‹ Les habitants de SurinameChapitre 73 sur 117 · GROUPE DE FEMMES CRÉOLES · texte numérisé non relu

GROUPE DE FEMMES CRÉOLES

EVENONS maintenant au second groupe dont nous avons parlé dans le chapitre précédent.

Lorsque les Européens touchèrent pour la pre-

mière dois l'Amérique dun oud, Guyane ainsi que

tout le continent étaient exclusivement peuplés de tribus indiennes.

Après que l’on eut en vain cherché pendant tout le xvi° siècle à pénétrer dans l’intérieur, pour y trouver l'or, le fameux « El Dorado », des planteurs

* -Lés sources. de ce chapitre sont :

1° Les renseignements oraux fournis par M. Mackinsrosx et par le capitaine ZIMMERMANN; 20 Conférence de M. Van MEETEREN. Amsterdam, 1883;

30 Articles de Heiï Nieuws van den Dag et de Eigen Haard ;

européens s’établirent sur les côtes de la Guyane pour y cultiver les produits que l’on était obligé jusque-là de faire venir des Indes orientales.

Encouragés par la fertilité du sol et la facilité de la traversée, un grand nombre d’autres Européens immigrèrent dans cette nouvelle colonie. À ceux-ci vinrent s'ajouter les juifs portugais, chassés du Brésil. En peu de temps se formèrent ainsi des établissements français, anglais, portugais et hollandais.

Les nouveaux planteurs eurent bientôt besoin de nombreux travailleurs QHelPEUrOope ne pouvait leur fournir. Les indigènes, d'autre part, n'étaient pas assez forts pour être employés à la culture; du reste, ils ne voulurent pds Se soumettre au jou désétranpers.

Une circonstance vint à cette époque favoriser les planteurs. On sait que c’est à la même hauteur que l'Amérique du Sud, et de l’autre côté de l'Océan, que se trouve l'Afrique. Là vivaient un grand nombre de petits souverains guerroyant continuellement entre eux. Profitant de ces dissensions et les favorisant même souvent, des Européens, autorisés par leurs gouvernements, allèrent sur les côtes d'Afrique acheter les prisonniers faits par les divers partis; puis ils les transportèrent en Amérique où on les utilisa pour la culture des champs. La Compagnie des Indes occidentales avait conclu un’ traité qui luiscontéraitile monopole de ce Xommerce desclaves:

Par ce même traité, la Compagnie s'était engagée à fournir pour le service de la colonie des esclaves noirs ou « négros » en quantités suffisantes Dour satisture da outes les demandes. Par ce traitée 1682), Me momibre des esclaves à importer par la Compagnie n'était fixé que d’une manière assez vagues: al était dit seulement qu'elle devait en livrer autantauil en serait demandé : « As aldaar zullen worden gerequireerd ». En 1730, Île traité fut renouvelé, et la Compagnie s’engagea à transporter annuellement deux mille cinq cents esclaves au moins.

Du 12 août 1731 au 24 août 1738, la Compagnie des [Indes occidentales ne put débarquer que treize mille douze esclaves, au lieu de dix-sept mille

4° Beknopt verslag met voorwoord over de surinaamsche Inboorlingen. Amsterdam, 1883;

5° G. W. C. Voorpunx : Gezigten uit Neerland’'s West-Indien. Amsterdam:

6° D' W. R. Vax Hoëvez : Slaven en Vrijen onder de nederlandsche wet. Zalt-Bommel, 1855:

7° KapPpLer : Holländisch-Guiana. Stuttgart, 1881;

8° Kurzgefasste Neger-Englische Grammatik. Bautzen, 1854;

9° WuzrscnLAGeL : Deutsch Negerenglisches Wôrterbuch. Lobau, 1856: 10° HELMIG VAN DER VEGT : Proeve eener handleiding om het Neger-engelsch... Amsterdam, 1844: 11° FocxE : Neger-engelsch woordenboek. Leiden, 1855:

12° Singi-Buku vo da Ningre-Gemeente na Paramaribo, 1820;

15° Pikin A. B. C. Boekoe nanga Wan pikin Leri-Boekoe. Amsterdam. 1843.

