VIOLATION DES PRIVILÈGES ET DU SERMEMT DE LA JOYEUSE- ENTRÉE
Champagney flétrit ensuite ^ « divers ordres contraires aux passés en ung conseil extraordinaire souverain et particulier lez le gouverneur général, dont estrangiers et igno-
< Mémoires historiques et politiques sur les Pays- Vas autrichiens, t. I, p. 46, 47, 49 et 50 (éd. de 1786). •2 Édité à Bruxelles, dans les Mémoires de Champagney. * Dans une Succursale du tribunal de sang, p. 1C8. 4 P. 227.
rans, à jour et plain, de l'estat, usances et formes de ces pavs ont tenu le gouvernai, qui n'ont quasi jamais sceu faiVe une apostille à droit en une requeste par lequel le Rov a perdu plus de vassaulx' que n'avoient consomme toutes les içuerres précédentes contre France, soubs prétexte de quelques conflscations que eulx-mesmes on mangé pour la plus part, sans les esclandres qu ils ont encçendré, désolans une infinité de bonnes familles. .
En présence d'une telle unanimité des ecrivams gouvernementaux en faveur de l'opinion que je soutiens, il est aisé de comprendre l'enthousiasme avec lequel tous les partis accueillirent, en 1580, ces fières paroles du prince d'Oran-e • « Qu'il (Philippe 11) soit roy en Gastille, en Arragon, à Naples, aux Indes et partout où il commande à plaisir; qu'il le soit, s'il veut, en Jérusalem ; paisible dominateur en Asie et en Afrique, tant y a que je ne coiïnois en ce pays, qu'un duc et un comte duquel /a puissance est limitée selon nos privilèges, lesquels il a jurés en la Joyeuse-Entrée. »
Au^surplus, pour prévenir les roueries et les vengeance de Philippe II, les confédérés avaient eu la precaut on de se Cre'Sctroyer, le 25 août 1566, de Marg"en e de Parme, des lettres d'assurance qui les mettaient a abr. de toutes poursuites au sujet du Compromis et de la
^Tmèï son système, M. Koch s'efforce de prouver * la légalité de la condamnation des comtes d'Egmont et de Hornes par le conseil des troubles; il va même jusqua accuser de mauvaise foi ceux qui la contestent '.
V Sa un reproche bien sévère et qui atteint en première ligne M. Gachard. L'honorable archiviste, eu effet, non-
t Le Pctit, t. Il, p. i^O-m.— Correspondance de Philippe II, t. Il,
i Unlersiichungen, p. 176 178. r»,.!r.ht<;har.
3 „ Und es Ist unrcdllch gcliandelt dcr Competenz zciner Gonchtsbar-
kcit die Ancikcunung zu versagen » Ib., p 177.
tlli
seulement a refusé de reconnaître la légitimité de la juridiction du duc d'Albe sur les deux seigneurs; mais encore il a démontré la haute illégalité de leur arrestation , en réfutant de point en point les sophismes du gouverneur
général *.
La seule juridiction qu'ils eussent à reconnaître avait été fixée, le 8 décembre lo31 , par un édit perpétuel de Charles-Quint , qui portait « que ce prince et ses successeurs, chefs et souverains de l'ordre de la Toison d'or, et point d'autres, connaîtraient, de l'avis des chevaliers, leurs confrères, ou de la plupart d'entre eux, assemblés en chapitre, des fautes et méfaits des chevaliers et des officiers de l'ordre; que le chef et souverain ou son commissaire, chevalier du même ordre, autorisé par ordonnance expresse, pourrait poursuivre ceux qui, après des informations, seraient trouvés coupables de quelque cas notoire, par voie d'arrêt et de détention de leurs personnes , de ravis, toutefois, de dix chevaliers ou de tel autre nombre que les circonstances du temps et l'exigence du cas pourraient permettre, en plaçant les coupables, dès qu'on s'en serait saisi, « sous la (jarde du collège et amiable compaignie de Vordre, » pour être pris connaissance de leur cas par le chef et souverain ou, en son absence, par son commissaire, chevalier du même ordre, et par les chevaliers, ses confrères : bien entendu, néanmoins, que ledit commissaire, qui, en l'absence du souverain, aurait instruit avec ses confrères le procès du coupable, serait tenu, avant de le juger, de l'envoyer au souverain avec leur avis pour, par celui-ci et les autres chevaliers, au nombre de six pour le moins, assemblés en chapitre, et après y avoir entendu aussi les avis des absents qui seraient les plus instruits du cas, être examiné et décidé, comme, en justice, il serait trouvé appartenir 2. »
i Gachard, Collection de documents inédits concernant Vhistoire de a Belgique, 1. 1, p 347-349.
