (Commissaire-général, 4. Barbançon,3. Du Rumain, 4. Royal-Pologne, 4. Hendicourl, 4. Dauphin-Élranger, 4. Beauvilliers, 4. Condé, 4. Vinlimille, 4. Bretagne, 4. Chabot, 4. Broglie, 4. La Reine, 4. Saint-Siinon, 4. Rosen, 2- Royal-Allemand, 4.)

3'= ligne, hussards : Raugrave, 4; Polleresky, 3; David, 4.

M. de Maupeou. Il évacue les magasins de Worms, se proposant d'aller camper en face de Mannheim dès que le mouvement du grandduc sur le Neckar se dessinerait.

Le 26, certain que de gros détachements ennemis se dirigeaient du côté du Neckar, et qu'ils étaient suivis par l'armée des alliés, le prince de Conti se prolonge de Hocheim à Oggersheim, à hauteur de Mannheim, laisse à Worms un corps aux ordres de M. de Ségur, et les dragons entre cette ville et Frankenthal, avec quelques troupes à Spire. Le 29, il détache encore de l'armée des régiments d'infanterie au camp de Spire, sous M. de Villemur, qui pousse 2 B. à Hordt pour renforcer le corps de troupes chargé de la garde du pont. On apprenait que l'ennemi campait sur le bas Neckar (1) et que M. Trips marchait en avant. Il pouvait donc surprendre le pont de Hordt, s'il n'avait pas été aussi bien gardé.

Tandis que, sur les bords du Rhin, les opérations traînaient et se réduisaient à des marches et contremarches, les coups décisifs se portaient en Silésie.

En mai, les Autrichiens tentent une nouvelle irruption, lorsque la trahison livre au général-major de Bucco la forteresse de Rosel, et Wallis pénètre dans le comté de Glatz. Le prince Charles et le duc de Weissenfels, ayant rassemblé près de Konigsgrœtz l'armée alliée, forte de 92,000 hommes, se mettent en mouvement. Le prince d'Estherazy,avec l'avant-garde, marche à Landshut le 27 mai, et le prince Charles pénètre en Silésie 'jusqu'à Bolkenhain. Frédéric a rassemblé 50,000 hommes près de Frankestein, et le 29 l'armée prussienne occupe le camp de Reichenbach, à une petite marche deSchweidnitz. Le P'" juin, elle passe cette forteresse; les corps d'avant-garde de du Moulin et de Winterfeld occupent la hauteur de Striegau, en deçà du Striegauer-Wasser; M. de Nassau garnit le Nonen-Busch, et l'armée campe entre Jauernick et Schweidnitz.

Wallis et Nadasty parurent les premiers sur les hauteurs de Freyburg; le prince Charles, de Landshut à Reichenau, se transporte à Hohen-Flennersdorf, pouvant descendre par quatre chemins de Freyburg, Hohen-Friedberg, Schweintz-Haus et Kauder. Le 2, il y eut grand conseil des généraux autrichiens près du gibet de

(1) Prenant sa position la gauche à Heidelberg, quartier général, la droite à Ladenburg, avec 3 corps détachés, 1<^ 1" à Weinheim, le 2^ à Lampertheini, le 3^ à Neclvcrau.

Hohen-Friedberg, pendant que Frédéric examinait lui-même la nature du terrain. Le lendemain le prince Charles prend position en même temps que Wallis recevait l'ordre de s'emparer de Schweidnitz et de poursuivre les Prussiens sur Breslau.

Du Moulin, à 8 heures du soir, lève son camp, passe le ruisseauMe Striegau et se porte sur le mont Topaze devant la ville; à la même heure, l'armée opérait son mouvement par la droite sur deux lignes dans le plus grand silence, et l'on attendit vers minuit, près des ponts de Striegau, la réunion de tous les corps.

Le 4 juin, le roi rassemble ses principaux officiers et leur communique la disposition du combat : «L'armée se mettra incessamment en marche par la droite, sur deux lignes ; elle passera le Striegau; la cavalerie se mettra en bataille vis-à-vis la gauche de l'ennemi , du côté de Pilgramshain. Le corps de du Moulin couvrira sa droite; la droite de l'infanterie se formera à la gauche de la cavalerie, vis-àvis des taillis de Rohnstock; la cavalerie de la gauche s'appuiera au ruisseau de Striegau, bien en avant de la ville de ce nom. Les dix escadrons de dragons et vingt de hussards qui composent la réserve se porteront derrière le centre de la seconde ligne, pour être employés oii il sera besoin. Un régiment de hussards se formera, en troisième ligne, à chaque aile de cavalerie, pour en couvrir le flanc ou pour servir à la poursuite. La cavalerie chargera impétueusement l'ennemi, l'épée à la main; elle ne fera point de prisonniers dans la chaleur de l'action; elle portera ses coups au visage. Après avoir renversé et dispersé la cavalerie contre laquelle elle aura choqué, elle retournera sur l'infanterie ennemie, et la prendra en tlanc ou à dos, selon que l'occasion s'en présentera. L'infanterie prussienne marchera à grands pas à l'ennemi. Pour peu que les circonstances le permettent, elle fondra sur lui à la baïonnette; s'il faut charger, elle ne tirera qu'à cent cinquante pas. Si les généraux trouvent, sur les ailes ou devant le front de l'ennemi, quelques villages qu'il n'ait pas garnis, ils les occuperont, et les borderont extérieurement d'infanterie, pour s'en servir à le prendre en flanc; mais ils ne placeront de troupes ni dans les maisons ni dans les jardins, pour que rien ne les gêne et ne les empêche de poursuivre ceux qu'ils auront vaincus (I).

(1) Hisloire de mon temps, t. II.

La tête commençait à peine à passer le ruisseau, que l'infanterie saxonne, chargée de prendre Striegau, est foudroyée par des pièces d'artillerie placées sur le mont Topaze ; en même temps, l'aile droite de la cavalerie prussienne se forme sous la batterie, chargeant la cavalerie saxonne : alors l'infanterie prussienne attaque vigoureusement dans les bois de Rohnstock. Tout le corps saxon s'enfuit avant que la gauche de l'armée fût entièrement formée.

Le prince Charles, averti à Hausdorf de la défaite des Saxons, ordonne à l'armée de s'avancer, entre le ruisseau de Striegau et les bouquets de Rohnstock, quand ils furent attaqués par le margrave Charles et le prince de Prusse, et obligés de se replier. Comme il n'y avait plus de résistance à sa droite, Frédéric, par un quart de conversion, se porte sur le flanc gauche et derrière les Autrichiens.

