HARPONS
pliquée que Jes précédents. La tète de silex, lancéolée, est Fixée dans une monture en os, arrondie, terminée par deux pointes ; derrière ces pointes est une cavité dans laquelle entre un os effilé en pointe bc. Par des trous latéraux a passe une forte corde de tendons d’animaux, au moyen de laquelle l'os de la garniture df est lié à l’os bc; autour de ces deux os et de la corde a est attaché en ^ un fil très-fort pour les tenir droits tous les deux, et une cheville transversale est passée entre c et d-. La pointe de bc entre dans la monture du harpon , et la corde se relie é celle portant la vessie à son extrémité. Lorsque le harpon a pénétré jusqu’en g dans le lard de l’animal (on l’emploie principalement dans la chasse des phoques et des cétacés), la cheville transversale en bois conduit le fil par-dessus la pointe r, qui entre aussi dans la blessure. La pointe c se dégage, et tout l’os df prend, grâce à la force d'impulsion de bc, une position perpendiculaire à l’égard de ce dernier (tig. 52). Tout l’os de la monture df reste donc en travere dans la blessure et agit de la sorte corne une puissante barbe de harpon. L’original de ces figures se trouve dans mon ancienne collection et vient des fies Kouriles. Les Esquimaux du Groenland se servent aussi, dit-on, de harpons analogues (1).
D’après l'analogie qui e.xiste entre les sauvages de la Scandinavie et ceux de tous les autres pays, le bois
(I) C't'sl un’fait nsseï reiuarqualile, que «les liai pons en fer ."i pointe mobile et ayant iV peu près la même construction, sont encore eu usafre sur la côte occidentale «le la^Norcéïe pour la pêche «lu yrrand s«|uale (S(/ualus maxtmtis Brygdeu). J'en ai vu de . semblables lors de mon premier voyage en Norvège, en 1810.
CilAPITHK PRElilKH.
:ii
a sans nul duule servi tout aussi souvent que l'os à . la fabrication des harpons; dans ce cas iis étaient toujours armés d’une pointe en silex, il est facile de comprendre que le bois du harpon doit avoir pourri, et que la pointe en silex seule est restée. Il vaut donc la peine de voir si, dans le nombre des pointes en silex qni se trouvent parmi nos antiquités, il n’en est pas qui ressemblent à celles dont sont armés les harpons des sauvages, car elles étaient probablement emmanchées de la même manière. ’
Nous avons déjà vu que l’on trouve dans la Suède méridionale des formes de silex parfaitement identiques à celles des lies Kouriles et du Mexique. Il faut en outre remarquer qu’il est diffiéile, sinon impossible, de fixer une limite entre les pointes en silex qui ont été des harpons et celles qui ont servi de flèches, vu que la même pointe a pu avoir les deux emplois.
§ 4. Fichures ou Fouines.
Après le harpon simple,, nous allons étudier la ficliure ou fouine, harpon à plusieurs pointes, en commençant par celle (PI. IV, lig. 75) que je vis et que je fis dessiner, en 1836, au Musée de Bristol, et qui, d’après l’étiquette, vient de la côte N.-O. de l’Amérique du Nord. J’ai fait reproduire fout auprès la moitié d’une fichure semblable (lig. 76), provenant aussi de cette partie de l’.Amérique. Voici la manière dont est agencé cet histrument : au bout d’ufie longue hampe sont deux os enilés, d’une certaine longueur.
FICHURES.
à pointes légèrement recourbées en dehors, et le côté intérieur muni de dents récurrentes destinées à retenir le poisson engagé entre elles. Ces os sont fixés au manche de telle sorte que, indépendants l’un de l’autre, ils peuvent se mouvoir légèrement tant en avant qu’en arrière. Ils sont, à cette intention, aplatis vers le bas et munis à leur flanc intérieur d’une ou de plusieurs dents droites pour retenir les liens et empêcher les stylets d’ôtre arrachés par le poisson. Enfin, pour qu’ils ne s’écartent pas trop l’un de l’autre, ils sont, à une certaine distance du point d’attache, entourés et liés ensemble par une corde.
Une fichure à peu près identique (PI. IV, fig. 77), provenant des territoires américains situés au nord de la baie d’Hudson, est conservée dans la section ethnologique du Musée de Copenhague. Elle mesure une longueur de 94 centimètres, dont 79 centimètres pour le manche en bois; les pointes en os, longues de 272 millimètres^ sont attachées au manche sur une longueur de 124 millimètres, et le dépassent de 148 millimètres. Le manche, d’environ 12 millimètres de diamètre, est arrondi, légèrement aplati vers l’extrémité inférieure, laquelle, coupée horizontalement, porte une large encoche' arrondie indiquant qu’une épaisse corde d’arc devait servir à lancer l’instrument. Cette même extrémité est armée d’une triple empenne longitudinale. On pourrait croire que cet instrument était plutôt destiné à tirer les oiseaux dans l’air qu’à harponne)' les poissons dans l'eau. La figure 78 le reproduit sur une moindre échelle.
CHAPITRK PREMIER.
Quoi qu’il en soit à cet égard, il est curieux que la moitié d'un instrument sensiblement identique au précédent, venu de l’extrême nord de l'Amérique, ait été trouvé dans un marais tourbeux de la Scanie, le Falsmosse, situé à 5 kilomètres de Lund.
Je donne l’instrument scanien PI. IV, fig. 79. Ce stylet en os, de 173 millimètres de longueur, comprimé, à dos qlielque peu renflé, finit en une pointe arrondie ; il est légèrement recourbé en dehors, faiblement aplati en dedans, et porte 5 entailles obliques, formant des dents récurrentes. L’extrémité in férieure est aplatie et un peu plus large; le flanc intérieur est muni d’entailles obliques formant des dentelures destinées à retenir le stylet dès qu’une force quelconque cherche à le tirer en avant Mais ce qui montre encore plus l'identité parfaite entre les deux instruments, c’est que, si l’on examine attentivement le stylet scanien, on s’aperçoit qu’il est rayé, impressionné en travers, tant à l’endroit pn les liens de l’instrument américain fixent les stylets au manche, qu’un peu plus haut, à celui où cesse le manche et où les stylets sont liés entre eux; tout le reste du stylet scanien est parfaitement lisse et uni. On voit par là que l’instrument scanien était le même que celui de la baie d’Hudson, quoiqu’il soit difficile de comprendre qu’un instrument si compliqué ait pu être construit d’une manière si complètement identique par les Esquimaux actuels de l’extrême nord du continent américain, et par les habitants primitifs de l’extrême sud de la .Scandinavie, races si différentes