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CHAPITRE II

Campagne de 1744. — Bataille de Coni.

Janvier 1744. Les armées française et espagnole sous les ordres du prince de Conti et de l'infant don Piiilippe, et celle piémontaise avec le roi de Sardaigne. —(Dans les premiers jours.) Les Anglais débarquent à Villefranche..— 15. Les corps destinés à former l'armée française se mettent en marche pour la Provence et le Dauphiné. — 16. La première division de l'infanterie espagnole en marche de la Savoie pour la Provence; les autres divisions suivent successivement.

Février. 15. L'infant va de Chambéry à Aix. — 17. L'infanterie espagnole arrive en Provence, y prend en partie des cantonnements; le reste dans le Languedoc. — 19. Les troupes du Dauphiné se rendent en Provence. La cavalerie espagnole part de la Savoie, prend des cantonnements en Lapguedoc. — 29. L'infant à Aix.

Mars. 6. Canfonnemenfs de l'armée française dans les environs de Sisteron et du Saint-Es|)rit. — 14. Arrivée du prince de Conti à Aix. — 23. Se rend à Antibes, arme plusieurs bâtiments pour le transport des troupes et des munitions à Monaco. L'infant à Antibes. — 24. Mouvement des troupes françaises sur le 'Var. — 25. Réunion des deux armées de France et d'Espagne. — 26. Les Français à Villeneuve. Les Espagnols à Gagnes, quartier des princes. — 30. M. de Givry, détaché avec un corps, campe à la Gaude, suivi d'un détachement avec M. de Carigal. — 31. MM. de Givry et de Carigal au Puget. Tous les grenadiers de l'armée sur le "Var, suivis de dragons; d'autres à Saint-Laurent du Var.

Avril. !««■. Les grenadiers et les corps détachés sur le Var en avant de Saint-Laurent. Le château d'Apremont emporté. Le prince de Conti passe le Var, ainsi que le reste de l'armée ; toutes les troupes sur une ligne à la gauche de cette rivière. — 2. Le quartier général à Sainte-Marguerite; Nice abandonné par les Piémontais. — 4. M. du Chàlel s'empare de Castelnovo, et M. de Kermelet du château d'Ultello. — 5. L'armée de France et d'Espagne sur les hauteurs en avant de la vallée de Saint-Jean. M. de Corvolan détaché pour soutenir M. du Chàtel. — 6. Qui s'empare de Lescarenne. — 8. M. de Castelar détaché pour attaquer la droite des retranchements ennemis, arrive à la Toretta. — 10. Péglia et Castiglione abandonnés par l'ennemi. Le roi de Sardaigne retire tous ses postes, et attaque, le 13, Casliglione. — 13. L'armée alliée en marche à l'entrée de la nuit; une partie passe le Paglion, le reste arrêté par la crue des eaux. Les ponts emportés, le po.ste de Lescarenne se replie sur Castelnovo. — 14. Les troupes repassent le Paillon ou Paglion ; l'armée rentre dans son camp de Saint-Jean. — 15. Le château d'Eza occupé. Le prince de Conti relire les postes de Castiglione et de Péglia. — 18. M. de Villemur détaché à Castelnovo. M. de Givry masque le débouché

de Casliglione et de'Péglia sur la Turbie. — 19-20. Attaque des retranchements de l'ennemi; l'armée campe sous Yillefranche. — 22. Prise du fort Montalban. — 23. Tranchée ouverte devant Yillefranche. — 24. Sa capitulation; établissement de batteries pour défendre l'entrée du port. — 25. Le col de Brous occupé par un fort poste piémontais. On retranche Onéglia. Mai. 2. Vintimiglia renforcé. M. de Givry détaché pour s'emparer du col de Brous et de Bréglia. — 3. L'armée s'établit dans le comté de Nice, les Espagnols à la droite, les Français à la gauche. — 6. M. de Givry se rend maître du col de Brous. M. de Guandika chasse les Piémontais du château de Dolce-Acqua. — 9. S'en empare, monte la rive gauche de la Roya pour seconder M. de Givry dans son expédition sur Bréglia. — 14. M. de Givry s'empare de Bréglia. — 17. M. du Chayla à Guillestre dans le haut Dauphiné ; retranchements élevés sur le col de Buffiere.

— 30. Départ d'Espagnols pour Vintimille.

Juin. 2. M. de la Mina à Onéglia: le reste de l'armée espagnole se rassemble dans les environs de Menton et de Yinlimille; la cavalerie du Languedoc se rend en Provence. — 10. M. de la Mina, maître d'Onéglia, s'y établit. — 15. Dispositions pour faire marcher l'armée en Dauphiné. — 24. Les deux armées se rendent du comté de Nice en Dauphiné ; un corps de Piémontais occupe les environs de Ceva dans le Mondovi; elles sont répandues à Suze, Exiles, Houlx et Fenestrelle; des Vaudois et quelques compagnies de bourgeois occupent les hauteurs de Césane. — 30. Les princes arrivent à Embrun ; une partie des troupes de M. de Mauriac sous Nice; le reste occupe Villefranche, Montalban et les postes de la communication avec le Var.

Juillet. 5. M. de Givry au Bourget. — 6. Et à Césane. — 9. Un détachement à Houlx. — 10. Le prince de Conti au camp de Bousson. — 11. Revient à Briançon par Césane et le mont Genèvre. M. de Givry campe au-dessus de Servières. — 12. M. de Conti arrive le même jour à Ceillac. — 13. L'armée alliée prend sa position, la droite à la Stura, le centre dans la vallée de Mayra, la gauche à portée de la vallée de Château-Dauphin. — 17. Mouvement général : la gauche de l'armée, conduite par M. de Givry, se porte sur Château-Dauphin; la droite, sous les ordres de l'infant et du prince de Conti, s'avance vers la vallée de Stura.

— 18. Les barricades de la Stura forcées. M. de Givry s'empare des retranchements de Bellines. — 19. Se rend maître du Château-Dauphin et de tous les débouchés. — 21. L'armée en trois corps. — 22. La cavalerie espagnole et française se rend au camp de Sambuco. — 26. Dispositions pour le siège de Démonte. — 27. Postes établis pour les communications et la sûreté des magasins. L'artillerie en mouvement devant Démonte. — 31. L'armée française et espagnole à Isone; les Espagnols occupent la vallée, les Français les hauteurs de la gauche près de la Madona et bordent le vallon de l'Aime. Le roi de Sardaigne s'avance à Saint-Pierre. Suze et la vallée d'Houlx ne restent occupés que par des Vaudois.

Août. 1. M. de Senneterre sur le col de Valloria. M. de Castelar s'empare de Demonte. — 9. Fort de Démonte entièrement investi, la tranchée ouverte le soir.

— 11. Mouvement de l'armée des deux nations : la cavalerie débouche de la vallée de Stura; campe, la droite à Borgo, la gauche tirant sur Rocca-Sparviéra ; 2 régiments de dragons français sur les bords de la Stura, leur gauche à Rocca- Sparviéra, leur droite à la cavalerie. — 13. Le reste de l'armée au col de

l'Argentière. — 16. Le i)iince de Conti bat à boulets rougdfe le fort de Démonte.

— 17. Prise de ce fort. — 18. M. du Chayla reconnaît le camp et la cavalerie piémontaise. — 21. L'armée passe la Stura, en avant de Cervasca, la gauche à la montagne, la droite aux navilles; M. du Chayla en avant de la gauche , M. de Pignatelli en avant de la droite. — 22. L'armée sur une ligne à Caraglio. MM. du Chayla et de Pignatelli en avant de la droite et de la gauche. — 23. MM. du Chayla et de Pignatelli sur la rivière de la Maira et sur Busca ; se replient, campent à la gauche de la Maira. — 24. L'armée sarde à Saluées. — 28. Renfort d'Espagnols à Borgo. — 30. L'armée alliée s'approche de Coni, la droite à la Madona di l'Olmo, la gauche à la Madona del Passo, quartier des princes.

Septembre. 2. Les Français et Espagnols prennent une nouvelle position en avant de la Madona di l'Olmo, une partie de la ligne ayant la Stura derrière elle ; entre le Gesso et la Stura. — 2 au 12. Les magasins de vivres, les fours et les hôpitaux s'établissent à Borgo. — 12 au 13. Tranchée ouverte devant Coni. — 16. M. de Villalba part de Savoie pour une diversion en Dauphiné. — 17. Le col de la Mule occupé par les Piémontais. — 18. M. de Pignatelli passe la Stura et le Gesso. M. du Chayla en avant de l'armée. — 28. Attaque des ponts de Loulle et de Vignolo par les Piémontais, qui s'emparent de celui de Loulle.

Octobre. 1" au 4. Les ponts de la Stura et du'Gesso emportés par les eaux. Interruption de la communication de la partie de l'armée campée entre le Gesso et la Stura avec Démonte. — 6. MM. de Pignatelli et du Chayla occupent Centallo et Tarantasca. Secours qui entre dans Coni. — 11. Rétablissement du pont de Loulle. — 12 au 14. On retire le parc d'artillerie à la gauche de la Stura. — 15. Sorties des assiégés repoussées. Les ponts de la Stui'a sont entièrement rétablis.

— 15 au 22. Évacuation des hôpitaux et des magasins des vivres. On retire l'artillerie des batteries; dirigée sur Démonte. — 22. Levée du siège de Coni. L'armée passe la Stura au pont de Loulle; l'infanterie et l'artillerie à Mayola, la cavalerie le même jour à Démonte. — 23. L'armée continue sa marche, campe à Démonte ; jointe par tous les détachements. Départ de la cavalerie pour la France.

24 au 29. L'artillerie repasse les montagnes. — 29. Le roi de Sardaigne avec

son infanterie à Vignolo, envoie un corps à Gajola, occupe Majola ; des grenadiers et des Varasdins poursuivent l'armée des deux couronnes. Le roi occupe les hauteurs du col de Valloria. — 30. Nouvelle position de l'armée franco-espagnole rapprochée de Démonte; redoutes construites sur le front du camp. — 31. On se porte à Vinadio et à Pont-Bernard.

Novembre. 6. M. de Laulrec renforcé. — 14. L'armée franco-espagnole décampe à midi, se met sous les armes à quelque distance de Démonte, fait sauter les fortifications du fort ; l'armée en marche à la nuit. — 15. A la pointe du jour à Sarabuco. — 16. A l'Argenlière. — 17. A l'Arche et aux granges de l'Argentière. M. de Chevert. avec un détachement, reste à l'Argentière pour protéger la marche de l'artillerie. — 18. L'infant à Gap et à Marseille. — 19. Troupes espagnoles en marche pour la Savoie et le comté de Nice. — 23. Le prince de Conti à Barcelonnette; les troupes françaises y prennent des cantonnements dans la vallée. — 26. Départ des troupes ]>our des quartiers en Dauphiné et en Provence. M. d'Argouges reste dans la vallée de Barcelonneltc, dans l'Embrunois, la haute Provence et à Gap. — 29. L'artillerie afrive à Gleissoles et Jansiers.

Décembre, i^". Dépari du prince de Conti. M. de Marcieu commande dans le Dauphiné et la vallée de Barcelonnette. M. de Mirepoix en Provence. — 24. L'infant arrive à Nice, porte la tête de ses quartiers dans les terres de Gônes et jusque dans la principauté d'Onéglia. Renvoie en Espagne quelques régiments hors d'état de servir. Les troupes sardes prennent des quartiers en Piémont et dans le Montfer rat.

Après l'échec éprouvé à la fin de 1743 à l'attaque des lignes du château du Pont, on résolut de transporter la lutte en 1744 sur un autre point des États du roi de Sardaigne, et l'opération fut décidée sur le comté de Nice. Tout l'hiver est consacré aux préparatifs. 23 nouveaux B. français sont désignés pour marcher, en outre des 14 B. de M. de Marcieu rentrés en Dauphiné; 6 régiments de cavalerie et 2 de dragons leur sont adjoints.

