‹ Les gueux de Beranger drame en cinq actes, mele de chantChapitre 8 sur 108 · TOUS DEUX · texte numérisé non relu

TOUS DEUX

Ma main... (iis s'arrêtent comme stupéfaits. )

OLIVIER

Hein?...

LUCIEN

Tu dis?... lu veux lui parler de mariage ?

OLIVIER

Tu lui en as déjà parlé?

. Oui.

OLIVIER, avec Iiumeur.

Sans me prévenir?

LUCIEN

Est-ce que je savais que tu aimais Valentine?

OLIVIER, brusquement.

Tu l’aimes bien, toi I (Avec un peu d'aigreur.) Et qu’a-l-clle répondu à cette belle déclaration ?

LUCIEN, hésitant.

Dam ! si je ne craignais pas de te faire de la peine...

OLIVIER

Elle a accepté?

LUCIEN

Oui. ■

OLIVIER, avec dépit.

Ça n’est pas étonnant, je n’étais pas là pour conlre-balaiicer... car enfin, on n’est pas plus mal tourné qu’un autre... (Tl marche avec agitation.) Mais Monsicur prend l’avance... en sournois... sans prévenir...

LUCIEN

Olivier...

OLIVIER, avec colère.

Ça ne se fait pas... on prévient!

Mais encore une fois j’ignorais... je ne pouvais me douter...

OLIVIER, brusquement.

Vous auriez dû deviner !... moi qui l’aimais tant ! qui l’aurais rendue si heureuse ! (ll s’assied sur la chaise occupée précédemment par Valentine.)

LUCIEN, près do la table.

Est-ce que je ne suis pas capable de faire son bonheur, moi?

OLIVIER, le regardant avec ironie.

Vous! un malheureux peintre de portraits! qui a du talent, ie le reconnais, mais enfin, est-ce que vous avez une position a lui offrir?

LUCIEN

Je t’engage à parler do la tienne!... toi qu’on a surnommé le médecin des pauvres.

OLIVIER, se levant et venant au milieu de la seine.

Moi, i’ai des malades, j’en ai même beaucoup, ils ne me paient pas,* c’est vrai, mais c’est parce qu’ils ne le peuvent pas... AhI moi qui croyais àl’amiliè... à ce sentiment si pur... à cette première illusion de la jeunesse... maintenant je n’y crois plus.

Ah! c’est affreux ce que lu me dis là.

OLIVIER

Air : De la vieille.

Puisque le destin vous seconde Aimez-ia, je pars de ce pa.s,..

(Il prend son chapeau qu’il a déposé sur la lableO

LUCIEN

Où vas-lu ?

OLIVIER, près de la porte du fond.

' Jusqu'au bout du monde,

Partout où vous ne serez pas I Oui, je vais jusqu’au bout du monde,

(Amèrement.)

Où mon ami ne sera pas! (6û.)

LUCIEN, qui l’a suivi, s’animant.

Est-ce bien vous!... un camarade, un frère!

De mon devoir je n’ai rien oubiié,

Et par l'amour, par l’amilié sincère,

Quand mon bonheur 'est complet sur ia terre.

As-tu te droit, cœur sec et sans pitié.

De m’en reprendre la moitié.

Tu ne dois pas, cœur sec et sans pitié,-

Me retirer ton amitié. (Olivier reste pensif.)

Page 1