PERTE DE TOUTES LES POSITIONS EN BAVIÈRE JUSQU'A LA RÉUNION
A l'arméh de m. de NOAILLES (4 janvier à 27 avril 1745).
Janvier 1745. — 4. M. de Ségur revient à Neusladt. — 6-7. La garnison d'Amberg renforcée. — 8. M. de Ségur à Kelheim. — Il place ses troupes depuis le Danube jusqu'à Neuniarkt. — 15. L'ennemi s'empare de Neumarkt et d'Hemau. — 16. M. de Ségur se replie. — 17. Il passe le Danube. — 20. Amberg sommée de se rendre. — 2.3. Sortie de M. d'Auvy. — 25. Le maréchal de Torring prend le commandement de l'armée en remplacement de M. de Seckendorf. — 25-26. M. d'Auvy évacue Amberg. — 26. Il arrive à Donauvvorlh. — 27. L'ennemi attaque Reichertshofen.
Février, l" . Changement dans la position des troupes de M. de Ségur. — 14-15. Le poste de Pforing enlevé. — Derniers jours. M. de Ségur se rend à Munich
}]ars. 2-3. M. de Rupelmonde enlève un poste ennemi. — 5. L'ennemi surprend celui d'Irsching près Vohburg. — 6. M. de Torring renforce la garnison de Plattling. — 8. 4 B. vont cantonner à Rain et Donauworth. — 12. M. de Ségur retourne àSchrobenhausen. — 15. Détachements de Neustadt. — 17. Le pontde Kelheim emporté par les eaux. — 20. L'ennemi vient reconnaître Kelheim. — 23. Retraite des Bavarois sur Neumarkt. — 24. Le prince de Saxe-Hildburghausen prend le commandement de ces troupes. — 29. Prise de Wilshofen par les Autrichiens.
Avril, l*^''. Mouvement général. — Le prince d'Hildburghausen se retire sous Freising. — 10. L'armée autrichienne arrive à Lamlshut. — 11. M. de Ségur rassemble ses troupes à Pfalfenhofen. — MM. d'Hildburghausen et de Saint-Germain à Dachau. — 14. L'électeur quitte Munich. — 15. Dispositions de M. de Ségur pour marcher avec toutes ses troupes à Aicliach. — Combat de Pfaffenhofen. — 16. M. de Ségur à Rain. — 17. L'armée bavaroise passe le Lech. — 18. Revient à Rain; rejiasse le Lech. — 19. A Langweid, l'électeur renvoie l'artillerie à Gunzburg. — Paix de l'électeur avec la reine de Hongrie. — 22. M. de Ségur se met en marche pour Goppingen. — 23. A Geislingen. — 24. A Kuchen. — Séparation de l'armée bavaroise. ^- L'électeur retourne à Munich. — 25. M. de Ségur à Kannstadt; il établit ses quartieis à Zulfenhausen. — 26. Les troupes palatines retournent à Mannheirn. — 27. M. de Ségur prend des cantonnements sur la rivière d'Enz; à Bieligheim, réunissant une partie des troupes de l'armée du Mayn.
L'étendue du pays que nous occupions vers la fin de décembre ne pern^ettant pas de se tenir également en force de tous côtés,
il devenait indispensable de renforcer cerlains points pour s'y maintenir. Neumarkt et Amberg parurent mériter toute l'attention.
En effet, le 1" janvier 1745, l'avant-garde des troupes autrichiennes venant de Bohême arrivait dans les environs d'Amberg, M. de Thungen se dirigeait sur Wurtzburg, M. de Bernklau était à Sladtam-Hof, puis à Donaustauf et Burglengenfeld sur la Naab, sa cavalerie légère s'étendait jusqu'au Danube; à la date du 5, les troupes de Bohême entraient dans leurs cantonnements aux environs d'Amberg pendant que l'armée impériale et française revenait à Neustadt. L'exécution des ordres de l'empereur souffrit quelque difficulté, et comme M. de Ségur envoyait, du 6 au 7 janvier, à Neumarkt 1 B. et 2 E., ces troupes, en traversant un village, furent attaquées si vivement que, malgré leur courage, elles revinrent presque entièrement dépouillées. Un lieutenant et sa compagnie, placés par M. de Crussol au château de Wildenstein près Dietfurt, restèrent prisonniers.
Aussi M. de Ségur écrivait-il à l'empereur, le 4 janvier 1745 : (t Les différents inconvénients qui viennent d'arriver que j'ai mandés aujourd'hui à M. de Ghavigny pour les mettre sous les yeux de S. M. L, me font croire que le plan projeté et arrêté par elle ne doit plus avoir lieu, 1° parce que le secours du général ïhungen étant avant-hier à quatre lieues d'Amberg, il n'est pas possible de porter des troupes en pointe, comme nous le devions, pour communiquer avec Amberg; 2'^ vu le refus des troupes palatines de sortir du duché de Neuburg, ajoutant à cela que quand même le débordement des eaux ne serait pas venu, les troupes qui auraient dû être portées depuis Dietfurt jusqu'à Amberg ne devaient y arriver que le 15 et le 16. Il est donc question aujourd'hui de prendre une position avec ce que j'ai de troupes qui puissent barrer à l'ennemi la communication d'Ingolstadt, tenir toujours Donauworth et resserrer en même temps cette garnison par la rive gauche du Danube. Je propose à S. M. L de garder l'Altmiihl depuis Relheim jusqu'à Beiingries; occuper Berching, Kipfenberg, Arnsberg; s'emparer même de Eichstadt; avoir un poste à Pappenheim. Par cette position, vous barrez la communication d'Ingolstadt à l'ennemi , et lorsque le secours arrivera, vous faites vos dispositions pour les attaquer Les B. se porteront aisément sur l'Allrnubl, quand même le débordement des eaux subsisterait. Les uns, parlant de Donauworth,
marcheront sur la rive gauche du Danube ; les autres en même temps passeront par Neuburg, si les troupes palatines veulent les y laisser passer. Lorsque S. M. I. m'enverra les ordres, je n'aurai que 10 B. pour garder l'Altmuhl jusqu'à ce que le maréchal de Goigny ait ordonné au B. de la Sarre et h celui de Bourgogne de marcher ; parce que, suivant la position des troupes, il faut 8 B. pour garder Donauworth, Rain, Remertshofen, Vohburg, Neustadt et Abbach. )>
Après avoir visité Kelheim et Dietfurt, dont il fait réparer les fortifications, il établit ses troupes depuis le Danube jusqu'à Neumarkt, laissant M. de Rupelmonde à Kelheim, M. deCrussolà Dietfurt, M. le prince de Deux-Ponts à Freystadt. et place son quartier général à Beilngries.
