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CHAPITRE PREMIER

Préliminaires. — Campagne de Sayoie.

Novembre. 3. Le premier convoi des troupes espagnoles, composé de 20 B. et de 7 E., s'embarque à Barcelone sur l'escadre commandée par don Navarro.

Décembre. 8. Arrivée de l'armée espagnole à Porto-Longone. — 9. File débarque à Orbitelio. M. de Monlemar y établit son quartier général, cantonne ses troupes dans les environs. L'escadre retourne à Barcelone.

Janvier. Armées espagnole, piémontaise et autrichienne en Italie. La France se dispose à démembrer la monarchie autrichienne. L'armée espagnole commandée par M. de Montcmar; les armées piémontaise et autrichienne sont sous les ordres du roi, avec le maréchal de Traun. — 13. Les troupes du second convoi de l'armée espagnole partent de Barcelone. Les Napolitains cantonnent dans les environs de Spolelto. — 17. La 1"^ division espagnole, partant d'Orhitello, et formant la colonne de la droite, arrive à Foligno. — 31. Débar({uemcnt du second convoi à la Spezzia. •

Février. 11. La 1'" division de la colonne de la droite des Espagnols à Pesaro. Les troupes napolitaines suivent la même route. — 12. M. de Monlemar se rend à Pesaro. — 20. Avant-garde vers Bologne. — 2i. M. de Monleinur à Rimini. — 27. La 1'^ division de la colonne de gauche traverse la Toscane.

Mars. \". L'armée espagnole, sous M. de Montemar, à Tise. — 5. A Florence. — 15. L'infant don Philippe, dont la l»'' division part de Barcelone pour traverser la France, se rend en Provence. — 17. La F" division à Perpignan, suivie des autres à un jour d'intervalle. — 18. Les l'e» divisions espagnoles à Antibes. L'infant s'établit à Grasse. Les troupes cantonnent dans les villes et dans le plat pays de la Provence. — 5 au 20. Le maréchal de Traun rassemble ses troupes à Révère sur le Po, y jette un pont, passe ce fleuve, prend son quartier à Carpi, cantonne la plus grande partie des troupes dans le duché, le reste dans le Mirandolais. A Forli, les autres divisions espagnoles s'y rendent successivement. Arrivée des premières troupes de la colonne de la droite dans les plaines de Faënza. Imola occupé par de l'infanterie. Les miquelets et quelque cavalerie se portent sur le canal de Bologne. Des troupes piémontaises, destinées à se joindre aux Autrichiens, occupent Pavie, Parme, Plaisance. — 2t. Détachements d'infanterie et de cavalerie autrichienne à Saint-Martin d'Esté, à Finale et à la Bastiglia. Le roi de Sardaigne à Plaisance. Ligne formée depuis Nice jusqu'à Coni. — 25. Les troupes espagnoles et napolitaines rassemblées à Forli et à Faënza. — 28. La cavalerie piémontaise s'étend jusqu'à Codogno dans le Lodessan.

Mai. 1<"'. Le roi de Sardaigne à Parme; le 4, sur la Lenza; sa cavalerie, cantonnée dans le Milanais, se met en marche. — 4. M. de Traun avec ses troupes à Carpi, Novellara et Correggio, son quartier général. — 5. M. de Montemar à Forli. — 15. L'armée espagnole, entièrement rassemblée dans les environs d'Imola, s'avance sur Bologne. Le duc de Modène fait entrer ses troupes dans Modène et dans la Mirandole. Mouvement des Piémontais sur le Panaro. — 17. Les Espagnols campent sur le Reno. Le roi de Sardaigne à Reggio. — 19. Les troupes espagnoles passent le Reno et campent à Samoggia. — 21. Jonction des Autrichiens à l'armée piémontaise à Collegara. — 21 au 29. M. de Montemar s'empare de plusieurs postes sur le Panaro. — 29. Marche de l'armée à Castelfranco, et, le 30, le fait retrancher. Arrivée des dernières divisions espagnoles en Provence; y prennent des cantonnements.

Juin. 5 au 6. Le duc de Modène se retire à Venise. — 8. Le roi de Sardaigne s'empare de Modène. Dispositions pour le siège de la citadelle. — 11 au 12. Tranchée ouverte. — 17 au 18. L'armée espagnole campe à Castelfranco. — 19. A Cento, derrière le canal de Bologne. — 20. L'armée du roi de Sardaigne prend une nouvelle position, s'étend sur sa gauche. — 25. L'armée espagnole marche à la pointe du jour, campe à Bianca, vis-à-vis Bondeno. Un détachement, sous M. de Tiages, se porte à Bondeno, occupe ce poste, y jette un pont. — 26. L'armée espagnole à la rive droite du Panaro, la gauche au pont de Bondeno, la droite s'étendant jusqu'au Pô. — 29. Capitulation de la citadelle de Modène.

Juillet. 9. L'armée austro-sarde en marche; les Piémontais près de la Bastiglia, le roi y établit son quartier, les Autrichiens mettent leur droite à Buonporto; puis à Villafranca le 11. — 12. Changement dans la position de l'armée espagnole, qui porte sa gauche au canal San-Giovanni. — 13. Elle reprend sa position à Bianca. — 15 au IG. Tranchée ouverte devant la Mirandole. — 22. Capitulation. M. de Montemar se dispose à la retraite. — 24. L'armée en marche pour Rimini, passe le Pô. Le maréchal de Traun en marche par Cento à la suite des Piémontais

poursuivant les Espagnols, et se dirige sur la Piève du Rcno, arrive à Sasso. — 26 au 27. L'armée espagnole repasse le Pô à Traghelto, campe à Lugo. — 29. A Raveime. Le roi de Sardaigne à Castel-San-Pietro le 29, avec son infanterie, et le 30 à Imola.

Août. Dans les premiers jours, linfant se met en mouvement pour se porter en Savoie, fait des démonstrations dans le comté de Nice et la vallée de Barcelonnetle. — 1". L'armée espagnole à Cervia. — 3. A Rimini. Le roi de Sardaigne à Faënza, et son armée campe, le 6, à Cesena et y est jointe par les Autrichiens

le 7. — 13. Le roi en marche par divisions pour retourner en Lombardie. 7.

M. le maréchal de Traun joint les Piémontais à Cesena. — 15. Marche pour prendre des quartiers dans le Modenais et dans le Mirandolais. — 9. L'armée espagnole abandonne Rimini, se retire à la Cattolica. — 10. Fano. — il. Sinigaglia. — 18. A Foligno, la cavalerie dans les environs de Pérouse. Les Napolitains arrivent à Spolelto, se séparent de l'armée pour retourner dans leur pays. — 20. Le roi de Sardaigne part de Cesena, de sa personne à Saint-Michel, près Bologne. — 28. Les troupes espagnoles, conduites par le comte de Glimes, arrivent à Saint-Michel, sur la rivière d'Arc, dans le comté de Maurienne. — 31. L'armée espagnole à Reggio.

SejHembre. !'■". M. de Glimes se porte avec l'avant-garde à Mouliers. — 3. L'infant joint l'armée à Saint -Jean de Maurienne. — 4. La cavalerie espagnole marche à Chambéry. — 8. Dispositions du roi de Sardaigne pour porter des troupes en Savoie ; .se rend à Turin. M. le maréchal de Traun avec ses troupes sur U' Panaro, les cantonne près de Finale et de Buonporto. Est joint par des Piémontais sous M. d'Apremont. — 9. L'armée autrichienne prend position sur le Panaro ; les Piémontais campent dans les environs de CoUegara, l'infanterie autrichienne à Buonporto, la cavalerie s'avance à Lugo. ■ — 16. La cavalerie se replie de Lugo sur le Panaro. Le roi de Sardaigne part de Turin le 29, arrive à Aoste le 30. — 11. L'armée espagnole, renforcée par des déserteurs, quitte ses (juartiers de Foligno et de Pérouse pour retourner dans le Bolonois.

Octobre. 5. L'armée sarde en marche par les Alpes. — 7. M. de Schulemburg passe le mont Cenis, arrive à Saint-Michel, en Savoie. — 8. La colonne de la droite, conduite par le roi, arrive à Conflans. — 9. L'armée espagnole à Rimini. M. de Gages en jirend le commandement. — 10. Elle campe à Cesena. — ii. Retraite des Espagnols sur Montmélian. L'armée campe, le 15, à Chaparillan près du fort Barraux. Rentre, le 16, sur le territoire de France, campe sous le tort Barraux. L'infant avec son quartier général à Montalieu; fait repasser sa cavalerie en Dauphiné. — 14. Le roi de Sardaigne se porte avec l'avant-garde à Saint-Pierre d'Albigny. — 15. L'armée marche sur trois colonnes. Le roi à Cruet. — 16. Elle continue, campe sous Montmélian; le roi y établit son quartier, fait partir de Parme et de Plaisance des détachements pour renforcer M. de Traun. — 25. L'armée espagnole rassemblée à Bologne et renforcée.

Novembre. Les troupes sardes, partagées en trois corps, prennent des cantonnements à Chambéry, à Montmélian et à Planaize. — 6. Détachements autrichiens qui s'avancent à Bazzano. Crespelano, à la Samoggia, et entre la Samog"ia et San-Giovanni. Un autre corps se porte aux bains de Porretta sur la frontière de Toscane. — 10. Le roi de Sardaigne rasseudjle ses troupes rej)rend son cami»

de Montmélian, occupe le couvent de Mians et le château d'Aprcmonl. — 15. M. de Traun retire ses détachements, excepté celui de Porretta. — 29. Toutes les troupes aulrichiennes ciilrent dans des cantonnements à la gauche du Panaro. Les Piémonlais prennent des quartiers dans les Étals de Parme et de Plaisance.

Décembre. 5. M. de la Mina remplace M. de Glimes toujours sous les ordres de linfant. — 19. L'armée sarde en bataille, y passe la nuit, sur deux lignes sous Notre-Dame de Mians. — 21. Le château d'Apremont se rend aux Espagnols.

— 26. Ils entrent dans des quartiers d'hiver, partie dans le Bolonais, partie dans la Romague. M. de Gages à Imola. — 27. Évacuation de Chambéry par les troupes du roi de Sardaigne. L'armée se replie sur Montmélian, Noire-Dame de Mians et les Marches. — 28. L'infant à Chambéry. attaque quelques postes avancés. — 29. L'armée sarde se retire à Saint-Pierre d'Albigny. Le roi détruit les ponts de Montmélian, de Gresy et de Conllans. — 31. Séparation de cette armée pour entrer dans des quartiers d'hiver, une partie se porte sur Aiguebelle, passe le mont Cenis, l'autre sur Conflans par le petit Saint-Bernard, dans la vallée d'Aoste et en Piémont.

iliS.

Janvier. 2. Dans les derniers jours de janvier 1743, l'armée espagnole se rassemble à Bologne. Elle campe à.Crevalcore.

Février. 3. L'armée passe le Panaro. Détachements en avant de cette rivière. — 4. L'armée vers Soliera. — 5. L'armée espagnole se replie et campe à Campo- Santo; les Autrichiens et Piémonlais s'assemblent à Buonporto; se mettent en marche, le ~, contre les Espagnols. — 6 au 7. Mouvement de l'artillerie espagnole pour repasser le Panaro ; retourne la même nuit au camp. L'armée en bataille.

— 7 au 8. Y passe la nuit. — 8. Bataille de Campo-Santo. — 9. Les Espagnols repassent le Panaro, replient les ponts. — 10. Arrivée dans leur ancien campa Saint-Michel, près Bologne. L'armée autrichienne reprend ses quartiers sur le Panaro.

Mars. 15. Un détachement austro-sarde s'avance à Crevalcore, et s'y retranche; un autre de cavalerie se porte dans le Ferrarois vers Trocento; un troisième s'avance sur la Samoggia. — 2G. L'armée espagnole quitte Saint-Michel et campe à Imola. — 27. M. de Gages arrive avec le gros de l'armée à Faènza. laisse un détachement à Castel-Bolognese. — 28. L'avant-garde à Forli. M. de Gages renforce Bolognèse. — 31. L'avant-garde de Forli à Cesena. L'armée décampe de Faènza à Forli; les détachements restés à Castel-Bolognèse se replient sur Faënza.

Avril. 2. L'armée espagnole entièrement réunie à Rimini. Le duc de Modène en prend le commandement. — 3. L'armée piémontaise et autrichienne à Facnza. Une partie s'étend dans le Ferrarois.

Mai, juin (derniers jouis). La plus grande partie des Piémonlais se sépare de l'armée autrichienne en Londjardie. pour retourner en Piémont, et se dirige sur Goni.

Juillet (dans les derniers jours). M. de Traun retire des troupes du Bolonais et du

Ferraiais. Rassemblement d'un corps piémontais près Saluées. Les Yaudois occupent les passages des vallées, depuis celle de la Cézanne jusqu'à celle de Barcelonnelte.

Septembre. 11. Le prince de Lobkowitz à Carpi. précédé des troupes légères. — 16. Il prend le commandement de 1 armée. Le maréchal de Traun part pour Vienne. — (Dans les derniers jours.) Une partie de l'armée austro-sarde passe le Panaro. Détachement d'Espagnols chassé d'Imola.

Octobre. 5. M. de Lobkowilz rassemble un corps près Bologne. Les Piémontais, restés en Lombardie, occupent les postes du Panaro. — 19. L'armée austro-sarde à San-Pietro. — 20. La cavalerie s'avance à Imola. Les troupes légères chassent les Espagnols de Faënza. — 21. L'infanterie joint la cavalerie à Imola. — 22. L'armée à Faènza. Forlinpopoli abandonné par les Espagnols. — 25. Ils quittent Rimini, campent à la Cattolica. L'armée autrichienne et piémontaise à Ce.sena.

— 26. L'armée espagnole à Pesaro et à Fano. Détachements austro-sardes qui se portent à Rimini. — 27. Ils occupent la Cattolica.

