‹ Les Gueux de mer et la prise de la Brille (1568-1572) [microform]Chapitre 7 sur 8 · CHAPITRE ni (suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni (suite

A l'embouchure de la Meuse , à deux lieues de Delft et à trois au-dessus de Rotterdam , est située , dans l'île de Voorn, la jolie petite ville qui se glorifie d'avoir donné le jour à l'immortel Martin Tromp , mort après avoir vamcu dans trente-deux combats. Le nom de la Brille fut prononcé pour la première fois à la table de Lancelot de Bréderode par un jeune homme de vingt ans, Frédéric Hendrikszoon, qui avait changé son état de tailleur à Amsterdam contre celui de mousse sur le navire du vice-amiral. Celui-ci l'avait pris à son service à Douvres , où il s'était réfugié comme tant d'autres Belges et Hollandais; et, depuis, Frédéric l'avait accompagné dans toutes ses courses aventureuses; il l'avait vu capturer, près de Calais, un navire chargé de vins français, qui furent vendus à Douvres et à Sandwich; mettre à rançon des caravelles hollandaises dans la même ville de Douvres, où demeurait une femme réfugiée d'Anvers qui envoyait tous les genres de secours aux pirates; attaquer un vaisseau français rempli de singes et

(le perroquets. Sur la flotte de Laiicelot, Frédéric avait vidé plus d'un calice de vin, et il savait qu'à Amsterdam demeurait un gentilhomme de Brème qui servait d'espion aux gueux et qui était reconnaissable à sa petite barbe et à son pouce estropié; il savait encore que les amis des gueux tenaient des conventicules à Anvers, Marché-aux Clous, h l'enseigne de la Ville de Groningue, où un gentilhomme d'Alkmaar, Guillaume Van Ryk, déguisé en marchand, assistait les pirates en hommes et en argent, payait leurs espions et leur servait d'agent. Il avait entendu Lancelot développer son plan sur la Brille , qu'il se proposait de surprendre la nuit quand la ville serait plongée dans le sommeil. Pour tenter cette expédition, on comptait sur seize vaisseaux de la Rochelle, auxquels les gueux en ajouteraient vingt-quatre autres : les soldats et les matelots ne manqueraient pas; avec de l'argent, on en trouverait en Angleterre tant que l'on voudrait. Cette expédition serait également dirigée contre Delfzyl et Appingadam, où l'on se fortifierait et où l'on passerait l'hiver. Frédéric fut chargé, par Lancelot, avec trois autres, d'aller reconnaître les forces de Delfzyl , d'Oldeuklooster , d' Appingadam , de Groningue , et de voir même Van Ryk dans Anvers. Malheureusement pour lui, Frédéric fut découvert par les autorités espagnoles et conduit à Groningue ; la potence y termina ses jours. Ses camarades étaient parvenus à se soustraire par la fuite au sort qui les attendait; mais, par l'interrogatoire de Frédéric, Robles était mis au courant des projets de Bréderode *.

Dans l'intervalle, les vaisseaux des gueux se tenaient dans les eaux de la Frise orientale , sous Treslong, Ruychaver, Bruyn, d'Utrecht, Gerrit, de Gorcum, Jean Claeszoon et Rooboll , un des corsaires les plus violents , les plus farouches et les plus odieux par ses pillages et ses

1 Archives du royaume. Correspondance de Frise, vol VIII, f. 271 et suiv. - Van Vloten, t. IJ, p. 187-190. — Délices des Païs-Bas, t. \U p. 509, 310 et 312

dévastations. A la longue la population d'Emden et de Norden leur était devenue favorable, et les paysans d'Appingadam, de Fersum et de Delfzyl se virent souvent arrêtés dans ces deux localités , tandis que les pirates s'y promenaient librement dans les rues , et qu'ailleurs , dans le pays d'Emden, ils leur lançaient les noms injurieux de valets de prêtres et de bouledogues. Il n'y eut presque pas de gueux qui n'eussent dans Emden un parent ou un ami. Treslong y avait sa mère , Rooboll sa femme , et Joost, vieux marin , son frère. Quatre de leurs chefs logeaient aux Armes de Hollande *.

Les petites expéditions des pirates , les avantages pécuniaires qu'ils en retiraient et l'audace de leur attitude finirent par décourager Billy. Récemment encore ils avaient enlevé un vaisseau de Delfzyl et fait prisonniers dix sujets du roi et deux bourgeois de Groningue, bons catholiques. Ils avaient exigé d'eux une rançon de 1,000 écus, tandis qu'ils renvoyaient quittes et libres tous les sujets du comté d'Emden qui tombaient entre leurs mains. Du reste, leurs projets sur la Brille, qui devaient être mis à exécution à la fin d'octobre ou au commencement de novembre, restèrent un moment suspendus ; eux-mêmes se tinrent à Emden jusqu'au 28 décembre. Ils partirent alors avec 18 vaisseaux, dont 14 se dirigèrent sur Terschelling, pillant tout ce qui se présentait à eux, puis se retirèrent dans le Vlie et serrèrent tellement tous les passages que les navires qui voulaient les franchir étaient capturés 2. Malgré sa part au butin des gueux, le prince d'Orange ne pouvait pas avoir assez d'argent pour rassembler une armée avec laquelle il aurait pu faire quelque chose d'important. Ses relations avec la France lui avaient inspiré une nouvelle confiance et il s'adressa encore à Sonoy pour le charger d'une mission financière auprès des nobles et

i Van Vloten, p. 191 et 192. , v 1 w

^ Archives du royaume, Correspondance de Hollande et de Zelanae, vol. XVI, f 19. — Van Vloten, t. II, p. 192-194.

d*aiitres proscrits ou fugitifs. A cet effet, il lui remit (28 janvier 1572) une lettre où il exposa l'historique de sa campagne de 1568 * et tout ce qu'il avait fait, depuis, pour la cause sacrée de la patrie; mais, enfin, il était à bout de ressources et il était temps que d'autres eussent leur part aux sacrifices; seul il ne pouvait plus suflire à la grande tache qu'il importait de remplir; car pour elle, il avait abandonné tout ce qu'il avait de plus cher au monde et sacrifié tout ce qui lui restait de fortune; il avait même contracté de grandes et lourdes dettes 2. »

Il donna des instructions analogues à d'autres de ses agents, et il y ajouta un écrit en forme de harangue, où il disait que c'était pour la gloire de Dieu, le règne de son fils et la délivrance de la patrie que lui et ses amis avaient souffert la faim, la soif, le froid et toutes les inclémences du ciel. « Et maintenant que tous les désastres sont à leur comble, les abandonnera-t-on lui et le pays? Livrera- t-on la vraie Église de Dieu à l'insolence de ses ennemis? Malheur à ceux qui auraient ainsi abdiqué tout sentiment chrétien! La malédiction et la misère les atteindraient! Mais ceux qui sont encore fidèles à cette cause trois fois sainte trouveront leur récompense en Dieu, qui leur départira, par son fils Jésus-Christ , toute bonté, toute miséricorde et toute grâce , et qui , en terrassant nos ennemis, mettra un terme à notre exil et à nos malheurs ^ »

Ce langage trouva de l'écho auprès des protestants, qui recueillirent une forte somme d'argent, mais encore insuffisante pour les besoins d'une armée que le prince d'Orange avait levée avec les écus réalisés sur ses biens mis en gage et avec ceux de quelques-uns de ses amis, parmi lesquels se trouva plus d'un gueux de mer, et notamment Entes de Mentheda. Il est vrai que, sous ce rapport, les

1 Je donnerai, dans mon livre, de curieux détails sur; cette expédition, qui avait si déplorablement échoué.

2 BoR, t. I, f. 362 et 563.

3 BoR, f. 363-363. —Van Gronlngen, p. 80 et 81; (t. II, p. 147, 133, 368 et 372).

gueux auraient pu faire beaucoup plus pour le prince ; mais ils ne gaspillaient, hélas! que trop souvent, dans l'ivrognerie et la débauche, la richesse d'un butin qu'ils auraient dû réserver exclusivement pour le triomphe de la noble cause qu'ils défendaient. Et, cependant, encore une fois, quelque sévères que soient les reproches quon puisse leur adresser », on ne doit jamais oublier que les gueux de mer furent les véritables libérateurs de la

patrie ^. » • 1

Le prince d'Orange avait compris que, pour réussir, il ne devait pas seulement faire appel au dévouement des protestants, mais qu'il lui fallait s'adresser à tous ceux qui aimaient la patrie et la liberté, sans distinction d opinion religieuse. Rien de plus puissant alors sur les masses que la musique vocale. Voilà pjDurquoi, à la fin de loi! ou au commencement de 1572, Marnix, et suivant d autrès, Coornhert, composa le chant de Guillaume de Nassau iWilheîmus Van mssouwen) , dans lequel le prince s'explique sur son origine et ses convictions, et s'efforce de relever les courages abattus. Aussi ce chant fut-il accueilli avec le plus grand enthousiasme par tous ceux qui défendaient l'indépendance nationale et couvert de ridicule par le parti contraire s. , . ♦

Le poëte, afin d'intéresser les classes bourgeoises et populaires, employa des formes populaires, et la mélodie, œuvre d'un autre Belge, donna à ce poëme la puissance de la Marseillaise S sans avoir ni la beauté, m 1 éclat de l'œuvre immortelle de Rouget deLisle,etbien moins encore « les mâles accents, les frémissements et les vibrations de

I L'auteur de la Guerre et la Paix a très-bien caractérisé (t II, p. 147, 133, 368-372) cette catégorie de guerre. Je lui ai emprunté quelques traits que j'ai appliqués à mon travail.