Cependant le général Thungen marchait sur NeumarktetM. de Bernklau était parti de Stadt-am-Hof pour Hemau; Neumarckt et Hemau avaient capitulé le 15.
Ces malheureux événements forcèrent M. de Ségur à repasser l'Altmiihl, à gagner Altmannstein, à passer le Danube sur le pont de Neustadt et à prendre, le 17 janvier, ses quartiers aux environs d'Abensberg. M. de Seckendorf, de son côté, ordonne de pourvoir à la sûreté de Kelheim par M. Rupelmonde avec 3 B., tandis que M. de Thungen, occupé à mesurer tous les points que nous abandonnions, établit sa communication avec Ingolstadt et se met en marche le même jour pour se rapprocher d'Amberg; il arrive le 20 devant la place, qu'il somme de se rendre. Ce jour-là même, l'empereur mourut à Munich, et, cette mort jetant toutes les cours d'Europe dans une grande agitation, M. de Ségur crut devoir, pour sauver les troupes du roi, resserrer son armée. Il établit son quartier à Schrobenhausen , la droite à Abach sur le Danube, la gauche à Rain, à portée de soutenir Kelheim et Donauworth, en faisant rompre les ponts de Neuburg et de Neustadt.
La mort de l'empereur mit fin aux malheurs qui n'avaient cessé de troubler sa vie depuis le moment où il était monté sur le trône ; mais elle causait de grands désordres dans les affaires de ses alliés, principalement dans celles de la France. La pohtique changeait; l'union de Francfort (l)ne pouvait plus subsister; des troubles allaient
(1) L'emperenr Charles Vil étant mort le 20 janvier 1745, l'union de Francfort, formée pour lui, se trouve dissoute. Alors la France proposa au roi de Prusse de
464 I/tiS GUERRES SOUS LOUIS XV.
fortifier le parti de la reine de Hongrie, enlever des alliés à la France, à la Bavière, et leur susciter de nouveaux ennemis. Les cercles de Souabe et de Franconie, qui n'avaient accordé aux troupes françaises des quartiers sur leur territoire qu'à la réquisition de l'empereur, n'avaient plus la même raison de dissimuler leur mécontentement. On allait être privé de tous les secours, de toutes Jes facilités que le nom et l'autorité du chef de l'Empire procuraient aux troupes du roi. Rien n'empêchait plus les princes et les États, que cette même autorité avait retenus ou dans le parti de l'empereur ou dans la neutralité, de se livrer à leur affection pour la maison d'Autriche; il fallait ou les gagner par de nouvelles négociations, ou leur en imposer par la force des armes; et comme le jeune électeur, avec les mêmes prétentions que le feu empereur son père, n'avait pas la même autorité, les eftbrts à faire pour le soutenir devaient doubler en proportion du peu de ressources qu'on trouverait dans son crédit en Allemagne.
Impossible de former aucun plan sans savoir auparavant quel parti ce prince prendrait lui-même dans la malheureuse situation où se trouvaient ses États , ses finances et ses troupes. Il y avait lieu de craindre qu'effrayé des malheurs qui le menaçaient encore, il ne fût disposé à acheter, aux dépens de sa gloire personnelle, la tranquillité de son pays; et qu'abandonnant ses prétentions, il renonçât à une alliance formée pour ses propres intérêts. Dès que l'empereur eut les yeux fermés, le vœu de toute sa cour fut pour unaccommodement avec lareine de Hongrie. L'impératrice même, mère du jeune électeur, méprisant ses droits à la succession autrichienne, parut favoriser cette opinion. Le maréchal de Secken-
mettre la couronne impériale sur la tête d'Auguste III. Les difficullés de la nation polonaise cl de la Russie firent penser que ce serait le grand-duc de Toscane qui deviendrait bientôt empereur. En effet, le nouvel électeur de Bavière, Maximilien- Josepli, fils de Charles VII, voyant ses troupes dispersées et ses États ensevelis, conclut la paix avec la reine de Hongrie, le 22 avril, à Fuessen (évéché d'Augsbourg).
L'électeur de Bavière, qui renonçait à son alliance avec la France, est rétabli dans SCS États. François I"'", grand-duc de Toscane, est élu empereur le 13 septembre, malgré les protestations de la Prusse et de l'électeur palatin ; le roi Frédéric II signe la paix à Dresde, le 25 décembre, avec l'impératrice, reine de Hongrie.
La France se trouve ainsi privée de la plupart de ses alliés; Cette époque, peu honorable pour notre politique, devient celle de nos succès militaires, et l'épée rectifie les fautes diplomatiques.
dorf fut le plus empressé de tous à la soutenir. Oubliant que l'empereur, quelques moments avant d'expirer, lui avait recommandé son fils et la persévérance dans l'alliance avec les rois de France et de Prusse, il déclara qu'il n'avait été attaché qu'à l'empereur et non pas à la maison de Bavière, et qu'il n'avait d'autre service à rendre à l'électeur que de l'engager à négocier, sans perdre de temps, un armistice et à faire sa paix avec la reine de Hongrie.
Le maréchal de Torring, président du conseil de guerre, chercha seul à inspirer à l'électeur des idées plus conformes à sa gloire et aux intérêts de son pays. Il représenta à ce prince que dans ces circonstances il ne pouvait espérei une paix solide et honorable; qu'il serait dangereux de s'exposer par une négociation précipitée à perdre Talliance de la France et celle du roi de Prusse; que ce serait agir contre les dernières volontés de son père, contre son honneur et ses vrais intérêts, que de faire une démarche dictée plutôt par l'ingratitude envers ces deux puissances, qui avaient tout sacrifié pour l'agrandissement de sa maison, que par la nécessité de se mettre à la discrétion de l'ennemi commun; qu'il n'était pas impossible avec leur secours de rétablir les affaires et de les mettre dans le même état où elles avaient été dans le commencement de la guerre, et qu'en prenant de justes mesures pour conserver pendant l'hiver ce qu'on possédait encore en Bavière, on pourrait résister aux nouvelles attaques des ennemis. Ces représentations firent impression sur l'esprit de l'électeur et sur ses ministres. Ce prince rejeta toute idée d'accommodement, et déclara à M. de Chavigny qu'il était résolu de tenir les engagements pris par le feu empereur.
