CHAPITRE XIII
PRISE DE l'écluse, DU SAS-DE-GAND, d'hULST ET d'aXEL. BATAILLE DE LAWFELDT.
Janvier. — Pressentiments vis-à-vis les quartiers ennemis pourune expédition contre Anvers et Louvain. — 7. M. d'Estrées de Mons à Bruxelles. — 14. MM. de Lowendal, de Saint-Germain, deLussan, à Namur, Louvain et Malines, se tiennent prêts à toute offensive. Le duc de Cumberland retourne à Londres. — 18. Situalion et effectif des armées alliées. — 22. Les troupes autrichiennes à Maëstriclit prêtent fidélité comme troupes soldées.
Février. — Vers le 15, les alliés se disposent à entrer en campagne. Le duc de Cumberland de retour à Bréda ; de part et d'autre, les préparatifs se continuent.
Mars. — M. de Séchelles, le 4 à Lille, le 7 à Gand, le 1 1 à Bruxelles. — 25. Les troupes de Sedan prononcent leur mouvement. — 28 au 29. Le comte de Saxe quitte le roi, avec la dignité de maréchal général; le 29 à Cambrai, à Gand; le 30 à Bruxelles. Son projet sur la campagne prochaine.
Avril. 14. — Les troupes des frontières et de l'intérieur, entre la Dyle, la Senne et la Dender. — 15. MM. de Lowendal et de Contades, chargés des sièges de la Flandre hollandaise. — IG. Leduc de Cumberland, quartier général à Tilburg, campe à Alsen, Stoibreck^avec une grande partie des troupes. L'armée en différents corp? à Hogstraten, Baerlen,Poppel, et depuis Diest à Tongres. — 17. M.deLowendalàArdemburg, près l'Écluse, investit cette place et le Sas-de-Gand; semparede l'île deCadzand. — 17 au 24. M. de Contades prend le fort la Perle et Liepkenshoéck.
— 19. Tranchée ouverte devant l'Écluse. — 22. L'Écluse capitule. —26. Tranchées devant le Sas-de-Gand et Hulst. — 30. Capitulation du Sas-de-Gand. L'armée alliée marche sur Anvers, s'établit à Westrnalle et Westerloo; une de leurs flottes près de Lillo ; corps en avant de "Westerloo.
Mai. K^ — Garnison d'Anvers composée de 19 B., dont quelques-uns à la tète de Flandre. — Milord Clare, à Malines; il occupe le pont de Waelheni. 2. L'infanterie se rapproche delà Dyle; la cavalerie passe la Senne; la maison du Roi, à Alost ; la Gendarmerie à liai ; tranchée ouverte devant Philippine. — 3. M. de Lowendal à Anvers. — 6. Philippine ca[»ilule. — 7. M. de Montmorin à Jcan-Sleen ; rejoint par M. de Contades devant Hulst, qui s'empare, le 10, du fort Zanlberg. L'ennemi s'avance sur .\nvers. — 11. Hulst capitule. — 12. M. de Contades à .Axel.
— 1 5. Attaque cette place. — 16. L'armée ennemie à Sclùlde. Attaque du pont de Waclhem.M. Trips repous.sé. Détachementde M. de Mercq battu près de Dussel. — 17.
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Axel capitule. — 18. M. de Conlades entre dans le pays de Waës. — 26. L'ennemi ))asse la Nethe, s'établit entre la grosse Netheet laDyle. — 28. L'infanterie française sur la basse Senne et sur la basse Dyle. L'armée ennemie entre Lierre et Westerloo. — 31. Notre armée à Bruxelles.
Juin. 1"'. 26 B. et 26 E. et des troupes légères, sous M. de Lowendal, à Anvers. M. de Contades avec 8 B. et 10 E. dans le pays de Waél ; le comte de Clermont à Orbais, le 2 à Wavre. — 9. La cavalerie à droite et à gauciie de la cliaussée de Bruxelles. — 11. M. d'Estrées passe laDyle.— 12. M. de Lowendal occupe Mali nés. M. d'Estrées à Meldern. — 13. La gauche de l'ennemi entre Averbode et Westerloo. Le duc de Cumberland à Herenthals. — 15. La Gendarmerie et la maison du Roi sous Bruxelles. — 16. M. de Clermont-Tonnerre passe la Dyle. M. de Saint- GermaindétachélongelaDemerjusqu'àHaelen. M. d'Bstrées passe la grosse Cette, remplacé par milord Clare. — 17. L'armée ennemie par sa gauche se dirige sur Westerloo, partie sur Gheel. M. d'Estrées à Saint-Trond, M. le comte de Clermont près Leau. — 18. M. de Sallières et d'Anlezy, détachés pour soutenir M. de Saint-Germain, renforcé le 19. — 20. Comte de Clermont à Saint-Trond ; 22, à Tongres. M. d'Estrées à Tongerberg. — 22. Arrivée du roi au camp de Perck. — 24. M. de Clermont-Tonnerre à Tirlemont. L'armée alliée passe la Nethe. — 25. M. de Sennecterre arrive à l'armée. Concentration générale. — 30. Maréchal de
Saxe à Lethen, le roi à Vliermael. M. de Lowendal à Louvain.