•2 Van Groningen, p. 81 et 82. , , . tu -n

3SCHELTEMA, Gcschied. en letterkundig Mengelwerk. t III o), p. 174-187. - SoMEREN en Brugmans, over het volkslied Wilhelmus van Nassauwen, p. 8, 23, 26, 33

i SoMEREN en Brugmans, p. 33.

cet hymne gravé dans Fâme de la France » *. Mais le Wilhelmus était ce qu'il devait être pour ce temps et pour ce peuple, qui s'animait au combat à ces accents qu'une traduction ne peut reproduire que décolorés :

« Je suis Guillaume de Nassau, né de sang allemand. Je resterai fidèle à la patrie jusqu'à la mort. Je suis un prince d'Orange, sans crainte et sans effroi. J'ai toujours respecté le roi d'Espagne 2.

» Je me suis toujours efforcé de vivre dans la crainte de Dieu, je suis banni loin de mon pays et des miens; mais Dieu me conduira comme un bon instrument : il me ramènera au gouvernail.

» Vous, hommes au cœur loyal, tout accablés que vous êtes. Dieu ne vous abandonnera pas ; vous qui voulez vivre pieusement, priez-le jour et nuit qu'il me donne la force de vous aider.

» Je ne vous ai épargné ni ma vie ni mes biens, et mes frères aussi, grands par le nom, vous ont montré le même dévouement. Le comte Adolphe est resté en Frise

1 Lamartine, Histoire des Girondins, t. II, p. 290-295.

2 « Wilhelmus van Nassouwe Ben ick van duytschen bloet, Het vaderlandt ghetrouwe Blvf ick tôt in den doot, Een prince van Oracngicn Ben ick vry onverveert, Den conincii van Hispaengicn Heb kk altyd gheeert. »

Ces vers et d'autres ont été parodiés de la manière suivante :

« Wilhellenius al van Nassouwen

Ben ick van dujtsch ghebroet, Den elleboog al deure de mouwc.

En het hairal deure den hoet, etc. »

" Guillaume de Nassau, je suis d'engeance allemande, j'ai le coude hors des manches et les cheveux hors du chapeau, etc »

dans le combat; son âme, dans la vie éternelle, attend le

^"l'Slstefmon bouclier et ma force, 6 Dieu, ô mon Sei-neur ! En vous je me repose ; ne me délaissez jamais, afln'que je puisse toujours rester votre serviteur fidèle et détruire la tyrannie qui ulcère inon cœur

» Comme David dut se cacher devant Saul le tyran, ainsi j'ai dû m'enfuir avec plus d'un gentilhotnme ; mais ïleù a relevé David du milieu de l'abîme, et, dans Israël, il lui a donné un grand royaume. „„ „et

" Si mon Seigneur le veut, tout mon desir de prince est de molirir avec honneur sur le champ de bataille et de conauérir un royaume éternel, comme un héros loyal. T Sn ne me fait plus de pitié, dans mon adversité, nue de voir s'appauvrir le bon pays du roi, et les Espagnols tourmenter son peuple. Quand j'y pense, o douce, nnhle Néeiiande, mon cœur en saigne.

;Avec la force de mon armée, je me suis lev;é comme un prince; j'ai affronté l'orgueil et le combat du tyran ïeux qui soit ensevelis à Maeslricht ont éprouve ma pu. san^e On a vu courir mes hardis cavaliers à travers la

'''T Si alors c'eût été la volonté du Seigneur, j'aurais repoussé loin de vous cette effroyable tempel^ ; mms le Seigneur d'en haut, qui régit toutes choses, il faut le louer tniiiniirs il ne l'a pas voulu *. » , ,

° ians 'ce poëme,' e nom du roi n'était prono"ce qu'av^^ respect ; tout y était dirigé contre la tyrannie d «o" g»" verneur. Il y avait là une prudence, un t^ct, qui carac e rise parfaitement le prince. Guillaume voulait donner a toutes ses démarches les apparences de a légal te. L. en effet, n'avait-il pas déclaré qu'il "«. d««."^»'^ .1"^/" " pendre l'obéissance due à son souverain, jusqua ce que celui-ci eût été mieux informé de l'etal des choses ?

1 QoiNEi, Marnix, p. 47 et 48.

2 Van ViOTEN, t. II, p. 97 et 93.

Le contraste que présentaient nos provinces placées sous le régime du duc d'Albe, avec leur ancienne prospérité, alors qu'elles étaient gouvernées par d'autres principes, est aussi très-habilement mis en relief *.

Les adversités du prince, son exil, la confiscation de ses biens, Fenlèvement du comte de Buren, rien de tout cela n'est reproché au roi ; le chant se termine, au contraire, par une prière à Dieu, pour que l'esprit de Philippe II pût s'ouvrir à la vérité et apprécier à leur juste valeur les actes de ses sujets et de ses serviteurs 2.

Déiste, ce n'était pas en vain que Guillaume déclarait ne mettre sa foi qu'en Dieu, et cette confiance ne s'était pas démentie chez lui, même après la bataille de Jemmingen, en dépit de la défaite de son frère et du découragement de plusieurs de ses amis. « Puisqu'il a plu ainsi à Dieu, avait-il écrit alors au comte Louis, il n'en faut pas moins avoir patience et surtout ne pas perdre courage; il faut se conformer à sa volonté sainte , comme je suis disposé à le faire quoi qu'il puisse arriver. C'est aussi avec son assistance que je suis résolu de marcher en avant s. » Et il persista dans cette foi après les cruelles épreuves de la campagne de 15'68. Le Wilhelmus a retracé dans un langage viril l'attitude martiale du prince pendant cette campagne, et, en général, les sacrifices de toute espèce faits par lui et ses nobles frères K

Cependant, le but des gueux du Vlie tendait à rechercher ceux de leurs camarades qui se trouvaient en Angleterre; ils en furent empêchés par la glace. Mais sept de leurs navires essayèrent à diriger leur course de ce côté, tentative inutile qui leur coûta la perle de deux vaisseaux. Bruyn descendit à terre dans l'île du Texel, qu'il mit à contribution en proférant des menaces incendiaires. A

1 Van Vloten, p. 98 et 99.

2 Id.y p. 99.

3 Arch. or., t III, p. 276 et 277.

■* Van Vloten, p. 111-114.

oeine Robles en eut-il connaissance qu'il envoya le brave capitaine Moncheau avec 150 Wallons dans Harlingen pour tenter de là une attaque contre eux. Mais 1 extrême Lueur de l'hiver s'y opposa ; Moncheau ne se vit de^barrassé des glacions que le 4 mars, et le 5, a deux heures de l'après-midi, il était aux prises avec les gueux du Vlieland, qui s'étaient retranchés derrière onze forts construits en sable. La lutte dura un jour et une nuit, sans aucun résultat, et le lendemain les gueux résolurent de quitter le Vlie, ce qui, en effet, réussit a un de leurs bateaux, tandis qu'un autre, commande par Spierinck, tut abordé par les Wallons et conquis après un combat opiniâtre de deux heures. Vingt-huit hommes de 1 équipage tombèrent vifs entre leurs mains, d'autres sautèrent pardessus le bord et se noyèrent. Treize, parmi esquels Snierinck et Gerrit, de Gorcum, avaient peri dans la lutte. Moncheau, après avoir fait couper leurs têtes et marquer celle de Spierinck à l'oreille, les jeta toutes dans une tonne et les transporta avec le vaisseau capture dans Harlingen et de là dans Groningue. Mais à peine les soldats de Robles eurent-ils quitté le Vlieland, que trois capitames des gueux y reparurent, y prirent un vaisseau charge de beurre et d'autres provisions de bouche et pendirent a un màt le bailli de l'île, parce qu'il avait assiste les Wallons. Les vingt-huit prisonniers, parmi lesquels il y avait aussi des Wallons, furent exécutés à Groningue ^

Trois autres chefs, Eelsma, Simon Meyns et Treslong tétaient arrivés du Vlieland à Wieringen. Le grossier Mevns, qui ne respirait que le pillage, s'était rendu a Schoorl et y avait pris six paysans dont il exigea une rançon de 11,000 fiorins. Treslong, qu'animaient de meilleurs sentiments, eut avec lui des gros mots; et, après une violente querelle, ne réussit qu'à obtenir une diminution de 4,000 florins. Tout à coup la nouvelle se répand que Jacques Hol, un des capitaines de Boussu, est en

Van Vloten, p. 194 196, 328-330.

