PRISE DE NAMUR. — BATAILLE DE ROCOUX
Septembre, i^. M. de Ségur à Salmaitine. M. de Clerniont-Gallerande à la Chartreuse de Liège. — 3. M. du Chayla . détaché sur les hauteurs de Liège. M. de Clerniont-Gallerande à Saint-Walhruge, rive gauche de la Meuse. — 4. Troupes détachées sous M. de Clennont pour le siège de Namur. M. du Chayla à Ans, près Liège. M. de Lowendal, chargé du siège de Namur sous M. de Clerniont, rassemble ses troupes à Wedrin. — 5. L'armée du roi à Waremme.Les troupes pour le siège de Namur arrivent devant celte ville. M. d'Estrées à Louvain. M. de Ségur. devant Namur, investit la place dans la partie d'outre- Meuse. — 6. L'armée du roi passe le Jaar, campe à Tongres; M. du Chayla à Villers-Sainl-Sirnon. M. d'Estrées à Milmort. M. de Saint-Germain de Tervueren à Tirlemonl. M. de Contades rejoint l'armée. — 9. M. de Saint- Germain à Louvain. MM. Trips et de Mercy détachés de l'armée des alliés; M. de Mercy sur la Bernine, M. Trips sur les hauteurs de Wise. — 10. M. du Chayla à Freeren. M. d'Estrées à Houtain. — 13. Tranchée ouverte devant Namur. — 14. L'ennemi marche sur Maëstricht. — 15. M. de Clermont-Gallerande àTonbgererg. — 17. Changement dans la position du camp de l'armée du roi. Le quartier général reste à Tongres. — M. du Chayla près Tongres, M. d'Estrées à Freeren. — 19. Namur capitule. — 20. Une partie des troupes du siège en maiche pour joindre l'armée. Le corps de M. de Ségur, détaché de celui de M. Clermont, à Gerbire. — 21. L'armée du roi change sa position et se rapproche du Demcr. M. de Ségur à Breff. L'ennemi le long du Derner, vis-à-vis notre armée. — 22. M. de Ségur sur le Jaar. — 24. Siège des châteaux de Namur. — 30.! Us capitulent.
Octobre. 3. M. de Putanges de Sedan à Charleville avec les. troupes des Évêchés; 4, à Rocroi; .'>, à Pliilippeville ; 6, à Chàrleroi ; 8, au Grand-Lez; 9, à Avernas; 10, à Ilorelle ; 1 1, rentre dans l'armée. — 5. M. de Clermont campe àWadrin avec les troupes qui ont fait le siège de Namur : 6, entre Boneffe et Rumillies ; 7, entre Avernas et Veserin ; 8, à Horeile, et le 11, commande le 2" corps détaché pour la bataille de Rocoux. — 8. Le maréchal de Saxe reprend son ancien camp sur le Jaar. Le quartier général reste à Tongres. — 9. Passe le Jaar, campe à la rive droite de celte rivière. — 10. A Houtain. — II. Bataille de Rocoux gagnée sur les alliés. M. du Chayla commande la r° ré.serve pour la bataille de Rocoux. M. d'Estrées marche avec la division de la droite. M. de Clermont- Gallcrande commande le ¥ corps détaché pour cette bataille. Les alliés, après la bataille, se retirent derrière la Meuse et campent entre Visé et Fauquemont. — 12. L'ar-
raée française repasse le Jaar, rejirend son ancien camp entre Freerenet Tongres.
— 13. Une partie des troupes en marclie pour les quartiers d'hiver. — 20. Le reste de l'armée campe à Duras, près Saint-Trond. — 21. A Tirlemonl. — 22. A Louvain. — 24. Séparation de l'armée. — 26. L'ennemi commencée se séparer pour entrer en quartiers d'hiver.
Novembre. 6. Le prince Charles part de Maëstricht pour Aix-la-Chapelle et Vienne.
— 11. Le maréchal de Saxe se rend à Fontainebleau.
Décembre. 3. Les alliés semblent quitter difficilement les rives de la Meuse. Forte garnison laissée à Maëstricht. — 13. Arrivée du duc de Cumberland à la Haye. Grand conseil sur les opérations de la campagne prochaine. — 26. Le maréchal de Saxe rappelé de Châmbord à Versailles. Position des alliés.
Le maréchal de Saxe, ayant réussi par ses manœuvres à affaiblir l'armée des alliés, à lui ôter les subsistances, à la forcer à la retraite et à l'abandon de Namur, se prépare au siège de cette place. Toutes ses troupes étaient en très bon état. L'infanterie seule se montait à 90,000 hommes sous les armes, sans compter la cavalerie, et tout concourait à la réussite de ses desseins.
Au commencement de septembre, l'armée restait campée à Braives et à Villers. Sur les deux rives de la Mehaigne, M. de Lowendal gardait sa position en avant d'Huy et de la Meuse avec 36 B., 28 E., les régiments de Grassin et de la Morlière. M. de Ségur se porte de Givet sur la haute-Meuse avec ses 11 B. et 20 E. Ces deux corps devaient harceler les alliés sur les deux ailes, au cas qu'ils marchassent vers Luxembourg. Le maréchal se dispose lui-même à passer la Meuse avec le reste de l'armée pour tomber sur leur arrière-garde. En apprenant que les ennemis, au lieu de marcher vers Luxembourg et d'inquiéter notre frontière, comme on l'avait d'abord cru, se retournaient sur la gauche, et prenaient le chemin de Durbuy et de Spa, dans un pays extrêmement difficile, comme pour se porter du côté de Liège et de Maëstricht, il se contente d'envoyer un 3® corps de l'autre côté de la Meuse pour les observer, et il ordonne sur-le-champ à M. de Clermont- Gallerande de traverser la ville de Liège avec les troupes qu'il avait ramenées deJodoigne, et de prendre position à la Chartreuse, au delà de cette place. Il n'est pas douteux qu'il aurait pu se porter à Spa avec toute l'armée, et y devancer les ennemis; mais il en fut détourné par deux raisons : l'une, qu'il se serait trop éloigné de son objet principal, le siège de Namur, dans une saison aussi avancée ;
l'autre, qu'il aurait rejeté les ennemis sur les Évêchés, où il aurait fallu détacher promptement des troupes, qui n'auraient pu néanmoins empêcher les hussards d'alarmer cette frontière. Il préféra donc voir les alliés descendre vers la Hollande, prévoyant que la fin de la campagne leur deviendrait funeste, et désirant avan t tout affermir ses conquêtes par le siège de Namur, qu'il entreprendrait avec un fort détachement de troupes et couvrirait avec l'armée.
Le 2, il désigne les troupes (1) destinées au siège et en remet le commandement au comte de Clermont, auquel il donne M. de Lowendal pour second. Il tire des places de Flandre l'artillerie restée à Bruxelles, et ordonne à la maison du roi, à la gendarmerie, aux Carabiniers, aux gardes françaises et suisses (31 E. et6B.) de se placer en réserve entre l'armée et Liège avec M. du Ghayla. Enfin il détache du camp de Huy 12 B., 8 E., les régiments de Grassin et de la Morlière, pour renforcer M. de Glermont-Gallerande près de Liège.
Le 3, à la nouvelle que les alliés continuaient leur route sur Maëstricht par Durbuy et Aywaiile, en avant de Liège, qu'ils avaient déjcT. dépassé cette rivière, qu'ils marchaient lentement dans un pays stérile et montueux, qu'ils faisaient faire à leur artillerie et à leurs équipages un grand circuit par Marche-en-Famine, qu'ils étaient dans la plus grande disette, et que la désertion, les fatigues et les maladies leur emportaient beaucoup de monde, il donna l'ordre à iM. de Glermont-Gallerande, trop faible pour leur résister, de quitter le camp de la Chartreuse, de repasser la Meuse et de camper sur les hauteurs en deçà de Liège.
Versailles approuvait ces dispositions du maréchal 'en ce qu i touche le siège de Namur, dont la conservation avait été l'objet capital des alliés. Il s'ouvrait, en effet, une nouvelle carrière très brillante, qui terminerait sa campagne. L'arm.ée se tint prête à prendre en deux jours position à Tongres, de manière à observer de plus près et contenir l'ennemi. En attendant, les troupes du siège et les autres détachements se 'rendent à leurs différentes destinations.
(1) 59 B., dont 2 d'arlilleric, et 52 E., compris le corps de M. de Ségur, devenu inutile sur la haute Meuse.
M. de Clermont-Gallerande repasse la Meuse, se place sur lé hauteurs en deçà de la ville, avec son quartier au faubourg de Sainte- Walburge, où les troupes détachées du camp d'Huy aux ordres de M. d'Anlezey, le rejoignent. M. du Chayla restait avec la réserve sur le Jaar entre Liège et l'armée jusqu'à nouvel ordre, et M. de Lovvendal, remplacé à Huy par M. de Contades, conduisait les troupes du siège, détachées de différents camps ; il arrive le même jour à Vedrin, et campe, la droite au château de la Falise, la gauche à Champion.
Le 5 au matin, il reconnaît Namur, et l'emplacement propre à en former la circonvallation. A son retour, il communique ses observations au comte de Clermont, arrivé au camp à une heure après midi. Il donne tout de suite ses ordres pour l'investissement, qui fut commencé le soir même, et achevé le lendemain de la manière, suivante Depuis la haute Sambre jusqu'à la basse Meuse, 38 B. et 28 E. étaient distribués en différents quartiers, la droite sur la Sambre, en avant de Flawinné, la gauche à Bouges, près d'un ravin qui tombe dans la Meuse. M. de Clermont établit son quartier général, ayant sous ses ordres M. de Lovvendal. Dans l'entre Sambre et Meuse, 8 B. et 10 E. avaient passé la Sambre sur un pont construit vis-à-vis Floriffoux, et étaient postés, la droite appuyée près du cloître des Carmes, la gauche vers la Maison-Blanche. M. de Villemur commandait de ce côté ; son quartier était à Malonne. Dans la partie dite outre- Meuse, ou entre les deux Meuses, H B. et 14 E. fermaient la circonvallation depuis la haute jusqu'à la basse Meuse, et n'avaient que la trouée de la chaussée à garder : ces troupes restaient aux ordres de M. de Ségur. M. de Malezieu commandait l'artillerie (2 B.), répartis des trois côtés de la place, proportionnellement au nombre de troupes qui s'y trouvaient, ou des attaques. On construisit un second pont sur la haute Meuse, et un troisième sur la basse, pour la communication de ces trois corps, qui composaient ensemble 59 B. et 52 E., dont M. de Clermont avait le commandement général. Ce prince, qui voulait presser le siège, fit tout de suite travailler aux fascines, gabions et aux autres préparatifs, en attendant l'artillerie de Bruxelles, de Mons et des places de Flandre. M. de Séchelles, intendant de l'armée et de Flandre, s'occupait sans relâche des approvisionnements nécessaires à
cette grande entreprise, ainsi que M. de Lucé, intendant du Hainaut, qui venait de tirer des états de Mons un subside de 380,000 florins.
Namur renfermait 11 B. hollandais, 2 B. autrichiens, de la cavalerie et des hussards, sous M. de Colicaërt, vieillard de quatre-vingt-onze ans, qui obtint de se retirer à cause de son grand âge; il avait sous lui M. de Crommelin dans la ville, et M. Beck au château. Pendant l'investissement, l'armée d'observation avait pris la position désignée par le maréchal. Le 5, elle quitte les rives de la Mehaigne, marche sur huit colonnes, entre tout à fait dans le pays de Liège, et se porte le même jour sur Waremme; elle était forte encore de 73 B. et 14-4 E., sans compter ses détachements. En même temps, M. d'Estrées s'établissait à Houtain avec 1 brigade d'infanterie , 1 de cavalerie , o régiments de hussards, celui des Grassins, détaché] du corps de M. de Clermont-Gallerande, position qui avait pour objet de garder la Meuse et d'observer l'ennemi du côté de Visé.