L'armée comprend : 36 B., 34 E. et 1 B. d'artillerie (1) :

Tous les régiments se rendirent en Provence; ils formaient environ 15 à 18,000 hommes. Les Espagnols en avaient à peu près autant, ayant laissé en Savoie, avec M. de Sada, 5 B. Leur cavalerie était assez complète et en bon état; mais il n'en était pas de même de leur infanterie.

Les régiments restés en Savoie se composaient de : Burgos,... 2 B., Africa,... 1 B., Arréger,... 2 B., plus des dragons détachés de différents régiments. M. de Sada, lieutenant général, avait sous ses ordres M. de Villalba, maréchal de camp, et M. de Carino, brigadier. Le reste de leur armée comprenait les 25 régiments d'infanterie et 10 de cavalerie sous les ordres des généraux d'Arenbourg, Campo-Santo, Caslelar, Pignatelli, Guandika et Corvolan (2).

(1) Poitou, 3; Lyonnais, 3; Anjou, 2; la Reine, 2; Perche, 1; Slainville, 1; Vigier (Suisse), 2; Ségur, 1; Provence,!; Guyenne, 1; Flandre, 1; Périgord, 1; Tournaisis, 1 ; Foix, 1 ; Quercy, 1 ; Brie, 1 ; Ile-de-France, 1 ; Bcauce, I ; Vivarais, 1 ; Blaisois, 1 ; Gatinois, 1 ; Conti, 2 ; Auxerrois, 1 ; Agenois, I ; Santerre, 1 ; Deslandes, 1 ; Travers (Grisons), 2 : 36 B.

Commissaire-général, 4; Royal-Piémont, 4; Dauphin, 4; Conti, 4; la RochefoucauU, 4; Chabot, 4.

Dragons (la Reine, 5; Languedoc, 5); 34 E. Le 5" B. deRoyal-Artillorio n" 46, dit de Vareix.

(2) Infanterie : Gallia, 2 B.; Mérida, 1 ; Catalogne, 1 ; A.sturies, 2 ; Edimbourg, 1; Cordouc-, 2; Espagne, 1 ; Navarre, 2 ; Vitloria, 2; Aragon, 2 ; Grenade, 1 ; Reding, 1 ; Majorque, 2 ; Soria, 2 ; Tolède, 1 ; Savoie, 2.

Tout le corps espagnol part de la Savoie à la date du 15 janvier et se dirige au midi. La cavalerie ainsi que la plus grande partie de l'infanterie se rend dans le Languedoc; 12 B. seulement sont établis en Provence avec les Français. Leur capitaine général était toujours M. de la Mina, le même qui en J743 avait déjà tenu à l'égard de la France une conduite si ambiguë. 11 n'avait pas depuis modifié son attitude; ses actes et ses paroles continuaient à dévoiler chaque jour en lui des sentiments d'aigreur à notre égard et de contrariété ou de jalousie ; il ne cessait de faire naître des difficultés, de proposer des plans irréalisables et de contrecarrer les résolutions raisonnables des autres chefs de l'armée.

Le 13, M. de Germain, ingénieur, qui devait se rendre à Antibes et à Monaco, fut chargé de reconnaître avec soin le pays et de se rendre compte des moyens qu'on pourrait mettre en usage tant pour attaquer avec succès le comté de Nice que pour assurer la concentration et la marche des armées de France et d'Espagne. M. d'Argenson remit aussi à M. du Châtel, désigné pour servir à l'armée, une instruction et un mémoire relatifs à ces deux objets, et cet officier partit aussitôt pour Chambéry.

Le prince de Conti, le 1" février, avait pris le commandement des Français (1), sous l'aulorilé de l'infant, et proposa de fixer l'ouverture de la campagne du 10 au 15 mars. Il écrivit, avant son départ de Paris, à l'infant et à M. du Châtel pour leur faire part des raisons qui en dictaient les motifs. Cette date fut adoptée d'un commun accord, et on dirigea en conséquence la marche des deux armées. Tous les officiers généraux français et ceux de l'état-major reçurent l'ordre d'être rendus à Aix le 25 février. L'infant, parti de Chambéry le 15 février, y arriva le 29. Toutefois des retards imprévus survinrent et le passage du Var, qui devait avoir lieu le 15 mars, fut contremandé.

Cavalerie : Gardes du corps du prince, Séville, Calatrava, Montessia, Frisia, Francia, Lusilania, Numaucia, Belgia.

(1) Étal-major du prince Louis-François de Bourbon, prince de Conti (né en 1717, lils de Louis-Armand, troisième prince de Conti, mort en 1727, âgé de 31 ans et petit-fds de<;elui qui fut roi de Pologne en 1697) :

Comte de Maillebois, maréchal général des logis de l'armée; aides : MM. de Monteynardj de Mandave, de Langeac, de Chabannes, de Bourcet, de la Live.

Milord Tirconnel, maréchal des logis de la cavalerie; aides : MM. de Scepeaux, Desprez, de la Verrière.

On voulut d'ailleurs, avant de s'engager de ce côté, que toutes les défenses de Toulon et que les batteries de la côte fussent achevées, afin de mettre la Provence en sûreté contre les entreprises des Anglais, qui tenaient la mer avec une flotte formidable; on mit également ce temps à profit pour couvrir le Dauphiné contre toute incursion, ainsi que pour approvisionner la place de Monaco, dans laquelle nous avions garnison.

Le 2 mars, M. le prince de Conti reçut du roi ses instructions écrites, en même temps qu'une lettre particulière au sujet des relations qu'il devait entretenir avec l'infant. Il se dirige sur Aix, où il arrive le 14, et, après y avoir donné différents ordres, entre autres, au sujet de 3 régiments de cavalerie dont il croyait pouvoir se passer et qu'il envoie sur le Dauphiné, il se rend de sa personne à Anlibes le 19, et y fait armer plusieurs bâtiments destinés à transporter des troupes et des munitions à Monaco.

L'intention du ministre de la guerre était, en effet, de jeter 10 B. dans Monaco pour qu'ils contribuassent, par une diversion sur les derrières, au succès des opérations sur Nice. Mais diverses circonstances, et probablement surtout la présence dans les eaux de Villefranche de la flotte anglaise, le firent bientôt renoncer à ce projet.

Le roi de Sardaigne avait alors 24 B. dans le comté de Nice et beaucoup d'autres troupes à portée du col de Tende. Sa ligne de bataille s'étendait du nord au sud, derrière le Paillon, entre

De Chauvelin, major général de l'infanterie ; aides : MM. de Coincy, de Modène, de Vassal, Baudoin.

Lieutenants généraux : MM. de Maulevrier-Langeron, de Givry, de Senneterre, du Chayla, de Lautrec, de Danois, d'Argouges, du Chàtel, de Mirepoix, de Villemur, de Marcieu.

Maréchaux de camp : MM. de Bissy, de Courten, de Larnage, de Choiseul, de Vigier, de Maillebois, de Cossé, de Saulx-Tavannes, de Chevert.

Brigadiers d'infanterie : MM. de Bonneval (colonel de Poitou); de Travers (Grisons); de Malauze (Agenois); Borslel (artillerie); de Rochechouart-Faudoas (Anjou); de Boudeville (Foix); do Beaupréau (Lyonnais); de Mauriac (Slainvilic) ; de Chauvelin, de Roannes (Languedoc, dragons); Bailly (artillerie); de Crussol (Ile-de-France); du Barall (Vivarais); de la Carte; d'Aubeterre (Provence); d'Agenois (Brie); de Solemy (Conti inf.); de Razau, de Montmorency, de Pierrefeu, du Terrail, de Rivri, de Perreuse.

Brigadiers de cavalerie : MM. de Cossé (Royal-Piémont) ; de Choiseul (Conti); de Mesplez (Dauphin).

Luceram et la mer. Sa droite s'appuyait aux hautes montagnes qui séparent les eaux de la Vésuvia de celles de la Roya; son centre était établi entre Lescarène et Drap, sa gauche entre la Trinité et la mer. 7 B. étaient en avant de la droite à Nice et dans les retranchements environnants; 2 B. en arrière, à la Turbie et au château d'Eza, et 2 autres tout à fait en pointe entre Simiers et Saint-Laurent du Var.

Le 24 mars, les troupes combinées dessinèrent leur mouvement en avant sur le Var. 17 B. français et 1 régiment de dragons s'établissent à Grasse avec une avant-garde à Saint-Paul, et le corps espagnol campe à Cannes.

Le 26, le gros des troupes françaises était rassemblé à Villeneuvesur-le-Loup, et les Espagnols un peu en avant à Gagnes. Le quartier général des princes fut établi dans cette dernière ville à proximité du Var. 1 B. de fusiliers espagnols occupe Saint-Laurent à l'avant-garde, et sur la gauche on en détache à la Gaude, ainsi que 2 régiments français à Vence et à Saint-Jeannet. La vallée de l'Estéron fut surveillée par 4 B. envoyés à Briançonnet pour couvrir les flancs de l'armée. Les troupes restèrent dans ces positions jusqu'au 30 mars; on renforça alors la gauche de l'armée de 6 B. aux ordres de MM. de Givry et de Carigal, qui se portèrent, le 30, à la Gaude et, le 31, au Petit-Puget. En même temps, 6 autres B. s'avançaient à la droite sur Saint-Laurent et tous les grenadiers de l'armée, suivis de 4 régiments de dragons, se portaient sur le Var.

Dans la nuit du 31 mars au 1" avril, à une heure après minuit, toute l'armée rangée en bataille s'avança sur les bords du Var et, à 2 heures, les grenadiers avec les avant-gardes de fusiliers et de dragons franchirent la rivière et replièrent les postes ennemis. Ils se portèrent rapidement sur le château d'Apremont, peu défendu, et s'en emparèrent ainsi que de l'abbaye de Saint-Biaise. Pendant ce temps, le prince de Conti faisait avancer son armée sur quatre colonnes se dirigeant sur les gués, ainsi que sur deux ponts rapidement jetés en amont; le 1" avril, il se trouvait déjà de sa personne de l'autre côté du Var avec 15 B., et, le 2, toute l'armée s'y trouva réunie et campa en une seule ligne sur les hauteurs de Saint-Jean. Le quartier général s'établit à Sainte-Marguerite.

A la nouvelle de l'approche des Français, le roi de Sardaigne avait évacué précipitamment la ville de Nice et retiré les troupes qui

l'occupaient dans les retranchements du Mont-Gros. Ces retranchements étaient formidables; ils formaient une ligne demi-circulaire appuyée à gauche au fort Mathews et à droite à la tour de Boze, enveloppant le fort Montalban et Villefranche. C'était une ligne à redans, presque continue, couronnant une crête élevée et dont les pentes extérieures, placées sous le feu des ouvrages, étaient découvertes et abruptes. Un ravin d'un accès très difficile les bornait au nord-est entre Saint-Pons et la tour de Boze; au delà de ce ravin et du côté d'Eza, une avancée 1res forte et placée sur un point culminant en couvrait les approches. Cependant en arrière, entre les hauteurs du Mont-Gros et de Montalban, se trouvait une dépression de terrain par où passe la route de Nice à Villefranche : c'était le point faible de la position ; mais on l'avait renforcée et couverte du côté de Nice par deux fortes batteries, dites de Lampéa et de l'Anima.

Avant de se porter à l'attaque de ces retranchements, le prince de Conti jugea nécessaire de les entourer et de les couper de l'armée du roi de Sardaigne : il avança hardiment sa gauche.

Le 4 avril, M. du Châtel se porte sur Castelnovo et en chasse les Piémontais. Le 6, renforcé de l'infanterie aux ordres de M.de Corvolan, il s'empare de Lescarène. En même temps M. de Kermelet, détaché à l'extrême gauche, s'avançait sur Uttello, occupait ce poste et s'assurait ainsi la possession de la vallée de la Vésuvia.

