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SIEGE ET PRISE DE BERG-OP-ZOOM

Juillet. 14. Ouverture de la tranchée. — 10. Changement dans la position de la gauche de l'armée. — 19. Le prince de Waldeck se porte à Ruremonde. — 21. M. de Saint-Germain à Boerkloen pour l'observer. — 22. MM. de Clcrmont, d'Armentières, de Saint-Germain en mouvement sur Hosdensten, Huy. Ce dernier à Putte. le 27. — 29. Détachements ennemis qui font des ponts sur l'Ourthe.

Août. 3. M. de Lowendal rapproche les corps de MM. de Contades et Saint-Germain. — 5-6. Attaque du chemin couvert. — 9-10. M. de Schwartzembergveul occuper Wouw; repoussé à Oudenbosch. — 14. Mouvement de notre armée. — 19. L'armée ennemie s'avance sur Visé avec un corps sur la basse Meuse. — 23. M c-e Courten appuie M. de Lowendal. — 28. M. de Tornaco détaché vers Berg-op-Zoom. — 29. M. le duc d'Havre, mis sous les ordres de M. de Lowendal, part pour Diest.

Septembre. 2. L'ennemi renforce ses troupes à Berg-op-Zoom. — 9. Les batteries de brèche commencent à tirer. — II. M. d'Armentières à Hérenthals. — 12. M. de Trips passe la Meuse. — 13. M. de Lowendal à Brassehoet, le 14 à Putte. — 16. Assaut général, prise de Berg-op-Zoom. M. de Blet y commande. — 17. M. de Lowendal nommé maréchal de France, — 20. Troupes venant d'Allemagne rejoignant l'armée ennemie. — 23. 2 brigades à portée de faire le siège des forts. — 25. Troupes devant Berg-op-Zoom campent à Capellen. — 27. Le maréchal Bathiany au camp d'Oudenbosch. — 28-29. Siège du fort Frédéric-Henri.

Octobre. 2. Les gros équipages et l'artillerie partent pour Saint-Trond.— 3. La droite de l'armée passe le Jaar. — 4. L'armée marche sur cinq colonnes. — 6. A Tirlemont, l'armée du roi. Capitulation de Frédéric-Henri. — 10. Toute la cavalerie cantonne entre la Dyle et la Senne. L'infanterie à Louvain, Matines et "Wayre. — . 12. Capitulation dufort de Lillo. — 21. Séparation des troupes pour leurs quartiers d'hiver. — 23. Départ des troupes. — 30. Convoi d'Anvers sur Berg-op- Zoom attaqué.

Novembre. 1, 2, 3. MM. de Bathiany et Cumberland à la Haye. — 12. Les troupes devant Berg-op-Zoom entrent dans la place. Dispositions pour son ravitaillement.

Le 13, M. de Lowendal, examinant de plus près ses points d'attaque, trouve les fortifications extrêmement enterrées, les feux très rasants. Il découvre cependant un terrain assez favorable. C'est le

SUCCESSION D'AUTRICHK. — FLANDRE (J747). 547

14 qu'est ouverte la tranchée de Berg-op-Zûom. Une parallèle par sa gauche embrasse le front du camp retranché et par sa droite celui des trois bastions, communiquant au centre de cette parallèle par cinq zigzags qui partent des dunes. Une autre communication traversait le grand chemin d'Anvers et aboutissait au vieil épaulement, plus un boyau isolé, qui se perdait dans les dunes et donnait une communication commencée pour la droite de cette parallèle.

Le 16, à 3 heures du matin, une sortie de la place se jette pour combler le bout de la parallèle à droite; elle est repoussée par le capitaine de grenadiers Persange, du régiment de Normandie. Dans la nuit du 16 au il, on perfectionne la parallèle, on construit des batteries à la droite, à la gauche et en arrière; deux sorties de la garnison n'ont pas plus de succès que celle de la nuit du 17 au 18, oîi se distingua M. de Montbarrey. Le général Cromstroom arrivait le 21, pour prendre le commandement en chef de la ville et des lignes; le prince de Saxe-Hildburghausen en est si mécontent qu'il se retire à Tolen. Les volontaires bretons reconnaissent les forts de Rowers, Pinsen et Conineberg.

Le 22 juillet, M. de Lowendal, à la nouvelle que les Hollandais venaient de publier une ordonnance défendant à tous les sujets de la république, sous peine de mort et de confiscation de biens, de fournir aucune espèce de vivres, fourrages ou chariots à l'armée française, arrête les bourgmestres et les régents des lieux sur lesquels on avait imposé des fourrages, avec menace de brûler les villages qui n'obéiraient pas sur-le-champ. Comme il avait quelque dessein sur les forts qui couvraient le camp retranché des ennemis, il envoie de ce côté de l'infanterie et des dragons sous M. le duc de Chevreuse, qui })asse le ruisseau de la Zoom, et campe vis-à-vis les forts Rowers et Pinsen, la droite à l'inondation, la gauche à la Zoom.

M. de Contades vient du pays de Waës rejoindre, le 23, M. de Lowendal et dans la soirée arrive M. de Saint-Germain. La nuit du 23 au 24, à 3 heures et demie du malin, M. de Lowendal s'avance jusque près de Steenberg, pour reconnaître les lignes des ennemis. Ceux-ci coupent la digue entre cette ville et l'Ecluse bleue, et l'inondation se trouve formée en plusieurs endroits. Ils firent aussi une coupure à une barrière palissadée , et garnie

d'infanterie que les volontaires bretons poussèrent avec beaucoup de valeur, en se jetant dans l'eau des deux côtés du chemin pour tourner l'ennemi.

M. de Lowendal, dans la nuit de 24 au 25, ayant reconnu la possibilité d'attaquer le fort de Rowers , ouvre la tranchée en construisant une batterie à la droite de la parallèle. Le 27, à la pointe du jour, les batteries de l'attaque de Rowers commencent leur feu avec succès sur le camp, qui est obligé de se déplacer. M. de Lowendal monte à cheval et reconnaît un terrain propice à recevoir le prince de Waldeck, s'il tentait d'inquiéter le siège. Du 27 au 28, l'ennemi démasque son artillerie et ouvre le feu des forts de Pinsen et de Gonineberg. MM. de Contades et de Saint-Germain ayant amené des renforts, on se trouve en position de s'opposer à l'arrivée du prince de Waldeck, qui, entre Bréda et Bois-le-Duc, devait se porter à Oudenbosch.

Le 2 août, le prince de Waldeck, arrive à Bréda avec son corps d'armée, jette un pont de bateaux entre Sleenberg et l'Écluse bleue, sur lequel passe la cavalerie du camp retranché au Vieux- Bois.

Dans la nuit du 3 au 4, l'ennemi fait une sortie, encloue des pièces. A la tranchée de Rowers, on répare l'ouvrage de la nuit précédente, en construisant une nouvelle batterie à la gauche de la batterie.

Le 5, M. le comte de Lowendal, ayant reçu la confirmation de l'arrivée de l'armée ennemie entre Rowers et Oudenbosch, place M. de Contades à la censé du Pasteur, et M. de Saint-Germain derrière le village de Huyberghen. Il se porte sur le terrain reconnu derrière les dunes, indique aux majors des régiments le camp qu'ils devaient occuper, en cas de combat, et travaille aux rampes et débouchés pour porter du canon sur les dunes, de sorte que tout fut bientôt disposé pour recevoir l'ennemi, si son dessein était de marcher sur nous. Ayant aussi reconnu le progrès de nos mines et des ouvrages de la tranchée, il jugea qu'il était temps de déloger les assiégés du chemin couvert. La nuit du 5 au 6, on commence par faire sauter toutes les mines de la droite et de la gauche de l'attaque. On creuse ensuite des puits afin de pénétrer dans les casemates sous le chemin couvert. En même temps, des compagnies de grenadiers marchent à l'attaque du chemin couvert;

elles manœuvrent avec une intrépidité surprenante au milieu du feu de tous les ouvrages des ennemis; elles se logent dans les angles saillants. Les travailleurs qui les suivaient ne se dérangèrent pas un moment, et perfectionnèrent le logement.

Le 6, M. de Lowendal, suivant les intentions de M. de Saxe, ordonne à M. de Saint-Germain de se tenir prêt à tourner Bréda et à porter l'alarme jusqu'à Gertruydenberg. Il fît avancer de l'infanterie pour soutenir le village de Wouw, occupé par les volontaires bretons sur notre gauche. Il croit cette précaution d'autant plus nécessaire que l'ennemi, campé, sa droite à Oudenbosch et sa gauche vers Kuckwen, avait poussé à Rosendaal.

Dans la nuit du 6 au 7, les volontaires bretons, après un vif engagement avec l'ennemi , le reconduisent à moitié chemin de Rosendaal.

Le 7, à 2 hetires après midi, les assiégés mettent le feu dans le saillant du bastion gauche. A 5 heures, nous fîmes jouer, à gauche de ce logement, une mine qui creva la galerie ennemie; à 6 heures, deux autres à la droite du saillant. Dans le moment, une sortie de la place débouche par les palissades à la gauche du front de l'attaque. Après un feu de mousqueterie des plus vifs, 2 compagnies de grenadiers les culbutèrent et les poursuivirent jusqu'au réduit de la gauche. A 7 heures du soir, une de nos bombes met le feu à un magasin de poudre dans la ville (i).

Le 8 août, M. de Montmorin, détaché de l'armée du roi, est envoyé avec 2 brigades d'infanterie et 1 de cavalerie (8 B. et 13 E.) à Berg-op-Zoom. Le Demer, qu'il quittait, reste gardé par 10 B. et 10 E.