Le plus important était de chercher les moyens de se soutenir en Bavière, et de s'opposer aux nouvelles entreprises contre la possession du haut Palatinat, dont les Autrichiens venaient de s'emparer. M. de Torring proposa de s'en tenir au projet adopté par l'empereur deux jours avant sa mort, de resserrer les quartiers qu'on avait trop étendus, et de se réduire à la garde de l'Isar, de Donauworth, de Relheim et de la droite du Danube : c'était celui de M. de Ségur, proposé d'après les instructions reçues de Versailles; il avait même insisté de nouveau auprès de la cour de Munich, le 21, pour que l'on se déterminât à prendre une position entre l'Isar et le Lech, soit pour attaquer Donauworth, soit pour Kelheim,
soit pour pénétrer, par Ingolsdadt, dans le centre de la Bavière.
Le résultat du conseil fut de tenir à tout prix dans Donauworth, Kelheim et Straubing, de placer les troupes françaises et palatines depuis Rain sur le Lech jusqu'à Abach sur le Danube au-dessus de Kelheim, de manière à soutenir Donauworlh elRelheim et masquer Tngolstadt. On resta indécis sur la position des Bavarois et des Hessois, et on ne put se résoudre à la restreindre à défendre l'Isar, ni à abandonner les postes occupés sur la Salza et à la rive gauche de rinn. On convint cependant que si on se déterminait à les retirer, ceux de Rosenheim et Wasserburg seraient exceptés , et que de là jusqu'à laWilson formerait une ligne qui couvrît Munich et les autres postes de l'Isar. Les motifs sur lesquels les ministres de l'électeurs'appuyaient pour ne point seborneràla gardede]cette dernière rivière se fondaient sur ce qu'elle n'était pas soutenable à sa rive gauche, qu'en s'y plaçanton serait obligé, si les ennemis se rassemblaient en force derrière le bas de l'Inn, de se retirer derrière le Lech; que, d'ailleurs, en abandonnant le pays situé entre l'Inn et l'Isar, on se priverait d'un grand nombre de recrues qu'on devait en tirer, qu'on laisserait aux ennemis beaucoup de subsistances qui leur seraient d'un grand secours pour la conquête de toute la Bavière. Ils observaient aussi qu'on ne pourrait subsister pendant le reste de l'hiver entre l'Isar et le Lech.
Pendant ces délibérations, l'ennemi ne restait pas inactif, et, le 23 janvier, sur un avis de M. de Sparre, attaqué à Reichertshofen, M. de Ségur marche à son secours et l'ennemi se retire sans se laisser atteindre. D'un autre côté, le comte d'Auvy, commandant à Amberg, sachant n'avoir plus aucun secours à attendre, et attaqué par l'ennemi, par ses sorties vigoureuses force M. de Thungen à lever le siège, en le laissant bloqué.
M. de Seckendorf (1) n'eut aucune part aux déterminations prises
(1) Seckendorf (Frédéric-Henri, comte de), né le 16 juillet 1673 à Kœnigsberg (Franconie); s'engage dans l'armée hollandaise en 1697; capitaine dans les troupes du margrave d'Anspach ; se distingue dans les campagnes du Rhin, de Hongrie, des Pays-Bas ; commandait un régiment à Hochstedten 1712; passe au service du roi de Pologne; en 1716, à l'armée impériale comme feld-maréchal ;1726, ambassadeur d'Autriclie auprès de Guillaume I'^'"; 1732, attaché à l'armée du Rhin avec le prince Eugène; 1735, à Clausen; 1740, entre au service de l'électeur de Bavière, par vengeance de la conduite de l'Autriche à son égard; 1744, négocie l'union de Francfort, après avoir reconquis la Bavière sur les Impériaux, et coopère au traité de Fussen.
pour la défense de la Bavière. Il se démit du commandement de l'armée, et, n'écoulant ni conseils ni représentations, il abandonna le fils de son bienfaiteur, sous prétexte qu'il ne pouvait pendant l'interrègne servir d'autre maître que le corps germanique, et non un de ses membres; il assura seulement l'électeur qu'il serait toujours prêt à l'aider de ses conseils , et il partit de Munich, le 25, pour passer quelques jours à Augsburg. Il ne fut point remplacé dans le commandement de l'armée et l'on s'aperçut que l'électeur se proposait de la commander en personne, avec le maréchal deTorring sous ses ordres.
Le i26, M. d'Auvy, trouvant un moment favorable, évacue Amberg, en enlevant une compagnie de cavalerie dans le pays de Sultzbach, et arrive à Lauf ; continuant sa marche, il arrive à Donauworth.
D'un autre côté, le général Bernklau, ayant rassemblé dans les environs d'Ingolstadt de l'infanterie, de la cavalerie et du canon, passe le Danube sur le pont de cette ville et se présente, le 27 à la pointe du jour, devant Reichertshofen. Ce poste contenait 1 B. de Royal-Suédois, commandé par le capitaine de Laugen, qui se retira dans le château. M. de Bernklau le somma plusieurs fois, et lui offrit môme les honneurs de la guerre; il les refusa, et, attaqué, il se défendit avec tant de vigueur qu'il donna à M. de Sparre, son colonel, le temps de venir à son secours avec ses deux autres B. et un de Royal-Bavière. A la vue de ces troupes, suivies de celles que M. de Ségur amenait de Schrobenhausen, M. de Bernklau prit, à 3 heures après midi, le parti de se retirer et de regagner Ingolstadt. Ce succès releva un peu le moral de l'armée. M. de Ségur, qui, depuis le passage du Danube, restait à Abensberg, ne fut pas plus tôt instruit des intention s de la cour de Munich qu'il s'établit à Schrobenhausen, oîi il arrive le 2i. Il y rassemble sa cavalerie, la place au centre de sa ligne, dont la droite est à Abach sur le Danube, la gauche à Rain. Gomme l'endroit le plus exposé était le pays entre Schrobenhausen et Vohburg, dans lequel les hussards pénétraient par Ingolstadt, ily place GB. à couvert de la rivière de la Paar, laisse 3 B. à Kelheim avec M. de Rupelmonde , et augmente d'un B. la garnison de Donauworth, commandée par M. de Lauzeran. M. le
En 1758, Frédéric le fait enlever et enfermer à Magdeboiirg, le soupçonnant d'une correspondance secrète; relâché six mois après, it rentre dans sa terre de Meuselwitz, où il meurt le 23 novembre 1763.