L'armée se rapprochait et transportait son camp, le 5 avril, sur les bords du Paillon, la droite à la mer, le centre à Simiers, la gauche à Rimie, et prenait possession de Nice.

M. du Châtel, avancé jusqu'à Lescarène, ne pouvait, avec les troupes dont il disposait, pousser plus loin. On détacha donc dans cette direction un nouveau corps de 9 B. de M. de Castelar; celuici marche le 10 par la Toretta sur Peglia et Gastiglione, et trouve ces postes évacués par l'armée piémontaise, qui se concentrait à Sospello. Il les occupa, et, Nice étant désormais coupée de ses communications avec l'armée de Charles-Emmanuel, et la première partie du plan du prince de Conti ayant été menée à bonne fin, il se porta sur la Turbie, afin de resserrer l'investissement des retranchements du Mont-Gros, tout en laissant de forts détachements à Castiglione pour observer le roi de Sardaigne, campé en face à Sospello avec IG B.

.•i2 LES GUERRES SOUS LOUIS XV.

Le 13 avril, le prince de Conii donne l'ordre d'attaquer les lignes ennemies au nord de Nice et de Villefranche. Cette première tentative ne réussit pas. Une partie de l'armée passa heureusement le Paillon dans la nuit, mais le reste fut arrêté par une crue subite des eaux qui emporta les ponts jetés sur ce torrent. Le roi de Sardaigne, par une diversion opportune, attaquait d'ailleurs en même temps nos postes à Lescarène et à Castiglione, et ceux-ci étaient forcés de se replier sur Castelnovo et Peglia. L'armée repassa donc, le 14, sur la rive droite du Paillon et reprit son ancien camp de Simiers, et M. de Gastelar, trop exposé à la Turbie, se retira vers la Trinité, laissant toutefois de forts détachements à la Turbie et à Notre-Dame de la Ghelte. Le prince de Conti prescrivit ensuite l'évacuation des postes de Peglia, de Castiglione et de Lescarène, et ramena en arrière ses avant-postes. Pour contenir l'ennemi de ce côté, il se borne à envoyer M. de Yillemur avec 4 B. à Castelnovo, et M. de Givry avec 8 B. à Notre-Dame de la Ghette pour masquer, l'un le débouché de Berra, l'autre celui de Castiglione.

Ces mouvements étaient achevés le 18. Dès le 15, M. de Castelar, à qui l'arrivée prochaine de M. de Givry laissait la liberté de concentrer ses efforts du côté de Nice, avait enlevé le château d'Eza. Aussitôt MM. de Yillemur et de Givry arrivés à Castelnovo et à Notre-Dame de la Ghette, le prince de Conti ordonne d'attaquer de nouveau les retranchements. Les troupes furent partagées en six colonnes et se mirent en mouvement le 19, vers six heures du soir, afin d'être en mesure de commencer l'attaque le lendemain à la pointe du jour. Un fort détachement s'avance de Nice sur le bord de la mer pour une fausse attaque sur le fort, et commence, vers onze heures du soir, à faire un grand feu de mousqueterie, attirant ainsi du côté de la mer l'attention de l'ennemi. Les autres colonnes marchèrent en silence ; celle de droite, commandée par M. d'Arenbourg, lieutenant général espagnol, et M. de Mirepoix, s'empara dans la nuit de quelques cassines dont l'occupation pouvait faciliter l'entrée de la gorge de "Villefranche, qui sépare la hauteur du fort Montalban de celle du Mont-Gros.

Le 20 avril, à trois heures du matin, le signal de l'attaque générale est donné. La première colonne, sous MM. d'Arenbourg et de Mirepoix, et la deuxième colonne, sous MM. de Campo-Santo

SUCCESSION D'AUTIUClli:. — ITALIE (17-14). 53

el de Bissy, se portent rapidement sur les batteries de l'Anima et de Lampéa qui flanquaient le col de Villefranche, s'en emparent, pénètrent jusqu'au fond du col el font mettre bas les armes à 5 B. piémonlais (72 officiers, 1,106 soldais et H drapeaux) aux ordres du comte de la Suze; alors, se rabattant à gauche, ils arrivent jusqu'au sommet du Mont-Gros, dans l'intérieur des retranchements, en gravissant des penles tellement rapides que nos soldats ne pouvaient avancer qu'en se prêtant mutuellement la main. Un feu très vif s'engage de part el d'autre, et pendant longtemps nos B. maintiennent énergiquement leurs positions, quand la fatigue de longues heures de combat, le manque de troupes fraîches pour les soutenir et l'épuisement de leurs munitions, qu'on ne pouvait renouveler dans un pareil terrain, les obligèrent enfin à se replier un peu en arrière; malgré ce désordre, les pièces furent enclouées.

La troisième colonne, aux ordres de M. de Sennelerre, et la quatrième, avec M. de Danois, se portèrent en face des retranchements du Mont-Gros et formèrent l'attaque du centre vers Saint- Pons et Saint-Hubert. Cette attaque ne fut pas poussée à fond, la nature du sol et l'état des chemins de ce côté en paralysèrent les efforts. La cinquième colonne, commandée par M. du Ghayla, et la sixième, aux ordres de M. le marquis de Castelar et de M. du Châtel, s'étaient portées à l'extrême gauche à l'attaque des retranchements extérieurs et de l'avancée, en face du château d'Ëza.

Dans la nuit du 19 au 20, ils en avaient chassé brillamment les Piémonlais et M. de Castelar s'était établi à leur place sur la hauteur principale; mais il se trouvait arrêté par le ravin impraticable qui offrait tant d'obstacles à la marche de MM. de Senneterre et de Danois et qui le séparait de la dernière enceinte de l'ennemi, défendue d'ailleurs par quatre batteries imposantes. Toutefois, comme sa position dominait de beaucoup la leur, ceux-ci ne jugèrent bientôt plus la position tenable. Redoutant une nouvelle attaque de ce côté, effrayés par les succès obtenus un instant à leur gauche par les colonnes de MM. d'Arenbourg et de Campo- Santo, ils retirèrent toutes leurs troupes dans la nuit du 20 au 21 avril. Après avoir laissé des garnisons dans le fort de Monlalban et dans la citadelle de Villefranche, ils s'embarquèrent sur les bâtiments rassemblés par prudence dans ce port, et se retirèrent à Oneille (Oneglia).

La tranchée fut immédiatement ouverte devant lefortMontalban. Le 24, il capitula et les batteries de siège furent aussitôt tournées contre la citadelle de Villefranche, qui se rendit deux jours après.

Ce résultat compensait largement les pertes faites par les Français. L'attaque du 20 avril avait été vive et meurtrière ; elle avait duré 8 heures. De leur côté, les Piémontais, évacuant en désordre leurs lignes de retranchements, y avaient laissé leurs morts et leurs blessés, dont le nombre démontrait une perte aussi grande que la nôtre. L'artillerie qui garnissait leurs retranchements était .entre nos mains, ainsi que toute celle de Montalban et de Villefranche; nous avions ainsi plus de 120 pièces de canon, et une prodigieuse quantité de munitions de guerre. En outre des 5 B. rendus avec M. de la Suze le 20 avril, le nombre des prisonniers s'élevait à 1,700 environ par suite de la capitulation de Montalban et de Villefranche.

"Après la prise de Villefranche, des dissentiments s'élevèrent dans notre armée au sujet des projets futurs. Les Espagnols voulaient s'avancer par la côte de Gênes, entre les Apennins et la mer, pour déboucher ensuite sur la Lombardie. Le prince de Conti trouvait ce projet inutile et dangereux; il voulait écraser le roi de Sardaigne et se prononçait pour l'invasion du Piémont par un des passages des Alpes ou des Apennins. L'infant, et surtout M. de la Mina, en insistant pour allerà Gênes, se conformaient aux ordres de Madrid, où l'on avait toujours pour première préoccupation la conquête directe des États dont on voulait créer un apanage à don Philippe. Des pourparlers s'engagèrent à ce sujet, entre les chefs de l'armée et les deux cours de France et d'Espagne; malgré des négociations très longues, la France soutint inflexiblement le plan de M. de Conti. « Tout le monde, ^écrivait M. d'Argenson à M. de Conli, reconnaît que le passage de Nice à Gênes est impraticable et qu'il n'y a d'autre moyen de faire une guerre raisonnable, dans la position où nous sommes, qu'en cherchant à pénétrer dans le Piémont par tous les différents cols qui y donnent entrée et à passer par celui où le roi de Sardaigne se présentera avec de moindres forces. »

En attendant que l'accord s'établît entre les deux cabinets, ce qui ne devait arriver que deux mois après, on s'occupa de mettre

en sûreté le comté de Nice nouvellement conquis, et de refouler le roi de Sardaigne dans des positions plus éloignées. Breglia et et les postes environnants furent alors occupés.

Le roi de Sardaigne ayant évacué Sospello, il avait 5 B. à Breglia et un fort détachement au col de Brous, par la grande route de Nice à Tende. M. de Givry'partit de la Turbie, le 2 mai, avec 10 B. sur Breglia, s'empare le 6 du défilé de Brous ; mais il ne poussa pas au delà, afin de donner aux autres détachements destinés à l'attaque de Breglia, le temps d'arriver. D'un côté, M. de Guandika devait s'emparer de Dolce-Acqua et remonter la rive gauche de la Roya; d'un autre, M. de Villemur devait se rendre à la Penna et former l'attaque du cenlre. M. de Guandika, avec un fort détachement, se met en route le 6, est le 9 devant le château de Dolce- Acqua, où s'étaient jetés les Piémontais. Il s'en empare sans peine et arrive bientôt à hauteur de MM. de Givry et de Villemur, postés au col de Brous et à la Penna. Les trois colonnes s'élancèrent ensemble, le 14, sur Breglia et en chassèrent les troupes du roi de Sardaigne, qui se retirèrent dans le haut de la vallée de la Roya, laissant 7 B. à Saorgio. Les Piémontais, retirés à Oneille, ne paraissaient point vouloir regagner le Piémont; ils s'étaient retranchés, et trouvaient une sécurité relative, grâce à la protection de l'escadre de l'amiral Mathews qui avait quitté les côtes de Provence pour croiser sur celles de la république génoise.

Les Espagnols, toujours très attachés à leur projet de marcher par la côte de Gênes, ne laissèrent pas passer cette occasion de s'avancer à la suite des Piémontais dans cette direction, avec lapensée peut-être de déterminer ainsi un mouvement général et d'entraîner l'armée. M. de la Mina, qui affichait bien haut sa déférence aux ordres de Madrid et qui déclarait que, « s'il recevait l'ordre de jeter l'armée à la mer, il l'exécuterait sans balancer, » paraissait avoir la conviction que la France se prêterait avec soumission aux vues de son souverain, et que l'armée du roi devait le suivre partout où les ordres d'Espagne lui prescriraient d'aller.

n n'en fut rien. Le prince de Gonti s'adressa à Versailles pour savoir la conduite à tenir, et le roi, le 3 mai, lui renouvela ses premières instructions qui désapprouvaient le plan de campagne des Espagnols, et l'autorisa, s'ils l'exécutaient, à rester en Provence

et à garder ISice, où le quartier général venait d'être installé. Les Espagnols s'avancèrent donc seuls sur Oneille, et assez lentement, car l'infant, par égard pour M. de Conti, le lui avait promis à cause de l'incertitude qui régnait encore sur les futures opérations.

Le 30 mai, 4 B. se mirent en mouvement par Vintimille sur Oneille, et M. de la Mina les suivit, le 2 juin, avec 16 B. Le reste de l'armée espagnole, grossi de recrues et de miliciens nouvellement arrivés, se concentra dans les environs de Menton et de Vintimille, et la cavalerie restée en Languedoc se rapprocha de la Provence. M. de Conti se contenta de couvrir leur mouvetnent du côté des montagnes en faisant avancer 19 B. français jusqu'à hauteur de Dolce-Acqua, où il laissa un millier d'hommes sous les ordres de M. Montcalm.