LES NËGRES SÉDENTAIRES. 167

cinq cents, soit deux mille quatre cent quatre-vingt-huit de moins que le nombre qu'elle aurait dû fournir dans cette période, d’après ses engagements. Aussi des plaintes s’élevèrent-elles de toutes parts parmi les colons. Devant cet état de choses, la Société de Suriname se mit à diriger des. navires pour son propre compte sur la côte de Guinée; elle en envoya soixantetrois, de 1738 à 1745. De 1746 à 1748, quinze autres navires furent expédiés dans le même but. |

À la suite de ces importations multipliées, les nègres formèrent bientôt la masse principale de la population de la colonie, où leur nombre a varié de trente-huit mille à cinquante-huit mille. Ils constituaient l’élément travailleur dans Îles plantations de sucre, de coton et de café, comme ils sont actuellement encore les principaux ouvriers agricoles de Suriname.

Cependant le commerce des esclaves de la côte d'Afrique et leur importation furent supprimés en 1816 par les Anglais. Lorsque la colonie eut fait retour à la Hollande, cette prohibition fut renouvelée par un décret royal du 17 septembre 1818, qui fut proclamé à Suriname le 28 décembre de la même année; après cette date, on importa bien encore clandestinement un certain nombre d'esclaves (on dit : dix mille) en faisant usage des petites rivières de la côte, surtout de la Mots-Kreek; mais cette importation elle-même cessa en 1824. La vente des esclaves dans l’intérieur de la colonie continua seule jusqu’à l'émancipation de 1863.

Tout le monde connaît les mauvais traitements qu'avaient à subir les malheureux nègres, tant à bord des vaisseaux qui les emportaient loin de leur patrie, que sur les plantations, et nous ne les redirons pas ici. Au commencement de ce siècle, et surtout après la fondation du royaume des Pays- Bas, des règlements plus doux furent faits pour les esclaves. A Suriname même, l'opinion tendait de plus en plus à les faire traiter avec humanité. Les nouveaux réslements de r85rétient mème front do" anbeancoupede points de vue : ils étaient pourtant insuffisants. L’Angleterre avait émancipé les esclaves de ses colonies en 1833, la France l’imita en 1848; les Pays-Bas purent maintenir les règlements de 1851 jusqu à ces derniers temps, c’està-dire jusqu au 1* juillet 1863.

Ce jour-là le fort Zelandia tira un salut de vingt coups de canon pour annoncer à la population que trente-huit mille esclaves étaient devenus des hommes libres.

Toutefois, ces hommes nés et élevés dans l'esclavage ne pouvaient

acquérir en un our toutes les qualités indispensables à l'exercice de la q J

liberté : le gouvernement se décida à conserver sur eux une espèce de contrôle; cette tutelle devait durer dix ans. Pendant cette période, les nègres émancipés furent tenus à s'engager par contrat à travailler sur celles des plantations qu'ils choisiraient. La surveillance de l'État prit fin le 1"-avril 1873, et, depuis cette date, les nègres de Suriname sont véritablement des travailleurs libres.

Les nègres importés dans la colonie se sont croisés avec les Européens et ont donné naissance à des métis qu'on désigne par des appellations différentes, suivant la quantité de sang blanc qui coule dans leurs veines. Voici

les noms employés pour distinguer ces mélanges de races :

L'enfant d’un blanc et d’une négresse s'appelle : mulâtre ;

=. dun multi. Ci diude méctese : karbouger ; —__ (lun blanc ct dune mulbiesse. mélis ;

— — et dune métisse : Cashie;

— — ét d'une castie - poutsch ;

— — et d’une karbouger : métis bâtard.

Comme c'est une honte pour une femme de couleur d’avoir un enfant d'un homme plus noir qu'elle, il s'ensuit que beaucoup d'enfants sont de pères blancs.

L’appellation de créoles fut appliquée à l’origine aux nègres qui étaient nés dans la colonie, par opposition à ceux qu'on importait d'Afrique; mais comme, depuis 1824, cette importation a heureusement cessé, la dénomination est devenue inexacte, du reste, les blancs nés dans la colonie portaient aussi ce nom.

On peut considérer la population noire sédentaire comme se divisant en deux parties :

l'Les mnésres des plantations:

2° Les nègres des villes, ceux-ci habitant particulièrement Paramaribo, la capitale. Ils forment les quarante-sept centièmes de la population. Les hommes exercent différents métiers, tels que ceux de jardinier, IacOM, CC: souvent aussi, ils ne sont que vagabonds, c’est-à-dire sans profession bien déterminée.

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