Le 6, l'armée se remet en marche sur huit colonnes, et se porte au camp de Tongres, la droite de la chaussée de Saint-Trond à Liège, la gauche et le quartier général à Tongres, à portée de couvrir également le siège de Namur et de contenir en même temps les alliés, s'ils tentaient de repasser en deçà de la Meuse pour troubler cette opération. Cependant les ennemis avaient tant souffert de la disette et des fatigues, en traversant les montagnes du Limbourg, qu'ils étaient plus occupés des moyens de se refaire que de ceux de nous inquiéter. Leur marche ressemblait plus à une déroute qu'à une retraite. Leurs troupes avaient manqué de pain pendant trois jours et marchaient dispersées. Enfin, ayant reçu d'Allemagne un renfort, l'ennemi arriva par pelotons sur la rive droite de la Meuse, et campa en plusieurs corps séparés qui occupaient un terrain fort étendu le long de cette rivière, la droite au-dessus de Maëstricht, la gauche près de Liège, le centre à Visé, oii ils jetèrent un pont. Il y avait dans cette dernière partie un corps de 12 à 13,000 hommes avec le général Mercy, outre les troupes légères commandées par le général Trips et campées sur les hauteurs au delà de Visé. Un millier de hussards et 2 B. d'infanterie passèrent la Meuse avec du canon, et s'établirent en deçà de Visé; mais ils n'y firent pas long
séjour, car M. d'Estrées détacha de la cavalerie qui, dans une vive escarmouche, les contraignit à repasser la Meuse.
Le maréchal de Saxe crut devoir, en raison de la position de l'ennemi, se tenir sur la réserve, renforça le détachement de M. d'Estrées, qui masquait le débouché par oii les alliés pouvaient venir de Visé, et envoya la réserve de M. du Chayla sur la chaussée de Tongres à Liège, soit pour soutenir M. d'Estrées, s'il lui fallait se replier, soit pour appuyer M. de Glermont-Gallerande , dont la présence sous Liège était indispensable; enfin il rappelle M. de Contades, qui laisse seulement à Huy 2 B. de grenadiers royaux, avec M. de Châtillon. Pendant que le maréchal essayait de contenir l'armée des alliés et couvrait le siège de Namur, M. de Clermont en pressait les préparatifs. Il détache M. de Vaux pour occuper une redoute abandonnée sur les hauteurs des forts de Saint-Antoine et d'Épinay, et commencer un boyau dirigé sur ces deux forts. Le 8 septembre, voyant que les ennemis mettaient le feu à leurs faubourgs sur les deux rives de la basse Meuse, pour éclaircir les approches de la ville, il occupe la Censé des Jésuites et plusieurs maisons en avant sur le bord de la rivière à quelque distance du glacis de la place. On tenta en vain de nous en déposter, et, la nuit, nous établîmes des batteries pour prendre à revers les forts de Saint-Antoine et d'Épinay.
Le 10, M. de Saxe examine l'emplacement de ses détachements le long et sur la rive gauche de la Meuse depuis Liège jusqu'à Maës- Iricht. Il s'arrête quelque temps sur la montagne de Saint-Pierre, d'oi^i il reconnaît le camp des ennemis, qui occupaient la rive droite de cette rivière. Nous étions alors ainsi postés : M. du Chayla sur la chaussée de Tongres à Liège avec la réserve, composée de 6 B. des Gardes et 31 E. tant de la maison du roi que de la gendarmerie et des carabiniers, la droite au village d'Ans, près de Liège, la gauche derrière la tombe de Villers ; M. de Glermont-Gallerande, toujours sur les hauteurs en deçà de Liège avec 12 B. et 2 régiments de dragons, son quartier au faubourg de Sainte- Walburge, masquait les portes de cette place et gardait deux gués au-dessus et au-dessous; M. d'Estrées, avec ses 2 brigades d'infanterie et de cavalerie, 5 régiments de hussards et ceux de Grassin et de la Morlière, campait par échelons sur les hauteurs d'Houtain, Milmort, Liers, Oupeye, le long de la Meuse; il masquait Visé et Maastricht;
ses troupes escarmouchaient tous les jours avec les hussards.
M. de Châtillon restait à Huy avec ses 2 B. de grenadiers royaux, pour entretenir la communication avec les troupes du siège de Namur. Ainsi la Meuse se trouvait gardée depuis cette dernière place jusqu'à Maëstricht, M. de Pulange cantonnait toujours à Sedan et dans les environs avec 7 B. et 4 E., afin de couvrir celte frontière jusqu'à nouvel ordre. D'un autre côté, comme il fallait assurer les convois arrivant du Brabant aux camps de Tongres et de Namur, le maréchal établit une autre chaîne de postes commençant par Bilsen, occupée par les chasseurs de Fischer.
M. de Beausobre fut envoyé du côté de Péer et de Brée dans la Campine. liégeoise avec ses hussards; M. de Mortaigne à Hasselt, sur le Demer, avec les volontaires royaux; les uhlans et les Cantabres à Saint-Trond. M. de Saint-Germain passa de Tervueren à Tirlemont, avec ses 4 B. de milice et 1 régiment de dragons; M. de Pandreau, à Louvain, avec 4 B. de milice et 1 régiment de dragons. M. de la Graulet commandait à Bruxelles et aux troupes réglées pour escorter les convois qui en partaient journellement; quelques troupes étaient destinées à nettoyer la forêt de Soignies, entre autres les croates et pandours que M. de l'Eslang avait formés des déserteurs ennemis, et dont le commandement, après sa mort, avait été donné à M. de la Roche. Tous ces détachements couvraient parfaitement les communications de l'armée campée à Tongres, d'un côté avec Liège, Huy, Namur, Gharleroi et autres places du Hainaut, d'oii les troupes du siège tiraient leurs subsistances; de l'autre côté avec Tirlemont, Louvain, Bruxelles et tout le reste du Brabant, d'oîi l'armée tirait aussi les siennes. Le gros des troupes alliées campait alors, la droite vers Maëstricht, la gauche à Visé; le général Trips un peu plus haut, avec ses troupes légères.
Le comte de Clermont avait fixé à la nuit du 13 septembre l'ouverture de la tranchée aux ouvrages de la basse Meuse, où M. de Vauban l'avait faite en 1692. 11 y désigne trois attaques, dont deux en deçà et sur la rive gauche de la Meuse : la V devant le fort Coquelet; la â'^ à la Censé des Jésuites, devant la porte de Saint-Nicolas et le bastion de la basse Meuse; la 3" de l'autre côté et sur la rive droite de la Meuse (corps de M, de Ségur), devant l'ouvrage qui se trouvait aussi à la basse Meuse de ce côté-là. La nuit du
12 au 13, la tranchée est ouverte en même temps aux trois attaques. Une parallèle s'établit à celle du Coquelet, une autre à la palissade des ouvrages de la basse Meuse, avec une autre de l'autre côté de la basse Meuse, suivant cette rivière et débordant les ouvrages de la rive droite.
L'attaque de Saint-Nicolas fut avancée en zigzag dans le second retour et sur la droite au pied de la montagne, s'étendant de droite et de gauche, mais cheminant peu en avant, vu la proximité où l'on était de la place et les revers que pouvaient , prendre sur nous le fort Balard et celui de la rive droite de la Meuse. L'attaque d'outre-Meuse fut poussée au delà de la capitale de ce dernier fort, la tête près de la palissade de cet ouvrage. Les ennemis dégorgèrent deux embrasures sur le bastion du corps de la place, pour battre cette dernière tranchée, où ils n'avaient encore tiré qu'avec bien peu de succès.
Dans les deux premières attaques, l'artillerie fît dès le point du jour un grand effet; elle éteignit presque entièrement celle des ennemis.
La nuit du 14 au 15, le travail du Coquelet est poussé près de ce fort, celui de la porte Saint-Nicolas seulement perfectionné pour se mettre à couvert du fort Balard ; mais à l'attaque d'outre-Meuse on s'empare d'une demi-lune, nommée la Lunette ou le fort du Biwac. M. de Grillon (1), chargé de cette expédition, s'en acquitta avec l'intelligence et la bravoure qu'on lui connaissait, parfaite-
(1) De Crilioii, descendant direct du brave Grillon, l'arai de Henri IV, mort en 1615 (Louis-Balbe-Berlon, marquis, puis duc), né le 22 février 1717, lieutenant au régiment du Roi le 7 septembre 1733, colonel de Bretagne le 16 avril 1738, puis au régiment de son nom le l^^" janvier 1745, lieutenant général le l^'" mai 1758; se distingue en Italie, en Allemagne, à Fribourg, à Rosbacb; il fait la conquête de Mahon, le 5 février 1782; mort à Madrid en 1789.
Louis-Félix, son frère, sert aux Indes ; brigadier, 18 juin 1768 ; maréchal de camp, If- mars 1780.
Son tils, Louis-Pierre, né le 11 décembre 1742; capitaine aux dragons d'Apchen; colonel des grenadiers de France, 22 mai 1767; brigadier, fi-mai 1780; maréchal de camp, l'"' Janvier 1784; député aux états généraux; mort le 12 mai 1806.
François-Félix-Dorothée, comte, puis duc, son second fds, né le 22 juillet 1748; brigadier, i»'' mars 1780; maréchal de camp, lor janvier 1784; députéde la noblesse en 1789; lieutenant général, le l*"" février 1792, employé à l'armée de Luckner; se retire en Espagne au moment de la tourmente ; i)air de France; mort en 1832.*
* Voyez son pelil-fils, tome III, 1812, page f» (I'ajol).
ment secondé par des grenadiers de Champagne et d'Alsace. Ils escaladèrent l'ouvrage avec des échelles, l'emportèrent l'épée à la main, tuèrent ceux qui voulurent d'abord résister. A la pointe du jour, une forte batterie de mortiers et une autre de canons tirèrent de la parallèle d'outre-Meuse, la première sur le front des ou^ vrages de Meuse, la seconde sur les mêmes ouvrages à revers et sur la gorge de la redoute du Balard, tandis que les batteries des autres attaques continuaient un feu très vif.
M. de Saxe prévint alors M. de Glermont qu'il craignait une tentative de l'ennemi sur Huy. M. de Chazeron, détaché pour secourir cette petite place, ne rencontra pas les alliés. En effet, ils avaient descendu la Meuse et passé cette rivière à Maëstricht au nombre d'environ 20,000 hommes, sous le prince de Waldeck. Le maréchal donc, le 15 au matin (1), se porte sur le mont Saint-Pierre avec MM. de Salières et de Bissy, la réserve de M. du Ghayla, le corps de M. deClermont-Gallerande, rappelés des environs de Liège, et le détachement de M. d'Estrées, tiré du camp d'Houtain , sur la droite de cette montagne, avec l'intention de combattre le prince de Waldeck, lorsqu'il apprit qu'il occupait le camp de Saint-Pierre (dit le camp de César ou des Romains, situé entre Maëstricht et le mont de Saint-Pierre), où l'on ne pouvait entrer que par un chemin étroit, défendu par un ancien retranchement des Romains et par une grande tour carrée fort épaisse.
Il vit ensuite sur sa gauche un camp au delà du Jaar, entre Maëstricht et Tongres (corps du général Trips), suivi du reste de l'armée ennemie qui avait passé la Meuse au-dessous de Maëstricht. Ces considérations l'empêchèrent d'exécuter son projet. Mais comme il observait en même temps sur sa droite un petit camp de croates qui avaient fort inquiété M. d'Estrées depuis quelques jours, il ne voulut point s'en retourner sans l'avoir délivré de ces voisins incommodes. A cet etfet, il détacha du mont Saint- Pierre M. d'Aulzey, précédé des uhlans, pour provoquer les hussards, de l'autre côté de la Meuse, à passer cette rivière, et il y eut une escarmouche qui se termina à notre avantage. M. de Beaufort, capitaine au régiment de Grassin, en embuscade au pied de cette montagne pour favoriser la retraite des uhlans, trouvant
(1) Ses Uoupes composaient utt corps de 40 B. et 100 E.
une si belle occasion de se distinguer, quitta brusquement son poste, et alla au travers de l'escarmoucbe attaquer un village où il y avait des pandours retranchés dans le cimetière; il les en délogea et les poussa dans la Meuse. Comme il en revenait d'autres, et qu'il courait risque d'être enveloppé, on lui envoya ordre de se retirer; mais, quoiqu'il eût un bras cassé, il fit semblant de ne pas entendre, poussa sa pointe, et, secondé de quelques volontairesde la Morlière,mit en déroute ce qu'il rencontra.
