‹ Les habitants primitifs de la Scandinavie essai d'ethnographie compareeChapitre 5 sur 156 · I.NTROnrCTION · texte numérisé non relu

I.NTROnrCTION

Pourtant il n’fsl pas impossible d'étendre nosrerherches sur l’homme au delà deslimitesdel’liistoireetdela légende. Si l’étude de la nature a pu évoquer du sein de la terre les débris d’une faune et d’une tlore disparues longtemps avant l’arrivée de l’homme ; s’il lui a été possible, en les comparant avec les êtres de l’époque actuelle , de les reconstruire et de les présenter à nos regards, palpitantes de vie, pour ainsi dire, pourquoi la même méthode ne pourrait-elle pas, réunissant les débris des races humaines éteintes, des ouvrages et des monuments laissés par ces races, comparant le tout avec ce qui se rencontre de nos jours sur divers points du globe, parvenir de la sorte à la connaissance de ce tjui a été par la comparaison avec ce qui est?

C’est en suivant cette méthode que je vais, dans la matière qui nous occupe, entreprendre des recherches pour lesquelles nous possédons heureusement des bases comparables à celles que la paléontologie est à même de fournir, car nous avons devant nous nonseulement des squelettes et des crânes, mais encore des ustensiles, des armes, des édifices, etc., à mettre en présence de ceux qui existent actuellement et qui sont encore employés (1). A mesure que nous avancerons dans nos recherches, nous rencontrerons en outre la tradition, puis la superstition, cette tradition religieuse ayant perdu, comme le plus souvent la tradition

(1) Malheumisfiiient, l'on n'a pas encore, aussi souvent tiu’on l'aurnU (lil et qu'on l'aurait pu, recueilli et conservé ces moiiuuieuts des ^éné* rations éteintes.

fi

INTROnrCTION.

profane, la conscience de sa vraie signification. Grâce à la combinaison de ces nombreux éléments, je parviendrai, je l’espère, à n’ôtre pas trop au-dessous de la tâche que je me suis proposée : apporter ma faible part à l’histoire du développement social et intellectuel de l’espèce humaine.

Mais quoique des recherches incessantes dans un grand nombre de pays nous donnent sans aucun doute l’espoir de pénétrer par cette voie bien en arrière dans l’histoire la plus reculée de l’humanité, elle ne nous amènera toutefois jamais à la connaissance de la première apparition de l’homme sur le globe terrestre. Les lumières de la science n’iront jamais ju.sque-là. 11 en est à cet égard de l’espèce entière comme de l’individu. Personne ne sait comment la vie commence. La nature a jeté sur cet acte un voile impénétrable à tout œil humain. Jamais les recherches des sciences naturelles ne nous apprendront comment l'homme a été créé. Si le naturaliste essaye une démonstration, il n’aboutit qu’à de simples jeux d’imagination ou à des suppositions toutes gratuites. Comme naturaliste, il ne peut pas même répondre, au moyen de ses recherches, à la question de savoir s’il ne fut créé dans le principe qu’un seul couple humain, ou si des milliers de couples furent appelés simultanément à la vie par la main toute puissante du Créateur; il ne pèut pas dire si cet événement a eu lieu sur un seul point du globe et en uneseule et même fois, ou si les rayons vivifiants de la toutepuissance divine sont tombés sur la poussière à divers endroits et à diverses époques. A ces graves questions, il

INTRODI'CTION.

ne peut répondre que perdes conjectures plus ou moins spécieuses , mais dénuées de toute base scientifique. Pourtant le naturaliste comprendra, sans nul doute, que, d’après l’idée attachée ordinairement par lui au terme de genre, l’humanité tout entière, d’un pôle à l’autre, ne constitue qu’un seul genre, quelque divisée qu’elle soit en races sensiblement différentes et plus ou moins séparées les unes des autres, tant au physique qu’au moral, tant au point de vue des forces extérieures qu’à celui des aptitudes intellectuelles.

