‹ Les guerres sous Louis XVChapitre 19 sur 23 · MARECHAUX DE CAMP · texte numérisé non relu

MARECHAUX DE CAMP

Meric.

BRIGADIERS

RÉGIMENTS

D'HôrouvilIc.

Pandrau.

Solar.

Bèrgeret.

G lier y.

Daubigiiy.

Egmont.

Beausol)re.

Greoadiers royaux, G. Coincy, 2.

Chalillon, 2. D'Autans, 2. La-

traine, 2. Chantilly, 2.

Gardes françaises , 4. Gardes

suisses, 4.

De Paris,!. Neuchâtel, 1. Mon-

lai'gis, 1. Nantes, I.

Mantes, 1. Soissons, I. Rennes, 1.

Redon, 1. Senlis, 1. Corbeil, 1. Orléans, 1.

Saint-Brieux, 1.

Carabiniers, 10.

Dragon s-Bauffremont, .'i. Septif manie, 5.

Dragons-Egmont, 5. Mestre-decamp général, 5.

j Hussards-Beausobre, 4. Turpin,5.

( Berchiny, 6.

Fischer, volontaires Bretons, La Morlière. *

Corjjs détaché sous le comte de Clermont Gravllle.

Laigle.

Beaupréau.

Du Chàtelet.

Nicolay.

Poyanne.

Latouciie.

?*=<= de Monaco.

Tunderl'eld.

Sparre.

La Tour du Pin.

De Rougé.

Hendicourt.

Raugrave.

Dragons d'Orléans.

Bretagne, 4. Vintimille, 4.

Rosen, 6.

Monaco, 3. Bouac, 1.

La Fère, 1. La Marche, 1. Nice, 1.

Royal-Suédois, 3. Fersen, 1.

Bourbon, 2. Enghien, 2.

Vermandois, 1. Ségur, 3.

Hendicourt, 4. Conti, 4.

Raugrave H., 4. Rosenberg, 4.

Ui E.

Artillerie : d'Arljouville, Gaudechart, de Lornie.

Les mouvements des alliés, l'arrivée d'un renfort de 10,000 Autrichiens, la nouvelle de leurs cantonnements le long de la Meuse et depuis Maëstricht jusqu'à Bréda, avec le quartier général à Eindhoven au centre, se confirment le G.

Nos troupes, à la date du 7, se mettent successivement en marche, d'abord les plus éloignées, ensuite les garnisons voisines de Bruxelles, pour se trouver aux environs de cette place à la même époque. Les chemins sont réparés ; le pain, les fourrages, l'artillerie, tout est prêt. Le 15, l'armée se concentre autour de Bruxelles, au grand étonnement de l'ennemi et des gens du pays, qui n'avaient jamais vu un tel rassemblement fait en si peu de jours et sans confusion. M, de Lowendal, à la tête de 21 B. et 5 E. de dragons, se rend à Gand. Quant au corps d'armée du maréchal, il est placé entre Bruxelles et la Senne, outre 2lo B. à Louvain pour couvrir la droite. La cavalerie, entre Bruxelles et la Dender, avec 2o E. à Dendermonde, assurait la gauche. M. le comte deClermont avec ses 20 B. et 27 E. en avant de Namur, la droite à Wavre, la gauche à la Meuse et à la Sambre, conservait les communications avec Bruxelles et Mons.

Pendant que tout se préparait de notre côté à l'ouverture de la campagne, les ennemis continuaient à faire des marches et contreïnarches dans le pays de Liège, sur la Meuse et aux environs deBoisle-Duc et de Bréda. Le duc de Cumberland, le général Bathiany et le prince de Waldeck se rendirent à Eindhoven. Ils y tinrent de fréquents conseils sur les moyens de commencer la campagne d'aussi bonne heure qu'ils l'avaient projeté. Non seulement ils ne furent pas d'accord sur le choix des premières opérations, mais restèrent convaincus de n'avoir ni les forces ni les subsistances nécessaires à la réussite. Leur indécision, jointe à ces obstacles, consommait le temps. L'un en rejetait la faute sur l'autre, et la mésintelligence qui commençait à régner entre eux augmenta par des divisions personnelles. Le duc de Cumberland, généralissime, s'en prenait aux deux autres généraux des lenteurs de leurs cours à satisfaire à leurs engagements. Le comte de Bathiany , en second , avait de la peine à déférer aux sentiments de ce jeune prince de Waldeck, se voyant avec chagrin subordonné à l'un et à l'autre. Le premier prit son quartier à ïilburg, le second à Eindhoven, le troisième à Hooge. Ils pressèrent néanmoins leurs préparatifs, en attendant le

reste des renforts, et ils espéraient encore nous surprendre, lorsqu'ils apprirent que nous étions prêts à les prévenir. L'investissement du Sas-de-Gand est confié à 8 B. sous M. de Vaux et celui de l'Écluse à 13 B. et 5 E. deSeptimanie-dragons (1).

M. de Lowendal, parti de Gand avec son état-major, passe à Bruges, se porte vers le fort Saint -Donoas, qu'il trouve occupé, longe la digue, oii il laisse plusieurs postes pour empêcher les ennemis de la couper, et se rend à Oudenbourg, où il établit son quartier général. De là il marche vers l'Écluse, et, malgré l'inondation, cette place fut investie au grand étonnement des Hollandais.

M. de Vaux fit l'investissement du Sas-de-Gand avec la même facilité et le même succès. M. de la Morlière se porte avec son régiment sur les redoutes de Bouchante et de Saydick, et les somme de se rendre. La première se soumet, l'autre résiste, mais pour peu de temps. Les ennemis l'abandonnèrent bientôt, et se sauvèrent au fort Philippine. Le régiment de la Morlière s'établit dans les redoutes prises.

Le même jour 17, M. de Contades, ayant reçu à Anvers les troupes et l'artillerie qu'il attendait de Dendermonde et de Bruxelles pour son expédition contre les forts de l'Escaut, envoie à l'entrée de la nuit M. d'Hérouville prendre position sur les digues, et il se dispose à le suivre avant le lever du soleil.

Ce fut aussi le même jour que M. Chiquet remit au président de l'assemblée des États-Généraux un mémoire de M. l'abbé de la Ville (2), ministre du roi auprès de la république. Il exposait que

^1) Eu, 2. Rouergiie, 1. Saxe, 3. Monnin, 3. Laval, 1. Rochefort, 1. Hainaut, 1. Angouinois, 1. Lowendal, 3. Mantes^ 1. Soissons, 1. Rennes, 1. Redon, 1. Richecourt-artilleric, 1. Ouvriers de Balmar, la Morlière, 1,000 hommes.

(2) L'abbé de la Ville, d'abord précepteur des enfants de M. de Fénelon, passe secrétaire d'ambassade, enfin remplace M. de Fénelon, qui prend congé des États- Généraux le 23 août 1744. A la date du 28 octobre 1745, la Hollande et les États- Généraux faisaient partie de la domination anglaise. M. Chiquet, son secrétaire, fut chargé de celte correspondance. M. do la Ville, comme ministre plénipotentiaire à la Haye après la prise d'Ath en 1747, devient en 1764 chef de la direction aux affaires étrangères et un des plus ardents partisans des jésuites. Dans les affaires d'Italie, il donne aux dépêches concernant la cour de Rome la tournure la plus favorable, contrairement aux vues du roi et de son conseil, qui avait décidé leur ruine.

le roi se voyait avec d'autant plus de regret dans la nécessité de continuer la guerre, que le territoire de la république allait être exposé à en devenir le théâtre; qu'il ne désirait rien plus sincèrement que d'inspirer aux f^tats-Généraux, pendant qu'il en était encore temps, des résolutions dignes de la sagesse de leur gouvernement; qu'il ne tenait qu'à eux de prévenir les dangers qui menaçaient la Hollande, et qu'ils pouvaient, en préparant les voies à une paix générale, assurer le repos de leurs sujets; que S. M. profiterait avec empressement des moyens qui lui fourniraient l'occasion de leur faire éprouver les effets les plus réels de son estime et de sa bienveillance. Ce mémoire, accompagné d'une déclaration du roi expliquant plus au long les motifs de l'entrée des troupes françaises sur les terres de la république, portait en substance que, malgré les plus justes sujets de se plaindre des secours illimités que les Provinces-Unies fournissaient à la reine de Hongrie, il n'avait pas voulu regarder les États-Généraux comme ses ennemis directs; que les égards qu'il n'avait point cessé d'avoir pour eux , et les propositions qui en différentes occasions leur avaient été faites par ses ministres, restaient des monuments de la disposition sincère dans laquelle il avait toujours été, non seulement d'éloigner du territoire et même du voisinage des Provinces-Unies le théâtre de la guerre, mais aussi de leur procurer la gloire de contribuer à rétablir la paix. C'était dans cette vue que, dès le mois de juillet 174:2, il avait rendu les États-Généraux dépositaires de ses intentions et des conditions justes et raisonnables auxquelles il consentait alors de terminer la guerre qui agitait l'Europe; que, pour ne laisser aucun doute sur la confiance entière qu'il avait bien voulu leur accorder, il avait môme offert de remettre Dunkerque à la garde de leurs troupes; que, depuis cette époque, il avait constamment piofessé la même modération et les mêmes désirs de conciliation, sans avoir pu inspirer aux Provinces-Unies des sentiments si conformes à l'intérêt particulier de leur république et à l'avantage commun de toutes les nations ; que, non content d'exciter par des démarches secrètes le zèle des États-Généraux, il leur avait fait proposer en 1745 l'assemblée d'un congrès; qu'enfin il n'était pas possible de porter plus loin les mêmes ménagements; que ces ménagements subsisteraient encore, si la raison de la guerre et la sûreté des conquêtes faites sur la reine de Hongrie n'exigeaient

absolument les précautions les plus promptes et les plus efficaces ; qu'il aurait été en droit, dès le commencement de la campagne précédente, de se porter avec son armée sur le territoire des Étals- Généraux lorsqu'ils y accordèrent une retraite aux troupes de ses ennemis; que, les troupes hollandaises étant entrées en 1744 (1) dans les plaines de Lille et de Gisoing, sans que les États-Généraux eussent prétendu par cette invasion lui faire une guerre directe, il déclarait qu'en prenant le parti forcé de pénétrer dans les États de la république, son dessein n'était pas de rompre avec les États- Généraux, mais uniquement d'arrêter ou de prévenir les dangereux effets de la protection qu'ils accordaient aux troupes de la reine de Hongrie et du roi d'Angleterre ; qu'il ne serait pas juste de porter le scrupule au point de respecter à son préjudice la prétendue neutralité des puissances auxiliaires de ses ennemis, tandis que ceux-ci exerçaient les plus grandes vexations contre ses alliés, et même contre des pays qui n'étaient jamais sortis d'une exacte impartialité; que cependant, pour concilier autant qu'il serait possible ce qu'il se devait à lui-même avec les sentiments qu'il conservait encore pour les États-Généraux, il avait ordonné aux commandants de son armée de faire observer une exacte discipline à ses troupes, et de régler toutes leurs opérations sur la nécessité des circonstances; que, pour donner une preuve encore plus convaincante de la sincérité de ses desseins, qui n'avaient pour but que de rendre inutile la mauvaise volonté de ses ennemis, il annonçait qu'il ne garderait les places et pays qu'il se trouverait obligé

(1) La cour de Yersailies était mécontente de ce que les Hollandais avaient joint un corps de leurs troupes à l'armée combinée d'Autriche et d'Angleterre pour agir en Allemagne , et ce corps ayant concouru depuis la dernière bataille de Dettingen à ruiner les fortifications de Gemersheim, cela avait déterminé Louis XV à rappeler de la Haye son ambassadeur, le marquis de Fenelon, le 2'i avril 1744. Cependant les Hollandais , inquiets de l'attaque projetée des Pays-Bas et craignant d'être entraînés dans la guerre, envoyèrent à Paris, le 4 mai 1744, le comte de Wassenaer de Zwickel, ([ui obtint une conférence le 27 mai ; n'ayant pu recevoir satisfaction en faveur de la ville de Menin, il revint trouver le roi à Arras le 21 juillet, et repartit le 23, sans meilleur résultat. Malgré le mauvais succès de ces deux missions, le colonel Larrey, à la fin de novembre, se représenta près de M. d'Argenson, et ne fut pas plus heureux. Après son retour, une ambassade solennelle et politi(iue, venue en 174G jouer le rôle de médiateur, ne fut pas écoutée par suite de la résolution d'assiéger Bréda, et, le 17 avril 1747 se publiait la déclaration de guerre contre les États-Généraux.

d'occuper, pour sa propre sûreté, que comme un dépôt, s'engageant à restituer, du moment où les Provinces-Unies donneraient des preuves non équivoques, en ne donnant plus aux ennemis de la France les secours de toute espèce, principales causes de la continuation de la guerre.