prince de Deux-Ponts était àGeisenfeld.La joie fut aussi vive àMunicii de la conservation de Reichertshofen qu'on en avait eu de l'évacuation d'Amberg. La garnison de cette dernière place, regardée comme perdue, donnait à M. de Ségur le moyen de renforcer les endroits de sa ligne les plus faibles; en conséquence il fit, le 1^' février, une nouvelle disposition des 20 B. et des 20. E. disponibles : 2 B. sont placés à Donauworth, 1 à Rain; 4 à Schrobenhausen, Hohenwark, Reichertshofen; 2 B. à Rohrbach, 3 à Geisenfeld, 2 à Vohburg, 1 à Muncbmiinsteret à Schweig, 1 à Neustadt, 1 à Abensberg, 2 à Kelheim et i entre cette ville et Abach. La cavalerie française et quelques détachements de celle de Bavière sont distribués dans le plat pays à portée des quartiers de l'infanterie; pour mieux assurer la ligne dans la partie de Reichertshofen, de Geisenfeld et de Vohburg, postes les plus exposés , M. de Ségur y devait porter, en cas d'attaque, 8 ou 9 B. et de la cavalerie. Il donna en conséquence ses instructions aux officiers généraux.
De tous les postes de M. de Ségur, Donauworth et Kelheim étaient les plus importants; l'un et l'autre exigeaient des attaques en règle. Les ouvrages de Donauworth bien réparés et augmentés, l'ennemi n'oserait y marcher, parce qu'il se serait exposé à être pris en flanc par les Palatins qui occupaient Neuburg, puis c'était trop s'éloigner des réserves laissées du côté de Passau et de Braunau; d'ailleurs, M. de Ségur pouvait, dans tous les cas, par le pont de Rain, faire passer des renforts à Donauworth.
Kelheim ne représentait point, comme Donauworth, une place de guerre; c'était la seule position qu'on eût conservée à la gauche du Danube, tant à cause de sa situation dans l'angle formé par ce fleuve et l'Altmuhl, que par les avantages réservés aux ennemis, s'ils en avaient été les maîtres. Quant à sa nature, elle opposerait une bonne défense par ses murailles couvertes d'une fausse braie, d'un chemin couvert palissade, et d'un canal; le reste de l'enceinte était à l'abri de l'insulte; on y avait planté plusieurs rangs de palissades. Il est vrai que la ville était dominée par quelques hauteurs, mais l'élévation des murailles mettait les maisons et les troupes à couvert. M. de Ségur, n'ayant plus d'inquiétude ni pour Donauworth ni pour Kelheim, mit aussi en sûreté ses autres postes; on les palissada, on les arma de chevaux de frise ; et comme les troupes étaient placées de manière à se porter réciproquement du secours, on es-
péra que, ces dispositions jointes à la fermeté des officiers et des soldats, la ligne ne serait forcée en aucun endroit. Le dégel qui survint dans les premiers jours de février fut une nouvelle barrière, et le général Bernklau partit d'Ingolstadt, se cantonna sur rAltmuhl, et fit des abattis pour couvrir ses quartiers ; il retourna de sa personne à Stadt-am-Hof, ne laissant à Ingolstadt que la garnison. Le général Thungen, de son côté, établit ses 10,000 hommes depuis Neumarkt jusqu'à Amberg. Le reste de l'armée, commandée par le général Balhiany, tenait le pays depuis Passau jusqu'à Braunau, à la droite de l'Inn, et occupait la Salza par des postes jusqu'à Salzburg.
Suivant tous les rapports, la totalité de l'armée autrichienne en Bavière ne se montait qu'à 30,000 hommes, et tout laissait croire qu'elle ne serait point augmentée, lorsqu'on apprit, le 8, que le prince d'Anhalt, commandant l'armée prussienne dans la Silésie, chassait les Autrichiens, les poussait jusqu'en Moravie et forçait le prince Charles à employer toutes ses troupes pour garder la Bohême.
Dans la nuit du 14 au 15 février, nous prîmes aux ennemis des officiers, des hussards et des chevaux, et M. Dellingen, que M. de Ségur avait appelé à Kelheim, leur enleva le poste de Pforing.
11 s'en fallait de beaucoup que ces petits avantages fussent décisifs. Le général Bernklau occupait toujours les environs de Rain sur le bas Danube, et M. de Thungen ceux de Stadt-am-Hof, Burglengenfeld et Dietfurt. Le reste de l'armée ennemie se tenait entre Passau et Braunau. Bien qu'on parlât de reprendre les places que les ennemis occupaient en Bavière et de remettre l'électeur en possession de ses États, le siège d'Ingolstadt était, au préalable, nécessaire; par cette expédition devait commencer la campagne. Le convoi d'artillerie indispensable à cette opération était prêta Fribourg depuis longtemps; par ordre du roi, il ne devait sortir de cette place pour le conduire devant Ingolstadt qu'avec la sécurité d'y arriver.
M. de Bernklau, dans la crainte du siège, renforce la garnison d'Ingolstadt, rassemble le reste de ses troupes à Sladt-am-Hof et les cantonne dans le bas Danube, à portée de Passau; des détachements de M. de Thungen les remplacent dans les postes de î'Attmuhl et du Danube.
Dans les premiers jours de mars, M. de Ségur, voyant l'ennemi se préparer à passer le Danube à Wilshofen, s'était rendu à Munich pour conférer avec les ministres de l'électeur sur les moyens de se procurer des subsistances et de s'opposer à l'ennemi; mais toutes les délibérations arrêtées sur les différents partis à prendre restèrent sans exécution.