^ Collection citée, p. 349 et 330.
M le procureur général de Bavay, décoré des insignes de la maison d'Autriche, a voulu, lui aussi, rompre une lance pour le triomphe du bon droit. « Comme le duc d'Albe dit- il S reprochait aux tribunaux ovdmaires de ne condaiJiner que sur des faits prouvés 2, il jugea plus convenable de s'attribuer à lui-même la connaissance de ces différentes causes et d'en confier l'inslruclion à un conseil spécial organisé par lui, et qu'il associait quelquefois a ses délibérations. C'est ainsi qu'il porta lui-même, « le tout bien meurement délibéré avec ceux du conseil étant auprès de sa personne 3 » la sentence quijrappait le comte d'Egmont, et qui violait tout à la fois les privilèges du Brabant et ceux de la Toison d'or. Charles-Quint s'était, en eff^et , réservé « à lui seul et a nuls autres » par son édit perpétuel de 1531 S le droit de juger en toute souveraineté, « par Vadvis des chevaliers, ses confrères, ou de la plupart d'eux assemblés en chapitre, les mauvais cas, fautes ou mésus qu'ils pourroient commettre. » Il s était éiïalement réservé le droit de faire arrêter préventivement les coupables, « de l'advis, toutefois, de six chevaliers, confrères dudit ordre, et autrement non. » Il voulait, enfin comme le disait encore son ordonnance, obvier de cette manière a ce que les chevaliers fussent « induement et à tort outragés, comme le seigneur don Jean Manuel, arrêté (en 1513) sans ordre et à l'insçu de ses confrères. » Il est donc évident qu'on ne pouvait pas arrêter le comte d'Eirmont, chevalier de la Toison d'or, sur un ordre personnel de Philippe II, et sans un avis préalable des chevaliers, ses confrères; qu'on ne pouvait pas davantage le soumettre à une autre juridiction que celle des chevaliers ou de la plupart d'eux assemblés en chapitre.
« Pour échapper à cette conséquence rigoureuse, le duc
1 Le Procès du comte d'Egmonty p. 8-13.
2 Gachard, Notice sur le conseil des trouves, p. 5. 5 Supplément à Strada, t. I, p. 253.
'* Jurisprudentia heroica, p. 463.
d*Albe exhumait, dans une lettre à Philippe II *, une résolution prise à Bruges en 1468, et qui distinguait entre les crimes et les questions d'honneur ou de chevalerie, abandonnant les uns à la juridiction personnelle du souverain et les autres au chapitre même de la Toison d'or 2. Mais le duc oubliait que Charles-Quint avait abrogé, par une disposition finale, « tout ce qui pouvoit avoir été fait ou statué au contraire dans les chapitres précédents. » Il oubliait qu'en portant son ordonnance, Charles-Quint avait eu pour but, comme il le disait lui-même, d'obvier à ce que les chevaliers fussent « induement et à tort outragés comme le seigneur don Jean Manuel, arrêté sans ordre et à Vinsçu des chevaliers, ses confrères. » Il oubliait, enfin, que le seigneur don Jean Manuel n'avait pas été arrêté pour un fait de chevalerie, mais pour un crime de lèse-majesté %et que Charles-Quint avait, dès lors, abandonné les crimes de lèse-majesté à ses confrères, aussi bien que les questions d'honneur et de chevalerie ; qu'il leur avait abandonné, en un mot, tous les « mauvais cas, fautes ou mésus » dont ils se rendraient coupables , et qu'il avait, par conséquent, abrogé d'une manière positive la distinction admise au chapitre de Bruges en 1468.