Dès que M. de Nassau eut formé son aile, il met en déroute la cavalerie ennemie. M. de Gésier, qui commandait la seconde ligne, ne voyant plus d'espoir, se retourna encore vers l'infanterie prussienne; mais dans le même moment la droite de Frédéric se portait sur le flanc du prince Charles. Le désordre devint bientôt général, tout fuit vers les montagnes, les Saxons par Seyffersdorf, le corps de bataille autrichien par Kauder', et leur aile par Hohen-Friedberg, où heureusement Wallis et Nadasty arrivèrent pour couvrir leur retraite.

Ce fut, dit Guibert (1), une de ces batailles de grand maître où le génie fait tout plier devant lui, qui sont gagnées dès le début et presque sans contestation, parce qu'il ne reste pas à l'ennemi déconcerté la possibilité de rétablir le désordre. « Les combinaisons de Frédéric pour la bataille de Hohen-Friedberg appartiennent, sans contredit, à ses plus belles opérations. On lui doit les plus grands éloges pour l'habileté avec laquelle il sut choisir sa position, afin d'attendre l'armée ennemie au débouché des gorges. On voit par la relation que l'aile gauche des ennemis, formée de Saxons, était déjà accablée avant que rien ne fût disposé à la soutenir. Lorsqu'elle fut hors de combat, le centre se trouva alors attaqué de front et sur son extrême gauche par une masse de forces imposantes; et il était difficile qu'il ne fût pas battu et cul-

, (1) Éloge du roi de Prusse.

buté dans une position à laquelle l'attaque bien combinée de la cavalerie prussienne, commandée par Gésier, vint bientôt mettre le complément. Jamais l'emploi des troupes ne présenta une application plus exacte des principes (1). »

C'est après cette brillante journée que Frédéric écrivit au roi de France : « Je viens d'acquitter, en Silésie, la lettre de change que Votre Majesté a tirée sur moi à Fontenoy. »

La victoire d'Hohen-Friedberg sauva la Silésie. Le 6, l'armée se porte à Landshut, pénètre en Bohême et campe, le 20 juillet, à Ghlum, pendant que le prince Charles est à Ronisgraïtz.

Aux premiers jours d'août, les troupes du roi et celles des ennemis restèrent dans leur position sur les deux rives du Rhin. Notre armée campait à Oggersheim sur la rive gauche, à hauteur de Mannheim et vis-à-vis celle du grand-duc, qui avait son quartier général à Heidelberg et le gros de ses troupes bordant la rivière du bas Neckar jusqu'à Neckerau. M. de Villemur commandait au camp de Spire, face à MM. Bernklau et Trips, qui avaient passé le Neckar et poussé jusqu'à Hockenheim. M. de Maupeou gardait le pont du Hordt, et M. de Ségur, Worms, menacé par l'arrière-garde ennemie. Le Rhin était donc gardé de Lauterbourg à Worms. Et, comme les ennemis pouvaient passer des troupes du côté de Mayence pour inquiéter les frontières des Evêchés, le roi se détermine à détacher de l'armée de Flandre 25 E. pour se rendre sur la Sarre, aux ordres de M. le prince de Conti et couvrir cette partie. M. de Conti se tenait sur la défensive, suivant tous les mouvements de l'ennemi; le grand-duc ayant poussé de nouvelles troupes sur la rive gauche du Neckar, il détache 1 brigade entre Oggersheim et Spire prêt à marcher vers le haut Rhin; 8 B. vont à Germersheim, et 5 sous M. de Villemur.

Le 9, le grand-duc poussait M. Trips jusqu'à Graben, au-dessus de Philippsburg, et se disposait à passer le Neckar, oh il avait trois ponts.

M. de Bernklau se rassemblait à Stockstadt, occupait les îles de Kuhkof et du Héron, pendant que le général Baronay passait le Rhin à Bieberich, se portant à hauteur d'Oppenheim. A ce mouvement, notre armée quitte Oggersheim et se place, en remontant le

(1) Jomini, Traité des grandes opérations militaires.

Rhin, la droite un peu au delà du Rehbach et la gauche à Muttei'stadt, également éloigné de Hordt et de Worras. Le prince de Gonii envoie à Germersheim M. d'Arnault, un renfort à M. de Meaupeou à Hordt, 4 B. à Weilsheim et d'autres troupes aux villages de Monbach et de la Petite-Hollande. M. de Villemur reste à Spire, M- de Ségur à Worms et M. de Maubourg à Friesenheira.

Le 17, les troupes légères avaient passé le Rhin à Bieberich et remontaient du côté d'Oppenheim, et d'autres du côté de l'île du Héron. Comme le prince de Conti craignait autant pour la Sarre que pour le bas Rhin, il détache M. de Berchiny commander sur la Sarre et envoie M. de Ségur à Worms, lui enjoignant de marcher sur le bas Rhin. Le 11, il détache M. du Ghâtelet pour une tournée au-dessous de Worms vers Gundersblum et Oppenheim.

Le 18, M. de Ségur se mit en marche. Les ennemis furent surpris à l'île du Héron et forcés de repasser le Rhin la nuit.

Le 20 et jours suivants, les ennemis reçurent des renforts; ils avaient des avant-postes à Graben, le gros de leur armée toujours sur le Neckar, alors couvert de ponts; le reste avait descendu le Rhin, sous le général Sommersfeld, à Bieberich. Pendant ces opérations, des hussards et des croates ne cessaient de passer le Rhin à Walluf, au-dessous deMayence, occupant Ingelheim ; d'un autre côté, 15,000 hommes descendaient, après le passage du Mayn, jusqu'à Darmstadt, soutenus de troupes réglées et de recrues venant de Bavière et rejoignant l'armée.

Le 28, M. de Berchiny, arrivé le 26 à Sarreguemines, recevait l'ordre d'étendre le plus loin qu'il pourrait la défensive sur la Sarre et en avant, avec ses 25 E. reçus de Flandre et les compagnies franches des Évêchés, en laissant 2 régiments dans le Messin.

On approvisionne Landau, on travaille aux lignes de la Queich, avec ordre à M. de Ségur de se tenir prêt à marcher vers Mayence; résolu de faire battre le pays de ce côté, par des détachements successifs tirés des camps de Mutterstadt, de Friesenheim et de Worms, M. de la Ravoie, après avoir descendu le Rhin jusqu'à Oppenheim, rentrait le 30.

Le 31, M. de Conti renvoie vers le bas-Rhin M. de Putanges pour nettoyer les bords du Rhin jusqu'aux îles du Héron et de

Kuhkopf, à la faveur desquelles les hussards ennemis faisaient des incursions sur la rive gauche du Rhin.