ï^ovembre. 7 au 8. Marche d'un fort détachement espagnol conduit par le duc de Modène et M. de Gages, pour surprendre Rimini et la Cattolica, se replie sur Pesaro et Fano.

Décembre, le^ L'armée autrichienne et piémontaise rassemblée à Rimini. — 2. Les troupes espagnoles prennent des quartiers d'hiver derrière la Foglia. — 6. L'armée autrichienne et piémontaise entre dans ses quartiers d'hiver aux environs de Rimini.

Août. Les Espagnols sont formés en deux camps : l'un à Monlmélian, l'autre à Saint-Jean de Maurienne. — 27 et 29. La cavalerie en marche \)our Gap; l'infanterie reste à Saint-Jean de Maurienne. — (Derniers jours.) Dispositions générales du roi de Piémont pour la défense du passage des Alpes. Les Vaudois gardent les vallées du Po et celle de la Vraila, occupant les gorges de Saint-Martin et de Fénestrelles.

Septembre. 1'^''. Les Espagnols en marche pour Briançon par la roule de Gap. — 3. Milices françai.ses arrivant à Montmélian. — 5 L'infanterie et les dragons à Briançon par le Galibier et le Monestier. La cavalerie se dirige sur Gap par la vallée de Neuvache. — 6. Camp de laBessée. — 5 et 7. Arrivée de la cavalerie espagnole à Gap. — 8. L'infanterie à Briançon. Les dragons restent dans la vallée du Monestier. — 2i. M. de Campo-Sanio à la Roche; M. d'Arembourg à Brunissard. — 25. La colonne de M. de Campo-Santo à Guillestre; celle de M. d'Arembourg à Yillevieille. La plus grande partie de l'infanterie piémontaise se rassemble à portée du château Dauphin, la cavalerie à Saluées. Corps détaché sous Demont.

— 28. Les Français, campés à la Bessée, suivent les Espagnols à Guillestre; le 29, à Ceillac, et le .30, à Chalperoude. — 30. L'armée espagnole se rassemble près des débouchés de Saint- Véran et de l'Agnère, en trois divisions, l'une près de Chalperoude, l'autre à Molines, la troisième à Villcvieille, les dragons audessous du château de Queyras, où l'infant établit son quartier.

Octobre. 2. L'armée espagnole en marche sur deux colonnes : celle de la droite. Espagnols et Français, s'établit sur le col de Saint-Véran; celle de la gauche, du reste de l'infanterie et des dragons espagnols, sur celui de l'Agnère; le quartier de l'infant à Cosleroux. — 4. L'armée passe sur deux colonnes les cols

lie l'Agnère et de Saint-Véran, se réunit à la Chanal, abandonné par les Piémonlais ; l'infant y établit son quartier. — 4 et 5. Une partie de la cavalerie, arrivée à Guillestre, se rend à Villevieille. — 5. Le reste, de Gap au pont de Savines. — 6. Différents postes établis dans la vallée de Queyras. — 7. Attaque du village et du château de Pont; les Piémontais en sont chassés. Espagnols et une brigade française détachés pour occuper la montagne et attaquer la droite des retranchements des Piémontais. Les troupes de la défense s<3 retirent dans le château Daui>hin. — 8. Le détachement, attaqué dans sa retraite, rejoint l'armée. — 9. Qui reste au bivouac près du château de Pont. — 10. Se retire dans son camp de la Chanal. — 11. L'artillerie, les munitions et les malades en marche pour la Savoie. — 12. Levée du camp de la Chanal. Les Espagnols à Molines. L'infant au hameau de Pierre-Grosse. Retraite de l'armée. Les troupes françaises à Saint-Yéran. — 13. La l*^* division de la cavalerie espagnole d'Embrun par Gap et la Mure à Grenoble, et de là en Savoie. — 15. La 2^ division de la cavalerie suit la même roule. — 16. La 1'" division de l'infanterie espagnole, des environs de Queyras à Guillestre et ensuite en Savoie par Gap, la Mure et Grenoble. — 17. Toutes les troupes françaises prennent position pour la sûreté du Dauphiné. — 18. La 2* division de l'infanterie espagnole suit la même route que la F" division. — 29. L'infant de Grenoble à Barraux. — 30. A Chambéry. Licenciement de compagnies briançonnaises. Les troupes dans des quartiers d'hiver. M. de Marcieu à Grenoble.

Novembre. I'^''. Les troupes piémonlaises entrent dans des quartiers d'hiver en Piémont. Les Vaudois chaigés de la garde des passages des montagnes. — 2. Les dernières troupes espagnoles arrivent en Savoie. Toute l'armée entre dans des quartiers d'hiver.

Quand la France eut pris la résolution de s'unir à la Bavière, la Pologne, la Prusse et l'Espagne pour faire valoir les droits de l'électeur de Bavière à la couronne impériale, une année (1741) s'était écoulée en intrigues diplomatiques et en pourparlers impuissants. Bientôt la situation se trouva alors tellement dessinée, que le différend devait être tranché par les armes. Le roi d'Espagne mit le premier ses troupes en campagne, dans le dessein de s'emparer des duchés de Parme et de Plaisance, et du Milanais même , s'il était possible, avant que ses adversaires y eussent réuni des forces considérables.

Au mois d'octobre 1741, tandis que les Anglais se ravitaillaient à Gibraltar, l'escadre d'Espagne, commandée par don Navarre, joignait à Toulon une escadre française qui l'y attendait, et la flotte combinée, trop forte pour être attaquée par les Anglais, traverse la mer sans difficultés. Les Espagnols (20 B. et 7 E.) débarquent au

SUCCESSION O'AT^TRICHK. — ITVLIE (17-10-1743;. 7

sud de la Toscane, à Orbitello, où M. de Montemar (1), appelé de Naples, arrivait le 9 décembre; 15,000 Napolitains, sous le duc de Castropignano, que le roi d'Espagne avait demandés à son fils don Carlos de lui fournir, se réunissaient à Spolète. M. de Montemar établit son quartier général à Orbitello, cantonne ses troupes dans les environs, tant en raison de la saison avancée dans laquelle on était entré, que pour commencer ses opérations, et attendre que le reste de l'armée espagnole et le contingent napolitain soient en mesure de concourir à l'action commune.

La convention de Turin est signée le t""" février 1742. Le roi d'Espagne n'avait pris part à la guerre contre Marie-Thérèse que dans l'espoir de s'emparer de la Lombardie, dont on voulait former un établissement à don Philippe, second fils de Philippe V, né de son second mariage.

Quand M. de Montemar se mit en mouvement vers le Milanais, cette marche effraya le roi de Sardaigne, qui craignait le voisinage d'un Bourbon. Depuis longtemps la Grande-Bretagne le pressait de renoncer à son alliance avec la France et l'Espagne. L'on prétend même que la flotte anglaise, dans la Méditerranée, avait ordre de ne pas empêcher le débarquement des troupes espagnoles en Italie, uniquement pour faire sentir à la cour de Turin le danger de sa position. Cédant aux instances du comte de Schulenburg- Oyenhausen, ministre de Marie-Thérèse, Charles-Emmanuel ordonnaaucomte d'Orméa de signer, à Turin, la convention stipulant

(1) Don .Tûsepli Carillo Albornoz, comte, puis duc de Montemar, héritier d'une famille très ancienne, commence sa carrière militaire en 1683, comme capitaine, diins la guerre de la succession d'Espagne. Fait la conf[utHe d'Oran, 1733 ; est chargé, en 1741, du commandement de l'expédition e>pagnole en Italie. Les ordres, tenus secrets jusqu'à son débarquement à Orbitello el sur la côte de Gènes, lui enjoignaient de marcher sur la Lombardie, d'en chasser les Autrichiens et de s'en emparer. L'alliance entre la Saidaigne et l'Autriche, et les renforts que l'état des affaires de cette dernière puissance, devenu meilleur on Allemagne, lui permit d'envoyer en Italie, fh-ent conq)rendre à M. de Montemar que, loin d'être assez fort pour livrer bataille, ainsi qu'il lui avait été prescrit, il n'était pas même en mesure de se tenir sur la défensive. Il se retira donc vers la frontière napolitaine, suivi de près jusqu'à Rimini parles Austro-Sardes.

Sa célèbre bataille de Bitonto et la reddition de Bary relèvent à la dignité de grand d'Espagne et duc de Montemar. En 1742, il demande son rappel du corps d'Italie, prétexté par son manque de santé. Mort en 17'i7

s LES GUERRES SOUS LOUIS XV.

que les troupes autrichiennes s'opposeront aux progrès des Espagnols et des Napolitains.

Ce fut vers le milieu de janvier seulement que M. de Montemra jugea le moment opportun d'opérer. Il se met alors en marche du côté de l'est, en tournant la Toscane, dont le duc était hostile, passe à Spolète, où il rallie les Napolitains, et arrive, le 17 janvier, à Foligno. Poursuivant sa route à petites journées, il franchit les Apennins et débouche, les H et 12 février, sur Pesaro, précédé d'une colonne d'infanterie et de cavalerie, lancée en avant-garde dans la direction de Bologne.

Le 24 février, l'armée était à Rimini, occupant fortement Gesena, enfin se portait, le 20 mars, dans les plaines de Faënza. Pendant ce temps, le second convoi de troupes espagnoles, composé de 16 B., partait de Barcelone le 13 janvier, débarquait, le 31, à la Spezzia et se cantonnait jusqu'au 27 février à Sarzana , Lerici, et dans le duché de Massa. Ce corps était-il destiné à opérer du côté du nord, franchir les Apennins aux cols de la Cisa, de Mommo ou de l'Abelone pour menacer Parme et prendre en flanc l'ennemi, que M. de Montemar attaquerait en face, ou bien n'avait-il pour but que d'isoler par sa marche la Toscane de ses alliés? La dernière supposition semble, toutefois, la plus probable; la hardiesse dans les conceptions stratégiques n'était point dans les idées de l'époque.

Les 10 B. prirent la roule de la Toscane. Rassemblés le 27 février, ils se portèrent le l^"" mars sur Pise, le S sur Florence, passèrent les Apennins au col de San-Benedetto, et arrivèrent à Forli le 20, en même temps que la tôte de colonne des troupes de M. de Montemar.

La concentration s'opéra, du 20 au 25 mars, dans les plaines de Forli et de Faënza. Toute l'armée se cantonne derrière la rivière de Santerno, en avant d'elle un fort détachement à Imola, et tout à fait en pointe, sur le canal de Bologne, les miquelets et quelque cavalerie. La marche de M. de Montemar n'avait pas été assez rapide pour prendre au dépourvu les Autrichiens et les Piémontais, que le roi de Sardaigne commandait en personne, Emmanuel-Philibert, à la nouvelle de l'approche des Espagnols, s'était, à la tète des Piémontais, rapidement porté sur le duché de Parme et l'occupait, le 20 mars, avec 22 B. et 18 E.; l'infanterie s'échelonnait

sur la route de Bologne, à Pavie, Plaisance, le Borgo-San-Donino et Parme; la cavalerie vers Godogno, dans le pays de Lodi.

De son côté, l'Autriche s'était hâtée de faire passer par le Tyrol de nombreux renforts en Italie, et, les joignant aux troupes déjà dans le Milanais, en avait formé une armée sous les ordres de M. le maréchal de Traun, subordonné au roi de Sardaigne.

Cette armée, réunie vers le 5 mars à Révère, y avait jeté un pont, se portait sur la rive droite du Pô et cantonnait dans le duché de Carpi et dans le Mirandolais, avec son quartier générale Carpi, donnant ainsi la main à l'armée piémontaise, dont il formait l'avant-garde; ses cantonnements étaient protégés par des détachements d'infanterie et de cavalerie postés à Saint-Martin d'Est et jusque sur le Panaro, à Bastiglia et à Finale. Les deux partis en présence conservèrent leurs positions pendant tout le mois d'avril et les premiers jours de mai, les Espagnols à Forli et Faënza, les Austro-Sardes de Plaisance à Mirandole.

Enfin, M. de Montemar, arrivé de sa personne à Forli, le 5 mai, se décide à prendre l'offensive. Il porte, le 15, ses troupes à Imola et s'avance sur Bologne, précédé de miquelets et de cavalerie légère, en même temps que le duc de Modène (l), son allié, craignant pour ses États, dont les Autrichiens occupent déjk une partie, fait entrer ses troupes dans les places fortes de Modène et de la Mirandole.

Le 17 mai, l'armée espagnole campait en arrière du Reno, l'avant-garde à Crespelano etConfortino sur la Samoggia; le 19, elle passait le Heno et campait à Samoggia.

On se trouvait en ce moment face à face avec l'ennemi, occupant la rive gauche du Panaro et investissant Modène. Le roi de Sardaigne avait, dès le 4 mai, porté sur l'Enza ses 12 B. de Parme, rapproché sa cavalerie^ dirigée sur cette ville par Busseto et Viarolo, et mis en mouvement de Pavie, Plaisance et Borgo-San-Donino le reste de son infanterie.

Le 15 et le 16, toute l'armée piémontaise, renforcée de 2 B. et

(1) Marié à une fille du régent, par alliance du côté des Bourbons, ce prince penchait plutôt pour l'Espagne que pour l'Autriche : cependant ses 6,000 hommes de troupes, peu de temps a[irès l'arrivée des Espagnols, quittèrent son jtays pour se joindre aux troupes aulrichicnnes en Lombardie.

de G E. tirés du Piémont à la fin de mars, était concentrée à Rubiéra, et son quartier général transporté de Parme à Reggio.

Le 18 enfin, elle s'établissait à Collegara en avant de Modène et étendait sa droite jusqu'au château de Spilamberto qu'elle occupait fortement. Le maréchal de Traun, de son côté, avait rassemblé toutes ses troupes à Correggio, le 16 mai, se joignant aux Piémontais campés à Rubiéra, et, s'avançant, le iS, dans une direction parallèle à celle que ceux-ci suivaient de Rubiéra sur Collegara, avait été camper à Villavara, Navicella et Buonporto sur le Panaro, étendant sa gauche jusqu'à Finale. Le 21, il avait rejoint les Piémontais à leur camp de Collegara.