« Cette distinction assurait, d'ailleurs, au souverain, à l'égard des chevaliers, une suprématie incompatible avec les devoirs de confraternité qu'ils avaient mutuellement à remplir, et qui n'étaient pas moins impérieux pour le souverain que pour les autres membres de Vamiable cornpaîgnie. Cela est tellement vrai qu'après avoir examiné, au chapitre de Tournai, la conduite des chevaliers qui s'y trouvaient, le chancelier de l'ordre exposa à Charles- Quint lui-même qu'on lui reprochait d'être un peu lent dans l'expédition des affaires, de s'occuper des petites et de négliger les plus importantes, de ne consulter que peu
au point son conseil , de payer fort mal les gens de sa cour et ses gens d'armes, de ne pas composer enfin de personnes convenables ses tribunaux de justice, ou les affaires se traitaient avec beaucoup de lenteur ; et le roi des deux mondes répondit à ces griefs comme aurait pu le faire le moindre chevalier; il assura même ses confrères qu'il mettrait tout en usage pour y remédier *. Faut-il s'étonner, après cela, qu'il ait renonce a toute juridiction personnelle dans le même chapitre, et qu il ait abandonné à ses confrères ce qui n'aurait jamais du cesser de leur appartenir? La volonté de Charles-Quint était donc évidente; aussi les poursuites exercées par le duc d'Albe « à Vinsçu des chevaliers, » provoquèrent les plus vives réclamations de leur part. Mais Philippe ne daigna pas même y répondre, quoiqu'elles lui fussent adressées par l'empereur d'Autriche, le duc de Bavière, le duc de Lorraine et par d'autres personnages considérables; 1 chargea, au contraire, le duc d'Albe d'en finir le plus tôt possible, « moyennant quoi, disait-il, et en dec amnt en son temps les justes causes de ce qui sera fait tout e monde s'appaisera 2. C'était, comme on le voit la théorie du fait accompli, ressource ordinaire de la faiblesse ou de
Î3 violence
» Comme seigneur de Gaesbeek et membre des états de Brabant, le comte d'Egmont trouvait une autre garantie dans la Joyeuse-Entrée, puisqu'elle obligeait le souveram à ne jamais traiter les seigneurs ou autres, « baenrotsen en luyden van Brabant, » que par droit et sentence, d'aorès les lois particulières du pays, « met vomis en redt naer de rechien van de steden en banken, daev het behoort en schuldig zal zyn te geschieden; » et cette garantie repoussait également la juridiction improvf ^ du duc d'Albe. Elle la repoussait même avec plus de lorce
4 Gachard, Collection citée, p. 343.
2 De Reiffenberg, Histoire de la Toison d'or, p. 46 et 49.
3 De Reiffenberg, p. 282 et suiv.
1 Df Reiffenberg, p. o/D.
^1 Correspondance de Philippe II, t. I, p. 575, 577, 08I, 588 et 60i;
t. II, p 18.