La nuit du 9 au 10, un corps de l'armée ennemie, s'avançant sur trois colonnes, veut s'emparer du village de Wouw, sur notre gauche, gardé par 1 brigade d'infanterie et les volontaires bretons, aux ordres de M. de Vaux. Un peu après minuit, la première division des ennemis attaque une redoute que nous avions k la tête du village sur notre droite, vers la chaussée de Rosendaal. Cette colonne fut repoussée avec perle par les grenadiers de Montbois-

(1) Depuis le coniniencenient du siège jusqu'à ce jour inclusivement, noire perle se montait à 1,946 hommes, 1" officiers tués, 1 12 blessés, 202 soldats tués et 1,555 blessés.

sier, soutenue de 2 B. du même régiment, en même temps qu'à la redoute du centre, surprise par la 2'' division, l'ennemi se voit refoulé jusqu'à quatre fois par les grenadiers d'Angoumois et de Montboissier.

La 3" division attaque notre redoute sur la chaussée de Bréda. Ces dernières troupes revinrent aussi à la charge, et furent toujours repoussées. M. le duc deChevreuse, qui commandait l'attaque duRowers, ayant appris celle du village, de Wouw, envoie 2 brigades d'infanterie et 1 de dragons pour masquer les débouchés et assurer la communication avec ce village, que les ennemis n'osèrent insulter, ayant été repoussés de toutes les redoutes. Ce combat dura depuis minuit jusqu'à 4 heures du matin. M. de Vaux, M. le chevalier de Montboissier, colonel de son régiment, M. de Kermelec des volontaires bretons, se dislinguèlent dans cette aciion, ainsi que tous les autres officiers et les troupes, qui firent des prodiges de valeur, malgré la supériorité de l'ennemi.

Le 10 au matin, M. de Lowendal, qui s'était porté sur les lieux, à la nouvelle de l'armée ennemie débouchant dans la plaine de Nispen en ordre de bataille , fît battre la générale , et s'établit sur le champ de bataille marqué quelque temps auparavant; il ne laisse au siège que le nombre de B. nécessaires pour la garde de la tranchée. Lorsque les ennemis se retirèrent, M. de Saint-Germain rentra aussi dans son ancien camp d'Huyberghen, après avoir poussé et replié tous les postes des ennemis du côté de Bréda (1).

Le même jour au soir, M. de Lowendal se porte à la tranchée et établit un logement malgré la vivacité du feu de la place. A -11 heures, les assiégés firent sauter une mine. Nous travaillons à l'établissement d'une batterie dans le prolongement fait la veille à la première parallèle, pour battre le bastion de la droite. Les ennemis voulurent faire une sortie du fort Rowers, ils furent repoussés par nos piquets. Du côté de Liège, le duc de Gumberland, pressant les États-Généraux et le gouverneur de Berg-op-Zoom d'envoyer des secours, avait fait descendre du côté de Venloo plusieurs détachements de troupes aux ordres du général Geyrusck, et or-

(1) Depuis le commencemonl du siège jusqu'au 10 aoùl iiicliisivenient, notre perle se montait à 2,259 hommes. (D. G. V.)

donna de passer la Meuse à un autre corps qui venait camper sur le Jaar en deçà de Maëstricht. Le 17, des batteries, placées à la droite de la'première parallèle, commencent à entamer les bastions, La nuit du 17 au 18, des volontaires descendent dans le fossé de la demi-lune, entrent par la galerie de l'ennemi, fouillent les mines, tuent les mineurs, et s'avancent jusqu'au pied du réduit de la lunette.

Le 17, M. de Noailles, de tous les conseils du roi, presse M. de Saxe sur la nécessité d'emporter Berg-op-Zoom pour la gloire et la réputation de nos armes et la décision du succès de celte campagne. Il lui expose l'importance de cette entreprise, et tous les efforts des alliés si nous échouons devant cette place, et il conclut que l'armée du roi ne pouvait trop tôt s'en rapprocher pour couvrir et soutenir celle de M. de Lowendal, qui courait risque d'être accablée par le nombre (1).

Le même jour, M. de Saxe lui répond « que, si cette place était susceptible d'être emportée, nonobstant les difficultés de chaque jour, M. de Lowendal avait assez de troupes et d'artillerie pour cette opération; mais qu'on y perdrait l'armée par le défaut de subsistances, et que, si elle quittait sa position actuelle, on abandonnerait des subsistances immenses et notre propre frontière. » L'on peut ajouter, et il paraît que c'était l'idée du maréchal, que le meilleur parti, dans ces circonstances, était de continuer à faire marcher des renforts vers Berg-op-Zoom, à mesure que les alliés y en enverraient de leur côté, ce qui donna lieu de détacher de nouvelles troupes de l'armée.

En effet, M. de Gourten part, le 18, avec 1 brigade d'infanterie, 2 de cavalerie, lerégimentdelaMorlière et quelques troupes légères, rejoindre le corps de Berg-op-Zoom. Le maréchal, le 19, recommandait à M. de Lowendal de grandes tranchées profondes et larges sur les capitales des bastions de polygone, qu'il fallait attaquer au-dessous de l'horizon, pour couper court à la guerre souterraine des mines.

(1) L'onaenii (Hait toujours campé entre Oudeiibosch et Kuckwcii, avec des troni)e.s en équene depuis la rivière jus([u'à Ellen, des hussards à Nispen et 1 réî^inient d'infanterie dans les retranchements depuis Nispen jusqu'à Esclien. Il y avait, en outre, les troupes du camp, la garnison de Berg-op-Zooni et le renfort amené par M. de Baronay. r

Le 19, le roi renforce la communication avec Berg-op-Zoom. 2 brigades se rapprochent de Hoëven ; celle de Montmorin (M. de Pons) est envoyée de Lierre à Eeckeren au-dessous d'Anvers, avec 2 régiments de dragons et celui de Beausobre-hussards, afin de couvrir cette communication, conjointement avec la brigade de cavalerie d'Anvers. Tongres devient un point essentiel à notre position et à nos dépôts : le 20, un retranchement enveloppe cette ville; il doit communiquer à Berg-lez-Tongres et le couvrir. Toutes ces précautions étaient nécessaires, car l'armée du baron de Schwartzemberg campait près de Berg-op-Zoom, déjà très forte par suite de l'arrivée du général Baronay. NosB. devenaient faibles, sans compter l'obligation d'éloigner un peu la cavalerie pour la faire subsister.

Ces considérations, jointes à l'objet important du siège, à l'attention nécessaire à l'armée voisine et à la sûreté de notre communication avec Anvers, faisaient souhaiter dans ce moment à M. de Lowendal que la grande armée se rapprochât de lui, d'autant plus que la Hollande et les alliés se sentaient trop intéressés à traîner le siège en longueur, et que tous leurs efforts tendaient à nous faire échouer dans cette entreprise.

Le 2,'.{, M. de Lowendal mande à M. de Saxe que les ennemis campent, la droite à Oudenbosch et la gauche vers Hoeven, avec de gros détachements à Nispen et à Rosendaal ; qu'il serait difficile et même inutile de marcher à eux, par la proximité de Bréda, où ils ne manqueraient pas de se réfugier ; que, de son côté, il n'avait rien à craindre de leur part, ayant une position inattaquable; et que s'ils marchaient du côté d'Anvers, il pourrait alors se porter sur eux. De l'autre côté, les troupes anglaises, hanovriennes et hessoises, formant la gauche de l'armée des alliés, s'avançaient sur les hauteurs au-dessus de Visé, et campaient sur deux lignes, la droite du côté du village de Mouland à l'extrémité de ces hauteurs, la gauche appuyée au ravin creusé par le ruisseau qui passe au pied de la Censé de Sarrolea vers Liège. Elles laissaient en avant Visé, le village de Richel et le château d'Argenteau. Leduc de Cumberland transporte son quartier général au château deFère, près d'Argenteau.

La droite des alliés, par un mouvement en remontant la Meuse, portait sa gauche près de Visé, et sa droite vis-à-vis de Maastricht.

Le général Bathiany, qui commandait dans celte partie, jette un pont sur la Meuse vis-à-vis du château de César. Toutes ces troupes campaient par pelotons, et plusieurs détachements augmentaient le corps i\u général Trips au-dessus de Liège, oîi il y avait alors 15 à 18,000 hommes répandus sur l'Ourthe, dans le Goudroz et dans les autres districts du pays de Liège au delà de la Meuse, poussant même des partis jusque dans les dépendances de ce pays entre Sambre et Meuse.

La nuit du 26 au 27, commence le travail aux batteries de brèche. Notre honneur était engagé, après le gain d'une bataille, à la prise de Berg-op-Zoom, qui devait être le fruit de cette victoire; d'autre part, le salut de la république des Provinces-Unies dépendait de la défense et de la conservation d'une place très forte, le boulevard de la Zélande, qui avait déjà fait lever plusieurs sièges sans pouvoir être prise, qui n'avait pu être investie au siège actuel, soutenue par une armée, et dont la garnison s'augmentait chaque jour de nouvelles troupes. Les alliés étant déterminés à mettre tout en œuvre pour nous faire échouer dans notre entreprise, les Hollandais pressaient vivement le duc de Cumberland d'envoyer de nouveaux secours à cette place. Ce prince avait insensiblement fait passer à Oudenboseh 24 à 2.j,000 hommes aux ordres de Schwartzenberg, sans compter les troupes des lignes de Fleenberg, commandées par le prince de Saxe-Hildburghausen. Il était à présumer que leur plan consistait à attaquer l'armée du siège, ou à la mettre dans la nécessité de combattre. L'échec de Wouw en restait une preuve; impossible de croire qu'ils perdissent leur objet de vue, ni qu'ils ne tentassent pas de donner bataille, ou du moins de couper les vivres à M. de Lowendal.

Dans ces circonstances, il fallait lui procurer tous les secours nécessaires à la réussite de son entreprise, rendre inutiles ceux que les alliés enverraient encore contre lui, continuer à leur donner de la crainte pour Maëstricht et à contenir leur grande armée sur la rive droite de !a Meuse. C'est à quoi tendaient toutes les dispositions du roi, dont l'armée campait à Hamal, près de Tongres : le corps de M. de Clermont à Cortessem sur la gauche du côté d'Hasselt; celui de M. d'Estrées sur la droite à Heure-le-Romain, et le long de la rive gauche de la Meuse depuis Maëstricht jusqu'à Huy. D'autres détachements distribués depuis Tongres jusqu'à

Bruxelles, sur la Demer, sur l'Escaut, assuraient la communication de l'armée avec le camp devant Berg-op-Zoom.