Le 18, M. de Contades rejoint jM. d'Hérouville sur les digues de l'Escaut, établit son quartier général au village de Doël, avec communication d'Anvers. Il saigne les inondations, et commence les préparatifs pour les sièges des forts de Lifskenshock et de la Perle. M. de Lowendal reconnaît l'Écluse et pousse jusqu'à la digue de la mer, malgré une redoute qui couvrait la place et le gênait dans ses opérations. M. de Vaux investit le Sas-de-Gand.

La nuit du 18 au 19, M. de Lowendal détache M. Guyot, lieutenantcolonel de Laval, pour attaquer la redoute qui couvrait l'Écluse. A la pointe du jour, des compagnies la prirent de front, et les autres de droite par la gorge qui regarde la mer. Cette redoute, jointe à deux autres retranchements fraisés et palissades, ne tint pas un instant. Nos grenadiers emportèrent ces ouvrages avec une vivacité singulière. Les grenadiers, animés parla présence de M. de Lowendal autant que par la fuite des ennemis, allèrent plus loin qu'ils n'auraient voulu, ils suivirent les fuyards jusque dans le chemin couvert, et s'attirèrent le feu du rempart. Cette redoute néanmoins, trop éloignée de nos autres postes, et trop près de la place, qui l'accablait d'un feu continuel, fut abandonnée.

La tranchée est ouverte, dans la nuit du 19 au 20, sur la digue; dans celle du 20 au 21, le travail est poussé jusqu'à la redoute même qui couvrait l'Écluse.

Le 21, M. de Lowendal, recevant son artillerie de Gand, travaille à une batterie pour tirer dans deux jours ; mais les ennemis n'en attendirent pas l'effet. Le même jour, à 5 heures du soir, ils demandèrent à capituler, après avoir continué un feu considérable. Le lendemain, M. Lambrecht, commandant de la place, signe la capitulation, et se rend prisonnier de guerre avec sa garnison, pour sortir dans trois jours et être conduits à Bruges. La ville et les forts furent remis sur-le-champ à nos troupes. Pendant cette première conquête, M. le maréchal de Saxe partait de Bruxelles pour visiter les bords de la Dyle et assurer ses positions. Il couche le 20 à Louvain, le 21 à Malines, et se rend le lendemain à An-

;5i2 LES GUERRES SOUS LOUIS XV.

vers pour donner un coup d'œil à l'expédition de M. de Conlades.

Le 22 avril, immédiatement après la reddition de l'Écluse, M. de Lowendal se dispose au siège du Sas-de-Gand, investi depuis le 17 par M. de Vaux, en prenant le fort d'Yzendyke. Il visite les fortifications de l'Écluse le 23, en meilleur état que celles d'Ostende, et se félicite d'avoir emporté en si peu de temps une place si bien défendue et pourvue d'une si prodigieuse quantité de munitions de guerre et de bouche. Comme la guerre se passait dans un pays coupé de bras de mer, de canaux et d'inondations, qu'il était nécessaire de transporter ses troupes d'un endroit à l'autre, il avait avec lui une flotte de petits bâtiments armés en guerre, commandée par M. de Lage, chef d'escadre, qui le secondait parfaitement dans ses opérations.

D'un autre côté, le maréchal de Saxe, après avoir visité les deux rives de la Dyle depuis Louvain jusqu'à Matines, la Nelhe et l'Escaut jusqu'à Anvers, pour assurer ses positions , se rend le même jour au camp de Doël, commandé par M. de Contades, pour voir par luimême et presser les dispositions des sièges des forts de la rive gauche de l'Escaut. Il donne ses ordres et reprend la route de Bruxelles.

La nuit du 23 au 24, M. de Contades ouvre la tranchée devant le fort de Lifskenshock, et envoie M. d'Hérouville en même temps à l'attaque du fort de la Perle. M. d'Uzy capitula, se rendant prisonnier de guerre avec sa garnison. MM. d'Hérouville et de Valières se rendent immédiatement à Calloo; le premier prend position sur la digue, le second y établit une batterie sur le fort de Lifskenshock, qui, battu avec tant de feu, se rendit à 6 heures du soir.

Le 25, M. de Branderhaer, commandant de ce dernier fort, eut le môme sort que celui de la Perle. Il se rendit prisonnier. M. de Contades détache ensuite M. d'Hérouville pour marcher aux forts de Rykuit, et faire les premières dispositions pour le siège du fort de Zantberg, qu'il fallait prendre avant de faire celui d'Hulst. Le même jour, M. de Lowendal fit sortir et désarmer la garnison de l'Écluse, et l'envoya à Lille (suivant les ordres de M. le maréchal de Saxe) avec celle du fort d'Yzendike. Puis il fait entrer dans l'Écluse 2 B. de milices, dont une partie est détachée pour le fort d'Ysendike, le tout aux ordres de M. de Merinville (I), en l'absence

(1) Vicomle de Merinville, brigadier en t7'i7 ; maréchal de camp le 1^'' mai 1758.

de M. de Montmorin (1), à qui M. de Saxe en avait donné le commandement. M. de Lowendal arrive alors devant le Sas-de-Gand, établit son quartier à Assenede, résolu à deux attaques : l'une à Zelzaele, du côté du fort Saint-Antoine; l'autre sur la digue du fort Philippine à la ville du Sas. Il place ses batteries, le 26, sur la digue de l'Autriche Polder, en jetant deux ponts sur le canal de Gand à Zelzaele.

Le 27, le reste des troupes du camp de l'Écluse arriva devant le Sas-de-Gand. Telle était alors la position des troupes de M. de Lowendal : 9 B. à Zelzaele, 3 le long du canal de Philippine au Sas, 3 à l'Autriche-Polder, 1 à Assenede, 1 à Zuiddorp, 2 dans l'île de Cadzand avec 5 E. de dragons, 2 à l'Écluse. En tout, 21 B. et 5 E.

D'un autre côté, M. de Contades avait sous ses ordres 14 B. (2), dont 9 furent campés au village de la Glinge, du côtéd'Hulst; les cinq autres restèrent au village de Doël, avec le régiment d'Egmontdragons, jusqu'après le déblai de l'artillerie qui avait servi à l'attaque des forts de la Perle et Lifskenshock.

La nuit du 27 au 28, il attaque les forts de Rykuit avec les compagnies de grenadiers de M. de Chamouroux, colonel d'Auvergne, sous la direction de M. d'Hérouville, qui les fit déboucher à une heure après minuit. lisse portèrent d'abord sur le fort du grand Kykuit, surmontèrent tous les obstacles, coupèrent sous le feu de l'ennemi plusieurs palissades, marchèrent sur des herses de fer, et se rendirent maîtres du fort, où ils ne trouvèrent que des morts. Le reste s'était sauvé au fort de Zantberg. On marcha ensuite au fort du petit Kykuit, qui se rendit sur-le-champ. M. de Contades fit travailler aussitôt à un chemin le long de la digue pour conduire du canon aux forts de Rykuit et se prépara pour le siège du fort de Zantberg, pendant que d'un autre côté commençait celui du Sas-de-Gand.

En effet, la même nuit du 27 au 28, M. de Lowendal ouvre la tranchée à Zelzaele, vis-à-vis du fort Saint- Antoine, cheminant en même temps sur les deux digues de l'un et l'autre canal.

(1) Marquis de Montmorin, colonel de Forez en 1734 et de celui de son nom cnl738 ; brigadier, 1743 ; maréchal de camp, 1745; lieutenant général, 10 mai 1748.

(2) La Tour du Pin, 3. Auvergne, 3. Beauvoisis, 1. Berry, 1. Bettens, 3. Pumbeck, artillerie, 1. Châtillon, grenadiers royaux, 2. 14 B., la compagnie d'ouvriers de Thomassin, les mineurs d'Anloniazi et les dragons d'Egmont, 5 E.

La nuit du 28 au 29, une seconde tranchée est ouverte sur la digue qui conduit de Philippine au Sas-de-Gand. Les grenadiers débouchèrent et s'emparèrent d'une redoute qu'ils trouvèrent abandonnée sur cette digue. On se loge dans cette redoute; l'attaque de Zelzaele, dite du fort Saint-Antoine, est poussée jusqu'au fort. Dans la nuit du 29 au 30, se continue l'attaque de Zelzaele ; celle de la digue de Philippine au Sas-de-Gand est prolongée et soutenue par l'établissement de nouvelles batteries qui mettent le feu dans la ville et au temple des réformés. La nuit suivante, est perfectionné le travail de l'attaque de Zelzaele par épaulements de dislance en distance.

A l'attaque sur la digue de Philippine au Sas, on déboucha à 40 heures, et l'ennemi parut fort tranquille, d'autant que pendant tout le jour nos batteries l'avaient obligé de se renfermer dans ses casemates. Leur silence laissa croire que le chemin couvert était abandonné ; mais à peine entrés, il en partit, ainsi que du rempart, un feu terrible qui ne fit qu'animer nos grenadiers. Ils se jetèrent avec intrépidité dans le chemin couvert. MM. Marquis et de Biscourt, brigadiers, et tous les autres officiers, ainsi que les grenadiers, montrèrent leur valeur habituelle. M. Van-Ispan, effrayé de cette attaque vigoureuse, arbora aussitôt le drapeau blanc, éclairé de quantité de falots, pour bien le distinguer par la nuit. Il se constitua prisonnier de guerre en remettant immédiatement les portes à nos troupes. M. de Lowendal ne s'arrête pas à cet avantageai continue le siège de Philippine, pendant que M. de Contades achève l'attaque du fort de Zantberg. Ces succès remportés dans la Flandre hollandaise allaient nous rendre maîtres de toute la partie entre la mer et notre frontière, assurer les pays conquis et laisser libres tous les canaux depuis Dunkerque jusqu'à Anvers, point essentiel pour faciliter aux troupes les subsistances de toutes espèces. L'intention bien formelle du roi était de ne rien changer, quant à présent, à la forme du gouvernement des places conquises sur la république, ni pour la juridiction, ni pour les finances, de maintenir leurs privilèges et prérogatives, de leur laisser le libre exercice de leur religion, suivant la déclaration de S. M. aux États- Généraux du 17 avril courant; mais elle entendait aussi que ses garnisons et les autres catholiques qui se trouveraient dans ces places y exerceraient publiquement la religion ro-

maine. Ces mêmes conquêtes firent tant de bruit en Hollande, qu'elles y causèrent d'abord une grande consternation, ensuite une fermentation qui dégénéra en une espèce de tumulte et de révolte contre les magistrats. C'est de là que prit naissance la révolution qui changea la forme du gouvernement en faveur du prince d'Orange et de ses successeurs. Des paysans de la province de Zélande s'attroupèrent et furent les premiers à proposer l'élection de ce prince en qualité de stathouder pour veiller à la sûreté de la république. En peu de jours, celte proposition fut goûtée de tout le peuple hollandais, et ceux des magistrats qui voulurent d'abord s'y opposer coururent risque du pillage. La populace assemblée h la Haye, à l'instigation de manœuvres étrangères, les força à se donner un maître, à arborer l'étendard et à porter la cocarde jaune. Le 4 de mai, les États-Généraux déférèrent au prince de Nassau d'Orange le titre de stathouder, d'amiral, et de capitaine général des Provinces-Unies. C'est ainsi que le prince d'Orange fut élu stathouder de la république, et cette qualité, qui ne devait d'abord durer que pendant la guerre, fut ensuite rendue perpétuelle et héréditaire pour ses descendants mâles, même pour les femmes au défaut de ceuxci. C'était le gendre du roi d'Angleterre, et le bruit courut que ce dernier n'avait pas peu contribué sous main à cette révolution. Les espérances de paix s'évanouirent donc entièrement. -Milord Sandwick et le comte de Harrack se rendirent de Brédaà l'armée des alliés. Les derniers renforts des Anglais y arrivèrent en même temps, tandis qu'on continuait à armer des vaisseaux en Hollande. Une flotte anglaise alla croiser du côté de Flessingue, de l'Écluse et de Blankemberg. Les ennemis, cantonnés entre Bréda et Maëstricht, assemblèrent enfin leurs troupes. Ils comptaient déjà près de 100,000 hommes effectifs, et ils avaient l'intention de faire le siège d'Anvers.

Le 1" mai donc, ils prononçaient un mouvement, au nombre de 420 B. et de 163 E., pour s'approcher d'Anvers. Ils campèrent en plusieurs corps sur les bruyères à trois ou quatre lieues de cette place : le duc de Curaberland à Westmalle, avec les Anglais; M. de Sommerfeldt à Zoersel (Hanovriens), le prince de Hesse à Oostmalle (Hessois), le prince de Waldeck à Viersel (Hollandais), le général Bathiany à Brecht (Autrichiens); le général Trips, avec

7,000 hommes de troupes légères, outre celles à Lierre, et le général Baronay plus loin, du côté de Maëstricht, avec un autre corps, couvrant cette place et observant les troupes du comte de Clermont. Plus une petite escadre sur l'Escaut.