peut-être que l'édit de Cliarles-Quint, puisqu'elle n'avait pas été octroyée par la faveur du prince, mais qu'elle formait une des conditions acceptées autrefois par le duc de Bourgogne, en échange de la souveraineté que lui déféraient les états de Brabant. La comtesse d'Egmont cherchait donc à obtenir leur appui ; elle espérait les intéresser h une cause où l'on violait, dans un de leurs membres, la loi du contrat qu'ils avaient eux-mêmes stipulée. Mais au lieu d'adresser une solennelle protestation au duc d'Albe, les états de Brabant se bornèrent à le « jnier bien humblement de faire observer, en ce et à tous autres cas, les traités et contrats faits par Sa Majesté avec lesdits remontrans, ensemble tous autres droits et privilèges du
pays. »
« Le duc, on le pense bien, s'inquiétait assez peu d'une humble prière et d'une remontrance faite en toute humilité '. Il se borna donc à répondre que leur privilège ne s'étendait pas aux crimes de lèse-majesté ^; et, cependant, il avait été reconnu en toutes matières, « in aile zaelien, » par Philippe le Bon et par Philippe II lui-même. Le comte d'Egmont, qui ne pouvait être jugé que par le conseil de Brabant, aux termes de la Joyeuse-Entrée, ou par « ses confrères de la Toison d'or, » d'après l'ordonnance de Charles-Quint, se vit donc livré à un tribunal d'où l'on avait exclu tous les conseillers de Brabant, comme trop attachés à leurs privilèges 3, et qui ne lui présentait, au lieu de confrères, que des ennemis personnels ou d'aveugles instruments du duc d'Albe. »
Mais le reproche de M. Koch atteint une autorité tout autrement compétente. Cette autorité', c'est celle de la sœur même du roi, de la duchesse Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas.
i Supplément à Strada, t. I, p. 20.
2 Lettre de Viglius à Hopper^ février 1568.
■^ « CiimduxinteUigereteosprivilegUs suis mordicus inhœrere. Même
lettre .
Le héraut d'armes de la Toison d'or, Nicolas de Hammes, un serviteur, par conséquent, et non pas un membre de cet ordre, avait tout fait pour exciter la colère de la duchesse. Quoiqu'il ne fût pas même Belge, quoiqu'il ne fût que Français naturalisé, il avait pris la part la plus active à une série de faits qui, aux yeux de Marguerite, le représentaient comme le plus coupable de tous les nobles de ropposition. Eh bien ! malgré le vif désir qu'elle avait de le châtier d'importance, elle ne l'osait pas, précisément parce que, comme elle l'écrivit h Chantonnay, ambassadeur d'Espagne à Vienne, Hammes était officier de l'ordre et, par couséqnmUjusticiableduroi et du chapitre delà Toison d'or. Ce n'est pas tout : incontinent après la mort du marquis deBerghes (21 mai 1567), le roi ordonna à Marguerite de saisir les biens du défunt et de commencer contre lui des informations judiciaires. Elle répondit à son frère le 11 septembre, c'est-à-dire deux jours après l'arrestation des comtes d'Egmont et de Hornes, qu'elle ne pourrait opérer cette saisie sans une condamnation préalable du marquis, et quant aiix informations, elle ajouta : « Monseigneur, cela ne se peult faire droictement que par ordonnance et décret seullement de Vostre Majesté, àl'advis, pour le moins, de six chevaliers de l'ordre pour procéder solennellement selon les statuz d'icelluy, assçavoir le XIII, XIV et XV article de l'institution dudict ordre, depuis amplié par statut perpétuel faict par feue Sa Majesté Impériale au chapitre tenu à Tournay en l'an MDXXXI, comment est aussi de mesmes des officiers du dict ordre, qui ha esté cause que l'on ne ha sceu procéder contre Hames comme j'auroie bien désiré. » Telle fut l'opinion de Marguerite de Parme sur l'inviolabilité des privilèges de l'ordre de la Toison d'or. Le duc d'Albe en jugeait autrement. Egmont et Hornes furent les premières victimes de ses roueries de procureur, qui lui avaient été suggérées par Viglius ', par ce même Viglius