Pendant ce prélude, M. d'Aulzey marcha à un autre village oii le gros des ennemis était retranché. Les uhlans, les détachements des régiments de Grassin et de la Morlière percèrent tout de suite dans ce village, sans attendre les troupes réglées, et coururent droit au gué, où ils tuèrent beaucoup de croates qui voulaient se sauver. Les autres se jetèrent dans les maisons, où ils se défendirent. Outre les prisonniers, le reste fut noyé, et il s'en sauva peu à la nage, car la Meuse était couverte de chapeaux et de bonnets. Après cette expédition faite à la vue des troupes, le maréchal descendit de la montagne et retourna à l'armée. Toutes les dispositions étaient si bien prises que le prince de Waldeck ne pouvait sortir du camp des Romains pour marcher en avant de ce côté-là, sans courir risque d'un échec avant de pouvoir y rentrer, et il y avait encore moins à craindre pour une tentative en faveur de Namur, dont le siège continuait avec le plus grand succès.
La nuit du 15 au 16, on prolonge le travail sur la droite du Coquelet, en travaillant à deux cavaliers de tranchée, pour battre le chemin couvert de ce fort. A la porte de Saint-Nicolas, un boyau partant du centre de la parallèle est poussé vers la Meuse presque au pied du glacis, pour tâter le fort Balard. A l'attaque d'oulre-Meuse, on achève le couronnement de la lunette du fort Biwac; on prolonge un boyau jusqu'à la Meuse, avec un crochet au boyau de la gauche, pour se mettre à couvert du fort de Jambe. Une nouvelle batterie à droite et au-dessous de cette lunette bat en brèche l'ouvrage à corne et le fort Balard.
Le 16, le fort Balard est enlevé l'épée à la main, et dans la nuit du 16 au 17 on poussa des zigzags sur les hauteurs entre le Coquelet et le Balard, pour partir de là et forcer une ligne parallèle à la gorge de ce dernier fort. Le travail de Saint-Nicolas fut aussi avancé, et, à l'attaque d'outre-Meuse, des canons prennent
en flanc le fort de Jambe. Il devient important à cette date de suivre le mouvement des armées après le passage de la Meuse à Maëslricht par les alliés , car leur direction vers Tongres et Bilsen force le maréchal à changer de position.
Le 17, l'armée sur une colonne se porte la droite à Tongres, où était auparavant la- gauche, et celle-ci vers Bilsen. En marchant pour prendre cette position, on vit paraître les ennemis, et on se hâta d'occuper Bilsen, où se jeta M. de Flainville. C'était le corps de M. Trips qui débouchait; voyant qu'il n'y pouvait arriver avant nous, il s'empara d'un pont sur le Demer, mais il en fut chassé par les volontaires royaux sous M. de Mortaigne. L'ennemi y revint à plusieurs reprises, et en fut toujours repoussé par les mêmes troupes, qui s'y maintinrent et escarmouchèrent pendant cinq heures, jusqu'à l'arrivée de renforts; alors il se replia tout à fait. Cependant le maréchal avait pris ses dispositions en cas d'attaque; l'emplacement de la gauche de l'armée étant couvert par des marais et des terrains impraticables, il retourne à la droite, qu'il établit en avant de Tongres, environné de marais, le seul endroit par où les ennemis pussent venir l'attaquer; il y place M. de Clermont-Gallerande avec un corps de troupes considérable, et il le fortifie encore de plusieurs retranchements. Il laisse son quartier général à Tongres avec M. de Biron, et il envoie M. de Bougé à Hasselt. Ayant en même temps appris que le corps du prince de Waldeck, quittant le camp des Romains, passait à la gauche du Jaar et marchait sur lui, il ordonne à M. d'Estrées de se replier du mont Saint-Pierre sur la réserve de M. du Ghayla au ruisseau de Freeren, de passer ce ruisseau ensemble, et de venir occuper le camp qu'on venait de quitter. M. du Chayla prend derrière le Jaar une position inattaquable ; M. d'Estrées campe entre cette rivière et le ruisseau de Freeren. Ce dernier est attaqué à son arrière-garde, sans qu'elle soit entamée par le corps de M. de Baronay, qui avait passé la Meuse à Visé. Le même jour, le prince Charles dressait ses tentes en avant de notre ligne, portait du côté de Bilsen sa gauche au Jaar, sur les hauteurs de Milieu.
Ces mouvements ne dérangeaient en rien le siège de Namur. La nuit du 17 au 18, les tranchées du Coquelet et les communications sont continuées. Le travail de Saint-Nicolas est prolongé, de droite
et de gauche des cavaliers de tranchée, sur l'avant-chemin couvert des ouvrages de Meuse. Ce chemin couvert est couronné par sa gauche jusqu'à la Meuse. A l'attaque d'outre-Meuse, on ne fit point de nouveaux ouvrages : tous ceux nécessaires aux batteries sont terminés; mais on continue à battre vivement le corps de la place et tout le bastion de la demi-lune de l'ouvrage à corne vers la Meuse , du côté de la porte Saint-Nicolas.
Le 18 au matin, le comte de Clermonl, M. de Lowendal, les autres officiers généraux et les ingénieurs jugèrent la brèche faite par les batteries d'outre-Meuse à l'ouvrage à corne de la porte Saint-Nicolas, vers la basse Meuse, praticable le soir, et celle du corps de la place le lendemain de bonne heure; et comme il se trouvait une petite langue de terre qui donnait accès à la brèche de l'ouvrage à corne, il fut résolu de l'atlaquer. M. de Lowendal, chargé de la conduite de cette attaque, avec M. de Bauffremont, de tranchée, amuse l'ennemi à la droite par des feux continuels, pendant qu'on le tournait parla gauche où était la brèche, sur laquelle le feu ne cessa point de tirer pendant tout le jour; il continua avec la même vivacité à l'heure désignée pour l'attaque. L'ennemi, entendant toujours tirer sur cette brèche, n'imagina point qu'on attaquait et se tenait tranquille, quand les grenadiers de Monaco et de Rohan montèrent àiabrèche et trouvèrentl'ennemi couché. Toutde suite est établi le logement dans l'ouvrage à corne de la demi-lune située en avant, en même temps que dans la Lunette et les chemins couverts.
Le 19, à 7 heures du matin, le fort Coquelet, sommé de se rendre, se soumit à l'instant. On s'empare des forts de Saint-Fiacre, de Saint- Antoine, de Saint-Isidore et de Jambe. Nos troupes y montrèrent une valeur, une conduite, une obéissance sans égale. Officiers et soldats s'y distinguèrent par leur bravoure et leur intelligence. M. de Bauffremont fit merveille; M. de Lowendal dirigea ses attaques avec sa haute science. Aussitôt des batteries sont construites dans l'ouvrage à corne pour détruire le flanc des bastions du corps de la place, déjà entamée du côté de la Meuse, pour la rendre plus praticable à l'assaut. A 11 heures, l'ennemi demandait à capituler, et à minuit M. deCrommelin se présentait au comte de Clermont.
Les principaux articles portaient que les portes de Bruxelles et de Saint-Nicolas seraient remises à nos troupes deux jours après la signature, pendant lesquels il y aurait suspension d'armes et aban-
don de la haute et basse ville. Ainsi cette place formidable avait été réduite en six jours de tranchée ouverte.
MM. de Polignac (1) et Robert (2) allèrent porter au roi la nouvelle de la capitulation de Namur.
Comme M. de Clermont n'avait plus besoin d'autant de troupes pour le siège des châteaux, M. de Fremure partit le 20; M. de Ségur avec son corps, en tout 19 B. 19 E., se rendit à Braives, pour y rester et couvrir Namur, ou pour rejoindre l'armée dans la supposition d'une action prochaine.
La veille, le maréchal, monté à cheval à A heures du matin, s'était rendu sur la montagne de la Justice, près de Tongres, grande route deMaëstricht, pour reconnaître l'ennemi, qui n'osa rien entreprendre contre l'armée, ni en faveur des châteaux de Namur. Immédiatement après la reddition de la ville, le comte de Clermont ordonna les préparatifs pour le siège des châteaux. M. de Lowendal emploie les deux jours de trêve portés par la capitulation à chercher des emplacements pour les batteries et à déterminer les points d'attaque.
Le 20, à la pointe du jour, nos troupes prennent possession des portes. Les munitions de guerre, l'artillerie, sont livrées.
Le 21, avant midi, la garnison évacue la ville, et monte dans les châteaux, peu soucieuse de se voir obligée de soutenir un second siège. Elle fit cette démarche avec un regret, une lenteur et une répugnance qui manqua de se tourner en révolte, suivie d'une grande désertion. Pendant qu'on exécutait la capitulation de Namur, les troupes destinées à aller renforcer l'armée se mirent en marche. M. de Ségur part le20 du camp d'outre-Meuse, campe le même jour à Gerbiré, et le 21 à Braives sur la Mehaigne, oîi il trouve les 10 autres B. et 5 E. amenés par M. de Fremure en une seule marche. Il se porte le lendemain à Oreye sur le Jaar avec toutes ses troupes, afin de joindre la droite de l'armée.
On a pu s'étonner qu'en présence de la désorganisation des alliés et de la prise successive des places fortes de la frontière, le maréchal de Saxe n'ait pas songé à tenter une action qui aurait
(1) De Polignac (François- Alexandre, comte), lieutenant dans Royal-Vaisscaiix, colonel d'Enghicn, maréchal de camp en 1758.
(2) Robert, colonel de Picardie, brigadier en 1748.
terminé la guerre. Il faut se garder de juger d'après les exemples que les guerres postérieures nous ont présentés et de taxer le général en chef de timidité. 11 connaissait merveilleusement les troupes qu'il dirigeait, et cette lettre prouvera combien sa méthode lente, mais sûre, était le résultat de ses profondes études du caractère de ses soldats.
« Je mé suis affaibli, écrivait-il au roi, de 63 B. et d'autant d'E.; j'ai contenu le prince Charles, qui est actuellement vis-àvis de moi à une portés de canon; un petit ruisseau nous sépare. Je ne crois pas cependant qu'il m'attaque, et je pense avoir beaucoup fait que de l'avoir obligé de m'abandonner Namur et de se retirer par un pays où son armée a souffert considérablement, sans m'ètre commis à un combat toujours douteux lorsque l'on n'a pas des troupes sur la discipline desquelles on puisse compter. Les Français sont ce qu'ils étaient du temps de César, et tels qu'il les a dépeints, braves à l'excès, mais inconstants ; fermes à se faire tous tuer dans un poste, lorsque la première charge est passée ; car ils s'acharnent dans les affaires de postes, si l'on peut les faire tenir quelques minutes seulement; mais mauvais manœuvriers en plaine.. . 11 faut donc avoir recours aux dispositions, que l'on ne saurait faire avec trop de soin. Le simple soldat s'y connaît, et, lorsqu'il est bien posté, l'on s'en aperçoit d'abord à sa gaieté et, à ses propos... Telle est notre position; elle est établie sur des principes solides, et je tâche de ne rien donner de capital au hasard. La prise de Namur nous fo urnit les moyens de porter la guerre au sein de la Hollande la campagne prochaine; et, si nous avions un échec, il ne serait pas d'une conséquence bien grande. La première place arrêterait assez nos ennemis pour nous donner le temps de nous reconnaître. Il faudrait qu'ils en prissent plusieurs pour nous ramener d'où nous sommes partis, et nous les défendrions mieux qu'ils ne font. Mais V. M. trouverait peu de brillant dans cette méthode de faire la guerre, et je ne l'adopte pas dans tousles cas. La campagne prochaine nie fournira peut-être les moyens d'en changer. Encore une place ou deux, pour assurer nos derrières, nos subsistances, nos convois, et puis je crois qu'il sera à propos d'opérer par incursions. »
Tout en se renfermant dans cette ligne de conduite prudente, le maréchal souhaitait plus d'être attaqué qu'il ne le craignait; en
effet, sa situation actuelle entre Tongres et Bilsen était si bien assurée que les ennemis ne pouvaient entreprendre de l'y forcer sans courir risque d'une défaite totale. Gela n'empêcha pas les escarmouches, dont le succès fut variable. Pendant que l'armée d'observation contenait celle des alliés, les préparatifs du siège des châteaux s'activaient.
Le 24, le comte de Clermont fait ses dispositions pour l'ouverture de la tranchée, fixée à la nuit suivante, et désigne deux attaques, l'une à la gauche par rapporta la ville sur le fort d'Orange, l'autre à droite sur le fort Camus. Adeux heures après midi, on commence à frapper de toutes pièces à la porte des châteaux. Ce fut le premier acte d'hostilité qu'il y eut depuis le 19, et les ennemis n'avaient pas encore tiré un seul coup, quoique la trêve fût expirée depuis le 22 au matin. Al'entréedelanuit, la tranchée estouverte en même temps aux deuxattaques.Surles onzeheures dusoir, nos bombes mettent le feu aux donjons du château et font sauter un magasin à poudre; les pierres volèrent jusqu'à la place de la ville. Les travaux étaient poussés avec une grande activité. Les ennemis firent aussi un feu très vif jusqu'à trois heures du matin.