Quoique le maréchal fût persuadé que les mouvements des ennemis sur Anvers étaient simulés et n'avaient d'autre objet que d'arrêter nos progrès dans la Flandre hollandaise, il appela cependant à lui M. de Lowendal, qui venait de soumettre le Sas-de- Gand, lui donnant le choix ou de se jeter dans Anvers pour défendre cette place en cas de siège, ou de laisser à M. de Contades le soin d'achever la conquête de la Flandre hollandaise. M. d'Hérouville devait quitter immédiatement le camp de M. de Contades, rentrer à Anvers, et serait remplacé par M. de Broglie à Bruxelles. Le maréchal détache 2 B. de grenadiers royaux à la tête de Flandre, près d'Anvers, afin d'entrer avec 4 autres B., en cas de besoin, dans cette place, où il y en avait déjà 13. Il envoie milord Glare à Matines pour en commander les troupes et les environs , avec ordre de détacher sur-le-champ un lieutenant-colonel au pont de Waelhem avec de l'artillerie et des munitions. Il dépêche un courrier au comte de Clermont à Namur pour qu'il tienne son corps prêt à marcher sur Wavre au premier avis, et se mette à portée de remplacer les troupes qu'il serait obligé d'envoyer sur la basse Dyle. Il resserre ses cantonnements le lendemain, fait passer la Senne à la cavalerie et la place dans ceux que l'infanterie devait évacuer pour se porter en avant en bordant la Dyle, où la cavalerie pourrait la joindre en trois heures et former une seconde ligne. L'armée devait rester tranquille dans cette nouvelle position, jusqu'à ce qu'on eût appris le passage de la Nethe par le duc de Cumberland, supposé qu'il l'entreprît. 11 fait prendre les devants à l'artillerie, qui devait se partager en trois détachements sur la Dyle, où étaient construits trois ponts depuis Malines jusque vis-à-vis Verchter, position des Grassins. Cependant M. de Contades avait achevé ses préparatifs sur le fort de Zantberg, en établissant des batteries au fort de Kykuit et sur la digue de Kildrecht.

Le 2 au matin, toutes ces batteries tirèrent et imposèrent silence à celles des ennemis, pendant qu'on se préparait à ouvrir la tranchée à la tête des mêmes batteries sur la digue qui conduit au

SUCCESSION D'AUTRICHE. — FLANDRE (t747). 517

fort de Zantberg. La nuit du 2 au 3, cette tranchée est ouverte par M. delà Tour du Pin, colonel. On se porte jusqu'au coude d'oii la digue va en droiture à Zantberg. Des barques vinrent mouiller en avant de ce fort, et débarquèrent plusieurs B. pour augmenter les difficultés de ce siège et couvrir Hulst. D'un autre côté, M. de Lowendal presse les préparatifs du siège de la ville ou fort de Philippine. Il retire de l'île de Cadzand les 2 B. et 5 E. et donne l'île au régiment de la Morlière, pour empêcher toute descente de l'ennemi.

La même nuit du 2 au 3, il ouvre la tranchée devant Philippine à deux attaques, la première à droite sur la digue de la mer qui conduit du Sas-de-Gand à Philippine, la seconde à gauche de Gand. La droite et la gauche sont poussées en avant. Le feu, assez vif de part et d'autre, est soutenu, du côté de l'ennemi, par une frégate qui canonne l'attaque de droite.

Le 3, M. de Lowendal détache M. de Vaux avec 5B. et des bateaux pontés pour tâcher de découvrir un passage dans le Polder Ferdinand, entre Hulst et Axel, afin de seconder M. de Contades (4) dans l'approche d'Hulst; mais M. de Vaux rentre au camp peu de temps après, n'ayant pu réussir. Le même jour, la garnison du Sas-de-Gand sort de la place et prend la route de Lille. M. d'Hallot fut chargé de porter les drapeaux de cette garnison et de celle de l'Écluse, s'étant fort distingué à ces deux sièges. M. de Lage entre au Sasde-Gand pour y commander. Il ouvre les écluses du côté de la mer et répare cette place déjà très bonne, très régulière et fournie abondamment de canons, de munitions de guerre et de bouche.

La prise du Sas-de-Gand mettait M. de Lowendal en état de renforcer M. de Contades, par conséquent de pousser le siège d'Hulst, dont la reddition devait assurer la gauche de nos conquêtes.

Maréchal de Saxe à M. de Bruhl.

« Bruxelles, 4 mai.

« Je tiens ici le loup par les oreilles, il ne me reste plus que Hulst, dont je viendrai à bout dans peu de jours. M. de Cumberland, avec

(1) Troupes du corps de M. deLowendal, qui ont joint M. de Contades, conduites par M. de Montmorin, 8 V,. ; Saxe, 3; Monnin, 3; Rouergue, 1 ; Laval, 1; le régiment de la Morlière (1,500 hommes).

ses 120,000 hommes dans les environs d'Anvers, menace d'assiéger cette place. »

Dans la nuit du 3 au 4, des grenadiers occupent un ouvrage en avant du fort de Zantberg; mais trop avancés, ils sont repoussés. La même nuit, à l'attaque de la droite devant Philippine, sont établies deux batteries pour battre à ricochet le front attaqué; à celle de la gauche, on élargit le fossé en perfectionnant la tranchée.

Le4,M. deLowendal part de Philippine, se jette le lendemaindans Anvers, laissant à M. de Montmorin le soin de continuer le siège; emmenant avec lui 4 B., il ordonne à M. de Vaux de le suivre avec 5 B. et son artillerie.

Dans la nuit du 4 au 5, M. de Montmorin presse le siège, l'attaque de droite est prolongée jusqu'à la coupure; à celle de gauche, le demi-bastion est battu par l'artillerie. La même nuit, M. de Contades, s'approchait du fort de Zantberg.

La nuit du 5 au 6, M. de Montmorin débouche de la tranchée à 9 heures et demie, attaque un retranchement que les ennemis avaient fait à la coupure de la digue, sur la droite de Philippine- M. de Roussingue, colonel du régiment de Saxe, qui commandait ces troupes, fond sur cet ouvrage avec tant d'impétuosité qu'il l'emporte sur-le-champ et s'y loge. La situation devenait favorable pour la conclusion de la paix. Des conférences s'ouvrent à Bréda entre l'Angleterre et la France, sous la médiation de la Hollande, qui prétendait rester neutre tout en fournissant des secours aux alliés. Les lenteurs que cette république apportait à dessein dans les négociations forcèrent Louis XV à lui déclarer la guerre, le 17 avril

A cette nouvelle, le mouvement insurrectionnel de 1672 recommença en Hollande et produisit les mêmes résultats. Le stathoudérat avait été aboli en 1702, à la mort de Guillaume HI, roi d'Angleterre; alors la démocratie n'eut plus de confiance que dans le stathoudérat et le petit-neveu de Guillaume HI, gendre, comme lui, du roi d'Angleterre ; car ayant épousé en 1 734 une fille de George H , il fut, comme lui, élu stathouder, avec le nom de Guillaume IV; mais cette fois, le 4 mai, on fit plus, on déclara le stathoudérat.

Le feu de notre artillerie fut violent pendant tout le jour. Les ennemis, chassés de leur retranchement et craignant une attaque générale, n'en attendirent pas l'effet. A H heures du soir, M. de

Bramey, commandant de la place, capitula et se rendit prisonnier de guerre avec sa garnison. La même nuit du 5 au 6, M. de Contades, ayant aussi projeté d'attaquer l'ouvrage qu'on avait manqué deux jours auparavant sur le talus droit de la digue en avant du fort de Zantberg, fit déboucher M. Julien, capitaine de grenadiers au régiment d'Auvergne, qui s'empare de l'ouvrage, s'y loge à la faveur de 1 B. qui s'avance pour le soutenir, et repousse les ennemis sortis de leur camp pour le reprendre. Dans la nuit du 6 au 7, le travail est poussé en suivant le talus droit de la digue jusqu'à l'angle saillant de l'avant-chemin couvert du fort de Zanlberg. Les ennemis tirèrent continuellement.

La nuit du 7 au 8, on perfectionna l'ouvrage de la nuit précédente, et l'on poussa la tranchée jusqu'à l'endroit où le glacis du chemin couvert se joint à celui qui est le long de la digue ; on conduisit ensuite l'ouvrage sur la gauche, pour couronner le chemin couvert.

Le 8, la garnison de Philippine sortit et remit deux drapeaux que M. de Neuville, aide de camp de M. de Montmorin, porte à Versailles. M. deLaur, capitaine au régiment de Montmorin, entra dans la place pour y commander. M. de Montmorin se mit ensuite en marche, avec ses 8 B. et l'artillerie qui lui restait, pour ouvrir une tranchée à Saint-Jean de Steen, devant Hulst, oii il devait être joint par le régiment de la Morlière, remplacé dans l'île de Cadzand par les dragons de Septimanie, pour faire, dans la nuit du 8 au 9, une diversion en faveur du siège de Zantberg, dont les travaux avançaient. Ce jour-là, M. du Roc, commandant du fort, capitula.

Le 10, à la pointe du jour, M. de Saint-Sauveur reconnaît les débouchés d'Hulst, se présente au fort de Kaerpe, et, comme dans le moment M. de Contades apprenait l'embarquement de l'ennemi à Sloppel-Dyck, il met à sa poursuite le régiment de la Morlière, et précipitamment s'empare des lignes et retranchements entre le fort de Zantberg et Hulst.

Les ennemis se préparaient toujours au siège d'Anvers. Ils envoient d'abord deux corps de 7 B. chacun, l'un àEggerseel, l'autre à Merxem, ensuite 8 B. et 12 E. à CEleghem ; enlin toute leur armée se rapproche d'Anvers. Le maréchal, tranquille sur ses dispositions, les laissait agir. M. de Lowendal, qui s'était jeté dans la ville soutenu de 24 à 28 B., ne désirait rien tant que l'arrivée des ennemis.

11 construit des fougasses à tous les angles saillants et des flèches de distance en distance afin de tenir les ennemis loin du chemin couvert, oîi il place de l'artillerie. M. de Séchelles approvisionne la ville. Cet intendant fournit à la subsistance des troupes des sièges et des garnisons de la Flandre hollandaise, dont l'entière conquête tirait à sa fin; le 10, les lignes ennemies nous appartenaient.

Le 11 mai, le maréchal de Saxe se rend de Bruxelles au camp de la Clinge, pour reconnaître la ville d'Hulst et chercher les moyens de réduire promptement cette place; il trouve plus de la moitié de la besogne faite. Dès la pointe du jour, M. de Contades avait fait déboucher dans la plaine M. de Broglie, destiné au premier investissement d'Hulst. Les Anglais prirent la fuite vers File d'Axel, et abandonnèrent les Hollandais. Ceux-ci se jetèrent dans le chemin couvert, après avoir laissé eux-mêmes des chevaux, de l'artillerie et la moitié d'un B. Si on avait pu entrer plus tôt, tout ce que les alliés avaient envoyé de la grande armée restait dans nos mains.

M. de la Roque, commandant d'Hulst et de toute la Flandre hollandaise, fut si épouvanté de cette déroute, que, malgré sa nombreuse garnison et la force de ses remparts, il ne voulut pas souffrir l'ouverture de la tranchée; il arbore sur-le-champ le drapeau blanc. La nuit s'écoula en pourparlers; M. de laRoque en passa une bonne partie à maudire le commandant des troupes anglaises, qui, au lieu de se jeter dans la place, s'était sauvé.

Le 12, ce commandant signa la capitulation, portant qu'il sortirait libre avec ses deux adjudants généraux, 4,000 hommes de la garnison et des pièces de canon, en considération de labelle défense du fort de Zantberg; que le reste de la garnison serait prisonnière de guerre, les portes de la ville remises sur-le-champ aux troupes du roi, et la place évacuée dans trois jours. De l'infanterie est placée sur la digue pour défendre l'entrée et la sortie du port; le régiment de la Morlière est envoyé à Stoppeldyck, les dragons d'Egmont à Duyvelshock, et le régiment de Beauvoisis à Kieldreckt.

Les deux jours suivants, commencent les dispositions pour aborder l'île d'Axel. M. de Gage est appelé du Sas-de-Gand pour concerter les moyens de descente par le secours de sa marine, en établissant de suite une batterie au polder de Behagen, destiné à protéger les transports de nos troupes. Le même jour, M. de Contades, voulant faire reconnaître la ville d'Axel, envoya un officier

au général Sonte , commandant de celle place, sous prétexte de propositions avantageuses. Cet officier pénétra partout sans difficulté. Il trouva le commandant mieux disposé à l'écouter qu'il ne s'y attendait et revint avec le rapport de ce qu'il avait vu et conçu de sa bonne réception. Pendant que, le 16, M. de Sonte est renvoyé pour de nouvelles explications, les préparatifs de la descente dans l'île d'Axel se continuaient, quand un parlementaire apporta la capitulation.