Le 24, telle était notre situation, quand partit de Yenloo pour Berg-op-Zoom, avec le général Chanclos, un nouveau renfort rassemblé par le général Geysruck sur la basse Meuse. A cette nouvelle, M. de Gourten, arrêté à Diest, marche à Lierre, se rend aux ordres de M. le comte de Lowendal.

Le 30, M. de Lowendal apprend que le roi détachait encore de son armée 10 B. et 4 E., sous M. le duc d'Havre, pour venir le joindre, sur l'avis que le général Tornaco s'avançait vers Bréda avec un nouveau secours de troupes tiré de l'armée des alliés.

Le même jour, M. le maréchal de Saxe écrivit à M. le comte de Lowendal, pour savoir s'il ne risquait rien à marcher à l'ennemi au cas qu'il se portât sur sa communication avec Anvers, et pour lui offrir de marcher lui-même à son secours avec 50 B., s'il le jugeait nécessaire, ce qui, joint à 25 ou 30 B. et 40 E. tirés du camp devant Berg-op-Zoom, suffirait pour le délivrer.

Pendant les derniers jours de ce mois d'août, les alliés, sur la rive droite de la Meuse depuis Maëstricht jusqu'à Liège, s'allongèrent par leur gauche jusqu'à la Chartreuse pour soutenir le général Trips, qui continuait à lever les contributions imposées au pays de Liège à droite de la Meuse. Le duc de Cumberland avait aussi demandé des rations aux états de Luxembourg; mais ils les lui refusèrent, sous prétexte que cette livraison mettrait la province hors d'état de recevoir des troupes pendant les quartiers d'hiver. Ils se bornèrent à accorder 180,000 florins à la reine de Hongrie, à l'instigation du général Neuperg, qui persistait dans son sentiment de maintenir la plus exacte neutralité entre le duché de Luxembourg et notre frontière. M. de Lowendal répondit au maréchal de Saxe qu'il était dans une position à ne rien craindre de la part des ennemis; que la plus grande partie de leurs B. étaient réduits à la moitié du complet; que les troupes auxiliaires de Wurtemberg et de Bavière n'étaient ni d'avis ni en état de se battre; que le général Chanclos serait trop circonspect pour rien hasarder avec les Autrichiens seuls; que MM. de Schwarlzenberg et Vanharen se trouvaient dans le même cas avec les Hollandais; que les B. des lignes de Berg-op-Zoom étaient aussi rebutés qu'affaiblis : en sorte qu'il ne craignait rien ni pour son camp, ni pour sa communica-

lion avec Anvers, dans laquelle il avait actuellement 74 B. et 102 E., en comptant le renfort que M. le duc d'Havre lui amenait, et oîi il pouvait conduire le reste de ses troupes, si les ennemis se portaient de ce côté-là; qu'au reste, il pouvait se passer de cette communication, ayant du biscuit pour dix jours, et assez de troupes pour mettre fin au siège, sans avoir besoin d'autres secours.

L'on sut bientôt que les ennemis avaient encore fait entrer du secours dans Berg-op-Zoom, qu'ils occupaient les hauteurs de Lierre, et qu'il leur arrivait de l'artillerie; qu'en outre, le 7, les alliés envoyaient de Maëstricht un renfort pour aller par Venloo du côté de Berg-op-Zoom avec de l'artillerie; que le général Chanclos avait joint M. de Sclnvartzemberg au camp d'Oudenbosch; que le prince Esterhazy y arrivait aussi afin de relever le général Baronay, retournant à la grande armée; qu'il y avait déjà de 40 à 43,000 hommes tant dans ce camp que dans les lignes de Fleenberg à Berg-op-Zoom, dont on relevait la garnison de temps en temps; enfin que les généraux recevaient ordre d'attaquer M. de Lowendal.

A ces nouvelles, le maréchal détache MM. d'Armentières et de Muy sur Hérenthals, M. de la Marche à Huy, petit camp nouvellement formé et devenu important pour la garde de la Meuse, en fournissant des postes jusqu'à Liège et contrariant ceux de l'ennemi au delà de cette rivière. Du côté de Berg-op-Zoom, toute la nuit du 8 au 9 est employée à établir les batteries de brèche, à élargir deux communications pour chaque attaque des deux bastions de la demi-lune, en sorte que les descentes de fossé sont presque achevées.

Le 9, M. de Lowendal, apprenant le départ de MM. d'Armentières et de Muy, le 7, avec 1 brigade de cavalerie et 1 régiment de hussards pour venir prendre une position avantageuse àHérenthals et observer les mouvements de 8 à 9,000 hommes que les alliés venaient encore de détacher vers Bréda, envoie ordre, de son côté, suivant les intentions de M. le maréchal de Saxe, à 1 autre brigade de cavalerie, 1 régiment de hussards et à celui de la Morlière, d'aller joindre M. d'Armentières, de l'aider à chasser les ennemis et à les empêcher de se jeter sur la communication d'Anvers. Il envoya à Eckeren les volontaires bretons, remplacés à Wouw par les grenadiers royaux de Chabrillan.

7 B. et 10 E. anglais et hanovriens descendaient alors à Ru-

remonde, se dirigeant sur Berg-op-Zoom. Dans la matinée du 12, nous apprîmes par une lettre interceptée que le siège tirait à sa fin, que le renfort parti de Maëstrichl arriverait probablement trop tard, qu'il fallait au moins couvrir Bréda et que la dyssenterie régnait chez les Anglais.

Dans la nuit du M au 12, une colonne de la garnison fit une tentative contre notre gauche et le centre; une partie arriva jusqu'à nos pièces, mais elle fut repoussée.

M. d'Armentières marche d'Hérenthals à Braschaet sur Putte, près de Berg-op-Zoom, à la disposition de M. de Lowendal, qui se préparait en effet à mettre fin à sa grande opération. Le même jour, alerte du côté d'Huy. Un millier de pandours de l'armée des alliés, ayant passé la Meuse pendant la nuit en cinq endroits entre Huy et Ghokier, avaient dessein de surprendre ce premier poste. Le régiment de dragons d'Orléans et une partie de celui de Grassin, qui occupaient quelques points le long de cette rivière, se replièrent, partie sur Liège et partie sur Huy.

Le duc de Cumbcrland se décide à marcher, le 18, au secours de Berg-op-Zoom : les Anglais, Hanovriens et Hessois doivent se tenir prêts; une partie de la cavalerie, de l'infanterie et de l'artillerie est déjà rendue à Maëstricht, et le reste de l'armée prendra la même route, excepté les Autrichiens, qui ne voulaient point aller en Hollande. Mais il étatt déjà trop tard pour secourir la ville. La nuit du lA au lo, on fit le logement dans le réduit de la droite pour plonger dans le fossé et chasser les ennemis de Tépaule- , ment. On travaille dans la lunette, à notre gauche, à un nouveau débouché nécessaire aux troupes qui devaient donner l'assaut au bastion de la gauche. On répare, on élargit les communications. On continue de perfectionner les brèches, que le général Cromstroom paraissait déterminé à défendre plutôt que de capituler.

Le 15, les brèches étant reconnues praticables, jNI. de Lowendal se dispose à l'assaut pour le lendemain malin. Les troupes commandées se rendirent le soir au dépôt de la tranchée afin de marcher à la pointe du jour (1).

(1) Les coinpajinies do grenadiers étaient tirées des régiments d'Eu, de Coincy, Chabrillant, la Traisne, Royal Limousin, Chantilly, Montniorin, et Dauphin, y com-

A l'entrée de la nuit, toutes ces troupes, commandées par M. de "ftelingue, s'assemblent et s'avancent dans l'ordre indiqué jusqu'aux débouchés des fossés des trois attaques, savoir : attaque du baslion, M. de Saint-Affrique, et 6 B. aux ordres de M. de Faucon, les autres B. fermant la marche ; bastion gauche , sous M. de Piat , 6 B. commandés par M. de Tondut. Pendant que ces divisions se rendaient aux débouchés des attaques, y attendant le signal de l'assaut, M. de Lowendal met en bataille le reste de l'armée pour accepter le combat, et se rend à la tranchée avec MM. de Valière, de Gourdon et les officiers d'artillerie et du génie (1).

Le 10, à 4 heures du matin, on donne le signal par une bombe seule suivie d'une décharge générale de tous les mortiers de la tranchée, ensuite par une autre bombe et une deuxième décharge.

A l'instant les troupes d'assaut marchent et les trois attaques commencent en même temps avec rapidité. Les grenadiers liiontent d'abord aux brèches des deux bastions, oii ils trouvent peu de résistance; ils se portèrent tout de suite à leur gorge, d'où ils chassèrent les ennemis qu'ils trouvèrent partout en désordre, puis ils s'étendirent sur les courtines de droite et de gauche, pour donner l'emplacement aux B. qui les suivaient. Avant l'attaque de la demi-lune qui se fit en môme temps, les volontaires et grenadiers, qui s'étaient jetés dans le fossé de la place, attaquent la communication de la demi-lune à la courtine,

pris deux pi([uclsd'lIaicourl et de Royal-dragons. Les B. aussi pris des régiments de ÏN'ormandie, de Monlboissier, Eu, Montmorin, des Vaisseaux, Beauvoisis, Royal, Touraine, Custinc, Limousin, Orléans, Rochefort el Dauphin.

(I) Le maréchal de Saxe au comte de Bruhl.

« Tongrcs, le 16 septembre.