Le même jour, le maréchal, apprenant que les alliés marchaient par leur gauche, envoie M. de Ségur camper sur deux lignes derrière le ruisseau de Freeren, entre Tongres et le corps de M. d'Estrées, pour donner à ce dernier la facilité de s'étendre par sa droite, ce qui s'exécuta vers le soir. En même temps, reconnaissant la position de l'ennemi, il ordonne à MM. de Ségur et d'Estrées de tenir leurs troupes en bataille à la pointe du jour, afin de marcher à celles des alliés. A son retour, il donne le même ordre à l'armée, pour être prête à se porter aussi en avant.
Le 25 au matin, M. de Saxe alla rejoindre les deux premiers corps, et, aussitôt que le brouillard commença à se dissiper, il les conduisit sur le plateau de l'autre côté de Freeren, laissant la chaussée de Liège à sa droite. Les troupes s'y formèrent sur trois colonnes, celles de M. de Clermont et d'Estrées à la droite, l'infanterie et le canon de M. de Ségur au centre , et 14 E. à la gauche. La maison du roi et les carabiniers y vinrent aussi en seconde ligne. Cependant ayant observé les ennemis, qui avaient passé sur la droite du Jaar au nombre de 18 à 20,000 hommes, composés pour la plus grande partie de hussards autrichiens, d'Anglais et de
Hollandais aux ordres du prince de Waldeck, il les trouva campés derrière le ravin de Saint-Siméon, très profond, large, très étendu, depuis le Jaar jusqu'au delà d'Houtain. Après les avoir bien examinés, et vu l'inutilité de les canonner, l'impossibilité de passer ce ravin et la proximité du reste de l'armée ennemie, prête à suivre cette avant-garde, il ne voulut point risquer une affaire qui serait devenue générale; et, comme la partie n'était pas égale, il fit rentrer ses détachements dans leurs différents camps. Ainsi il préféra laisser les ennemis maîtres de s'étendre jusqu'à Liège, et de retomber dans la même disette qui les avait forcés d'abandonner Namur, que de leur donner la moindre prise sur lui dans les circonstances présentes. Bien certain qu'ils n'oseraient rien entreprendre en faveur des châteaux de Namur, il se contenta d'en couvrir le siège, dont le succès était alors l'unique objet de ses soins.
La nuit du 25 au 2G, eut lieu l'attaque sur la gauche (dite de la Sambre, de Salsinne, ou encore du fort d'Orange); trois boyaux ou débouchés de la parallèle marchent sur les faces et sur l'angle saillant de ce fort; celui de la gauche longeait la rivière, et s'approchait d'un réduit qui couvrait une face du même fort. A l'attaque de la droite (du vieux mur, ou du fort Camus) est prolongée la parallèle aux deux bouts. La droite augmentée débordait la gauche de la capitale du fort Camus, ainsi que le saillant du chemin couvert. La gauche de cette parallèle prolongée débordait entièrement la droite de ce fort et embrassait en même temps une redoute armée. Le lendemain, on travailla à l'établissement d'une batterie à la gauche de la parallèle du fort d'Orange , pour en battre une face, et à deux batteries de mortiers et pierriers à la parallèle du fort Camus, pour inonder de pierres le chemin couvert et les autres ouvrages des ennemis dont le feu nous incommodait.
La nuit du 26 au 27, on pousse à la droite de la parallèle du fort d'Orange une prolongation de boyau qui gagnait une redoute, pour se joindre à la gauche de la parallèle du fort Camus, une autre au centre, dirigée sur une face du fort d'Orange, et deux autres boyaux tout à fait à la gauche sur le bord de la Sambre, dont la gauche était appuyée au pied de la montagne au-dessous de l'intervalle des deux châteaux. La parallèle du fort Camus est prolongée à sa gauche, peu distante de la parallèle du fort d'Orange. De son
centre un boyau presque droit marcha, avec un crochet au bout, sur le saillant du chemin couvert du fort Camus et sur la redoute à côté. A la droite de cette parallèle, on débouche par une sape en trois longs zigzags sur le saillant du chemin couvert à la gauche du même fort. Le fort Camus et les ouvrages voisins continuent leur feu.
La nuit du 27 au 28, la droite de la seconde ou demi-parallèle du fort d'Orange est poussée jusqu'à la barrière d'une redoute abandonnée, et joint presque la gauche de la parallèle du fort Camus. A la gauche de cette demi-parallèle, on poussa vers la Sambre un boyau à sape double, avançant entre le fort d'Orange et Terra- Nova. Comme cet ouvrage était enfilé par le feu des châteaux, des traverses tournantes y sont construites avec un zigzag en face du bastion droit du fort d'Orange. Le mineur, malgré les difficultés qui s'y rencontraient, est attaché à la palissade, travaillant presque partout dans le roc. Le travail des nuits précédentes est perfectionné, en même temps qu'une batterie est construite sur la ligne au flanc gauche du fort d'Orange, afin de battre en brèche le bastion de Terra-Nova; du côté de la Sambre, toutes nos batteries de canons et de mortiers, établies dans les ouvrages de la ville, répondent vigoureusement au feu de l'ennemi.
Le 28, sont prises les dispositions pour l'attaque du chemin couvert du fort Camus. A 10 heures du soir, M. de Crillon, de tranchée à l'attaque du fort Camus, fait déboucher les grenadiers à la droite et à la gauche de la parallèle; ils marchent des deux côtés vers le chemin couvert. M. de Chamoux, capitaine au régiment de Champagne, marche au même instant à la tête de volontaires par un chemin escarpé dans les rochers et attaque le flanc gauche du chemin couvert. Tout fut d'abord emporté sans résistance , sauf la redoute, qui se défendit avec un feu très vif; les grenadiers furent obligés de l'escalader en montant sur les épaules les uns des autres. Le travail de la dernière attaque ne consista qu'en une prolongation des zigzags sur le bastion droit du fort d'Orange. Nos batteries continuèrent leur feu, et commencèrent ensuite à battre en brèche.
Le 29, sur les deux heures après midi, l'ennemi abandonne le fort Camus et se jette dans la Cassotte.Le fort s'était rendu sans que la brèche y fût praticable. Dans la nuit du 29 au 30, M. de Bauf-
fremont, de tranchée à la tête des grenadiers du fort d'Orange, s'empare d'une partie de l'avant-chemin couvert, et tout de suite y fait le logement.
Le 30 au matin, M. de Crommelin, commandant de la garnison des châteaux, envoie deux colonels demander une capitulation honorable. Le comte de Clermont leur fit dire qu'ils n'en pouvaient espérer d'autre que celle de se rendre prisonniers de guerre. M. de Lowendal les mena sur les remparts de la ville, lui montra la brèche du fort d'Orange praticable, et celle de Terra-Nova qui commençait à l'être. Ils en furent confondus, et retournèrent • donner leurs impressions au commandant. Cependant M. de Clermont donne ses ordres pour l'attaque du fort d'Orange la nuit suivante.
A 5 heures et demie du soir, on change la direction des batteries qui tiraient sur la brèche du fort d'Orange, et on les tourne sur celle de Terra-Nova. A C heures, les grenadiers débouchent pour l'attaque; ils étaient presque au pied de la brèche, lorsqu'on entendit de la tranchée crier Vive le roi! et l'on vit le drapeau blanc arboré à Terra-Nova, et les otages arriver avec leurs propositions.
Le 1" d'octobre au matin, la capitulation est signée (1), et la garnison se rend prisonnière de guerre, pour remettre sur-lechamp à nos troupes une des portes des châteaux, et en sortir dans trois jours pour être conduite à Mons.
Ainsi se termina la conquête de tous les Pays-Bas autrichiens; mais la campagne n'était point finie, il fallait maintenant éloigner l'ennemi de cette frontière.
Le 5, entrent dans la ville et les châteaux de Grillon et de Bonac, 4 B., plus 1 B. d'artillerie, des compagnies de mineurs, avec 2 régiments de dragons sous M. de Lussan. Les troupes se réunissent au camp de Vedrin et de Champion, soit 39 B. et 25 E., y compris 1 B. d'artillerie et les 4 B. de la Tour d'Auvergne arrivés de Philippeville. Le comte de Clermont se dispose le lendemain à rejoindre l'armée à Tongres avec les 3 B. et les 4 E. partis de
(1) MM. les généraux de Fimarcon, de Clievreuse, Fontenay, du Châtelet, Pumbecq, de Chaulnes, de Salles, de Fiennes, BaufTieniont furent employés au siège des chàteauv de Nainur avec les régiments de Picardie, Champagne. Grillon, Monaco, la Cour-au-Clianlre, Rolian, Angoumois, Cambrésis, la Fèrc, Nivernois et Auvergne.
Sedan, qu'il devait recevoir en route. Le maréchal gardait toujours la môme position, n'attendant que l'arrivée de ces troupes pour déloger l'armée alliée et l'empêcher de prendre des quartiers en deçà de la Meuse et dans le pays de Liège.
Les Hollandais, Anglais, Hanovriens et Hessois, qui avaient passé sur la droite du Jaar depuis le 24 de septembre , occupaient tous les villages depuis cette rivière jusqu'à Rocoux. Ils poussaient une tête dans les faubourgs de Liège et des hussards jusqu'aux environs d'Huy. Ils voulaient même occuper la ville de Liège et en tirer des subsistances de force, comme ils faisaient dans les villages des environs, mais on leur en ferma les portes. Ils envoyaient aussi des hussards du côté de Malines, Bruxelles et Louvain. Il fut donc question de marcher à l'ennemi, s'il s'obstinait à garder sa position, de le forcer une seconde fois à la retraite, et de terminer glorieusement cette brillante campagne par une nouvelle action d'éclat. C'était le projet de M. de Saxe.
Versailles fut d'abord informé que la flotte anglaise commandée par l'amiral Lestock, assemblée à Plymouth , et dont on avait ignoré la destination, arrivée sur les côtes de Bretagne, débarquait près de la rivière de Quimperlé un corps de 6 à 7,000 hommes aux ordres du général Sainclair, ce qui détermina le roi à faire marcher des troupes de ce côté. 20 B., 1 régiment de dragons et 2 de cavalerie prennent la route de la Bretagne, ayant à leur tête M. de Gontades, en attendant M. de la Fare, qui devait se rendre dans cette province et être remplacé dans les Évêchés par M. de Ségur. Le projet des Anglais consistait à s'emparer de Lorient (1). Leur retraite, dont on ne fut instruit que quelques jours après, ne changea cependant rien à l'ordre du départ des troupes destinées pour la Bretagne; mais, avant de faire ce mouvement, elles devaient se trouver à une des plus glorieuses journées qu'ait eues l'infanterie française.
Pendant que Versailles tournait son attention vers la mer, M. le comte de Saxe apprit, de son côté, que les alliés projetaient de prendre des quartiers dans le pays de Liège, qu'ils en avaient même d^jà fait un état de répartition, et qu'ils voulaient lui couper
(1) Voirie sixième volume des Guerres soms Louis XV, Descentes des Anglais sui: les côtes de France.
toute communication avec la ville de Liège, sans trop s'éloigner de Maëstricht. Débarrassé du soin de couvrir un siège et de se procurer les moyens d'en entreprendre un autre, occupation qui l'avait empêché pendant toute la campagne de marcher à l'ennemi, le maréchal cherchait les occasions de le combattre , ce qui le détermine à rappeler le corps de troupes du siège des châteaux de Namur, avec ordre de se mettre en mouvement le 6. lîn attendant leur arrivée, il observe les mouvements de l'ennemi.
Le 7 au matin, sur le nouvel avis d'un mouvement général pendant la nuit, soit pour s'étendre dans le pays de Liège, où se trouvait déjà le corps du prince de Waldeck, soit pour se retirer, il ne savait pas encore s'ils avaient passé le Jaar ou pris la route de Maëstricht. Dans cette incertitude, il fit des dispositions des deux côtés de cette rivière pour entamer leur arrière-garde. A cet etfet, l'armée se met en bataille à la tête du camp, et il en détache les troupes de M. de Salières, avec ordre de déboucher par Bilsen. M. de la Mothe-Houdancourt est en môme temps chargé de marcher avec les ailes gauches de l'armée, infanterie et cavalerie, pour joindre M. de Clermont-Gallerande à Fongelberg, afin'de s'avancer ensemble sur les hauteurs du Jaar dans le vieux camp des alliés. Ces trois lieutenants généraux se rendirent à leur destination à la gauche du Jaar; mais ils n'y trouvèrent point l'ennemi, qui avait passé sur la rive droite de cette rivière , où M. le maréchal porta sa principale attention pendant qu'on remplissait ses ordres de l'autre côté.