Le 1" septembre, l'armée, commandée par le prince de Conti, occupait le camp de Mutterstadl, détachant des corps séparés sous MM. de Ségur, de Maubourg, de Villemur, de Maupeou et Berchiny ; Parmée autrichienne occupait, sous le maréchal de Traun, le duc d'Arenberg et le grand-duc, les positions suivantes. Il y avait à Mombach, sur la rive gauche du Rhin, près du pont de Biebrich, 6,000 hommes ayant passé le fleuve le 7; les hussards, en avant de ce corps; 5,000 hommes à Biebesheim sur la rive droite du Rhin; 4,000 près d'Hofheim, vis-à-vis de Worms ; 4,000 sur le bas Neckar, entre Heidelberg et le Rhin, et 15,000 vers le haut Rhin, depuis le Neckar jusqu'à hauteur de Lauterbourg.

Les revers que la maison d'Autriche avait essuyés dans cette campagne n'avaient été contre-balancés que par l'élection de François-Etienne de Lorraine, grand-duc de Toscane, élevé à l'empire, comme roi des Romains, à l'unanimité des suffrages, excepté ceux de l'électeur de Brandebourg et de l'électeur palatin; on compta même, malgré les deux électeurs opposants, le suffrage électoral de la Bohême. Il n'y eut pas d'autres compétiteurs, et l'élection se fit dans les formes, le 13 septembre. L'arméeautrichienne sous son commandement nous tint en échec sur les bords du Rhin, tout le temps que la diète, assemblée à Francfort, fut en séance.

Cette position de l'armée, rassemblée sur les bords du Rhin et du Mayn, aurait pu encourager et soutenir les électeurs qui, jaloux depuis longtemps de la maison d'Autriche, ne voulaient pas que la maison de Lorraine, qui se portait pour son héritière, pût s'élever à la même grandeur. Mais chaque jour le prince de Conti cessait d'être redoutable, par les troupes que le roi lui enlevait pour les faire passer à son arrnée.

Le 23, M. de Goigny descend vers Alzey, au-dessous de Worms. M. de Mauconseil est dirigé vers la haute Alsace pour rétablir les communications et observer les hussards ennemis, qui commençaient à paraître dans le Brisgau. D'un autre côté, M. de Berchiny, commandant sur la Sarre, part de Sarreguemines, se porte de sa personne à Waldevrange, sur la haute Sarre, et place 21 E. aux environs de Sarrelouis et sur la basse Sarre, de façon à envelopper et arrêter les partis.

Le 4 octobre, le grand-duc est couronné sous le titre de François I". Marie-Thérèse vint de Vienne pour assister à la cérémonie, témoignant de sa joie en s'écriant, du haut du balcon : a Vive l'empereur François P' ! » acclamation répétée par la foule. En plaçant sur la tête de son époux la couronne impériale, Marie- Thérèse avait la satisfaction de la faire rentrer dans son illustre famille, où elle était depuis plus de trois siècles sahs interruption. De Francfort, l'impératrice visita son armée à Heidelberg, l'empereur la reçut lui-même à la tête des troupes, entre les rangs desquelles elle passa, saluant avec autant de dignité que de grâce. Elle dîna en public sous une tente, et, à son départ, distribua comme gratification un florin à chaque soldat.

D'autres événements très importants avaient lieu alors en Silésie.

Vainqueur en juillet à Friedberg, Frédéric d'un camp à l'autre s'était replié jusqu'à Straubing. Les grands détachements nécessaires aux convois de Silésie avaient réduit son armée à 26,000 hommes : le prince Charles, qui était à la tête de 60,000, voulut profiter de sa supériorité, et, quittant son camp de Jaromirlz, il s'avance vers Ronigshof, couvert par une nuée de troupes légères qui enveloppent le camp prussien.

Le 30 septembre à la pointe du jour, le prince Charles, déjà en bataille vis-à-vis de l'aile droite du roi, canonne le camp prussien. Frédéric est surpris dans un fond dominé par une hauteur. La veille il supposait pouvoir marcher par Trautenau, maintenant il est forcé de se déployer par sa droite pour gagner une position parallèle à celle du prince Charles. Aussitôt la droite de la cavalerie prussienne fond sur celle des Autrichiens et la culbute. De nouveau ils se reforment, mais ne peuvent résister aux chocs impétueux de lïnfanterie prussienne qui gagne toujours du terrain.

Près de Prausnilz, l'armée autrichienne se soutient encore; la déroute devient bientôt générale et l'armée victorieuse prend, vers 10 heures du matin, sa dernière position au village de Soor, qui donne son nom à la bataille, et les Autrichiens se retirent par la forêt de Silva. Toujours malheureux, le prince Charles regagne son camp de Kœnigshof, et le roi, après cinq jours passés sur le champ bataille, ramène ses troupes à Trautenau.

Bien que deux fois vainqueur, Frédéric eut hâte de se retirer sans recueillir aucun fruit de ses triomphes, en pensant aux mon-

tagnes de la Bohême, aux gorges qui la séparent de la Silésie, à la difficulté des vivres, à l'affaiblissement de son armée, à la saison déjà avancée. Quittant donc la Bohême, il prend ses quartiers d'hiver en Silésie, vers le 16 octobre, remettant le commandement des troupes au prince Léopold d'Anhalt-Dessau, avec ordre de ne point les séparer; car le prince Charles avait divisé son armée en trois corps, supposés devoir reprendre leur action dès que la saison des opérations le lui permettrait.

De notre côté, le 13 octobre, M. de Gonti apprend que les ennemis forment des détachements considérables pour renforcer leur armée de Bohême, et que les Hollandais et Hanovriens se disposaient à rentrer dans leurs foyers. Ces nouvelles se confirment, et le grand-duc part, le 17, pour Vienne, laissant le commandement de l'armée au maréchal Traun, en même temps que 9 B. et 24 E. se rendent en Bohême par Mergentheim. Mais les Hollandais et Hanovriens restent jusqu'à la fin de la campagne et conservent ainsi à l'ennemi sa supériorité.

Le 26, le prince de Conti s'occupe des quartiers à prendre sur la frontière.

Le 30 octobre, l'armée du roi occupe le camp de Spire, la droite appuyée au canal et la gauche au-dessous de Dudenhoffen. Les corps du bas Rhin remontent en même temps ce fleuve sous la protection de M. du Châlelet-Lomont, qui était descendu jusqu'à Frankenthal sur l'avis qu'un corps ennemi se portait à Stockstadt pour y passer le Rhin. La division de M. de Maubourg vient de Friesenheim derrière le Spirebach, et celle de M. de Ségur passe du camp de Worms à celui de Weilsheim, derrière le Rehbach, pour soutenir le Palatinat et communiquer avec Mannheim.

