TAMBOURS ET CANOTS DES NÈGRES DES BOIS
ASSANT maintenant à la population noire de la colonie, nous la diviserons en deux groupes : les Nègres des bois En les Nègres sédentaires, tous d’origine africaine.
5 Ce chapitre sera consacré au premier de ces groupes.
RTS C’est le commerce des esclaves qui a peuplé de nègres
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la colonie de Suriname.
Les nègres des bois habitent dans des « loos >» ou “llages. peu
Les sources de ce Chapitre sont:
so Les renseignements oraux fournis par M. MackiNTosx;
2° Les articles du capitaine ZimmErManx publiés dans et Nieuwws van den Dag, et dans Eigen Haard; 3° Cosrer : De Boschnegers in de Kolonie Suriname. — Bijdragen tot de Taal-Land-en Volken-
kunde van Nederlandsch Indië; derde Volgreeks; eerste Deel; 1° stuk. 1806 ;
2 L'ÉS CHE LEANÉRSNDE S'DECINSNTIE
éloignés les uns des autres et situés dans les régions montagneuses que traverse le cours supérieur des principales rivières de Suriname.
Leurs ancêtres, apportés d'Afrique pour travailler sur les plantations, furent très maltraités dès le début de la colonie ; aussi profitèrent-ils de [a première occasion pour se sauver dans les bois épais et dans les solitudes inaccessibles des hautes terres qui leur offraient un refuge où 1l était difficile de venir les chercher. La, beaucoup de leurs compagnons vinrent les rejoindre; ainsi, en 1712, les esclaves furent renvoyés dans les bois par leurs maîtres pour qu'ils ne tombassent pas entre les mains de l'amiral Cassard, qui faisait le sièse de Paramaribo. Mais, après la paix, ils refusèrent naturellement de revenir. Petit à petit leur nombre augmenta; ils formèrent différents villages er cultyerent quelques champs.
Ce qu'ils retiraient de cette culture, ajouté à ce que la chasse et Îa pêche leur fournissait, suffisait à leur nourriture. À mesure que les conditions matérielles dans lesquelles ils vivaient devenaient meilleures, les évasions augmentaient parmi les nègres des plantations.
Ceux qui avaient ainsi reconquis leur liberté ne se contentèrent bientôt plus de rester cachés dans leurs bois. ÎÎs se tinrent en relations continuelles avec leurs compatriotes qui travaillaient encore sur les plantations. Ils dirigèrent des attaques nombreuses sur ces dernières, saccageant tout et tuant tous ceux qui essayaient de leur résister; après ces expéditions ils emmenaient avec eux leurs compatriotes affranchis. Alors le gouvernement fut forcé de commencer une guerre longue et coûteuse, qui ne produisit pas les résultats qu'on en attendait.
Les expéditions et les patrouilles dites « des bois » ne parvinrent qu'à refouler les nègres plus profondément dans leurs forêts, d'où ils sortirent de nouveau pour recommencer leurs attaques sur les établissements européens. Plusieurs fois, leurs villages situés entre le Suriname et la Saramacca furent découverts et brûlés. Quoique la colonie fût très riche à ce moment, ces expéditions occasionnèrent des dépenses tellement considérables que les
sacrifices n'étaient plus en rapport avec les avantages qu'on croyait en noter,
4° G. W. C. Voornuix : Gezigten uit Neerland’s West-Indien. Amsterdam, chez Franz Buffa en Aonen:
5° A. Kappcer : Hollandisch-Guiana. Stuttgart, 1881 ; 6° Van M£eterEn : Conférence. Amsterdam, CORRE
7° Beknopt verslag met voorwoord over de surinaamsche Inboorlingen. Amsterdam, 1883.
MESUNPERESUDES (BOIS. 123
En 1760, le gouvernement conclut, sur la plantation Auca, un traité de paix avec les nègres qui habitaient sur les bords de la Tempati-Kreek. Une partie d'entre eux se transporta près de la Marowijne. Ce traité mit fin à une guerre qui avait été très sanglante pour les deux partis. Par cette convention les nègres furent reconnus comme alliés. Ils s’établirent sur les rives des fleuves, et la paix ne fut jamais troublée depuis. C’est à cause de cette convention qu une de leurs tribus porte le nom d’'Aucaner; entre eux ils s'appellent Joeka.
En 1762, un traité analogue fut conclu avec ceux qui habitaient le haut cours de la Saramacca. Ils allèrent s'établir alors sur le haut Suriname. Entre eux ils s'appellent Wousie ou Moëijéré. Il en fut de même plus tard pour les Manioearis ou nègres Moesingas.