Le 17, M. de Contades ratifie celte capitulation, portant que le commandant aurait les honneurs de la guerre , qu'il emmènerait en Zélande les troupes de la garnison et celles dans l'île; que le tout sortirait le 19 et le 20, et que les portes de la ville seraient livrées sur-le-champ.

Tout de suite des compagnies de grenadiers en bateaux occupent les deux portes d'Axel; le même jour, M. de Contades se rend près de M. le maréchal deNoailles, arrivé le 12 à Bruxelles, le 15 à Anvers, et qui faisait une tournée dans les places conquises, pour en rendre compte lors de l'arrivée du roi à l'armée. Ils trouvèrent la ville d'Axel en très bon état, et l'île presque inabordable. La première, regardée comme le boulevard de la Zélande, renfermait des bastions de terre, un fossé plein d'eau, un chemin couvert palissade, un avant-fossé, une bonne garnison et une nombreuse artillerie. La seconde était défendue par les forts Morits et de Terneuse, par des retranchements et des batteries dans les endroits oii l'on pouvait tenter une descente, et par 6 B., 1 régiment de dragons et les paysans armés, ce qui en rendait les approches très difficiles. Tout fut heureusement aplani sans effusion de sang de part ni d'autre.

Ainsi se termina la conquête de la Flandre hollandaise, aussi avantageuse que glorieuse à nos armes. Elle assurait la gauche de tous les pays précédemment conquis; elle facilitait nos subsistances par le moyen des canaux, ôlait cette ressource aux alliés, les resserrait de plus en plus de ce côlé, et mettait M. le maréchal de Saxe en état de réunir ses forces pour frapper les grands coups dont elle était le prélude ; conquête d'autant plus honorable que, suivant sa prédiction, il l'avait accomplie précisément en un mois, sans faire camper son armée, et avant que les ennemis fussent en état de s'y opposer ou d'exécuter les projets auxquels ils avaient commencé de se préparer dès le mois de janvier. Ceux-ci furent si sur-

pris de la reddition d'Hulst et d'Axel, qu'ils ne savaient à qui s'en prendre. Le duc de Cumberland et le général Bathiany, toujours divisés entre eux, s'accordèrent en un seul point pour dire au prince de Waldeck qu'ils voyaient bien que les Hollandais s'entendaient avec la France. Ce prince répondit qu'ils savaient seulement que les Hollandais avant été abandonnés àHulstpar les Anglais. Ces altercations causaient beaucoup de confusion et de méfiance parmi les Anglais, les Autrichiens et les Hollandais. Pendant qu'on achevait cette importante conquête, les alliés avaient cru y mettre obstacle en se rapprochant d'Anvers, qu'ils menaçaient depuis longtemps d'un siège.

Le 14 et le 15, ils prononçaient deux mouvements pour camper sur trois ou quatre lignes en avant de cette place : la droite depuis Wilmarsdonk,àdeux lieues de la ville, jusqu'à Merxem, à une grande lieue ; le centre depuis Oostmalle jusqu'à Schilde, où était le quartier général, près d'Anvers; la gauche depuis Hérentals jusqu'à Broechem. Le général Trips occupait les bords de la Nethe avec les troupes légères, et la ville de Lierre, qu'il fortifiait. Le corps du général Baronay campait un peu plus loin.

La marche des ennemis détermina, le 16, M. le maréchal aux dispositions préliminaires d'un campement, afin de s'en servir en cas de besoin, et d'y conduire l'infanterie en première ligne et la cavalerie en seconde ligne. Le camp fut marqué sur la basse Dyle, la droite à cette rivière à la hauteur de Rotselaër, la gauche vers Malines. Chaque major reconnut le terrain et l'itinéraire des régiments, afin de les rassembler au premier ordre. Cependant il résolut de ne quitter qu'à l'extrémité les cantonnements où les troupes se trouvaient en très bon état, pendant que celles des alliés assemblées de si bonne heure sans succès souffraient, sous la toile, sur les bruyères et dans leurs marches, la misère, la faim, la soif, les fatigues, les maladies et la désertion.

Les hussards ennemis vinrent jusqu'au pont retranché de Waelhem; mais ils en furent repoussés par les volontaires jusqu'à leur camp. Milord Clare, qui commandait à Malines, craignant que les ennemis ne revinssent en force attaquer ce pont, le mit à l'abri de toute surprise. Il place de l'infanterie dans l'intérieur de l'ouvrage, et nombre de compagnies de grenadiers dans les environs, à portée de le soutenir, sous les ordres de M. de Rosen.

SUCCESSION D'AUTRICHE. — FLANDRE (1747j. 523

Il jette un pont sur la Dyle au-dessus de son embouchure, pour en faciliter le passage à l'infanterie destinée à marcher au secours de celui de Waelhem en cas d'attaque.

Le 18, M. deLowendal, commandante Anvers, met la dernière main aux travaux de cette place, que les généraux des alliés venaient de reconnaître la veille, y conduit du canon, rase les haies et buissons autour de la ville, et ouvre les écluses. Il renvoie à Malines 2 régiments de cavalerie qui devaient être remplacés à Anvers dans deux jours par le régiment de la Morlière.

Le 20, les Hollandais évacuent entièrement Axel et l'île et se retirent en Zélande; 2 B. de milices, de 5 arrivés de Gand, formèrent la garnison d'Axel, où M. de Blanchey fit les fonctions de lieutenant du roi; les 3 autres entrèrent dans Hulst, oii M. Julien remplissait les mêmes fonctions. Ce jour-là, M. de Gontades renvoie l'artillerie qui lui restait, et donne des cantonnements à ses 17 B. et 5 E. au pays de Waës, pour les reposer de leurs fatigues : 3 B. à Lokeren, 3 à Tamise et Tibrode, 4 à Saint -Nicolas, 3 à Saint-Paul, Kemseke et Saint-Gilles- Waes, 2 à Baveryck, 1 à Waswest, 1 à Waësmunster, et les dragons d'Egmont à Flekem, en conservant 1 B. à Dendermonde, 4- à Doël, destinés à renforcer la garnison d'Anvers, où entrait le régiment de la Morlière.

Le 21, toutes précautions sont prises pour la sûreté de nos frontières. On visite l'intérieur de l'île d'Axel, dont la plus grande partie des habitants s'était sauvée en Zélande; on répare la petite ville de Terneuse, et le fort Moritz, en établissant une batterie à Bernliet pour empêcher toute descente de ce côté. M. Julien doit prendre les mêmes mesures à l'égard d'Huslt, puis se rend à son quartier de Waësmunster. M. de Séchelles fait une tournée dans cette province, et il en approvisionne toutes les places. On travaille à remettre en bon état celles qui avaient soutenu des sièges , surtout l'Écluse, le Sas-de-Gand et Philippeville, qui furent inondées. M. le maréchal, toujours aussi assuré de la conservation du pays nouvellement conquis que de celle d'Anvers, était si tranquille sur le sort de cette place, qu'il souhaitait de voir réaliser les démonstrations des alliés pour un siège; mais la lenteur de leurs dispositions, la variation de leurs mouvements marquaient l'incertitude de leurs projets, et il n'y avait pas d'apparence qu'ils voulussent tenter en sa présence une entreprise aussi téméraire.

Le 22, informé que le duc de Cumberland avait reçu le dernier ordre du roi d'Angleterre, son père, de faire le siège d'Anvers; qu'après un conseil, cette entreprise avait été absolument décidée parce prince, contre l'avis du général Bathiany; qu'en conséquence, l'armée ennemie venait de faire un nouveau mouvement par sa gauche pour se rapprocher de celte place; qu'elle campait alors sur deux lignes : la première, face à la ville, la droite àWestmalie,la gauche à Womoleghem ; la seconde regardant Hérentals, la droite à Brouhem, la gauche à Zoersel, le maréchal prit ses dispositions. Il tire de Doël 3 B. pour les jeter dans Anvers, qui en renfermait déjà 25; il destine 16 B., cantonnés dans le pays de Waës, à camper vis-à-vis la tête de Flandre au-dessous d'Anvers, aux ordres de M. de Contades, afin de couvrir la gauche de l'Escaut.

M. de Lowendal prend en même temps ses mesures dans l'intérieur et les dehors d'Anvers. Il établit des B. dans le camp retranché sur la droite, dans les flèches du centre et celles de la gauche, aux ordres de MM. de Lally (1), de Vaux (2) et de Bombelles (3).

Le 25 mai, le maréchal apprit que les alliés recevaient beaucoup de grosse artillerie; que leur camp s'étendait depuis Eckeren, le quartier du général Bathiany, jusqu'au delà de Schilde, avec celui du duc de Cumberland , le prince de Waldeck ayant le sien à Gavenwesel, au centre; que ces généraux venaient de s'assembler pour tenir un nouveau conseil sur le siège d'Anvers; qu'ils avaient détaché 3 régiments, pour la Zélande, où se rendait le prince stathouder; que leurs troupes se montaient à 99 B. et 190 E.

M. de Lowendal ayant reçu un nouveau secours de palissades, multipliait les ouvrages d'Anvers vers la gauche, et augmentait les difficultés dans le faubourg de Borgerhoul, la partie la plus faible. Il ne faisait rien détruire, et il conservait la ville avec autant de soin que si elle eût été au milieu du royaume et destinée à en faire toujours partie ; il désirait vivement être attaqué , mais il n'eut point cette satisfaction.

Dans la nuit du 25 au 26, les alliés décampèrent, abandonnant

(1) Dauphin, 3; Rochefort, 1; Chantilly, 2 : 6 B.

(2) Eu, 2; Hainaut, 1 ; Angoumois, 1 ; Chabrillan, 2 : 6 B.

(3) Brigade Paadrau, 4 ; Lowendal, 3 : 7 B. Dans la ville : la Tour du Pin, 1 ; Beauvoisis, l ; Saint-Maixent, 1; Provins, 1 ; Caen, 1 : 24 B.

leur projet d'attaque, comme en 1744 devant Lille. Ce furent les deux seules entreprises de cette nature qu'ils tentèrent pendant cette guerre, et où ils échouèrent également par les dispositions du comte de Saxe.

Le 26, à la pointe du jour, leur camp fut entièrement évacué; ils marchèrent par leur gauche sur Lierre , et passèrent la petite Nethe sur seize colonnes au-dessus de cette ville. M. de Lowendal, informé le premier de leur retraite, prit d'autres mesures que celles de la défensive. Il concentre à Anvers (1) la moitié des troupes campées dans les ouvrages extérieurs, et envoie des détachements du régiment de la Morlière et des volontaires sur le chemin de Bréda à Berg-op-Zoom. En outre, il ouvre des marches par trois colonnes sur Waelhem, Lierre et Schilde, pour observer les alliés et intercepter leurs convois venant de Bréda et de Bergop-Zoom, quoiqu'ils eussent laissé iO B. et 1,000 chevaux de ce côté pour les couvrir.

Le 28, le maréchal de Saxe campe son infanterie derrière la Dyle, la droite à la hauteur de Botselder, la gauche à Malines, son quartier général. Il plaça 16 B. en avant de cette place entre la Dyle et la Nethe, à une lieue et demie du village de Duffel, où il y avait un corps de troupes ennemies. Il laisse seulement à Bruxelles les 6 B. de la brigade des gardes françaises et suisses, pour monter la garde chez le roi; la cavalerie dans ses cantonnements, excepté 20 E. de dragons qui s'étendirent dans ceux que l'infanterie venait de quitter.

M. d'Argenson au comte de Saxe.

« 27 mai 1747.

« Le roi vous accorde 30,000 francs d'appointements par an, en votre qualité de maréchal général des camps et armées de S. M.,

(I) Anvers ne devint un grand centre de commerce qu'en 1503, époque où les Portugais, maîtres de la navigation directe avec les Indes, y établirent un comptoir. Les marchands des autres nations les imitèrent et, au milieu du seizième siècle, cette ville avait atteint le comble de sa prospérité. Les forts de Marie et de Sainl-Pbiiippe sont bâtis en 1584 par le duc de Parme. Les facilités qu'offrent

indépendamment des gages attachés à vos qualités de maréchal de France et de commandant de l'armée de Flandre. Vous êtes donc traité comme M. le maréchal de Villars et mieux que M. le maréchal de Turenne, qui n'eut que 24,000 francs en cette première qualité. » (D. G.)

Ayant trouvé le pont de Waelhem en bon état, il reconnaît les ennemis, qui étaient campés entre les deux Nethe depuis Lierre jusqu'à Hérentals, le duc de Cumberland ayant son quartier à Lierre, le général Balhiany à Broechem, le prince de Waldeck à Nylen, le général Trips sur la gauche du chemin de Matines à Lierre avec les troupes légères, et le général Baronay sur la droite d'Hérentals avec son corps détaché.