Le 9 novembre, l'armée quitte Spire et se porte derrière les lignes de la Queich, la droite en arrière de Belheim, la gauche vers Landau. Les troupes de M. de Villemur à Germersheim, et celles de M. de Ségur de Weilsheim rentrent en ligne, après avoir séjourné à Rloster-Haimbach, M. de Maupeou, restant au pont de Hordt, qui est levé le 10 et renvoyé au fort Louis.

Le 10, le prince de Gonti cantonne 35 B. et 40 E. entre la Lauter et la Queich, jusqu'à la séparation des troupes qui restent campées en trois corps séparés, le 1" à Belheim, le 2" à Ottersheim;, le 3" entre Morlheim et Queichheim. M. de Balincourt de-

vait commander en Alsace, pendant l'hiver, et M. de Berchiny sur la Sarre et la Moselle, abandonnant Rayserslautern, Landsthuhl et Hombourg, avec des détachements à Bliescastel et Hornbach. Les Évêchés étaient sous M. de Ségur, la Lorraine sous M. de Laval, et M. du Mesnil avait la Franche-Comté. M. de Conti ne garde dans les cantonnements, entre la Lauter et la Queich, qu'un nombre de troupes proportionné à celui des Autrichiens, dont le quartier général était toujours à Heidelberg.

Le mois de décembre était, du côté de la Silésie et de la Bohême, marqué par des événements qui changèrent totalement pour nous la face des choses, par l'alliance contractée entre le roi de Pologne et Marie-Thérèse. Frédéric, disposé à agir offensivement, partit pour la Silésie, bien que Berlin fût dans la consternation. L'armée du prince Léopold étant cantonnée le long du Bober, entre Buntzlau et Lowenberg, il se met en mouvement le 22, et le 23 il est à Naumbourg sur la Queiss.

Passer la Queiss, pénétrer en Saxe, tromper le prince Charles, en lui faisant croire qu'il se retirait en Silésie pour couvrir la Moravie, mettre en déroute des régiments saxons près de Gross- Hennersdorf, s'emparer de la garnison, de la place de Gorlitz, est pour lui l'affaire de quelques jours. Après cet échec, le prince Charles rentre en Bohême, le 27, par Gabel, sans magasins, sans bagages et très affaibli, sans renoncer à son projet de revenir dans la Saxe par Aussig et Peterwald. Effrayé de l'approche des Prussiens, le roi de Pologne quitte Dresde et se réfugie à Prague.

Le prince d'Anhalt, l'un des lieutenants du roi de Prusse, bat, le 15, l'armée saxonne combinée avec celle d'Autriche à Wilsdruf, près Dresde, et S. M. Prussienne entre, le 17, dans cette ville. Dans leur fuite, les Autrichiens gagnent avec précipitation la Bohême.

« La fortune, qui a secondé ma cause, écrivait Frédéric, le 18, à M. de Villiers, ambassadeur d'Angleterre près la cour de Saxe, m'a mis en état de ressentir bien vivement les procédés injustes et équivoques du roi de Pologne; mais, loin de penser à me venger, je lui offre encore pour la dernière fois mon amitié. Mes succès ne m'aveuglent pas, et, quoique j'eusse raison d'être enflé de ma situation, je suis toujours dans les sentiments de préférer la paix à la guerre. Vous me verrez plutôt périr, moi et toute mon armée, que de me relâcher sur la moindre minutie de ce traité. Si

donc la reine de Hongrie veut encore une fois faire la paix, je suis prêt à la signer selon la convention de Hanovre; si elle la refuse entièrement, je me verrai en droit de hausser mes prétentions contre elle. Apportez-moi donc les dernières résolutions du roi de Pologne, et que je sache s^il préfère la ruine totale de son pays à sa conservation, les sentiments de la haine à ceux de l'amitié, en un mot, s'il aime mieux attiser l'embrasement funeste de cette guerre que de rétablir la paix avec ses voisins et de pacifier l'Allemagne (1). »

Mais avant d'en être venu à traiter de la paix, Frédéric, qui n'espérait pas un semblable succès de ses armes, avait écrit pour obtenir aide et appui du roi de France. La réponse de Louis XV, à la demande de secours que lui avait adressée Frédéric le 13 novembre, arriva au roi de Prusse à Dresde, au moment où tout se préparait pour la pacification de l'Allemagne. Louis XV y dissimulait à peine l'irritation profonde que lui causait la façon d'agir de son infidèle allié, toujours prêt, quand la fortune lui souriait, à se mettre hors de cause. « V. M., lui disait-il, me confirme dans sa lettre du 15 ce que je savais déjà de la convention de Hanovre du 26 août. J'ai dû être surpris d'un traité négocié, conclu, signé et ratifié avec un prince mon ennemi, sans m'en avoir donné la moindre connaissance. Je ne suis point étonné de vos refus de vous prêter à des mesures violentes et à un engagement direct et formel contre moi : mes ennemis doivent connaître V. M. C'est une nouvelle injure d'avoir osé lui faire des propositions indignes d'elle. Je comptais sur votre diversion; j'en faisais deux puissantes en Flandre et en Italie, j'occupais sur le Rhin la plus grosse armée de la reine de Hongrie. Mes dépenses, mes efl'orts ont été couronnés des plus grands succès. V. M. en a fort exposé les suites par le traité qu'elle a conclu à mon insu. Si cette princesse y avait souscrit, toute son armée de Bohême se serait subitement tournée contre moi : ce ne sont pas là des moyens de paix. Je n'en ressens pas moins l'horreur du péril que vous courez, rien n'égalera l'impatience de vous savoir en sûreté, et votre tranquillité sera la mienne. V. M. est en force et la terreur de nos ennemis et a remporté sur eux des avantages considérables et glorieux; l'hiver avec cela, qui

(I) Histoire de mon temps, t. II.

suspend les opérations militaires, suffit seul pour les défendre. Qui est plus capable que V. M. pour se donner de bons conseils à ellemême? Elle n'a qu'à suivre ce que lui dictera son esprit, son expérience et, par-dessus, tout, son honneur; quant aux secours qui, de ma part, ne peuvent consister qu'en subsides et en diversions, j'ai fait toutes celles qui me sont possibles, et je continuerai par celles qui assurent le mieux le succès. J'augmente mes troupes, je ne néglige rien, je presse tout ce qui pourra pousser la campagne prochaine avec la plus grande vigueur. Si V. M. a des projets capables de fortifier mes entreprises, je la prie de me les communiquer, et je me concerterai toujours avec le plus grand plaisir avec elle. »