1 Correspondance de Philippe II, t. II, p. l. — Koch, Unlersuchun" gen, p. 177.
qui, dans la suite, parla bien différemment de la valeur des' pérogatives de la nation *. . „ xr u ^
Au fait, Viglius, malgré les plaidoyers de M. Koeh ^ faisait des privilèges le même cas que son ami Tisnacq, alors garde des sceaux pour les affaires des Pays-Bas a Madrid, et, depuis 1569, son successeur a la présidence du conseil privé en Belgique \ L'un et l'autre n'avaient de zèle que pour l'honneur du maître, qu'ils mettaient audessus de tous les droits et de toutes les libertés de leur
patrie^. ,., . ,
Quant au duc d'Albe, la satisfaction qu il promit de donner aux chevaliers de la Toison d'or consistait à réunir, le lendemain de l'arrestation des deux seigneurs, le comte de Mansfeldt, le duc d'Aerschot, le baron de Berlaymont, chevaliers, et Viglius, chancelier de l'ordre, et à justifier cet acte arbitraire par les ordres formels du roi. « C'était, disait-il, pour lui un sujet de regret éternel d'avoir ete charge de les exécuter sur deux hommes qu'il avait toujours aimés comme des frères. Mais, enfin, Sa Majesté
1 Apud HoYNCK Van Papendrecht, Z. /., p. 400 et 5U.
2 Untersuchungen, p. 184-189 et 209. - Pour édifier M. Koch sur le compte de Viglius, je lui conseille de lire les curieuses révélations de M. Bakhuizen Van den Brink dans la traduction hollandaise du livre de
M. Motley, t I, p. 123. ,
3 C'est par inadvertance qu'à la page 67, je Tai qualifié de président du conseil d'État. C'était Viglius qui occupait cette fonction.
4 Voici ce que Tisnacq écrivit, le 21 avril 1568, à Viglius sur les privilèges de la Toison d'or : « Quant au poinct d'entendre en conformité celluy de l'empereur ou d'en excepter le crime de leze-majesté, je ne me trouve point une goutte plus clairvoiant, ne plus saige que paravant, m'en remettant toutesfois bien volontiers aux plus entenduz et plus de testes, et me suffira aussy d'en dire en temps et lieu, si requis en suis, ce que ejitens, et ne y 6«is zéleux que dc l'honneur du maistre et donneroie, pour ce que me peult toucher, bien peu pour ce privilège. »
Et pourquoi pas? h avait « singulier regret que telz peisonnages se sont ainsy oubliez et ont ainsy jette leur coronne ou honneur par terre. » (Archives du royaume, Correspondance de Tisnacq avec Vtghus, 1557-1570, f. 184.)
avait commandé et il ne lui était plus resté qu'à obéir
mme bailleurs, aurait fait chacun des fe^ même il se serait agi de son propre fre e i » Le duc d'Albe manda à son maître que telle était, en effe a manière de voir de ces quatre seigneurs, « qui, clit-ii, 5ès l'avoir écouté avec une^ contenance modes e,ui avaient déclaré qu'ils déféraient a la ^f^'^'^^^^^^^^ et aue la justice devant avoir son cours, il fallait conduire feTeataire de façon que personne ne ^ j;t^l ohkcter » Il est vrai que cette déclaration n a ait ne de SSorlaue- mais, par cela même, elle n'était que l ex- Sr^e; Tentinrents ^e Mansfeldt et d'Aer^^^^^^^^^^^ Iflvmont était l'auxiliaire du duc d Albe, et Viglius se cha^S de cherchef, dans les statuts, les registres et les S)ires de l'ordre, des articles et des exemples pour TuS f arres a ion des comtes d'Egmont et de Homes, S quèrprocédure que l'on se proposait de suivre a
""ie'Ss" ces renseignements . qui sont d'une incontesSble" Lthenlicité, à M. BaU-Jen Van den Kr.nk. irchiviste général du royaume des Pays-Bas a la Ha\e . Mais Dour apaiser les murmures qui augmentaient de iour en jour contre la violation des privilèges de l'ordr , rduc convoqua, le 17 janvier 1568, les chevaliers de la Toison d'! qu'il trouva sur les lieux : ce furent Aerschot It Berl ymont, avec Viglius et <^ou^tesville greffier d l'ordre. Il leur communiqua les recherches q .1 avait fait a,re sur l'objet des vives controverses du P»b 'C- Les che valiers répondirent qu'il leur était impossible «1 Çmettre In nvis surla valeur de ces recherches, parce quils.gno-
aienV cJ'ue le^urs confrères ^^IZ^^S:^ neur de cette résistance revient ou a 1 opinion uniNcrseiie
i Annotatiom manmcrm ie Viglius, apud Goethals, Histoire gchiedeniSy 1. 1, p. 7-12.