Le G, le maréchal de Torring fait partir 1 régiment pour renforcer la garnison de Plattling, et, le 8, 4 B. vont cantonner à Rain et à Donauworth; le maréchal de Bathiany arrive à Passau et y remplace M. de Bernklau , dans son commandement. M. de Ségur faisait alors à M. d'Argenson ce rapport sur la situation : «Je trouvai, en arrivant ici, M. de Torring et M. de Preysing dans une grande inquiétude au sujet de l'arlillcrie de Fribourg, les assurant que l'on était toujours dans l'intention de l'envoyer lorsqu'il y aurait de la sûreté; que l'électeur devait être bien persuadé de la bonne volonté du roi, que M. de Chavigny les en avait instruits plus particulièrement; mais que dans toutes vos lettres je voyais une détermination pour agir, pendant cette campagne, de façon à ne pouvoir laisser douter des intentions du roi; que j'allais donner les ordres aux officiers d'artillerie à Munich pour entrer en campagne, ce qui calma l'inquiétude sur cette artillerie annoncée de Fribourg.
(t Je trouvai MM. de Benne et de Glinglewe, ministres d'Espagne et de Prusse, fort inquiets tous deux sur les magasins et les préparatifs de cette campagne. Comme vous m'avez mandé de ne point laisser douter aux alliés des intentions du roi, je leur dis que j'étais venu pour les mesures à prendre.
« M. de Glinglewe, ministre de Prusse, vint avant-hier chez M. de Chavigny, avec qui j'étais. 11 lui dit qu'il recevait l'avis du roi son maître de déclarer que les ennemis porteraient dans cette campagne toutes leurs forces sur lui; que si l'on n'agissait pas vivement de ce côté, et de façon à faireune diversion, il aurait toutes les forces autrichiennes sur les bras. Il avait vu ce matin M. de Torring à qui il avait dit les intentions du roi, qui surtout voulait savoir ce qu'il en était des magasins à fourrages afin d'être sûr que l'armée pût se mettre en campagne de bonne heure; que si l'on faisait le siège d'Ingolstadt avec notre armée, nous serions hors d'état de pousser vigoureusement les ennemis et entreprendre sur l'Inn pour pouvoir marcher en avant; que ce serait la seule chose qui
pût empêcher le roi de Prusse d'avoir toutes les forces autrichiennes sur lui. Je répondis que les préparatifs pour cette campagne seraient activés autant que possible.
« Je travaillai avec M. Baron. Il me dit qu'il était persuadé que les fourrages n'étaient pas dans le pays. Je convins avec lui de ce que je dirais à l'électeur et à ses ministres, et j'agis en conséquence. Je fus chez M. de Tôrring, oii se trouva M. de Preysing avec M. de Chavigny; nous leur exposâmes le cas où nous nous trouvions d'être au mois de mars sans possibilité d'assembler l'armée, faute de subsistances, ajoutant qu'il faudrait, malgré la supériorité sur l'ennemi, abandonner la Bavière, et par conséquent toutes les dépenses du roi seraient perdues ainsi que toutes les bonnes intentions pour l'électeur, et la cause commune totalement détruite. Nous vîmes le lendemain l'électeur; je lui répétai tout ce que j'avais dit ja veille à ses ministres : l'électeur nous répondit qu'il savait tout ce que le roi avait fait pour l'empereur;, qu'il comptait sur les mêmes secours, qu'il ordonnerait tout ce qu'il faudrait pour remplir les engagements; mais qu'il savait l'état oii était le pays, qu'en dernier lieu le roi avait fait mander que ce n'était point son intention de réduire ses peuples à la dernière misère, qu'il ferait ce qu'il faudrait pour que le pays donnât ce qu'il pourrait donner. Voilà tout ce qui s'est passé depuis mon arrivée. Je ne puis vous dire combien je suis content du jeune électeur : c'est un prince qui écoule attentivement, réfléchit, et donne toutes les espérances que l'on peut attendre d'un âge plus mûr et de plus d'expérience. » La situation devenait tous les jours plus critique. La garnison d'Ingolstadt s'était emparée d'Irsching et de Vohburg et s'était retirée. Le 20 mars, le prince de Durlach s'était avancé jusqu'aux faubourgs de Kelheim. Le 21, M. de ïhungen rassemble son artillerie à Hemau; le 23, un corps débouche d'un côté de Stadt-am-Hof et de l'autre de Passau sur Wilshofen. Alors, le 24, M. le prince de Saxe-Hilburghausen prend le commandement des postes avancés bavarois sur Neumarkt et ensuite derrière la Wils, et M. de Saint-Germain rassemble celles à ses ordres sur la Salza. Cependant la garnison de Wilshofen se rend le 28, ce qui augmenta encore la terreur, non seulement dans le €orps des Hessois, mais même dans l'armée bavaroise, qui dès ce moment craignit la perte entière de son pays, dont elle ne possé-
dait plus qu'une partie. Le maréchal de Tôrring dirige les troupes bavaroises derrière l'Isar, en remontant cette rivière depuis Landshut, et les Hessois depuis cette ville jusqu'à son embouchure dans le Danube.
M. de Ségur était occupé de l'évacuation de Relheim et des moyens de mettre Rain en état de défense. Il agissait en même temps pour s'opposer au corps qui débouchait d'Ingolstadt et|qui dirigeait sa marche sur Reicherlshofen. 11 y eut, le 29, près de cet endroit, une escarmouche dans laquelle il faillit être pris.
Dans les premiers jours d'avril , les Bavarois campent partie à Moosburg, partie sous Munich. M. de Saint-Germain rassemble ses troupes à Wasserburg et Rosenheim ; les Hessois abandonnent Landshut et se retirent dans les faubourgs à la rive gauche de Tlnn. M. de Ségur évacue Relheim, Vohburg, et place ses troupes, la droite à la rivière de Paar entre Schrobenhausen et Reichertshofen, la gauche vers le Danube au-dessus d'Ingolstadt, les Palatins sur Neuburg. MM. de Bernklau et de Balhiany sont cantonnés entre rinn et l'Isar, et le général Thungen retourne en Bohême, pendant que le général Mercy se porte aux environs de Keilheim.
Le 8, les Hessois joignent Saxe-Hildburghausen au camp de Moosburg, tandis que l'ennemi s'empare de Landshut abandonné. Le 9, M. de Saint-Germain arrive sur les hauteurs de Munich avec ses troupes de la Salza, et le prince de Saxe sous Freising.