Les Bonis ne purent être soumis qu'en 17093 avec l'aide des Aucaners. Ces derniers les traitèrent comme esclaves jusqu'en 1763, "époque à laquelle le gouvernement les força à les rendre à la liberté. Leur nom est celui d’un chef qu'ils avaient mis à leur tête pendant la guerre contre les Hollandais.
Ces nègres des bois forment actuellement quatre groupes principaux :
1° Les Aucaners, fixés sur trois points différents de la colonie : d’abord sur le haut cours de la Marowijne, à côté de [oka-Kreek : ensuite sur le cours supérieur de la Cottica, d'où ils communiquent avec la Marowijne par la Wane-Kreek; enfin, à Sara-Kreek, sur le haut Suriname.
> Les Bekoes et les Moesingas ou Manioearis, qui habitent le cours supérieur de la Saramacca, à Maripaston et à Miendrineti-Kreek.
3° Les Saramaccaners, qui occupent une vingtaine de villages sur le haut Suriname, à cinquante lieues de la capitale. Ils sont surtout groupés près de la chute Arasoebanja, à côté de Gjengjen et à Prakieki; on en trouve le long de la même rivière sur la Koüloegron-Kreek et à Kassipora. Leur territoire na aucune dénomination particulière, ils l’appellent Kondré, c’est-à-dire cleudbays pe
4° Les nègres Boms, qui habitent la haute Marowijne.
Le nombre des Nègres des bois qui se trouvent dans la colonie de Suri-
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Lés AUCANerS . y NO OP RS Les Békoes et les Noesis Les Saramaccaners à DR Les "BOofis à: <= ue NN
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124 LÉS AB ITANTEIDENSURINAME.
Chaque tribu est gouvernée par un chef installé par le gouvernement.
4 & = 9 = Mais ces nègres ne veulent se prêter à aucun progres, de sorte qu'habitant depuis deux siècles ce pays béni, ils en sont encore au plus bas degré de
développement social. Ils s'élèvent à peine au-dessus de la barbarie.
Les nègres des bois sont généralement très noirs; ils ont l’occiput très plat ; ils sont prognathes; ils ont le nez fortement aplatnebalonse désslèvres épaisses et tombantes, les cheveux noirs et laineux, peu ou point de barbe.
Ils sont ordinairement mieux faits que les nègres des plantations, ils sont plus fortement musclés et beaucoup plus vigoureux; ils ont aussi des manières plus dégagées, suite naturelle de leurs différents états.
Ils sont d'un caractère jaloux, méfiant et vindicatif; en outre, ils sont très paresseux, surtout les hommes, et jusqu'à maintenant ils n'ont jamais pu s'astreindre à un travail régulier.
C'est avec beaucoup de peine que les Frères Moraves ont réussi à en convertir quelques-uns, superficiellement, il est vrai.
Les femmes ont pendant leur jeunesse des formes irréprochables, et la douceur de leur peau, malgré sa couleur, ferait envié à plus d’une Européenne. Mais cette beauté passagère ne dure que très peu de temps. Comme chez la plupart des nèsres ammendireset dncile, qumestrlesortmdesdemmes, flétrit de-bonnerheure leurs: charmes: Fllesise rident wite et les derniers vestiges de leur beauté passée disparaissent irrévocablement après le deuxième ou le
troisième enfant.
Quoique ces nègres soient d'une autre race que les indigènes, ils différent peu des Indiens au point de vue de la vie et des mœurs; ils occupent cependant un degré supérieur dans la hiérarchie des sociétés. En dehors de la chasse, le travail du bois est la seule occupation des hommes. Ils ne viennent que rarement dans les villes pour y acheter des armes, de la
poudre, du plomb, des spiritueux et le peu de choses qui leur est nécessaire pour s'habiller.
On peut dire que leur nourriture est essentiellement végétale. [ls vont cependant souvent à la chasse et à la pêche pour se procurer de petites quantités de gibier et de poisson, qu'ils ajoutent à leur ordinaire de chaque jour, COMPOSe prncibalement de riz et de pain de casscre (Ce sont les fetnimes
qui sont chargées de la culture des nombreux jardins qu'ils possèdent. Pen-
dant toute l’année elles cultivent les « yams », les « patates douces » (Convolvulus Balatas L. et Batatas edulis Choisy), les « taijers » {racine de l'Arum esculenium) et la cassave. Durant la saison sèche le sol produit encore pendant les mois de scptembre mhocrobreetdenorembhre une racimenuttés farineuse et très agréable au goût, appelée « nappi » (Dioscorea sativa et Diosconeatalatant.).