route avec quatre enseignes d'infanterie. Meyns, croyant ses 7,000 florins perdus, prit douze de ses matelots, armés d'arquebuses, et se précipita, furieux , sur les paysans de Wieringen ; mais ceux-ci , parfaitement préparés à la résistance, le tuèrent avec six des siens, et blessèrent un septième, de sorte que quatre seulement parvinrent à se sauver; puis ils fondirent sur Eelsma et Treslong, mais Eelsma avait déjà cherché un autre abri, et Treslong parvint à calmer les paysans. Bientôt les soldats espagnols parurent, traînant après eux, sur la place, des pierriers et des demi-coulevrines. Sommé de se rendre, Treslong leur montra son artillerie, en disant qu'il leur répondrait par de la poudre et du plomb , et joignant l'eflfet à la parole, il leur en envoya tellement qu'il réduisit aussitôl leurs canons au silence. Comme son navire était tout à fait emprisonné dans la glace, l'équipage n'épargna aucun effort pour l'en dégager; il y réussit, et le vaisseau partit à toutes voiles, après n'avoir perdu qu'un homme. A la face de l'ennemi, un des matelots de Treslong fit, en signe de triomphe et de mépris, un geste qui excita la bruyante hilarité de ses camarades. Treslong cingla vers le sud-ouest, résolu de chercher la flotte des gueux dans le port de Douvres, où se trouvaient vingt à trente de leurs navires sous Lumay. Vainement le duc d'Albe avait demandé leur exclusion des ports de l'Angleterre. Gecil, qui dirigeait avec tant de prudence et de fermeté les afl"aires extérieures, lui avait toujours répondu que ces marins avaient commission du prince d'Orange; que ce prince était indépendant et faisait, comme tel, au duc d'Albe une guerre < dans laquelle, par conséquent, le gouvernement anglais ne pouvait pas intervenir. 11 prétendait, du reste, que la reine Elisabeth n'avait jamais favorisé les pirates; qu'au contraire, elle avait toujours défendu qu'on les assistât de vivres ou de toute autre manière. iMais à

1 Je réserve pour mon livre les détails sur les relations du prince et des gueux avec l'Angleterre.

présent les relations d'Elisabeth avec le duc d'Albe avaient pris une tournure plus pacifique; elle crut, dès lors, devoir mettre un terme à ses condescendances, et ordonna aux gueux de quitter ses États, interdisant à ses sujets de leur fournir des logements et des vivres. Elle jouait ici un double jeu, astucieux et perflde : d'un côté, elle donnait satisfaction à l'Espagne, et, de l'autre, avertie qu'a cette époque déjà l'invasion de l'Angleterre était résolue dans l'esprit de Philippe II, elle était toujours résolue d'appuyer en secret le prince d'Orange et ses marins, tout en les abandonnant quelque temps à eux-mêmes.

Jacques De Ryk, riche marchand de grains d'Amsterdam, qui avait fait de grands sacrifices pour la cause nationale, était arrivé dans ces parages avec un vaisseau de guerre équipé à ses frais, n'avait cessé de répéter aux gueux qu ils étaient de trop honorable origine pour consumer misérablement leur existence dans l'affreux métier d'écumeurs de mer, et les avait toujours excités à tenter quelque entreprise utile à la patrie. Il est vrai que leur position fut difficile : Lumbres se trouvait auprès du comte Louis, T'Seraerts était également auprès du comte ou bien a la Rochelle; tout reposait sur Lumay, incapable par luimême de concevoir les grandes idées de De Ryk *.

Dans de telles extrémités , ce fut précisément 1 edit de proscription de la reine qui jeta les gueux un peu plus tôt dans une entreprise qu'ils avaient déjà vainement essaye de conduire à bonne fin, mais qu'ils étaient maintenant forcés de réaliser : la destruction des navires du duc d Albe dans le Vlie et la prise d'Enkhuizen. Si ce plan ne reussissait pas, c'en était fait de l'indépendance du pays. Les redoutables vaisseaux de guerre espagnols une fois arrives dans nos mers, il leur était facile de disperser ou de détruire les navires des pirates, surtout depuis la conclu-

1 Correspondance de Philippe II, t. I, p. xxxvi; t. II, p. 236 et 257. - BoR, t. I, f. 363. — HooFT, f. 228. - Wagenaar, t. VI, p. 341. — Van Groningen, p. 91, 92, 294 et 293. - Van Vloten, p. 196-199.

rfion de la paix entre TEspagne et FAngleterre. Il importait donc à nos marins d'occuper h tout prix certains ports dans les Pays-Bas, et Vespoir de n'être plus des proscrits doubla leur courage et leur audace. Dès qu'ils seraient en possession de la Brille, de Vlessingue, de Veere et d'Enkhuizen, il n'était pas aussi facile de les en expulser que des ports anglais, où ils avaient toujours à craindre la versatilité d'une reine qui ne sacrifia que trop souvent les intérêts de ses amis a ceux de sa couronne. D'ailleurs, c'eût été le comble de la folie que dC songer à combattre les flottes castillanes en pleine mer avec des vaisseaux marchands, et avec des marins dont tout l'art consistait à piller d'autres vaisseaux marchands et qui n'étaient pas même capables de tenir tête aux pitoyables escadrilles des Boussu, des Bosschuysen et des Robles. Mais il n'y avait aucune témérité h attaquer les lourdes carènes de Medina- Celi sur les fleuves de la Zélande, dont les Espagnols ignoraient les bas-fonds et connaissaient à peine le flux et le reflux, tandis que les Zélandais y étaient chez eux et pouvaient sans cesse recevoir des secours de toute espèce, soit de Flessingue, soit de Veere. C'était là que les gueux avaient un champ de bataille sur lequel il leur était permis de lutter avec des chances de succès d'autant plus grandes qu'ils étaient enflammés par la colère et la vengeance; c'était là qu'ils devaient apprendre à vaincre ou, du moins, à enlever à leurs défaites ce qu'elles avaient de désastreux. La prise de la Brille sera pour eux le commencement de tous ces avantages ; elle leur rendra une patrie, des pères, des mères, des épouses, des enfants, des frères, des sœurs, et le bien le plus précieux de tous, — la liberté; elle leur inspirera le courage d'une lutte désespérée, d'une lutte unique dans les fastes de l'histoire, celle d'une poignée de marins indisciplinés contre le monarque le plus puissant de l'Europe, contre les meilleurs soldats du monde *.

i Van Gronisgen, p. 87 et 88. - Van Vloto, p. 199.

Et, cependant, les premiers mois de l'année 1572, de cette année fatidique, ne s'étaient pas ouverts sous de 2 leurs\uspices%ue les années précédentes ;ma,s es nerséculions du duc d'Albe, qui frappaient a la fois les SSues et les protestants, avaient fini par les tourner S uns et les autres contre l'Espagne, et par leur fa.re ouh "iler à tous leur délivrance. D'ailleurs, l'mtro<^u^^^ forcée des nouveaux impôts avait porte a 1 extrême le mécontentement universel ', qui fut pour les gueux de Te un s mulanl et tout à la fois leur procura une augmentation de partisans dans leur patrie; et lorsque le S)uveneu<- voulut mettre à exécution ses ordres, on lui Snonça qu'il ne prendrait le 10= qu'à la pointe de son épée A ce sujet ou a dit (et j'ai partagé moi-même cette on nion) que l'amour du peuple pour ses deniers fit, dans ?es Pavs-Bas, ce que n'avaient pu faire les flots de sang îrsésj ri duc dUeXent mille familles e;migrées ^ proestent suffisamment contre cette mani re de voir, applicable seulement à ceux d'entre les réformes qui ne se eï^^lèrën que lorsque les griefs matériels vmrenl se oin le aux griefs religieux, et à ceux des catho -qu^^^^^ n'entrèrent dans l'opposition que lorsqu ils furent atteints LruSe mesure financière également odieuse aux deux ïatis" Qu'il en fût réellement ainsi, c'est ce que prouvent les paroles mêmes du duc d'Albe à don Louis de Requ sens "rand commandeur de Castille (2 décembre lo/3). Ce sèiàrr ayant attribué les causes de la résolution aux ÏÏuvSx impôts et aux vexations essuyées par la populace, feduT?ui répondit qu'il se trompait, que la question reli-

. on peut voir, dans Van Maie (p. 15), l'incroyable tyrannie avec

laquelle on levait le nouvel impôt.

i M. Koch (Vntersuchtmgen, p. 15o) dit que s u y cui b

tiens de protestants à cause des persécutions '"'/'^"^^''^'J^^"/; ^..aiment (et même autant) de catholiques à cause du Cornproni s n d°cs excTsd'es "ordastcs. U ne manque à cette assertion qu'une chose,

"a'vUrGRONiNGEH, p. 89 et 90. - Vw Vloien, p. H6-H8.

It

gieuse en était la cause première et que si Ton n'accordait pas aux insurgés la liberié de conscience, jamais ils ne se soumettraient. Une autre fois, il avait écrit au roi (2 juillet 1572) : « Il n'y a, en Hollande, aucune ville dont on puisse être sûr, sinon Rotterdam et Schiedam, où sont les Espagnols; les autres ne veulent pas recevoir garnison. Tous les malcontents de cette province demandent la liberté de conscience, et disent que si on la leur accordait, non-seulement ils paieraient le iO*' denier, mais le 5^ » —Et, le 41 février 1573 : « Le prince d'Orange s'est fait payer par les villes qui reconnaissent son autorité, quatre fois le 100^ denier, et vraiment c'est une chose qui me fait perdre le jugement de voir la peine qu'a Votre Majesté d'en obtenir des aides, et la libéralité avec laquelle ils offrent à ces rebelles leurs vies et leurs biens *. »

Ce fut l'opiniâtreté de leur esprit de liberté religieuse qui porta les Belges et les Bataves à renfermer leurs écus au fond de leurs coffres, lorsque le roi les exigeait, mais h en verser le double lorsque le prince d'Orange les leur demandait. Ce qui est certain c'est que ce furent les projets financiers du duc d'Albe qui généralisèrent la résistance, en soulevant ceux dont l'orthodoxie avait été la plus ferme garantie de leur soumission au roi et à son gouverneur. Quant à ceux d'entre les réformés qui avaient gardé le silence au milieu du sang et des larmes, on a fait justement observer que la sublime vocation du martyre n'est pas donnée à tous les hommes et qu'on ne s'insurge pas isolément contre un joug qui ne peut être brisé que par les efforts communs de tous. Or, le coup qui allait être frappé ne manqua pas d'atteindre tout le monde 2, et particulièrement les masses ^. Il n'en est pas moins

1 Correspondance de Philippe II, t. II, p. 266 et 512.

2 Van Vloten, p. 119 et 120.

3 La Cromjke van Vlaenderen door N. D. en F. R. (t. III, i, f. 3il) a fort bien dit : « Hetgone Oragne onlangs had ondernomen , is hem mislukt geweest, ora dat de vreedheydt van eenen prince deurgaens op

vrai que, depuis longtemps, des milliers de protestants avaient réclamé le supplice du bûcher comme un honneur, comme une gloire immortelle; quils y avaient entonné l'hymne de leur foi; que, depuis longtemps, les jours du martyre étaient reparus, et avec eux, l enthousiasme, le dévouement, l'ardeur du sacrifice *.