M. de Ségur fit part à l'électeur des dispositions qu'il croyait convenables pour arrêter la marche de l'armée réunie sous les ordres des généraux Bernklau et Bathiany. Le ministre de Munich, de son côté, par suite de projets arrêtés les 10 et 11, désirait faire prendre à l'armée bavaroise , alors sur l'Amber. une position sur le Lech, pendant que celle du roi se rassemblerait à Aichach. L'électeur devait, le 14, quitter sa capitale pour se rendre à Augsburg. Getle position, qui mettait les armées dans le cas de se secourir réciproquement, en aurait imposé à l'ennemi, si les ordres en eussent été exécutés. Mais le maréchal de Tôrring dépêcha le 13 un courrier à M. de Ségur, qu'il ne reçut que le 15, pour lui laire part de la retraite de M. de Saint-Germain à Freising. M. de Ségur, de son côté, environné par l'armée ennemie, ne pouvant informer de la situation malheureuse où il se trouvait, cherche à se retirer, sans perdre de temps, de Paffenhofen, afin de ne pas
exposer l'armée du roi à être entièrement défaite par l'ennemi qui s'avançait en force ; il n'en eut pas le temps. Son seul parti fut celui de combattre malgré son infériorité. Le 14 au soir, le comte de Ségur, qui par ordre de l'électeur avait levé tous ses quartiers, à l'exception de ceux de Rain et de Donauworth, oii il avait laissé 5 B., apprit que l'armée bavaroise n'était plus à Freising pour se replier sur Munich et Dachau. Tout de suite, il rejoignit les Bavarois, ce qu'il aurait exécuté dans la nuit du 13 au 14, si les embarras des transports de l'artillerie ne l'eussent obligé de différer sa marche jusqu'au matin. En attendant le jour, il chargea le marquis de Grussol de retirer tous les petits postes de Pfaffenhofen, puis envoya à Aichach, où il avait résolu de se rendre la première journée , M. de Bernholt, commandant le 2" B. de Royal-Suédois^ avec Français et Palatins ; en même temps un détachement de fantassins et cavaliers, sous M. d'Obenheim, lieutenant-colonel du régiment Royal-Allemand, se portait aussi sur la route d'Aichach pour y attendre les équipages et renforcer Tescorte.
A la pointe du jour, l'armée décampa; 4 B. palatins formaient l'avant-garde suivis de leur cavalerie, de l'artillerie, caissons, équipages; puis venait la cavalerie française. Notre infanterie, de 13 B., marchait ensuite avec l'arrière-garde de M. de Grussol.
« A peine, écrivait M. de Ségur (1), les deux derniers B. étaient-ils sortis de Pfaffenhofen, que nous vîmes déboucher des hauteurs et des bois qui entourent cette ville des troupes de hussards. Comme j'allais dans la ville pour commencer la retraite, je vis sortir des bois de dessus ma droite de la cavalerie légère, et sur ma gauche de l'infanterie hongroise avec des dragons. Je revins à nos B., les fis doubler au plus tôt pour gagner avec plus de facilité la hauteur et appuyer la gauche à un bois.
« A peine M. de Grussol eut-il fait fermer les portes de la ville pour commencer sa retraite, qu'elle fut attaquée de tous côtés. Les portes furent enfoncées tout de suite, et toutes ces troupes y entrèrent. Le combat dans la ville dura près d'une demi-heure. M. de Grussol s'y est très distingué, ainsi que M. de la Marck. Cette arrière-garde se replia avec beaucoup d'ordre.
« Les ennemis débouchèrent fort vite, se mirent en bataille, leurs
(I) Lettre au comte d'Argenson, le 17 avril
dragons pied à terre; les croates et tous les hussards vinrent pour gagner la hauteur, tirent une espèce de croissant et marchèrent pour nous attaquer; mais, en montant pour venir gagner la hauteur, ils essuyèrent un feu prodigieux qui ralentit beaucoup leur attaque. Alors on se mit en marche fort doucement afin d'aller joindre M. de Zastrow, déjà loin avec les troupes palatines.
« En me retirant, je voyais arriver toujours de nouvelles troupes; ce qui fit que j'envoyai prier M. de Zastrow, mis en bataille, de marcher à moi plus vite et gagner les hauteurs oîi il me voyait arriver. Lorsque je l'eus joint, je lui proposai de nous placer sur deux lignes, la gauche à un bois, tenant toujours les hauteurs, et notre cavalerie dans une plaine sur notre droite un peu en arrière de notre infanterie. Nous commençâmes à tirer sur l'ennemi. Cette canonnade dura près d'une heure; je ne songeai plus qu'à nous retirer, dirigeant toujours notre marche de hauteurs en hauteurs et de bois en bois.
« Nous fûmes bientôt obligés de nous former de nouveau, et de nous arrêter encore une fois, étant trop pressés de l'ennemi, à un endroit qui me parut favorable à notre infanterie. Il y eut là pendant une heure un feu très vif de part et d'autre ; c'est là aussi oti M. de Rupelmonde, qui s'était toujours comporté pendant cette action avec beaucoup de courage et d'intelligence, reçut un coup de fusil au-dessus de la hanche. La vigoureuse résistance de notre infanterie ayant étonné et arrêté l'ennemi, nous nous remîmes en marche. En descendant dans un fond marécageux, le désordre se mit dans notre artillerie. La peur prenant aux charretiers, les canons et les caissons de cartouches se renversèrent pêle-mêle, et il n'y aurait pas eu moyen, sans nous exposer à être totalement enfermés par l'ennemi, de donner du secours et remédier à ce désordre, de sorte que de 10 pièces de canon qu'avaient les Palatins nous en avons sauvé 5, et de 6 pièces bavaroises, nous en avons réchappé 2. Jusqu'à la rivière de Paar nous marchâmes toujours entre deux colonnes des ennemis, ayant leur infanterie qui nous suivait en queue avec beaucoup de cavalerie, et tous leurs hussards qui tiraillaient perpétuellement sur nous. Voilà notre retraite jusqu'à la Paar, que nous passâmes à un gué près d'Hohenwark à 6 heures du soir, toujours suivis jusqu'à la nuit. « Gomme les ennemis pouvaient encore envoyer beaucoup de ca-
Valérie sur Rain pour nous couper, il fallut marcher toute la nuit et mettre les troupes en sûreté en passant le Lech.