Ainsi, le21 mai, M. deMontemarétaità Samoggiaavec 36 B., 7E. espagnols, et autant de napolitains en infanterie et cavalerie, et le roi de Sardaigne avec 24 B. et 24 E. piémontais, 17 B, et 9 E. autrichiens à Collegara, derrière le Panaro.

Après différents engagements entre les avant-postes , ceux des Espagnols s'étant avancés jusque sur les bords du Panaro (I), M. de Montemar se porta en avant, le 29 mai, avec toute son armée formée sur trois colonnes. Selon toute prévision, une bataille décisive était imminente; mais il ne dépassa pas Castelfranco. Tous les ponts du Panaro avaient été rompus, vers le 15 mai, pour arrêter la marche de M. de Montemar. L'armée austro-sarde, une fois en force sur la rive gauche, s'était bientôt hâtée elle-même de les rétablir ou d'en jeter de nouveaux, le 19 à Ponle-Bazzano, le 29 à Navicella.

(1) A peine toutes les troupes espagnoles commandées par l'infant élaient-ellcs arrivées en l'rovence, qu'il s'en fallait beaucoup qu'elles fussent en état de marcher : leur artillerie était encore à Barcelone, l'infant n'en avait que quelques pièces. Par le projet, elle devait traverser la mer; mais le passage était dangereux en vue des Anglais, qui couvraient la Méditerranée de leurs vaisseaux. Puis l'Espagne arrivai! sans aucun plan (ixe pour les opérations ; l'infant était incertain sur les deux projets, ou (le marcher par Nice, ou de se porter en Savoie.

M. de Glimes insistait toujours pour le premier, tout en manquant d'artillerie, de mulets et de vivres. Dans cette situation, la cour d'Espagne et M. de Montemar se trompaient également en croyant que l'armée de l'infant pùl produire quelque eft'et favorable à celle (jui agissait sur le Panaro. Cette incertitude dans les plans de l'infant est dénotée dans toutes les correspondances, et à un tel point qu'on lui supposait la fantaisie de pénétrer par la vallée de Barcelonnette, si, étant sur les lieux, il n'y trouvait pas d'obstacle.

SUCCKSSIOK D'AUTRICHE. — ITALIE (1740-1743). 11

Ces préparatifs, qui semblaient indiquer, dans l'armée austrosarde, l'intention de ne pas attendre l'ennemi derrière les nombreux retranchements dont elle avait hérissé la rive gauche du Panaro, inquiétèrent M. de Monlemar : son attitude résolue et sa forte position achevèrent de l'atterrer. L'audace des Piémontais s'en accrut; ils firent passer de l'autre côté du Panaro de nombreux détachements pour harceler les avant-postes espagnols, et, franchissant même en force, le 30, sur des ponts jetés dans la nuit, le fleuve en face de San-Ambrosio, près de Spilamberto, s'établirent solidement sur la rive droite. Ils rayonnèrent, le long des montagnes et dans la direction de Bologne, sur les flancs et sur les derrières des Espagnols, immobiles dans leur camp, ne songeant déjà plus qu'à le couvrir contre les entreprises en se retranchant à Castelfranco et Panzino.

En même temps que le gros de l'armée alliée réduisait ainsi M. de Montemar à l'impuissance et à l'expectative, le reste avait investi Modène et l'assiégeait. Le duc d'Esté s'y était enfermé avec une partie de ses troupes, mais les jours de la résistance étaient comptés.

Désespérant d'être secouru par les Espagnols, le duc quitte sa capitale dans la nuit du 5 au 6 juin, et se relire à Venise. Deux jours après, la ville était prise; 3 B. piémontais et \ autrichien y firent leur entrée le 8 juin, et prirent aussitôt leurs dispositions pour assiéger la citadelle, où s'étaient réfugiés les défenseurs. La tranchée fut ouverte dans la nuit du H au 12 juin.

M. de Montemar assistait paîisivement de son camp de Castelfranco à l'écrasement de son allié. Soit impuissance, soit timidité, il n'osa tenter contre l'armée qui couvrait le siège de Modène aucun coup vigoureux, et recula devant l'attaque de vive force des lignes du Panaro, solidement retranchées par l'ennemi. Uenonçant enfin à l'espoir de secourir la citadelle de Modène, dont la chute lui apparaissait désormais comme prochaine et inévitable, il prit le parti d'essayer à couvrir au moins le Mirandolais et, après avoir tourné par leur gauche les lignes ennemies, de livrer bataille entre la Secchia et le Panaro, sur un terrain plus favorable. C'est, du moins, le seul but qu'il paraît rationnel d'attribuer à ses mouvements ultérieurs vers le nord. Il semble difficile d'admettre qu'il ait voulu, dès le milieu de juin, se dérober à l'ennemi et effectuer

une retraite d'ailleurs toujours facile directement par Bologne, l'ennemi n'ayant de ce côté que des coureurs, entreprenants sans doute, mais certainement impuissants à entraver la marche d'une troupe compacte.

Ce fut dans la nuit du 17 au 18 juin que l'armée espagnole quitta ses positions de Castelfranco ; le soir du 18, elle campait à Castel- San-Giovanni, le lOàCento, derrière le canal Saint-Jean. Le 23, elle était à Santa-Bianca, sur le Panaro, jetait en face de Bondeno un pont sur le fleuve, et dirigeait sur ce village un fort détachement sous les ordres de M. de Gages; le 26, tout entière sur la rive gauche, elle campait le long de la route de Révère, la gauche à Bondeno, la droite s'étendantjusqu'au Pô.

Elle avait trouvé jusqu'à Bondeno les passages du Panaro gardés et défendus, et, dans son mouvement de flanc, avait été suivie sur la rive gauche par une portion de l'armée du roi de Sardaigne, principalement composée de cavalerie.

Un renfort important (1), arrivé dès les premiers jours de juin au camp de CoUegara, avait permis de détacher dans cette direction, sans affaiblir l'armée chargée de couvrir le siège de Modène, un corps sous les ordres de M. d'Apremont, qui s'était porté de sa personne, dès le 18 juin, à Buonporto et lancé, le 19, sur Finale. L'armée elle-même opérait en même temps un mouvement sur sa gauche, de manière à pouvoir se porter, s'il était nécessaire, au secours de M. d'Apremont, qui, le 20, occupait Cnmpo-Santo, et, le 26, Finale, couvrant avec sa cavalerie tout le terrain jusqu'à Massa, et observant ainsi l'armée espagnole, qui, à celte date, campait à la rive gauche du Panaro, devant Bondeno.

Cependant le siège de la citadelle de Modène avançait, et les B. austro-sardes qui y étaient employés le poussaient avec vigueur. Quinze jours suffirent pour amener les défenseurs à capituler. Le 29 juin, la garnison déposait les armes; une partie des troupes prisonnières était envoyée à Alexandrie; le reste, pour éviter la

( 1) Le roi de Sardaigne, en dehors de ces troupes irrégulières arrivant de Hongrie, se faisait rejoindre par 5 B. nouvellement levés eu Piémont. Dans le même moment il mettait sur pied, dans les départements de Pigrierol, Mondovi et Coni, 15,000 miliciens, bientôt enrégimentés comme les autres B. nationaux. Ceux do Fossano, de Saviglianoet de Saluces. s'assemblant déjà, le mettaient dans la possibilité de tirer de son pays de nouvelles troupes pour renforcer son armée. (D. G. vol. 3016.)

captivité, s'engageait dans l'armée piémontaise. Celle-ci, ainsi renforcée, accrue d'ailleurs des troupes retenues jusqu'ici par le siège, et désormais libre de ses mouvements, ne demeura pas longtemps dans l'inaction. Modène occupée, la Mirandole restait à prendre.

C'est sur cette ville que le roi de Sardaigne résolut de concentrer ses efforts, afin de s'assurer, par sa chute, la possession du reste des États du duc d'Esté, et d'enlever aux Espagnols un point d'appui servant à leurs opérations futures.

11 donna donc les ordres de départ pour le 9 juillet. Au jour fixé, ses troupes s'ébranlèrent sur deux colonnes parallèles, les Autrichiens le long du Panaro, les Piémontais à leur gauche. Ils vinrent camper, les premiers àBuonporto, les seconds à Bastiglia. Le 11, toute l'armée était à Villafranca, le 12 à San-Possidonio. Dans la nuit du 13 au 16, la tranchée était ouverte devant la Mirandole, et, le 22, la place capitulait.

Comme à Castelfranco, M. de Monlenlar se montra peu entreprenant à Bondeno. Craignait-il un ennemi devenu peut-être supérieur en nombre par suite de l'arrivée de renforts successifs? redoutait-il de combattre avec une rivière à dos, n'ayant à sa disposition, en cas d'échec, que le passage de Bondeno, ou bien fut-il surpris par la rapidité des événements? Par le fait, depuis le 26 juin, il resta inactif dans son camp de Bondeno, surveillé par M. d'Apremont dont l'infanterie occupait Finale et la cavalerie battait la campagne entre Finale et Massa.

Le 13 juillet, il apprend l'arrivée de l'armée entière du roi de Sardaigne autour de la Mirandole, et que M. d'Apremont a fait passer à Finale un corps d'infanterie sur la rive droite du Panaro. Sa position à Bondeno ne liii inspire plus aucune confiance; il craint d'être attaqué en face, il redoute de voir ses communications compromises. Il lève à la hâte son camp et reprend derrière le Panaro son ancienne position à Santa-Bianca, et, dès l'avis de la chute de la Mirandole, qui renverse ses espérances d'empêcher le duché de Modène de tomber aux mains de ses adversaires, et qui lui fait appréhender d'avoir bientôt sur les bras toutes leurs forces disponibles, il opère, le 24 juillet, une retraite précipitée du côté de Rimini. La route ne lui semblant pas stire du côté du sud, où M, d'Apremont peut, d'un moment à l'autre, lancer par Finale

toute sa cavalerie, il franchit, à hauteur de Bondeno, le Pô di Primaro, et, couvert par ce bras du fleuve, se dirige sur Ferrare et Traghetto.

Pendant que le dévouement des Hongrois lui donnait une armée, l'impératrice ranimait en sa faveur l'Angleterre, engagée dans une guerre maritime contre l'Espagne, et cette puissance prit bientôt le parti de la maison d'Autriche. La Hollande, au dire de Frédéric, une chaloupe à la remorque d'un vaisseau de ligne anglais, la suivit, et le roi de Sardaigne, craignant l'absorption complète de l'Italie par l'Espagne, s'engagea à défendre le Milanais contre ses anciens alliés. Celte première défection fut suivie de beaucoup d'autres. Le roi de Prusse signe, après sa nouvelle victoire de Gzaslau, le traité de Berlin (28 juillet 1742) avec Marie-Thérèse, qui lui abandonne la Silésie. L'électeur de Saxe suivit son exemple, et, en dehors de l'électeur de Bavière, nous n'avions plus un seul allié en Allemagne.

L'armée du roi de Sardaigne marche en même temps pour poursuivre M. de Montemar et lui couper la retraite. Elle s'avance par Cento dans la direction de Faënza.

Dès le 25, sa cavalerie est à Mezzolara, à quelques lieues de Traghetto; mais l'infanterie est encore loin et M. d'Apremont ne peut seul s'opposer à la marche des Espagnols, qui, sentant le danger d'être coupés de Rimini et rejetés du côté des lagunes de Comacchio, précipitent leur retraite, traversent, à peine arrivés à Traghetto, le Pô di Primaro dans la nuit du 2G au 27, et vont camper le soir même à Lugo et, le 29, à Ravenne.

Dès lors la poursuite se ralentit. Cependant le roi de Sardaigne cherche encore à prévenir à Rimini M. de Montemar; il appuie à droite, reprend avec ses troupes le grand chemin de Bologne, arrive, le 29, à Caslel-San-Pietro, campe, le 30, à Imola, le 3 août, à Faënza, le 4, à Forli, le 6, à Cesena, où les Autrichiens, qui le suivaient, le joignent le lendemain.

Mais déjà les Espagnols, passant par Cervia, l'ont précédé à Rimini et sont campés, protégés par une forte arrière-garde établie à Savignano. Il est trop tard pour envelopper l'ennemi, on l'attaque de front. Savignano est enlevé brillamment le 9 août, et on marche sur Uimini ; M. de Montemar, reculant devant une action décisive, se hâte d'évacuer ses positions et, abandonnant

décidément la lutte, se retire, le 9, à la Cattolica, le 10, à Fano et, le M, à Sinigaglia, d'oii il prend la route des Apennins et arrive, le 18, à Foligno. Il y cantonne son infanterie, établit sa cavalerie à Pérouse. Son armée, démoralisée par la campagne infructueuse qu'elle vient d'entreprendre, s'y affaiblit encore parle départ des Napolitains, rappelés par leur roi (1), sous la pression de l'Angleterre.

L'Angleterre, énergiquement opposée aux succès des Espagnols, venait d'envoyer, le 18 août, devant Naples le capitaine Martin, depuis amiral, à la tète d'une flotte composée de vaisseaux de guerre, frégates et brûlots, avec ordre de bombarder cette capitale, si les troupes napolitaines ne recevaient immédiatement l'ordre de cesser de prendre part à la lutte et de garder une neutralité absolue. Naples n'était pas défendu; le roi don Carlos dut se soumettre. Ses soldats se séparèrent donc de M. de Montemar à Foligno et reprirent par Spolèle et Heggio la route de leur pays. Cette diversion de l'Angleterre était d'autant plus heureuse pour le roi de Sardaigne que des événements graves l'appelaient d'urgence en Savoie, et que, forcé de s'affaiblir sur la ligne du Pô, il eût couru le risque d'y être une seconde fois attaqué par des forces désormais supérieures, si l'armée de M. de Montemar eût conservé sa cohésion et sa force numérique. La défection forcée des Napolitains lui donnait de ce côté, pour quelque temps du moins, des- garanties de sécurité.