Quoi qu'il en soit, elle éclata enfin cette indignation publique avec d'autant plus de force qu'elle avait été Dlus longtemps comprimée , et voici venir un exemple de résistance passive, de cette résistance qui desarme l'autorité en ne lui laissant aucun prétexte duser de la force, et qui présage d'ordinaire une révolution complète.

besondere persoonen vallende, het gemeynte daerom niet en wordt overvallen, en daerom soo haest niet en wordt misleydt tôt scheunng Maer door d'algemeyne schatting en wierdt niet aUeen den haet op het allerhoogste tegen den Koning en Alba, maer broeyde selfs soodanigen aHieer in 'tgemoedt der invvoonders, dat sy reedts verlangden naer de komste, ofte van eenen anderen iandtvogt, ofte van Oragne selfs, om sis en g'heel het landt aen hem over te geven. » 1 on lit dans la Correspondance de Hainaut et de Cambrai (Archives

DU royaume), vol. VI, f. 110 : -, rx \

« Les dilticultez que proposent à Son Alteze [Marguerite de Parme]

et aux président et gens du privé conseil les commis de Sa Majesté a

Vallenciennes. . * * .*

« Au regard de Élov de Rho, hault-lisseur, prisonnier, soustenant et persistant en plusieurs erreurs et hérésies, combien que, à raison de ce il faict à condamner au dernier supplice par le feu, suyvant les placcartz de Sa Majesté, touttesvoyes lesdicts commys considérant que, depuis leur institution, ledict cas ne seroit advenu, et que, pour la nouvellité pourroit subvenir esmotion populaire, ont advisé, paravant procéder plus oultre, en advertir Son Alteze et ledict conseil, et remonstrer que lesdicts sectaires désirent et affectent ladicte espèce de supplice comme ung martyre glorieux, faisans grande bannière de ceulx qui endurent ledict feu, et que partant sembloit auxdicts commis, soubz correction que dessus, que, pour le bien publicq, et aflin divertir lesdicts sectaires dételle vaine gloire sur quoy ilz sont enthicrement fondez, seroit expédient commuer ledict supplice par le feu en ung aultre espèce de dernier supplice plus ignorainieulx, détesté et redoubté de telle manière de gens, si comme par la corde. » (3 juillet ISbb.j

La conduite des Bruxellois, dans cette occasion, est un de leurs plus beaux litres de gloire. Pour eux surtout. Topposition était difficile et dangereuse; comment, en effet, manifester du mécontentement en présence du duc d'Albe dans le lieu même où siégeait le terrible conseil des troubles, et où le sang de tant de victimes coulait encore »?

Le 26 septembre 1571, le magistrat de Bruxelles demanda au duc le sursis d'un mois, afin de pouvoir présenter à Philippe II, une requête tendant à faire substituer au lO'^ et au 20« des impôts moins onéreux. Cette démarche resta sans résultat et, le 20 octobre, il dut se résigner à promettre assistance à Jean de Fraye, collecteur général du dixième, qui, toutefois, hésitait à commencer une opération dont chacun prévoyait les périls. Dans cette situation, le duc manda au palais quelques membres du magistrat pour leur signifier que l'impôt serait levé immédiatement et qu'il fallait, au besoin, forcer la main aux collecteurs. Le 10 novembre, le premier bourgmestre, Maximilien T'Seraerts, communiqua ces ordres à de Fraye, qui se mit aussitôt en mesure de les exécuter. Un avis, publié au mois de décembre, enjoignit aux marchands et détaillants de tout genre de venir à l'hôtel de ville prêter serment de payer le dixième, sous peine de voir fermer leurs boutiques. La plupart ne tinrent nul compte de cet ordre. Une nouvelle injonction fut faite en particulier aux boucbers et aux marchands de volaille, et, sur leur refus, on ferma la boucherie pendant neuf jours. Dans cet intervalle, il fallut se nourrir de poisson ; mais de guerre lasse, le gouverneur général se vit forcé de permettre le débit de la viande et de lever une interdiction de brasser qui avait duré huit jours et provoqué un manque presque absolu de bière.

Cependant, le 12 janvier 1572, les brasseurs furent de nouveau sommés de suspendre leurs travaux, s'ils s'obstinaient à désobéir à l'édit. Ce métier était trop nombreux,

1 Wauters, dans le Trésor national, t. I, p. 48 et 49.

trop riche et trop infiuent pour céder après avoir pris une résolution énergique. Ses membres savaient qu'on avait peur de les pousser à bout eux qui pouvaient jeter dans les rues une fourmilière d'ouvriers sans pain. Le premier chez qui les collecteurs de l'impôt se présentèrent, dit que s'il avait méfait contre le roi ou la ville, l'autorité pouvait vendre ses biens à l'encan et se payer elle-même. Les collecteurs se retirèrent et protestèrent au duc qu'ils n'osaient procéder contre les récalcitrants, de crainte d'être massacrés par le peuple. ïls prièrent son confesseur de lui conseiller l'abandon de sa résolution; le duc d'Albe, pour toute réponse, l'accabla de reproches. Les évoques et les prélats assemblés lui firent aussi des représentations : ils lui prédirent une commotion terrible, dont le clergé serait la première victime. Il répondit qu'il ne faisait qu'obéir à la volonté du roi.

Résolu de poursuivre son œuvre, d'Albe fit convoquer les doyens des métiers pour les engager à contraindre leurs confrères à l'obéissance. Les doyens, réunis le 19, refusèrent, et comme on les retenait à l'hôtel de ville , plus de 4,000 bourgeois en armes s'assemblèrent sur le marché. Ce tumulte amena la levée de la séance et finit avec elle. Le duc, exaspéré jusqu'au délire, jura, par la croix qu'il portait au cou , de braver tout pour faire exécuter ses ordres et ranger les mécontents au devoir. Il fit appeler un marchand de soieries a qui il devait plus de 30,000 florins, et le pria d'ouvrir sa boutique en payant le 10^ le marchand répondit qu'il préférait perdre sa créance et quitter la Belgique plutôt que de payer l'impôt et de s'exposer h la fureur populaire.

Sur ces entrefaites, le duc, passant par la ville, s'aperçut que les bourgeois formaient des groupes sur le marché et semblaient tenir conseil. Ne recevant aucune marque de respect, il en conçut un dépit extrême, et se mordant le doigt, il jura de se venger et quitta la ville. Retiré dans un monastère voisin, il manda le duc d'Aerschot; mais quoique ce seigneur fût un des champions les plus ardents

iiuÉj

du roi d'Espagne et de la religion catholique , il refusa de se rendre à l'invitation du gouverneur, parce qu il était lui-même décidé à ne pas payer le 10°.

Le bruit de cette opposition, propage dans la capitale, exagéré à dessein , encouragea tous les esprits a la résistance alors surtout que des nouvelles de Malmes et de Sin vinrent apprendre aux Bruxellois que les Habitants de ces villes étaient dans les «^ mes sent.tn et tout disposés à leur prêter mam-forte; qua Anvers les collecteurs refusaient de s'acquitter de leur charge, parce qu'ils ne voulaient pas s'exposer à être massacres eu allant de maison en maison '. ,, lo^Him

Pour en revenir aux brasseurs récalcitrants, le 15 janvier, une injonction formelle de payer le subside leur lut enivée de l'hôtel de ville, sous peine de 100 florins pour un premier refus, de mort et de confiscation en cas de ïécidive. Menaces inutiles! Alors l'administration communale cita les brasseurs et leurs familles a sa barre. Les membres de ce métier demandèrent à être entendus en Lschare ^ ce que le magistrat n'osa leur accorder, parce que la commune les soutenait ; un acquittement , aussi bien qu'une condamnation , aurait eu des suites funestes. Les brasseurs firent une longue remontrance, réclamèrent les privilèges garantis par la Joyeuse-Eu lee et rappelèrent les grandes charges supportées pour la construction du canal , et l'empressement .f^Ç lequel les habitants avaient monté la garde pour défendre la vil e contre les ennemis du roi et les pillards des églises. La conséquence de cette démarche fut la reouverlu e des brasseries, le 13 février, avec garantie aux b'««seurs de n'être tenus d'aucune charge qui n aurait ee accordée par les trois membres de la ville et, dans le

1 Tous c« détails se trouvent dans XisArcMvesùelamaiund'Orangemssmi, t. III, p. 408-4H, etdansrarticlecitédeM. \Vautcrs(p. S6-58,,

qui s'est servi de la même source. ,„v„„i„„

2 Tribunal composé du premier bourgmestre et de sept échevms.

cas contraire, de pouvoir abandonner de nouveau leur in-

diistriô ^»

La plupart des marchands de draps, des merciers et des fruitiers avaient aussi fermé leurs boutiques depuis le 7 janvier* et, malgré un ordre de les ouvrir, sous peine de 25 florins d'amende, ils préférèrent ne pas vendre du tout si on ne leur permettait pas de vendre comme d'habitude. Les boulanc^ers ayant cessé de cuire du pain et les bouchers de de^biter de la viande, on fut forcé de se relâcher aussi à leur égard 2.