« Un corps arriva le lendemain à Rain. Les ordres que j'avais donnés à M. de Grussol et à M. Detlingen, que j'y avais laissés, furent très bien exécutés. Les troupes abandonnèrent Rain, repassèrent le pont sansperte, le brûlèrent, et se retirèrent à Donauworth.
(( Voilà le détail de la retraite de Pfaffenhofen, où les Ravarois nous ont sacrifiés et où les troupes du roi devaient être détruites; totalement entourés deux ou trois fois, c'est à la valeur des troupes et celle des officiers que nous devons notre salut.
« Je ne puis vous dire combien je suis content de M. de Lantingshausen, major général, et de tout l'état-major, pour leur courage et leur intelligence pendant l'action. Une compagnie de grenadiers de Royal-Bavière, commandée par M. Stock, qui escortait le trésor, a fait des merveilles; les chevaux morts par le feu, ils prirent la caisse et l'ont portée jusque passé le gué de la Paar. M. de Bernholt, commandant d'un B. d'Alsace, a été blessé de deux coups de feu. Je ne finirais pas sur les louanges à donner à tous les officiers de ce petit corps. M. de Sparre a très bien manœuvré avec son régiment, et s'est comporté vaillamment.
«Le gué de la Paar, qui nous a sauvés, me fut enseigné par M. de Lansalm, aide de camp de M. de Rupelmonde, et par M. Detlingen, lieutenant-colonel d'Alsace, officier de la plus grande distinction, et que je consultai pendant l'affaire. Passer la Paar, au-dessus ou au-dessous d'où nous l'avons passée, pouvait être pour nous une grande différence. Si S. M. est contente de cette action, je vous demande de vouloir bien faire accorder des grâces à ces troupes qui assurément en méritent. Comme tous les officiers ont toujours été à pied à la tête de leurs troupes, il y en a un grand nombre qui ont perdu leurs chevaux et leurs portemanteaux.
(I Si ce n'était les traînards qu'il n'est pas possible d'éviter de perdre dans une aussi grande marche, nous n'aurions sûrement pas tant perdu que les ennemis, qui l'avouent eux-mêmes.
« L'armée n'était pas encore sauvée : il fallait gagner Rain. L'armée a franchi sept lieues, et nous sommes arrivés hier à onze heures du malin. Je ne puis vous dire combien nous avons perdu; mais la perte est grande, et je suis au désespoir de M. de Rupelmonde, tué au dernier combat.
«Je prévois des choses affreuses, et peut-être même dès demain les ennemis viendront-ils à Rain, que j'ai ordonné d'abandonner sur-le-champ, les troupes étant en deçà du Lech. »
Tels sont les détails de la correspondance de M. de Ségur sur ce qui se passa dans sa retraite, qui coûta aux troupes françaises environ 2,400 hommes tués ou blessés; mais dans laquelle, par ses bonnes dispositions, soutenues parle courage des troupes, il sauva l'honneur des armes du roi que les manœuvres des alliés avaient compromis. Par une lettre particulière, il n'eut pas lieu d'être satisfait de la manière dont se comportèrent les troupes palatines; la terreur s'étant emparée d'elles, elles se jetèrent sur les B. français, qui auraient été rompus dans le moment le plus important du combat sans la fermeté et l'activité de M. de Sparre et de tous les officiers de son régiment.
L'armée bavaroise ne partagea en rien les dangers que coururent les troupes françaises. De Dachau, où elle s'était rassemblée le 13, elle marcha le 14. à Friedberg, en même temps que l'électeur partit de Munich pour se rendre à Augsburg; et non seulement elle ne vit point d'ennemis, tous réunis contre M. de Ségur, mais, arrivée près Friedberg, on lui fit, le 17, abandonner précipitamment le camp qu'elle avait pris à la droite du Lech pour passer cette ri vière; et, au lieu de la porter, comme on en était convenu, sur Rain poursoutenir M. de Ségur, on la mena près d'Augsburg. Les Hessois alors se séparèrent des Bavarois et se portèrent à Donauworth pour prendre ensuite le chemin de leur pays.
Dans cet excès de confusion , M. de Ségur se rendit de sa personne à Augsburg, le 17 au soir; il y apprit le parti que prenait l'électeur. Il trouva ce prince tellement alarmé de la retraite des Hessois qu'il ne se croyait pas en sûreté à Augsburg; et, en effet, après bien des discussions, il fut résolu que S. M. S. en partirait le lendemain à midi pour se retirer à Mannheim, et que toutes les troupes bavaroises, françaises et palatines marcheraient en même temps pour s'approcher du Neckar ; que les Bavarois remonteraient la rive droite du Danube, les Français et les Palatins la rive gauche, pour se joindre le 20 au débouché du pont de Gunzburg, et prendre ensuite la route de Rannstadt (1).
(1) Gunzburg était gardé par 1 B. bavarois.
M. de Ségur, quoique peu confiant dans l'exécution de ce projet, retourna le 18 de grand malin àRain; et le même jour, après avoir évacué tous les effets de cette ville, il fît passer le Lech à ses troupes, rompit le pont, et campa sous Donauworth. A peine arrivé, il eut connaissance par M. de Chavigny d'une négociation de paix entre les Bavarois et les Autrichiens : l'électeur demandait, à la vérité, le retour des Français sans être inquiétés.
Il fallait joindre les Bavarois, ainsi que l'écrivait M. de Chavigny à M. de Ségur, pour se garantir d'une attaque, d'après les conventions du 17. En conséquence il abandonne Donauworth le 19, y laissant ses hôpitaux, que le manque de chevaux et de voitures ne lui permit pas d'évacuer, et campe à Langenau à trois lieues de Gunzburg, où devait se faire la jonction.
Mais ce qu'il avait prévu arriva; les Bavarois reçurent le 19 ordre de rester à leur camp, et tout se réduisit à envoyer à Gunzburg les pontons, l'artillerie, au hasard de les laisser tomber entre les mains des Autrichiens, dont l'armée s'était avancée, dès le 18, sur la rive droite du Lech.