C'est en marchant sur Rimini que le roi Emmanuel-Philibert apprit l'arrivée d'une nouvelle armée espagnole s'avançant par la France de l'autre côté des Alpes, et menaçant la Savoie dégarnie. Il suspendit immédiatement la marche de son armée, évacua même le terrain conquis sur les Espagnols. Dès le 13 août, alors que M. de Montemar repassait les Apennins, les troupes piéniontaises reprirent la route de Bologne; les troupes autrichiennes les suivirent le 15, et, tandis que les premiers gagnaient à la hâte la Lombardie, M. de Traun arrêta à Modène sa marche rétrograde et cantonna ses soldats derrière le Panaro, occupant et couvrant le duché conquis. M. d'Apremont, avec 10 B. et 9 E. piémontais,

(1) Le Commodore Martin, détaché avec une escadre par le vice-amiral Malhmvs, avait forcé, par son apparition devant Naples, le roi Cliarics Vil de se déclarer neutre. Cet événement a lieu le 20 août.

resta sous ses ordres, prêt à le soutenir en cas d'une nouvelle attaque.

L'armée espagnole, qui menaçait la Savoie, était à cette époque en pleine marche de l'autre côté des Alpes. Elle était composée de 20 B. et de 28 E. et commandée par le troisième fils du roi d'Espagne, l'infant don Philippe, jeune homme de vingt-deux ans, qui débutait dans le métier de général sous les yeux du comte de Glimes, placé sous ses ordres, mais en réalité son conseiller et son guide. Cette armée, dès la fin de février, rassemblée à Barcelone comme les deux corps qui avaient abordé en Italie avec M. de Montemar, et peu après l'embarquement de ceux-ci, n'avait pas suivi le même itinéraire. La France ayant autorisé son passage par son territoire, elle franchissait les Pyrénées, fractionnée en plusieurs colonnes échelonnées.

Avec la première colonne marchait don Philippe; parti de Barcelone le lo mars, arrivé le H à Perpignan, il avait traversé le Roussi lion, le Languedoc et la Provence, et se trouvait le 18 avril devant Antihes. Les dernières colonnes le rejoignaient, et, le 29 mai, toute l'armée prenait ses cantonnements dans la basse Provence, la cavalerie du côté d'Antibes^ l'infanterie dans les places avoisinantes, le quartier général à Grasse.

Les projets de la cour d'Espagne étaient de faire concourir ces troupes à la conquête de Parme et de Plaisance, de les embarquer à Antibes et de les diriger par laSpezzia sur le Panaro, de manière à renfoncer et à soutenir de ce côté M. de iNIontemar. On dut y renoncer, la mer n'était pas libre. Les Anglais, à l'affût de toute occasion de contrecarrer les desseins de l'Espagne, avaient réuni dans la Méditerranée des flottes imposantes et y promenaient en vainqueurs leur pavillon. Le capitaine Norris croisait entre le cap Roux et Villefranche, et son prestige sur mer y était si peu contesté qu'il osait impunément violer le droit des gens en incendiant, dans le port neutre de Saint-Tropez, cinq galères espagnoles y ayant cherché un refuge.

L'entrée de l'Italie était donc interdite à l'armée du côté de la mer; elle lui était fermée également du côté du comté de Nice, gardé parunelignedel2B. piémontais, échelonnés de Nice à Coni, pouvant facilement l'arrêter au col de Tende. C'est alors que l'infant don Philippe songea à porter ses efforts sur la Savoie; et la cour de

Madrid approuva son dessein. Bien que Modène et la Mirandole eussent déjà succombé, et que M. de Montemar fût en pleine retraite, les Espagnols pensaient que le roi de Sardaigne avec ses troupes serait très occupé sur le Pô et ne pourrait arriver à temps pour protéger la Savoie, et qu'une fois maîtres de ce duché, il lui serait difficile de les en expulser.

Ce fut dans les premiers jours d'août que les troupes quittèrent leurs cantonnements de la basse Provence (1), dans la direction du nord. L'infanterie, sous M. de Glimes, traversa les contreforts des Alpes et prit la direction de Barcelonnelte et de Briançon, se couvrant dans sa marche par des démonstrations sur son flanc droit. Partout les passages étaient gardés par des détachements; la vigilance du roi de Sardaigne n'était point en défaut, et nulle porte n'était ouverte pour pénétrer dans le Piémont, quoique protégé insuffisamment de ce côté par un faible corps de 8 E. et quelques B., réunis à la hâte à Saluées, avec M. de Cumane. Après avoir atteint Briançon, les troupes de M. de Glimes, suivant la vallée de Neuvache, apparurent bientôt au col du Galibier. La vallée de l'Arc, la Maurienne, étaient à leurs pieds, la Savoie sans défense à leur merci; en proie à une panique bien justifiée, les habitants cachaient ou faisaient passer en Piémont leurs effets les plus précieux.

M. de Glimes, arrivé le 28 août à Saint-Michel, occupa sans coup férir avec le gros de son infanterie le comté de Maurienne, tandis que son avant-garde, portée le l®"" septembre sur Moutiers, prenait possession de la vallée de l'Isère. La cavalerie, de son côté, qui avait marché par Gap et Grenoble, arrivait à Chambéry. La Savoie était dès lors aux mains des Espagnols.

(1) Les affaires d'Italie en ce moment n'étaient qu'accessoires aux grands objets qui intéressaient l'Europe, rAilemagne seule devait en décider.

Depuis la défection du roi de Prusse, suivie de celle des Saxons, tout le poids de la guerre appartenait à la France. L'armée de la reine de Hongrie prenait de tels avantages sur celle du roi, renfermée dans Prague, sans vivres, sans communication, qu'elle se trouvait à toute extrémité; ce qui détermina à diriger sur la Bohême l'armée de M. de Maillebois, et à tenter en même temps des conditions désavantageuses par la voie d'une négociation directe avec la reine. D'un aulre côté, les .Vnglais, dirigeant des troupes dans des quartiers d'hiverdans les Pays-Bas aulriclii<'ns, commençaient à former avec ces derniers des forces assez considérables pour doimer à la France des inquiétudes réelles et pour la forcer de tenir sur ses frontières toutes ses troupes qui n'étaient jias employées en Allemagne.

T. lu. 2

Don Philippe, satisfait de son facile succès, organisa aussitôt ses troupes dans leurs cantonnements. Son quartier général est transporté de Saint-Jean de Maurienne, où il avait rejoint son armée le 3 mai, à Chambéry, où il arrive le 16. Les troupes furent réparties dans les vallées de l'Isère et de l'Arc de manière à se concentrer rapidement. Les avant-postes sont portés à Moutiers, surveillant le passage du mont Saint-Bernard, et à Saint-André, petite ville située à quelques lieues du fort de la Brunelte, pour garder les débouchés du mont Genis.

L'armée espagnole, maîtresse incontestée du pays, à l'abri derrière les neiges des Alpes, comptait sur une longue sécurité : son attente fut bientôt déçue; le roi de Sardaigne, vainqueur de M. de Montemar, accourait à grands pas des frontières de la Romagne pour délivrer de l'occupation étrangère !e berceau de sa dynastie.

11 avait laissé sur le Panaro M. de Traun avec les Autrichiens, et une partie de ses propres troupes aux ordres de M. d'Apremont; mais le reste de son armée s'acheminait vers le Piémont, et 20,000 hommes environ, déjà rassemblés à Aost et à Suze, attendaient au pied des Alpes ses ordres pour s'élancer sur la Savoie.

11 quitte Turin de sa personne le 29 septembre, remontant la Dora, arrive à Aoste le 30; il y prend le commandement direct des

12 B. et des 10 E. destinés à former la colonne de droite et à assaillir la Savoie du côté du Saint-Bernard; il place sous les ordres de M. de Schulembourg la colonne de gauche, composée de 10 B., qui doit partir de Suze et franchir le mont Genis.

Le 5 octobre, les deux colonnes marchent à la fois. Le 7, M. de Schulembourg était à Saint-Michel sur l'Arc ; le 8, le roi avait dépassé les gorges de Moutiers, apparaissait à Gonflans, campant à la droite de l'Isère, près de l'Hôpital.

Les Espagnols, surpris, s'étaient hâtés de replier leurs avantpostes et de se concentrer sur Saint-Jean de Maurienne, où ils s'étaient retranchés. En présence des mouvements des Piémontais à Saint-Michel, leur barrant la route de Briançon, et à Gonflans, menaçant leurs communications avec Chambéry, ils avaient conçu des craintes fondées, sur leurs passages avec le Dauphiné, et, pour éviter d'être enfermés et cernés dans l'étroite vallée de l'Arc, si le roi de Sardaigne les précédait à Aiguebelle, ils s'é-

taient à la hâte repliés, le M, par Saint-Pierre d'Albigny dans la direction de Montmélian. Les Piéniontais les suivirent, M. de Schulembourg marcha par Aiguebelle; Emmanuel-Philibert avec son avant-garde se porta, le 14, sur Sainl-Pierre d'Albigny et, le 15, sur Cruet, où il s'établit avec de la cavalerie et des grenadiers en face des Espagnols.

Ceux-ci ne jugèrent pas prudent de l'attendre à Montmélian, oh ils étaient depuis quatre jours, et reculèrent jusqu'à Ghapareillan; puis, repassant la frontière, ils vinrent camper, le 16, sous le fort Barraux. Ils y établirent solidement leur infanterie; leur cavalerie s'étendit en arrière dans la direction de Grenoble, et, pendant la période d'inaction qui suivit, l'infant installa son quartier général à Montalier.

Le roi de Sardaigne avait atteint son but : pas un soldat espagnol ne restait sur la terre de Savoie. Il s'arrêta; les forces dont il disposait, à peu près égales à celles de ses adversaires, ne lui permettaient pas de porter plus loin la guerre et de s'exposer, en violant le territoire français, à s'attirer sur les bras les armées du roi de France, allié, il est vrai, des Espagnols, mais jusqu'ici allié passif. Il se contenta donc d'observer le camp de don Philippe, avec ses troupes à portée.

Dès le 16 octobre, arrivées à Montmélian, elles y restèrent compactes jusqu'aux premiers jours de novembre, puis furent réparties en trois corps, l'un restant à JNIontmélian avec le quartier général, le second à Chambéry, le troisième à Planaize. Les Marches furent occupées par un détachement.

Cependant don Philippe recevait des renforts : les convalescents venant d'Espagne et 2 B. l'avaient déjà rejoint à son camp des Barraux, d'autres secours étaient en route; la supériorité numérique lui était acquise.

Au mouvement inaccoutumé qui régnait dans les lignes ennemies, le roi de Sardaigne ne se méprit pas sur leur intention arrêtée de reprendre bientôt l'offensive, et dès le 10 novembre il occupait ses positions de combat. Il concentre de nouveau ses troupes sous Montmélian, la droite aux Marches, la gauche à l'Isère, couvre son front de retranchements et occupe solidement le couvent de Notre-Dame de Mians, la ferme de Paveras et le château d'Apremont. Pendant plus d'un mois, il y attendit les Espagnols.

Ceux-ci ne s'ébranlèrent que le 18 décembre. M. de la Mina (1) les commandait; il venait de remplacer M. de Glimes et paraissait décidé à imprimer aux opérations une impulsion plus énergique. Dès son arrivée, son plan de campagne est arrêté : au lieu d'assaillir de face les lignes piémontaises, il les tournera par leur droite. Le château d'Apremont est le seul obstacle à briser, c'est sur lui qu'il concentrera ses efforts. Ce plan était bien conçu; il devait réussir.

Le 18 décembre, tandis que les miquelets passent sur la rive gauche de l'Isère et s'emparent du château de Mollettes, M. de la Mina se présente avec toute son armée en vue des lignes de Montmélian, pour s'assurer de la force de son ennemi sur ce point et le tromper sur ses véritables projets; mais dès le lendemain il dessine nettement son mouvement par sa gauche; sa cavalerie reste en bataille dans la plaine, son infanterie couronne les hauteurs en face de Noire-Dame de Mians, et une colonne se porte résolument à l'assaut du château d'Apremont. Surpris, le roi de Sardaigne, avec sa promptitude ordinaire, fait face au danger : il porte son armée sur sa droite, l'établit sur deux lignes, sous Notre-Dame de Mians, en face du gros de l'infanterie ennemie, et à la hâte occupe Chambéry.

Le château d'Apremont ne peut tenir longtemps; le 21, il est au pouvoir des Espagnols, qui dès le 22 se sont déjà portés avec M. de Sada jusqu'à Saint-Bardolphe, débordant le camp piémontais et menaçant de couper l'extrême droite. La position n'est plus tenable pour Emmanuel-Philibert; le 26, il se décide à la retraite. Chambéry est évacué dans la nuit, Notre-Dame de Mians et les Marches sont abandonnées le lendemain, et toute l'armée piémontaise se concentre, le 27, aux abords de Montmélian. Bientôt elle y est pressée par les troupes espagnoles qui ont débordé

(1) Don Jaiinc Miguel de Guzman, marquis de la Mina, duc de Lecera et prince de Massa, né le 15 janvier 1690. Caiiitaine dans le régiment de cavalerie Pozzobianco, colonel et brigadier aux dragons de Lusitanja, très apprécié par le duc de Monleinar, qui lui conlia des entreprises périlleuses. 1736, ambassadeur en France. 1742, oblige le roi de Sardaigne à repasser les Alpes. 1754, capitaine général de Catalogne. Mort à Barcelone, le 15 janvier 1767. Laissa en manuscrits la guerre de Sardaigne et de Sicile -, son dictionnaire de fortitication ; sa guerre de Lombardie en 1734, 1735 et 1736.