D'après un édit du 31 juillet 1571, tous les commerçants qui, par de fausses déclarations ou d'une autre manière, tâchaient de frauder le fisc , s'exposaient , pour la première fois, à la confiscation de leurs marchandises; en cas de récidive, ils payaient une amende du quadruple; convaincus pour la troisième fois du même délit , ils subissaient une correction arbitraire. S'ils refusaient de payer le 10^ ou d'exhiber leurs livres et de les certifier véritables par serment , les collecteurs étaient autorisés à les faire exécuter jusqu'à concurrence du 10^ de la valeur des denrées qu'ils avaient en dépôt lors de la dernière visite. Un édit du 24 février 1572, provoqué par la résistance opiniâtre des habitants à la levée du 10% contenait des dispositions un peu plus sévères , mais moins rigoureuses que les mesures prises d'abord par le magistrat. En vertu de cet édit, ceux qui refusaient le payement étaient sur-le-champ mis à une amende de 30 à 60 livres ' de quarante gros; mais il faisait une distinction au préjudice des métiers qui étaient censés indispensables pour la commune. De ce nombre étaient les brasseurs, les boulangers, les bouchers, les poissonniers, les graissiers et les aubergistes, qui, s'ils refusaient de vendre ou « (['exercer leur style pour tenir le 'peuple en sujétion, »

« Wauters, p. 58 et 59. — Bakhuizen Van den Brink, Notice sur le dixième denier, p. 8.

^ Wauters, p. 99.

étaient contraints de faire ledit métier, sous peine d'amendes, de correction arbitraire, d'emprisonnement, de saisie de leurs biens et ustensiles, et de privation perpétuelle du métier ; si c'était par complot et conspiration, sous peine de confiscation des biens et de bannissement perpétuel ; et si c'était du consentement et par conjuration de tout le métier , celui-ci était prive à tout jamais de ses privilèges et de ses biens. Du reste, pour ne pas entraver la marcbe de la justice par des procès hétérogènes, la poursuite des contraventions au lO» fut déférée à un tribunal spécial, compose de deux ou trois hommes de fiefs, jurés ou échems assistés d'un grefTier , à ce commis par les «"iS'^trats de chaque localité. En conséquence, le 28 leviicr, ordre de payer sous peine d'une amende de 60 reaux d'or- mais les commissaires chargés de la recette de l'impôt attendirent vainement à l'hôtel de ville : personne ne vint. Ni la présence du duc, ni ses menaces , ne pouvaient rien sur l'esprit des habitants, dont le pays tout entier admirait et encourageait la résistance. Deja l'inaction des artisans et leur misère croissante étaient exploitées par des agitateurs, pendant que les troupes mal payées étaient prêtes à se révolter. Comme jamais, en Belgique, aucun prince et bien moins encore aucun gouverneur de prince n'avait eu le droit de contraindre, par la force, un homme libre a l'exercice dun métier, les citoyens s'enveloppèrent de toute la majesté de leur bon droit et ne reculèrent pas même devant les insolences des fourriers répandus sur la place publique et dont se servait le duc d'Albe pour réduire les communes réfractaires. Leur apparition annonçait une augmentation de garnison à la charge des bourgeois En 1569, la nouvelle de la simple approche de ces redoutables ofiiciers avait suffi pour que le troisième membre de la ville de Louvain donnât al acceptation du 10' un assentiment qu'il lui avait refu:^ jusque-là. Bruxelles avait tâché de parer ce coup en gra-

lifianl chacun de ces hôtes incommodes d'une aime de vin

du Rhin '. . „ .,

Et, cependant, le 26 février, le duc avait fait une nouvelle concession, en suspendant, à cause de la disette, le lO» sur le blé jusqu'à la nouvelle récolte. Davantage , il avait dispensé les commerçants du serment qu'ils étaient tenus de prêter sur le montant de leurs achats et de leurs ventes; il s'était avoué satisfait d'une simple déclaration et il avait réservé le serment pour les cas litigieux; il avait consenti à la suppression du cautionnement exige des receveurs généraux ; il avait promis de se rapporter désormais à leur bonne foi et à l'exactitude de leurs livres ; enfin, au lieu du 10% il avait fixé pour la viande un tant

général de taxes 2. . .

Tout fut inutile ; mais cette résistance opiniâtre des Bruxellois porta au comble l'exaspération du gouverneur général : il traita de vauriens les juges du pays qui refusaient de se faire les instruments de ses violences; le lieutenant-amman s s'étant permis quelques observations sur l'illégalité de ses décrets, il lui répondit, en se tirant les poils de la barbe, qu'il le ferait pendre si ce magistrat n'exécutait pas les récalcitrants , et un de ses commissaires menaça de les saisir dans leurs lits et de les traîner en prison. On doit se garder d'ajouter foi à ce qu'on raconte de la réalisation des paroles du duc d'Albe. Déjà, dit-on, le bourreau avait les cordes prêtes, des échelles de douze pieds de hauteur, se dressaient contre les potences , es soldats se tenaient sous les armes; dix-sept notables

I Vigl. ad Hopp., p. 610 et 612. — Bakhcizen, p. 5, i etô. — Wab-

lERS, p. 39. — LEO, t. II, p. 358.

î Pour un bœuf au-dessus de trois ans, 32 sous; pour un bœuf audessous de cet âge et pour une vache, 14 sous; pour un veau, o sous; pour un cochon, 6 sous ; pour un bélier, 3 sous; pour un mouton, I sou et 2 deniers; pour une chèvre ou pour un agneau, 1 sou. ,11akh.,

"*' 3 viir, sur les attributions de ce fonctionnaire, XHistoireie Rmxelles, par Hcnne et Wauters.

allaient être pendus à la porte de leurs maisons ; le lieulenant-amman devait subir le même supplice aux barreaux des fenêtres de l'hôtel de ville. Tout cela ne fut qu'une invention pure ou l'exagération d'une demi-vérité *. Un pamphlet du temps a retracé dans tous ses détails cet épisode de la résistance des habitants de Bruxelles. Cet écrit est malheureusement entaché de partialité, car les premiers coups de l'auteur frappent sur les magistrats et sur les receveurs de l'impôt si généralement détesté. Il les accuse d'avarice, d'indifférence à l'égard des droits du peuple et de complaisance pour ses tyrans. Les exhortations de soumission qu'ils prodiguaient à leurs administrés, leurs efforts pour ramener le calme dans les esprits et pour alléger le fardeau qui pesait sur la bourgeoisie, lui sont suspects. Rien de plus injuste; car si l'on peut leur reprocher quelques actes de sévérité , ces fonctionnaires, loin d'être les complices des rigueurs du duc d'Albe , l'exaspéraient plutôt par leurs interminables tergiversations et par les entraves multipliées qu'ils mettaient à l'exécution de sa volonté. Leur sourde opposition présentait d'autant plus de chances de succès qu'ils se vovaient soutenus par le conseil privé et par celui des finances, habitués jusqu'ici à se plier servilement à tous les caprices du gouverneur. Mais les accusations de l'auteur ne s'arrêtent pas exclusivement aux magistrats ; il va jusqu'à insinuer que le clergé, en général , a suggéré au duc l'idée de cette nouvelle exaction. Inutile de réfuter une telle calomnie, qui est d'autant plus odieuse qu'il ne s'en est guère pris au roi d'Espagne et au duc d'Albe. Il se contente de traiter ce dernier de petit cousin qui jaunissait de dépit. Les Espagnols sont qualifiés ùq punaises; mais celui qui est le plus malmené est de Fraye, receveur général du 10^ denier à Bruxelles 2.

On a fait remarquer, à ce sujet, que le receveur général

* Bakhuizen, p. 14-20.

2 Bakhuizen, p. l*^.

de chaque ville était choisi par l'amman, l'écoutète ou le Leur sous l'approbation du gouverneur. Mais ce choix Sïïek reint à une liste de trois candidats, composée par Ti aSat même, et sur laquelle ce corps avait som de ne Dor er que les plus estimés et les mieux accrédites de esÏÏ ito "ns. Le receveur général nommait les co^cteurs particuliers. Les matières soumises au W e aient cassées d'après certaines catégories, et chaque catégorie Sait son collecteur : il y en avaitun pour es liquide Etre pour la viande et le gibier, un troisième pour le îoiSn un quatrième pour les grains et le pam, un cin- Se pour les marchandises d'aunage, un sixième pom îe qîi s^vendait au poids, un septième pour ce qui se

ment de nos ancêtres, à qui rien ne répugnait tant que S armée de gabelous, si âpres à percevoir leurs dr^^^^^^^

sur tout ce qui était à leur portée, ^^^^Pf \t^ coutumesbureaucratiques et, sans necessi e^^^^^ c auffes et vêtus aux dépens des contribuables Qu on se^^l^^^^^^^^ gine entrant dans les comptoirs, ^^f^" "^^" j^'^/'^f ouvrant les caisses , fouillant dans les tiroirs, et que 1 on

^"^Quant au gouvernement espagnol, ce n'étçût pas la pr^^^^ mière fois qu^l allait se heurter avec ses reso utions les ; us ortes contre les déplorables conséquences de son s>^. lème économique. Pour ne citer que deux laits m is deux faits graves, ne fut-ce pas à cette cause qu il f ; ^ /^^^^^^^ la perte de l'importante place de Thionville ^ un des bou

\ rsi'rray'rclla'lettre qu'il a pieu U Vostre Majesté m-esc,ipre.