Les Piémontais, à la nouvelle de l'approche des Espagnols, prirent position au-dessus de Borgomaro, laissant peu de monde pour garder la ville et la campagne d'Oneille. M de la Mina, arrivé, le 10, en face de ce poste, s'en empara donc facilement. Il s'y établit et poussa même des partis jusqu'à Loano. L'ennemi repassa les Apennins et se retira surCsva; et les vaisseaux anglais que l'amiral Mathews avait laissés à Oneille (1) rallièrent l'escadre aux îles d'Hyères.

Le séjour des Espagnols à Oneille ne fut pas de longue durée. Par suite d'un accord intervenu enfin entre la France et l'Espagne, la lutte allait être transportée sur un autre théâtre. Les plans de M. de Conti venaient d'être adoptés par l'une et l'autre puissance. Le moment de frapper un grand coup sur le Piémont avait semblé favorable; la consternation régnait à Turin; on savait qu'il ne se trouvait plus dans cette capitale qu'un régiment d'infanterie et la bourgeoisie; l'armée (lu roi de Sardaigne, d'ailleurs, était disséminée et abattue, et ne paraissait pas en mesure de nous opposer une grande résistance.

M. de Conti avait d'abord projeté de prendre le chemin le plus

(1) La principauté d'Oneille était une enclave piémontaise an milieu du territoire de Gênes, entre San-Remo et Albenga. Elle ne louchait à la mer que par l'étroite vallée où coule la rivière d'Iinpero. Oneille, la capitale, est à son cinbouciiure. Le territoire de la principauté s'étendait principalement sur les régions montagneuses du Maro; il comprenait le Rezzo, mais il laissait en dehors les villes de Porto-Maurizio, Triola, la Piève, Borgo di Villanova et Diano.

à portée pour se jeter sur le Piémont, de franchira cet effet le col de Tende et d'aller assiéger Coni ; toutes considérations bien pesées, il jugea préférable, en raison d'ailleurs des difficultés qu'on pourrait rencontrer au col de Tende, d'aborder le Piémont par la vallée de la Stura et de ne se présenter devant Coni qu'après avoir fait tomber l'importante forteresse de Démonte.

L'armée se dirige donc sur Barcelonnette et Mont-Dauphin.

M. de Givry partit le premier avec 12 B., vers le commencement de juin, et rejoignit à Guillestre un premier corps de quelques régiments amenés par M. du Ghayla au mois do mai; 3 B. occupèrent le haut Dauphiné vers Briançon et élevèrent des retranchements au col de Buffiere, pour appuyer la gauche de la position d'où notre armée devait s'élancer sur le Piémont. Le reste de l'armée ne quitta qu'à la fin de juin. Avant d'évacuer le comté de Nice, M. de Conti prit des dispositions pour nous en assurer la possession et pourvoir à la sécurité du littoral. Les mouvements de l'escadre anglaise de ce côté étaient peu rassurants. 32 vaisseaux anglais venaient de mouiller à la rade des îles d'Hyères, de s'emparer de deux tartanes françaises et de faire voile pour les côtes de Gênes, où ils avaient encore capturé plus de 30 de nos bâtiments marchands venant du Levant et ignorant la déclaration de la guerre. On résolut donc de laisser dans le comté de Nice 5 B. espagnols les plus faibles et des troupes françaises détachées de divers régiments avec des compagnies de milices. M. de Mauriac fut appelé de Marseille pour prendre à Nice le commandement de toutes ces troupes destinées à couvrir, du côté des Alpes et du côté de la mer, le pays conquis. Sa mission pouvait devenir délicate et difficile, mais son expérience ef, sa valeur étaient connues et justifiaient le choix dont il était l'objet. En Provence, 2 régiments de cavalerie y sont également laissés. M. de Mirepoix, qui y commandait, n'avait sous ses ordres que o B. de troupes réglées et 2 de milices, et demandait un renfort de 2 B. M. de Conti, se trouvant dans l'impossibilité d'amoindrir encore sans imprudence son infanterie, lui envoya ces 2 régiments de cavalerie en lui permettant de faire avancer sur la côte 2 B. de plus et de remplir ainsi également le but proposé.

En prévision de toute éventualité, les fortifications de Montalban et de Villefranche furent minées afin de les faire sauter, si nous

étions forcés de les évacuer. Tous les chemins aboutissant au col de Tende furent coupés de manière à les rendre impraticables à l'artillerie et à se couvrir contre un retour offensif des troupes piémontaises; on conserva au delà de Nice quelques postes vers la vallée de la Roya et celle de la Vésuvia. Enfin Anlibes, Monaco et Marseille sont mis en état de défense.

M. de Maurepas, ministre de la marine, se rendit de son côté à Toulon, y accéléra le départ de la flotte française rassemblée dans ce port et destinée à joindre l'escadre espagnole partie de Garthagène. Mais la flotte de l'amiral Mathews surveillait sans cesse la sortie de ce port; elle se tenait en panne entre Marseille et Toulon, causant, par sa présence, de fréquentes alertes tout le long des côtes. Comme l'escadre espagnole n'avait pas encore quitté Carthagène, la mise à la voile de la flotte française fut ajournée.

M. de Maurepas profita toutefois de son séjour en Provence pour y ordonner partout des travaux de défense; il porta notamment son attention sur le château d'If, qu'il signala à Versailles comme l'un des points du littoral les plus importants à conserver, en faisant ressortir que, s'il tombait au pouvoir des Anglais, il serait impossible de les en chasser et que le commerce de Marseille en serait par là complètement ruiné.

Cependant le roi de Sardaigne, informé du premier rassemblement formé à Guilîestre et Briançon sous M. du Chayla et M. de Givry, avait déjà envoyé quelques troupes sous Exiles, et, profitant habilement du temps perdu par la faute des Espagnols, qui s'étaient obstinés à marcher sur Oneille, il avait réparé le désarroi de ses troupes et s'était retranché sur tous les points menacés. A la fin de juin, il en avait dans les vallées de la Dora et de la Clusane, à Suze, Exiles, Oulx et Fenestrelle, plus un grand nombre de Vaudois et quelques compagnies bourgeoises sur les hauteurs de Césane. Son armée, qui avait repassé le col de Tende, occupait les débouchés de la Stura et de la Vraita, et les troupes retirées sur Ceva éiaient en marche pour le rejoindre.

Tout en concourant, d'après les derniers ordres de Madrid, à l'exécution du plan proposé par M. de Conti pour entrer en Piémont, les Espagnols ne cessaient d'élever des objections et d'apporter des entraves. Leur conduite parait avoir, à plusieurs reprises, vivement froissé le prince de Conti, et celui-ci, dans la

plupart de ses lettres à Versailles, ne dissimula pas son irritation. Il se plaignit amèrement de la trop grande condescendance de l'infant aux avis de M. de la Mina, et fit entendre clairement, mais inutilement, qu'il serait enchanté d'être débarrassé de cet officier général trop connu par ses contradictions déplacées et ses mauvaises intentions.

Le mouvement de l'armée franco-espagnole, du comté de Nice en Dauphiné, commença le 24 juin, sur quatre colonnes parallèles, marchant sur les versants occidentaux des Alpes.

Après notre dépari, la flotte anglaise parut vouloir commencer une démonstration sur les côtes de Nice; elle se montra à la rade de Vado, devant Monaco, puis reprit bientôt le large, se dirigeant sur les côtes de Provence. M. de Mauriac crut alors pouvoir se dégarnir de quelques troupes et les envoyer vers Peone et Breil, afin de se tenir en communication avec l'armée du prince de Conti et de surveiller de ce côté les passages des Alpes.

Dans les premiers jours de juillet, toute l'armée franco-espagnole avait terminé son mouvement et campait dans les vallées de Queyras et de Barcelonnette. La cavalerie fut alors rapprochée et portée entre Sisteron et la Mure ; 22 E. s'établirent à Gap. Tout était prêt; cependant, avant de donner l'ordre de franchir les passages qui permettent de déboucher dans les vallées de la Vraita et de la Stura, le prince de Conti résolut de faire une diversion du côté de la vallée de la Dora, pour essayer de tromper le roi de Sardaigne sur ses véritables intentions et de lui faire déplacer ses troupes, au nombre de 36 B. et de 32 E., couvrant le terrain entre Fenestrelle (1) et Coni. 4 B. et des Vaudois seulement occupaient Exiles et la vallée de Suze; on pouvait espérer les surprendre et les enlever. M. de Givry fut chargé de l'opération avec quelques B.

11 se porte, le 5, au Bourget, franchit, le 6, le col de Servières,

(1) C'est sur des rochers élevés que s'étage la forteresse de Fenestrelle. Sur l'autre rive, à l'extrémilé de la crôte de Beauregard, fut construit en 1693, par Catinat. le premier ouvrage destiné à barrer la vallée. On l'appela fort Mutin. Quand Vauban visita le Dauphiné en 1700, il trouva te fort si mal approprié au terrain qu'il projeta de le détruire. En 1731, le duc de Savoie reprit les idées de Vauban, rasa le fort Mutin et éleva la forteresse actuelle. Il y a au-dessus des ouvrages les plus élevés de Fenestrelle de grandes pelouses, de l'eau et du bois. Catinat y campa en 1692, et le lieu a conservé le nom de Pré-de-Catinat.

campe à Bousson, tandis que 2 de ses B. enlevaient Césane et en refoulaient les quelques défenseurs. De là ses délachements rayonnèrent dans toutes les directions; l'un d'eux se porte même jusqu'à Oulx, s'empare d'un magasin ennemi; mais il ne s'y maintint pas et rentra, le 9, au camp de Bousson.

Le prince de Conti se porta de sa personne, le 10, auprès de M. de Givry, et, s'étant assuré que l'ennemi était sur ses gardes et bien posté dans la vallée, ne jugea pas à propos de pousser plus loin sa démonstration; il donne l'ordre de la retraite et rentre de sa personne à Briançon par Césane et le mont Genèvre. Les troupes de M. de Givry, de leur côté, repassèrent les monts par le col de Servières et campèrent, le H, au Lans, et le 12 à Geillac, près Guillestre, oii elles rejoignirent l'armée.

Le 13 août, l'armée se disposa à franchir les Alpes, Les grenadiers couronnèrent les cols de l'Agnèle et de l'Argentière, et, le 17, le mouvement en avant commença. La gauche de l'armée, composée de 21 B. sous les ordres de M. de Givry, se porte sur Château-Dauphin et vient se heurter aux retranchements de Bellines, établis sur la montagne de Pierrelongue, entre Bellines et le château du Pont, Ces retranchements consistaient en une importante redoute placée sur la crête, et reliée aux deux villages par des lignes discontinues et des batteries placées sur chaque versant, M. de Givry, qui avait marché par la crête de Pierrelongue, arriva le 17 au soir et campa en vue de l'ennemi; le 18, il donna l'ordre d'attaque. M. de Chevert s'élance avec ses piquets et les brigades de Poitou et de Conti, Il se porte résolument sur la redoute centrale; le régiment de Travers s'avance sur le versant de Bellines pour flanquer l'attaque, observer l'ennemi et le contenir au besoin ; M. de Campo-Santo, qui avait franchi le ruisseau de Bellines et avait couronné les hauteurs du mont Pelvo et de la Bicoque, eut ordre de tourner Bellines par la droite et de prendre à revers la partie des lignes au delà du ruisseau, en descendant par le chemin qui passe au col d'Elva. L'affaire fut chaude surtout au centre, où M. de Chevert trouva une vive résistance. M. de Givry (1), qui,

(1) De Givry (Alexandre-Thomas Dubois. de Furines), chevalier, puis bailli, né le 12 octobre 1674. Capitaine à Dauphin-Étranger, le 14 février 1701. Colonel de Ja Marche, 15 février 1707. Brigadier, le 29 mars 1710. Maréchal de camp, le l" février 1719.

malgré ses soixanle-dix ans, avait conservé toute l'ardeur et l'énergie d'un jeune homme, paya largement de sa personne; vers la fin du combat, il fut blessé à la jambe et eut la rotule emportée par un boulet; il mourut, le mois suivant, de cette blessure.