« La paix me paraît prendre une tournure qui ne présage pas une conclusiou bien prochaine. Les Anglais ne la veulent pas bien fort et ne sont pas encore las de la guerre. Ils amusent leurs alliés. Comme ils retirent des avantages par la guerre ' sur mer et qu'ils en espèrent de plus grands, ils ne sont pas pressés de l'aire la paix, d'autant plus qu'ils ne mettent pas la nappe (comme on dit). Si la reine de Hongrie prenait bien décidément son parti, elle gagnerait la paix avec nous. Les Hollandais en souffriront le plus. Je ne désire plus que le repos. >-

et s'emparent de la poterne du milieu de celte courtine, ce qui oblige les ennemis à se rendre prisonniers de guerre. Le logement de la gorge et de la demi-lune établi, l'on s'y maintint. Après que les grenadiers et les premiers B. eurent enfoncé aux trois attaques tout ce qui se rencontra sur leur passage, fouillé les retranchements des bastions et de la demi-lune, tué ou fait prisonnier ce qui s'y trouva, ils se rendirent maîtres des portes du côté d'Anvers et de Bréda, et se mirent en bataille sur le rempart, donnant place aux derniers qui les suivaient. Alors toutes les troupes réunies entrèrent ensemble dans la ville, l'épée à la main. La garnison, surprise, effrayée et en désordre, s'était retirée sur la place et dans les rues adjacentes. Une partie se sauva par la porte de Steenbergen, avant qu'on s'en fût emparé; le reste se jeta dans les maisons, voulut résister et lit imprudemment un feu très vif sur nos troupes. Alors commença le désordre : le feu est mis à quelques maisons pour obliger les ennemis à se rendre; tous ceux qui ne voulurent point mettre bas les armes sont passés au fil de l'épée. La résistance mit le soldat en fureur. Ce massacre dura trois heures, et, dans ces premiers moments, il fut impossible d'empêcher le pillage avec toute la licence que le soldat effréné peut se permettre dans une ville prise d'assaut (1).

(1) C'est de l'époque de la submersion de Roomerswalet de plusieurs autres villages du Sud-Beveland, le 5 noveml)re 1530, que date Berg-op-Zoorn *. Son importance est toute militaire ; par la nature de son jiort, qui sert de tête de pont sur le continent pour les Hollandais , elle leur donnait la facilité d'y arriver à travers le Brabant et par la mer de Zélande, de prendre l'offensive dans les Pays-Bas contre les Espagnols, et de se retirer, s'ils étaient plus faibles.

Élevée en marquisat par les ducs de Brabant. Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas, s'en empara au nom du roi dJEspagne, en 1568. Guillaume P"", prince d'Orange, s'en rendit maître, le 8 novembre 1576, parle traité de la pacification de Gand.

Le 3 janvier 1579, l'union d'Utrecht établit les premiers fondements de la république hollandaise. En 1581. les Espagnols voulurent surprendre Berg-op-Zoom.

Au mois de .septembre 1588, le prince Alexandre de Parme, à la tête de 30,000 hommes, voulut en faire le siège et fut obligé de le lever, le 12 novembre suivant. Neuf ans après, en 1597, don Juan d'Autriche tâcha de la surprendre avec 10,000 hom-

* Montagne sur la Zoom, bien qu'il n'y ait ni montagne ni rivière. Comme tout se juge par comparaison, des débris de dunes sur lesquels la ville est bâtie, qui ne s'élèvent que de quelques pieds au-dessus des hautes marées, ont dû paraître une montagne aux liahitanls du voisinage, dont les maisons seraient submergées deux fois dans vingt-quatre heures par la mer, si elles n'en étaient préservées parles digues.

A JO heures du matin, M. de Blet (1), destiné à commander dans cette place, y entre avec une garnison composée des régiments de Rochefort, de Royal-Corse, la brigade de Bergeret et de la cavalerie; sur-le-champ il bat la générale, rassemble les soldats dispersés, qui, malgré leur état d'ivresse et chargés de butin, se rendirent à leurs drapeaux. Mais une infinité de valets de l'armée, beaucoup de volontaires de la grande armée, donnèrent de très mauvais exemples; le désordre et le pillage ne laissèrent pas de durer jusqu'à fi heures après midi, et, malgré les défenses, les peines et les soins de M. de Blet, l'ordre ne put être entièrement rétabli que vers le soir.

Pendant l'assaut, M. de Lowendal détacha de l'armée M. de Custine, pour contenir les garnisons des forts de Moermont, de Pinsenet de Rowers, qui furent attaqués aussitôt la ville prise. Une

mes de pied et dix cornettes de cavalerie ; il y perdit la plupart de ses troupes dans une retraite précipitée. Ce mt^me prince tenta inutilement un nouvel essai en 1G02; mais, le 25 août et le 19 septembre ICO.), il renouvela ses coups de main à la tète des Espagnols, pénétra dans la ville, et en fut repoussé.

En I6"i2, les Espagnols, voulant avoir à tout prix une place de cette importance, rassemblèrent une armée sous le marquis de Spinola, et ils furent obligés d'en lever le siège avec de très grandes pertes.

En 1628, les Hollandais construisirent le camp retranché ; à peine achevé, les Espagnols essayèrent encore et inutilement de s'en rendre maîtres. Dans la même année, les Élats-Générauv, au moyen des marais entre Steenberg et Berg-op-Zoom, construisirent les trois forts de Moermont, Pinsen et Rower.

Enfin, en 1G88, le célèbre baron de Coehorn fut chargé des fortifications-, il y appliqua son système des demi-revétements. Vers 1727, on borda par des lignes contiguës et bastionnéesles marais qui, depuis un siècle, avec Steenberg, les trois forts de Moermont, Pinsen et Rower, formèrent le camp relrancbé sous le nom de lignes de Steenberg. Deux principales communications sont encore établies entre la Hollande et Berg-op-Zoom : la première [lar la Zélande, dont cette forteresse est la clef, au moyen du poste de Tholen ; la seconde, au nord, par le fort de Leur faisant tète de pont sur le canal du Dcnlel, et, plus au nord, par Willemstadt faisant aussi tôle de pont sur le Holland-Diep, grand canal ([ui sépare le Brabant de la Hollande.

Tel était Berg-op-Zoom et ses nombreux accessoires fortifiés, lorsque le comte de Lowendal y arriva à la létc de l'armée française.

En 1770, on joignit aux fortifications de la ville l'ouvrage à cornes qui enveloppait le port, faute majeure que Coehorn s'était bien gardé de commettre. Pichegru s'en empara en 1795; enfin les 8 et 9 mars 1814 rappellent notre héro'ique défense.

(1) De Blet (Alexandre de Saint-Quentin, comte), né en 1702; mousquetaire, 1733; maréchal de camp, l'"" mai 1745; mort le 23 février 1748.

partie de ces garnisons se sauva dans les lignes de Steenbergen; le reste capitula et se rendit prisonnier de guerre, ainsi que la garnison du fort de Zuide ou Ridendepot.

Après leur prise, les troupes qui s'en échappèrent portèrent dans les lignes plus d'effroi que de secours. Celles qui campaient dans ces lignes les abandonnèrent précipitamment, et toutes ensemble prirent la fuite. Plus de 20 B, y laissèrent leurs armes, leurs tentes, leurs bagages, et leur déroute se compléta par le pillage de tout le camp. On y trouva même les équipages des généraux et les caisses militaires de différents régiments. Les ennemis furent poursuivis jusqu'à Steenbergen par les volontaires bretons.

Quant à l'armée de Schwartzenberg, surprise et consternée, elle ne perdit que le courage, et, bien loin de marcher sur la nôtre qui l'attendait en bataille, et de faire le moindre mouvement de vigueur, elle continua de se retrancher entre Oudenbosch, Etten, Hoeven et Tholen.

Vers la fin de cette journée, M. de Lowendal dépêcha M. d'Hallot, son premier aide-major général, porter la nouvelle de la prise de Berg-op-Zoom, des forts et du camp retranché; le 17, il envoya au roi M. de Périgord (1), colonel de Normandie, avec le détail de cette expédition, les drapeaux pris sur la garnison, l'état de l'artillerie trouvée dans la place et dans les forts, priant en même temps le maréchal de Saxe de recommander au ministre de la guerre les officiers qui s'étaient distingués. Dès le matin, il fit battre la générale et prendre les armes pour contenir les troupes, encore enivrées au trois quarts par suite de l'introduction dans le camp d'une quantité considérable de toutes sortes de liqueurs et d'un butin immense. L'armée, prodigieusement enrichie, devenait aussi audacieuse que

(1) Tallcyrand (Gabiiet-Mane, comte de Périgord), né le 1"'' octobre 1726, mort en 1795 ((ils de Daniel, iiianjuis de Périgord. tué le 9 mai 1745); sert au régiment de Normandie, que commandait son frère et dont il devint colonel ; à sa (êle, il assiste à l^ontenoy, Rocoux, etc.-, brigadier de cavalerie eu 1756, il sert en Allemagne, à Crefeld; en 1757, prince de Chalais; lieutenant généra! en 1780; arrêté à la révolution, il passe une année en prison et meurt après le coup d'État de thermidor.

Talleyrand (Charles-Daniel, comte de), frère consanguin de Gabriel-Marie, né le 16 juin 173i, mort le 4 novembre 1788 ; colonel en 1761, fait les campagnes de la guerre de Sept ans; lieutenant général, le l"'' mars 1784 ; père du prince de Bénévent, évéque d'Âutun, qui e.verça une si grande influence sur les destinées de notre i)ays.

celle des ennemis était humiliée. La vaisselle et les cassettes de leurs généraux et princes, les caisses et trésors des régiments arrivés quelques jours auparavant dans les lignes, faisaient une grande partie de ce butin. Le pillage de la ville avait fourni le reste.

