‹ Les habitants primitifs de la Scandinavie essai d'ethnographie compareeChapitre 131 sur 156 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

les mêmes faits paraissent s’être teproduits en Norvège. Fihn Magnusen raconte (1) que les paysans de certaines parties des Alpes norvégiennes avaient, jusqu'à la fin du siècle dernier, la coutume de conserver des pierres d’une formé ronde, et de leur témoigner la même adoration que leurs ancêtres païens témoignaient aux idoles. Chaque jeudi soir ils les lavaient, les oignaient auprès du feu de beurre ou d’un autre onguent, et les plaçaient au haut de la table, dans de la paille fraîche, au siège d’honneur; à certaines époques on les soumettait à des ablutions de petit lait, et à Noël, on les arrosait de bière : le tout dans la croyance que ces pierres apportaient le bonheur et le bien-être dans la maison (2). Ce débris du culte de Thor en Norvège à une- époque si récente, est fort extraordinaire et singulièrement instructif.

On trouve mêmè dans nos rites chrétiens quelques traces paraissant indiquer que le jeudi a longtemps été regardé comme un jour païen, dans lequel on ne de-

■ (I) Annuler fhr Noniisk Olfikynditjhed, 1838-30, p. 133.

(2) Fipn Mafrniisen , qui adinel aTei- toute raison que le paganisme auquel se livrait le paysan était le culte tie Thor, dit aussi que, ces amulettes étant de pierre, le culte de Thor consistait évidemment’ dans l'ivdorution d'objets de pierre. Cette conclusion est à coup sdr/erronée. t'es objets n'étaïent pas adorés parce qu'ils étaient de pierre, mais parce que c’étaient des amulettes païennes. Eussent-ils été de bois, de métal ou d'os, le paysan leur auiait sans doiitç voué le même culte. Il ne faut voir dans leur matière (|u'uu fait accidentel. Les sagas ne nieutionneiit aucune image de Thor en pierre, mais, par contre, de grandes images en buis et de petites images en os. Ilalfred WandrSdaskoJd fut accusé par Rolf, rievant Olof Tryggvadson, de sacrilier en secret, même après son baptême, et d’avoir une imaiie ik Thor en os dans son sachet ou aiimônière. — MfU.Eli, .‘iagob. Ul . p. 27li.

RESTES Dli CULTE DE THOR.

vait se livrer à aucune des cérémonies de la religion chrétienne. Une de ces traces existe encore dans les campagne; de la Suède méridionale : le jeudi on n’y enterre aucun corps, ou n’y unit aucun couple, on n’y baptise aucun enfant, etc., vu que jamais les populations ne demandent la célébration de ces cérémonies cç jour-là. Si vous vous enquerriez de la cause de cette étrangeté, on vous répondrait qu’on l’ignore, qu’on sait seulement que c’est l’usage, et personne ne semble se douter de l’origine de cette vieille coutume.

Tout cela nous montre clairement que le culte de Thor était le culte païen le plus répandu dans le Gôta rike et la Norvège, lorsque la religion chrétienne y fut introduite. Mais, comme je l’ai déjà dit, le culte de Thor n’était pas la seule religion païenne qui existât alors dans la Suède méridionale et occidentale ; nous y trouvons aussi des indices positifs d’un culte .sémitique de Baal ou de Balder, dont je parlerai dans, la seconde partie de cet ouvrage.

J’ai donc montré que les Dvergs et les Jotnes (les nains et les géants) étaient des races différentes habitant la Scandinavie. Il en est de même des Alfes, des Vanes, etc. , dont il sera parlé dans une autre partie de cet ouvrage (t). La preuve que ces races païennes

(i) Personne n'a jamais contesté qne les Alfes, Vanes, Dverjrs ou nains, ete., ne soient présentés comme des forces naturelles dans la Voluspa et d’antres chants de l’Kdda. 1/erreur consiste en ce que l'on u'n pas voulu, ou que Ton n'a pas su voir que les skaldes tirent du monde réel les matières de leurs iinajres. Quand la Voluspa fut composée par un skaide de l'antiquité, les récits faisant allusion aux diffcreutes races qui ont habité la Scandinavie, étaient déjà des sapas des temps reculés qui avaient pris naissance au milieu même de ces races anciennes.

Page 1