menl répandue sur la violation du droit ou à la fierté naturelle du duc d'Aerscliot, car Berlaymont et Viglius n'apprirent que ce qu'ils ne savaient que trop. Aussi le duc d'Albe pouvait écrire tranquillement, le 19, à son maître : « Je crois que ces seigneurs prendront enfin la raison en payement ; car ce qu'ils disent maintenant est plutôt pour ne pas paraître, aux yeux de leurs compagnons, avoir cédé sur un droit commun à tous que pour pouvoir alléguer des motifs plausibles de leur opposition *. « Ainsi, dit le savant archiviste hollandais 2, fut sapé dans sa base un ordre que Philippe le Bon avait créé pour être le plus bel ornement et tout à la fois lexplus ferme soutien de sa maison. Cette institution était destinée à placer au-dessus de la noblesse de race une noblesse plus haute encore, et qui devait être, par la volonté de ce prince, ce que la pairie était en France et en Angleterre. Sans les privilèges dont jouisssait chaque membre de cet ordre illustre , les chevaliers auraient été plus dépendants du souverain et moins en sûreté à la cour que le dernier hobereau abrité sous les remparts de son château. Par leurs privilèges, au contraire, ils pouvaient devenir, s'il le fallait, les intermédiaires entre le trône et le peuple. Et voilà aussi pourquoi la confédération des nobles cherchait son principal appui dans la protection des chevaliers de la Toison d'or et pourquoi le peuple crut à la force de la
noblesse. »
De toutes ces considérations, il résulte, si je ne me tmmpe, qu'aux Pays-Bas Philippe II n'était pas 1^ maître absolu de la vie de ses sujets, comme l'assure M. Koch ; que, par conséquent, si l'arrestation et la condamnation des deux comtes étaient illégales, il n'avait pas le droit non plus de prononcer la peine de mort contre Moniigny, ni de choisir le mode de celte peine, ni même le mode de procédure , qualifiée de parfaitement régulière par le cri-
1 Collection citée, p. 5ol-3o5. — Bakhuizen, /. /. p. 11 et 12.
2 /. ^, p. il et 13.
liaue allemand S car telles sont les conséquences auxquelles il aboutit pour justifier le drame lugubre deSiman- 2îs de sorte que, pour cet épisode de notre révolution, îr'de GerTache\'été dépassé. Voici, en effet, comment il s'exprime dans son Histoire du Royaume des Pays- Bas^ « Nous n'hésitons pas à dire que le supplice de Montigny offre un caractère odieux, qui répugne a nos iSs de justice et d'humanité. Un homme envoyé par ses patriotes pour défendre leurs droits, bien ou mal fondas et qui volontairement s'était remis entre les mains de fon'ioi en s'abandonnant h sa foi, pouvait-il être traite comme un criminel ou comme un ennemi pris les armes ITamain^ S'il était le sujet de Philippe à Bruxelles, il étaft Ton hôte à Madrid, et, à ce titre, il semble, quels que f.K.Pn^^^^^ torts que sa tête devait être sacrée. La plus b 1 e prSoga^^ d un roi n'est-elle point de faire grâce et S premi re vertu de pardonner? Philippe le pouvait alors faufSer; car, en 1570, la révolte était, au moins momentanément, comi)rimee. »
Aussi, en présence de la violation formelle des statuts de la Toison d'or; devant cette sentence exécutée, pendant la nuit, dans les ténèbres, comme un assassinat par Set-apens, à l'aide d'une longue complication de ruses et ^ meSsonges, je ne crains pas de conc ure avec M. d Viel-Castil s que Philippe II s'est rabaisse au niveau des
ilSS pas ïmcile non pl.s à rlionorabl. a,cl».« de . D,,»,., 1. [. ,. siS .1 8M, - a.ummt'-Mi^'"'. •■ "■
p. 23 et 24.