SUCCESSION D'AUTRICHi:. — ITALIK (1740-1743;. 21

sa droite. M. de Sada a occupé Chambéry; l'infant a pris possession de Notre-Dame de Mians et des Marches, et lance ses colonnes en avant. Elle fait tête à l'ennemi, le contient quelque temps; mais, attaquée sur toute la ligne de ses avant-postes, elle se replie enfin, le 29, sur Saint-Pierre d'Albigny, où elle se sépare, le 31 décembre, en deux corps : i'un remonte par Conflans la vallée de l'Isère pour repasser le mont Saint-Bernard ; l'autre suit la vallée de FArc par Aiguebelle et Saint-Jean de Maurienne, se dirigeant du côté du mont Genis, suivi et harcelé vivement par la cavalerie espagnole, dont la marche n'avait pu être arrêtée parla rupture des ponts de Montmélian, de Fréterive et de Conflans.

A la fin de l'année 1742, les Piémonlais évacuaient précipitamment la Savoie et les Espagnols reprenaient possession de ce duché; également sur le Panaro, les Autrichiens et les Espagnols se trouvèrent de nouveau face à face. L'armée de M. de Montemar avait en effet repassé les Apennins. Retirée, le 18 août, dans ses cantonnements de Foligno et de Pérouse, elle n'avait pas tardé à combler, par l'arrivée de nombreux déserteurs, les vides produits dans ses rangs par la défection forcée des Napolitains. A la fin de septembre, alors que le roi de Sardaigne franchissait les Alpes pour refouler l'infant don Philippe, et que M. de Traun restait seul à couvrir le Modénais, elle avait repris l'offensive et s'était portée le 1) octobre sur Rimini, le 15 sur Cesena, et le 23 sur Bologne.

M. de Gages avait remplacé M. de Montemar.

Les Autrichiens de M. de Traun et les Piémontais de M. d'Apremont ne songeaient point à entraver sa marche; ils avaient pris position sur le Panaro et attendaient, les premiers à Buonporto, les seconds à Collegara. La cavalerie, d'abord cantonnée à Lugo, s'était repliée sur le gros de l'armée dès le 16 septembre. Malgré l'arrivée, le 23 octobre, de Piémontais envoyés de Parme et de Plaisance au camp de M. de Traun , par le roi de Sardaigne, la force numérique des deux adversaires restait à peu près égale. M. de Gages, à la même date, recevait à Bologne un renfort de 3 régiments d'infanterie et de 2 régiments de cavalerie napolitains, que le roi don Carlos, mis en mesure de protéger sa capitale contre une nouvelle menace des Anglais, lui envoyait au mépris de la promesse de neutralité arrachée malgré lui.

Les deux partis étaient en présence sans en venir aux mains :

M. de Gages n'osant forcer le passage du Panaro, et attendant que l'ennemi sortît de ses lignes; M, de Traun trop convaincu de la force de sa position pour aller tenter sur un terrain moins favorable la fortune des armes. Pour amener son adversaire à s'engager, ce dernier avait poussé en vain, le 6 novembre, des détachements à Bazzano, Crespelano, Samoggia, San-Giovanni; M. de Gages n'était point sorti de son camp.

11 était devenu dès lors évident, vu la saison déjà avancée, que la lutte n'aurait pas de dénouement en 1742. M. de Traun, le premier, jugeant inutile de prolonger une situation sans issue, avait donc rappelé à lui, le 15 novembre, tous ses détachements, à l'exception d'un corps envoyé, le 6 novembre, aux bains de Porretla, sur la frontière de Toscane, et établi ses troupes dans des cantonnements à la gauche du Panaro. Les Piémontais de M. d'Apremont s'étaient portés en arrière dans les États de Parme et de Plaisance, et, peu après, lesEspagnols, suivantleur exemple, avaient levé leur camp de Bologne, le 26 décembre, pour prendre leurs quartiers d'hiver, partie dans le Bolonais, partie dans la Romagne, autour d'Imola, oii M. de Gages avait installé son quartier général.

Cependant le roi de Sardaigne, poursuivi par les Espagnols en Savoie, campait le 1" janvier 1743 à Saint-Michel, le 2 à Saint- André; puis il franchit l'Arc en aval du Bourget, et, mettant cette rivière entre lui et ses ennemis, en remonte le cours jusqu'à Termignon, en face duquel il parut le 3, et à Lans-le-Villars le 5. Don Philippe cesse alors de s'attacher à ses pas, et, voyant son adversaire lui échapper, ramène son armée en arrière pour l'établir dans ses cantonnements d'hiver.

Charles-Emmanuel repasse tranquillement en Piémont et franchit le mont Cenis malgré la rigueur de la saison. Sans perdre un instant, il se rend à Turin et y donne ses premiers ordres pour la mise en état de défense de tous les passages des Alpes, ne songeant déjà plus à se faire assaillant et ne se préoccupant que de défendre contre une invasion, pour le printemps prochain, ses États en décades montagnes. Il n'était, du reste, pas le seul occupé des préparatifs en vue d'une nouvelle conflagration; de tous les côtés on armait; la république de Venise, elle-même, levait 20,000 hommes pour faire respecter sa neutralité.

Dès les derniers jours de janvier, M. de Gages (I) avait de nouveau concentré son armée à Bologne. Il reprit l'offensive au commencement de février. Le 2, il se porte sur Crevalcore et franchit le Paaiaro le 3, tandis que ses détachements lancés en avant surprenaient les postes isolés de l'ennemi et s'emparaient de leurs magasins. Laissant un fort détachement aux ponts duPanaro, il s'avance, le 4, dans la direction de Soliera. Mais M. de Traun était sur ses gardes et déjà son armée était presque en entier concentrée à Buonporto, menaçant les flancs et les derrières des Espagnols, qui reculèrent et revinrent, le 5, camper à Gampo-Santo sur le Panaro. Hésitant d'abord entre une retraite immédiate et une lutte sur ce terrain, M. de Gages se décide enfin à livrer bataille. Son artillerie, ayant déjà franchi le Panaro, est ramenée dans la nuit du G au 7 sur la rive gauche du fleuve, et il y attend avec résolution le choc des Autrichiens. Ceux-ci, partis de Buonporto le 7, arrivèrent le soir en face des Espagnols, et dans chaque camp on consacra la nuit aux préparatifs de combat.

La bataille de Gampo-Sanlo , livrée le 8 février, fut sanglante et indécise. Des deux côtés les pertes furent égales et les positions du matin conservées. Comme opération tactique, aucun des

(1) De Gages (comte), né à Mons le 27 décembre 1682. Mort à Painpeliine, le 31 janvier 1753.

La tour d'Espagne destitua le brillant vainqueur des Autrichiens à Bitonto et le remplaça par le comte de Gages. Jeune, il avait la faveur de ses souverains, et c'est sur lui ([ue la reine comptait pour réparer l'échec de Montemar. Elle en était même si assurée qu'elle envoya l'ordre précis au comte de Gages d'envahir la Lombardie, d'attaquer l'ennemi trois jours après la réception de cet ordre, ou de (luitter le commandement. Quelques précautions ([u'il i)rîl i)our cacher ses mouvements, ils n'écliai)pèrent pas au général Traun. Le combat de Campo-Santo fut opiniàlre et sanglant, bien qu'à l'avantage des Espagnols ; le résultat fut sans importance , mais ils couchèrent sur le champ de bataille. La cour de Madrid ne laissa pas perdre l'occasion de sonner la victoire, et M. de Gages fut nommé capitaine général et comte de Campo-Santo. Après celte campagne, il se distingua encore en 1741, 1745 et 1746. Sa retraite après la bataille de Campo-Freddo, lorsque don Philippe eut repassé le Pô et [lerdu toutes ses conquêtes, fut regardée comme un des plus beaux faits de guerre. C'était le sentiment de Frédéric, juge [ilus compétent que J.-J. Rousseau, qui cependant s'ex[irime ainsi :

« C'est alors que le comte de Gages, après avoir battu les Autrichiens dans la « Lombardie, lit cette mémorable retraite, la plus lielie mano-uvre de guerre de ce « siècle et dont l'Europe a trop peu parlé. » {Confessions, part. 11, liv. Vil.)

partis ne put s'attribuer la victoire; au point de vue stratégique, ce fut plutôt un échec pour les Espagnols, qui dès lors ne pouvaient persévérer dans leurs projets sur le duché de Modène. M. de Gages le comprit ainsi, et ordonna la retraite dès le lendemain. Elle se fit en bon ordre ; l'armée franchit le Panaro, replia les ponts et se retira, le 10, dans son ancien camp de Saint-Michel, près de Bologne. Les Autrichiens, de leur côté, reprirent leurs quartiers en arrière du Panaro. Avant le combat de Campo-Santo, les alliés, établis sur la Lenza, prêts à entrer dans les États de Modène, pressaient vivement le duc de se déclarer positivement, ayant des engagements avec trois couronnes. Gomme on lui demandait Modène et la Mirandole, il résolut de se retirer à Venise et de laisser aux Espagnols, qui s'approchaient du Panaro, le soin de défendre ses États. Le baron de Carpène en avertit le roi de Sardaigne, qui en fit part à M. le marquis d'Ormea, sur le parti à prendre. Comme les alliés s'avançaient au delà du Pô, dans le Ferrarais, des détachements pouvaient s'emparer facilement de lui. C'était l'avis du roi; mais M. d'Ormea lui représenta qu'en le faisant prisonnier et sa cour, cela coûterait aussi cher qu'un beau régiment; qu'au contraire, en le laissant échapper avant d'avoir donné réponse aux propositions, cette fuite prouverait sa mauvaise foi et ses engagements antérieurs avec l'ennemi, et alors on serait en droit de traiter ses États en conséquence. Cet avis prévalut, et le duc de Modène se retira tranquillement ;\ Venise, d'où il se rendit à l'armée combinée, à la charge des deux couronnes. Peu satisfait de l'abandon dans lequel on le laissa, il se flatta d'être mieux reçu de nos ennemis; il partit pour Londres, reçut du roi de grandes marques d'amitié, honneur qu'il devait à la maison d'Esté (i), et vécut avec George III dans une grande intimité.

Pendant ce temps, le roi de Naples, don Carlos, toujours préoccupé d'apporter aux armées de son père un concours plus actif, levait de nouvelles troupes qu'il plaçait aux frontières de ses États, sous le prétexte d'en garantir la sécurité, mais en réalité dans le but de les tenir à portée du théâtre des événements, où il se proposait de les envoyer grossir l'armée espagnole dès que la ville et le

(1) La maison de Brunswick avait une lige commune avec les ducs de Feirare-, celle de Modène, des alliances avec celles de Hanovre.

port de Naples, aux fortifications desquels il travaillait sans relâche, seraient mis à l'abri des menaces des Anglais et que, rassuré sur le sort de sa capitale, il pourrait agir. Le roi de France, de son côté, en présence de la tournure des événements, se décidait enfin à intervenir efficacement en faveur de l'Espagne, qui ne pouvait parvenir à faire prévaloir ses droits sur les États d'Italie qu'elle réclamait, et dont les armes n'étaient jusqu'ici pas heureuses.

On résolut à ce moment, à Versailles, d'envoyer en Dauphiné un corps de 14 B. français pour renforcer l'armée de don Philippe et lui permettre de porter la guerre au delà des Alpes, ce qu'il ne pouvait faire avec ses seules troupes. 11 fut arrêté que ce corps opérerait conjointement avec les Espagnols et serait placé sous les ordres de l'infant, qui reçut à cet effet une lettre de commandement et un pouvoir écrit. C'est donc seulement en 1743 que la France s'associe activement à la guerre en Italie; c'est à partir de ce moment aussi que le récit des événements présente pour nous plus d'intérêt et demande plus de détails : les considérations qui précèdent, étrangères au rôle de la France, ont été nécessaires pour bien faire comprendre l'origine de la guerre et la situation des partis au moment oii la France intervient.

M. de Traun, après la retraite de M. de Gages sur Bologne, ne demeura pas longtemps inaclif dans ses quartiers derrière le Panaro. Il en sort le 15 mars; un fort détachement d'infanterie se porte sur Crevalcore et s'y retranche, et toute la cavalerie autrichienne s'avance sur Samoggia, Mirabello, et jusque dans le pays de Ferrare vers Trecenta et Porto-di-Lagusenio.

Harcelé et débordé dans son camp de Bologne, M. de Gages recule encore. Le 26, il camjjc à Imola; le 27, à Faënza. Son arrièregarde était à Gastel-Bolognèse ; en face des Autrichiens, qui de Crevalcore s'étaient avancés à sa poursuite, il dut la renforcer, le 28, par des troupes tirées de Faënza, alors que l'avant-garde quittait déjà cette ville et se portait sur Forli.

Les Espagnols maintinrent cependant leur position de Faënza jusqu'au 31 mars, puis se replièrent par Forli et Cesena sur llimini, où ils arrivèrent le 2 avril. C'est là qu'ils furent rejoints par le duc de Modène, désigné pour remplacer M. de Gages dans le commandement de l'armée. Le nouveau général en chef, dès son arrivée, cessa le mouvement de retraite et prit position à Rimini.

M. de Traun, ne jugeant pas utile de s'éloigner davantage de sa base d'opérations, s'arrêtait en même temps à Faënza et, tout en occupant fortement cette ville, cantonnait ses troupes dans les places environnantes jusque dans le pays de Ferrare.