Juillet, l*''. Le maréchal se prépare à attaquer, Position des troupes et de celles de l'ennemi. — 2. Bataille de Lawfeldt, l'armée passe la nuit sur le champ de bataille ; l'ennemi sous Maestricht. — 3. Corps détachés. — 4. M. de Lowendal au siège de Berg-op'Zoom, le 6 à Malines, le 9 à Anvers. — 9. L'armée ennemie fait un mouvement par sa droite. — M. d'Estrées, la gauche au Jaar. — 11. Le corps ennemi à Wouw et Rozendaal, campe sous Berg-op-Zoom , où M. de Lowendal arrive le 12.
La France s'attendait en 1747 à voir la paix» succéder à la guerre. En trois campagnes, tous les Pays-Bas autrichiens, réduits à notre puissance malgré tant de nations liguées, toutes les places de la Bavière, de la Flandre autrichienne, du Brabant, du Hainaut et Namur avaient successivement subi la loi du vainqueur. Dans les premiers jours de janvier, le maréchal de Saxe se rendit à Yersailles pour travailler au plan des opérations de la campagne prochaine, l'ennemi semblant vouloir débuter par une surprise contre une de nos places. Mais il connaissait trop bien leur position actuelle, et les obstacles qui s'opposaient à une entreprise de cette nature avant l'ouverture de la campagne pour rien craindre. Le défaut de subsistances, la saison, la nature des chemins, leur faiblesse lui répondaient de leur tranquillité, et il les savait alors plus occupés des moyens de se refaire, de chercher des
SUCCESSION D'AUTRICHK. — FLANDRE (1747). J99
vivres, et même découvrir leurs quartiers, où. ils n'avaient que 65,000 hommes dispersés et fatigués par des marches et contremarches, que de troubler les nôtres, où il y avait 127 B. et 193 E. distribués de manière à pouvoir se rassembler en trois jours et se porter où le besoin l'exigerait. Comme la fermentation augmentait dans les quartiers ennemis et que, d'après les avis des espions, ils devaient marcher avant peu sur Anvers ou sur Louvain, le 7 janvier, M. d'Estrées se rendit de Mons à Bruxelles, pour être plus à portée de juger ce qui se passait. Il ordonne aux troupes de Bruxelles de se tenir prêtes; il envoie le même ordre aux quartiers séparés des environs de cette place, entre autres à ceux de cavalerie le long de la Dender, et, prétextant un voyage, le 9, à Malines, il reconnaît une position entre cette place et Louvain , retranche le pont de Waelhem et ceux du ruisseau en avant de Malines, et retourne, le 13, à Mons. M. de Lowendal à Namur était prêt à se porter sur Liège pour couper les ennemis dans leur marche. M. de Glermont-Gallerande avait mis Anvers en état de défense, M. de Saint-Germain, Louvain, et M. de Lussan, Malines. Cependant le duc de Cumberland, après Un mois de séjour à la Haye, retournait, le 12, à Londres, rendre compte de ses négociations, ayant déterminé les Hollandais à entrer dans les vues des cours d'Angleterre et de Vienne.
Le 18 janvier, on sut qu'une convention avait été signée entre les puissances, s'engageant à mettre en campagne une armée formidable, composée de 136 B. et 117 E. (146,000 hommes), y compris les Autrichiens prisonniers en France dont on allait faire l'échange. Les Hollandais devaient fournir 40,000 hommes; les Autrichiens, 60,000, et en outre la garnison de Luxembourg (9,800 hommes); les Anglais, 13,800 hommes; les Hanovriens, 16,400 hommes, et les Hessois, 6,000. De plus les Hollandais payeraient les deux tiers des frais de la guerre et armeraient 20 à 30 vaisseaux. Les autres puissances se portaient garantes de la conservation des places de la république.
Le 22, il est donné aux États-Généraux des preuves de cet engagement : les 8 B. autrichiens, en quartier à Maastricht avec 10 autres de diverses nations, prêtent serment de fidélité à L. H, P., comme troupes à leur solde et uniquement destinées à la défense de cette place.