La première apparition de l’homme sur la terre ne peut donc être l’objet des recherches de la science. Ces recherches ne peuvent pénétrer que jusqu’au temps où l’homme se trouve déjà répandu à la surface du globe , et c’est de cette époque seulement qu’elles doivent suivre son développement progressif jusqu’au temps actuel.

La marche de l’humanité est tout à fait comparable à celle d’un seul individu. Le genre humain se présente, en effet, à la pensée tout d’abord comme un enfant, avec l’innocence de cet âge, mais aussi, au fur et à mesure de son rapide développement , avec ses défauts dont il n’a pas la conscience (1). Vient ensuite \ adolescent,

(i) Si e«tte manière de voir est juste, Ton pourrait aussi croire que pour l’espèce, comme pour Tiudividu, il y a eu un temps où rhomme ne possi'duit pus encoie de langue articulée *, et que la langue s’est formée peu à peu comme chez l’eufant, soit par des iulerjectious au coininenceiuent,

* Bemarque, J'ai trouvé plus lard cette Idée déjlt émise par Diodore de Sicile (livre I, cb. 8, S) : • Voce autem adhuc conftisa et nihil significanté > pedcieutiin verba

• articolata pronuntiaiido, cl signia uiiquauique rem aubjeclam notaodo, elocutioaen

• uodem reram omnium libi ooum faceroot. »

INTRODUCTION

avec les libres aspirations, la générosité et l’honnêteté franche. et sincère, mais aussi avec l’imprudence, la légèreté , la témérité de la jeunesse, h'honvne fait le remplace avec le courage de défendre son droit et celui de ses semblables, avec le sérieux ét la force nécessaires pour mettre à exécution les plans qui constituent les objets de son activité. En dernier lieu apparaît le vieillard, coordonnant de plus en plus ses occupations, calculant avec prudence ses entreprises et veillant soigneusement à la conservation de ses biens terrestres. Nous allons voir maintenant si cette rapide description des différentes phases du développement de l’individu peut aussi s’appliquer à l’espèce.

Les plus anciennes races d’hommes dont on retrouve la trace dans chaque pays montrent, autant que l’on en peut juger jusqu’ici par les débris et les

soit en imitant les sons (tes ol»jels que l'on voulait dôsi^ier. On pfiurrait (lire il l'appui de cette opiumii, d'un côté que les langues les plus anciennes sont les plus pauvres en mots et n'ont qu’un seul et même terme pour un grand noml»re d’idées différentes, de l'autre, que les langues sont nées à [>eu prés de la même manière que l’enfant essaye de se former une langue, eu trouvant des sons (mots) pour ses sentiments et ses |M‘rceptious. L'enfant suédois appelle le chien Vo-u'ouou^ le mouton Baéy la vache Boû,etc. En grec, le mouton se nomme 3/c/o/i, la vache Boûfs), etc. Il existe dans toutes les langues un nombre plus ou moins grand de mots imitateurs des sons (onomatopées), qui paraissent indiquer la manière dont s'est formé le laiigace. La circonstance que ces mots ne constituent qu’une faible partie du vocabulaire, ne réfute en aucune façon l'opinion émise ici, car il est uniquement question de la manière dont le langage a commencé, et ici, comme partout, le commencement a été ce qu’il v n en de. plus difficile.

Quoi qu’il eu soit à cet égard, il est du moins ridicule d'admettre que la première langue ait été de la p04>sie. Je crois devoir me prononcer ouvertement contre une opinion si fantastique, et j’essayerai, dans le coui*s de cet ouvrage, d'en montrer l’absurdité.

Digiti. ■

INTRODUCTION

monuments qu’elles nous ont laissés, qu’elles se trouvaient au plus lias degré de l’échelle de la civilisation : pour demeures, des cavernes, des tanières en terre ou en pierre ; des pierres grossièrement taillées pour armes de chasse ou pour ustensiles de pèche ; à l’exception plus ou moins générale du chieu , pas d’animaux domestiques, pas de bétail, pas d’agriculture; nulle trace de langue écrfte; nulle connaissance de l’usage du feu (1). Entre cet infîme degré de culture, le plus bas auquel il soit possible de se figurer des hommes, et l’état social le plus parfait auquel nous pouvons atteindre, il se trouve de grands et nombreux degrés intermédiaires.

