CHAPITRE SIXIÈME
et plus OU moins grossières se livraient à des guerres sanglantes, nous est abondamment fournie par les sagas et par les traditions populaires suédoises, si souvent jetées de côté, mal compi’ises, traitées de mythes, allégories, de simples jeux de l’imagination. Nous ne comprendrons jamais les passages des sagas décrivant ces luttes de races, si nous ne nous rappelons la rage que déploient, de nos jours encore, les peuplades sauvages et demi-sauvages pour se combattre et s’entre-détruire. Je crois donc devoir reporter l’attention du lecteur sur ce que j’ai déjà dit là-dessus au chapitre V.
CHAPITRK SEPTIÈME.
Aspf'ct prohaltlo de la SoaiitliiiaTio à l'arriTro de riminine.
Pour nous facililer l'entrée en matière et éclaircir notre sujet, jetons un coup d’œil préalable sur l’époque iuriniment plus reculée, où la Scandinavie tout ' entière, recouverte de glaces épaisses, présentait à peu près l’apparence actuelle du Groenland ou du Spilzberg. Nous rencontrons dans une foule de localités les traces patentes de cet ancien état : ce sont ici des roches granitiques polies et striées, là dans certaines provinces, des milliers de blocs colossaux portant souvent les traces de la même action glaciaire, provenant en général de contrées lointaines, et formant ça et là des amas de débris dans lesquels on reconnaît facilement d’anciennes moraines.
Cette affreuse destruction a sans doute eu lieu dans la période actuelle; mais il est absolument impossible de supputer, avec la moindre chance de probabilité, l’immense laps de temps qui s’est écoulé depuis Jors,
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et nous ne pouvons savoir non plus si, avant cette période, il se trouvait déjà des hommes dans la partie de l’Europe qui constitue la Scandinavie. Il est certain que celte destruction s’est étendue sur d’autres contrées, et elle parait avoir agi sUr tout l’hémisphère septentrional; mais l’on a toute raison de supposer qu’elle a eu lieu pour chaque pays à des époques différentes, et qu’une nouvelle création n’a pas élé nécessaire poür peupler d’animaux et de plantes ces parties du globe désolées de la sorte.
Les causes du commencement, de la continuation et de la fin de cette période ont pu être multiples; on a voulu trouver la principale dans des circonstances astronomiques; mais je crois, pour ma part, que la cause la plus proche, suffisante à tous égards pour l’explication de la période glaciaire, doit être cherchée dans un phénomène qui continue encore de nos jours, savoir les oscillations de t écorce terrestre. En effet, si nous nous représentions comme possible le soulèvement actuel des parties septentrionales, et l’affaissement simultané des régions méridionales de la péninsule Scandinave, se produisant sans interruption pendant un laps de temps suffisamment long, nous verrions nécessairement se reproduire la période de destruction dont nous rencontrons partout les traces ; le pays tout entier se transformerait alors de nouveau en un seul champ de glace, où tout être vivant serait condamné à périr.
Pour en trouver la preuve, nous n’avons qu’à nous rappeler que l’atmosphère terrestre est froide, que la
OSCir.I.ATIONS DU SOI, DE’i.A SCANDINAVIE. 299
chaleur émanant de la terre a une limite placée à une distance insignifiante de la surface du globe, et qu’audessus de cette limite, nommée limite des neiges éternelles, tout se change en glace. On peut représenter cette limite sous la forme d’une ligne parallèle à un méridien terrestre, ayant son point culminant sous l’équateur et descendant vers les pôles jusqu’à la surface de la mer.