2 Troisième édition, p. 223. «, . oa
3 Revue des Deux-Mondes, 1816, t. III, p. 8S et 89.
4 /f>., p. 75-78; 86-88. .^- •i rulletins de l'Académie de Belgique, t. XIX, 2, p. 126 et l-..
réfuter en temps et lieu une conjoncture de M. Koch * sur les relations secrètes de Montigny avec don Carlos, relations qui auraient motivé l'exécution secrète du seigneur
belfifc.
M. Koch 2 termine sa critique par un parallèle de Texécution d'Egmont, Hornes, Montigny avec celle d'Oldenbarnevelt , à laquelle il ajoute l'emprisonnement de Hugo Grotius et de Hoogerbeets, ainsi que d'autres injustices commises, en Hollande, envers les remontrants pendant les querelles arminiennes; puis il demande si la lutte soutenue durant quarante années a réellement conduit h la liberté et quels avantages le changement de dynastie a procurés aux Pays-Bas. Je réponds que ces faits sont aussi odieux, aussi condamnables les uns que les autres, peut-être même les seconds le sont-ils plus que les premiers ; mais que dirait M. Koch si on lui demandait ce que FAllemagne a gagné en changeant , après ses luttes glorieuses de 4813, 1814 et 1815, le despotisme de la France contre celui de l'Autriche et de la Prusse?
M. Koch 3 insiste beaucoup sur les paroles suivantes du duc d'Albe par lesquelles celui-ci voulut, en 1575, justifier son gouvernement. Il disait \ entre autres, « qu'aucun privilège n'avait élé ôté, excepté à la ville d'Utrecht, qui avait commis le crime de lèse-majesté divine et humaine; que ceux de Brabant ne se plaignirent jamais, sauf en ce qui touchait l'office donné à don Louis de Carrillo et qui lui fut à l'instant retiré ; qu'à tous les autres étais le conseil privé déclara qu'ils n'étaient pas fondés dans leurs réclamations ; que ce qu'on appelait conseil des troubles n'était pas, en effet, un conseil, mais une réunion d'assesseurs que le prince ou son ministre pouvait choisir de telle nation qu'il voulait, d'autant plus que la
' Quellen, t. II, p. 19! et 192.
- Untersuchungeriy p. 181.
3 Ib., p. 2i:j.
t Correspondance de Philippe //, t. III, p. 229.
Joyeuse-Entrée portait que la justice s'administrerait par des naturels du pays ou par le prince lui-même ou par son ministre, et que c'était ce que le duc dAlbe avait fait car les assesseurs ne furent pas juges et jamais ils ne mirent la main h une sentence, mais ce fut lui seul qui
D'abord, il ne faut pas faire trop de fond sur les apologies personnelles du duc d'Albe. Ne , l't^«"f-"?"^Pf. intendu se vanter, en ISIO, d'avoir rétabli l'ordre sans Zence, alors que l'année d'avant Viglius « ava.t porte a plus de 8,000 le nombre des proscrits et des bannis, sans compter les victimes du bourreau.