Les Piémontais, de leur côté, eurent plus de 400 hommes tués et perdirent 2 canons ; 1 brigadier, 13 officiers, 80 soldats, furent faits prisonniers; le baron du Verger, qui les commandait, resta mort, ainsi que plusieurs autres officiers généraux.

En même temps que la gauche de l'armée, sous M. de Givry, enlevait ainsi brillamment les retranchements de Bellines dans la vallée de la Vraita, la droite, forte de 48 B. et conduite par l'infant et le prince de Conti, débouchait sans grande résistance par le col de l'Argentière dans la vallée de la Stura.

Le roi de Sardaigne, surpris par ces deux attaques simultanées, avait porté le gros de ses forces vers la vallée de la Vraita et n'avait laissé que 9 B. dans la vallée de la Stura. C'était trop peu pour arrêter, même derrière des retranchements, lesnombreux régiments de l'armée franco-espagnole. Aussi la redoutable position dite des Barricades, oià l'ennemi avait établi une ligne de redans successifs couronnant la crête d'un contrefort des Alpes entre Perinaldo et Pont-Bernard, et s'appuyant d'un côté à des rochers inaccessibles et de l'autre à la rivière, fut-elle emportée, après un court engagement, le 18 juillet, le jour même oii M. de Givry débusquait les Piémontais de Bellines.

Le prince de Conti écrivait au roi : « Cette journée est une des plus vives et des plus brillantes actions qui se soient jamais passées : les troupes y ont montré une valeur au-dessus de l'humanité. La brigade de Poitou, MiM. d'Agenois, de Givry, n'ont pas voulu être rafraîchis par d'autres. Le roi de Sardaigne pleurait de rage, levant les bras au ciel, quand il a vu les Français maîtres des retranchements et lui obligé de se retirer. »

Ce succès nous ouvrait la route de Démonte, et celte place forte était désormais le seul obstacle qui restât à surmonter pour arriver àConi, dont le siège était l'objectif de la campagne. Le prince de Conti prit immédiatement ses dispositions de manière à pouvoir s'avancer dans la vallée de la Stura, tout en se couvrant contre les entreprises que pourrait tenter sur son flanc gauche le roi de Sardaigne, qui, après avoir retiré de Suze et de la vallée d'Oulx,

tous ses soldats à l'exception de 1 B. et quelques Vaudois, venait de concentrer à Saluées toutes ses forces disponibles. Dans ce but, il crut nécessaire de relier ses positions à celles du corps de M. de Givry, et détacha dans la vallée de la Maira un corps de 10 B., sous le commandement de M. de Lautrec, qui prit position sur les hauteurs de Stroppo.

Il se porta lui-môme, le 21 juillet, à Sambuco avec 38 B. et y établit son quartier général, rétablit, à hauteur des Barricades, le chemin rompu par les Piémontais entre Perinaldo et Pont-Bernard, ordonne la destruction de tous les retranchements dont on s'était emparé, et appelle à Sambuco les régiments de cavalerie française et espagnole désignés pour franchir les Alpes et restés jusque-là en arrière. Le 25, il s'avance sur Yinadio avec 34 B. , dont 1 1 français et 23 espagnols (t), et s'établit sur la rive gauche de la Stura en avant de ce village.

A cette date, M. de Lautrec occupait toujours avec ses 10 B. les hauteurs de Stroppo, et le corps de M. de Givry avait formé trois camps : l'un de 10 B., sous M. de Danois, à Château-Dauphin ; un deuxième de 5 B., sur les hauteurs de Pierrelongue, aux ordres de M. de Campo-Santo, et un troisième de 6 B., au col d'Elva, sous le commandement de M. de Guandika.

L'armée, dont les divers éléments étaient bien reliés entre eux, présentait ainsi entre Château-Dauphin et Yinadio un front presque perpendiculaire au cours des trois rivières de la Vraita, de la Maira et de la Stura.

Cependant le roi de Sardaigne, soit qu'il fût sans inquiétude du côté de la Stura, dont la forteresse de Démonte arrêterait longtemps les Français, soit qu'il crût à un danger plus sérieux du côté de Château-Dauphin, ou soit enfin qu'il pensât arrêter la marche de M. de Conti sur Goni en menaçant ses fiancs, venait de quitter Saluées avec 26 B. et s'était avancé, le 31 juillet, par Gambasca sur Sampeyre, à quelques lieues seulement de Château-Dauphin et de Stroppo. Nos corps de la gauche et du centre ne bougèrent pas,

(1) Bataillons fiançais : Anjou, 2; Beauce, 1; Blaisois, 1 ; Gatinois, 1; Quercy, 1 ; gardes lorraines, 1 ; des Landes, 1 ; Ile-de-France, 1 ; Flandre, 1 ; la garde du prince de Conti, 1.

Ils campent au centre ; en avant d'eux, 18 B. espagnols sur deux lignes, et en arrière 5 autres à proximité de Vinadio, sur la route de Sambuco.

mais notre droite aussitôt montra un mouvement en avant et campa en avant d'Isone, sur la rive droite et sur la rive gauche de la Stura. Les Espagnols occupèrent la vallée jusqu'à. Perdicnia; les Français couronnèrent les hauteurs à gauche et s'établirent, partie en face la chapelle Notre-Dame, partie bordant le vallon de l'Aima.

On était en face de Démonte; l'artillerie de siège n'était pas encore arrivée, il fallut l'attendre pour le siège du fort. D'après les conventions avec l'Espagne, la France devait la fournir. Elle avait été réunie à Grenoble le 27 juillet, et s'était mise en route sous l'escorte du régiment de cavalerie Commissaire-général. Malgré ce contretemps, les opérations préliminaires du siège ne furent pas arrêtées, et l'on s'occupa d'investir la place; 1,200 Piémontais occupaient les hauteurs de Valloria et s'y étaient retranchés. M. de Senneterre marche à eux le 7 août avec 7 B., les rejette du côté de Coni et prend position au col de Valloria. Deux jours après, 6 B. espagnols occupèrent le col de Festiona. La possession de ces deux cols et des crêtes en arrière nous assurait une excellente position contre un retour offensif des Piémontais; M. de Gastelar, d'ailleurs, venait d'enlever la ville de Démonte, dont les défenseurs s'étaient réfugiés dans le fort. Ce dernier était donc complètement investi; la tranchée fut ouverte le 9 au soir, à l'arrivée de l'artillerie.

M. de Gonti donna alors des instructions pour rappeler à lui tous les corps dans les vallées de la Vraita et de la Maira. MM. de Campo-Santo, de Danois, de Guandika et de Lautrec se mirent donc successivement en route, se dirigeant sur Démonte, en passant par les gorges d'Elva, Pont-de-Maira et le col del Mulo. Ils rejoignirent vers le 13 août l'armée, qui, après ce mouvement, se trouva en entier allongée dans la vallée de la Stura, mais bien couverte sur la gauche par le corps de M. de Lautrec, resté au col del Mulo, et en arrière par 4 B. espagnols dirigés sur l'Argentière.

Sans attendre la prise de la forteresse de Démonte, on continua à s'avancer. Dès le 10 août, 12 B. espagnols et 16 E. de dragons et la plus grande partie de leur cavalerie campèrent dans la vallée, à Festiona sur la rive droite de la Stura, et, le 13, ne laissant autour de Démonte que les troupes nécessaires au siège, M. de Conti

marcha dans la direction de Coni sur deux colonnes. L'une des colonnes, celle qui marchait sur la rive droite de la Stura, était de 4 B. espagnols et toute leur cavalerie; la seconde, sur la rive gauche, fut formée de 15 B. français, de H B. espagnols, et de 4 régiments de cavalerie ou de dragons français. On prit position, le 14, entre Borgo et Gajola, toute la cavalerie des deux nations sur la rive droite de la Stura formant une seule ligne, appuyée d'un côté à Borgo, de l'autre à Rocca-Sparviera, et ayant sur ses ailes 4 B. espagnols à droite devant Borgo, 4 B, français à gauche en arrière, en face de Rocca-Sparviera. Le reste de l'infanterie, formant 21 B., campa sur la rive gauche de la Stura en avant et au sud de Gajola.

Pendant ce temps, le prince de Conti, resté au siège de Démonte, poussait avec vigueur les opérations, dont M. de Maulevrier avait la direction et auxquelles 12 B. espagnols étaient employés. Afin d'en hâter le dénoûment, et les moyens ordinaires étant trop lents à son gré, il tira, le 16, à houlets rouges sur la forteresse, et y détermina un si grand incendie que le gouverneur demanda aussitôt à capituler. Le 17, en effet, la place nous fut remise; la garnison ainsi que l'artillerie restèrent entre nos mains.

La prise de cette place, en assurant nos derrières, donnait à l'armée toute sa liberté d'action pour déboucher dans la plaine.

La roi de Sardaigne, quittant la vallée de la Vraita, venait de porter toute son infanterie dans la vallée de la Maira, à Busca, San- Damiano et Saint-Martin; et sa cavalerie, composée de 30 E., avait pris position sur notre flanc gauche à Garaglio. M. de Conti résolut de l'en déloger et, dès le 18 août, envoya sur Garaglio M. du Ghayla avec 1,200 chevaux pour reconnaître le camp des ennemis. Ceux-ci ne l'attendirent pas et, à la nouvelle de sa marche, se replièrent en hâte sur le camp de Busca.

L'armée elle-même, à l'exception de 12 B. espagnols laissés à Borgo et à Saint-Pioch, entre la Stura et le Gesso, s'ébranla, le 21, à la suite de M. du Chayla; la cavalerie franchit la Stura sur cinq colonnes entre Borgo et Rocca-Sparviera, et l'on alla camper le 21 en avant de Cervasca, et le 22 à Garaglio. Ce dernier camp fut établi sur une seule ligne, les Espagnols à droite, les Français gauche, l'infanterie occupant le centre; l'aile droite appuyée à la Grana; l'aile gauche, à Garaglio, renforcée par 7 B. français et les

2 régiments de dragons de la Reine et du Languedoc. MM. du Chayla et de Pignatelli, chacun à la tête d'un nombreux détachement de cavalerie, campaient, le premier en avant de la gauche, le second en avant de la droite de la ligne. Ils poussèrent tous deux, le 23, une forte reconnaissance sur la rivière de Maira et jusqu'à Busca : ils ne trouvèrent plus l'ennemi.

Le roi de Sardaigne, ne voulant pas accepter en ce moment une bataille que M. de Conti semblait lui offrir, repliait décidément ses troupes : dès le 23, elles campaient à Costigliole et Verzolo ; le 24, elles étaient à Salaces.

Le prince de Conti ne jugea pas à propos, bien que ce fût l'avis de M. de la Mina, de les suivre dans leur retraite, qui pouvait n'être qu'une feinte pour l'éloigner de Coni et lui faire perdre un temps précieux ; il se rapprocha, au contraire, de cette place, et, tout en envoyant 3 B. de renfort aux troupes campées vers Saint-Roch entre la Stura et le Gesso, il prit, le 30, une nouvelle position au nord de Coni, entre la Madona del OImo et la Madona del Passo. La disposition des troupes fut la même qu'à Caraglio. Le quartier général s'installa à la Madona del Passo, couvert à l'extrême gauche par 3 B. français, 2 régiments de cavalerie et 2 de dragons.

