BEAUVAL, LUCIEN
LUCIEN, apercevant Beauval.
M. de Beauval...* (A part.) Me poursuivre jusqu’ici, c’est singulier!...
BEAUVAL
Vous n’êtes pas venu au rendez-vous, monsieur Lucien, je viens vous trouver... j’irai droit au but, et les circonstances sont telles que je n’hésite pas à vous faire un aveu dont un autre rougirait peut-être. Le bonheur d’une enfant que j’ai élevée, de ma nièce, dont je suis le tuteur, fait taire en moi tout sentiment d’orgueil.
LUCIEN
Je ne vous comprends pas, monsieur.
BEAUVAL
Sur votre réputation bien méritée, sur les instances de votre père que je connais de longue date, je vous ai appelé chez moi, pour faire le portrait de ma chère Clotilde ; c’était une imprudence, mais pouvais-je penser qu'une passion naîtrait entre l’artiste et le. modèle?
LUCIEN
Je vous jure, monsieur, que jamais un mot de ma part...
* Bo.iUT.ll, Lufiion.
BËADVAL.
Mon Dieu, je no vous accuse pas: moi seul, je suis blâmable, mais je ne puis me dissimuler la vérilé... (Avec un effon pénible.) Ma nièce vous aime...
LUCIKN.
Oh! c’esi impossible...
BEACVAI..
Elle vous aime, vous dis-je, je l’ai deviné à ses demi-confidences, à son désespoir, à ses larmes... el votre union avec elle, peut seule réparer la faute que j’ai commise.
LUCIEN
Monsieur de Beauval, je ne veux pas vous offenser, mais je ne puis oublier que celui auquel vous faites une offre si inattendue, a été chassé de chez vous et que vous l’y rappelez au moment où il dépend encore de lui d’accepter une fortune considérable. (Clématite paraît sur la galerie et écoute.)
BEAUVAL
Quoi de plus naturel!... cet heureux événement rapproche les distances, il m’excuse aux yeux du monde el me permet d’obéir à mon cœur... Et, si ma position brillante ne me met pas à l’abri de tout soupçon, un seul mol suffira pour vous prouver mon désintéressement ; en signant le contrat, j’institue ma chère Clotildc héritière de tout ce que je possède.
CLÉMATITE
Ah ! il cherche à rentorliller pour l’empêcher d’épouser Valentine I
LUCIEN
Monsieur, je crois à votre loyauté et j’y répondrai en homme loyal ; je suis décidé à refuser la donation do Mme de Ransberg, pour épouser mademoiselle Valentine ; je ne puis donc accepter l’union que vous m’offrez.
CLÉMATITE
Bien fait... (Sar un mouvement de Beauval elle disparaît.)
BEAUVAL
Ainsi, pour une folie de jeunesse qui compromet votre avenir, vous refusez de rendre le calme el le bonheur à une famille où votre présence a apporté le trouble et la douleur?...,
LUCIEN
J’ai fait un serment, et je veux le tenir... Je sais, monsieur, que vous avez toujours été bon pour mon père, que vous lui avez rendu, autrelbis, un très-grand service, el j’attribue à celte affection pour le vieillard', la bienveillance que vous montrez à son fils... ma reconnaissance en sera éternelle... Mais, encore une fois, je dois refuser l’honneur que vous me
t'iites. (Il salue et se dirige vers l’escalier.)
BEAUVAL
Un dernier molj monsieur Lucien : votre père vous a-t-il dit quel service je lui ai rendu ?
LUCIEN, surpris.
Non, monsieur, (n revient lentement vers Beauval.)