En second lieu, le duc d'Albe se trompait en invoquant la Joyeuse-Entrée de Brabant, car cette constitution ne permettait au souverain de donner h des étrangers que deux places de conseillers et deux places de secrétaires au
conseil de cette province ^ i.inn,.on<-P
On voit que le duc s'efforçait d'amoindrir 1 influence qu'il avait accordée aux étrangers dans les Pays-Bas ; mais ici son témoignage est vigoureusement combattu par des émoignagnes^ colitraires qui ™éritenl toute confiance : rAÙ?uns, dit l'auteur de la Source et le commencemmt des troubles ^ aucuns prennent opinion que le but et dessein desdicts conseillers estrangers est de mec re le pays en si pauvre estât, aff.n qu'ils puissent plus 'b emen et sans aucune résistance se faire maistres d iceulx ; ce que, ïïesfois l'on ne peull aucunement persuader estre la
0 é de sa Majesté H s'est excité g-nd mesconten-
tement pour ce qu'au gouvernement et '^dminis ral.on du pays sont entretenus estrangers qui ne ^Çavo en a ung^e nv la nature d'iceulx; et, avec ce, vouloient Wut réduire Sx loix et coustumes de leur nation, contre l'opinion de îous sies et mesmement la doctrine et charge que le
1 Apud HoYNCK Van Papendrecht, /. ? , p. oAl et 548. 2NENY, t. Il, p. 120.
roy catholique Ferdinand donna, par son testament, h rempereur Charles son nepveu, quMl ne se serviroit sinon des natifs du pays, pource que iceulx cognoissent niieulx les affaires, et le font plus volontii^rs, desquels aussy le peuple est accoustumé de niieulx se contenter que des estrangers, et si le font-ils avec moindres despens, selon qu'on a peu veoir, aïants trois personnes seules qui ont esté mises pour le maniement des affaires fiscales plus cousté que trois collèges, les principaux et souverains du pavs, dont procède que, se voïans les naturels contemnez et^mesprisez, s'abasiardisent, et quand après l'on les voudroit bien employer, ils se trouvent moins façonnez ; et pour débouter lesdicts du pays de toutes entremises, ils taschent de persuader h Sa Majesté ou qu'iceulx ne sont idoines pour le maniement des affaires, ou qu'ils sont tous hérétiques et infidèles et à Dieu et leur prince; que procède plus de leur arrogance et malice que de vray jugement, puisque l'on voit qu'en toutes affaires d'importance, ils ne font d'eulx-mesmes rien que vaille, ains se servants de ceulx du pays s'attribuent la gloire à
eulx
» Mais si l'on veult parler de l'idonité, il est manifeste que ceulx de i)ar deçà sont plus experts en diverses langues outre celles du pays, là où l'Espagnol desdaigne apprendre autre que la sienne naturelle. Aussi l'entremise des estrangers cause souvent des grands inconvéniens en ces pays, non-seulement à l'endroit de la police, laquelle ils veuillent quil se face selon que s*en use dans leur pays, sans se vouloir accommoder aux cousiumes de par deçà, prétendus qu iceulx pays se doibvent accoinmoder pour tout et en tout à eulx
» Oultre ce, se ressentent fort ceux du pays voians que si quelque estât ou office vient à vacquer, les estrangers sont avancez devant les autres, contre les privilèges du pays, ou du moins lesdicts naturels qui en veullent estre pourveus sont contraints de passer par les mains de leurs serviteurs, qui en font leur prouflict. »
Écoutons encore Champagney : « Je tiens, dit-il S que la plus grande de nos pertes d'à présent, ce ha este l'admission de plusieurs estrangers au conseil d'Estat et finances non asserementez, ny advouez par Sa Majesté, qui se sont enfoncez plus avant aux affaires qu'il ne leur convenoit , ny peut-être entendoient , tenant la plus part l'œil seul à "leurs cupiditez, parans boutique de tous estatz et offices par la connivence de leur maistre, et pourveu qu'ils s'enrichissent, tout tittre leur a esté bon, dont le Roy et ses pays et l'honneur mesme de leur maistre ne demeure pas peu intéressé. »
Cet ascendant des étrangers fut tel qu'en 1571, Vi«^lius disait ^ que toutes les affaires se traitaient en espagnol et que lui-môme s'effaçait devant la toute-puissante autorité, devant le pouvoir souverain d'Albornoz, secrétaire du duc d'Albe.