A partir de ce jour, tout espoir d'une union sérieuse entre les deux royaumes était détruit ; le roi de Prusse attendit que les bases de la paix qu'il négociait fussent arrêtées pour répondre -à Louis XV, et il lui annonçait, le 25 décembre, qu'il a signé la paix avec la reine de Hongrie et le roi de Pologne :

« Monsieur mon frère, après la lettre que j'avais écrite à V. M. en date du 15 novembre, je devais m'attendre de sa part à des secours réels. Je n'entre point dans les raisons qu'elle peut avoir d'abandonner ses alliés aux caprices de la fortune. Pour cette fois, la valeur seule de mes troupes m'a tiré du pas scabreux où je me trouvais. Si le nombre de mes ennemis m'eût accablé, V. M. se serait contentée de me plaindre, et j'aurais été sans ressource. Comment une alliance peut-elle subsister, si les parties contractantes ne concourent pas avec la même ardeur à leur conservation commune? V. M. me dit de me conseiller moi-même; je le fiiis, puisqu'elle le juge à propos. La raison me dit de mettre promptement fin à une guerre qui n'a plus d'objet, depuis que les troupes autrichiennes ne sont plus en Alsace et depuis la mort de l'empereur. Les batailles qu'on donnerait désormais ne produiraient qu'une effusion de sang inutile. La raison m'avertit de penser à ma propre sûreté et de considérer le grand armement des Russes, qui menace le royaume du côté de la Courlande; l'armée que M. de Traun commande sur le Rhin, qui pourrait aisément refluer sur la Saxe; l'inconstance de la fortune, et enfin que, dans l'a circonstance où je me trouve, je ne puis m'attendre à aucun secours de la part de mes alliés. Les Autrichiens et les Saxons viennent d'envoyer ici

SUCCESSION D'AUTRICHE. — BAS RHIN (1744-1748). âl7

des ministres pour négocier !a paix; je n'ai donc d'autre parti à prendre que de la signer. Apiès m'être acquitté ainsi de mon devoir envers l'État que je gouverne et envers ma famille, aucun objet ne me tiendra plus à cœur que de pouvoir me rendre utile aux intérêts de V. M. Puissé-je être assez heureux pour servir d'instrument à la pacification générale. V. M. ne pourra confier ses vues à personne qui lui soit plus attaché que je ne le suis, et qui travaille avec plus de zèle à rétablir la concorde et la bonne intelligence entre les puissances que les longs démêlés ont rendues ennemies. »

Peu de jours après, M. de Villiers arrivait de Prague avec des pleins pouvoirs pour les ministres saxons ; le comte Frédéric de Harrach, envoyé de l'impératrice, ne tarda pas à le suivre, et, le 23 décembre, la paix fut enfin signée sous la médiation de l'Angleterre. La Silésie et le comté de Glatz étaient de nouveau assurés au roi de Prusse.

Le 28, Frédéric retournait dans ses États, arrivait à Berlin; il fut reçu sous des arcs de triomphe, et le peuple, faute de mieux, jetait sur son passage des branches de sapin en criant : « Vive Frédéric le Grand (1)1 »

Tout le fardeau de la guerre restait au roi de France. Ainsi en se retirant de la lutte, la Prusse laissait à l'Autriche la libre disposition de ses armées en Allemagne. L'Italie devait alors être l'objet de nos projets; car les troupes espagnoles, au lieu d'assurer leurs communications avec la Provence, de défendre Gênes, perdaient leur temps à Parme, à Plaisance et à couronner l'infant dans Milan.

Peu de détails quanta l'armée sur le Rhin. On avait appris dans les premiers jours de janvier la signature de la paix entre Frédéric- Auguste, électeur de Saxe, et Marie-Thérèse : la Silésie était prussienne sans retour; car la Prusse en avait besoin, moins pour s'agrandir que pour vivre. En retour, Frédéric n'hésita pas à reconnaître l'empereur François 1", dont l'élection, de son propre aveu, ne lui avait jamais paru contestable.

M. d'Argenson, pensant qu'une partie des Autrichiens étaient

(1) Voltaire, Siècle de Louis XV.

restés sur les bords du Rhin, prescrit à M. de Balincourl de laisser A ou § B. sur la Queich, et 4 de Lauterbourg à Huningue, appuyés par les paysans armés; en outre, M. de la Ravoye est chargé d'aller enlever les baillis du Brisgau, mais cette expédition, tentée dans la nuit du 23 au 24 janvier avec deux troupes, l'une de Ferrari-hussards et d'un escadron de cavalerie, l'autre de compagnies de grenadiers, sousM. deZuckmantel, n'eut aucun succès. Les Autrichiens envoyaient alors toutes leurs troupes en Italie; le Palatinat et la Wetteravie étaient évacués; les troupes palatines, le long du Rhin, gardaient la rive droite de Huningue à Mayence, renforcées par le général Grune, venu de l'armée du prince Charles en Bohême; on avait, en outre, engagé les cercles à soutenir leur neutralité à main armée. Ainsi la cour de Vienne, qui envoyait alors 30,000 hommes en Italie, pourvoyait à la défense de l'Empire. Le roi, qui n'avait aucune raison de l'attaquer, fit rester ses troupes dans leurs quartiers; seulement M. de Balincourt (1) tira 2 B. de Belfort et de Colmar, pour les placer d'Ottmershein à Huningue et de Marckolsheim à Kembs.