M. d'Estrées, à la droite de cette rivière avec son détachement, passe le ruisseau de Freeren, et est suivi de M. de Chazeron avec le corps de troupes ci-devant commandé par M. de Ségur du même côté. M. de Glermont-Tonnerre passe aussi à la droite du Jaar, et ensuite le même ruisseau de Freeren avec les ailes droites, la maison du roi, les carabiniers, 4 brigades d'infanterie, les volontaires royaux et l'artillerie.
M. le maréchal, qui avait pris les devants pour reconnaître l'ennemi, s'avance dans la plaine au delà du ruisseau de Freeren, oti il arrive à dix heures du matin. Il vit d'abord un corps ennemi en bataille à la tête de son camp, à la droite du Jaar, derrière un grand ravin. Bientôt il aperçoit un si grand nombre de tentes, derrière le premier camp et dans la plaine d'Houtain, qu'il croit toute leur
armée réunie. Quelques coups de canon, tirés sur les troupes en bataille devant lui, leur firent faire un mouvement en arrière et se retirer à hauteur du village de Slins, garni d'infanterie et de canon.
Le maréchal profita de ce mouvement pour faire passer le ravin aux régiments d'Alsace et de Monnin-infanterie, Saint-Jal, Vintimille et Rosen-cavalerie, aux carabiniers et volontaires royaux; il se met lui-même à la tête de ces troupes pour reconnaître l'ennemi de plus près. C'est alors qu'il voit distinctement l'armée ennemie en bataille sur deux lignes, ayant à la droite et à la gauche deux ravins impraticables, et au centre le village de Slins, garni et soutenu par toute l'armée. Il jugea trop hasardeux de l'attaquer dans une position aussi avantageuse, et l'heure étant trop avancée pour pousser d'autres troupes. Néanmoins , il canonne le village de Slins pendant six heures, et laisse plusieurs fois charger la cavalerie, les uhlans et les volontaires royaux. Ces derniers, entre autres, voyant quelques escadrons ennemis s'avancer au grand trot pour venir s'emparer d'une batterie postée en avant , marchèrent à eux au galop et les mirent en déroute; M. le maréchal courut quelque risque dans cette occasion, ayant eu un cheval tué. Content de cet avantage, et ne pouvant le pousser plus loin, il ordonne la retraite au soleil couchant, et les troupes rentrent dans leurs différents camps. Le prince Charles appuie sa droite sur le Jaar, au-dessous du village de Slins. Le prince de Waldeck, qui occupait auparavant ce terrain, porte sa gauche près de Liège. Leur position en exigeait une nouvelle de notre part.
Le 8, l'armée du roi quitta la position qu'elle occupait entre Tongres et Bilsen, marcha sur quatre colonnes, et revint dans son ancien camp, la droite à Oreye, vers la chaussée de Liège à Saint- Trond , la gauche et le quartier général à Tongres, le Jaar étant en avant de la première ligne. Pendant ces mouvements, le comte de Clermont opérait le sien avec les troupes du siège de Namur, sans lesquelles il était impossible de rien entreprendre contre l'ennemi. Rassemblées h Vedrin et à Champion, près de Namur, elles partent, le 6, sur trois colonnes, et s'établissent sur une ligne, la droite à Bonefle sur la Mehaigne, la gauche à Ramillies. Le lendemain, elles se remettent en marche sur quatre colonnes, campent sur deux lignes, la droite à Avernas, la gauche à Houtain-l'Évêque, et,
le 8, se portent en deux colonnes, la droite à la tombe d'Oleye, la gauche vers Oreye, rejointes par les régiments que M. de Putanges avait envoyés de Sedan par la route de Gharleroi.
Le maréchal, qui recevait ainsi un renfort de 42 B. et de 29 E., n'attendait que l'arrivée de ces troupes pour aller à l'ennemi. Il distribue ses forces en plusieurs corps pour passer le Jaar, et les forme en bataille sur deux lignes, deux réserves, deux corps détachés sur la droite et deux autres sur la gauche, afin de marcher le lendemain et de camper dans cet ordre, excepté 2 B. de grenadiers royaux, de la cavalerie et du canon destinés à couvrir les équipages qui devaient rester sous les remparts de Tongres.
Le 10, l'armée traverse le Jaar à 10 heures du matin. Le corps de M. d'Estrées, campé à la droite de cette rivière, était destiné à couvrir les campements de l'armée ; il part dès le point du jour, et se place entre la chaussée pavée de Tongres et celle de Saint-Trond, qui conduisent l'une et l'autre à Liège, afin d'observer les mouvements des alliés et de reconnaître leur camp. Pendant qu'il opérait son mouvement, les ennemis se croyaient dans la plus grande sécurité, persuadés qu'il n'avait d'autre objet que de couvrir l'armée à Tongres. Ils restèrent dans cette erreur jusqu'à 2 heures après midi, que celte armée qui s'était d'abord allongée vers Waremme, sans qu'ils s'en aperçussent, commença à paraître sur dix colonnes. Alors M. d'Estrées marche par sa droite et se place sur le flanc gauche de l'ennemi à hauteur de Bierset. Ce mouvement ne put être terminé que vers les 5 heures du soir.
Un corps ennemi, aux ordres de M. de Baronay, occupait les hauteurs de Bierset; comme il était important de s'en emparer, afin de reconnaître les débouchés pour se porter le lendemain sur le flanc de l'ennemi, M. d'Estrées charge M. d'Armentières de tourner avec toutes ses troupes légères ce corps ennemi, pendant que lui-même marcherait avec quelques troupes réglées sur le flanc de M. de Baronay pour l'obliger à se retirer. M. d'Armentières, après un combat très vif, resta maître des hauteurs. Pendant ce temps l'armée du roi vint camper sur les positions désignées dans l'ordre où l'on devait combattre le lendemain (1).
(l)L'objetde celte campagne est d'appuyer les sièges de Mons et deCharleroi ; c'est celle qui précéda Rocoux. La lenteur, la prudence avec laquelle procède le maréchal provoquent souvent le blàmc, parfois intéressé, de ceux qui, de loin,
Le corps d'armée ou de bataille campait sur deux lignes et deux réserves principales à Olhée entre les deux chaussées de Tongres et de Saint-Trond qui vont à Liège , la droite à Hognoul.
La première ligne était composée de 44 B. et de 48 E., avec 60 pièces de canon; la seconde, de 32 B. et de 48 E. La première réserve, aux ordres de M. du Chayla, comprenait 10 B., 31 E., la maison du roi, les Gardes et les carabiniers. La seconde, à la droite, sous M. de Contades (29 B. et 16 E.), devait renforcer les corps détachés à droite et à gauche, et dépassait la gauche de l'ennemi à Bierset; le premier, aux ordres de MM. de Glermont et de Lowendal, comprenait 19 B. et 39 E. et sur son front 20
voyaient sa faveur grandir-, il craint lui-même les murmures des soldats et comprend qu'il doit maintenir leur moral : c'est alors qu'il cherche à les amuser au moyen d'une troupe d'opéra-comique qu'il avait fait venir au camp. La veille de la bataille de Rocoux, le maréchal appelle Favart, ce poète qui le suivait à l'armée.
« Je vais, lui dit-il, vous confier un secret que vous garderez jusqu'à ce soir. Demain je livre une grande bataille et personne ne s'en doute. Ce soir, lorsque le spectacle sera terminé, vous annoncerez pour demain relâche à cause de la victoire. Vous ajouterez qu'après-demain on jouera les Amours grivois et Cylhère assiégée. Allez et mettez-moi ce que je viens de dire en vers-, votre charmante femme chantera le couplet sur un air militaire ; faites huit ou dix vers, pas plus. »
Le soir la salle était comble, et, au lieu d'un ordre du jour. M™'' Favart chanta :
Demain nous donnerons relâche, Sans que le directeur s'en fâche :
Demain bataille, jour de gloire!
Que, dans les fastes de l'histoire.
Triomphe encor le nom français.
Digne d'éternelle mémoire!
Revenez, après son succès, Jouir des fruits de la victoire !
Après le dernier mot du couplet, saluant le roi et plaçant sur ses lèvres roses le bout de ses doigts, elle baissa lentement la main en envoyant aux officiers, à la troupe son plus charmant sourire. Le maréchal, qui n'assistait pas à la représentation, dit au baron d'Espagnac : « C'est une victoire pour demain, car le cœur humain s'enmèlcra! Demain à la poudre et aux balles. Bonsoir. » C'est ainsi qu'il menait la guerre, joyeusement, philosophiquement.
Trois jours après, un des couplets des Amours grivois finissait ainsi :
Anglais chéris de la victoire,
Vous ne cédez qu'aux seuls Français ;
Vous n'en avez pas moins de gloire.
{Théâtre du maréchal de Saxe en Belgique, 1748, 2 vol. in-8°. — Mémoires, Eméry.)
pièces de canon et l'artillerie de M. de Malezieux. Le second, à l'extrême droite, se composait, sous M. d'Estrées, de 8 B. et de44E. Enfin à la gauche deux corps masquaient le ravin de Slins depuis ce village jusqu'au Jaar, l'un de 14 B. et de 36 E. avec M. de Clermont-Gallerande, et sur son front iîO pièces de canon et l'artillerie de M. de la Roche-Aymond ; l'autre, à l'extrême gauche, sous les ordres de M. de Mortaigne, comprenant 4 B., les volontaires royaux composant 3 autres B. et 6E., les chasseurs de Fischer, les croates et de l'artillerie.
L'armée des alliés campait sur deux lignes, avec un corps de réserve, dans sa même position que le 7, en forme d'un demicercle. La droite, oh se trouvaient le prince Charles et le général Bathiani avec les Autrichiens, campait à Houtain, près du Jaar, ayant en avant un gros corps d'infanterie au village de Slins, d'oîi descend un ravin très profond et très large vers cette rivière. Au centre, les Anglais, Hanovriens et Hessois, avec le général Ligonier et leurs autres généraux, tirant du côté de Visé et de la Meuse, étaient couverts par les villages de Rocoux, de Voroux et de Liers, dont les haies et les fossés formaient des obstacles et retranchements considérables. A la gauche, les Hollandais, avec le prince de Waldeck, s'étendaient jusqu'au village d'Ans, près de Sainte- Valburge, faubourg de Liège. Le front de toute la gauche restait sans défense depuis Rocoux jusqu'à Ans; mais il y avait à ce dernier village plusieurs ravins et chemins creux, extrêmement difficiles et descendant à Liège, assurant assez bien cette gauche, oiî se trouvait aussi une partie des Bavarois arrivés depuis peu; le reste gardait les ponts. Pour ajouter quelques nouvelles défenses à la portion de la ligne qui en était dénuée, le prince de Waldeck fît établir trois batteries assez étendues sur une hauteur, qui flanquaient le village de Rocoux d'un côté et celui d'Ans de l'autre, enfin une autre batterie à la tête des ravins de ce village. La position des ennemis, qui au premier coup d'œil paraissait assez bonne, et l'était en effet eu égard au front du camp, avait bien des défauts , par beaucoup trop d'étendue et peu de profondeur; tous les derrières étaient coupés par des vallons presque impraticables, ce qui donnait peu de facilité à une aile de secourir l'autre, ne laissait point de place pour porter des réserves, et rendait par conséquent bien difficiles les moyens de réparer les dé-
sordres qui arrivent dans une bataille. A ces désavantages il faut joindre celui d'avoir derrière soi une rivière telle que la Meuse, dont les bords sont très difficiles, et que l'on ne peut passer qu'à Visé, où les alliés avaient construit trois ponts.