La décision prise par le roi de France de soutenir la cause de l'Espagne avait fort indisposé l'Angleterre, et cette dernière puissance, sans être encore en guerre avec nous, ne dissimulait pas ses intentions hostiles à notre égard. Nos côtes de la Méditerranée, en présence desquelles l'amiral anglais Malhews croisait avec une flotte de 45 vaisseaux, 5 frégates et quelques brûlots, n'étaient pas en parfaite sécurité; on dut se préoccuper de les mettre en état de défense en prévision de toute éventualité. M. de Mirepoix, gouverneur général de la Provence, reçut des instructions à cet égard et fit aussitôt exécuter sur le littoral tous les travaux nécessaires. Il renouvela, en outre, aux riverains les défenses formelles de communiquer avec les bâtiments anglais et de recevoir dans nos ports un navire quelconque sans avoir vérifié minutieusement sa nationalité ; ces précautions, parfois négligées, avaient déjà permis à quelques bâtiments anglais d'aborder un instant entre Saint-Tropez et les îles d'Hyères, et il redoutait avec raison de n'être plus en mesure de s'opposer à un débarquement, si une vigilance rigoureuse n'en déjouait l'essai, ou tout au moins n'en signalait pas à temps les premiers indices. Il porta surtout son attention sur le port de Toulon et se rendit lui-même dans cette place, où, conjointement avec M. de Court de la Bruyère, lieutenant général des armées navales, il prit toutes les dispositions possibles pour la mettre en sûreté. Elle reçut une forte garnison, et les troupes disponibles en Provence furent réparties de manière qu'en trois ou quatre heures 8,000 hommes pouvaient être réunis à Toulon. Ce port, offrant un refuge à de nombreux navires espagnols qui n'osaient plus prendre le large, fut également couvert du côté de la mer par des ouvrages et mis à l'abri de toute insulte. De leur côté, les Espagnols agissaient de même à l'égard du port de Barcelone et, la mer leur étant fermée, faisaient passer par la France les renforts qu'ils envoyaient à l'armée de don Philippe. Ce prince, désormais à la tête de forces supérieures, s'occupe, dès le mois de mai, de porter la guerre au delà des Alpes.

La roi de Sardaigne, sentant ses propres États menacés, mit de son côté tout en œuvre pour en disputer l'entrée. Les forts de la Brunette, d'Exilés et de Fenestrelle, sur lesquels semblait devoir gronder l'orage, furent mis en état et pourvus de vivres, et la plus grande partie de l'armée piémontaise, restée dans le duché de Modène avec M. de Traun, reçut ordre de regagner à grands pas le Piémont.

Charles-Emmanuel ne disposait encore, indépendamment de ses corps de Vaudois ou Barbets et des troupes de garnison, que de 19 B. et 12 compagnies de dragons formant environ 15,000 hommes. Forcé de garder ses frontières depuis Aosle jusqu'à Coni, il les répartit en trois corps d'égale force à peu près. L'un s'établit à Yvrée et au fort de Bard pour fermer le val d'Aoste et défendre la route du petit Saint-Bernard; le second à Vigone , à quatre lieues de Pignerol; le troisième à Coni. 4 B., placés à Suze et sur le chemin du mont Cenis, et les Vaudois sont répartis aux environs du mont Genèvre et du mont Viso, barrant tous les passages, depuis la vallée de Sésane jusqu'à celle de Barcelonnette.

Les troupes françaises destinées à opérer avec l'armée espagnole, désignées et en pleine marche, se dirigeaient sur le Dauphiné. Elles formaient 11 régiments dont 9 français et 2 suisses (1).

Le roi confia, par lettre du 18 août, le commandement de ces li B. à M. le comte de Marcieu, lieutenant général subordonné lui-même à l'infant don Philippe. Cet officier général se rendit aussitôt à Grenoble et se concerta avec M. de Sauvigny, gouverneur du Dauphiné, sur le choix des camps, en vue des opérations futures. Deux emplacements furent discutés : l'un dans la vallée de l'Isère, entre Grenoble et Fort-Barraux, l'autre dans la vallée de la Durance, entre Briançon et Mont-Dauphin; après quelques hésitations, Versailles se prononça enfin pour l'adoption de ce dernier, que M. de Marcieu préférait comme plus à proximité des Alpes, et, en conséquence, les troupes reçurent l'ordre de se concentrer à la Bessée, près d'Argcntière. Les premiers régiments y arrivèrent vers-le 23 août.

De son côté, l'infant don Philippe avait rassemblé, dès le l'''' août,

(1) Anjou, 2. Perclio, 1. (Vigicr, 2. Travers, 2. Suisses). Chaillou, 1. Flandre, 1 Quercy, l. Ile-de-France, 1. Beauce, 1. Des Landes, 1 Ségur, 1. Soit 14 B.

28 LKS GUEPxRES SOUS LOUIS XV.

son armée à Monlmélian, aux environs de Sainl-Jean de Maurienne, et se préparait à évacuer la Savoie et à repasser en Dauphiné. Il fut décidé que 2,000 hommes, avec M. de Sada, demeureraient en Savoie, et que le reste de l'armée franchirait la frontière de France. Le cavalerie, rassemblée à Monlmélian, devait remonter la vallée de Drac et se diriger sur Gap; l'infanterie, concentrée à Saint-Jean de Maurienne et à Saint-Michel, gagnerait directement Briançon.

La cavalerie se mit en marche à la fin d'août; l'infant, accompagné de M. de la Mina, sous ses ordres en qualité de capitaine général, marcha avec elle jusqu'à Grenoble; il y rallia, le 30, un fort convoi de i,i00 mulets envoyés d'Espagne avec des munilions et quelques pièces de campagne, et, laissant la colonne continuer sa route sur Gap, prit de sa personne, avec M. de la Mina et son escorte seule, la direction de Briançon.

Le roi de Sardaigne, informé du mouvement d'évacuation de la Savoie et du rassemblement considérable sur le point de se former vers Briançon, comprit que ce serait au mont Genèvre ou au mont Viso que se porteraient les efforts de son ennemi, et redoubla dès lors de surveillance de ce côté.

Les troupes retirées du duché de Modène étaient arrivées; elles furent bientôt réparties sur les points les plus menacés, et principalement du côté du mont Viso, comme s'il prévoyait, dès ce moment, le point exact, où il serait attaqué : 4 B. et les Vaudois occupèrent les gorges de San-Martino et de Fenestrelle ; 26 B. et des Vaudois se concentrèrent vers Saluées, en face des vallées du Pô et de la Vraila, et le reste de son infanterie s'établit à Démonte. La cavalerie et les dragons restèrent à proximité à Verzolo et Revel.

La cavalerie espagnole arrive à Gap les 5 et 7 septembre. L'infanterie de don Philippe, suivie par les dragons^ ne quitte Saint- Jean de Maurienne et Sainl-Michel que le 5.

La première colonne, partie de Saint-Jean de Maurienne le 5, campe le même jour près d'Arbane, le 6 près du hameau de Charmettes, vers la source de la Valloire, et, après avoir franchi le col du Galibier, arrive le 7 au Monestier.

La deuxième colonne, partie de Saint-Michel le 5, campe le même jour aux abords de Valloire, le lendemain au pied du mont

de l'Œil-Noir, et, après avoir franchi le col de Neiivache, arrive, le 7, au village de Ne u vache.

Les deux colonnes déhouchèrent ensemble, le 8 septembre, sur Briançon, en même temps que l'infant don Philippe arrivait de Grenoble. Le départ de l'armée espagnole laissait la Savoie dégarnie; M. de Sada ne pouvait suffire à tenir à lui seul le duché conquis. On dut faire appel à la France, qui fournit 4 B. de milices : 2 furent placés à Montmélian et à Ghambéry; les 2 autres eurent pour mission de garder les communications de Briançon à Grenoble et à Ghambéry, et furent placés aux cols du Gaiibier, du Lanlaret et de Buffer (entre Monestier et Neuvache).

Depuis le V^ septembre, l'étal-major de M. de Mavcieu était constitué par M. de Chevert, brigadier d'infanterie, désigné comme major-général; M. de Monteynard, aide-major général des logis; M. de Rochefort, prévôt de l'armée. Le 6, 12 B., déjà réunis au camp de la Bessée, s'établissaient sur une seule ligne au bord même de la Durance, à cheval sur la grande route de Briançon à Mont-Dauphin, faisant face aux montagnes. La gauche touchait Girodon, en arrière de la Bessée ; le centre campait au pied des rochers de Balmevieille, et la droite vers Bonnasses. Les 7 B. de droite étaient en avant de la route, les 5 B. de gauche entre cette route et la Durance; l'arrivée du treizième, ayant eu lieu le 15, l'on n'attendait plus que le régiment de Ségur, qui devait rejoindre le 25 seulement. L'infant s'était rendu au camp, avait vu les troupes sous les armes et y reçut, comme petit-fils du roi Louis XIV et gendre du roi Louis XV, les honneurs dus à un lils de France. L'armée d'Kspagne, de son côté, comprenait alors 49 B. et 38 E.; son infanterie était tout entière sous Briançon; 30 E. de cavalerie occupaient Gap, et 8 E. de dragons le Monestier.

A son arrivée à Briançon, M. de la Mina présente ses projets à M. de Marcieu. C'était bien parle montViso qu'il déboucherait en Piémont. Malgré les objections sur les difficultés d'une telle opération dans une saison aussi avancée, il persévéra dans sa résolution; il avait, disait-il, des ordres si précis de sa cour, qu'il fallait plutôt périr à la besogne que de renoncer à celte entreprise. M. de Marcieu fit part de ces plans hasardeux à Versailles; ses avertissements ne semblent pas avoir été écoutés.

Le il. le roi écrivait à l'infant sa résolution de l'aider de tout

son pouvoir dans celte guerre, que les 14 B. envoyés ne devaient pas garder les places et forteresses en arrière, mais bien marcher avec lui et tenir la campagne avec les Espagnols; en un mot, son intention était qu'ils fussent entièrement et sans restriction à ses ordres. Cette démarche, au moment où les projets imprudents de M. de la Mina étaient déjà connus, semble malheureusement établir qu'à Versailles, aussi bien qu'à Madrid, ces projets devenaient des ordres. Le ministre de la guerre donna à M. de Sauvigny des instructions conformes aux intentions du roi, et approuva toutes les mesures prises en Dauphiné par les soins de ce gouverneur pour procurer des vivres aux Espagnols. Les deux ingénieurs de l'armée de donPhilippe étanttombésmalades, M. de Bourcet, ingénieur en chef des places de Mont-Dauphin et de Queyras, employé comme aide-major auprès de M. de Marcieu, communique à M. de la Mina les plans en sa possession et lui remet les itinéraires à suivre pour pénétrer en Piémont et pousser, s'il y avait lieu, jusqu'au duché de Plaisance. La France, ainsi de plus en plus engagée dans la lutte, se montrait décidément en faveur du gendre du roi.

Pendant ce temps, Marie-Thérèse concluait à Worms (1), le 13 septembre, avec le roi de Sardaigne et la Grande-Bretagne un traité provisionnel cédant à ce dernier le pays de Vigevano, les duchés de Parme et de Plaisance et le marquisat de Finale. La reine de Hongrie récompensait ainsi les efforts de son utile allié; quant au marquisat de Finale, dépendant de Gênes, qui l'avait acheté en 1713 à l'empereur Charles VI, celte session froissait maladroitement les sentiments de celte république.

En présence de l'imminence des hostilités, toutes relations entre la France et le Piémont avaient cessé. Charles-Emmanuel, le premier, venait d'interdire aux Français l'entrée de ses États. Versailles use de réciprocité et envoie à MM. de Marcieu, de Mirepoix et de Sauvigny l'ordre rigoureux d'interdire la frontière aux Piémontais, même munis de passeports.

Un conseil de guerre, le 22 septembre, chez M. delà Mina, con-

(1) Ce traité de Worms est la conlirmation de la convention de Turin, du 1' "^ février 1742, par laquelle les troupes de Marie-Tliérèse, en Italie, sopposcront au\ progrès des Espagnols et des Napolitains du côté de Modène et de la Mirandole, pendant (jue le roi île Sardaigne couvrira les duchés de Milan, Parme et Plaisance.

voque MM. de Marcieu et de Chevert. Il y est décidé de marcher sur Saluées par les chemins du mont Yiso; que l'armée formerait deux colonnes, l'une franco-espagnole, sous M. de Marcieu, l'autre d'Espagnols seulement, sous M. d'Arambourg, lieutenant général, et que les deux colonnes convergeraient sur la Chanal^ premier village du Piémont. L'artillerie devait être renforcée de pièces tirées d'Embrun, de Mont-Dauphin, et se concentrer au pied' du mont Viso, aux environs de Queyrâs. Toutes ces dispositions furent prises sans tarder et, le 24 septembre, le mouvement en avant commença.

Une première colonne de 12 B. espagnols, avec M. d'Arambourg, quitte Briançon le 24, campe le même jour au Laus, puis franchit le col d'Hizouard, et s'établit, le 25, à Arvieu. Le 20, elle était à Villevieille, sur le Guil. Une deuxième colonne de 15 B. espagnols i(M. de Gampo-Santo) quitte Briançon le 24, suit la vallée de la Durance et arrive le même jour à la Roche; le 25, elle était à Guillestre, le 26 à Ceillac, et le 27 au village de Chalperoude.

Une troisième colonne de 19 B. espagnols, sous les ordres de l'infant lui-même, quitte Briançon le 27 seulement. Quelques hussards, et les 8 E. de dragons au Monestier, lui sont adjoints par les vallées de la Durance et du Guil; il s'établit entre Molines et Pierregrosse en passant par Guillestre, Ceillac et le col du Fromage.

La quatrième colonne enfm, de M B. français, sous les ordres de M. de Marcieu, marche de la Bessée, le 28, à Guillestre, le 29 à Ceillac, et le 30 près de Chalperoude.

Enfin, le 1" octobre, l'ordre est donné à l'armée franco-espagnole de franchir les Alpes.