Louis XV, qui persistait à chercher une solution pacifique, tout en restant prêt à faire la guerre, nommait, au commencement de février, M. du Theil comme plénipotentiaire au congrès de Bréda, où devaient se rendre, pour les États-Généraux, MM. de Wavander et le greffier Gilles, et pour les cours de Londres et de Vienne, milord Faudwick et le comte de Harrack.
Le 5 février, on s'occupa aussi de l'échange des prisonniers; la ville de Bâle, comme neutre, fut choisie pour procédera cette opération, afin d'y recevoir nos soldats pris en Hongrie et en Italie, et d'y envoyer ceux des Autrichiens, qui, par ce long détour, ne pourraient de sitôt rejoindre leur corps sur la frontière de Hollande.
Le 8, a lieu le mariage de Louis, dauphin, avec Marie de Saxe. Cette double alliance du second fils d'Elisabeth, l'infant don Philippe (de Parme), obtenant la main de Madame, fille aînée de Louis XV, et pour sa seconde fille, l'infante Marie-Thérèse, la main du dauphin, son fils unique, fut le prélude d'un pacte de famille bien funeste à la France. Sans le mariage de Madame, sans l'intérêt d'Elisabeth de conquérir en Italie pour son fils puîné devenu le gendre de Louis XV et de soutenir son fils aîné don Carlos, depuis, grâce à la France, roi de Naples, il faut se demander si la mort de l'empereur Charles VI, le dernier des Habsbourg, nous aurait entraînés dans cette longue guerre. Notre véritable intérêt^ comme l'exprime d'Argensoh dans ses mémoires , était de rester spectateurs, d'observer la neutralité. Les désastres qu'entraîna cette guerre de la succession d'Autriche sont exprimés au roi parle vieux duc de Noailles, le 15 décembre 17i6 :
« On ne peut, sire, être sincèrement attaché à la personne de V. M., à sa gloire, à celle du nom français et au bien de sa patrie, sans être pénétré de douleur en pensant à la situation des affaires et en portant ses vues sur les événements qui peuvent arriver. Malgré les succès de V. M. en Flandre et quelque grande que soit la gloire qu'elle s'est acquise à la tête de ses armées, on ne doit pas oublier le sort des alliés de la France : l'empereur Charles Vil dépouillé deux fois de ses Étals et prêt à l'être pour la troisième, lorsque ce prince est mort accablé de malheurs ; les Espagnols chassés d'Italie ; la république de Gènes envahie et sous le joug autrichien; le roi des Deux-Siciles menacé et peut-être à la veille
de perdre ses royaumes ; le duc de Modène errant et réduit aux dernières extrémités; le prince Edouard fugitif : le roi de Prusse seul, qui a été heureux, n'a cru pouvoir assurer ses succès que par des infidélités. V. M. connaît trop bien le caractère de la nation française pour ne pas prévoir les suites funestes et rapides qu'entraînerait infailliblement un premier revers. » Le maréchal de Saxe, dans ses plans politiques, voulait voir Louis XV fidèle à ses engagements envers l'Espagne et ne point déposer les armes avant d'avoir assuré le sort de son gendre et de Madame Infante. C'était délivrer l'Autriche des Pays-Bas, dépendance lointaine et toujours difficile à défendre. C'était une barrière entre elle et la Hollande et n'avoir plus l'Autriche pour voisine. Celte barrière placée sous la dépendance directe du cabinet de Versailles, l'Angleterre et la Hollande renonçaient forcément à leur alliance traditionnelle, alliance contre laquelle Louis XIV et Louis XV avaient eu à lutter.
En effet, le maréchal devinait l'avenir; sa solution a fini par triompher. L'Autriche, par les traités de 1813, renonçait définitivement à ces provinces^ qui forment aujourd'hui ce que Maurice de Saxe rêvait en 1747, un État indépendant. Peut-être qu'adoptée alors, cette solution aurait changé la face de l'histoire de l'Europe, car la guerre de Sept ans probablement n'eût pas eu lieu. Dans ce moment la France, c'était lui. Après avoir vaincu les alliés à Fontenoy, àRocoux, il s'apprêtait àlesécraseràLawfeldt, et cependant le maréchal désirait la paix. Plus tard les négociations entamées par le duc de Richelieu, continuées à Versailles sous le comte de Saxe, aplanirent les difficultés pour la paix de 1748 et facilitèrent le grand revirement dans les alliances européennes inauguré par ce traité ;, que la France et l'Autriche signèrent le 1" mai
Vers le 13, les alliés se préparèrent à entrer en campagne; tous leurs généraux se trouvèrent le 1''"" mars à leurs quartiers; ils assemblèrent une armée de 112,000 hommes du côté de Bréda pour débuter par le siège d'Anvers, et une armée d'observation sur la montagne de Saint-Pierre pour couvrir Maëstricht. Ces nouvelles furent appuyées par des avis de Hollande portant que le duc de Cumberland, revenu le 13 de Londres à la Haye, s'était rendu à Bréda pour presser les préparatifs de mouvements; que le premier transport des renforts d'Angleterre avait en même temps dôbar-
que à Willemstadt; que ces troupes avaient pris aussitôt la route de 13réda, et que l'artillerie avait été déposée à Doorst. Le reste du mois se passa à continuer les préparatifs de part et d'autre.