Le roi, parti de Versailles le 29 mai, vint par Compiègne et Mons trouver à Bruxelles le maréchal, auquel il témoigna sa satisfaction des avantages obtenus jusqu'à ce jour.

Le maréchal, voulant resserrer les ennemis, donna ordre à M. de Glermont, à Namur, de partir le l" juin pour coucher à Orbais, et camper le lendemain à Wavre au nombre de 16 B. et de 27 E. M. de Lautrec devait rester à Namur avec 2 régiments.

Quant à l'armée ennemie, toujours dans la même position entre les deux Nethes, elle paraissait indécise sur sa route. Les généraux, inquiets sur les projets du maréchal, craignaient également pour Luxembourg, Maëstricht et la Zélande. On faisait à Luxembourg des réparations et des approvisionnements extraordinaires. C'est pour cette raison que MM. de Creil, d'Arros et Jacob empêchaient sur la frontière des Évêchés le transport de nos grains dans le Luxembourg. A Maëstricht, on ajoute de nouveaux ouvrages aux anciennes fortifications. Getle place renfermait 9 régiments d'infanterie et 2 de cavalerie, mais en très mauvais état. Le prince stathouder se rend en Zélande et ordonne les précautions nécessaires à la défense de cette province, où il arriva un renfort d'Anglais, et les Étals-Généraux, qui craignaient également pour toutes les places de leur généralité, consentirent à une nouvelle levée de 30^000 hommes.

ses bas terrains des environs aux inondations de défense^ et la convergence des voies naturelles vers le point stratégique , déterminèrent les ingénieurs militaires à faire choix d'Anvers pour la plus grande place d'armes.

Ces dispositions militaires éloignèrent de plus en plus celles de la paix. MM. du Theil (1) et de Macanas, plénipotentiaires de France et d'Espagne au congrès de Bréda, déclarèrent aux ministres des autres puissances belligérantes qu'en conséquence de la proximité des armées, Bréda n'était plus un lieu à traiter de la paix, et qu'ils se retiraient jusqu'à ce qu'on eût choisi une autre ville plus éloignée du théâtre de la guerre pour tenir le congrès. Le premier reprit la route d'Anvers et de Bruxelles, le second celle d'Huy, en attendant de nouveaux ordres de leurs cours. Ainsi furent suspendues les conférences de la paix.

Le 31, le roi arrive à Bruxelles, escorté depuis Valenciennes jusqu'à Braines-le-Comte par Royal-Piémont et jusqu'à Bruxelles par la Gendarmerie. Les maréchaux de Saxe et de Noailles allèrent au-devant de lui jusqu'à une lieue; les gardes françaises et suisses bordaient les rues sur son passage. Son arrivée y attira une cour des plus brillantes de ministres, d'ambassadeurs, de la noblesse du pays.

Le maréchal de Saxe reçut tous les éloges qu'il méritait sur le bon état des troupes et sur sa conquête de la Flandre hollandaise.

Le l^"" juin, il présente au roi son armée de 172 B., divisés en 37 brigades, et de 284 E. de cavalerie, dragons et hussards ; depuis quatre jours, la plus grande partie campait sur la basse Dyle, au-dessus de Malines ; plus 5 régiments arrivant d'Anvers avec M. de Saulx. Les 6 B. de la brigade des gardes restaient seuls dans Bruxelles pour la garde du roi, car la Maison comme la Gendarmerie demeuraient dans les environs. Le reste de la cavalerie cantonnait sur la Dender et la Senne, où il y avait encore des fourrages en abondance; une partie seulement fît un mouvement en avant du côté de Malines, afin d'être plus à portée de se rassembler en quelques heures.

Le corps d'infanterie employé à la conquête de la Flandre reste avec M. de Contades (2) dans le pays de Waës, pour se reposer de

(l)De la Porte du Tlieil, qui signa à Vienne le traité du 8 novembre 1738, devient premier attaché aux affaires étrangères; au départ de M. de Chaillou, accompagne le roi dans la campagne de Flandre, 1744 ; à la (in de 1743, remplacé par M. l'abbé de la Ville, réputé le diplomate le plus instruit de son temps.

(2) MM. de Relingue et de Lage , maréchaux de camp.

ses fatigues, également à portée de soutenir la province conquise, de secourir Anvers ou de joindre l'armée. La réserve, en avant de Namur avec le comte de Clermont (1), se met aussi en mouvement, et couche à Orbais. Le d" juin, M. de Lautrec restait à Namur (2).

Le comte de Clermont se met en mouvement le 2, campe à Wavre, établissant trois chaînes de postes pour assurer ses communications : le 1" le long de la Dyle; le T jusqu'à la forêt de Soignies; le 3" sur la haute Dyle, sous MM. Berry, Valier et de Severac, colonel de la Marck.

C'est le 3 que parut la formation du corps de M. de Lowendal (3), des ingénieurs et des compagnies d'ouvriers. Le maréchal profita de cette nouvelle formation pour modifier la défense des frontières.

M. de Tressan, à Boulogne, reçut comme adjonction à son commandement toute la côte de Picardie, depuis le Boulonnais jusques et y compris Saint- Valéry, afin de la mettre à l'abri des descentes des Anglais; M.deBulkeley fut placé à Ostende; M. Phélipes s'étendit de Maubeuge à Namur, y relevant M. de Lautrec, qui avait rejoint la réserve. M. de Joyeuse vint sur la frontière de Champagne ; M. de Glavières,de Metz à Sedan, devait empêcher le passage des grains de la frontière des Évêchés dans le pays de Luxembourg.

L'ennemi semblait se renfermer plus que jamais dans la défensive, toujours dans la même position depuis sa retraite d'Anvers, entre les deux Nèthes, depuis Lierre jusqu'à Hérenthals. Le prince de Saxe-Hildburghausen se tenait à Waestvezel avec un corps pour

(1) 8 B. : Limousin, 3 ; Berry, 1; brigade Solar et milices, 4. 10 E. : Caraman, 5; Seplimanie, 5.

7 B. : Vermandois, 2; Nice, 2; Enghien , 2; Gandechart, 1.

8 E. : Hendlcourt, 4 ; Raugrave, 4.

(2) 5 B. : Monaco, 3 ; Bonac, 2.

8E. : Orléans-dragons, 4; Vinlimille, 4.

(3) 25 B. : Normandie, 4; Dauphin, 4; Royal-Corse, 2; Montboissier, 2 ; Angoumois, 2; Saxe, 3; Lowendal, 3 ; Laval, 1 ; Henry, 1 ; grenadiers royaux Chantilly, 2; Chabrillan, 1; Richecourt-arlillerie, 1; plus les volontaires bretons (1,200 hommes).

26 E. : la Reine, 4 ; Talleyrand, 4; Clermont-Prince, 4 ; Maugiron, 4 ; dragons Mestro-de-camp, 5; Egmont, 5.

couvrir les convois venant de Bréda et d'autres frontières de la mer. En Zélande, il y avait 20 B., dont 10 détachés de l'armée et 7 arrivés depuis peu d'Angleterre, quelque cavalerie, quantité de matelots animés par la présence du prince stathouder, et des vaisseaux de guerre anglais et hollandais, plus occupés des moyens de couvrir cette frontière que de tout autre projet.

Les alliés craignaient également pour Berg-op-Zoom , Bréda, Bois-le-Duc, Maëstricht et Luxembourg, où l'on continuait les approvisionnements et les préparatifs de défense. Ils restaient toujours fort intrigués des desseins ultérieurs du maréchal de Saxe. Leur rassemblement prématuré, suivi des fatigues, de la disette, des maladies et de la désertion, n'avait servi qu'à les affaiblir. Ils s'étaient fondus devant Anvers, tandis que nous étions dans de bons cantonnements, et qu'un détachement suffisait à leur enlever les places de la Flandre hollandaise et leurs garnisons. Leur armée, d'abord composée de près de 100,000 hommes, se réduisait maintenant à 81,000. Le duc de Gumberland, irrité, soutenu d'ailleurs de 230 pièces de canon, voulait en venir à une action d'éclat, comme au commencement de la campagne de 1743; mais il était contenu par MM. de Bathiany et de Waldeck qui se souvenaient de la bataille de F'ontenoy, et préféraient se borner à couvrir les frontières que de tout risquer sans apparence de réussite. Ces deux derniers, d'accord en ce point, ne s'entendaient pas sur la route à tenir; l'un voulait couvrir Maëstricht et la frontière de Limbourg et de Luxembourg; l'autre Bergop-Zoom, Bréda et Bois-le-Duc : ils pouvaient marcher d'un côté sans abandonner l'autre, ni se partager sans s'exposer à périr en détail.

Ainsi la détermination de leur mouvement dépendait de celui de M. le maréchal de Saxe, qui les tint longtemps en échec par son inaction pour les mieux surprendre, en sorte que, pendant plusieurs jours, tout se passa en escarmouches, dont une importante près du village de Duffel.

Le comte de Clermont se rend, le 9, de Wavre à Bruxelles pour prendre les ordres du maréchal, qui change la position de sa cavalerie en la rapprochant davantage de l'infanterie.

Le 11, il détache 4 B. de grenadiers royaux, IG E. de cavalerie, 18 de hussards, les régiments de Grassin et Lamorlière avec

M. d'Estrées et, sous lui, MM. d'Armenlières, de Faudoas, de Broglie et de Baye (1). Ce corps passe la Dyle près de Louvain, se forme sur les hauteurs de Tirlemont, la droite à la Gette, la gauche à Hautem-Sainte-Marguerite.

Le 12, le comte de Clermont lève le camp de Wavre, marche tranquillement sur deux colonnes avec des arrière-gardes et des pelotons sur les flancs, campe àMeldert, route de Tirlemont, près du camp de M. d'Estrées, la droite à Hautem-Sainte-Calherine, la gauche au château de Meldert, où s'établit le quartier général couvert par 3 B., les hussards à droite, face à la Gelte. Cette plaine abondait en fourrage, ainsi que tous ces cantons. Il reconnaît Élixem, Landen et Saint-Trond, et envoie des détachements dans les bois de Neervelp. M. d'Estrées détache aussi des partis du côté de Leau avec M. du Biaise).

Celui-ci poussa, le 13, jusqu'à Saint-Trond, et en chassa les hussards ennemis. La marche de ces corns occasionna un mouvement parmi les alliés, qui firent d'abord quelque changement dans leur position. Leur droite, composée de 36 B. et de 8 régiments de cavalerie autrichienne^ campa le long de la petite Netheface à Anvers, la gauche le long du ruisseau qui vient de Nylen, à Bouwel. Un corps de 8,C00 hommes est ensuite détaché de cette gauche sous le prince de Wolfenbutel, qui se pose entre Sichem et Averbode, sur le Demer, au-dessous de Diest. Le corps Baronay est renforcé à Westerloo, sur la grande Nethe. Le même jour, M. de Contades établit son quartier à Saint-Gilles, au pays de Waës, pour être à portée de veiller à la fois aux cantonnements de ce côté-là et à la sûreté des places de la Flandre hollandaise qu'il venait de visiter.

(1) De Baye, ancienne famille de Champagne; village du diocèse de Chàlons qui remonte à l'invasion d'Attila. Son inijiortance se caractérise dans les seizième et dix-septième siècles.

De Baye (Francois-Berlhclot, baron), né le 29 août 1703; lieutenant de Bretagne, 2 mai 1718; capitaine à Mestre-dc-camp-dragons, 24 décembre 1725; maréchal des logis en Bohême, 20 juillet 1741; brigadier, 20 novembre 1747; aide-maréchal général dos logis en Flandre, 1<='^ mars 1757; lieutenant général, 22 juillet 1702; mort en août 177G. Fui attaché au roi de Pologne. Se distingue le 18 août 1759 à Eimbeci< .

Son père, Etienne de Baye, né en 1(JG3, directeur général de l'artillerie; mort le 9 janvier 1727.

A la date du 15, paraît l'ordonnance des traitements en pays conquis, comme celle de 1745. Par mois, le lieutenant général : 10,000 livres, logé, meublé, chauffé, éclairé; maréchal de camp : 5,000 livres; brigadier: 2,500 livres; colonel : 120 livres; lieutetenant-colonel : 86 livres; major : 72 livres; capitaine : 43 livres; lieutenant : 26 livres, et ainsi jusqu'au dernier soldat, ayant part à celte gratification, sans compter la solde ordinaire.

Le même jour, le maréchal donne des ordres de marche à différents corps.