Le roi de Sardaigne l'attendait de pied ferme de l'autre côté. Dès le 25 septembre, il avait rassemblé ses troupes. Tout en maintenant à Démonte un petit corps détaché, il avait appelé sa cavalerie à Saluées et s'était porté de sa personne avec presque toute son infanterie à Château-Dauphin, oîi il barrait la route de la vallée de la Vraita avec 39 B., quelques pièces de canon et nombre de paysans armés; il y était couvert par les formidables lignes retranchées élevées par ses soins sur les flancs du mont Yiso, à hauteur du château du Pont et en arrière du ravin de la Valante. Sur un autre point de ses Etats, dans le comté de Nice, il avait

également renforcé ses positions : deux nouvelles batteries, protégées par des retranchements, étaient en construction autour de Nice, l'une dans la direction d'Antibes, l'autre entre Montalban et Villefranche. La présence, dans les eaux de Nice, de l'amiral Mathews était, du reste, suffisante pourrassurer le roi sur toute entreprise contre la sécurité de cette province; mais elle était loin d'être aussi appréciée par les habitants, que l'amiral voulait de force enrôler sur ses navires et qui n'échappaient que par la fuite aux levées de matelots qu'il faisait à terre.

Le 30, toute l'armée était donc réunie entre Ghalperoude et Villevieille : les Français à l'extrême droite, à hauteur de Ghalperoude, en arrière du ruisseau ; à la gauche et sur l'autre rive, les 15 B. de M. de Campo-Santo, couvrant le terrain jusqu'au confluent des deux ruisseaux venant des cols de Saint-Véran et de l'Agnèle; à hauteur et en avant dans la vallée deMolin.'is, les 19 B. de l'infant avec l'artillerie. Près de Villevieille enfin, à droite et à gauche de ce village, le long du Guil, les 12 B. de M. d'Arambourg. Toutes les troupes campaient en ordre mince, sur une seule ligne.

Le quartier général s'établit au château de Queyras, autour duquel se concentraient les 8 E. de dragons. En môme temps, de la cavalerie, détachée de Gap, arrivait à Guillestre et se disposait à suivre l'armée au delà des Alpes.

M. de la Mina, bien qu'il annonçât très haut sa ferme résolution de suivre les ordres positifs qu'il prétendait avoir reçus de Madrid d'attaquer l'ennemi dans ses retranchements au delà des Alpes, variait souvent dans ses projets; ses actes semblaient démentir ses paroles, et les ordres et contre-ordres se succédaient; aussi, en présence de son indécision, peut-on supposer que ses instructions n'étaient pas aussi formelles qu'il le disait.

Pendant ce temps, les troupes autrichiennes, retirées du Bolonais et du Ferrarais, se concentraient de nouveau derrière le Panaro. Le prince Lobkowitz venait d'être placé à leur tête, en remplacement de M. le maréchal de ïraun rappelé à Vienne. Arrivé, le 11 septembre, à Carpi avec un renfort de 9 B. et des troupes légères, M. de Lobkowitz prit le commandement de l'armée le IG septembre et, dès la fin du mois, ordonna un mouvement en avant contre les Espagnols, qui, de leur côté, avaient aussi quitté leurs cantonnements de Rimini et s'avançaient sur Bologne. Il

franchit le Panaro avec une partie de ses troupes, et son avantgarde se porte résolument sur Imoia, où elle rencontre les premières troupes espagnoles, en un instant culbutées et refoulées sur Faënza. Décidé à pousser plus loin ses opérations, M. de Lob kowitz rassemble toutes ses forces disponibles et campe, le 5 octobre, à Bologne, laissant la garde des postes du Panaro aux quelques soldats piémontais sous ses ordres. Les Espagnols envoyaient en même temps de nouvelles troupes à Faënza , et par prudence couvraient de retranchements la position de la Gattolica sur leur ligne de retraite.

Le 19 octobre, M. de Lobkowitz marche à l'ennemi et se porte sur Caslel-San-Piétro; le 20, sa cavalerie était à Imola et ses troupes légères délogeaient les Espagnols de Faënza et les rejetaient sur Forlinpopoli.

Deux jours après, l'infanterie et la cavalerie, réunies à Imola, venaient camper à Faënza, et l'avant-garde enlevait Forlinpopoli; les Espagnols, en pleine retraite, arrivaient le 25 à la Caitolica, et le 26 à Pesaro et Fano, où ils prenaient position.

M. de Lobkowitz, le 23 à Gesena avec son armée, occupa Rimini le 26 et la Gattolica le 27, au fur et à mesure que les troupes du duc de Modène évacuaient ces villes. Le détachement de la Gattolica fut augmenté.

Soit qu'on ignorât à Versailles les formidables moyens de défense réunis par l'ennemi dans la vallée de la Vraita, soit qu'on eiit une confiance trop absolue dans l'élan irrésistible des troupes, on se flattait toujours que les projets de M. de la Mina tourneraient à bien et que l'armée déboucherait heureusement au delil des Alpes. C'était pourtant une entreprise des plus difficiles et des plus téméraires : difficile en ce sens qu'il fallait que toutes les positions successives de la Vraita fussent emportées sans coup férir, de manière à pouvoir hiverner sur le Pô ; téméraire en ce qu'en cas d'échec, l'armée se trouvait fatalement acculée aux montagnes, entassée et cernée dans une gorge dont l'issue du côté de la France pouvait à chaque instant, vers la saison avancée, lui être fermée par les neiges.

L'infant don Philippe quitta, le 2 octobre, le château de Queyras, se mit à la tôle de ses troupes, et le môme jour elles s'ébranlèrent en deux colonnes pour franchir les Alpes. La première, composée

34 LliS GUERRES SOUS LOUIS XV.

des divisions espagnoles campées à Molines et à Villevieille, formant 31 B. avec l'artillerie, se dirigea sur le col de l'Agnèle. La deuxième, composée des Français et des Espagnols campés à Chalperoude, formant 29 B.,se porta sur le col de Saint-Véran. Le soir, les deux colonnes campaient sur les deux cols, et leurs feux de bivouac, apparaissant sur la crête, éclairaient les versants italiens. L'infant, avec les 8 E. de dragons de son escorte, avait suivi la première colonne, mais s'était arrêté à Gosteroux, oïl il avait établi son quartier général.

Le 4, les deux colonnes, descendant des hauteurs, se portèrent par un mouvement concentrique sur la Chanal, premier village du Piémont, situé à la jonction des deux routes qui franchissent les cols de Saint-Véran et de l'Agnèle.

M. de Marcieu, tombé malade, n'avait point franchi la frontière avec ses soldats, et avait remis le commandement de ses 14 B. à M. le chevalier de Gourten. Par suite, M. de Campo-Santo prenait le commandement supérieur de la colonne franco-espagnole qui avait passé au col de Saint-Véran.

M. de Gourten, qui tenait avec les Français la tête de celte colonne, arriva le premier en face de la Chanal; il s'y trouva en présence d'un fort détachement de Vaudois (1) qui, après avoir rompu les chemins, se repliait en hâte sur le château du Pont. Il prit sans résistance possession du village; le soir, toute l'armée s'y trouva réunie, ainsi que l'infant et son quartier général.

Le camp fut établi à la rive droite de la Vraita et perpendiculairement à son lit, sur six lignes parallèles : les quatre premières.

(1) Les Vaudois, ces fusiliers de montagne, sont des troupes légères d'une grande ressource; ils ne portent ni tentes ni équipages-, ils se servent de chaussures de corde, qui les empêchent de glisser dans les mauvais pas et les rendent plus légers. Ils ont des manteaux courts dans lesquels ils s'enveloppent ; leurs cheveux sont arrêtés dans des filets. Ils sont coiffés avec de petites toques à la béarnaise et ont pour armes des estopettes dont ils se servent avec une justesse singulière ; ils ont aussi de très petits sabres, quelques-uns y joignent des pistolets qu'ils portent à la ceinture; ils ne craignent point de passer les nuits dans les bois et se trouvent toujours bien quand ils ont des arbres pour les mettre à couvert. D'ailleurs, ils ne connaissent aucun obstacle à surmonter dans la montagne, gravissant comme les chamois et sautant avec une légèreté singulière d'une pointe de rocher sur une autre. « (Saint-Simon, Guerre des Alpes, campagne de MDCCXLIV. Amsterdam, 1770.)

composées d'Espagnols, les deux dernières de Français. Toutes ces lignes appuyaient leur gauche à la rivière et leur droite aux montagnes. En même temps, pour assurer le flanc droit et les derrières de l'armée, on envoya un détachement d'Espagnols prendre position au col dit Draye de la Yache, qui laisse communiquer la vallée de la Chanal avec celle de Bellines. L'ennemi était en force à Bellines, et l'on voyait de la Chanal ses postes avancés sur les hauteurs de Bondormi. Avec raison, de ce côté, il y fallait redouter une tentative sur notre ligne de retraite ou une diversion de flanc au moment où toutes les troupes seraient engagées dans l'attaque des lignes du château du Pont; l'occupation de la Draye de la Vache, c'est-àdire du seul passage par où l'ennemi pouvait déboucher, devait permettre à l'armée de s'avancer sans préoccupation, et deux cents hommes suffisaient largement à arrêter une troupe beaucoup plus nombreuse, en raison de la configuration du terrain et de la nature du chemin, tellement étroit et raboteux qu'on n'y pouvait passer qu'homme par homme.

Les troupes piémontaises cependant, confiantes dans la force de leurs positions, restaient immobiles. Leur ligne de retranchements s'appuyait d'un côté aux rochers presque inaccessibles qui forment les contreforts élevés du mont Viso, de l'autre, sur la rive droite de la Vraita, aux hauteurs escarpées de Bondormi. Le village et le château du Pont, solidement retranchés, occupaient le centre de ce vaste amphithéâtre, mais n'en formaient qu'une avancée sur la rive droite du ruisseau de Valante, La véritable ligne de défense s'étendait en arrière sur la rive gauche de ce cours d'eau.

Du côté du mont Viso, jusqu'à hauteur du village du Pont, elle était continue, bastionnée ou à crémaillère, bien flanquée et assise sur les rochers dont elle suivait les inflexions; de l'autre côté, dans la direction de Villarello, elle était à redans, discontinue et permettant l'offensive sans nuire à la défensive. Le centre de la ligne, en face du village du Pont, prononçait un saillant dont la pointe, garnie de deux étages d'artillerie, couronnait la Valante; en arrière, trois redoutes plus élevées formaient un solide réduit.

Plus près de la Vraita, deux autres batteries couvraient le village de Villarello, et la ligne, après s'être interrompue pendant un kilomètre environ, reparaissait à la rive droite de la rivière, affectant une forme brisée et s'élevant obliquement sur les pentes jusqu'aux

rochers de Bondormi. Une coupure étroite permettait le passage sur Château-Dauphin.

La seule trouée possible se trouvait donc entre Villarello et la Vraita, mais elle était en retraite et, pour y arriver, il fallait passer entre les lignes établies à droite et à gauche, et s'engager, pendant deux kilomètres, dans un demi-cercle de feux. L'ouvrage, dans son ensemble, présentait une force incontestable. Avant de porter ses troupes en avant et de quitter la Chanal, don Philippe rapprocha sa cavalerie. La partie à Guillestre s'avance jusqu'à Villevieille, et le reste, abandonnant Gap, se porte le 5 sur le pont de Savines, et le 6 sur Guillestre.

De son côté, M. de Marcieu, resté sur les derrières de l'armée, avec de nouvelles dispositions, couvrit, en l'absence des troupes, le Dauphiné contre les incursions des Barbets. Outre les 4 B. de milice répartis en Savoie et aux abords du col du Galibier, il disposait encore de 2 autres B. de milices tirés du Languedoc (Carcassonne et Auch) et de compagnies de bourgeoisie briançonnaise, qu'il venait d'obtenir l'autorisation de lever, en représentant le danger des incursions des partis qu'au premier coup de fusil le roi de Sardaigne ne manquerait pas d'envoyer de ce côté.

Les 2 B. du Languedoc arrivés vers le d5 septembre au camp de la Bessée, après le départ des troupes, furent répartis dans la vallée de Queyras, avec mission de la garder. Les compagnies de Briançon restèrent aux abords de cette place, et on tira, tant des milices que des compagnies bourgeoises, de nombreux détachements répartis alors tout le long de la frontière, de manière à former une chaîne non interrompue de petits postes; on distribua, en outre, des armes à tous les hommes valides des villages extrêmes pour se défendre eux-mêmes et appuyer au besoin les troupes, comme cela avait eu lieu, du reste, dans les dernières guerres.

Le 7, après trois jours de repos à la Chanal, l'armée francoespagnole s'ébranla à la pointe du jour, laissant un détachement à la garde du camp, dont les tentes restèrent pliées. La marche s'exécuta sur trois colonnes, deux par la rive gauche de la Vraita, la dernière sur la rive droite, à 10 heures du matin, à portée du château du Pont. Aussitôt des pièces d'artillerie battent le village au-dessous et à l'est du château, contre lesquels les Piémonlais ne tinrent pas longtemps. Après quelques coups de canon, le village

et le château sont abandonnés, et leurs détenseurs se retirent dans les retranchements en arrière. Nos troupes s'établirent à leur place, et l'arlillerie espagnole prit position à côté du village, en face de la pointe du saillant couronné par les batteries ennemies. En même temps, la colonne restée sur la rive droite de la Vraita, protégée d'ailleurs sur son flanc droit par des détachements de grenadiers, établis sur les pentes et qui tiraillaient avec les postes piémontais couronnant les crêtes, s'avançait et poussait un détachement sur la route de Château-Dauphin. Bien que l'affaire n'eût pas duré longtemps et n'eût pas été très chaude, l'infant avait couru personnellement des dangers; pendant toute l'action, il s'était montré à la tête des troupes engagées, et son aide de camp fut blessé.

De ce côté, le début était donc heureux; un malentendu déplorable changea bientôt la face des choses.