L'intention de M. de Conti était de mener avec vigueur le siège de Coni et, une fois seulement cette place tombée, de frapper un grand coup sur l'armée du roi de Sardaigne. La fortune semblait soumise à la France; le roi de Prusse venait d'envahir une partie des États de la reine de Hongrie, et de la mettre hors d'état de secourir Charles-Emmanuel; la république de Gênes manifestait de plus en plus son intention de s'allier à nous, et, en attendant la conclusion du traité secret dont les clauses s'élaboraient en ce moment, travaillait activement à l'augmentation de son armée et de ses approvisionnements.

Les escadres françaises, commandées par MM. les chevaliers de Piosen et de Caylus, venaient de prendre enfin la mer et de quitter heureusement Toulon, profitant adroitement du départ des Anglais, qui s'étaient rendus en vue de Nice et de Villefranche dans l'intention d'y faire une diversion en faveur du roi de Sardaigne, et qui avaient repris le large dans la direction de Mahon aussitôt la nouvelle de la retraite de celui-ci sur Saluées et la sortie de Toulon des deux escadres françaises. L'amiral Mathews [lui-môme quittait

sa flotte et se rendait en Angleterre par terre, en passant par Turin.

Enfin les dangers qu'on aurait pu redouter de la fermentation des Vaudois sur les frontières, et des religionnaires en Dauphiné, n'étaient pas de nature à nous inquiéter sérieusement. Depuis le printemps, ces derniers s'agitaient beaucoup, surtout dans le Diois, malgré les menaces faites par M. de Chevert. On avait d'abord temporisé avec eux, faute de forces suffisantes pour recourir à la répression violente ; mais le parlement de Grenoble prit ensuite à leur égard des mesures sévères, et fit quelques exemples quand Tarmée, ramenée de Nice, put l'appuyer de sa présence et imposer ses décisions. Quoiqu'ils continuassent à tenir leurs assemblées, notamment à Nyons, le calme était à présent rentré dans les esprits. Les Vaudois faisaient de fréquentes incursions sur notre territoire, principalement dans la vallée de Queyras, et levaient partout de fortes contributions que les malheureuses comnmnes sans défense se résignaient à payer pour n'être pas brûlées. Cet état de choses avait pris fin. M. de Sauvigny ayant signifié au commandant des Vaudois qu'il userait sans pitié de représailles^ s'il mettait encore à rançon un village français. Bien que ce dernier prétendît que c'était le droit de la guerre, et que c'était sur l'ordre du roi de Sardaigne qu'il en agissait ainsi, il avait cessé aussitôt ses exactions, et plus tard ses bandes avaient été presque toutes refoulées au delà des montagnes, au point que, à l'exception de quelques bandits qu'on ne pouvait appeler du nom de soldats, il ne restait au mois d'août que peu de Vaudois (1) organisés dans le comté de Nice.

Tout semblait donc agir contre le roi de Sardaigne ; il était perdu, si l'on parvenait à s'emparer de Coni. Le prince de Conti le sentit à merveille. Comme depuis sa retraite à Saluées l'armée piémontaise n'avait dessiné aucun mouvement, il pensa qu'il pouvait quitter sans danger sa position à cheval sur la route de Busca et tourner

(1) Les Vaudois paraissent s'être établis d'abord dans la vallée de Pragela, car (•'est là qu'on a trouvé presque tous leurs traités religieux écrits en langue romane. Ils s'étendirent ensuite, du côté de l'Italie, dans les vallées de Saint-Martin, de Luserne; du côté de la France, dans la Val-Louise, dans le Queyras^ dans les vallées de Frcyssinière et de Barcelonnette. L'inquisition, fondée vers 1200, CDUimença à fonctionner, d'une manière active, en 1208 en France et en 1224 en Italie.

tous ses efforts du côté de la place assiégée. En conséquence, le 2 septembre, il ramena en arrière son aile gauche et, pivotant sur Notre-Dame de l'Olmo, l'établit de manière à se lier aux B. restés entre la Stura et le Gesso, et à étendre au nord l'investissement de Coni.

Il disposa ainsi ses troupes autour de cette ville : 28 B. etS6 E. de l'armée d'observation s'allongent sur la rive gauche de la Stura, tournant le dos à Coni; la brigade française de Poitou, 5 B., à la redoute de Picca-Rocca, sur la route de Busca en avant de Notre- Dame de l'Olmo ; 4 B. espagnols (Galice, 2 ; Merida, 1 ; Catalogne, 1) à Notre-Dame ; toute la cavalerie entre la redoute Picca-Rocca et la Stura, obliquement au cours de la rivière; les Français face à Caraglio et dans l'ordre suivant à partir de la droite, appuyée à Picca- Rocca : Commissaire-général, Chabot, Conti, Royal-Piémont (dra gons), Languedoc, la Reine.

L'armée du siège, entre le Gesso et la Stura, comprenait 21 B. et 4 E.; les Espagnols étaient sur deux lignes entre Notre-Dame de l'Olmo et Picca-Rocca, parallèlement à la route de Busca et face à Centallo (1).

A la gauche de la cavalerie, le reste de l'infanterie, sur les bords de la Stura et face à Busca (2).

14 B. étaient en avant de Saint-Roch et disposés à partir de la droite, appuyée au Gesso (3).

En arrière de la droite, près du couvent des Récollets (le quartier général), 4 B. français (la garde de M. de Conti, 1; Ile-de-France, I; gardes lorraines, I; Agénois 1), et derrière Saint-Roch les 4 E. de Dauphin. 3 B. français allèrent, du côté deMondovi, renforcer M. Gampo-Santo, établi avec 12 B. espagnols pour assurer le flanc droit de l'armée. Les magasins de vivres, les fours et les hôpitaux sont installés à Borgo avec 2 B. et des arquebusiers détachés pour

(1) fo ligne : Belgia, Numancia, Lusitania, Francia, Frisia. '2e ligne : Gardes du corps, Séville, régitiient du Prince.

(2) Espagnols : Asturies, 2 ; Edimbourg, 1 ; Cordoue, 1 ; Espagne, 1 ; Navarre, 1; Vittoria, 1.

Français .• Ségur, 1 ; Beauce, 1 ; Vivarais, 1 ; Quercy, 1 ; Anjou, 2; Lyonnais, 3.

(3) Espagnols .- Savoie, 2; Tolède, 1; Soria, 2; Majorque, 2; Reding, 1; Grenade, 1.

Français .- Stainvillc, I-, Brie, 1; Conti, 2: Galinois, 1.

les garder, el le parc de l'artillerie fut placé, celui des Espagnols devant Saint-Roch, près de la Stura, sous la protection du régiment de Blaisois.

M. du Chayla, avec 2 régiments de dragons et des compagnies de grenadiers, détaché en avant à Tarantasca, éclaira l'armée, et M. de Pignatelli, avec 1,500 chevaux et i-,000 grenadiers espagnols, se porta jusqu'à Centallo, où il resta jusque vers le milieu du mois de septembre. Ne trouvant aucun adversaire devant lui, il revint alors sur ses pas en tournant Coni et prenant position de l'autre côté du Gesso, à Spinitla, en interceptant la communication de la place avec Mondovi et complétant son investissement.

La tranchée était alors ouverte, et depuis la nuit du 12 au 13 les travaux de siège avaient commencé. Les bastions sur lesquels on cheminait étaient ceux de Caraglio, de Notre-Dame du Bois et de rOlmo, placés en face de Borgo. Les Espagnols avaient les attaques de droite, les Français celles de gauche. En outre, une batterie à ricochet placée sur la rive gauche de la Stura, et une autre sur la rive droite du Gesso, prenaient d'écharpe le front de l'enceinte où l'on comptait faire brèche. D'après l'opinion de M. de Maillebois, et selon les rapports officiels qu'il fit à ce sujet, Coni n'était pas une place de premier ordre par ses fortifications, mais dans une position si avantageuse pour la défense, que nous devions nous attendre à être chaque jour aux prises avec de nouvelles difficultés.

Pendant ce temps, le roi de Sardaigne ne restait pas inaclif. Depuis son départ de Busca, il s'était tenu dans sa position de Saluées, occupé à recruter son armée, à augmenter ses milices et ses Vaudois, et, en attendant les secours qui devaient lui venir de Lombardie et de l'armée de M. de Lobkowitz, il avait levé dans ses États tous les hommes propres à porter les armes depuis l'âge de 16 ans jusqu'à celui de 60. M. d'Orméa, de son côté, s'était avancé dans le Mondovi, y rassemblait les milices et les paysans, qui se levaient avec ardeur pour concourir à la défense du sol, et se trouvait, dès le l*""" septembre, à la tête d'une armée menaçant notre flanc droit et insaisissable dans ses montagnes. Les paysans du comté de Nice eux-mêmes avaient répondu à son appel et arrivaient journellement grossir le nombre de nos ennemis. Ils supportaient impatiemment notre domination. Contenus du côté du littoral par M. de Marcieu, qui, grâce à 2 B. de renfort, les avait au mois d'août re-

SUCCESSION D'AUTRICHK. — ITALIE (I744j. 69

poussés de Sospello, où ils s'étaient présentés en grand nombre, ils cherchaient de l'autre côté des monts à satisfaire leur haine contre nous.

Dans la vallée de la Maira et sur le flanc gauche de notre armée, le roi de Sardaigne avait également jeté quelques B. et des Vaudois qui nous disputaient les montagnes, menaçaient nos communications et même réussissaient, le 17 septembre, à s'établir au col del Mulo au-dessus de Vinadio. Tous ces rassemblements étaient disposés de façon à profiter du moment où notre armée serait vivement occupée au siège de Goni pour inquiéter nos convois, couper notre communication dans la vallée de Stura, forcer en mêm.e temps Borgo et venir attaquer notre parc d'artillerie entre la Stura et le Gesso, tandis que le roi de Sardaigne marcherait sur nous avec son armée.

Notre position , pour le siège et l'investissement de Goni, séparée nécessairement par la Stura et le Gesso, la disposition forcée de notre infanterie pour fournir aux travaux du siège, soutenir notre communication et assurer nos convois, la nécessité de garder Borgo, 011 étaient nos principaux dépôts, rendaient la réussite de ce projet vraisemblable, et furent sans doute les raisons qui l'inspirèrent au roi de Sardaigne. Son dessein ne nous était pas inconnu, et on prit toutes les mesures possibles pour y parer. Borgo fut mis en état de défense. Dès que le temps et les moyens le permirent, on retrancha le parc d'artillerie, et on mit la tranchée en état de recevoir vigoureusement les sorties de la place pour concourir à toutes ces attaques. 12 B., reste du corps de M. de Givry, laissés dans la vallée de la Stura, couvrirent notre ligne de communication avec la France, et quelques détachements envoyés du côté de Mondovi éloignèrent les partisans de M. d'Orméa.

C'était peu en présence des masses d'ennemis à contenir; aussi M. de Gonti jugea opportun de garder sous sa main autour de Goni des forces suffisantes pour repousser l'attaque principale du roi de Sardaigne, qu'il attendait du côté de la plaine.

Le gros de l'armée resta donc campé à la Madona del Oulmo retranchée aussi bien que possible, après la mise également en état de défense d'autres postes sur le front de la ligne que devait occuper l'armée en cas de bataille, entre autres celui de Picca-Rocca. La marche de l'armée piémontaise, qui pouvait passer la Stura pour

marcher à nous par le côté du Mondovi, ou venir par Villafaletto ou Centallo, couvrant sa gauche par la Sture, était la seule partie du projet de l'ennemi sur laquelle nous fussions dans l'incertitude.

Le 27, le roi de Sardaigne quitte son camp de Saluées et vient camper à Castigliole. Le 28, il prononce un mouvement sur sa gauche du côté de la Maira, nous masquant ce mouvement par un gros détachement posté à Villafaletto, et se porte à Lagnasco.