L’on comprendra donc sans peine que, si le soulèvement de la SuSde continuait jusqu’à ce qu’une assez grande partie de la surface du pays parvint au-dessus de la limite des neiges, non-seulement cette partie, mais encore les localités voisines se couvriraient de glaces et de neiges permanentes, et que le résultat serait nécessairement une seconde période glaciaire. Mais ce mouvement peut, avant d’arriveràce résultat, s’arrêter et se transformer en un mouvement contraire d’abaissement, comme il l’a fait évidemment une fois déjà. Car, pendant la dernière partie de la période glaciaire , les régions septentrionales qui s’étaient élevées à une hauteur considérable, se sont plongées profondément sous le niveau de la mer. lAjrsque ce mouvement d’abaissement eut atteint un certain degré, il fut remplacé et suivi par un mouvement de lyausse qui continue encore de nos jours. Quand les parties septentrionales de la péninsule Scandinave, immergées dans les profondeurs de la mer, recommencèient à se rapprocher du niveau, elles furent recouvertes de coquillages vivant à une moindre profondeur, et qui, l’eau ayant dù avoir une tempéra-
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CHAPfTRE SEPTIÈME.
turc encore très-basse, à la suite de la période glaciaire, appartenaient k des types et k des genres qui ne vivent actuellement que dans les zones glacées du Spitzberg et du Groenland.
Plus tard, quand les glaces de la surface de la mer se furent fondues et que la température se fut élevée, vinrent d'autres coquillages exigeant des eaux moins froides; en même temps, le pays émergea toujours davantage du sein de l’Océan, et l’eau de la mer arrivant enfip à sa température actuelle* put recevoir les coquillages qui vivent aujourd’hui sur les côtes de la Suède et de la Norvège.
Tous ces faits nous sont prouvés par l’inspection des lits coquillers que l’on rencontre sur divers points du N. -O. de la Suède et de la Norvège, souvent à une hauteur de plusieurs centaines de pieds. Dans les lits situés aux altitudes les plus élevées, nous trouvons les genres appartenant k un climat glacé et dont les congénères vivent encore sur les côtes du Spitzberg; mais, si nous descendons sur les flancs de la 'montagne à des couches plus basses, nous les trouvons composées de genres appartenant k une eau plus tempérée, et en dernier lieu nous arrivons aux coquilles vivant encore le long de nos côtes (1).
Le fait qu’un golfe, partant de la mer Glaciale et
{{) Ce fait a été constaté tant en Écosse que dans la Scandinavie. M. le professeur Sven Lovén en a fait l'objet d'une rumiimnication h r.\ea> ilémie des sciences de Suède (1830), et d’un travail plus éb'ndii inséré dans les Mémoires de cette Académie (18i0, p. 2oi). M. Smith a fait la même découverte en Écomc. Voir M*mnirs uf //je U crwenVfn SociVfy. Vlli, l,p. iO.
ANIMAI X AllCTIÜI ES EN SUÈDE.
recouvrant la Finlande dans toute son étendue, s’avanrait jusqu’à l’ile de Gotland, peut se déduire de la circonstance que, dans l’argile glaciaire des cotes de la Suède moyenne sur le littoral de la Baltique, AI. le professeur Fjrdmau a trouvé des exemplaires fossiles de la Yoldia pygmea que l’on ne rencontre actuellement vivante que dans les parages du Spilzberg (1).
On rencontre en outre des crustacés d’espèces arctiques vivant encorq dans les profondeurs du Wetter et du Wener, ce qui prouve que ces lacs ont été jadis des continuations du golfe venant de la mer Glaciale (V. S. Lovén, Mémoires de l' Académie des Ac/e/itei, 1861 , p. 285) (2). <
Tandis que la partie septentrionale de la péninsule s’élevait successivement, la région niéridionale, plus haute alors qu’elle ne l’est de nos jours, parait avoir été la première en état de recevoir des plantes, des animaux et enfin des hommes, venus de contrées plus méridionales, dont la période glaciaire n’avait pas été simitlhinée avec la nôtre. 11 ne sera pas difficile de déterminer, avec un haut degré de probabilité, l’ordre dans lequel ont eu lieu ces immigrations.
Les végétaux ont dû être les premiers arrivants; ceux qui exigent le moins d’humus végétal précédè-
(1) Od a recueilli les espèces suivantes dans les cuuches coquillèies d'Uddevalla : Pertm islandii'iis, .Imi y/(H iii/i.s, Tn ehratula spitsbeiymsin, Yoldia antka, Maiyai ita rundatn, etc., déterminées par M.M. S. I.ovén et O. Torell.
(2) Ces ri'ustacés suut Afj/sis retida, GummarUs lurkutus, Idothca adhonum et Poiitoprrcia
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