Lent en ce, mais en toutes ''f '«^-f ^ P»~ tion que j'ay à Vostre Majesté, je ne ^""•'' » ^.fKé v cmploierma pour luv faire très-humble serv.ee, je n en f*'''"^^'* f ^""^ • ""^j fov que ■le après ,ue Vostre Majesté me fera k relever de la P;~ ^^^^^^^^ j'ay fait aux Allcmans estans en ce lieu (dans la Mlle de LuxemDomw

levards des Pays-Bas contre la France ; ne fut-ce pas elle encore qui, en 1562, exposa au plus imminent péril la capitale même du duché de Luxembourg », cette clef de nos provinces?

Morillon, vicaire général de Granvelle, connaissait parfaitement les périls de la situation du duc d'Albe. « Les bons et les mauvais, dit-il, sont également mécontents à cause de l'impôt. Personne ne veut acheter le bien d'un principal bourgeois mis à l'encan pour le 10«. Il est temps que le roi vienne. Le duc d'Albe se comporte de façon k être bientôt maître du pays parce qu'on n'y trouvera ni hommes ni argent. Il faut qu'il soit soutenu par la France. Du reste, on doit moins craindre de l'étranger que ce qui couve dans le sein des provinces. Tout annonce une révolution prochaine 2. »

Le duc d'Albe était loin de s'en douter. Tantôt il répondait aux doléances des États par des reproches d'ingratitude mêlés d'une incroyable naïveté s ; tantôt il leur tenait

ne bouger d'auprès (TeuJx que premier ne fussent contentez de leur

deu. » . ,

Mansfeldt, gouverneur du Luxembourg h Philippe H, 16 juin 1558. (Archives du royaume, Lettres des seigneurs, vol. XIX, f. 288.) L'argent n'arrivant pas. et le comte de Mansfeldt se voyant dans Timpossibilité de voler au secours de la ville, comme il le désirait (voyez Lettres des seigneurs, l. /., f. 200, et Correspondance de Luxembourg et deNamur, vol. I, f. 304),Thionville, serré de près parJ-2,000 Français, demanda, le 21, à capituler.

1 (( Quanta ceste ville (de Luxembourg) , Vostre Alteze sçait qu'il n'y a point un seul homme de guerre y et estant icelle de telle importance, comme est tout notoire, je ne puis délaisser pour ma descharge supplier derechef à Vostre Alteze d'y avoir regard , affin d'y pouvoir avoir pour la garde quelque nombre de gens de guerre. » Mansfeldty gouverneur du Luxembourg, à la duchesse de Parme, U septembre 1562. [Correspondance citée, vol. IH, f. UO, verso.)

'^ Analyse des lettres de Morillon par Dom Berthod. (Manuscrits de LA BIBLIOTHÈQUE DE BOURGOGNE, n« 16,094, f. 237 vcrso, - ^39 verso )

3 Le duc d'Albe écrivit à tous les États du pays (le -20 octobre 1571) : (( Son Excellence s'est esmerveillée de leurs plaintes et doléances, ayant plustost attendu quelque remerciement de la grande modération du

un langage plein de hauteur et de menaces i. Il jurait ^î'i ne%artirait pas du pays avant d'avoir définitivement é abli le nouveau système financier. Son ind.gnat on imentait tous les jours et il dit en présence de Viglius aXt^H P lus avan ageux au roi de perdre le pays que diïes sujets désobéissants. « Il fallait bien, après tout, que les villes nourrissent et payassent les soldats ^. Quoique le pouvoir eût fait de grands sacrifices d areenf quoiqu'en 1567 il eût dépense 43,513 livres de S 'pour l'équipage de sept grands navires et de deux ïïts destinés l aller au devant du roi que ron a en. dait d'Espa^çne; en 1570, la somme de 56,931 livres, pur celui des 'navires de guerre chargés de transporter fa reine Anne dans ce pays; en 1571, celle de /5,552 hvri pour celui de six grands navires et de sept yachts de -uerre armés en Hollande et 42,118 pour celui de différents navires de querre équipés en différents endroits; enfin en 157^! 39,367 livres pour les navires armes en

Holla'nde et 40,651 pour l'^PP^^'^f'^""^^"?'?,^.,^^^^^^^^ seaux de guerre à Anvers, cependant le duc d Albe n était pas encore forcé de recourir à remploi f rnoyens désespérés, surtout il n'était pas encore réduit aux expe-

dients imaginés, en 1575, par son ^"^cf ^f^^^^^^ de Kequesens, qui fut forcé d'exiger des chefs des mai- Snfreli-ieuses du quartier de Bruxelles, une certaine quantUé d'arbres pour la construction d'une flottille, de

X». denier dont Icelle a mé au regard de ce que porte leur consenti- UZJm; et, comme «adicte ExceUence ne^ pe«^^^^^^^^^^^^^ ment interoréter leursdictes plaintes et doléances à «'«'^«'"an'-*' '«* ^"ns o«7o«rs Irouvé si bons et léaulx subjectz et se-teurs ^« Sa ^^j e tant promptz et prestz à consentir aux demandes d "<="«; ««/«'•»«««/ tu ce KUer pour non avoir a.e. pénétri on entendu le m, de tant plus qu'elle trouve iceluy par eulx rejette «" term s trop gêné raulx. » (ABcmvcs pu bova.mc lO^m» ^tT™ ^ cité' 'f. 259 i Archives du royaume, l. L, L •^•>5» ei Munu^i^i

verso.

^ Bibliothèque de Bourgogne, l. ^, f. 239 verso.

leur enjoindre de choisir dans les bois des communauiés ceux qui étaient les plus propres à cet usage et d'en ordonner rabattis malgré les protestations et les résistances des parties intéressées <.

Revenons aux gueux de mer : leurs premiers efforts, en quittant l'Angleterre, étaient dirigés vers le Nord. Gomme ils avaient besoin de pain, ils résolurent d'intercepter les navires chargés de blé qui venaient de la Baltique; d'assaillir ensuite, sous l'île du Texel, une quinzaine de vaisseaux du ducd'Albe; enfin, de frapper un coup décisif surEnkhuizen. Mais à peine avaient-ils perdu de vue les côtes britanniques qu'ils aperçurent quelques riches vaisseaux marchands espagnols, dont ils prirent deux (30 mars 1572). Ces navires furent aussitôt déchargés et armés en guerre : l'un fut confié au capitaine MarinusBrand, deSaftingen (poldermaintenant submergé entre Hulst et Berg-op-Zoom),qui,enl574, termina dans la boue une glorieuse, mais sauvage et sanglante carrière; l'autre fut placé sous le commandement d'Adam Van Haren, de Valkenburg 2, (aujourd'huistalion du chemin de fer d'Aix-la-Chapelle à Landen), issu d'une antique et noble famille, dans laquelle la science, la bravoure et le patriotisme, relevés par la plus belle poésie, se transmirent, depuis, en Frise, comme des vertus héréditaires, et qui compte parmi les siens ce Guillaume Van Haren, qui n'a pas moins réussi dans l'épopée que dans la poésie lyrique, et dont un des morceaux, Léonidas, lui valut, de la part de Voltaire, une pièce de vers qui commence ainsi :

« Démoslhène au conseil et Pindare au Parnasse, L'auguste liberté marche devant tes pas ; Tyrtée a dans ton sein répandu son audace, Et tu tiens sa trompette, organe des combats. »

< Archives du royaume, Registres des Chambres des comptes, no» -26,119, f. xxm et XLvn; 26,120, f. xlvi; 26,121, f. cvin verso, 26,122, f. cxx; 26,126 et Inventaire, t. IV, p. 242 et 245.

'^ Alors capitale de la seigneurie de ce nom dans le pays d'Outre- Meuse, à présent commune du royaume des Pays-Bas, province de Limbourg.