En même temps qu'on s'était porté sur le château du Pont, une autre colonne, composée de toute la brigade française d'Anjou et d'Espagnols avec du canon, partie de la Chanal sous les ordres de M. de Corvolan, s'était dirigée à droite, par les granges de Riou, dans la direction du mont Viso, dans le but de reconnaître de ce côté les hauteurs et de tourner la droite des retranchements ennemis. Elle était arrivée au terme de sa route et se disposait, le 8, à commencer l'attaque, lorsque M. de Corvolan eut l'avis du quartier général que le château du Pont était pris, que l'ennemi se retirait, qu'il était dès lors inutile de poursuivre son attaque par les hauteurs, et qu'il pouvait rejoindre l'armée au château du Pont en descendant le ruisseau de la Valante.

Sur la foi de cette communication, M. de Corvolan s'engagea donc dans le chemin qui lui était indiqué, et ses troupes, formant une longue colonne, défilèrent péniblement, presque homme par homme et par un froid excessif, dans un chemin des plus difficiles. 11 s'aperçut trop tard qu'il longeait ainsi la ligne des retranchements piémontais, et que cette ligne, qui couronnait le ravin le long duquel il s'était engagé, loin d'être abandonnée, était garnie d'ennemis embusqués, attendant le moment favorable.

A peine toute sa colonne était-elle en mouvement et à bonne portée, qu'elle fut saluée par un feu terrible et incessant. La brigade d'Anjou fut décimée en un instant; les Espagnols ne souffri-

rent pas moins. Nos soldats, forcés de faire le coup de feu dans celle position désavantageuse et critique, durent abandonner leurs pièces de canon et les laisser à l'ennemi, après les avoir enclouées, et ne furent sauvés eux-mêmes que par l'arrivée des piquets des brigades de Vigier et du Perche que M. de Courten, au premier avis de cette affaire douloureuse, envoya sur-le-champ pour les dégager.

Cet échec dès le début de la campagne, échec qui nous coulait plus de 400 hommes et une bonne partie de notre artillerie, affecta péniblement le moral des chefs de notre armée.

L'infant assembla immédiatement un conseil de guerre. D'un commun accord, il fallut reconnaître l'impossibilité dans les conditions actuelles de pousser plus loin et de forcer la ligne de défense des Piémonlais, qu'on ne pouvait songer à entamer avec une artillerie désormais insuffisante. La retraite fut décidée; elle commença le 10 octobre, sans être inquiétée. L'armée évacua le château du Pont, après y avoir mis le feUj et campa le soir à la Chanal.

Le lendemain 11, l'artillerie, les munitions, les malades, formant un long convoi, repassaient la frontière, et, le 12, les troupes partaient de la Ghanal, deux heures avant le jour, et, après avoir franchi le col de Saint-Véran, campaient, les Espagnols à Molines, les Français à Saint-Yéran, l'infant au hameau de Pierre-Grosse.

La campagne terminée avait duré dix jours. Le sol italien, foulé le 2 octobre, était libre le 12.

On s'occupa dès lors des dispositions à prendre pour les quartiers d'hiver. Il fut décidé que les Espagnols regagneraient la Savoie. La cavalerie, rassemblée à Embrun, mise en mouvement la première, forma deux colonnes qui partirent, les 13 et 15 octobre, par Gap, la Mure et Grenoble, se dirigeant sur Montmélian et Ghambéry. L'infanterie forma également 2 colonnes et prit la même roule les 16 et 18 octobre. L'infant et les 2 régiments de dragons, dont il ne s'était jamais séparé, partirent avec la première colonne d'infanterie. MM. de Sauvigny, de Monteynard et de Piolenclui firent escorte jusqu'au Fort-Barraux, frontière de la Savoie.

Quant aux 14 B. français, ils restèrent en Dauphiné. M. de Marcieu leur fit lever, le 17 octobre, leur camp de Saint-Véran et les répartit à proximité des passages des Alpes :

4 B. (la brigade suisse de Vigier composée des régiments de

Vigier et de Travers), aux ordres de M. de Vigier, sous Guillestre et Mont-Dauphin; 4 B. (la brigade d'Anjou), avec M. de Marcieu, sous Embrun; 4 B. (la brigade du Perche), aux ordres de M. de Courten, sous Briançon; les bataillons de Quercy et Ségur, sous MM. de Saulx-Tavannes et de Ségur, dans la vallée de Queyras, le régiment de Ségur à Aiguilles et celui de Quercy. à Yillevieille. Quant aux milices, elles furent envoyées, celle de Carcassonne à Moiines, celle d'Auch à Monestier.

Le 25 octobre est signé à Fontainebleau , le traité d'union et d'alliance perpétuelle entre la France et l'Espagne. Le ministre plénipotentiaire du roi était M. Amelot, avec pouvoir datant de Fontainebleau, le i'^^ octobre; le plénipotentiaire d'Espagne, le princede Campo-Florido, avec pouvoir de Saint-Ildephonse, le 6 aoiit 1740. Ce traité important présente la situation des deux États et jette les germes des rapports étroits développés depuis par le pacte de famille de 1761.

Ces dispositions ne furent d'ailleurs que provisoires : le ministre ayant approuvé les emplacements d'hiver que M. de Marcieu proposait d'ati'ecter à ses troupes du côté de Grenoble, celles-ci se mirent en route le 30 octobre et gagnèrent la vallée de l'Isère. Il ne resta plus pour la surêté des frontières que les milices et les habitants eux-mêmes. Les compagnies de bourgeoisie briançonnaise venaient elles-mêmes d'être licenciées (en gardant toutefois le contrôle pour les rappeler en cas de besoin), et le roi n'avait pas voulu donner suite au projet de M. de Marcieu qui, inquiet sur la sécurité de la frontière, avait proposé de remplacer ces compagnies bourgeoises par un pareil nombre de compagnies franches.

Toutefois, par les ordres de M. de Sauvigny, un certain nombre de redoutes, élevées pendant la guerre de 1701, furent remises en état dans les vallées de Queyras et de Briançon. M. de Mirepoix opéra dans la vallée de Barcelonnette. La moitié environ avait déjà disparu, mais les plus utiles restaient; on les répara à peu de frais. Ces deux gouverneurs, néanmoins, ne laissèrent pas que de représenter avec instance au ministre la faiblesse de la frontière et l'opportunité d'élever de nouveaux ouvrages pour défendre l'accès des provinces dont ils avaient la garde.

Le roi de Sardaigne, victorieux, ne se départit pas de sa prévoyance accoutumée. Ses ennemis avaient à peine repassé la fron-

tière que déjà il préparait la résistance à une nouvelle attaque, probable pour l'année suivante. A Turin, il installait de nombreux magasins et y réunissait des approvisionnements considérables. Il en faisait autant à Suze, où il ordonnait en même temps la construction de nouveaux ouvrages. Il jetait à Césane un pont sur la Dora et le couvrait d'une fortification. A Nice, il agrandissait le fort Monlalban, y envoyait des renforts, mettait la dernière main au camp retranché qui protégeait cette ville au nord, et lui donnait un développement beaucoup plus considérable. A Villefranche enfin, il relevait les défenses de la ville et du port, et sur tout le littoral armait ses batteries, tant avec ses propres canons qu'avec le concours de l'escadre anglaise, à laquelle l'amiral Mathews venait de donner l'ordre de mettre à terre 60 pièces de gros calibre pour augmenter la force des nombreux ouvrages qui entouraient la capitale du comté de Nice. Les fascines nécessaires aux travaux de défense dans cette région étaient prises en grand nombre dans les îles du Var. Un conflit faillit surgir à ce sujet, La frontière, mal délimitée de ce côlé, et la possession de ces îles était en ce moment l'objet d'un litige pendant entre la France et le roi de Sardaigne. Dans cette situation, M. de Corbeau, qui commandait à Nice, et, après lui, M. de Suze, frère naturel de Charles-Emmanuel, prétendaient avoir le droit d'y faire des abatis; M. de Mirepoix, au nom du roi de France, le leur contestait. Devant la persistance des premiers et voyant le peu d'effet de ses justes réclamations, M. de Mirepoix n'hésita pas à.prendre à leur égard une attitude ferme et énergique, et leur envoya une dernière injonction d'avoir à retenir les travailleurs piémontais des îles du Var, ainsi que le cordon de troupes qui les soutenaient, menaçant d'envoyer, s'il était nécessaire, une colonne sur le Var pour faire respecter les terres du roi. Sur cette menace, les îles avaient été évacuées précipitamment et les abatis suspendus sur le Var, mais les travaux de défense de Nice n'en furent point ralentis.

Du côté de l'Adriatique, M. de Lobkowitz et M. de Gages étaient toujours en présence. Les Espagnols occupaient Pesaro ; l'avanlgarde des Autrichiens était à la Cattolica, tant hussards de Havor et de Spleni qu'Esclavons (1).

(I) Extrait de la lettre de M. de Gages, quartier général à Fano, 12 novembre

SUCCESSION D'AUTRICHK. — ITALIE (J740-I743). 41

On résolut de la surprendre. A cet effet, les Espagnols lancèrent en avant deux colonnes dans la nuit du 7 au 8 novembre : la première, commandée par le duc de Atrisco et le marquis de Villadaria, maréchal de camp ; la deuxième, sous les ordres de MM. de la Croix et de Bassecourt. Les deux colonnes, passant, la première par la grande route, la deuxième par les montagnes, devaient déboucher ensemble sur les avant-postes ennemis; mais le mouvement fut mal combiné, et le 8, au point du jour, M. de Atrisco arriva seul au pont de Barranco, où se trouvaient les grand'gardes autrichiennes. L'alarme aussitôt donnée, les ennemis se retirèrent sans combat. Le duc de Atrisco n'osa pas les poursuivre bien loin: il était en forces trop inférieures, la colonne de M. de la Croix n'étant pas encore arrivée. Il prit position en avant du camp autrichien, dont il s'empara et où il brûla tout ce que dans leur précipitation les fuyards n'avaient pu emporter, les tentes, la paille, l'orge, le pain et jusqu'aux selles; puis il se retira surPesaro.

Ce coup de main aurait eu certainement des conséquences plus avantageuses, si M. de la Croix fût arrivé à temps. Néanmoins M. de Lobkowitz se montra furieux de son échec et surtout de l'attitude de ses troupes en cette affaire. A la première nouvelle qu'il en eut, il rassembla à la hâte son armée et se porta de sa personne au secours de son avant-garde. Les hussards évacuaient la Cattolica et fuyaient en désordre. M. de Lobkowitz arrêta la panique, maltraita leurs officiers. La Cattolica fut reprise par les Autrichiens, qui y laissèrent seulement une pointe de hussards; le reste de leur avant-garde s'établit dans les villages de la rive gauche.

Les troupes françaises et espagnoles s'étant éloignées de la frontière de Piémont à la fin d'octobre, le roi de Sardaigne jugea inutile de conserver les siennes rassemblées dans cette saison et leur fit prendre, le 1" novembre, leurs quartiers d'hiver dans l'intérieur du pays. Les Vaudois, seuls, restèrent chargés de la garde des montagnes et de la surveillance des passages en Piémont.

A la même date, les dernières colonnes espagnoles arrivaient en Savoie, et les troupes de M. de Marcieu se dirigeaient sur Grenoble.

Depuis que la France s'était armée en faveur de l'Espagne, les Anglais, quoiqu'ils ne fussent pas en guerre ouverte avec nous, avaient pris à notre égard une attitude provocante et hautaine.

Nos nationaux et nos marins étaient sans cesse en butte à ses procédés arbitraires. Une barque chargée d'artillerie, destinée à Antibes et à l'île Sainte-Marguerite, venait d'être saisie et conduite par eux à Villefranche, quoique le capitaine fût muni d'un certificat du consul anglais résidant à Marseille. Un négociant français établi à Nice depuis vingt ans était expulsé violemment par ordre de l'amiral Mathews, avec menace d'être traité comme espion s'il reparaissait dans le pays. Des navires chargés de blé, appartenant à un négociant de Marseille, étaient confisqués et emmenés à Villefranche, quoiqu'il fût bien prouvé qu'ils n'étaient point destinés aux Espagnols.

Toutes ces affaires amenèrent entre le marquis de Mirepoix et l'amiral Mathews une correspondance dans laquelle ce dernier apporta une morgue et une raideur intolérables : M. de Mirepoix en conçut une vive irritation et envoya copie de ses lettres à Versailles, tout en faisant connaître qu'il disposait de peu de troupes pour résister aux Anglais, si une rupture venait à éclater, et que, s'il était attaqué par l'amiral Mathews du côté de la mer et par le roi de Sardaigne du côté du Var, il ne pourrait répondre de la sécurité de sa province, son peu de troupes suffisant à peine à la garde des côtes.

A Versailles aussi l'humiliation fut ressentie profondément, mais on n'était pas en mesure de répondre à la force par la force : il fallut dévorer l'affront. M. le comte d'Argenson répond, le 2 décembre, à M. de Mirepoix que la dernière lettre de l'amiral Mathews était si insolente que ce n'était plus par des paroles qu'il fallait y répondre, que l'intention du roi était de garder le silence, d'éviter les occasions de correspondre avec cet amiral et se borner à observer la conduite des Anglais, jusqu'à ce qu'il plîit au roi de réprimer, par des mesures efficaces, ces injustes procédés.

M. de Mirepoix se tint dès lors sur une réserve absolue, et ne s'en départit pas même lorsqu'il apprit, à la fin de décembre, que l'arrogant amiral venait de donner l'ordre à Villefranche d'arrêter tous les bâtiments qui se présenteraient, à quelque nation qu'ils appartinssent.

Après ï'affaire de la Cattolica, le 8 novembre, les Autrichiens et les Espagnols continuèrent à s'observer, mais sans en venir aux mains. La saison s'avançant, M. le duc de Modène fit enfin, le 2 dé-

cembre, prendre des quartiers d'hiver à ses troupes en arrière de la Foglia, et M. le prince de Lobkowitz, suivant son exemple, établit, le 6 décembre, les siennes dans des cantonnements autour de Rimini.

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