Le 16, le reste de la cavalerie quitte ses cantonnements. La plus grande partie, avec 2 régiments de grenadiers royaux, passe la Dyle aux ordres de M. de Clermont-Tonnerre, et occupe deux camps : l'un, de dragons et de grenadiers royaux, entre l'abbaye de Perck, au-dessus de Louvain, et la chaussée de Tirlemont; l'autre, de 14 brigades de cavalerie, entre cette chaussée et l'abbaye de Bierbeck. 3 brigades d'infanterie et 1 d'artillerie traversent aussi la Dyle près du moulin de Rotselder, et sont remplacées dans le camp qu'elles venaient de quitter par les brigades des Irlandais et de Bergeret. Les hussards de Beausobre et les volontaires de Saxe, les volontaires bretons, les chasseurs de Fischer et les Cantabres, se rendent au camu de l'infanterie sur la basse Dyle, audessus de Malines; les carabiniers au-dessous de cette place, avec 2 brigades de cavalerie qui devaient faire partie du corps destiné à M. de Lowendal. 12 B. de la garnison d'Anvers, conduits par M. de Saulx, forment un camp en avant de Mâlines, où ils relèvent 16 autres B. qui rentrent en ligne avec l'infanterie au-dessus de la môme place. M. de Pandereau se rend d'Anvers à Louvain avec sa brigade de milices pour y tenir garnison à la place d'une autre brigade de milices détachée ensuite à Anvers. Cet officier devait commander h Louvain en l'absence et sous les ordres de M. de Saint-Germain , qui avait la destination particulière d'inquiéter de plus en plus les ennemis conjointement avec le comte de Clermont et M. d'Kslrées.

Le même jour 16, ce dernier quitte le camp de la grande Cette à Hautem-Sainte-Marguerite, passe cette rivière et se forme à Vestmalle sur la petite Cette, au chemin rie Saint-Trond. Le comte de Clermont passe en même temps de Meldert à Linter au-dessous de Tirlemont, établit sa droite et son quartier à l'abbaye de Linter, sa

gauche à Nerlinter. Dès le malin, il s'était fait précéder par la brigade de Ségur, sous M. de Rougé (1), pour se porter sur Hautem et seconder M. de Saint-Germain, avec ordre de s'emparer de ce poste.

M. de Saint-Germain, parti de Louvain à minuit avec 3 brigades d'infanterie et 4 d'artillerie, longe le Demer, marche la nuit et le jour, s'empare d'Aerschot, du pont deTestelt et de Sichem, et se présente le soir devant Diest, bien défendu par l'ennemi. Il feint de l'attaquer pour tromper un détachement que le prince de Wolfembutel, dans les environs, avait envoyé sur lui, et, au moyen de cette fausse attaque, il fait défiler ses troupes le long de la Demer, à l'entrée de la nuit, et il les suit avec l'arrièregarde à Haelen, où il trouve M. de Rougé. Celui-ci, n'ayant point eu de ses nouvelles à cause de la grande quantité de hussards qui rôdaient de ce côté-là, s'était avancé vers ce poste et s'en était déjà emparé. M. de Saint-Germain rappela tous ses postes à Hoelens, renvoya M. de Rougé avec son détachement au comte de Clermont, qui n'attendait que la nouvelle de la réussite sur Haelen pour prendre une nouvelle position.

M. de Clermont abandonne Linter le 17, passe la grande Gette et se forme à Weser près de Leau, pendant que M. d'Estrées se portait d'Halmaël à Saint-Trond, précédé d'un détachement de hussards et de volontaires royaux commandés par M. de Bonhair, qui pousse jusqu'à Hasselt. La nuit du 17 au 18, M. de Salières est détaché de Malines, avec 2 brigades d'infanterie, pour longer la Demer vers Aerschot, Sichem et Diest, et soutenir le corps aux ordres de M. de Saint-Germain. MM. de Courten et de Montmorin partent aussi du môme camp avec 2 autres brigades d'infanterie et les 2 divisions d'artillerie de la droite du centre de l'armée, se rendant au camp de la cavalerie commandée par M. de Clermont-Tonnerre, près de l'abbaye de Perck.

(1) De Rougé (Pierre-François, marquis), né le 23 décembre 1702; capitaine aux dragons de Suze, 12 mars 1728 ; colonel de VermanJois, IG avril 1738 ; en Bohême, ))uis à l'armée de la Moselle; brigadier, l'^'' mai 17i5; maréchal de camp, 1'?'^ mars 1748. Prisonnier à Rossbach et échangé; il combat à Korbach, 10 juillet 17G0; tué lieutenant général , à Fillingshausen, du môme boulet qui frappa le duc d'Havre et M. de Verac, qui moururent le lendemain à Joést.

De Rougé (Gabriel-François, comte), maréchal de camp, mort en 17C1.

De Rougé (vicomte), capitaine, tué à Minden.

Pendant ces divers mouvements, les ennemis, supposant qu'on se disposait à marcher à eux de plusieurs côtés, décampaient, précédés de leurs équipages qui s'arrêtèrent à Hérenthals. Le général Bathiany avait aussi fait un mouvement par la droite avec les Autrichiens pour suivre la même route ; mais il revint sur ses pasf^et les deux lignes de l'armée restèrent à peu près dans la même position, après quelque changement de troupes qui passèrent de l'une à l'autre. Tout cela aboutit à faire marcher par leur gauche une partie des troupes légères du général Trips, du camp de Lierre vers les Getles, et le général Baronay de Weslerloo à Averbode, pour, conjointement avec le prince de Wolfembutel, observer les mouvements des corps du comte de Glermont et de MM. d'Estrées et de Saint-Germain. Le ISjuin, le maréchal se rend de Malines à Bruxelles, pour arrêter avec le roi les opérations de la campagne, et, le 19, il se dispose à un mouvement général, dans le but de couvrir de plus en plus les pays conquis, de resserrer l'ennemi vers la Hollande et de l'inquiéter du côté de Maëstricht.

Le 20, M. de Saint-Germain, renforcé de 2 brigades de cavalerie, marcha du camp sous Haelen à celui de Leau entre les deux Gettes, sa droite à Bosck, la gauche près de Leau, et la cavalerie en équerre, face à ces rivières. Le comte de Glermont, ayant reçu de Louvain le régiment de Bauffremont-dragons et envoyé ses gros équipages dans cette place, part en même temps du camp de Weser près de Leau, et s'établit à Saint-Trond, où il appuya sa droite, la gauche à Duras. M. d'Estrées, qui avait quitté Saint- Trond le matin, se porte à Tongres, et établit cinq ponts sur le Jaar jusqu'à Russon.

Le 22, à 7 heures du matin, le roi part de Bruxelles, à la tête de la cavalerie de sa maison, précédée de la brigade des gardes. Sur les midi, il arrive à la porte de Louvain, où il reçoit les hommages des magistrats et les clefs de la ville, présentées, suivant l'usage, par une jeune fdle de distinction, traverse la ville et arrive à une heure à l'abbaye du Perck, son quartier général. M. le maréchal de Saxe change en môme temps son quartier, et le transfère à Louvain. Le même jour, le comte de Glermont marche de Saint-Trond en avant de Tongres, établit sa droite au vieux Elderen, sa gauche au marais de Munerchem. M. d'Estrées passe en même temps de Tongres, ou Tongelberg, à Bilsen.

Pendant que les troupes du roi s'allongeaient du côté de Maëstrichl, les alliés y portèrent aussi plusieurs corps. Le général Trips part de leur gauche^ longe la Deuie et campe à Averbode au-dessous de Diest. Le prince de Wolfernbutel passe un peu plus loin, et le général Baronay en arrière d'Hasseldt. Un 4'^ corps, aux ordres du comte Daun, parti aussi de l'armée pour se jeter dans Maëslricht, eut bien de la peine à gagner Maaseyck, à cause du grand détour que la position de M. d'Estrées l'obligea de faire.

Il y avait alors en Hollande une grande fermentation. Les habitants des villes et villages s'exerçaient au maniement des armes deux fois par jour, et la république tâchait de leur inspirer une assurance qu'elle n'avait pas elle-même, en leur promettant une nouvelle levée de boucliers qui devait se faire en Allemagne à sa solde. D'un autre côté, il paraissait certain à Londres que les alliés avaient déjà perdu 20,000 hommes, tant par la prise des garnisons de la Flandre hollandaise que par la désertion des Autrichiens et des Hollandais, et par les maladies qui régnaient particulièrement parmi les Anglais. Cette nation, déjà endettée, se voyait ruinée sans succès ; elle commençait à murmurer et à vouloir forcer le ministère à la paix. Le duc de Cumberland n'était aimé ni du peuple ni des troupes , et son armée, la dernière ressource des alliés, ne se trouvait pas en élat de calmer toutes ces inquiétudes.

Cette armée ne tarda pas à rejoindre les corps avancés du côté de Maëstricht, suivie par celle du roi, car le projet du maréchal était de terminer la guerre par une action d'éclat. Après la conquête de la Flandre hollandaise, il lui avait suffi de se poster aux environs et en avant de Bruxelles pour empêcher le siège d'Anvers. En plaçant son infanterie près de Matines, il avait voulu attendre les circonstances favorables pour agir soit sur Maëstricht, soit sur Bergop-Zoom, lorsqu'il verrait les ennemis éloignés de l'une ou de l'autre de ces deux places, fatigués par son inaction, affaiblis par la disette, diminués par les maladies et la désertion, et partout hors d'état de s'y opposer.

Cependant les alliés gardaient leur position entre les deux Nethes, tout incommode qu'elle fût. C'était dans le but les obligera en décamper et de leur donner de l'inquiétude, que le maréchal portait de camp en camp du côté de Maëslricht les corps détachés du

comte de Clermont et de MM. d'Estrées et de Saint-Germain, ce qui attira d'abord autant de corps ennemis vers le même point ; et comme il était présumable qu'ils seraient suivis de toute leur armée, il destina un -4* corps (Lowendal) au siège de Berg-op- Zoom : pendant que l'on contiendrait les alliés du côté de Maëstricht, ce corps, tiré d'Anvers, devait tromper l'ennemi sur sa destination, et c'est par cette raison qu'il avait été camper en avant de Malines pour suivre quelque temps et de loin l'armée du roi qui venait s'assembler au camp de l'abbaye du Perck, près de Louvain, et qui devait elle-même suivre ces corps avancés du cùlé de Maëstricbt, si celle des ennemis prenait cette route, et la combattre selon l'occasion. Le maréchal ordonne au comte de Clermont de s'avancer de Tongres vers Maëstricbt. Il appelle d'Anvers 1 brigade d'ingénieurs, et il envoie la brigade de Normandie avec les volontaires bretons au camp en avant de Malines, qui renfermait déjà 12 B. sous milord Glare, en attendant M. de Lowendal : ce dernier, encore à Anvers, venait de reconnaître Lillo et le fort la Croix, sur l'Escaut, au-dessous de cette place.

Le 24, ces troupes firent un fourrage en avant de Louvain ; M. de Clermont campe de Tongres à Mopertingen, et, son avant-garde ayant poussé les hussards jusqu'aux glacis de Maëstricbt, on crut qu'il en voulait faire le siège. M. d'Estrées et le comte de Clermont en avaient bien déterminé le plan : ils n'eurent ni le temps ni l'occasion de cette mission, et ils avaient déjà réussi par leur marche sur Maëstricbt à faire quitter aux alliés leur position sur la Nethe.

Le 25, à 3 heures du matin, les Anglais décampèrent de Lierre et toute l'armée les suivit, marchant par sa gauche sur Westerloo vers Maëstricbt. A cette nouvelle, le maréchal ordonne à M. de Clermont-Tonnerre de se porter sur Tirlemont, et à M. de Saint-Germain de quitter Leau pour Saint-Trond. Vers 8 heures, l'armée ennemie campée, la droite àTongerloo, la gauche à Gheel, recommençait à faire un mouvement en avant, ce qui détermina le roi à rappeler au camp de l'abbaye du Perck 4 brigades d'infanterie, les carabiniers et les dragons restés au camp de la basse Dyle au-dessus de Malines, avec ordre aux corps avancés près de Maëstricht de se replier sur Tongres. Le môme jour, à 9 heures du soir, le comte de Clermont abandonne Mopertingen, marche toute la nuit.

et revient en deçà de Tongres. M. d'Estrées se replie en même temps d'Eygenbilsen vers la gauche de ce prince, avec son quartier à Yidoye. Il envoya le régiment de Grassin à Overrepen sur la chaussée de Tongres à Hasselt, celui de la Morlière à Lammel, et des hussards dans les bois, afin d'observer les ennemis dont les corps avancés commençaient à paraître de ce côté.