Toute race a eu ou a phases à parcourir avant de parvenir à son plus haut développement social : chaque peuple est ou devient successivement, sawîJaÿe, nomade, agriculteur, puis enfin posses.mir d une langue écrite, d une monnaie frappée, et voyant grandir chaque jour la sphère de son activité morale et matérielle, il établit la division du travail entre les membres de la communauté.

1. Le sauvage (2) ne connaît guère que des besoins physiques, et il ne cherche à les satisfaire que pour le

(1) On pr«t(*nd que U foudre et les voIcAns ciiseitmèiTînt à rhomme l'usflge du feu. Cela est croyaMe; mais U apprit liiwuême à allumer le feu en voyant dans les forùls des branches s'allumer par la friction sous les coups de la tempête. (>l usage <!>st attesté, pour les anciens Grecs, par leurs poètes et leurs historiens. I.(*s peuples sauvages ont encore la coutume de se prorurei' ilu feu par la friction tle deux morceaux de l>ois.

(2) Voy. mon Ks'/»«s.sc de VhiaUiire de la chasse et de la pèche (Vtkast till iaifteii» ock/iskf'ts hùtoriaj, p. f.

iNTROurrrriON.

moment présent. Apaiser la faim qui le tourmente, protéger son corps contre la chaleur des étés et le froid des hivers ; se chercher ou se préparer un refuge pour la nuit ; satisfaire les appétits de la reproduction et soigner par instinct sa progéniture, ce sont là tous ses soins et toutes ses jouissances. 11 ne pense et il n’agit que pour le jour présent et non pour le lendemain. Dans cet état, l'homme est inévitablement chasseur et pécheur, surtout sous des climats où les fruits des arbres et les baies des forêts manquent pendant une grande partie de l'année. Le sauvage n’a point d’autre choix : il doit chasser et pêcher, ou périr. Quand la nécessité le presse, l’homme possède de grandes ressources en lui-même, le sauvage trouve partout des matériaux pour ses ustensiles de chasse et de pêche, et la nécessité lui apprend à les préparer et à s’en servir. Les plus anciennes armes de chasse eu pierre de chaque pays sont contemporaines de la première apparition de l’homme sauvage dans ce ]>ays; il eut immédiatement besoin de la chair des animaux sauvages pour sa nourriture, de la peau des bêtes fauves pour ses vêtementset d’eau pour sa boisson. On trouve déjà chez le sauvage les premiers rudiments de la religion. Insensiblement l’expérience fait naître la réflexion ; la faim est un hôte incommode et elle se prê.sente impitoyablement le jour où il n’a pas réussi à abattre une pièce de gibier; il lui vient alors la pensée prudente d’épargner le superllu de la journée pour les besoins du lendemain; il arrive à la pensée encore plus raisonnable d’élever le jeune bœuf ou le jeune renne dont il a tué la mère dans

Diqitized by Goo;Ie

I^TROD^CTION.

l’une de ses chasses; il en conserve d’autres encore et se procure successivement un troupeau : l’on voit paraître alors le pasteur ou le nomade.

II. LenoffiflÉfevit en majeure partie du produit de ses troupeaux : la viande des animaux domestiques lui sert de nourriture, leur lait de boisson, leur peau de vêtements. La chasse et la pèche, qui jadis étaient le principal , deviennent maintenant un accessoire. On distingue plusieurs esi)èces de nomades ; les uns ont des demeures permanentes pour toutes les saisons, et font paître leurs troupeaux dans les champs et les forêts du voisinage; les autres n’ont que des habitations d’hiver, et pendant l’été errent de lieu en lieu avec leurs tentes; d’autres encore n’ont pas de demeures fixes, mais voyagent continuellement avec leurs troupeaux, et habitent dans des demeures mobiles, des tentes sur des roues, tramées lors des migrations par les bestiaux, ou des tentes sur des piquets portées de la même manière. Dès que les herbages de l’endroit où ils se trouvent ne suffisent plus, les nomades lèvent leur, camp et conduisent leurs troupeaux dans une autre localité. Nulles limites territoriales, ledroit de propriété restreinf à la tente et au bétail. Des migrations lointaines ont lieu, souvent même des expéditions de pillage : les nomades attaquent plus facilement qu’ils ne sont attaqués (1). Chaque famille forme peu à