M. de Lowendal essaya de tout pour empêcher ce pillage; mais rien ne pouvait l'arrêter plus tôt. Le plus affligeant pour lui, c'est que le feu, pris dans trois quartiers de la ville, dura toute la nuit, malgré les secours. Il y envoya d'abord des troupes pour aider la garnison de M. de Blet à éteindre cet incendie. Comme le feu continuait encore à la pointe du jour, des pionniers et des mineurs achevèrent de l'éteindre.

Il monte ensuite à cheval, et se porte sur Steenbergen pour reconnaître l'ennemi , qui, après avoir barré toutes les avenues sur les digues avec des redoutes et des coupures, laissait quelques B. délabrés à Steenbergen, tout le reste des troupes de la garnison et des lignes s'étant retiré au camp d'Oudenbosch. La plus grande partie du pays ayant été inondée jusqu'à Hoeven, il ne jugea pas à propos de pousser plus loin. Il trouva le chemin de Steenbergen jonché de corps morts ou expirants. Il fait enterrer dans la ville plus de 1,200 cadavres des ennemis tués à l'assaut, et commence à combler les tranchées , à retirer les munitions et à rendre quelque forme à la ville, qui représentait des amas de ruines plutôt qu'une place de guerre.

Tel fut le sort de Berg-op-Zoom, qui subit pour la première fois la loi du vainqueur, et qui perdit en un jour toute la gloire acquise en plusieurs siècles. Cette place forte et superbe, assiégée si souvent inutilement, qui se glorifiait d'avoir fait échouer toutes les autres attaques tentées contre ses remparts, devint en un moment la proie du soldat français, et un charnier d'horreur et de désolation. Le général Cromstroom, par son obstination ou son peu de prévoyance, exposa cette place à cette ruine, la garnison hollandaise à un massacre assuré, et les habitants, appartenant à l'électeur palatin, à un pillage inévitable, quand il auraft pu tout sauver, ou par une capitulation honorable, lorsqu'il vit les brèches -praticables, ou par une retraite sur mer ou sur terre, en nous envoyant les clefs de la ville. La perte des ennemis dans cette occasion fut de 3,000 hommes, 3,000 tués ou blessés, et 2,000 prisonniers, envoyés à Anvers, et parmi lesquels étaient plus décent of-

T. iir. 36

ficiers, entre autres M. le général de Lewe, plusieurs colonels et lieutenants-colonels. Ces officiers avouèrent aussi la perte de 5,000 hommes pendant le cours du siège. Ainsi leur effectif général se montait à 10,000 hommes, outre une artillerie prodigieuse. Nous trouvâmes, soit dans la ville, soit dans les forts, plus de 200 bouches à feu avec une grande quantité de munitions. Nous nous emparâmes aussi de 17 bâtiments dans le port, chargés de provisions de toutes espèces, sans compter le butin qui fut le fruit de la prise de la ville et de la défaite des ennemis. Cette double victoire ne nous coûta dans toute l'action que 6 officiers tués, 40 blessés, 173 soldats tués et 260 blessés, ce qui, joint à notre perte depuis le commencement du siège, se montait à S,2o9 hommes en tout, tant tués que blessés, savoir : 55 officiers tués, 324 blessés, 712 soldats tués et 4,168 blessés.

Le roi écrivit, le 17 septembre, du camp d'Hamal, près de Tongres, àMs'' l'archevêque de Paris et aux autres prélats du royaume : « Mon cousin, la prise de Berg-op-Zoom est le fruit de ma victoire. Après la journée du 2 juillet, mes ennemis s'étant retirés à la droite de la Meuse, pendant que je les contenais dans celte position, j'ai fait marcher sur le bas Escaut le comte de Lowendal, l'un de mes lieutenants généraux, et cette place formidable, envil'onnée de forts, de retranchements et d'inondations qui en empêchaient l'investissement, défendue par une armée, et rafraîchie continuellement de troupes et de munitions, vient d'être emportée par la valeur de mes troupes, dirigées par l'expérience du chef qui les commandait. L'importance de cette conquête, qui achève de m'assurer de tout le cours de l'Escaut, doit faire connaître de plus en plus aux alliés de mes ennemis qu'ils auraient dû plutôt se porter à concourir aux vues pacifiques dont je les ai rendus tant de fois dépositaires, qu'à fomenter, comme ils le font< une guerre dont leur pays devient nécessairement le théâtre, quelque désir que j'aie eu (s'il m'avait été possible) de l'éviter. En attendant qu'ils ouvrent les yeux sur leurvéritable intérêt, je dois renouveler à Dieu mes actions de grâces et mes prières pour mériter la continuation de ses bienfaits. C'est dans cette vue que je vous fais cette lettre, pour vous dire que mon intention est que vous fassiez chanter le Te Deum dans l'église métropolitaine de ma bonne ville de Paris et autres de votre diocèse, avec les solennités requises, au jour et à

SUCCESSION D'AUTRICHR. - FLANDRE (1747). 563

l'heure que le grand maître des cérémonies vous dira de ma part. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte garde. »

S. M. nomma sur-le-champ maréchal de France M. de Lowendal (l), et maréchaux de camp MM, de Valière et de Gourdon.

Berg-op-Zoom était munie de défenses redoutables. Dotée en io77 d'une première enceinte, elle était devenue en 1628 le centre d'un vaste camp retranché, et les travaux deCoëhorn, entrepris dès 1688, en avaient amélioré les ouvrages. La place passait pour le chef-d'oeuvre de ce grand ingénieur militaire. Les fortifications avaient une valeur que leur glorieuse histoire interdisait de méconnaître.

Tel fut l'objectif de M. de Lowendal. Les opérations de l'attaque, commencées le 12 juillet, présentaient tant de difficultés que le service de l'artillerie ne put exécuter de tir en brèche qu'après le cinquante-cinquième jour de tranchée; encore fallut-il, pour y arriver, abaisser le terre-plein du chemin couvert, attendu que nos pièces ne voyaient pas l'escarpe assez bas. Durant tous ces travaux, nos artilleurs restaient singulièrement gênés par le feu des flancs intérieurs des bastions de la place, par celui des lunettes et par un tir incessant de bombes. Après deux mois d'efforts, les demilunes et le corps de place restèrent intacts. C'est dans ces conditions que M. de Lowendal eut l'audace d'ordonner un coup de main. Dans la nuit du 16 septembre, après un déluge de bombes et de

(1) De Lowendal ou Loweiulahl (Woldemar, comte).

Petit-fils d'un (ils naturel de Frédéric III, roi de Danemark, il avait appris le métier des armes dans toutes les guerres de l'Europe, depuis la Suède jusqu'à la Sicile. Il était du nombre de ces aventuriers, hommes de génie, que la czarine Anne avait élevés si haut en Russie et qui s'étaient dispersés à sa mort, lors de l'élévation d'Elisabeth. C'est alors que le comte de Saxe, ami de Lowendal, le fixa au service de France; bientôt il se signala, surtout à Berg-op-Zoom, ([ni, malgré les avantages de sa position, tomba en son j)oiivoir. La France l'accueillit par suite de la même révolution qui avait forcé Keith et Lascy de quitter la Russie; l'un s'attacha à Frédéric, l'autre suivit les drapeaux de la maison d'Autriche.

Lowendahl était un homme du monde, un homme de génie et un homme de guerre (Voltaire); il parlait, presque toutes les langues de l'Europe. Du jour où il servit la France, il fut dévoué corps et âme à sa patrie d'adoption. Quand Berg-op- Zoom fut livrée, Louis XV, demandant au comte de Saxe quelle devait être sa conduite envers lui : « Sire, répondit-il, il n'y a pas de milieu, il faut le faire pendre, ou le faire maréchal de France. » (Voir le deuxième volume des Guerres sous Louis XV, page 425.)

mortiers, dans la soixante-quatorzième nuit du siège, il commanda l'escalade, et, en pénétrant par la porte d'une poterne, nos troupes enlevèrent la ville. Celte prise de Berg-op-Zoom devait servir de modèle à celle de 1814.

La ville prise, M. de Lowendal mit tous ses soins à la ravitailler, à réparer ses fortifications, à pourvoir à sa sûreté, et à chercher les moyens d'en établir la communication avec Anvers, en ordonnant les dispositions préliminaires pour l'attaque des forts qui restaient à prendre sur la rive droite de l'Escaut entre ces deux places. Il fait camper sur les glacis de Berg-op-Zoom 22 B., 1 régiment de dragons et celui des volontaires bretons, 12 B. et les dragons appelés à servir de garnison. 11 renvoie 3 régiments d'infanterie et 1 de cavalerie à M. le maréchal de Saxe, et il fait rapprocher de Santvliet ceux d'Orléans, de Diesbach, les 7 B. campés auparavant à Assendrecht, afin d'être à portée des forts Frédéric- Henri, de Lillo et de Gruchenam, ou Sainte-Croix, qu'il voulait attaquer successivement.

Gomme la fièvre le surprit après tant de fatigues, il resta à Anvers le 25; et, en attendant que sa santé lui permît de reprendre le commandement de l'armée, il en confia la conduite et le détail à MM. deContades et d'Armentières : le premier avec ordre de la faire marcher et de prendre une nouvelle position, de veiller principalement à l'infanterie et à l'attaque des forts de l'Escaut; le second chargé du soin de faire vivre la cavalerie et de la couvrir avec 2 brigades d'infanterie.

Le 23, le roi part de son quartier du château d'Hamal près de Tongres, et couche le même jour à Bruxelles, le 24 à Gand, le 25 à Lille, et arrive le 26 à Versailles. Pendant son voyage les alliés se déterminèrent à faire marcher un nouveau détachement de 12,000 hommes infanterie et cavalerie aux ordres du prince de Wolfenbutel, pour renforcer le camp d'Oudenbosch, dont le baron de Schwartzenberg avait remis le commandement au général Cromstroom.