En même temps, sur nos derrières, les Barbets s'élançaient dans la vallée de la Stura, et attaquaient vivement nos postes établis aux ponts de Vignolo et de Loulle. Ils échouèrent dans leur tentative sur Vignolo, mais réussirent à s'emparer du pont de Loulle. Nos communications étaient ainsi de plus en plus compromises; le prince de Conti, déjà visiblement inquiet depuis quelque temps, se montra très affecté de cette affaire. «Tout ce que je puis dire, ajouta-t-il en en rendant compte à Versailles, c'est que tout cela prend une mauvaise tournure, n

Le 29, le roi de Sardaigne, ayant franchi la Maira et la Grana, dirige sa marche sur la Stura et s'allonge comme si son projet était de la passer et de se porter à Mondovi; il poussa même de Tautre côté de cette rivière un détachement qui s'avança jusqu'à Casteletto; lui-même campa ce jour même à la Magdeleine et à Morazzo; il couvrit sa marche par un gros détachement qu'il porta jusqu'à nos détachements avancés, dans le but de reconnaître notre position; mais nos avant-gardes, ayant donné l'éveil de l'apparition des ennemis, furent renforcées sur-le-champ et obligèrent ce détachement à se repKer.

Nous doutions cependant de la résolution du roi de Sardaigne de nous attaquer parla rive droite de la Stura; la crainte d'être à cheval sur cette rivière et qu'il ne nous dérobât sa marche pendant la nuit, la nécessité de ne pas nous éloigner du siège et de notre parc d'artillerie, la connaissance de sa supériorité en infanterie, nous engagèrent à l'attendre dans notre position et à ne pas perdre, en l'abandonnant, les chances favorables qu'elle nous offrait.

Tout est préparé pour le recevoir, et, sa marche bien confirmée par des émissaires et par des déserteurs, on décida, le 29 au soir, de prendre position, la droite à la Stura, au couvent de la Madona del Oulmo, et de faire avancer en ligne par un mouvement de conversion les troupes de notre ligne s'étendant le long de la Stura.

Toute la nuit, des partis en reconnaissance nous informaient successivement des progrès de sa marche, dont il ne fallut plus douter à la pointe du jour. La première ligne de notre armée s'appuyait au ravin de la Stura et au couvent de Notre-Dame de l'Olmo, position retranchée et garnie du canon nécessaire à sa défense.

Le centre , oh était la brigade de Lyonnais avec M. de Senneterre, restait soutenu par une grosse cassine, à droite et à gauche, avec deux batteries de pièces de campagne. A gauche de cette cassine s'appuyaient 11 E. de Pavie, de Frise et de Languedoc, appuyés par Royal-Piémont et Conti, garnissant un terrain découvert entre ladite cassine et celle de la Picca-Rocca, aussi retranchée, garnie de canon, et défendue par la brigade de Poitou.

La maison du roi d'Espagne, le régiment de Sevilla et celui de Commissaire-général formaient la première ligne de cavalerie, qui commençait à la gauche de la cassine retranchée de Picca-Rocca, et s'étendait jusqu'à une grosse cassine avec les 2 B. d'Anjou et trois pièces de canon. Le terrain dans lequel la cavalerie était placée ne se prêtant pas bien à un mouvement en avant, on occupa une cassine en avant de son front, où fut placé le régiment de Quercy, pour éloigner le feu de l'infanterie si l'ennemi étendait sa droite à hauteur de notre gauche. Les dragons d'Espagne, les régiments de Montez, du Prince et celui de Chabot, formaient la seconde ligne de cavalerie. Le régiment de la Reine (dragons) et 2 E. de dragons espagnols sont placés en potence sur le flanc gauche de la cassine où se trouve le régiment d'Anjou, pour observer le mouvement de l'ennemi et l'empêcher de nous tourner; on laissa en réserve 12 B, français et espagnols, formant la deuxième ligne d'infanterie, et, comme elle n'avait pas la même étendue que la première, la cavalerie s'intercala derrière l'infanterie dans les parties où la deuxième ligne ne pouvait s'étendre.

Toutes ces dispositions prises à 9 heures du matin, les troupes placées sur le terrain où elles devaient combattre occupèrent les cassines à la tête de la ligne, et attendirent l'ennemi avec la confiance et la joie qui sont des présages de victoire. Nous venions déjà d'en remporter une : Borgo avait été attaqué à la pointe du jour par des milliers d'hommes, descendus des montagnes de Boves, Robillante et Festiona pour surprendre nos derrières; mais M. de Lautrec, laissé pour commander entre le Gesso et la Stura,

l'ayant secouru à propos en y envoyant 2 B. d'Agénois, et le régiment Dauphin-cavalerie aux ordres de M. de Volvire, l'ennemi fut repoussé, se retira en désordre, poursuivi jusqu'à Roccavione, laissant deux à trois cents morts ou blessés sur le champ de bataille. Cependant l'armée piémoniaise avançait par la route de Centallo sur Coni, et nos détachements se repliaient en bon ordre, reprenant leurs postes dans la ligne.

L'infanterie ennemie, de 44 B., en marche sur trois colonnes, vint s'établir en arrière du chemin de Villefalette et de Tarentasca; sa gauche était appuyée à la Stura, et sa droite soutenue par sa cavalerie et flanquée de chevaux de frise. La colonne de gauche attaqua la Madona del Oulmo et les postes avancés des Espagnols; celle du centre attaqua le Lyonnais et notre centre; celle de la droite se contenta d'observer notre ligne de cavalerie. Cinq batteries de canon, placées sur leur front, se trouvaient réparties à intervalles égaux entre les masses de leur infanterie. L'action commença à midi et demi à notre droite vers la Madona del Oulmo, que les ennemis attaquèrent avec leurs grenadiers et croates, et se propagea sur toute l'étendue de la ligne d'infanterie jusqu'à la cassine du centre, où s'appuyait la brigade de Lyonnais. Le feu fut très vif de part et d'autre; les Français et les Espagnols, rivalisant entre eux, donnèrent de grandes preuves de valeur et de fermeté. Le prince de Conti prodigua sa personne, courant sans cesse d'un pointa un autre de notre ligne, parant aux dangers les plus pressants, excitant par sa conduite au. feu l'admiration de nos troupes.

Comme le roi de Sardaigne portait son principal effort au centre, on fit avancer, pour soutenir la brigade de Lyonnais, les régiments de Flandre, de Foix, de Brie et le 2* B. de Conti, aux ordres de MM. de Senneterre et de Courten; ce renfort amena le résultat espéré. Ces régiments chargèrent tous ensemble et rompirent la colonne de tête. Les Espagnols, qui s'étaient ébranlés en même temps, marchèrent aussi jusqu'aux postes avancés, chargèrent ce qu'ils avaient devant eux, quand ils furent ramenés par la colonne attaquée, et firent leur retraite en bon ordre, emportant un drapeau enlevé à l'ennemi.

Le prince de Conti fit soutenir alors ses brigades engagées par les régiments de l'Ile-de-France et des gardes lorraines, sous

M. du Ghastel, et ordonna une nouvelle charge, qui mit une deuxième fois le désordre dans la colonne des ennemis; puis, voulant profiter de l'ébranlement produit dans leurs rangs, et jugeant que ce moment déciderait de l'action, il lança les dragons postés à côté de la cassine de Lyonnais, en les soutenant par les régiments de cavalerie Royal-Piémont et Conli , et les mena luimême à la charge. Il passa les navilles au centre de la colonne des Piémontais, lorsque, leur infanterie s'étant rassemblée et ayant resserré ses colonnes, ces escadrons furent accueillis par un feu si vif et si nourri qu'ils ne purent l'aborder; ils revinrent toutefois, dans le meilleur ordre, se placer en potence sur le flanc de la colonne ennemie, où ils se soutinrent jusqu'à la fin de la bataille; leur contenance en imposa à l'ennemi à tel point qu'il n'osa plus s'avancer, craignant de prêter le flanc à cette cavalerie, pendant que notre infanterie l'aurait chargé en tête. Cette manœuvre contint l'ennemi , qui resta tout le jour exposé au feu de notre infanterie et de notre canon. M. de Gastelar, qui commandait la maison du roi et le reste de la première ligne, voyant les dragons s'ébranler, crut devoir aussi se mettre en mouvement, et marcha pour charger ce qu'il avait devant lui; mais la ligne d'infanterie, couverte par des chevaux de frise, l'obligea de se replier sous le feu du poste retranché de la cassine de Picca-Rocca. Pendant que ces mouvements se passaient à la droite et au centre, MM. du Chayla et Pignatelli, qui avaient reçu ordre du prince de Conti de chercher à tourner l'ennemi par sa droite, s'étaient avancés, avec quelques escadrons de la gauche de la deuxième ligne, pour reconnaître le terrain et prendre à revers la ligne ennemie. M. du Chayla avait trouvé un terrain favorable et le moment était propice. Les Piémontais étaient ébranlés, et une attaque vigoureuse sur leur flanc devait amener un succès décisif; M. de Pignatelli, n'ayant pas voulu, sans ordre du général espagnol, faire avancer sa cavalerie, et s'étant même retiré, M. du Chayla se crut obligé de le suivre. Force fut donc de soutenir la bataille sur tout le front de l'infanterie et de protéger les batteries.

Le feu diminua enfin, l'ennemi rebuté ne combattit plus que pour gagner la nuit et ménager sa retraite; il n'avait laissé que trois pièces destinées à soutenir l'arrière-garde. Le feu ne cessa qu'à 8 heures du soir, et l'ennemi profila de l'obscurité pour achever sa

retraite, ou plutôt sa déroute, abandonnant trois pièces de canon, des chevaux de frise, des morts, des blessés, et le champ de bataille.

On fit marcher à sa suite M. de Gorvolan avec un détachement de cavalerie; il ramassa en chemin plusieurs chariots de blessés, grand nombre de munitions, et poursuivit l'ennemi par le chemin de Fossano. M. de Gorvolan était soutenu d'ailleurs par deux autres détachements plus considérables aux ordres de MM. du Ghayla et de Pignatelli , et toute cette cavalerie se porta sur Genlallo et Tarentasca. Gette affaire coûta au roi de Sardaigne environ 6,000 hommes tués, blessés ou prisonniers; notre perte fut de 120 officiers tués ou blessés et environ 2,000 soldats, dont seulement 300 Français. M. de Solemy, colonel de Gonti, Laforce, colonel de Beauce, et de Ghabannes, aide-maréchal des logis, restèrent sur le champ de bataille.

Malgré la victoire de Goni, la situation ne s'était pas beaucoup améliorée. L'armée du roi de Sardaigne, quoique repoussée et considérablement amoindrie, restait encore numériquement égale à celle du prince de Gonti, et sa présence à Fossano constituait une menace incessante. Nos communications par la vallée de la Stura et le col de Tende étaient presque coupées, les subsistances manquaient, il n'en arrivait presque plus de Nice et de Barcelonnette, et le pays de Goni était épuisé; l'armée restait affamée et harassée.

La chute de Goni, flxée d'après les calculs des ingénieurs au 20 octobre, paraissait devoir, en raison des difficultés, être ajournée beaucoup plus loin. La saison s'avançait, et il eût été impossible d'hiverner sans avoir pris Goni; aussi, dès ce moment, l'éventualité de la levée du siège et de la retraite sur la France apparut comme possible. Par surcroît de malheur, des pluies torrentielles, qui survinrent du 1"' au 4 octobre, avaient grossi les torrents; le Gesso et la Stura débordés emportaient nos ponts. Les différentes parties de l'armée se trouvaient séparées et hors d'état de se secourir mutuellement. En outre, le roi de Sardaigne, le jour môme de la bataille de Goni, profitant de la faute de M. de Pignatelli repassé sur la rive droite de la Stura, avait jeté sur Spinetta un fort détachement et détruit nos travaux d'attaque de ce côté, abandonnés depuis la veille. La crue des eaux nous empêchait de repasser le Gesso et de les rétablir; l'investissement n'était plus

complet; et même les Piémontais, après cinq jours de travaux, réussissaient, le 6 octobre, à rétablir sur cette rivière un pont que nous avions détruit et à y jeter un secours. Nos détachements dans le Mondovi étaient attaqués de tous côtés, nos postes harcelés et surpris. 150 hommes du régiment d'Anjou venaient, entre autres, d'être enlevés le 5 octobre.