(t) On peut considérer ooiiiisc un fait positif que les premiei's nomades roiiseï vèiviit leurs outils et leurs armes eu pierre, car lart de fondn* et de forcer les liiêtaiiv ne peut ?uère avoir pris naissance chez les peuples pusieiirs. Toutefois le cuivre natif |>eut être employé par le nomade tout

IN'TROniT,TION.

peu une horde disliiicle, dont le doyen d’âge (le père de famille) devient le chef ; c’est l’origine du gouvernement patriarcal.

Tradition et légende; la poésie fleurit; la vie nomade est l’élément de la poésie ; le nomade est l’adolescent de la race humaine. Les premiers rudiments des sciences apparaissent : médecine, botanique, astronomie (?) (I); aucune langue écrite (2), nulle monnaie frappée; tout le commerce consiste en échanges.

Enfin l’homme se lasse de la vie errante, ou plutôt cette vie doit cesser dès que la localité devient trop étroite pour la population et pour les troupeaux. Il construit un hangar pour son troupeau , il recueille du fourrage qu’il conserve dans des granges ; il incendie une certaine étendue de forêt et sème des cé-

aussi liion que par le sau>age. MaU il est certaiu que les nomades, entourés de près ou de loin par des r^iees plus civilistes, en obtiennent, |tar voie d'échange ou par le tirigandage, des m ines aussi bien que d'autres instruments.

(!) J’ai lu quelque part que les pâtres de la Chaldée, qui refiosaient p<‘ndaut la nuit, avec letii's troupeaux, tlans les plaines iiuuiensi's de leur pays, inventèrent l’astronoinie en observant la marche di»s étoiles.

(î) Ce qui me paraît toutefois le plus probable, c’est que les sijrncs alphabétiques, comme marqin*s du propriétaire sur son bétail ou sui’ ses tentes, ont été inventés au milieu d’une tribu nomade. Dmis l'alphaltet hébraïque, la figure <lc la première lettre a été cmpniutée au /xnt/, la seconde à la mniaon (ou p4*ut-<*‘tn‘ à la frn/e), la troisième au vhnnmm^ ce qui parait signifier la vie nomade ou peut-être les caravau<‘s mercantiles de la l^bénicie. .Mais riiiiiiieiise diflérenre qui existe entre les divers alphabets, montre indubitablement qu’ils sont nés dans diverses tribus qui n'ofit pas eu le moindre coutaet entre elles. Dans la Sramlinavie, où les premières lettres furent sans doute des runes, elles paraissent n’avoir commencé que chez l'agriculteur. Ou ne rencontre de langue écrite dans le Nord ni pendant l'âge de la pierre ni pendant celui du bronze.

INTHODL'CTION.

l éalcs dans la cendre. Son premier champ une terre appropriée par le feu et par sa première c/uiirue, une houe. C’est de la sorte que le nomade entrant dans un état social plus stable se métamorphose en agriculteur.

III. Chez V agriculteur, la tente légère devient uue demeure solide et permanente ; le champ cultivé donne de plus riches moissons, à mesure que les procédés de culture s’améliorent, la forêt qui entoure l'habitation fournit le bois de chauffage et de construction; la prairie donne ses herbages et du foin pour l’hiver; les eaux fournissent aussi leur tribut en poisson. Le propriétaire cultive et soigne son terrain ; il y a déposé les sueurs de sou intelligente activité : il lui appartient; il veut et doit pouvoir le conserver pour lui et pour ses descendants. D’autres agriculteurs s’établissent dans sou v oisinage ; chacun construit sa demeure, cultive son champ et s’empare de tout le sol dont il a besoin et qu’il peut se procurer; les diverses exploitations reçoivent des limites, et des bornes Rxent et indiquent ces limites : le droit de propriété devient plus stable et comprend aussi la terre. Le régime patriarcal disparaît, chaque propriétaire terrier devient un homme indépendant . .^fin de désigner ce qui lui appartient, le propriétaire de toute demeure fixe choisit une marque (suédois bomdrke, marque du domicile, du domaine), qui est par conséquent un essai, un rudiment de langue écrite (1). Ainsi le premier