Le 19 février, paraît le décret impérial qui oblige les cercles et les Étals du corps germanique à fournir des contingents pour les cercles antérieurs; le 22, l'état des officiers et des troupes qu'on devait y envoyer (19 B. et 54 E.), et le 24, l'ordre de changer la destination de ces troupes , qu'on envoyait aux Pays-Bas : le général Grune y conduisait 15 B. et 28 E. de Wurzburg par Giessen et Cologne (21 mars), et le prince Charles devait les commander, le maréchal de Saxe y faisant alors la campagne d'hiv^er. En résumé, depuis deux mois, 18 B. et 30 E. avaient passé par l'Empire à destination des Pays-Bas; le général Grune avait 24 B. et 44 E., et il y avait en pleine marche, pour venir dans l'Empire, 17 B. et G9 E. de Bohême, Moravie, Autriche etTyrol, plus 17 régiments d'infanterie, 7 de cavalerie et 3 de dragons sans destination. Une plainte récemment portée par M. de la Noue devant les Etats de Souabe, les électeurs palatins et de Trêves, au sujet d'une insulte faite à nos trou-

(1) Balincourt (Claude-Guillauine Teslii, marquis de), d'une famille du Vcxin, né le 17 mars 1680; colonel d'Arfois-infanterie, 9 inai 1703; brigadier le 20 mars 1710; maréchal de camp le 1" février 1719; lieutenant général le 1" août 173i; gouverneur de Strasbourg le 1<^' janvier 1746; maréchal de France le 19 octobre 1746 ; mort le 27 juin 1770.

pes par des hussards, les ayant trouvé dans de bonnes dispositions, on put espérer qu'ils ne se laisseraient pas prendre aux insinuations de la cour de Vienne, et avec eux tout le corps germanique. Néanmoins, et malgré leur résolution de rester neutres, les cercles durent recevoir (5, 6 et 11 avril) 12 ou 13 régiments venus de Bohême sous les ordres du comte de Ronigseck.

De notre côté, le roi (12, 13 et 16 avril) nommait les officiers généraux et désignait les emplacements des troupes destinées à la frontière d'Allemagne. Et cependant son intention était si peu d'engager l'offensive de ce côté, que M. de Balincourt, ayant rendu compte d'une attaque des hussards sur Huningue, repoussée à coups de canon, et d'un débarquement aux îles de la Paille, de Teutschgrun et des Poulets, suivi d'incendies et de pillage, M. d'Argenson lui répondit que le roi dévoilerait la conduite de la cour de Vienne, qui cherchait à nous faire sortir de notre neutralité à l'égard des cercles, et que le meilleur moyen était d'être modérés et de ne point user de représailles. Les troupes autrichiennes cantonnées dans le Brisgaw étaient alors au nombre de 21 B. et 68 E.

A cette époque avait lieu le siège d'Anvers; les ennemis s'étaient retirés au delà de Bréda. On dut s'occuper delà conquête des places du Hainaut et de la Sambre, et l'armée du prince de Conti, encore répandue dans les Évêchés, l'Alsace et la Franche-Comté, fut destinée à ces opérations ; le prince de Conti eut ordre, le 1" mai, de se rendre sur la frontière et de diriger sa marche vers Sedan (1), pour attirer l'attention de l'ennemi du côté de Namur et donner de l'inquiétude à Mons. Le reste de son armée devait suffire pour garder la frontière de l'Allemagne et des Évêchés. Le corps de 24 B. et 37 E. détachés de son armée du Rhin se rend à Maubeuge, le 5 mai, sous les ordres de M. d'Estrées ; il est destiné à inquiéter Mons, Charleroy, Namur, et dans la suite à faire le siège de ces places.

La cour de Vienne cherchait alors (15 mai) à former à Heilbronn un camp de 15 B. et de 47 E., sous le prince de Lobkowitz (2), età y

(1) Lui sont destinés 40 B. et 62 E. composés de 24 B. et de 37 E. du corps de M. d'Estrées, et de 16 B. et de 25 E. détadiés de l'armée du roi. Il avail pour officiers généraux M. de Salières, maréchal général des logis; M. de Ciiauvelin, major général; mylord Tirconel, maréchal général des logis de la cavalerie, et M. de Vanolles, intendant.

(2) Lobkowitz (Jcan-George-Chrlstian, prince de), né en 1G86, mort le 9 octo-

attirer les troupes des cercles ; la plupart des princes de l'Empire s'y refusèrent. M. de Balincourt, qui voulait se porter sur le Spirebach pour résister aux Autrichiens, en est empêché, le roi désirant ne point entier sur les terres de l'Empire; toute son attention se portait sur le Hainaut. Au commencement de juin, l'armée de Conti s'y assemble, et, renforcée de deux détachements sous les ordres de MM. d'Estrées et de Boufflers, commence les opérations du siège de Mons. L'armée du Rhin, divisée en deux corps, en Alsace sous M. de Balincourt, dans les Évêchés sous M. de Ségur, resta sur la défensive; alors M. de Balincourt reçut Tordre de ne pas marcher sur le Spirebach, et, le 10 juin, le prince de Conti lui prescrivait, si les ennemis passaient le Rhin, des garnisons dans les places et de se retirer sur Bitche et la Sarre. Nous avions à cette époque 33 B. 9t 39 E. dans Ja haute et basse Alsace; M. de Ségur envoya 6. B. et 13 E. à Maubeuge. Les Autrichiens avaient quitté les terres de l'Empire et les environs d'Heilbronn, se dirigeant vers le bas Rhin et Coblentz (20 juin) : craignant d'être attaqué sur la Sarre, la Moselle ou la Meuse, le roi envoie l'ordre à M. de Balincourt de diriger sur les deux premières 20 B. et 22 E. avec M. de Putanges, et à M. de Ségur de marcher sur les Évêchés et Sedan avec 24 B. et 40 E., ce qui eut lieu le 21, et les cantonnements furent pris entre Montmédy et Sedan et à Sarrelouis. M. de Balincourt resta à Landau avec H B. et 17 E. Cependant les Autrichiens (26 B. et 48 E.) passaient le Rhin à Cologne; ils avaient à leur service 6 B. bavarois, qu'un traité conclu avec le fils du feu empereur Charles VII leur avait cédés.

Aucun événement d'ailleurs en juillet sur la frontière d'Allemagne. M. de Conti, occupé aux sièges des places du Hainaut, se rapproche de M. de Ségur pour renforcer ses cantonnements; M. de Putanges change les siens; le prince de Lobkowitz reste seul à Heilbronn, et les cercles continuent à garder la neutralité, tandis que Palfy et Daun, avec les troupes qui ont descendu le Rhin, joignent l'armée des alliés. Mons prise, l'armée du prince de Conti est réunie

bie 1753. Général en chef d'un corps d'armée, fut défait en 1742 par les maréchaux de Broglie et de Belle-Isle; mais, ayant opéré sa jonction avec le prince Cliarles de Lorraine, il nous fait repasser la Moldaw. Ciiargé de bloquer Prague; envoyé en Italie, chasse les Espagnols de Rimini; rappelé en Allemagne, continue de servir jusqu'au traité d'Aix-la-Chapelle.

à celle de Maurice de Saxe pour faire le siège de Namur. M. de Chazeron vint de Sedan à Mezières, M. de Putanges (10 B. et 10 E.) de la Sarre à Sedan; M. de la Fare se rend à la frontière de la SarrC; oîi il n'y a plus que 7 B. et 6 E., et M. de Balincourt remonte en haute Alsace pour observer les Autrichiens (8 B. et 26 E.), qui ont quitté Heilbronn pour le Brisgau et l'Italie.