Le prince de Conti opposa k tous ces contretemps un calme et un sang-froid remarquables; par ses ordres, les travaux furent rétablis et le siège reprit au bout de peu de temps son cours. Pour en imposer au roi de Sardaigne dans ces circonstances désastreuses il masque, autant que possible, cette retraite partielle qui ouvrait Coni du côté de Mondovi et mettait ainsi fin à l'investissement : M. de Pignatelli avec sa cavalerie se dirigea sur Centallo, et M. du Ghayla alla le soutenir à Tarantasca. Ces démonstrations n'étaient qu'audacieuses, et l'audace restait sans effet. Le sentiment même de l'imminence d'une retraite, en cas d'insuccès, engagea M. de Conti à redoubler d'efforts; sentant qu'il n'avait pas un instant à perdre, il songeait même à forcer le dénouement et était décidé à tenter, vers le 10 octobre, un coup de vigueur pour s'emparer brusquement de Tavant-chemin ouvert. Il renonça toutefois à cette entreprise trop risquée.

Tout en s'attachant avec opiniâtreté à la prise de Coni et ne désespérant pas encore de voir succomber cette place, il songea, en général prévoyant, à assurer sa retraite. Les chemins et les ponts, défoncés par les débordements ou détruits, furent rétablis; le pont de Loulle, d'oîi les Piémontais avaient été préalablement chassés, est remis en état, et des renforts sont envoyés dans la vallée de la Stura, destinés à la couvrir contre les incursions des Barbets. 2 B. occupent Cajola et Majola; 1 B. de Mignons (1) prit position sur

(1) Pendant cette campagne, les Vaudois sont souvent aux prises avec les nilquelets ([ue l'infant don Philippe avait amenés ; Je véritable nom de ces fusiliers de montagne, est los Mignoiies (les Mignons). 11 était prescrit à tous les corps qui avaient affaire à ces tirailleurs de ne jamais se séparer en petites bandes. Après des recherches inutiles dans les archives de la guerre et les papiers militaires de cette époque en Sardaigne, ne pouvant accepter le sens donné aux familiers d'Henri 111, j'ai été entraîné à conclure que le roi Emmanuel avait organisé en B. les jeunes fils de famille d'Italie, et leur avait donné cette dénomination étrange, de même que, sous le premier emiùre, Napoléon, en 1813, organisa les E. de gardes d'honneur, tous fds de famille comme les pages.

les hauteurs de la rive gauche; Rocca-Sparviera reçut des renforts ainsi que Yignolo. Le parc d'artillerie, près de Saint-Roch, fut replié, le 12, sur la rive gauche de la Stura pour le mettre en sécurité, sans interrompre toutefois le feu contre la ville.

Les Espagnols se montraient les plus ardents à abandonner immédiatement le siège de Coni. Dès le 14, M. de la Mina s'était exprimé à ce sujet avec une vivacité presque révoltante. L'infant penchait de son côté; le prince de Conti tenait ferme, tout en espérant peu. Mis au courant de notre situation critique et peut-être des idées de retraite qui commençaient à germer, et qu'ils supposaient avec raison devoir affecter le moral d'une armée , les assiégés tentèrent, le 15 octobre, une sortie et débouchèrent sur nos lignes d'investissement entre le Gesso et la Stura. Cette sortie ne réussit pas, ils furent rejetés avec grandes pertes derrière leurs remparts. Cette tentative, malgré le résultat, démontrait que la garnison n'était nullement découragée, qu'elle se savait soutenue, et l'audace dont elle donnait preuve n'était pas de nature à faire espérer une capitulation prochaine. Les phases régulières du siège reculaient outre mesure l'époque du dénouement que la présence des armées de secours rendait d'ailleurs de plus en plus chanceux.

M. le prince de Conti le sentit et céda enfm, quoique à regret. Un conseil de guerre s'assembla aussitôt chez l'infant, le 17 octobre, et décida qu'il n'y avait plus à espérer pouvoir rétablir l'investissement. Il était de toute nécessité de lever le siège en toute hâte et d'opérer avant la mauvaise saison la retraite au delà des Alpes. On y agita également la question de savoir si l'on conserverait Démonte et si l'on s'y maintiendrait pendant l'hiver, de manière à conserver pour la campagne prochaine un pied dans la vallée de la Stura, ou si on l'évacuerait, après en avoir toutefois rasé les fortifications; il en fut référé à Versailles, et, dans un rapport très détaillé, M. le prince de Conti fit ressortir les avantages et les inconvénients des deux solutions, tout en inclinant pour conserver Démonte. Il ajoutait, à l'appui de son opinion, la nécessité de rassurer les Génois, dont notre départ, en abandonnant totalement la vallée de la Stura, pouvait refroidir le zèle. En attendant les ordres demandés à ce sujet, il commença le mouvement rétrograde de l'armée.

Du 17 au 22 octobre, les hôpitaux, les magasins de'vivres, sont évacués, l'artillerie retirée des batteries, et nos convois successifs se mirent en marche sur Démonte.

Le 22, l'armée elle-même leva le siège de Coni. La cavalerie vint camper à Démonte, l'infanterie à Majola. Le 23, cette dernière arrivait à Démonte et y ralliait tous les détachements, tandis que la cavalerie, suivie par les convois d'artillerie, se remettait en route vers le passage des Alpes au col de l'A rgenlière et rentrait en France. Cette retraite de Coni à Démonte, bien que difficile, s'opéra dans le meilleur ordre et avec la plus grande précision; l'armée ramena tout son matériel avec elle et ne laissa aucun traînard.

Le roi de Sardaigne, qui, dès le 14- octobre, avait de son camp de Fossano lancé sur sa droite, au delà de Maresco et de Pomaroio, de forts détachements pour appuyer ses troupes dans la vallée de la Maira, restait immobile. Il ne s'ébranla qu'à la nouvelle de la levée du siège de Coni et de notre marche sur Démonte. Il nous suivit alors dans la vallée de la Stura et s'établit à Vignolo le 20 octobre, y campa avec une partie de son infanterie; le reste occupa les hauteurs qui dominent Valloria et Festiona, son avantgarde s'avança à Majola, et des détachements de grenadiers et de varasdins (1) se portèrent jusqu'en vue de nos positions de Demonte.

Dès la levée du siège de Coni, M. de Conti s'était mis en mesure d'exécuter, quels qu'ils fussent, les ordres de Versailles au sujet de la conservation ou de l'évacuation de la position de Démonte. Dans la première de ces prévisions, les remparts avaient été réparés, la forteresse remise en état, et, en outre, une nouvelle ligne de fortification passagère avait été rapidement élevée par les troupes, du 24 au 30 octobre, du côté de l'ouest. Elle s'appuyait aux montagnes à gauche et à la Stura à droite, enveloppant la hauteur de Pogio; le 30 octobre, l'armée avait pris position derrière cette ligne. Dans le cas où Démonte devrait être évacué, toutes les fortifications permanentes étaient minées; il suffisait d'un signal pour n'en faire qu'une ruine.

(1) La Croatie autrichienne se divisait en Croatie civile ou royaume de Croatie qui fait partie des pays hongrois, formé de trois gouvernements, et en Croatie viilitaire ou généralat réuni de Caristadt-Wurasdin et du banat de Croatie divisé en huit régimenis.

Pendant que ces travaux s'exécutaient à Démonte, le roi de Sardaigne détachait sur sa droite 10,000 hommes qui s'avançaient dans la vallée de la Maira, avec l'intention de couper notre communication. M. de Conti crut donc prudent d'assurer ses derrières d'une manière plus efficace, et dans ce but il envoya, le 30 octobre, M. de Lautrec, avec 8 B., prendre position à Sambuco. En outre, 1 B. est placé à Pont-Bernard et 4 B. s'établissent à Vinadio pour relier M. de Lautrec à l'armée, et, quelques jours après, il est encore renforcé de 5 B. De son côté, M. de Mirepoix dirigea sur Barcelonnetle les régiments de Vigier et de Senneterre.

La réponse de Versailles arriva enfin à Démonte vers le 12 novembre. Les instructions du roi étaient formelles : faire sauter les fortifications de Démonte, l'évacuer et rentrer en France.

M. de Conti s'y conforma aussitôt : le 14 novembre, à midi, les 17 B. encore à Démonte prirent les armes, rangés en bataille à distance du fort, et sous leurs yeux le feu est mis aux mines. En quelques instants, le fort, les retranchements de campagne construits pour l'armée sont bouleversés, et à la nuit commença sa retraite.

L'armée, le 15, à la pointe du jour, entrait à Sambuco et, après un repos de quelques heures seulement, reprit sa marche pour camper le soir à Bersezio, le lendemain à l'Argentière, et le 17 à l'Arche. Elle s'y établit , couverte en arrière par 7 B. à la maison Méane et 1 aux granges de l'Argentière. M. de Ghevert, qui avait fait, alternativement avec M. de Courten, l'arrière-garde, était resté au delà des Alpes à l'Argentière pour protéger la marche de l'artillerie qui, dans ces sentiers difficiles, ne pouvait avancer aussi rapidement que l'infanterie; il rejoignit, le 21, sans avoir été attaqué sérieusement par les nombreux détachements que sa belle contenance tint en respect.

Immédiatement après l'arrivée au camp de l'Arche, l'armée se sépara. L'infant partit le premier pour Gap, puis à Marseille. Les Espagnols le suivirent les 19 et 21 novembre. Ils allèrent, la plupart, prendre leurs quartiers d'hiver dans le comté de Nice; quelques régiments seulement furent dirigés sur la Savoie.

Quant aux Français, ils restèrent provisoirement en cantonnement dans la vallée de Barcelonnette et ne se mirent en mouvement que le 26 novembre, pour prendre les quartiers d'hiver assignés dans le Dauphiné et la Provence.

M. de Maulevrier reste à l'Arche avec 5 B., et l'artillerie fut établie à Gleissole et à Jausiers, où elle était en sûreté derrière lui. 5 autres B., sous M. d'Argouges, occupèrent la vallée de Barcelonnette, et 7 B., aux ordres de M. de Larnage, s'établirent vers Embrun et Gap. Le reste, avec MM. de Ghevert et de Rivière, s'installa dans la basse Provence. Le roi de Sardaigne, de son côté, ramena ses troupes en arrière et les répartit en Piémont et dans le Montferrat.

Le prince de Conti, qui, après la rentrée des troupes, avait porté son quartier général à Barcelonnette, quitta cette ville le 1" décembre et se rendit à Versailles. Le roi venait de l'autoriser à quitter l'armée pour rendre compte de sa mission. Aussitôt son départ, M. de Marcieu reprit le commandement dans le Dauphiné et dans la vallée de Barcelonnette, et M. de Mauriac commanda en Provence, en remplacement de M. de Mirepoix ayant obtenu un congé, comme plusieurs autres officiers généraux.

L'infant partit de Marseille, le d9 décembre, pour se rendre à Nice, afin d'y régler l'installation d'hiver de son armée. Il y arriva le 24, accompagné de la plupart de ses officiers généraux et précédé ou suivi du gros de ses forces, alors de 31 B. Il les répartit dans le comté de Nice, sur le littoral entre Vintimille et Porto-Maurizio, et jusque dans la principauté d'Oneille, dans la région montagneuse de laquelle le roi de Sardaigne avait mis en observation un corps de 48 B. Pour donner place aux Espagnols dans le comté de Nice, les Français évacuèrent ce comté et rappelèrent les 6 B. laissés en Provence. Au delà du Var restèrent 2 B. occupant Oneille avec les Espagnols. C'est dans ces positions que l'armée combinée passa l'hiver de 1744 à 1745.

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