Le frère de Guillaume, Onno-Zvvier, s'érigea dans le noëme des £?ueux, un impérissable monument a 1 admira- Ke la postérité. Un fils d'Onno-Zwier, Charles-Guil-

ume moumt,en 1793, pour ^^"^^"^^^^^^^^ nrès de Menin, et son petit-fils, dernier rejeton de cette ? a amais illustre, le jeune Charles-Fréderic-Sigismond Van Haren, succomba à Waterloo, pour la même

'' LeVgueux continuèrent leur route vers le nord, et déjà ils a S passé l'embouchure de la Meuse et etaien

riî s à la hauteur d'Egmont, lorsque tout à couP 1. vent changea et les força de prendre ^^^'^^^\^^^^^^^^ cinglant vers le sud, ils entrèrent dans la Meuse lou^^ s'emparer de quelques vaisseaux marchands ^ui ^^^^^^^^ valent à l'ancre; mais ces vaisseaux se hâtèrent de déployer leurs voiles pour se réfugier a Rotterdam Retemissur le fleuve par un vent nord-ouest qui, au lieu de S^minue S augmenté de force, les gueux s'arr tèrent dP^ànUa Brille non pas qu'ils eussent encore l'intention

rs'éîalîiS cette'vill?, mais ils ne ^o^^^ une meilleure occasion de s'en rendre ^^^^^ ^ J^jJ^Pj^j', coupable des imprévoyances, le duc JAUe en avait

retiré, au mois de novembre P^^^^^^f" ' ^J'^^^^^^^^^ esoacnole que quelques mois auparavant il y avait placée : ? tant 'de sageL. C'était une faute ^'-^^^ grande qu'il ne pouvait pas ignorer que la Brille était une fes vïle' où les 'principes de la réforme s'étaient mani^^^^^^^^^^ avec le plus de force et que, parmi les gueux il y avai un grand nombre qui y comptaient des amis et d s parents. C'était le mardi 1- ^^ril 1 5 i 2 vers qu^^^^^^^ heures de l'après-midi, que Brand et Van «^/ei^, » sur le navire qu'il commandait jetèrent les Premiers l'ancre devant la Brille, l'un demandant al aul es il n'avait pas quelque chose à manger. \an Haren giatiha

1 V.N GBONiNGEN, p. 93, 177-189, 244.2i6^- Van Vloten, p. 199 et 200. — Biographie universelle, art. Vcrn Haren

son compagnon du dernier fromage qu'il avait à bord. La disette qui régnait sur la flotte était la conséquence des ordres sévères d'Elisabeth et du prompt départ des gueux. Les portes de la ville furent aussitôt fermées et le magistrat se réunit en toute hâte; car le reste de la flotte, consistant en vingt-quatre navires, avait suivi l'exemple des deux capitaines. L'équipage, toutefois, ne descendit pas à terre; il attendit, pour cela, une occasion propice, qui ne tarda pas de s'off'rir. Un batelier de la Brille, partisan de la cause de l'indépendance, — Pierre Koppelstok, — venant de Maassluis, village à une lieue de là, avec sa barque remplie de voyageurs, et se dirigeant, en ce moment, vers la Brille, « quels sont, demandèrent ceux-ci, les navires qui là-bas carguent les voiles? Ce sont les navires des gueux de mer, » répondit Koppelstok, qui connaissait leurs vaisseaux, leur pavillon et quelque chose de leurs intentions. Épouvantés, les voyageurs le prient de les ramener à Maassluis; ce qu'il fait; puis il retourne à la flotte des gueux, demande à parler à son concitoyen Treslong, fils de l'ancien bailli de la Brille, lui révèle toutes les circonstances favorables de la situation et se fait présenter à Lumay. Le vice-amiral reconnut aussitôt, dans le hardi batelier, l'homme qu'il lui fallait pour conquérir la ville, où il le renvoya après l'avoir muni de l'anneau à cacheter de Treslong, en guise de lettre de crédit. Koppelstok obéit, se rend auprès du magistrat, et au nom des gueux de mer, le prie de lui adjoindre deux délégués pour aller traiter de la reddition de leur cité au prince d'Orange, l'assurant qu'il n'avait rien à craindre, que les gueux venaient aff'ranchir les habitants de la tyrannie du duc d'Albe et de ses exactions flnancières. En même temps, il montre au magistrat l'anneau, preuve de sa commission. Sur la demande du plus ancien bourgmestre, Jean-Pierre Nikker, si les marins étaient nombreux, Koppelstok répondit qu'ils étaient 5,000. Cette assertion mensongère fit impression sur le magistrat, qui se décida à déléguer quelques-uns de ses

mpmhres mais n'en trouva aucun qui eût assez de courro^nouV se CM de cette besogne. Enfin, deux cfeviC se le r^^^^^^^ et s'offrirent à être députés aux ?ueux Arrhes devant Lumay , ils s'inclinèrent humblemenT'La Marck descendit à terre et exigea, dans 1 espace rïeux heures rouverture des portes de la ville, dont, au Se es î^^^^^ s'étaient déjà approchés, tambours battants et d4^^^^ déployés. Cette impétuosité mi fin f n rlo uiL bien nalu^^^^^^ du magistrat et repondi a L iuste at^^^^^^^^ de ceux de la bourgeoisie qui sympath saien avec a cause des marins. D'ailleurs, toute resisaS était inutile : la garnison espagno e qui aur i du £trp là nour la défense de la ville, avait ete renioicei Zl d'Utrëcl u où le duc d'Albe voulait briser l'oppo- Snfï à ses réformes financières. Cependant tous cerau dans la Brille, craignaient les gueux ou qui Snf iôur VEspagne, s'enfuirent par la porte sud, la no te noid étant occupée par les bandes de Lumay, qm Smandrent si Von voulait les aider a entrer en v.^^^^^^ ou si elles devaient s'aider elles-mêmes L^ n'^g^,'»!

ayant délibéré de nouveau, « J'^^'-,/"' ;.„f ™ 'èolvntPi- U reddition ; et, par ce vote, il entraîna ses toi

ètues Ma ôi« 1^"' ^«1^°"^^ "^''f' ''TllIZ division des iiueux se porta, sous Treslong, du cote de

fâ S méridionale, où elle arrêta les fuyards. A l'une èi à îauî e porte, Néanmoins, les envahisseurs renconèien de îaîési tance. Ce fut alors que Treslong fit tieient ae '•« '"^ accorda encore quelques mo-

nïïtïd riT^mag tra^En attendant, Rooboil avait Ssé des matLes inflammables auprès de la porte seotentrionale; il y mit le feu, et comme tout ne niar- St oàs à son gré, il fit enfoncer avec un vieux niat cS qui'r siai enc'ore'de la porte. H cria aux bourgeois, du îiaut des murs, qu'il y pénétrerait en dep.t d arx ^ Zv, les fortifications étaient escaladées, et la poite Sdîo'alféUit, elle aussi en feu. Mais pou.-^en fin. plus vite, on eut recours a la mine et 1 on Ut sautei en

l'air la porte nord, tandis que les bourgeois eux-mêmes ouvrirent la porte sud *.

Ce fut dans la nuit du l^'"^ au 2 avril que les gueux entrèrent dans la ville au nombre de 600, dont 300 arquebusiers français et wallons; les 300 autres étaient composés de nationaux et d'étrangers. La Brille fut ainsi conquise, sans qu'il y eût une goutte de sang versée, ni d'un côté ni de l'autre ; à l'intérieur, on ne toucha ni aux personnes ni aux propriétés. Malheureusement, le feu qui avait été mis a la porte nord, s'était communiqué à plusieurs maisons 2, de sorte que, dans l'après-midi du 3, les flammes rouges de l'incendie, se mêlant aux volutes de la fumée, projetèrent au loin sur les flots leurs reflets sinistres s.

Au moment où la Brille tombait entre les mains des gueux, le duc d'Albe écrivit au roi : « A tout événement, je mets les côtes en état de défense ; je fais fortifier Fiessingue et l'île de Walcheren *. »

Les vainqueurs se contentèrent, pour tout butin, de saisir les deniers publics qui se trouvaient entre les mains de Nikker et du maître des rentes de l'île de Voorn. Il faut, sans doute, attribuer cette modération à l'influence de Treslong. Malheureusement la sauvagerie naturelle des gueux revint danslajournée du 2, et ils déshonorèrent leur audacieuse mais facile conquête par leurs excès habituels : ils pillèrent toutes les églises et tous les couvents de la ville et de l'île; ils y détruisirent tous les objets de la vénération des catholiques, sans même épargner l'image du Crucifié, que, dans leur rage calviniste, ils traitèrent de

1 Alkemai.e, Beschryving van de stad Briele, f. 123, 124 et 126. — Correspondance de Philippe //, t. I(, p. 245. — Wagenaar, t. VI, Byvoegsels, p. 83 86. — Van Groningen. p. 9G-98. — Van Vloten, p. 202 et 203.

^ Wagenaar et Van Groningen, l. L — Correspondance citée.

3 Archives du royaume, Correspondance de Hollande et de Zélande, vol. XVI, f. 72, 73 et 79.

* Correspondance de Philippe II, t. II, p. 258.

^rnnd Baal Avec les saints en bois, ils chauffèrent fjf lits foides d'avril et préparerez leurs repas et on les vit se prélasser dans les'chapes et les chasubles dor e d c erg Des hommes qui confondaient dans eurs Sa Se aveSesle catholicisme et la tyrannie du ducd Albe Pt ne rêvaient que d'atroces vengeances, ne pouvaient être au'intokJnt envers un culte qu'ils traitaient ouvert ïent de ÏÏeuse superstition, de détestable corruption de Tnarole de Dieu. C'était la triste contre-partie du fanat^meesoïno Prêtres, moines et nonnes furent chasses

'"'rerS^onlLS'S-abord si peu h s'établir dans leur con'q'èrque tlSà ils s'occupèrent à transponer dans leu^^^ navires le riclie butin qu'ils venaient de faire, car Us cra

par la puieit uc a^^, v ip gouvernement

de hache les portes de cette dernière ville, pour en chasser *\ïaf iStIVoreille aux sages conseils de ces hommes,

1 Alkemade, p. 128. - Van Groningen, p. 99-101.

2 Wagenaar, /. /.

3 Van Groningen, p. 101, 102, 183-189.

et tous d'une voix unanime et solennelle, jurèrent de faire de cette ville une autre la Rochelle et de la garder pour le prince d'Orange. Aussitôt on se mit à l'œuvre pour la placer dans un état respectable de défense. Afin d'en fermer l'accès à l'ennemi, on brûla le faubourg situé devant la porte méridionale; on abattit les arbres des vergers qui auraient pu lui servir d'abri ; on fit entrer l'eau dans les fossés; on construisit quelques ouvrages de fortification ; on transporta de l'artillerie sur les remparts; on tira des vaisseaux les munitions de guerre, et les habitants, — hommes et femmes, — rivalisèrent de zèle pour conserver la conquête que l'on venait de faire sur le despote irrité *.