De temps en temps les nègres font des voyages aux plantations les plus voisines, afin d'y échanger les troncs d'arbres, qu'ils ont abattus pour cet usage, contre des bananes dont ils sont très friands.
En mélangeant de la cassave avec de l’eau, les nègres obtiennent une prietquisMontenmre surnides platsmenmertlL'espécedetpan qualswsepror Curentpancenprocede AaMréstbonpoitetSetconserve tres lonpstenmps:
Ils ajoutent toujours à leurs aliments une grande quantité de poivre incipene Merselestunrattieletualswrechemchent beaucoup.
lisfestimentiparticuheementumetmespecetdesoupe qu'ilsMrontavecrdes légumineuses recueillies dans la forêt. Ils y ajoutent, soit de la banane finement écrasée (afoefoe) ou bien du pain de cassave ou du riz.
Ils sont très amateurs de « pinda » (Arachs hypogaea L.). Avec cette sortetdlemommulsontunentoule demriandises:
C'estuunrsrandWbonhenrmpoumeuruquandmis pement roiradumlard: aussi, chaque fois qu'ils vont dans les villes, ne manquent-ils pas d'en acheter de grandes quantités, soit salé, soit fumé. Ils emportent dans leurs villages les barils de lard qu'ils se sont procurés et s’en montrent très économes. Ils n’achètent de la farine que lorsque la récolte du riz a été mauvaise.
Leur boisson ordinaire est l’eau des rivières et des kreeks. Ils boivent très souvent du rhum indigène appelé « dram ». Ils s’en fabriquent euxmêmes en faisant fermenter le jus de la canne à sucre qu'ils se procurent dans les plantations. Pendant les fêtes, ils consomment des quantités considérables de ce drame
Ils ne sont pas très amateurs de vin. Ils lui préfèrent le genièvre et la bière:
Les femmes raffolent des liqueurs.
Les villages des nègres des bois, ou loos, se trouvent presque toujours
sur les bords des cours d'eau. Ils sont généralement peu éloignés les uns
des tautbrest Il est très difficile d'atteindre la région qu'ils habitent, parce que Île
120 LES AB LBANTSM DE MSURINANLE.
cours supérieur des rivières est tellement rempli de rochers et de bas-fonds que les nègres eux-mêmes ne peuvent le parcourir qu'au péril de leur vie. Ils se servent pour cela de canots creusés dans un tronc d'arbre (Korjale)'.
La zone de pays qui renferme leurs villages est à environ 200 kilomètres den rmen
Leurs habitations ou plutôt leurs huttes sont placées, sans aucun ordre, sur le bord de la rivière ou de la kreek navigable qu'ils ont choisie. Leur construction est des plus simples’. Ces huttes sont toutes en bois et peu élevées au-dessus du sol; leur longueur varie de 4 à 15 mètres. C’est la forêt qui fournit tous les matériaux.
Elles sont couvertes avec les feuilles de l’Æuferpe oleracea où du Manicaria saccifera. Elles ont généralement deux portes, mais pas de fenêtres. Une cloison peu épaisse divise la hutte en deux compartiments ayant chacun sa porte. La famille dort dans l'un, l'autre sert de sallé commune où l'on brendilesepastéiestulisauseianense dard laneusine.tLerféuysbrüle éontinuellement, même pendant la nuit.
Ils couchent dans des hamacs. Hommes et femmes y reposent quelquefois ensemble.
Leurs armes sont suspendues au-dessus de l'endroit où ils dorment.
Leurs effets d’'habillement {!) ainsi que quelques autres petits objets sont placés dans des espèces de paniers appelés « Pagal ».
lstconsementil éanmlestboisSonstfortesmdleirs décanme, lériz, devselsete.. dans des calebasses et dans des « Godos ». On obtient ces vases en creusant les fruits de deux cucurbitacées dont le nom botanique serait, d’après MhoGoster, CrescenratcuieenEet Oicurmbrita lasenaria.-L:
Quelques nègres possèdent des coffrets pour y serrer leurs effets; mais pour leur plaire 1l faut qu'ils soient couverts d’appliques en cuivre.
Quelquefois les nègres montrent avec orgueil au voyageur de petites caves à liqueurs garnies de verres et de flacons dorés.
Une hutte est rarement habitée par plus d’une famille, homme, femme
et enfants. On ne l’abandonne que lorsqu'elle a cessé d’être habitable.
Dans leurs villages, les nègres des bois sont généralement nus, ne por-
tant qu'une espèce de ceinture appelée « Calimbe » d’après van Meeteren.
Voir planche n° XXNIX.