Quoique le maréchal eût fort maltraité leur arrière-garde, le 7, près de Slins, il ne jugea pas à propos d'entamer une attaque à leur droite; il connaissait trop bien les obstacles de ce côté. Cette connaissance le détermina d'entreprendre avec des forces réunies sur leur centre et sur leur gauche la première attaque sur cette gauche, en même temps qu'il en formerait trois autres sur les villages de Liers, de Voroux et de Rocoux , et de laisser à M. de Mortaigne le soin d'observer la droite de l'ennemi et de la contenir par sa position sur le ravin de Slins; projet d'autant plus sage que par son exécution il se mettait à portée de battre entièrement l'armée ennemie, sans pouvoir être battu lui-même, puisqu'il était impossible au prince Charles de déboucher par sa droite et par son centre pour suivre l'armée française, si elle était obligée de se retirer, au lieu que ce prince n'avait lui-même pour retraite entre le Jaar et la Meuse que le camp des Romains àTextrémité du mont Saint- Pierre.
Les dispositions de la bataille de Rocoux sont admirablement exprimées par le maréchal dans son ordre donné la nuit du 10 au 11 au camp d'Orlhey.
« Toute l'armée laissera le camp tendu sous la protection des vieilles gardes de cavalerie et de celles du camp de chaque B. Le corps d'armée marchera sur huit colonnes, quatre de cavalerie aux deuxailes,et quatre d'infanterie au centre. Chaque division aura en tête l'artillerie qui lui sera assignée, et sera précédée de travailleurs. MM. les officiers généraux conduisant les colonnes sont priés d'observer dans la marche de rester à même hauteur, pour ne point se dépasser, se réglant sur leur droite, et de laisser 500 pas de distance d'une colonne à l'autre et 100 d'intervalle d'un B. à l'autre, afin d'avoir le terrain nécessaire pour les quarts de conversion et l'intervalle des lignes. Après le corps de bataille marcheront les deux réserves commandées, la première, par M. du Chayla, la seconde par M. de Contades, ces quatre lignes devant attaquer par le centre, et protéger les attaques de la droite et de la gauche.
« Les corps détachés à la droite et à la gauche marcheront sur autant de colonnes que ceux qui les commandent jugeront pouvoir le faire, eu égard à l'objet de leur opération et à la nature du terrain. Comme ils doivent commencer les attaques, on leur laissera les chaussées libres, et les deux parties d'artillerie qui ne sont point détachées s'avanceront à leur suite. La réserve d'artillerie aux ordres de M. de la Roche-Aymond marchera sur la chaussée de Tongres à Liège, et la tête ne dépassera pas sans ordre la réserve de M. de Contades. Le corps de M. d'Estrées aura la droite de l'attaque en débordant les ennemis à leur gauche, et, après avoir forcé le faubourg de Sainte- Walburge, il les prendra à dos. Celui du comte de Clermont attaquera aussi les ennemis à leur gauche, et tirera delà réserve de M. de Contades une, deux et jusqu'à trois brigades d'infanterie, s'il en a besoin, ainsi que du gros canon de la réserve d'artillerie de M. de Malezieux, qui marchera sur la chaussée de Saint- Trondà Liège. Celui de M. deMortaigne, qui est à l'extrémité de notre gauche, passeraleravinquiestdevantlui, et donnera de l'inquiétude à la droite des ennemis. Celui de M. de Clermont-Gallerande s'allongera aussi de ce côté-là sur le grand ravin de Villers-Saint-Siméon, et suivra les mouvements de l'armée. Un officier major par brigade se tiendra auprès de M. le maréchal, qui sera dans le centre, pour recevoir et porter ses ordres.
<( Toutes les troupes resteront dans la position oîi la nuit les trouvera pour recommencer au jour à attaquer l'ennemi. »
Le 11 octobre^ à l'heure marquée (1), le corps de M. d'Estrées, à l'extrémité de notre droite et de la gauche des ennemis, marchesur trois colonnes, les troupes légères à sa droite, l'infanterie au centre avec l'artillerie et la cavalerie à sa gauche, pour arriver de front sur la chaussée de Saint-Trond à Liège, pendant que le comte de Clermont longerait cette même chaussée sur quatre colonnes pour soutenir et achever cette attaque. Au bout d'un quart d'heure de marche, M. d'Armentières , à l'avant-garde de M. d'Estrées avec un détachement de troupes légères, lui mande qu'il voyait beaucoup
(1) Un orage, qui éclata dans la nuit, avait retaTdé notre mise en marche jusqu'à 8 heures du malio, et permit à l'ennemi, prévenu par nos mouvements de hi veille, de prendre ses dispositions pour soutenir le combat. A raidi seulement , les armées se trouvèrent en présence.
de troupes se mettant en bataille. Il tourne le village d'Ans, et il découvre toute la gauche de l'ennemi.
Ce village est séparé en deux par une petite plaine. La portion la plus voisine de Liège était garnie des troupes ennemies, qui paraissaient aussi vouloir occuper l'autre. Pour s'y opposer, M. de Saint-Germain s'y jette avec 2 brigades d'infanterie et du canon. La cavalerie fut mise en bataille sur deux lignes à la gauche du village ; les dragons restèrent à la droite pour barrer la petite plaine qui le sépare en deux, l'infanterie légère occupa les haies d'Ans sur la droite des dragons. A 10 heures, arriva M. le comte de ClermontavecM. deLowendal, sur l'avis donné par M. d'Estrées de ce qui se passait. Il reconnaît distinctement toute Taile gauche ennemie en bataille sur deux lignes de cavalerie, le village d'Ans rempli d'infanterie, avec plusieurs B. en colonne sur le flanc gauche, ainsi qu'une réserve d'infanterie à l'extrémité de cette gauche qui formait une troisième ligne, et que quelques B. gardaient en avant du centre et de la gauche de la première ligne de cavalerie les trois batteries que le prince de Waldeck avait fait porter sur une hauteur entre les villages d'Ans et Rocoux. M. deCIermont jugea à propos de faire passer 2 brigades d'infanterie dans la petite plaine qui sépare le village d'Ans, d'y faire venir du gros canon, et de différer le reste de la disposition jusqu'à l'avis du maréchal. En attendant, on travaille à ouvrir des communications et à placer des batteries sur le prolongement de la ligne de cavalerie ennemie, sur les haies du village d'Ans, et pour battre une grosse maison renfermant de l'infanterie.
M. le comte de Glermont revint à sa division avec 2 nouvelles brigades d'infanterie tirées de la réserve de M. de Gontades, et il réunit cette division à celle de M. d'Estrées, en sorte que la droite se trouvait forte de 8 brigades d'infanterie, outre la cavalerie, qui devaient attaquer le village d'Ans, les haies et le reste du faubourg deSainte-Walburge,ettournerlagauche ennemie composée de Hollandais, tenus en respect sur leur front de bataille par la droite de notre corps d'armée.
Le prince ordonne à M. d'Estrées d'attaquer le village d'Ans avec 2 brigades d'infanterie, pendant qu'il le soutiendrait avec les autres. L'infanterie légère des régiments de Grassin et de la Morlière devait tourner le village par la droite. La brigade de Picardie, ayant
en tête des grenadiers, sous MM. de Fiennes et de Montbarey, fut placée en colonne à la droite, ayant à sa gauche celle de Monaco sur deux lignes, aux ordres de M. de Froulay. Celle de Ségur en colonne marchait <'i côté de Monaco, et celle de Bourbon sur deux lignes formait la gauche. Ces deux dernières brigades étaient aux ordres de M. de Saint-Germain. A la gauche on plaça 20 pièces en deux batteries, dont l'une dirigée vers l'infanterie qui se trouvait sur le flanc de la cavalerie des ennemis, et l'autre vers leurs batteries. La première, appuyant au ravin qui descend d'Ans à Liège, était soutenue par 1 brigade d'infanterie. La seconde devait suivre le flanc gauche de la brigade de Bourbon. 10 E. de dragons en arrière de ces batteries , 14 E. de cavalerie sur la même ligne que les dragons, faisaient face à la cavalerie ennemie.
Le village deRocoux, occupé parles ennemis devant le centre de leur armée, ne permettait pas d'étendre davantage la cavalerie de notre droite par sa gauche. M. de Rosen commandait cette division, avec ordre de charger lorsqu'il le jugerait à propos. M. d'Armentières, avec toutes les troupes légères à cheval, éclairait les derrières et devait suivre l'ennemi dans sa retraite.
A 2 heures, cette seconde disposition fut achevée à notre droite; les pièces commencèrent à tirer, et démontèrent tout de suite une batterie des ennemis qui avait assez incommodé la brigade de Champagne et notre cavalerie pendant les premiers moments. A la quatrième décharge, les troupes se mirent en mouvement dans le plus grand ordre et m.archèrent aux premières haies, où la brigade de Picardie se montra. Nous étions alors au bord du grand chemin pavé qui mène de Saint-Trond à Liège. M. d'Estrées y fit avancer la grosse artillerie.
A 3 heures, on commença l'attaque du village d'Ans. Picardie, soutenue par Monaco, forçait les haies, dont on s'emparait successivement, pendant que la brigade de Ségur marchait en colonne sur le front'du village, soutenue par celle de Bourbon. Ce mouvement fut très vif et sans aucun désordre. En s'emparant à la fois de toutes les premières haies et du village d'Ans^, on s'allongea par ce village pour prendre le reste des haies du faubourg de Sainte-Walburge et attaquer les Hollandais en flanc. L'infanterie ennemie qui bordait le ravin, ne pouvant soutenir notre feu, se retira dans la plaine, abandonnant 6 pièces de canon. La cavalerie hollandaise fit alors
un mouvement audacieux; mais elle ne pouvait en tirer aucun avantage. -10 E. ennemis vinrent sur deux lignes prendre la place de leur infanterie et voulurent attaquer le régiment de Baujolais, qui franchissait les haies et n'était pas encore tout à fait formé. Lorsque les soldats eurent repris leur rang, ce B. marche à la cavalerie ennemie, dont une partie commençait à passer le ravin. La décharge fut faite à propos, et la cavalerie culbutée. Elle se rallia et voulut revenir à la charge; mais M. le chevalier de Pons ayant fait avancer 1 B. de Bourbon et border le ravin, la cavalerie fut attendue avec une entière confiance, et elle fut saluée de façon à ne plus revenir. En même temps, les brigades de Picardie, Monaco et Ségur achevèrent de forcer les haies et le faubourg , et, un moment après, toute l'infanterie se trouva border le ravin. Notre cavalerie, avant ce moment, avait tenté inutilement de charger celle des Hollandais, ayant à son front un chemin creux; ce chemin n'avait pu être reconnu avant l'attaque, et empêchait M. de Rosen de passer. Elle reçut ordre de s'avancer, pour déboucher en défilant par quatre.
Cependant quelques B., à l'extrémité de notre droite, sortent des haies. Cette marche trop audacieuse rendit le moment critique , car la cavalerie ennemie s'était ralliée, de même qu'un gros corps d'infanterie hollandaise qui s'avança pour attaquer et tâcher de reprendre le village d'Ans. Ce corps repoussa d'abord nos B. jusqu'aux haies. Ceux-ci firent ce mouvement sans désordre, et seulement pour se mettre sous la protection de 3 B. qui flanquaient si bien cette ligne, que l'infanterie ennemie, ne pouvant soutenir notre feu de front et de flanc, se relira en désordre et ne parut plus. Ces attaques et le feu de l'artillerie forcent les troupes de l'aile gauche de l'armée ennemie de s'éloigner des haies; on profite de ce moment pour avancer le canon et faire déboucher 8 B. dans la plaine, sans quitter le point d'appui que nous avions à notre droite, dont l'infanterie légère couvrait le flanc. On forme en même temps une seconde ligne dans les haies, pendant que la brigade de Rosen se met en bataille à la gauche de la première ligne. Cette première Hgne s'avança, et la seconde passa la haie, ayant à sa gauche la brigade de Saint-Jal; l'artillerie éloigna l'ennemi, obligé de céder.
Le reste des corps de MM. de Clermont et d'Estrées suivit ces
deux lignes; et comme on avait si bien réussi à emporter le village d'Ans, les haies du faubourg de Sainte- Walburge sont garnies de troupes, afin de battre les Hollandais de front et de flanc et de les pousser au loin. Pendant ces différents mouvements et ces progrès rapides de notre droite, le maréchal de Saxe avait disposé à la gauche de son centre trois colonnes, tirées toutes de la gauche, pour attaquer les villages de Liers, de Voroux et de Rocoux qui couvraient le centre ennemi.