En octobre le prince Charles prend ses quartiers au bas Rhin, et en novembre nous l'imitons : le maréchal de Saxe dans lesPays- Bas; Conti, dans les Évêchés et l'Alsace, où M. de Balincourt laisse à sa place M. de Lautrec (1).

Point d'opérations en janvier, les troupes du roi étant dans leurs quartiers d'hiver. L'ennemi était moins tranquille, et, pour parer aux irruptions sur la frontière, M. de Ségur dut veiller sur la Lorraine et les Évêchés; mais, arrivé le 21 janvier à Sedan, il comprit que tous ces mouvements de l'ennemi n'avaient d'autre but que la facilité des subsistances. Il se contenta donc d'en écrire à M. de Neuperg, qui lui promit volontiers de se prêter au maintien de la tranquillité à la frontière. Le comte de Gobentzel, ministre d'Autriche à Francfort, réclamait avec les plus vives instances auprès du cercle de Franconie, pour l'engager à accéder au traité d'association des autres cercles antérieurs; mais M. de la Noue, ministre du roi à la diète des cercles, sut empêcher ses sollicitations.

En février ont lieu des passages de troupes ennemies dans le Luxembourg, le Brisgaw et l'Autriche antérieure. Tandis que Gênes se défendait contre les Impériaux, qui ne purent la réduire, le duc de Cumberland, à Utrecht, conclut un traité entre les cours de Vienne, de Londres et les États-Généraux, où l'on s'engageait : la reine de Hongrie, à fournir 60,000 hommes et 10,000 dans le Luxem-

(1) Lautrec (Daniel-François de Gelas de Voisins d'Ambres, vicomte de), né en 1686, capitaine au régiment de Lautrec-dragons le 11 octobre 1705, aide de camp du duc d'Orléans, colonel du régiment de son nom le 8 mars 1710; brigadier le 3 avril 1721; maréchal de camp le l*'' août 173i; lieutenant général le 1'"^ mars 1738, à l'armée de Wcslplialie, en Bohême, en Piémont, en Flandre; maréchal de France le 24 février 1757 ; mort le 14 février 1762.

bourg; le roi d'Angleterre, 40,000, et les États-Généraux, 40,000; ces derniers promettant, en outre, une escadre pour empêcher les secours d'arriver à Gênes par mer.

En mars a lieu le congrès de Bréda, oii se rendirent les ministres des belligérants pour le rétablissement de la paix. Chacun y présenta son projet; aucun ne fut accepté. Une tentative des Anglais pour traiter séparément avec les Espagnols n'eut point de succès, le ministre d'Espagne ayant ordre de ne point traiter sans la France.

La cour de Vienne négociait alors secrètement pour engager ses alliés à de nouveaux efforts; ses troupes hivernées en Luxembourg allaient aux Pays-Bas, on en dirigeait sur Trêves et Cologne, et l'on pressait les approvisionnements. Aussi le roi envoya-t-il à Sedan, puis à Namur, M. de Ségur avec partie des troupes du pays messin et de la haute Meuse. Cependant il s'ouvre à Ulm, le 18 avril, une diète 011 M. de Cobentzel cherche à conclure un traité d'association des quatre cercles antérieurs; elle n'eut point de résultat, faute d'avoir pu obtenir les suffrages des électeurs de Cologne et de Trêves.

Pas plus de succès en ce qui touchait le cercle de Souabe. Marie- Thérèse continuait à lever des troupes; Garlsbadiens et Hongrois devaient rejoindre à la fin de mai l'armée des Pays-Bas, et comme on avait cru, aux mouvements des Turcs sur la frontière de Hongrie et à ceux des Saxons en Silésie, à une entente de la France avec la Suède et la Prusse pour mettre le duc de Courlande en possession de ses États, la régence de Hongrie s'allia avec la Russie, qui promit 40,000 hommes. L'entrée des troupes françaises aux Pays-Bas détermina les États-Généraux à élire le prince d'Orange comme stathouder; le landgrave de Darmstadt s'unit aux alliés, ce que le cercle de Souabe refusa de faire; enfin, le 30 mai, les Hongrois arrivaient à Francfort.

L'empereur faisait les plus grands efforts pour vaincre l'inertie des cercles; un manifeste qu'il publia en juin (1747) amena les cercles catholiques à proposer de rompre la neutralité. Mais le roi, pour leur ôter tout prétexte, ordonna à M. de Coigny, qui avait remplacé en Alsace M. de Balincourt, de ne faire aucune démonstration. M. de Bombelles, commandant à Bilche, propose de mettre en état le poste de Fischbach, qui communiquait avec Landau et Wissembourg, et insiste sur l'importance de Bitche pour protéger la gauche de nos lignes de la Lauter.

Le roi s'entendit à ce moment avec la Prusse et la Suède. Frédéric promit 25^000 hommes à la Suède; il devait, moyennant subside de la France, entretenir une armée d'observation sur les frontières de Courlande tant que les Russes seraient sur la Dwina.

Le siège de Berg-op-Zoom par M. de Lowendal, la nouvelle de la victoire du roi à Tongres, la levée du siège de Gênes, entrepris par les Autrichiens pour la deuxième fois, et]qu'ils abandonnèrent à l'approche du maréchal de Belle-Isle, offraient aux puissances alliées de nouveaux motifs de hâter la conclusion d'une association générale contre la France. Néanmoins le cercle de Souabe persista dans le parti de la neutralité, ce qui contraria les projets de la cour de Vienne et de ses alliés en favorisant les vues de la France, qui ne tendaient qu'à contraindre ses ennemis à la paix.

La reine de Hongrie, dont les projets avaient échoué en Flandre et en Italie, résolut de faire de nouveaux efforts, de manière à se mettre en état d'ouvrir de bonne heure la campagne prochaine. Elle crut néanmoins pouvoir tenter encore une invasion en Provence, et, à cet effet, elle ordonna, d'accord avec le roi de Sardaigne, à ses généraux en Italie d'inquiéter les Français pendant le mois de septembre, afin de pouvoir réunir en Piémont un corps de troupes suffisant à l'exécution de ce projet. Les négociations entamées alors contre ses possessions autrichiennes, la nouvelle des camps tracés près de Leipzig, et la satisfaction réclamée par le roi de Prusse sur le manque de parole du grand-duc au sujet de la garantie de la Silésie, mirent cette princesse dans l'obligation de pourvoir à la sûreté de la Bohême en y rassemblant promptement une armée, pour laquelle elle ordonna de nouvelles levées dans ses États héréditaires.