Aux Belges que j'ai déjà cités, il faut ajouter d'autres qui se distinguèrent comme gueux de mer ou qui eurent une part active à la prise de la Brille, ce berceau de l'indépendance batave et qui l'aurait été de la nôtre, sans un concours de circonstances fatales. C'étaient :

Pierre Van Berchem, d'une famille noble du Brabant. Il avait signé le Compromis; avait servi, comme capitaine, sous Louis de Nassau ; s'était signalé sous Abels et Sonoy contre Bosschuysen ;

Nicolas Bernard, gentilhomme tournaisien. Après avoir assisté à la prise de la Brille, il rendit les plus grands services à Middelbourg, Harlem, Flessingue et d'autres villes;

Michel Crocq, Liégeois, inscrit en lettres de sang dans les annales de ce temps, comme l'ennemi le plus acharné du clergé. Plus cruel que brave, il fut, le 11 février 1574, livré à la mort par Sonoy lui-même à cause de ses barbaries contre les prêtres. Il avait participé à la conquête de la Brille ;

Antoine de Fervacques, seigneur de la Lave 2, ancien échevin de Tournai. 11 avait été forcé de se réfugier à

1 Correspondance de Philippe II, t. II, p. 245. — Van Kampen, 1. 1, p. 387. — Van Groningen, p. 101 et 102. — Van Vloten, p. 203.

2 Né à Escanaffles, commune rurale de la province de Haiuaut, arrondissement judiciaire de Tournai.

Cologne et à Francfort (1569). De là il se mit au service de Jumelle, gentilhomme picard; puis, il se retira a Londres d'où il revint après la prise de la Brille et se rendit à Flessingue. Un peu après, il fut fait prisonnier par les Espagnols (1572) et, sans doute, décapité; ^, ^ . . Jacques Hennebert, de l'Ecluse, en Flandre. Il fut a la

Brille*

Gauthier Berlin, de Valenciennes, fils de Michel Merlin chef des réformés de cette ville et décapité après qu'elle avait été prise par Noircarmes (23 mars 1567). Le fils de celui-ci, nommé également Michel, subit le même sort. Il avait trois frères, dont l'un fut Gauthier. Dans leur désespoir, ils se rendirent parmi les gueux des bois. Arrêtés l'année suivante, les deux frères de Gauthier furent pendus à un arbre; lui, il eut le nez et les oreilles coupés, en attendant qu'il pérît sur le bûcher. Mais il parvint a s'évader, et traita, dit-on, les prêtres et les Espagnols qui tombaient entre ses mains de la même manière qu'il avait été traité par la justice du duc d Albe. Il fit partie de l'expédition de la Brille; .

Henri Hoorenmaker, Gantois, lieutenant de Wibaud Kiperda, gouverneur de Harlem pendant le siège de cette ville ;

Charles de Houchin, seigneur de Longaslre; il sacrifia sa vie et ses biens à sa patrie ; „ > ^

Arnaud de Landas, seigneur de Fiennes; Hermès de Landas, seigneur d'Estoine, deux frères, et, comme Longastre, deux anciens confédérés. L'un servit comme lieutenant de Lumbres, l'autre comme simple soldat, sous le

capitaine Bernard ; . , ^ .:

Guillaume Lievens, Flamand, qui avait change son pacifique métier de tourneur de chaises contre l'orageuse carrière des gueux de mer, par lesquels il fut amené

devant la Brilîe; . .^ ♦ ^ .^n

Le Gantois Jacques Martins, fils du président du con seil de Flandre, de ce nom. C'était un jeune homme que l'enthousiasme seul de la liberté avait jeté parmi les gueux de mer. Porte-drapeau dans une des enseignes de Lumay,

)1 fut à la Brille et mourut de la mort des braves devant Harlem, 12 décembre 1572;

Jean Omal (d'AumaHe, Oumall ou Thomale) , dune famille noble de Liège, et de chanoine devenu protestant. Compagnon de Lumay, il se signala comme égorgeur de prêtres et finit par quitter avec lui la Hollande, justement

abhorré de tous; , , , ,

Le Flamand Jacques Schoonewal, un des héros les plus téméraires des gueux, non-seulement h la Brille, mais encore dans d'autres expéditions;

Le Bruxellois Gilles Steltman, également un des conquérants de la Brille. 11 n'avait jamais vu, dans l'orageuse carrière des gueux, qu'une vie de pillage et de destruction, sans avoir la moindre idée de la cause qu'ils défendaient;

Enfin, Philippe Tongerloo, qui était venu de la Rochelle au secours des Zélandais *.

Par l'établissement des gueux dans la Brille, les resolutions des peuples devinrent libres, et si auparavant la conduite des Bruxellois avait été accueillie par des applaudissements universels 2, la prise delà forteresse hollandaise causa d'incroyables transports d'enthousiasme ^ surtout dans la capitale, où l'on composa ce distique * :

1 Archives du royaume, Correspondance de Hollande et dé Zélande, vol. XIX, f. 101-103. — Van Groningen, p. 142-355.

2 a Ceux de Drusselles, par leur magnanimité et constance, à leurs grands périls, ont esté les premiers qui, pour maintenir leurs privilèges et franchises, se sont opposés à la rigueur et dureté du duc d'Albe, dont ils s'en sont acquis à jamais une louange immortelle. » Li: Petit, Chronique ancienne et moderne de Hollande, Zélande, etc., t II. f. 223.

;t Jacques Lidius, auteur du Verheerlykt Nederland, s'écrie dans son enthousiasme patriotique : « Den hemel, de sterren, de wolken, de winden, de zee en waterstroomen, ja het geheele schepsel boven en beneden hebben ons de verlossing en vryheid gebaart. » '. BoR, f. 366. — LEO, t. II, p. 563. On lit beaucoup d'autres vers, tels que ceux-ci :

« Interea Alba novas meditatur ferréus artes, Perpetuos cunctis décimas imponit avarus, Lummaius comes hinc invadit classe Brielam, Terga dat Hispanus, princeps revocatur ad urbes. »

— Ub -

Den eersten dag van april Verloos duc d'Alva synen bril *.

Jamais peuple n'avait plus noblement défendu ses droits que le peuple de Bruxelles : son opposition s'était renfermée dans une sphère de légalité qui pouvait servir de modèle. Philippe H, en dédaignant les justes représentations des États, avait rompu de ses propres mains le pacte qui existait entre lui et la nation; à son tour, il ne fut plus qu'un rebelle 2.

1 C'est-à-dire le premier jour d'avril, le duc d'Albe perdit ses lunettes. Il y a ici un jeu de mots, le nom flamand de la Brille s'écrit de même que le mot bril, lunettes. - Tel fut le fruit que le duc d'Albe récolta de sa politique. Un écrivain du xm*" siècle, ami du pouvoir, apprécie de la manière suivante, les résultats de la situation créée par le gouverneur général • « Et le malheur qui est venu au pays de par deçà est principalement procédé de ce qu'ayant le prince d'Orange veu les humeurs qui courovent au pays, et les subjects si altérez..., a estimé que c'éto.t son apoinêt ; et considérant que, du commencement en l'an 1568, il ne sçavoit exécuter son emprinse par voyes d'armes contre ledict duc d Albe, n'estans lors les cœurs des subjects encores tant aliénez de luy, ains s'emploiants à l'assister pour repoulser ledict prince, il s est résolu quand il vit les altérations du peuple pour Texécution du 10^ denier mauvais traictement des Espagnols et la faculté de la justice du conseil des troubles et autres causes...) de s'ayder des practicques des bannis de par deçà et ceux qui adhéroient à leurs factions, leurs parens et alliez, et essayer autrefois à la fortune, etc. « {La source et le commencement des troubles, apt^ Wauters, Mémoires de Viglius et d Hopperus, p 216) « Ces peuples, dit Champagny, n'osent laisser les armes pour crainte de pis et d'un joug et servitude perpétuelle, de laquelle chascun tâche de se rachepter au prix de sa propre vie et pour s oster des sursaulx des forustat (de l'émigration ou de l'exil). »

2 Qu'on se garde de crier à l'exagération ! C'est l'opinion d un des plus grands conservateurs de notre siècle, de M. Léo, qui dit .t II, p. 55vr . « Die Brusseler waren im besten Rechte : ihnen x^ar nich das mmdeste mehr forzuwerfen, und ihre Opposition war so innerhalb der Sphare gehalten, in der sie niemand, auch kein Kônig und Kaiser, ohne zum Tyrannen zu werden, beintrâchtigen durfte... Jedes Haar was ihnen gekrummt wurde, um dieser Dinge willen, «^"«^f /jf .«j^^^^^^^^^^^^^^^ mussten die Brabantersammbtund sonders als einen Schritt betrachten der sie in dieselbe Stellung brachte, in welcher sich frûher der Koiiig

Là

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