On apprit en même temps l'arrivée dans l'ile de Corée de 2 régiments d'infanterie anglaise, et un grand nombre de recrues destinées aux régiments écossais au service delà république; que la garnison de Terneuse avait été augmentée de 1 régiment anglais tiré de Flessingue, de plus de 2,000 gardes anglaises et du Royal-d'E-

cosse, et que les Hollandais, malgré les mauvais succès, continuaient à attirer des recrues, à rester étrangers à la paix et à prendre des mesures propres à continuer la guerre.

Le 26, l'armée se remet en marche, et elle établit sa gauche vers Capellen, en avant de Brasschaët : l'infanterie à la gauche (M. de Gontades), avec 7 E. de cavalerie et 1 régiment de hussards; tout le reste de la cavalerie et 2 brigades d'infanterie (M. d'Armentières), à la droite, avec beaucoup de fourrages. Les B. approchés de Santvliet prirent position à Berendrecht et 1 régiment de hussards à Stabroëck. Les hussards ennemis' voltigèrent encore toute la journée à la tête de notre camp; ils poussèrent même une de nos grand 'gardes, mais ils furent bientôt obligés de se retirer. L'armée ennemie resta consternée au camp d'Oudenbosch, où elle attendait un. nouveau renfort que les alliés avaient détaché, le 24 et le 25, de la Meuse avec le prince de Wolfenbutel , chargé d'aider cette armée à couvrir Bréda.

Le même jour, commencent les dispositions pour l'attaque des forts de l'Escaut. MM. de Vallière et de Gourdon se rendirent à Santvliet, pour examiner la digue qui conduit au fort Frédéric- Henri. On y établit des batteries qui voyaient à revers et de front celle des ennemis derrière leur première coupure. On place aussi à Liefkenshoëk des batteries et des mortiers pour battre Lillo.

M. de Gontades détache M. de Lally au service de ce siège et relève à Berendrecht les 7 B. d'Orléans et de Diesbach, dont 6 revinrent camper à la gauche de l'armée; l'autre passe à Lieskenshoëck. M. de Lussan escorte jusqu'à Berg-op-Zoom trois cents chariots chargés de pain et de munitions.

La nuit du 28 au 29, la tranchée est ouverte devant le fort Frédéric-Henri, les zigzags sont tracés le long de la digue; on s'avance sur la coupure.

Le 29 et le 30, M. le comte de Saxe détache de la grande armée la grosse artillerie, les bagages les plus embarrassants, la cavalerie de la maison du roi et la brigade des gardes françaises et suisses pour Bruxelles; ce qui fit présumer que le reste des troupes ne devait pas tarder à entrer dans des quartiers de cantonnements. Nos communications n'étaient plus troublées.

Depuis le dernier détachement, le 24 et le 25, l'armée ennemie restait fort diminuée. 11 n'y avait plus sous les ordres du duc de

Cumberland qu'environ GO B. et 80 E. très faibles, toujours dans la même position sur la rive droite de la Meuse, excepté une partie qui campa dans les chemins couverts de Maëstricht en deçà de cette rivière, et les équipages qui descendirent à Ruremonde. Ce prince était attaqué de la dysenterie au château d'Argenteau, et cette maladie continuait à affaiblir les Anglais et Hanovriens.

Le feld-maréchal comte de Bathiani se rend à Bois-le-Duc, avec le commandement des troupes au camp d'Oudenbosch, pour mettre obstacle à nos progrès ultérieurs sur l'Escaut, ce qui n'empêcha pas que les forts situés sur la droite de cette rivière n'eussent dans la suite le même sort que Berg-op-Zoom.

Les différentes dispositions du maréchal de Lowendal^ après la prise de Berg-op-Zoom, sont approuvées par le ministre de la guerre, qui l'engage à soigner sa santé, si nécessaire à l'armée et au pays; mais comme il se sentait rétabli, il reprend son commandement, et, d'Anvers, donne ses dernières instructions sur les sièges des forts de l'Escaut. Le 30, nos batteries commencent le feu et, à 40 heures, M. de Lally somme le commandant hollandais, M. de Vassy, de se rendre. Sur sa réponse de vouloir se défendre, les troupes à Berendrecht sont augmentées pour le service de la tranchée, et les maréchaux de camp devaient rester tour à tour vingt-quatre heures à Santwliet, pour veiller au siège.

Le reste de l'armée continuait de camper à Tongres, ayant sur sa droite le corps de M. d'Estrées, distribué le long de la rive gauche de la Meuse depuis Maëstricht jusqu'à Huy, et sur sa gauche celui du comte de Clermont, à Cortessem du côté d'Hasselt, avec des postes sur la Demer. Il n'y avait plus dans ces trois camps que 72 B. et 122 E., par suite des renforts détachés vers Berg-op- Zoom et du renvoi de la maison du roi, infanterie et cavalerie, à Bruxelles; mais c'était assez pour contenir encore pendant quelques jours le duc de Cumberland, qui ne quittait pas la rive droite de la Meuse depuis la bataille de Lawfeldt. Ce prince s'était lui-même affaibli considérablement en envoyant aux assiégés des secours aussi nombreux qu'inutiles; et comme il venait encore de détacher 42,000 hommes vers Bréda aux ordres du prince de Wolfenbutel, il ne lui restait plus que 60 B. et 80 E., y compris les troupes campées dans le chemin couvert de Maëstricht, dont il craignait toujours le siège.

Au fort de Frédéric-Henri, l'on poussa jusqu'à la première coupure des assiégés, à la faveur de deux petites batteries sur la digue ; M. de Monbarrey, de tranchée, attaque cette coupure cachant une batterie. M. de Bonaventure comble la coupure avec des sacs à terre et des fascines et débouche avec les troupes, qui enlèvent le retranchement et emportent la batterie.

Le 3, au point du jour, une batterie, établie sur la chaussée de Santvliet, commence h tirer sur le fort Frédéric-Henri, ainsi qu'à battre Lillo sur la digue au-dessous du fort de Liefkenshoeck, Le même jour, M. de Lowendal cantonne 2 régiments de dragons à Hingene et Bornhem, et celui de la Morlière au grand Willebroeck sur le canal de Bruxelles.

Le 6, M. de Lowendal, qui allait visiter les travaux de temps en temps, ayant reconnu que nous étions à portée d'attaquer le chemin couvert et de tourner le fort sur son glacis, donne ses ordres à M. de Bonaventure, chargé de la direction de ce siège, ce qui réussit au delà de nos espérances. A 9 heures du soir, il débouche sur la batterie des ennemis, dont on s'empare. M. de Caros, capitaine des grenadiers de Custine, qui précédait l'attaque, ayant trouvé les ennemis en désordre, les poursuivit jusqu'au pont du fort, où ils s'enfermèrent. U les menaça de les passer tous au fil de l'épée, s'ils ne se rendaient. M. de Yassy, commandant hollandais, capitule sur-le-champ et se rend prisonnier de guerre. La même nuit, M. de Bonaventure reste chargé du siège de Lillo, comme il l'avait été de celui de Frédéric-Henri, et, sans perdre de temps, il ouvre la tranchée sur la digue.

La nuit du 7 au 8, on s'approcha d'une batterie des assiégés en avant de leur chemin couvert, et l'on continua de travailler en plein jour à sape volante. Pendant ce temps, M. le maréchal de Saxe, jugeant que les forts de l'Escaut ne pouvaient tenir longtemps, abandonnait les environs de Maëstricht, qu'il occupait depuis trois mois et oîi sa présence devenait inutile. Le 3, il replie les troupes de M. d'Estrées sur Tongres, et donne l'ordre de marche à toute l'armée, qui campe, le 4, à Saint-Trond, où l'on consomme les fourrages, le 6 à Tirlemont, et le 7 à Louvain, ayant aux deux ailes les corps du comte de Clermont et de M. d'Estrées.

Le 8, le comte de Saxe change la disposition des corps du comte

de Clermont et de M. d'Eslréês. Il en retire plusieurs régiments, et il en renvoie d'autres.

Le comte de Clermont s'avance le lendemain sous Malines,une partie de ses troupes au delà, et le reste en deçà de la Dyle. Cette disposition a deux objets : l'un, de placer une tête de troupes plus à portée de se joindre à l'armée de M. de Lowendal ; l'autre, de mettre les troupes qui composaient son corps sur les chemins qu'elles auraient à tenir pour se rendre dans leurs quartiers d'hiver. M. d'Estrées marche à Wavre , ayant avec lui toutes les troupes qui devaient partir des Pays-Bas pour les Évêchés; quant à celles qu'on devait tirer de l'armée de M. de Lowendal, on ne pouvait pas encore leur faire prendre la même route, parce que l'armée ennemie du maréchal Bathiany se fortifiait tous lesjours, ayant sa droite à Oudenbosch et sa gauche vers Bréda. Cependant, comme l'ennemi pensait plus à couvrir cette dernière place qu'à marcher sur Berg-op-Zoom,oiiil y avait beaucoup de troupes et des vivres pour quatre ou cinq mois, M. le maréchal de Saxe cantonne, le 10 octobre, sa cavalerie au nombre de 118 E. : 74 à ses ordres aux environs de Louvain, 24 à la droite sous le commandement de M. d'Estrées, et 20 à la gauche sous celui de M. de Clermont. L'infanterie seule devait rester campée en trois corps, 27 B. sous Louvain, 21 sous Malines et 20 à Wavre (en tout 68 B.). 4 autres B. et 4 E. de dragons, campés à Huy sousM.de la Marche, retournaient à Namur.

Quant à l'armée de M. de Lowendal , elle resta dans sa position entre Wyneghem et Braschaet, excepté 1 régiment de hussards et 4 compagnies de grenadiers royaux, qui vinrent à Contick établir une communication entre Anvers et Malines, en attendant la prise de Lillo, dont le siège continuait avec succès.