M. de Ségur apprit alors la suspension d'armes entre les Bavarois et la reine de Hongrie. L'électeur de Bavière renonçait à toutes prétentions contraires à la pragmatique sanction pour lui et ses successeurs. Il se désistait de tous titres et droits à la succession autrichienne, rompait toute alliance avec les ennemis de la reine de Hongrie, s'engageait à concourir au rétablissement de la voix de Bohême à la prochaine élection, donnait son suffrage au grand-duc de Toscane pour l'élever à la dignité impériale. De son côté, la reine de Hongrie promit à l'électeur de lui restituer ses États, à la réserve d'Ingolstadt, de Braunau et Scharding, qu'elle retiendrait jusqu'à l'élection de l'empereur.
Dès ce moment, la reine de Hongrie n'a plus besoin de troupes en Bavière; elle peut diriger ses nouvelles forces sur le Rhin, qui, se joignant à celles qui y sont déjà, peuvent lui laisser espérer de nous obliger à abandonner les environs de Francfort.
M. de Ségur prit alors ses dispositions pour se rendre sur le Neckar; l'armée bavaroise l'abandonnait; 5 à 6,000 Hessois, qui restaient encore, s'étant séparés après le traité de Fussen, voulurent s'en retourner dans leur pays, se déclarant troupes neutres ; arrivées à Donauworth, le général Brandt, qui les commandait, reçut, du
commandant autrichien à Ingolstadt, la défense de passer outre. M. de Brandt fut surpris de cette interdiction; mais, environné de troupes autrichiennes, il n'eut d'autre parti à prendre que. de subir la loi du plus fort. La cour de Hesse se. plaignit de ce procédé; celle de Vienne lui répondit qu'aucune convention n'était faite avec les Hessois, leur ayant seulement permis de se séparer des Bavarois. Les Hessois furent conduits à Ingolstadt, désarmés, détenus par les Autrichiens jusqu'à ce que la cour de Cassel eût promis de les remettre à la solde du roi d'Angleterre, pour être employés à sa volonté.
Le 22, M. de Ségur se dirige sur le Neckar sans être suivi par l'ennemi, resté entre Donauworth et Neuburg. Il y prend une position communiquant avec l'armée du Rhin à Goppingen, et arrive le 23 à Geislingen. Il ne restait plus de Français en Bavière que des commissaires et entrepreneurs; sur les instances de M. de Chavigny, M. le comte de Bathiany leur accorda les passeports nécessaires.
Le 24, M. de Ségur campe à Kuchen, et, pendant que l'armée bavaroise prend ses cantonnements en Bavière, dans le Palatinat, l'électeur retourne à Munich. Le 25, il arrive à Kannstadt, s'établit dans les environs, avec son quartier à Zuffenhausen, réunit sous son commandement une partie des troupes de l'armée du Mayn, et le 27 prend ses cantonnements sur la rivière d'Enz, son quartier à Bietigheim, au moment où l'armée autrichienne se cantonne dans les environs de Donauworth. Dès ce moment, le prince de Conti, ayant replié les troupes placées dans les environs de Willingen, fait évacuer Fribourg et Constance; toutes les troupes se rapprochent de M. de Ségur, qui réunit alors sous ses ordres -40 B. et 66 E. ; il les cantonne sur l'Enz, affluent du Neckar, depuis Pforzheim jusqu'à Bietigheim. Son quartier général était au camp de Bietigheim. MM. de Ségur, de Crussol et Nicolaï s'y trouvaient avec 6 B. et 31 E. (1). M. de la Ravoye et M. de Laigle avaient avec eux au camp de Pforzheim 2 B. et 10 E, (2). M. de Frémur était à Ei-
(1) Infanterie : la Sarre, Bourgogne, Bassigny, Nice, Lorraine, Rouergue, de ( B. cliacun ; cavalerie : Royal -Pologne, du Runiain, Boauvilliers, Vintimille, Broglie, David et Polleresky-hussards, de 4 E. ; Sainl-Simon, de 3.
(2) Infanterie : Talaru, Luxembourg, de 1 B. ; cavalerie : le Roi et Surgères-dragons, de 5 E.
singen, où campaient ses 9 B. (1), et M. Clermont d'Amboise avait à Muhlburg 3 B. de Custine, 8 E. (Hendicourt et Fouquet) et à Besching, en face d'Heilbronn, les dragons d'Harcourt (5 E.). Troupes non campées, sous les ordres du prince de Deux-Ponts, Artois et Bourbon (2. B.) et Baugrawe-hussards , à Geisheim; Bourbon (1 B.) à Wimpfen; Royal-Suédois (3. B.) à Lauffen; 1 B. d'Alsace à Kircheim, et 3 à Bonnigheim ; Royal-Bavière (3 B.) à Besigheim près de Bietigheim; Condé (2 B.) à Gross-Sachsenheim; la Marck (3 B.) et Saxe (1 B.), à Ober-Riexingen; les 4 B. de la Marine, Rosen et Royal-Allemand (8 E.) aux environs ù'Asberg. Il y avait en troupes campées 17 B. et 54 E., et en non campées 23 B. et 42 E.
Tous les mouvements qui suivent, ayant été dirigés par le prince de Gonti, se rapportent à la campagne d'Allemagne de 1745.
Le manque d'hommes! voilà la première cause de nos disgrâces. Les fautes ont été énormes; mais elles n'auraient pas été irréparables, si les Hessois, soit par timidité, soit par mauvaise volonté, ne fussent pas restés irrésolus; l'affaire de PfafTenhofen, que la cour de Vienne, moins modeste que le général Bathiany, faisait sonner si haut, n'aurait apporté d'autre changement au projet de rester sur le Lech que celui de soutenir cette rivière par la gauche, quoique le Lech soit de mauvaise défense, puisqu'il est guéable en bien des endroits, et que les hauteurs sont toutes sur la droite ; l'ennemi n'en aurait pas tiré pour cela de plus grands avantages, ses forces n'étant pas assez supérieures pour qu'il eût osé attaquer avec espérance de succès Tarmée de Bavière réunie à ses auxiliaires. La séparation des Hessois a rendu ce projet impraticable, et, en forçant la retraite de l'armée bavaroise sur le Neckar, elle a donné à M. de Seckendorf la facilité de s'emparer de l'esprit de l'électeur et de le présenter odieusement à la cour de Vienne.
(1) Royal-Roussillon, Béarn, la Mark, de 1 B.; Royal-Lorraine, de 3.