M. de Glermont-Gallerande, avec les brigades de Mailly, Bretagne et Artois, devait attaquer Liers; M. d'Hérouville, avec celles de Montmorin, Navarre, Royal et Auvergne, le village de Voroux; M. de Maubourg, avec celles d'Orléans, Beauvoisis, Rouergue et Royal-Vaisseaux, celui de Rocoux. Malgré ces dispositions prises depuis 1 heure après midi, l'attaque, qui devait commencer par la première, ne put être entamée qu'à 3 heures. Ce retard et la connaissance que le maréchal avait que les villages de Liers , de Voroux et de Rocoux étaient garnis d'une nombreuse infanterie, le déterminèrent à diriger ces trois colonnes sur Voroux et Rocoux seulement. Cette précaution ne fut pas inutile, car ces villages étaient occupés par 12 B. anglais, hanovriens et hessois, Télite de l'infanterie des alliés, que soutenait le centre de leur armée, composé du reste de l'infanterie des mêmes nations, et protégés en avant par des haies retranchées aussi garnies de troupes, et par une nombreuse artillerie chargée à cartouche. M. de Glermont-Gallerande attaque le village de Voroux sur la gauche avec ses 3 brigades d'infanterie, et M. d'Hérouville et de Maubourg celui de Rocoux au centre avec leurs brigades réunies. A 3 heures et demie, c'est-à-dire un peu après l'attaque du village d'Ans à notre droite, ces trois colonnes marchèrent aux haies de Voroux et de Rocoux : elles y trouvèrent d'abord une vigoureuse résistance, et quelques B. hésitèrent un moment; mais les soldats bientôt ranimés par la présence du maréchal, par sa contenance tranquille et audacieuse au milieu du feu, revinrent à la charge, firent des prodiges de valeur et emportèrent les pre mières haies.
A 4 heures, les deux villages sont chargés avec une impétuosité sans exemple. Celui de Voroux est d'abord emporté par les 3 brigades de Mailly, Bretagne et Artois, la baïonnette au
bout du fusil, aux ordres de M. de Clermont-Gallerande, qui tourna ensuite sur celui de Liers son artillerie et celle qu'il venait de prendre à l'ennemi. Le village de Rocoux, renfermant les principales forces de l'ennemi, fit aussi la plus vigoureuse résistance, et se défendit avec la même valeur que la nation anglaise et hanovrienne avait montrée l'année précédente à Fontenoy; mais il trouva les mêmes vainqueurs. Impossible de détailler toutes les actions héroïques à l'attaque de Voroux et de Rocoux; il suffit de dire que, malgré une résistance opiniâtre, tout fut emporté en une demi-heure. Le village de Liers, qui n'avait point été attaqué aussi promptement que M. le maréchal le désirait, se trouvant accablé par l'artillerie de M. de Clermont-Gallerande, après la prise de celui de Vorou^, est abandonné par la plus grande partie de l'infanterie, qui se voyait tournée. Ceux qui voulurent faire tête aux 10 B. commandés par M. le chevalier de Belle-Isle, sont bientôt forcés, et le village emporté. Pendant ces progrès, qui conduisaient à une victoire complète si le jour n'eût pas été si avancé, M. le maréchal passe, avec toute l'infanterie de la droite du corps de bataille, le long du village de Rocoux pour tourner une grande redoute des ennemis sur le front du centre de leur ligne.
A 5 heures, le maréchal pénètre dans le camp ennemi pour joindre sa droite, déjà sur la hauteur de Vottem, dans leur champ de bataille. Les ennemis, se voyant pris en flanc par un si grand nombre de troupes, ne songèrent plus à tenir. La déroute fut générale à leur gauche, et elle entraîna le centre et la droite. On les poursuivit jusqu'à hauteur des villages de Liers et de Milmont, où la nuit nous surprit. Pendant qu'on enfonçait leur centre, M. d'Estrées, après avoir battu et tourné leur gauche, conjointement avec le comte de Clermont, longeait les hauteurs de la Meuse, laissant Vottem à sa gauche, pour tâcher de couper à l'ennemi la communication avec ses ponts. Il fut averti par ses détachements que l'artillerie hollandaise se retirait par ce village avec une légère escorte; il la fit attaquer par les hussards et les régiments de Grassin et de la Morlière qui la mirent en fuite. Tant à Votterh que le long de la Meuse, ces mêmes troupes trouvèrent aussi occasion de se distinguer, comme elles avaient fait depuis le commencement de la bataille, ainsi que toute l'infanterie chargée des attaques.
Une journée aussi heureusement commencée donnait les plus grandes espérances : la nuit vint mettre les bornes à la victoire. Avec deux heures de plus, ou l'attaque deux heures plus tôt, on aurait détruit entièrement l'armée ennemie. La confusion régnait dans leur armée , séparée en deux et sans communication. Leur centre et leur gauche se retirèrent en désordre vers les trois ponts établis à Visé, oh avec un peu de jour on aurait tué ou noyé tout ce qui n'aurait pu passer.
Leur droite, composée des Autrichiens, ne combattit point. Elle se retira vers le camp des Romains, ou de Saint-Pierre sous Maëstricht. Quelques B. gardèrent un peu d'ordre en formant un B. carré, contre les volontaires royaux. Cette droite, couverte par le grand ravin de Saint-Siméon, avait été observée pendant la bataille parle corps de M. de Mortaigne et la cavalerie de M. de Clermont- Gallerande, qui restèrent sur ce ravin à notre gauche, pour tenir les Autrichiens en respect et les empêcher de se porter sur le centre.
Les volontaires royaux , M. de Mortaigne en tête , vinrent cependant à la fin de l'affaire joindre les autres troupes légères, qui harcelèrent Tennemi dans sa retraite. Notre centre ne put attaquer, parce que, pour avancer, il fallait auparavant déloger l'ennemi du village de Rocoux, et alors il eût prêté le flanc au feu de ce village et à celui des redoutes de la hauteur qui furent ensuite tournées. Quand il put marcher, il trouva les ennemis abandonnant les redoutes et leur artillerie : la nuit ne lui permit pas d'aller plus loin. La cavalerie en général, quoique l'on combattit dans un pays de plaine, ne put donner ce qu'on espérait; la nuit avait mis fin au combat lorsqu'elle commençait son mouvement pour tomber sur les ennemis qui fuyaient de toutes parts .
Ainsi ce fut une victoire bien glorieuse pour l'infanterie, qui la décida en moins de trois heures, en laissant la cavalerie presque immobile. Le maréchal, parfaitement secondé par M. de Cremilles, combattit, pour ainsi dire, sans préoccupation. Son plan fut si bien conçu qu'il était presque impossible de ne pas battre l'ennemi, et que, même ne le battant pas, celui-ci n'en pouvait tirer aucun avantage. Il se porta partout avec intrépidité, et communiqua aux troupes l'assurance et la confiance qu'inspirait
le vainqueur de Fontenoy et le conquérant de tous les Pays-Bas autrichiens. Il se multiplia dans tous les endroits où il crut sa présence nécessaire, et son air audacieux et inébranlable au milieu du feu était accompagné d'une sérénité qui assurait du succès. Cependant un moment il supposa que notre infanterie pliait, parce qu'il en vit sortir beaucoup du village de Rocoux; mais c'étaient des blessés quittant leurs armes pour aller se faire panser, et il eut la consolation de voir ce village emporté avec une valeur et une rapidité sans exemple. Cette victoire nous coûta 3,318 hommes, tant tués que blessés (1),
La perte de l'ennemi fut plus considérable, par le nombre d'officiers généraux et quantité d'autres de distinction tués ou blessés. Le nombre des tués et des autres blessés se montait à 7 ou 8,000, et l'on compta dans la suite jusqu'à 5,000 de ces derniers envoyés à Maëstricht. Il en périt aussi une grande quantité en repassant la Meuse, soit sur les ponts qui se rompirent, soit à la nage, ayant manqué le gué de Visé dans le désordre et la confusion de la déroute ; en sorte que leur perte fut de plus de 12,000 hommes en tués, blessés, noyés et prisonniers.
Nous leur enlevâmes 20 drapeaux, 11 étendards, 71 pièces de canon ou obusiers, dont 40 sur le champ de bataille, à Voroux et Rocoux, 6 sur le ravin d'Ans, 23 à Vottem, et beaucoup de munitions. L'armée coucha sur ses positions et, le lendemain 12 octobre, le maréchal de Saxe la reconduisit vers le Jaar, oîi elle reprit son ancien camp de Tongres.
(1) Tués : 1,139 hommes (lieutenant générai, 1*; lieutenants-colonels, 2; capitaines, 17 ; lieutenants, 13; soldats, 1,106). Blessés : 2,379 hommes (brigadiers, 2; colonels, 10 ; lieutenants-colonels, 12; capitaines, 150; lieutenants, 137; soldats,
* De Salignac (Gabriel-Jacques), marquis de laMothe-Fénelon, neveu du grand Féuelon et petit-neveu d'Antoine, décédé au mois d'octobre 1683. Né le 25 juillet 1688; capitaine au Royal-Cuirassiers, 12 décembre 1706; colonel de Bigorre, 9 mars 1701); brigadier,!" février 1719; maréchal de camp, 1" août 173i; lieutenant général, 1" mars 1738; ambassadeur en Hollande, cpiilte celte position en 1744 pour prendre un commandemeut dans les armées; est tué à Rocoux d'un coup de canon (H octobre 1740^.
Son fds (François-Louis), né le 7 novembre 1722, sert en Bohême, en Westphalie; colonel de la Fère, 12 mai 1744; combat à Courtray, à Fontenoy, etc.; blessé à Lawfeldl; brigadier, 27 juillet 1747; maréchal de camp, 10 février 1759; lieutenant général, 25 juillet 1762; appelé au gouvernement de la Martinique, y meurt en avril
Le 13, MM.deRolian(l)etde Valfons (2) perlèrent au roi les drapeaux et étendards de l'armée alliée en recommandant tous les généraux, officiers et soldats qui s'étaient distingués dans cette glorieuse journée. C'était bien terminer la campagne, mais trop tard pour entreprendre le siège de Maëstricht. Le maréchal, avec M. de Cremilles, s'occupa d'envoyer les troupes dans leurs quartiers d'hiver; auparavant il fit partir celles destinées à la Bretagne. Le 14 et le 15, il désigne 6 B. pour remplacer, du côté de la mer, les 7 B. irlandais attachés aux 20 en route pour la Bretagne, tout en dirigeant en même temps sur cette province les 13 autres, 1 régiment de dragons, et 2 de cavalerie, précédés par M. de Contades. Puis il s'occupa de l'évacuation des hôpitaux, du transport des blessés, tant des nôtres que de ceux des alliés qui avaient été abandonnés.
Le prince Charles, retiré au château d'Elsloo, derrière Maëstricht, n'avait laissé en deçà de la Meuse que des troupes légères, ne voulant pas s'éloigner de cette rivière. Le reste des Autrichiens prit position sur trois lignes : l'une bordait la rive droite de la Meuse depuis Sittard, les deux autres s'étendaient le long de la rivière de Gelen jusqu'au château de Heerlen. Les Hollandais, Anglais, Hanovriens, Hessois et Bavarois étendaient leur droite à Meersenhoven, oii le prince de Waldeck avait son quartier; l'infanterie bordait la Meuse jusqu'à Wyck, et la cavalerie jusqu'à Fauquemont.
Les ennemis n'attendaient vraisemblablement que la séparation de nos troupes pour prendre aussi des quartiers d'hiver. Ils avaient résolu de laisser 15,000 hommes aux ordres du prince de Waldeck à Maëstricht, tout en n'ayant pas tout à fait renoncé au projet de mettre autant d'Autrichiens dans la ville et le pays de Liège. Une menace du maréchal aux députés de ce pays fit bon effet. M. de Saxe, ayant achevé l'arrangement des quartiers d'hiver avec
(1) Prince de Rohan de Monlbazon, colonel de Berry; brigadier en 1757; maréchal de camp, 21 avril 1759.
(2) Charles de Mattei de Valfons (famille originaire d'Italie), né à Nîmes en 1710 ; passe par tous les grades; aide de camp du maréchal de Saxe; colonel des grenadiers royaux; brigadier en 1748; lieutenant général ; mort en 178G. A laissé des mémoires. Son quatrième frère, le marquis de Fontanelle, fut aide de camp du maréchal de Belle-Isle.
MM. de Cremilles etdeLéchelles, leva le camp de Tongres, sépara les deux armées réunies et dirigea leur marche vers les différentes provinces d'où elles étaient venues.