L'effectif des armées alliées ne devait pas être supérieur à H5 ou 120,000 hommes; car les Hollandais, dont 36 B. et 12E. étaient prisonniers, avaient grand'peine à fournir 40,000 hommes promis, et les Autrichiens, 60,000, outre la garnison de Luxembourg, à cette époque surtout où leur armée d'Italie était occupée en Provence.
Vers la mi-mars, le roi assenible un grand conseil oii, après un mûr examen, fut unanimement résolue une invasion en Hollande, dont on laissait le plan et l'exécution à M. le maréchal de Saxe. En même temps, le duc de Cumberland, généralissime des alliés, tenait un conseil avec le général Bathiani et les autres généraux, avec ordre à toutes leurs troupes de quitter leurs quartiers pour se rassembler le plus tôt possible.
Le 19, sont renouvelés les pouvoirs du maréchal sur les commandements des Évêchés, de la frontière de Champagne, de la Flandre, du Hainaut, Artois, Picardie et Boulonnais, déjà concédés le 14 juillet 1744. Il commence à faire défiler vers Sedan les troupes destinées à M. de Glermont, détache des officiers pour observer les mouvements des Autrichiens qui, des pays de Luxembourg, de Cologne, de Trêves et de Limbourg, se rapprochaient, depuis le 23, de la Meuse du côté de Maëstricht. Ces préparatifs hâtèrent le départ du maréchal dans la nuit du 28 au 29. La veille, à Choisy, en présence de la cour, le roi lui dit qu'ayant rendu des services aussi signalés à l'Etat que le maréchal de Turenne, il était juste qu'il jouît de la même autorité, des mêmes distinctions, et qu'il le déclarait maréchal général de ses armées. Cette dignité de généralissime ne connaissait de grade supérieur que celui de connétable, supprimé par Louis XIV.
Le 29 au matin, le maréchal passe à Cam.brai, ensuite à Douai, à Lille, etcoucheàCourtrai pour y voir son régiment. Le lendemain, il se rend par Gand à Bruxelles. Comme au commencement d'avril toutes les troupes autrichiennes étaient en mouvement depuis la Hollande jusqu'à Luxembourg, que les B. autrichiens et hanovriens à Maëstricht, partis de cette ville, remplaçaient les 6 régiments hollandais; que toutes ces troupes devaient se rassem-
bler à Maaseick, renfermant déjà 10,000 hommes; que les Anglais, Hollandais, Hessois, et le reste des Hanovriens faisaient les mêmes mouvements pour cantonner du côté de Bois-le- Duc et de Bréda, le maréchal commença ses dispositions pour prévenir les ennemis et les surprendre eux-mêmes par l'exécution d'un projet propre à remplir les vues du roi sur les terres de la république. Il résolut de faire assembler dans quinze jours les troupes à portée de Bruxelles; de former deux corps séparés, aux ordres de MM. de Lowendal et de Gontades, destinés à une irruption dans la Flandre hollandaise, le premier pour attaquer l'Écluse et le Sas-de-Gand, le second les forts de la Perle et de Liefkenshoeek, sur la rive gauche du bas Escaut : expéditions appuyées par l'armée, qui prendrait position entre Bruxelles, Louvain et Malines. Cette position couverte de toutes parts, et particulièrement sur la droite par Louvain fortifié, assurait elle-même le succès des opérations sur la gauche; elle était propre à augmenter les craintes et les alarmes des Hollandais, dès qu'ils verraient les premiers coups frappés, par l'incertitude des entreprises dont ils pourraient être suivis, puisque l'armée se trouverait dans une espèce de centre qui menacerait également toutes les places de la généralité hollandaise, sans que les ennemis pussent se porter partout en force pour nous prévenir et nous résister. En môme temps il résolut de rapprocher de Namur le corps de troupes qui s'assemblait à Sedan, afin de donner également des craintes à Maëstricht et à Luxembourg.