Le 26 au matin, le roi, monté à cheval, se rend avec le maréchal sur les hauteurs des Pénitentes pour reconnaître la position des alliés venus y camper, la droite à Averbode, le centre à Diest et à Meldert-en-Gampine, le quartier général et la gauche à Beringhen, ayant au front la Demer et un ruisseau en forme d'un demicercle. En même temps, le prince de Wolfembutel s'était porté en avant de l'armée avec 12,000 hommes, et le général Baronay jusqu'à Hasselt avec 18,000 hommes; il y avait, en outre, deux petits camps, l'un sur les hauteurs de Gellick du côté de Maëstricht, l'autre sur la droite de la Meuse au-dessous de cette place. M. de Senneterre marche à Tirlemont avec 4 brigades d'infanterie et 2 de cavalerie; M. de Clermont-Tonnerre, entre Tirlemont et Saint-Trond, avec 2 régiments de grenadiers royaux et 4 brigades de cavalerie; M. de Saint-Germain, entre Saint-Trond et Borchloen vers la gauche du comte de Clermont, -avec 3 brigades d'infanterie, 2 de cavalerie et 1 régiment de dragons. Le même jour, M. de Lowendal part d'Anvers, s'avance par la chaussée deMalines, et campe ses troupes en seconde ligne derrière celles qui occupaient depuis quelque temps le bassin en avant de Matines, où il reçoit ensuite la brigade de Mestre-de-camp (dragons) ; il ne reste à Anvers que 1 B. d'artillerie, 2 de grenadiers royaux et 7 de milice.

M. de Vence, colonel du régiment Corse, occupe, le 27, la ville de Lierre et Beausobre (hussards) entre dans Hérenthals, pendant que Grassin pénètre dans Hasselt.

Le 28, de Louvain part un convoi pour les corps avancés qui éclairaient toutes les démarches des ennemis, et dont la nouvelle position fit faire à ceux-ci un troisième mouvement en avant. En effet, le même jour, au soir, l'armée des alliés quitte Diest et Meldert-en-Campine et s'avance dans les environs d'Hasselt. Le général Trips se rend avec son corps de troupes légères près de l'abbaye d'Averbode pour couvrir la droite dans celte marche. Le général Baronay passe le Demer, afin de protéger la gauche; il s'ar-

rête quelque temps à Diepenbeck, et pousse ensuite jusqu'à Munsterbilsen. Le prince de AYolfennbutel marche en même temps à Schoonbeck, entre Hasselt et Munsterbilsen. Pendant que, le 29 au matin, le roi passait la revue des Cantabres, un fourrage général s'opérait sur la gauche de la chaussée de Louvain et le ruisseau de Lubeck, ce qui força le duc de Gumberland à un mouvement vers Gellick et la Commanderie du vieux Buyssen, voisine de Bilsen. Alors le maréchal, de son côté, replia le comte de Clermont sur MM. d'Estrées et de Saint-Germain, en attendant les corps de MM. Clermont-Tonnerre et Senneterre. A 10 heures du soir, le corps de Clermont prenait la route de ïirlemont.

Le roi, en route pour cette ville, n'y coucha pas sur l'avis du mouvement des ennemis; il la quitta le 30, à 7 heures du soir, et, pour permettre à l'artillerie de passer la grosse Gette , il bivouaque à Halmael. Le même jour, M. de Lowendal quittait Malines avec son corps de troupes, campait à 9 heures du matin sous Louvain, à la rive gauche de la Dyle. Puis il se remet en route pour Tirlemont, où il arrive à minuit , place sa gauche à Saint-Pierre- Wissenacken, laisse à Louvain 3 autres brigades d'infanterie, 1 de dragons et de l'artillerie avec M. de Lussan, faisant avancer à moitié chemin de Louvain à Trrlemontles volontaires bretons, destinés à l'escorte des convois venant de Malines.

Comme les deux armées s'approchaient, le maréchal, qui avait le dessein d'attaquer un corps d'ennemis alors placé sur les hauteurs depuis la grande Commanderie jusqu'au village de Rossmeer, se porta sur les hauteurs du village d'Herderen et reconnut la position des alliés. Laissant seulement 12 B. et de l'artillerie à Tongres, il appelle à lui toute l'armée, la range sur deux lignes d'infanterie et de cavalerie, la gauche en face de la grande Commanderie occupée par l'ennemi, la droite au village de Riemst et de la Maison- Blanche, vers Maëstricht. Pendant toute la journée, il y eut des escarmouches très vives. Dès le matin, le duc de Cumberland avait continué sa marche dans le dessein de prendre poste à Herderen, avec ordre à son avant-garde de s'emparer des hauteurs des environs; mais nos troupes s'étaient déjà saisies d'Herderen et de ses hauteurs, ainsi que du village de Rieaist, en avant de notre première ligne, couvert par 2 brigades. A 4 heures du matin, le maréchal donnait ses dernières dispositions de combat. Notre infanterie

était placée sur les hauteurs d'Herderen, la gauche bordant les plateaux, la droite s'étendant jusqu'au village de Riemst; la cavalerie, en bataille sur deux lignes dans la plaine, en avant de l'infanterie et au-dessous du village d'Herderen, la gauche à la hauteur de ce village, face à celui de Vlytingen et à la grande Commanderie, quartier du feld-maréchal de Bathiani, la droite vers le village de Montenaken, où le comte de Glermont avait porté 1 brigade d'infanterie; en réserve, la maison du roi, infanterie et cavalerie, la gendarmerie et les carabiniers : ce corps avait sa gauche à Herderen.

L'armée des alliés est aussi rangée sur trois lignes, sa droite à la

grande Commanderie avec les Autrichiens ; les Hollandais au centre ;

es Anglais, Hanovriens et Hessois à la gauche, tirant surMaëstricht.

Les ennemis occupaient en avant de leur première ligne les villages

de Grand-Spauwen, de Rosmeer, de Lawfeldt et de Vylre.

L'attaque de ce dernier village fut confiée à M. d'Estrées, à l'extrémité de notre droite avec sa réserve composée de grenadiers royaux, de cavalerie et de troupes légères; le comte de Glermont eut ordre de faire avancer sa cavalerie, commandée par M. de Ségur, entre son infanterie et les troupes de M. d'Estrées. Ce prince était chargé d'attaquer avec tout son corps le village de Lawfeldt, en avant du centre et de la gauche des alliés, défendu par un double retranchement et pouvant facilement être appuyé par de nouvelles troupes.

Les alliés ayant porté leurs principales forces sur leur gauche, on augmenta encore de quelques brigades d'infanterie et cavalerie le corps du comte de Clermont, qui se mit ensuite en mouvement pour exécuter l'attaque qui lui était confiée, pendant que M. d'Estrées marchait sur Vylre, dont il était essentiel de s'emparer afin de déborder la gauche des ennemis. A 10 heures du matin, l'action commença par l'attaque du village de Lawfeldt, défendu par les troupes anglaises, hanovriennes, hessoises et quelques régiments hollandais, et garni de plusieurs pièces de canon, dont quelques-unes placées au dehors prenaient par le ilanc gauche l'infanterie de Clermont. Malgré le feu terrible de cette artillerie, nos différentes colonnes s'avancèrent en bon ordre, et les brigades de Monaco, de Ségur, de Bourbon et de la Fère parvinrent auprès des retranchements de ce village : celle de Monaco (de Lautrec) et celle de la Fère (M. de Laigle) attaquèrent le centre ; MM. de Béran-

ger et de Froulay, la gauche avec la brigade de Ségur ; celle de Bourbon (de Beaupréau) resta en réserve pour soutenir 2 batteries qui battaient la gauche et la droite du village (1).

Nos troupes, par la vigueur avec laquelle elles combaltiient, forcèrent les ennemis d'abandonner ce poste dès la première attaque; mais comme ils se soutenaient en colonne, ils en repoussèrent nos brigades, qui se retirèrent dans le plus grand ordre sous le feu de Fartillerie et de la mousqueterie. La brigade de Bourbon s'étant jointe aux 3 autres, elles firent ensemble une seconde attaque qui eut aussi peu de succès que la première, et l'on ne put se maintenir dans le village, où les ennemis faisaient filer continuellement de nouvelles troupes tirées de la ligne d'infanterie en bataille derrière ce poste.

M. le maréchal, se portant à cette attaque, reconnut par luimême la force de Lawfeidt; il fit marcher M. de Montbarrey à la tête des brigades de Bettens et de Monnin, qui, avec les 4 autres, attaquèrent pour la troisième fois ce village. Ces troupes sont encore repoussées, mais en se maintenant cependant. Alors

(1) Gomer (Louis-Gabriel, chevalier de), né à Quevauvillers (Somme), le 25 février 1718. S'engage comme volontaire à l'école de la Fère en septembre 1730, au bruit du bombardement de Tripoli; 16 septembre 1732, oflicier pointeur; en 1741. attaché au corps d'artillerie du maréchal de Maillebois en Wesiphalie; se distingue, le 27 juin 1743, à la défense de Dingelfing, le 27 àDettingen; 1744-1745, en Flandre-, après la prise de Tournai, le 23 mai, douze jours après Fontenoy, il est appelé à concourir à la prise du magasin des alliés, il vil :

Le Belge en vain caché dans ses villes tremblâmes. Les murs de Gand tombés sous ses mains foudroyantes.

{Poème de Fontenoy.)

Le 2 juillet 1747, à LawfekU ; 27 septembre 1753, commissaire provincial; en 175S, appelé an commandement des dépots d'arlillerie concentrés sur le haut Rhin; 10 janvier 1759, lieutenant-colonel; 15 octobre 1765, colonel; 22 janvier 1709, brigadier; l*^'' mars 1780, maréchal de camp. Ce savant praticien se sentait spécialement entraîné vers l'él ude des bouches à feu connues sous le nom de morliers, dits à la Gomer. A la date du 20 mai 1791, il écrivait sur la nécessité de l'établissement d'un arsenal de construction et d'une fonderie dans le bassin de la Loire. Les idées de Gomer sont réalisées seulement à Bourges en 187G. 11 mourut à Dieuze (Meurihe), le 30 juillet 1798, presque dans la misère, privé par la révolution de ses Irailemenls et de sa pension de retraite. Il a laissé de savantes observations sur les fondions du service de l'artillerie et du génie, dos mémoires sur les grandes portées des bouches à feu. sur les alliages, sur le micromètre, sur la grosse artillerie du royaume.

le maréchal avance une batterie de gros canons, soutient ces 6 brigades par celle de Royal-Vaisseaux et celle des Irlandais (MM. de Thomond, de Fitz-James, de Roolh et d'Havre), et à leur tête le comte de Clermont. Les 2 dernières brigades et les 6 premières formèrent une nouvelle attaque, et se rendirent maîtresses de la plus grande partie du village. Les ennemis, auxquels il importait de le garder, changèrent aussitôt leurs dispositions, et firent marcher en colonne toute la gauche de leur infanterie pour nous forcer de battre en retraite. Sur ce mouvement , M. de Saxe ordonne aux brigades du Roi, de la Tour du Pin et d'Orléans (MM. de Salières, de Lorges (l)etde Guerchy) (2) de se porter sur le flanc droit de cette colonne; elles la chargèrent avec tant de valeur, qu'elle fut culbutée, et le village entièrement emporté un peu après midi. La cavalerie, en bataille derrière ces 3 brigades, s'avance en môme temps, et charge aussi non seulement cette colonne, mais encore un corps de cavalerie ennemie qui s'approchait pour soutenir l'infanterie.

Dès que les ennemis virent le village pris, ils essayèrent de faire une diversion, en attaquant la cavalerie de M. de Ségur et celle du corps de M. d'Estrées.

Le maréchal de Saxe se porte de ce côté avec le comte de Clermont, appelle les carabiniers, qui achèvent de mettre en déroute la cavalerie anglaise déjà ébranlée par les premières charges. Bientôt le désordre gagne le reste de l'aile gauche de l'armée des alliés. Cette aile, sur deux lignes de cavalerie et d'infanterie à la hauteur du village de Weldwezel, prend la fuite vers Maëstricht. En se sauvant, les ennemis reçurent un nouvel échec de M. d'Estrées qui avait déjà emporté le village de Vylre. Il fondit sur eux avec sa cavalerie et les poursuivit jusqu'à Maëstricht, faisant beaucoup de prisonniers. La déroute de cette gauche découvrit

(1) De Lorges (Louis de Durfort-Duras, comte), né le 18 février 1714 ; capitaine au régiment de Lorges (cavalerie), le 2 février 1727; colonel de Royal-Marine, 10 mars 1734; maréchal de camp, l*"" mai 17i5; lieutenant général, 10 mai 1748; duc en 1759; mort le 7 avril 1776. (D. G.)

(2) De Gucrcliy (Claude-Louis-François de Régnier, comte), né le l'^'' avril 1715 ; mousquetaire, 4 décembre 1730; colonel du Roi (infanterie), 1" mai 1745; maréchal de camp, 11 avril 1746; lieutenant générai, 10 mai 1747; mort en septembre

SUCCESSION D'AUÏRICHP:. — FLANDRE (1747). 541

entièrement le centre (les Hollandais). La frayeur les saisit, et la crainte d'être pris en flanc les détermine aussitôt à faire leur retraite vers Maaseyck, oia l'on avait jeté deux ponts. Lorsque l'action fut finie à la gauche des ennemis, M. le maréchal de Saxe, par de nouvelles dispositions, attaque la droite, composée de troupes de la reine de Hongrie aux ordres du comte de Bathiany, demeurées tranquilles spectatrices du combat, leur droite à la grande Commanderie, leur gauche au village de Rosmeer.