Le 19, MM. de Lautrec et de Maubourg, suivis de la 1'"^ division des troupes qui formaient auparavant l'armée de Conti, se rendent en trois jours au camp sous Namur.
Le 20 octobre, la seconde et dernière division suivit la première afin de se trouver, le 22, au même camp aux ordres de M. de Saint- André, qui devait commander toute cette armée jusqu'à nouvel ordre, et la conduire en quatre divisions à Mézières pour y faire la séparation des troupes. Le même jour, l'armée du maréchal de Saxe partit aussi du camp de Tongres, et alla coucher ce jour-là à Saint- Trond, le 21 à Tirlemont, et le 22 à Louvain, excepté 5 régiments ayant pris la route de Namur aux ordres de M. de Lowendal, pour y tenir garnison.
Le 24, le maréchal sépare son armée à Louvain. Les troupes marchent sur trois colonnes vers les quartiers qui leur sont destinés : la première à droite sur Malines et Anvers, la seconde à gauche sur Mons et les places du Hainaut, la troisième au centre sur Bruxelles, et celles de Flandre. Le 25, il se rend de sa personne à Bruxelles, où il restera jusqu'à l'entière séparation des alliés encore dans leurs camps.
Le 27, l'armée des alliés commence à se séparer et à défiler vers ses quartiers. Les Anglais devaient occuper Bréda et les environs; les Hanovriens et Hessois, Bois-le-Duc, Eyndoven et la campine liégeoise; les Hollandais, la basse Meuse et le dedans de leur pays; les Bavarois, Berg-op-Zoom; les Autrichiens, les duchés de Limbourg et de Luxembourg. Restaient 10 B. hollandais et autant d'autrichiens à Maëstricht, renfermant toujours 5,000 blessés.
Le 28, la première division de l'armée de Conti partit aussi du camp sous Namur pour Mézières, suivie successivement par les trois autres, le tout avec M. de Saint-André, qui envoie ensuite ces troupes vers leurs différents quartiers, tant dans les Évêchés. où commandait M. de Ségur, que dans les autres districts de la frontière d'Allemagne. Il remercie ceux des officiers généraux qui ne devaient point être employés pendant l'hiver, et communique aux autres leur destination, suivant l'état de M. de Saxe, qui, le 29, demandait au roi six pièces de canon prises à la bataille
de Rocoux, trois aux armes d'Angleterre, trois à celles de Hesse, destinées à son château de Chambord, comme souvenir de la gloire par lui acquise dans cette journée mémorable. C'est le 30 qu'il reçut l'entière confirmation de la séparation des alliés et la nouvelle de l'éloignement du prince Cbarles.
Après une campagne aussi glorieuse, les troupes commencèrent à jouir d'un repos mérité, et des récompenses accordées dans le pays conquis. Le maréchal était logé, meublé, chauffé, éclairé; les lieutenants généraux employés, également logés ou gratifiés d'environ iO,000 liv. pour leurs quartiers d'hiver; les maréchaux de camp, 5,000 liv.; les brigadiers, 2,500; les colonels, 120 liv. par mois; les lieutenants-colonels, 86 liv., et ainsi jusqu'aux soldats ayant part à ce logement.
Le 1®' novembre, les officiers généraux employés sur la frontière reçoivent leurs lettres de service, et les troupes une nouvelle gratification ou bien vivre portée à la somme de trois millions, en récompense des services rendus par leur valeur.
Nos troupes avaient alors pris leurs quartiers (1), et M. de Saxe, toujours à Bruxelles, devait y rester tant que le prince
(1) Quartiers du pays conquis : à Namur, M. de Lowendal : 11 B., 4 E. et les Grassins; à Charleroi, M. de Bergeyck : 2 B. et 2 E. ; à Mons et à Saint- Ghiislain, MM. d'Estrées, de Relingue et Robert: 8 B. et 9 E.; à Nivelles et à Binch, M. de Vaux : 2 B. et 5 E. et les croates; à Braine-le- Comte et à Soignies : 1 B. et 3E. ; àHal, M. de Bonaventure : 2 B. et 2 E. ; à Louvain, MM. de Saint-Germain et Pascal : 12 B., 9 E. et le régiment de la Morlière ; à Malinos, M. de Lussan : 5 B., 9 E. et le régiment des Cantabres; à Anvers, MM. de Clermont-Gallerandc et de BaulTremont : 9 B. et 8 E.; à Gand, MM. du Chayla, d'Espagnac : 8 B. et 16 E. ; à Dendermonde : 1 B. et 4 E. ; à Vetteren : 4 E. ; à Audenarde, M. de Beaucaire : 1 B. et 8 E.; à Ath, M. d'Armentière : 1 B. et 4 E. ; à Lessine : 5 E. ; à Enghien : 4 E. ; à Alost, M. do Montmorency -. 4 E. ; à Ninove, M. do Malézieu : 2 E. ; à Grammont , M. de la Valette : 4 E. ; à Bruges et au fort de Damme, MM. de Bullieley et Thomé : 3 B. et 4 E. ; à Ostende et au fort de Plassendal, M. de la Molte-d'Hugucs : 4 B. ; à Nieuport, M. de Seedorf : 2 B. ; à Furnes, M. d'Eslrées: 1 B. ; à Ypres, MM. de Ceberetct de Rommecourt : 1 B. et demi et 4 E. ; à Rousselaer : 4 E. ; à Deynse et Courtray : 6 E. ; à Menin et Werwick : 4 E. ; à Commines et Warneton : 4 E. ; à Tournay, MM. de Brezé, de la Suze et de Dreux : 5 B. et 8 E.;à Renaix: 4 E.
Quartiers de l'ancienne domination : à Givet et Chaiiemont, M. de Gravel: 2 B. et 4 E. ; à Philippeville et à Marienbourg : 1 B. et 4 E. ; à Valenciennes, M. de Danois : 3 B. et4 E. ; àMaubeuge, M.Phelipi)cs: 2B.et3 E.; àCondé: 1 B.; àAvesnes : 1 demi-B. ; à Landrecies : 1 demi-B. ; au Quesnoy : 1 B. ; à Cambrai et Bouchain :
Charles demeurerait à Maëstricht, afin d'être au courant de ses démarches, car le prince avait conservé 19 B. dans cette dernière place; la plus grande partie de ses troupes était encore sous la toile; le reste défilait lentement vers les quartiers d'hiver; ses troupes légères, aux ordres du général Trips, occupaient Tongres, Saint-Trond et autres villes du pays de Liège en deçà de la Meuse ; enfin il pouvait avoir des vues sur quelqu'un de nos quartiers, pour tâcher de se dédommager en quelque façon de sa triste campagne. Mais le prince Charles partit pour Vienne, le 10 novembre, laissant au général Bathiany à Aix-la-Chapelle le commandement sur tous les quartiers, dans les duchés de Limbourg et de Luxembourg, dans le pays de Liège, à droite et à gauche de la Meuse, du côté de Bréda, de Bois-le-Duc et de la Hollande. Alors le maréchal, avant de quitter Bruxelles, termine toutes ses dispositions.
Comme Louvain, Malines et Anvers étaient les places les plus exposées à une entreprise de la part des ennemis, M. d'Estrées, commandant à Mons, devait se porter sur Bruxelles et rassembler les troupes des environs pour aller au secours de ces trois premières places en cas d'attaque, tandis que M. de Lowendal marcherait avec la garnison de Namur sur Huy et Liège pour couper les ennemis, et que M. de Clermont-Gallerande se tiendrait prêt à tout événement avec la garnison d'Anvers. Il était spécialement ordonné de retirer celle de Louvain, si on ne pouvait la secourir à temps, parce qu'on savait que les ennemis ne pourraient pas s'y tenir faute de subsistances. En même temps le maréchal ordonne d'assurer nos communications avec Mons et Namur, et de faire des ouvrages à Louvain, Malines, Anvers, etc., et, le H novembre, il retourne à Fontainebleau.
Les Hanovriens campaient encore entre Venloo et Ruremonde, n'ayant pu obtenir du roi de Prusse le passage par la Gueldre prussienne, pour se rendre dans la Gueldre hollandaise. Le reste des alliés continue à marcher lentement et avec beaucoup de
1 B. ; à Lille : 4 B. et 4 E. ; à Douai : 3 B. ; à Arras : 4 E. j à Bergues : 1 derai-B. ; à Dunkerque, M. d'Aunay : 4 B. ; à Gravelines : 1 B. ; à Calais et au fort Niculay, M. (le Mézières : 4 B. et 4 E. ; à Ardres : des invalides et 1 E. ; à Boulogne, M. de Tressan : 1 B.; à Sainl-Omer cl Saint- Venant ; 2 B.; à Aire etàBéthune : 1 B.
difficultés. Les ennemis semblaient quitter avec peine les environs de Maëstricht, et craindre à l'égard de cette place la même révolution qu'à Bruxelles en pareille saison. Ils y laissèrent une forte garnison, composée de 10,000 hommes, montant la garde avec bouches à feu sur les remparts. On y fit des préparatifs de défense comme à la veille d'un siège. Le général Bathiani prenait des mesures pour rassembler en trois jours 30,000 hommes, et marcher au secours de cette place en cas d'attaque, pendant que nous prenions les mêmes précautions pour la sûreté des nôtres.
M. de Lowendal met Louvain et Namur en état de soutenir un siège, M. de Lussan agit de même pourMalines et M. de Clermont- Gallerande pour Anvers.
Quelques jours après, le duc de Cumberland arrivait à la Haye prendre le commandement des troupes alliées. Aussitôt il s'y tint un grand conseil, dans le but de concerter les opérations de la campagne prochaine et d'exciter les Hollandais à une levée extraordinaire. C'est sans doute à cette occasion que se répandit le bruit général d'une entreprise contre un de nos quartiers, d'autant que les ennemis avaient ordre de se tenir prêts à marcher, et que les troupes dans le duché de Luxembourg devaient venir masquer Namur, tandis que le reste des alliés marcherait sur Louvain, Matines, ou Anvers, ce qui fit redoubler de précautions dans ces places. Nous ne devions avoir aucune crainte, puisque nous pouvions rassembler 40 B. en trois jours, tandis que les ennemis ne pouvaient en mettre que 25 en ligne, et qu'il était facile de les empêcher de se jeter du côté de la mer en les attirant sur la haute Meuse, oii ils auraient de la peine à subsister. Cependant, comme les bruits d'une entreprise s'accréditaient de plus en plus, il devint nécessaire de consulter le maréchal de Saxe, alors alité à Chambord.
Le 26, il répondit au ministre qu'il approuvait fort le projet de faire marcher 12 B. en cas de besoin, mais qu'il était d'avis d'en suspendre l'exécution jusqu'à ce que Ton pût juger de l'intention des ennemis par des mouvements réels ; qu'il ne fallait pas fatiguer les troupes par des inquiétudes prématurées ; qu'il avait laissé des ordres pour l'évacuation de Louvain, si on ne pouvait le secourir à temps; qu'il serait môme à désirer que les ennemis vinssent s'y établir, parce qu'ils y mourraient de faim et qu'on n'aurait pas de peine à les enlever: qu'Anvers était en sûreté et n'avait rien à
craindre de leur part; que, quand même ils réussiraient à débarquer sur le quai de celte place , la garnison tiendrait bon dans la citadelle, et donnerait le temps à l'arrivée d'un secours; que, sans magasins , ils étaient plus occupés des moyens de se refaire, de rassembler une armée pour la campagne suivante, et même de conserver Maëstricht, que d'inquiéter nos quartiers.
Il avait raison : les ennemis ne furent pas plus à leur aise dans le courant du mois de décembre que dans le précédent, et s'ils firent quelques mouvements, c'était pour chercher des subsistances et achever de prendre des quartiers. Ils avaient alors à Maëstricht 18 B. et 9 E. de diverses nations; 10,000 hommes dans le pays de Liège à droite et à gauche de la Meuse, la plupart de troupes légères, aux ordres des généraux Trips et Baronnay.
Les troupes réglées d'Autriche occupaient les duchés de Luxembourg et de Limbourg; le reste des alliés, Bréda, Bois-le-Duc, Grave, Nimègue, Venloo, Hervé, Spa, Verviers, Fauquemont, Stavelot et autres lieux sur la frontière de Hollande.
Il arrive à Ruremonde un énorme convoi de pièces de campagne, mortiers et chariots chargés de munitions sous une forte escorte; les alliés attendaient encore des renforts d'Allemagne, ainsi que de l'Angleterre et de la Hollande, pour la campagne de