La nuit du 8 au 9, nous achevons sur la digue devant ce fort des zigzags importants. M. de Lowendal, qui tous les jours se promenait du côté de Lillo, ordonne, le 11, l'attaque du chemin couvert, laissant M. de Beaumanoir à Santvliet, et confiant la garde de la droite de l'Escaut à M. de Chantilly, celle de la gauche à M. Dupuis, colonel des grenadiers royaux. Dans la nuit du 1 1 au 12, les assiégés tirèrent fort peu, pour cesser entièrement à 2 heures du matin. Nous saisîmes ce moment de calme pour déboucher sur le chernin couvert, en établissant aussitôt un petit logement sur le

glacis de la palissade. M. de Provo, commandant de Lillo, de Sainte-Croix et des petits fortins qui en dépendaient, capitula le 12 au matin, se rendant prisonnier de guerre avec toutes ses troupes.

Par la prise de ces forts la campagne finissait, et la communication se trouvant bien assurée entre Anvers et Berg-op-Zoom, M. le maréchal de Sa.\e commença la séparation des troupes. Il y eut d'abord quelque changement dans la disposition de celles sous le commandement de M. le maréchal de Lowendal, dont une partie, destinée aux places du côté de la mer^ eut ordre d'aller camper à Damme jusqu'à nouvel avis. Le maréchal général adresse alors au ministre de la guerre l'état des troupes destinées aux quartiers d'hiver en Flandre et dans les Pays-Bas, au nombre de 155 B. (dont 51 de milices) et 186 E., indépendamment de 35 B. et 60 E. à distribuer dans le pays Messin et sur la frontière de Champagne, détachant tout de suite de Bruxelles pour Paris les 6 B. de la brigade des gardes.

Le 15, le stathouder des Provinces-Unies, arrivé au camp d'Oudenbosch, juge à propos de différer le départ des troupes. Les gardes françaises et suisses, déjà en roule sur différentes colonnes, s'arrêtent alors à Hal, Braine-le-Comte, Soignies et Mons.

Le 16, tous les rapports confirment la nouvelle arrivée du stathouder à l'armée du général Bathiany, et ajoutentque, depuis le ■10, ce prince s'occupe de la revue du camp et des troupes légères aux postes de Nispen, d'Esschen et de Wouw, de reconnaître la force des retranchements et des lignes depuis Oudenbosch jusqu'à Bréda, et de visiter les fortifications de Willemstadt, les digues voisines et les redoutes qu'on y avait élevées; que le duc de Gumberland, replié sur Maëstricht après le départ de nos troupes de ces quartiers, faisait entrer 12 à 13,000 hommes dans cette place, envoyait 8,000 hommes à Tongres et Hasselt aux ordres des généraux Trips et Baronay, prenant la route du camp d'Oudenbosch.

Le 17, M. le maréchal de Saxe laisse à M. de Senneterre (I) le

(1) De Senneterre (Jean-Charles, marquis de la Ferté de Saint-Nectaire), né le 11 novembre 1685; successivement lieutenant, capilaine et colonel des dragons de Senneterre, 1703 ; 1704, en Italie; brigadier en 1710 ; maréchal decamp en 1734 ; lieutenant général en 1735; se distingue aux relranchemenls de Villefrancbe. en 1744;

commandement des' 27 B. sous Louvain et des 74 E. cantonnés dans les environs de cette place, et se rend le même jour à Malines et le lendemain à Anvers, afin d'être plus à portée d'avoir des nouvelles des alliés, qui continuaient de se rassembler en force à Oudenbosch et de construire beaucoup de fascines. Toutes ces démonstrations de leur part, jointes à la démarche singulière du prince stathouder, arrivé au camp à la fin de la campagne, font supposer que les véritables desseins de ce prince sont de relever par sa présence les esprits abattus, de régler les quartiers d'hiver et d'y envoyer les troupes; on le savait d'ailleurs plus occupé du soin de couvrir Bréda que d'un projet sur Berg-op-Zoom, dont les réparations et le ravitaillement se continuaient avec succès. Un nouveau convoi pour cette dernière place d'où le régiment de Beaufort ramenait les chariots à Anvers, fut attaqué par les hussards ennemis.

Lappise de Berg-op-Zoom, qui avait jeté la consternation parmi les alliés, commençait à leur inspirer des sentiments pacifiques. Le 18, le comte de Sandwick, plénipotentiaire du roi d'Angleterre^ écrivant à M. de Puysieulx, ministre et secrétaire d'État en France au département des affaires étrangères, lui donne avis que S. M. agréait le choix d'Aix-la-Chapelle pour y reprendre les conférences de la paix, et qu'elle était déjà informée d'avance que ses alliés non seulement n'y feraient aucune opposition, mais qu'ils étaient même disposés à y envoyer leurs ministres pour traiter de leurs intérêts respectifs.

M. de Puysieulx (1) répondit que S, M. ï. C, désirant toujours avec la même sincérité tout ce qui pouvait tendre au rétablisse-

en 1746, à la retraite du maréclial de Maillebois ; à l'armée de Flandre eu 1747 et 1748; maréchal de France, le 24 février 1757; mort le 23 janvier 1771.

(1) lirulard, marquis de Puysieulx. et de Sillery, se rattachait par sa naissance aux secrétaires d'État; il descendait de Puysieulx, exilé en 1622. Né le 12 mai 1702 ; mestre de camp, 10 mars 1734 ; maréchal de camp, février 1743. Remjilace M. d'Argenson à sa démission le 10 janvier 1747. C'est sous son ministère que prit fin la lutte européenne poursuivie, depuis 1741, avec tant d'alternatives de revers et de succès. Provoque le traité d'Aix-la-Chapelle, qui n'est point exempt de reproches, par son inij)révoyance dcTédaction ; par suite de sa santé , est obligé de se retirer du ministère des affaires étrangères, le 11 septembre 1751. Esprit sage, juste, parlant avec noblesse et dignité, il se conduisit toujours sinon en homme de génie, du moins en homme d'honneur. Mort le 8 septembre 1770.

ment du repos public, apprenait avec satisfaction que le roi de la Grande-Bretagne était dans l'intention de reprendre les conférences à Aix-la-Chapelle; qu'instruite que cette ville conviendrait au roi catholique et aux puissances alliées des deux couronnes, le ministre du roi et ceux de ses alliés s'y rendaient en môme temps que le ministre d'Angleterre et ceux des cours alliées de cette puissance.

M. de Puysieulx demanda en même temps à M. de Sandwick des passeports de S. M. Britannique, de la reine de Hongrie et des Etals-Généraux pour les plénipotentiaires de France, d'Espagne, de Gênes et deModène, et il en offrit du roi à ceux d'Angleterre et des alliés de cette couronne. Il représenta aussi qu'afin d'éviter toute discussion et retard dans l'expédition réciproque des courriers, il fallait préalablement que le roi d'Angleterre, la reine de Hongrie et les États-Généraux convinssent avec S. M. et avec ses alliés que la communication fût entièrement libre pour tous les exprès que les plénipotentiaires respectifs voudraient envoyer à leurs cours.

Le maréchal de Saxe ne pensa plus, le 20, qu'à séparer les armées; celle des sièges se remit en route sur deux colonnes et s'établit entre Malines et Anvers, la droite à Contick, la gauche à Berchen, le quartier, général à Edeghem. Le 21, il retournait d'Anvers à Bruxelles, accompagné du maréchal de Lowendal, pour terminer les dispositions commencées de cette séparation.

Le 22, il ordonne aux officiers généraux nommés sous ses ordres pendant l'hiver de se rendre dans les places de leurs commandements, et remercie les autres des services rendus dans le cours de la campagne. Les jours suivants, tous les corps de troupes se mirent successivement en marche vers leurs différents quartiers, conformément aux états délivrés par M. de Cremilles. Cette marche se fit tranquillement de tous côtés , fermée par M. d'Armentières qui partit du camp de Contick avec 20 B. et 29 E., sans autre rencontre que celle de quelques hussards. Il repassa la Dyle et la Nelhe, et prit la route de Mézières, oii se rendit aussi M. de Putange avec une autre division de 15 B., 31 E. et de Tartillerie, troupes destinées au pays Messin.

Le 2o, les troupes des alliés commencèrent aussi à se séparer: les Anglais prirent garnison àBréda, Bois-le-Duc et places voisines; les

Hanovriens dans les provinces d'Over-lssel et de Gueldres; les Hollandais dans d'autres provinces de la république. Rien encore n'était réglé sur l'emplacement des Autrichiens, dont la cavalerie paraissait au moins destinée pour les pays de Luxembourg et de Limbourg; ces troupes légères furent portées sur les frontières de la baronnie de Bréda et de la mairie de Bois-le-Duc, en laissant à Cudenbosch un détachement considérable pour la garde des lignes construites.

Le duc de Cumberland, devant incessamment retourner à Londres, était parti pour la Haye, ainsi que M. de Bathiany et d'autres généraux, pour décider de la répartition des troupes, qui devait s'opérer de manière que les frontières de la république fussent couvertes suffisamment par les garnisons considérables mises dans les places fortes, et parla cavalerie distribuée dans les bourgs et villages du plat pays, sorte de chaîne de communication depuis Bréda et Bois-le-Duc jusqu'à Liège.

Le 27, M. le maréchal de Lowendal se rend de Bruxelles à Namur, afin d'établir les troupes destinées à hiverner dans cette place et dans les environs, ayant déjà terminé avec M. le maréchal de Saxe les arrangements concernant le Brabant hollandais pour la conservation de Berg-op-Zoom. M. de Séchelles s'était rendu dans cette dernière place pour examiner les moyens de faire subsister la garnison, de 12 B. et de 5 E. de dragons, et même les habitants, qui avaient réclamé la bienveillance du roi; cet objet fut bientôt rempli, ainsi que celui des grosses réparations, où l'on employa tout le bois trouvé sous les ruines de la ville.

M. de Bougé amène, le 28, un convoi d'Anvers; les voitures déchargées reportèrent, le 29, à Berg-op-Zoom de l'artillerie sous l'escorte des volontaires bretons, qui y restèrent jusqu'à nouvel ordre.