Le corps du comte de Glermont, ceux de MM. d'Estrées et de Clermont-Tonnerre débouchèrent par notre droite entre les villages de Lawfeldt et de Mopertingen, tandis que le reste de l'infanterie marche en bataille et de front à l'ennemi entre le village de Hosmeer et celui de Gros-Spauwen. Mais le général Bathiany, qui avait commencé sa retraite et suivi l'exemple des Hollandais après la prise du village de Lawfeldt, s'enfuit si rapidement à l'approche de nos troupes, qu'il fut en peu de temps hors de toute portée.

Cependant le roi, qui s'était avancé en personne à la tête des brigades, détache MM. de Clermont-Tonnerre et de Glermont-Gallerande pour suivre celte aile droite des ennemis, à laquelle on fit encore des prisonniers, et elle se retira aussi en désordre du côté de Maaseyck, sans pouvoir joindre la gauche sous Maëstricht. La confusion fut si grande parmi les alliés ainsi séparés, qu'ils ne se crurent pas en sûreté sous ces deux places. Ils passèrent la Meuse toute la nuit sur les ponts préparés, ainsi que dans les gués, où il resta plus d'un millier de chariots avec leurs chevaux noyés.

Après cette victoire, les troupes restèrent en ordre sur le champ de bataille, et le roi y coucha près d'elles à la Commanderie dite des Vieux-Joncs, maison qui, la veille, était le quartier général du duc de Gumberland.

La présence du roi, l'intrépidité et les sages dispositions du maréchal de Saxe, l'ordre établi par M. de Cremilles, l'activité et l'intelligence de tous les ofliciers, la bravoure et la belle conduite du soldat renouvelaient à cette bataille de Lawfeldt toutes les actions des vainqueurs de Fontenoy et de Rocoux. L'attaque du village de Lawfeldt, qui dura plus de deux heures, restera une des belles actions de l'infanterie; les troupes du roi y donnèrent des marques d'un grand courage. Les brigades d'infanterie du Roi, des

Vaisseaux, Irlandais, Beltens, Monnin, la Tour du Pin, Bourbon, Monaco, la Fère et Ségur firent des prodiges, ainsi que celles de Royal-la-Marine, la Marck, Diesbach, Bonac, Hainaut, Enghien, Nice, la Marche, Vermandois, les grenadiers royaux, de Coincy et la Traisne, les Grassins et les la Morlière, qui souffrirent beaucoup. Les brigades de cavalerie Royal, Berry, Cravates, Anjou, Royal-Roussillon, et les carabiniers, enfoncèrent partout les escadrons ennemis (1).

Les troupes ennemies qui eurent part à la bataille méritèrent aussi de très grands éloges par leur bravoure. Les Anglais surtout firent des prodiges pour soutenir le village de Lawfeldt, qu'il nous fallut attaquer cinq fois, etoii ils firent une contenance qui aurait rebuté des troupes moins accoutumées à vaincre. Là, ils renouvelèrent par leurs B. cette fameuse colonne, ce rocher inébranhible qu'il avait fallu min.?r à Fontenoy pour le faire sauter; aussi furent-ils encore les plus maltraités (2).

Suivant la propre relation des alliés, conforme à tous nos renseignemenis. cette dernière action leur coûta au moins 40,000 hommes, tant tués que blessés. On leur fît plus de 2,000 prisonniers, tant à Lawfeldt qu'à la poursuite; parmi les prisonniers étaient le général Ligonier, d'Isenburg, le lord Sewton, le fils de milord Albermale et le major général des Hessois, et divers officiers de distinction. On leur enleva aussi des canons, plusieurs drapeaux, étendards, paires de timbales et autres trophées.

Le lendemain de la bataille, 3 de juillet, l'armée victorieuse

(1) Cette victoire nous coûta plus de 8,700 hommes hors de coml^at, MM. de Bavière, d'Aulichamp (colonel d'Enghien), Dillon, d'Erlach, tués; MM. de Lautrec, Béranger, de Crequy, de Froulay *, de Guerchy ; les colonels de Bonac, d'Aubeterre (Royal-Vaisseaux), Balieroy (Orléans), Fénelon (la l'"ère), Ségur fils, de Rochambeau (la Marchej, de Dreux (Royal-la-Marine), la Tour du Pin (Bourbon), Bellefonds, de Cernay (Cravates), blessés.

(2) Cette valeur de l'infanterie anglaise est une force inaccessible à l'émotion du chami) de bataille : d'un calme inébranlable, d'une solidité à toute épreuve. Infanterie admirable! s'écriait le maréchal Bugeaud. Heureusement pour ses adversaires, il n'y en a pas beaucoup. Il citait celle d'Esi>agae : je l'ai retrouvée la même en Crimée, à Inkerman, impassible, effrayante de courage et de sang-froid.

* Froulay de Tessé (comte de), colonel lUi résimcnt Royal-Comtois, 15 janvier 1741 ; brigadier, 20 février 1743; maréctial de camp, l'^"' mai 174't; mort sans postérité le 11 juillet 1747 de .ses hics.surcs à la bataille de Lawfeldt.

campe sur deux lignes, la droite vers le Jaar ;\ la hauteur d'Esmaër, la gauche à Petit-Spauwen près de la Commanderie du Vieux-Jonc. Les alliés, après avoir replié les ponts sur lesquels ils venaient de passer la Meuse aux environs de Maaseyck et de Maëstricht, se réunissent derrière cette dernière place, sur trois lignes : leur droite, les Autrichiens, à hauteur du village de Uyckhowen, le général Bathiany ayant son quartier à Amby; le prince de Waldeck un peu plus loin sur la hauteur avec les Hollandais, au centre; le duc de Cumberland à Heer avec les Anglais, Hanovriens et Hessois, qui formaient la gauche; le général Trips près de Visé, avec les troupes légères, couvrant la gauche, et le général Baronay, avec un autre corps détaché à Maaseyck, protégeant la droite et fournissant des escortes aux convois.

Pour recueillir les fruits de sa victoire, le maréchal résolut, dès le 4, de resserrer les alliés, de les contenir loin de la Meuse et d'exécuter son projet sur Berg-op-Zoom. En conséquence, M. d'Estrées s'établit ce jour-là vis-à-vis de Visé. 11 appuie sa gauche au Jaar avec 3 brigades qui s'étendaient jusqu'aux hauteurs de la Meuse, au nord de laquelle il place les régiments de Grassin et de la Morlière, sa droite vers Houtain, les hussards dans ce village et dans d'autres le long de la Meuse , pour assurer la communication jusqu'à Liège; en sorte que, par la position de ce corps, on pouvait regarder la droite de l'armée comme appuyée à la Meuse. Il tente de pousser un détachement au delà de cette rivière, sonde les gués : aucun ne se trouva praticable. Il voulut ensuite faire un pont de bateaux, ne réussit pas davantage et se contenta de tenir l'ennemi en échec au-dessus de Maëstricht et de l'empêcher de passer la Meuse. Le comte de Glermont se porte à Rosmeer en avant de la gauche de l'armée, surveillant les gués au-dessous de Maëstricht; M. de Saint-Germain, à Kesselt, se trouve en avant du centre, avec de l'infanterie dans les ravins et les chemins creux, de sorte que Maëstricht est entièrement masqué.

Léo, M. Phelippes, à Namur, détache les régiments de Ferseninfanterie et d'Orléans-dragons sous M. de BoufQers, pour Huy, afin de garder les gués de la Meuse depuis ce point jusqu'à Liège.

Le même jour, M. de Lowendal, venu à ïirlemont avec la moitié de son corps, rejoint le reste laissé au camp de Louvain; et comme il devait se disposer au siège de Berg-op-Zoom, il avertit les

dépôts de son artillerie à Gand et à Dendermonde de se rendre à Anvers. De sa personne, il part le 6 de Louvain, arrive dans Malines, y place son infanterie en deçà, sa cavalerie au delà et les dragons à droite de celte ville, et garde quleques jours cette position avant de se rendre à Anvers, pour se donner le temps de préparer sa marche sur Berg-op-Zoom.

Le 8, 1 brigade d'infanterie composée de 4 B. est détachée de l'armée aux ordres de M. de Bombelles, brigadier, pour occuper Diest, Aerschot et autres postes sur le Demer ; en même temps, 8 autres B. et 21 E. sont distribués à Tongres, Saint-Trond, Tirlemont, Louvain et Bruxelles, pour la communication de l'armée à cette dernière place. M. de Lowendal détache du camp de Malines les volontaires bretons : ils occuperont Lierre, et ramasseront tous les chariots depuis cette petite ville jusqu'à Gravenvvezel , et tout le long de l'Escaut jusqu'à Anvers. En même temps, le corps de Clermont, toujours au-dessous de Maëstricht, s'avance à Reckeim, la gauche au ruisseau de ce nom, sa droite à l'abbaye de Lanaeken, laissant à Neerharen, en avant de la ligne, une partie de ses troupes rangées en équerre , face à Maëstricht et couvert par les châteaux de Petersheim et d'Ablouck qu'occupait le détachement de M. de Saint-Germain campé sur la droite à Kesselt, vis-à-vis Maëstricht.

M. de Lowendal marche avec toutes ses troupes le 9, arrive audessous d'Anvers, la droite à Merxem, la gauche à Eckeren, où il apprit le mouvement sur Berg-op-Zoom du prince de Saxe-Hildburghausen, formé à Rosendaal.

Le 10, il se remet en mouvement sur deux colonnes , et campe à Ossendrecht, le mauvais temps ne lui permettant pas d'aller plus loin. Pendant la nuit, il est précédé par un fort détachement avec M. de Laliy, pour tàter le poste de Santvliet. Nos grenadiers s'étaient déjà emparés d'une digue à l'embouchure de l'Escaut, avec beaucoup de bâtiments.

M. de Montbarrey est détaché, le 13, avec 2 brigades d'infanterie et 1 de cavalerie pour renforcer le corps de jM. de Lowendal; une d'elles, tirée du corps Glermont, est remplacée par celle de Bourbon ; le régiment Royal-Suédois passa de Namur à Huy.

Il y avait alors à l'armée sous la Commanderie 67 B. et 124 E. Le corps Glermont, à Reekem, avait 13 B. et 27 E. ; M. de Saint-

Germain, à Resselt, 8B. et 23 E.; M. d'Estrées sur la Meuse, entre l'armée et Liège, 19 B. et 34 E. ; à Huy, 4 B. et 5 E. , M. de Lowendal, sur l'Escaut, 34 B. et 34 E.; M. de Contades, dans la Flandre hollandaise, 8 B. et 10 E. ; par la communication de Tongres à Bruxelles, SB. et 21 E. ; sur la Demer, 4B. ; àNamur etCharleroi, 5 E., outre 4 B. de milices : ce qui donne, pour l'effectif de l'armée, 167 B. et 284 E., sans compter les régiments de Grassin, de la Morlière et les troupes légères.

M. de Lowendal quitte Ossendrecht en deux colonnes, arrive, le 12, devant Berg-op-Zoom , appuie sa gauche à l'inondation de la Zoom, la droite à l'Escaut. Il avait souhaité de rencontrer le prince de Saxe-Hildburghausen, qui, jetant sur Bréda sa cavalerie et ses équipages, était venu de Rosendaal sous Berg-op-Zoom, renforcer la place, restant de sa personne à Steinberg.

Le 13 et le 14, M. de Lowendal se prépare à l'ouverture de la tranchée. Pendant cette grande opération, M. d'Estrées continuait à resserrer l'ennemi. Voulant reconnaître les environs du fort Saint- Pierre qu'il fortifiait, il fut attaqué et dut se retirer précipitamment. C'est alors qu'il établit des retranchements pour masquer ce débouché, avec des ponts sur le Jaar destinés à faciliter le passage de l'armée en cas de nécessité. A l'égard de l'armée des alliés, qui attendait des renforts d'Allemagne, elle ne dépassait pas alors 60,000 hommes effectifs , suivant leurs propres rapports combinés avec la distribution journalière du pain. Après quelques mouvements par sa gauche, elle resta campée derrière Maës-, tricht, la droite au-dessous de cette place, la gauche à Berneau tirant sur Visé. Le duc de Cumberland avait toujours son quartier général à Ryckolt. Le général Trips couvrait la gauche avec ses troupes légères, qui s'étendaient depuis Visé jusqu'audessus de Liège. Le général Baronay, du côté de Maseyck, avait un corps de troupes descendues à Huremonde avec l'artillerie et les pontons; en outre, un corps de 12,000 hommes campait dans les lignes de Steinberg, près de Berg-op-Zoom, aux ordres du prince de Saxe-llildburghausen.

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