Les Anglais, de leur côté, faisaient les plus vives représentations aux États-Généraux afin de les déterminer à déclarer formellement la guerre à la France et à s'unir à eux pour engager le roi de Prusse dans leurs intérêts, tandis que les ministres de la cour de Vienne continuaient leurs instances auprès des ministres des États et des cercles de l'Empire, en les assurant des dispositions favorables de l'Angleterre et de la Hollande. Le grand-duc avait ses émissaires dans toutes les cours et villes de l'Empire, les engageant à coopérer à une diversion d'armes sur le Rhin, en se joignant aux Russes qui devaient s'y rendre. La reine de Hongrie sollicita ces mêmes prin-

ces, afin que ces troupes hivernassent dans leur pays; mais la prise de Berg-op-Zoom (18 octobre ) détermina ceux des princes qui avaient pris le parti de la neutralité, non seulement à y persister, mais encore à refuser dans leurs pays des quartiers d'hiver aux Autrichiens. Après la prise de Berg-op-Zoom, le maréchal de Saxe vint camper sous Louvain; le maréchal de Coigny, par les ordres du roi, met ses troupes en quartiers d'hiver, et le chevalier de Saint-André commanda en Alsace pendant son absence. M. de Bombelles restait à Bitche, chargé de l'échange du territoire de Modelsheim contre celui d'Altheim, dépendant de la Lorraine allemande, dont l'échange serait si utile au roi, la campagne suivante, pour l'établissement des magasins de l'armée du Rhin.

Les armées ayant pris leurs quartiers d'hiver, il semblait que les préparatifs pour l'ouverture du congrès à Aix-la-Chapelle seraient le principal objet de part et d'autre. La reine de Hongrie penchait moins pour la paix que pour la guerre, dans l'espérance de recouvrer les Pays-Bas par les forces considérables qu'elle était en état d'opposer à la France, la campagne prochaine. Indépendamment de l'armée que la Russie devait fournir, les Hollandais négociaient auprès de l'Helvétie pour l'engager à leur envoyer des troupes qu'ils offraient de maintenir à leur solde, et les Anglais redoublaient leurs instances auprès des cercles de l'Empire afin qu'ils accédassent au traité d'association générale , avec de nouvelles tentatives auprès de l'électeur de Cologne en l'engageant à s'unir aux alliés; ils représentaient aussi, de concert avec les Hollandais, à la cour de Vienne, combien il était important de ne rien épargner pour la réconciliation avec le roi de Prusse.

Pendant les premiers mois de l'année, tout semblait annoncer que les projets de la reine de Hongrie et de ses alliés menaçaient également l'Alsace et la Lorraine. Le roi, désireux de conserver ses conquêtes et d'empêcher en même temps que ces deux provinces ne devinssent le théâtre de la guerre, tient les alliés en échec dans le Brabant hollandais et rassemble des forces considérables vers Maëstricht. La cour de Vienne tentait les plus grands efforts pour enlever au roi ses conquêtes. Les cours de

Londres et de Pétersbourg sollicitèrent vivement le roi de Danemark de donner des troupes aux puissances maritimes. Les Anglais et les Hollandais obtinrent des cantons suisses protestants une levée appelée à servir aux Pays-Bas, et toutes les nouvelles annonçaient des approvisionnements considérables des alliés pour la campagne prochaine.

La tête de l'armée russe arrive le 9 mars à Varsovie. Celte armée est précédée par des commissaires anglais et hollandais chargés de préparer les cantonnements et d'assurer les subsistances.

Tandis que la reine de Hongrie s'occupe d'assurer le passage de l'armée russe à travers les États et cercles de l'Empire, le roi rassemble la milice en Alsace pour se mettre en état d'agir suivant les circonstances, en s'opposant à la diversion que les alliés prétendaient opérer au moyen de l'armée russe en marche et destinée à se rendre sur la Moselle. Les alliés ne purent entraver les opérations du siège de Maëstricht, et la reine de Hongrie, qui craignait que le roi, après cette conquête, ne songeât au siège de Luxembourg, mit cette place dans le meilleur état de défense. Les préliminaires de la paix ayant été signés, le 12 mai (après la prise de Maëstricht), entre la France, l'Angleterre et les États- Généraux, les espérances de la cour de Vienne s'évanouirent, et il ne lui resta d'autre parti à prendre que celui de ses alliés. En effet, le 18 mai, la reine de Hongrie expédiait des ordres pour que toutes les troupes en marche pour l'Italie ou les Pays-Bas, troupes régulières ou irrégulières, auxiliaires, recrues et chevaux de remonte, s'arrêtassent dans les lieux oîi elles se trouveraient jusqu'à nouvel ordre; et ces divers ordres furent notifiés aux assemblées des cercles, avec réquisition aux quatre États intéressés de vouloir bien expédier des instructions en conformité à leurs commissaires préposés aux marches et routes, pour la halte aux troupes qui étaient en marche. On fit pressentir en même temps au général russe, arrivé à Vienne, que son assistance devenait inutile, et qu'il était à propos de songer au retour des Russes dans leur pays.

Les préliminaires de la paix signés entre la France, l'Angleterre et les États-Généraux, et les dispositions pacifiques témoignées par la plus grande partie des puissances intéressées, semblaient annoncer une paix prochaine et générale. Néanmoins les dispositions

secrètes et ultérieures de la cour de Vienne firent bientôt connaître que cette puissance n'avait point encore pris un parti déterminé. En effet, les ordres qu'elle avait adressés pour suspendre la marche des troupes et des recrues destinées pour les Pays-Bas et pour l'Italie, ainsi que pour le retour des Russes dans leur pays, furent révoqués, et toutes les troupes continuèrent leur marche pour se rendre à leur destination respective. L'arrivée de l'armée russe à Ebelsfeld engage le roi à suspendre le renvoi des milices et paysans d'Alsace employés à la garde du Rhin, jusqu'à ce que la destination de cette armée fût déterminée. Les commissaires anglais et hollandais, qui précédaient cette armée, reçurent enfin, le 14 août, des ordres pour sa retraite et demandèrent en conséquence, de la part de leurs souverains, des routes pour la conduire en Bohême et en Moravie, où elle devait hiverner.

Le 28 septembre 1748, la paix est signée à Aix-la-Chapelle ; la reine de Hongrie fait reprendre à ses troupes des Pays-Bas, la route de ses États héréditaires, et le roi procède au règlement des limites de la Sarre, de la Bliès et de la Queich.

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