Le 30, ce convoi se mit en route, et comme il entrait dans la plaine entre Ossendrecht et Putte, un corps de troupes légères, composé de hussards, de croates et de compagnies franches, vint l'attaquer. M. de "Vaux se place de façon à couvrir le convoi conjointement avec les volontaires bretons, très affaiblis, et qui n'en témoignaient pas moins de bravoure. Les hussards fondirent en même temps sur le convoi. Ce combat dura une heure de pied ferme, et notre arrière-garde fut longtemps harcelée. M. de

Rougé, sur la route de Sanlvliet avec les régiments de Grassin et de la Morlière, vint à toute bride, et fut d'un grand secours au convoi qui arriva le même jour à Anvers.

A peine l'armée séparée , le maréchal de Saxe , établi à Bruxelles, cherchait déjà les moyens d'opérer un débarquement dans quelques-unes des îles de Zélande.

Le 1'^'' novembre, M. d'Argenson écrit au maréchal que le roi approuvait toutes ses dispositions concernant l'emploi des officiers généraux et des troupes appelées à rester pendant l'hiver.

Les premiers jours de novembre, toutes les troupes furent entièrement établies dans leurs quartiers, ainsi que les officiers généraux commandant ou employés dans les places.

Rien ne semblait encore annoncer que les Hollandais fussent disposés à la paix. Le 27, les lettres de la Haye même apportèrent la réponse négative des États- Généraux aux trois déclarations que le roi leur avait faites celte année; les deux premières du 17 avril et du 27 septembre, où le gouvernement français les exhortait à préférer la paix à la ruine de leur pays ; la troisième du mois d'octobre, avec les mêmes sentiments. Leur réponse portait que, réduits à la nécessité d'employer les moyens que Dieu et la nature leur avaient mis en main pour la conservation de leurs libertés et de leur religion, ils étaient dans la ferme résolution de risquer leurs biens, leurs vies jusqu'à la dernière extrémité pour leur légitime défense ; qu'ils agiraient réciproquement de la même manière que S. M. en agirait à leur égard ; qu'ils s'efforceraient de détruire, autant qu'il leur serait possible, toutes les ressources qui pourraient mettre la France en état de continuer avec des forces supérieures ses entreprises contre la république ; qu'au reste, ils n'étaient pas plus dans l'intention de rompre avec le R. T. G. qu'il ne l'était de rompre avec eux; que leur unique objet était de protéger leurs sujets contre l'oppression, et qu'ils seraient toujours disposés, comme jusqu'alors, à travailler au rétablissement de la tranquillité publique et de la paix générale, dès qu'il y aurait apparence de la conclure à des conditions justes et raisonnables. En même temps les États-Généraux, pour appuyer la conclusion de celte réponse, nommaient trois plénipotentiaires aux conférences d'Aix-la-Chapelle, et les provinces de Hollande et de Oest-Frise déclaraient le stathoudérat héréditaire dans les deux sexes de la famille du prince d'Orange.

Le maréchal de Saxe, qui avait l'approbation pleine et entière du ministre de la guerre, négociait activement avec les États-Généraux l'échange des bâtiments capturés et s'occupait de régler les rapports avec ses lieutenants.

II faisait part en même temps à M. de Saint-Germain, comman-' dant à Louvain, de son approbation qu'il eût acquiescé à la proposition du général Trips de rester tranquilles de part et d'autre pendant l'hiver, d'autant plus que les troupes avaient besoin de se refaire, et que les courses dans cette saison étaient plus nuisibles au pays qu'à l'ennemi.

Il approuve aussi les manœuvres de M. de Grussol pour éloigner les hussards et pandours du comté de Namur.

Dans le courant de ce mois, les troupes des alliés étaient enfin établies après bien des changements : il n'y avait encore que quelques régiments autrichiens dans le duché de Luxembourg; 10,000 hommes des mêmes troupes à Cologne, dont ils avaient enfoncé les portes; quelque cavalerie dans le pays de Trêves, malgré l'électeur; 12 B. et 17 E. dans le pays de Liège, épuisé et désolé; 18 B. et 3 E. de diverses nations à Maëstricht, où l'on craignait d'être assiégé, même pendant l'hiver.

Au commencement de décembre, M. le comte de Saxe ayant fixé son départ pour Versailles vers le milieu de ce mois, employa cette quinzaine à achever les dispositions commencées pour mettre la frontière à l'abri de toute surprise. Il fit venir à Bruxelles MM. du Chayla, de Salières, de Montbarrey, d'Estréeset de Courten; il conféra plusieurs jours avec eux; il leur communiqua ses instructions, et les renvoya dans leurs quartiers. Il fît distribuer aux troupes une somme considérable transportée de Lille à Bruxelles pour leur paiement, et eut soin de les faire exercer autant que la saison pouvait le permettre, de les passer en revue, et de les compléter avec les recrues qui arrivaient tous les jours. Il n'eut pas moins d'attention aux levées dans le pays, pour former des régiments étrangers de nouvelle création, et augmenter de 1 B. chacun ceux de Lowendal et de Frise. Il envoie un renfort de troupes au poste de Lierre pour observer les détachements des alliés avancés à Hérentals, où ils se fortifiaient, fait marcher quelques régiments pour renforcer les troupes au pays de Waës, et fortifie la communication d'Anvers à Berg-op-Zoom, où les convois con-

tinuaient de passer en sûreté. Gomme le fourrage devenait toujours plus rare dans cette dernière place, il en retira entièrement le régiment d'Harcourt-dragons, et envoya à sa place 1 B. d'Irlandais tiré d'Anvers. Il assiste à Bruxelles aux expériences de quelques pièces de canon et de plusieurs mortiers de nouvelle invention, et il ordonne de couper dans les bois de Soignies une grande quantité d'arbres pour des affûts. Il répare les fortifications de diverses places situées sur l'Escaut et sur la Meuse, et forme à Namur des magasins de toute sorte de munitions. Il arrête l'échange des prisonniers hessois, conduits sous escorte au premier poste des alliés sur la frontière d'Anvers. Il continue aussi l'échange des prisonniers hollandais homme par homme seulement, conformément à ses instructions, en réservant pour les derniers les corps hollandais prisonniers, qui ne devaient pas espérer d'être sitôt échangés, puisqu'il n'y avait guère de prisonniers français en Hollande, et il refuse de rendre des officiers, parce que la manière d'agir des Hollandais ne méritait pas cette faveur. Il met enfin la dernière main à l'échange des bateaux avec les Hollandais.

Le lA, il reçoit M. le maréchal de Lowendal, arrivant de Paris pour le remplacer, auquel il remit le commandement en chef pendant son absence.

Le 15, il dirige d'Anvers le B. destiné à Berg-op-Zoom avec un convoi considérable.

Le 17 au matin, ayant achevé de mettre ordre à tout, il part de Bruxelles se rendant à Versailles, après avoir envoyé ordre aux commandants des places de faire part de ce qui se passerait, pendant son absence, à M. le maréchal de Lowendal, à Namur.

Le 23, les correspondances de la Haye rapportent que toutes les provinces de la république avaient suivi l'exemple de celles de Hollande, en déclarant unanimement le slathoudérat héréditaire, même en faveur de la ligne féminine, dans la maison du prince de Nassau-Diest d'Orange, gendre du roi d'Angleterre, qui avait conduit sous main toute cette manœuvre et gagné tous les esprits de cet État. Ces lettres confirmèrent en termes précis que les collèges de l'amirauté continuaient de donner des commissions aux armateurs pour courir sur les vaisseaux français, ainsi que sur ceux de la Compagnie des Indes , que le vice-amiral Schriver se disposait à mettre en mer.

Dans le courant de ce mois, les troupes des alliés firent encore plusieurs mouvements, des marches et contremarches, et cène fut qu'à la fin de l'année qu'elles se trouvèrent entièrement établies dans leurs quartiers, au nombre de 137 B. et 205 E., ainsi repartis :

Autrichiens : dans les provinces de Luxembourg, de Limbourg et le pays de Liège (rive droite de la Meuse), 24 B. et 18 E. ; en deçà de la Meuse (pays de Liège), 6 B. et 12 E.; en Brabant et en Campine, 10 E.; sur les terres de Hollande, 26 B. et 20 E.; dans l'électoral de Cologne, 8 B. et 14 E.; dans celui de Trêves, 14 E. : soit en tout, 64 B. et 94 E.

Bavarois : sur le territoire de Hollande, à Maëstricht et à Bréda, 5B. et3. E.

Troupes de Wurtzburg et de Darmstadt : à Yenloo et dans la Campine hollandaise, 4 B.

Hessois : à Willemstadt, Bréda et environs, 12 B. et 26 E.

Hanovriens : à Nimègue et environs, 6 B. et 16 E.; dans l'électoral de Hanovre, 10 B. etlOE. : en tout, 16 B. et 26 E.

Hollandais : à Maëstricht, Venloo et Bréda, 20 B. et 42 E.

Anglais : à Amsterdam, Rotterdam et autres places de Hollande, 8 B. et 7 E.; en Angleterre, Irlande et Ecosse, 8 B. et 7 E. : en tout, 1GB. 14E. (1)

(1) Jean-Cliailes-Josopli, comte de Mérode, néà Ham,le 3 décembre 1719, colonel du régiment impérial n" 38, feld- maréchal, gouverneur de Bruxelles, mort le 10 août 1774, se distingua contre nous dans cette défense de Berg-op-Zoom. On raconte que plus tard, dans une charge de cavalerie, blessé au bras droit, les quatre doigts coupes à la main gauche, il continua la poursuite tenant dans ses dents les rênes de son cheval.

N'ayant i)oint d'enfants de son mariage avec Ja princesse d'Areuberg, ses biens passèrent à sa sœur, mariée au prince de Grimbergen, grand écuyer de l'archiduchesse Marie-Christine, gouvernante des Pays-Bas, sœur de la reine Marie- Antoinette, dont la fille unique épousa le comte de Mérode-Westerloo , devenu Lrancais.

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