(1) J'ai vu, il y .1 nombre üaiint'eà à Stockholm, chez le défaut coustuller à la Cour l'ovale (tribunal de 2* iu^auce) iiilfvevsivaley un in>folio daii leijucl ce tlernicr, pendant le (emps iju’il avait rempli les fondions

INTRODUCTION

signe graphique (qu’il soit né chez le nomade ou chez l’agriculteur) a été une marque désignant le droit ou le titre de propriété (1), et probablement la première ligne d’écriture fut une convention entre voisins sur la question du mien et du tien, pur conséquent un contrat, premier essai d’une loi future qui se développera sous un état social plus stable.

Le champ et la prairie, la forêt, la mine, le district de pèche du proprietaire suffisent à la plupart de ses besoins, mais non à tous, et ils lui laissent du superflu. Ce superflu peut être échangé et les besoins en souffrance seront ainsi satisfaits; mais cela exige sa surveillance constante et par conséquent sa présence sur les lieux. Le commerce d’échange devient incommode et bientôt impossible; une marchandise généralement recherchée constituant une grande valeur en tenant peu d’espace, devient le moyen d’échange entre toutes les autres : cette marchandise se trouve dans les métaux précieux. Au commencement elle se vend au poids, mais ce moyen de transaction devient gênant à son tour : une quantité de cette marchandise déterminée par son poids et son aloi, et portant l’indica-

dc Juge territorial, à ce que Je crois eu Gestricic (Suède du nord), arait rassembié les mar/ptes appartenant aux propriétés des païens de cette localité et que ces derniers apposaient aux documents légaux en place et lieu de leur nom. Une partie de ces marques présentaient une ressemblance plus ou moins grande avec les runes. — Des recherches dans cette direction nous conduiraient peut-étie h une connaissance plus spéciale de l'origine de l'écrituie dans la Scandinavie.

( I ) Chaque caractèie fut au commencement hiéroglvphique et désignait tout un mut, tant en hébreu que dans l'alphalretruniquei

INTRODICTION.

lion de sa valeur intrinsèque, devient la monnaie fraj^pée. Avec cette monnaie et les signes graphiques, l’agriculteur entre dans la quatrième phase de développements.

IV. État social doue d’une organisation plus parfaite; division du travail entre les membres de la société ; des métiers différents (parfois même des castes) commencent à naître : les uns se chargent de cultiver la terre, d’exploiter les mines, de soigner les troupeaux, etc. ; d’autres se réservent le soin de vendre le superflu et de procurer ce qui manque par l’é- ■change ou le commerce avec d’autres lieux ou d’autres sociétés; un certain nombre assument la tâche de protéger les biens et les personnes de la société naissante contre les troubles intérieurs et contre des incursions ennemies ; le reste enfin a la mission de soigner et de développer les lumières, l’instruction et le progrès moral. Un chef suprême est choisi pour surveiller le tout et défendre les droits de chacun, et la nation nouvelle devient, grâce à son organis^ition sociale, toujours plus en état de s’approcher de son idéal terrestre, qui est le plus haut degré de culture et le plus grand développement moral.

J’ai cru devoir présenter cette petite esquisse, afin de donner un aperçu de la marche du développement qui, selon moi, a été, dans ses traits généraux, suivie par le genre humain depuis sa première dispersion sur la terre jusqu’au temps actuel, il arrive souvent qu’on laisse de côté l’état sauvage, l’enfance de l’humanité pour commencer par la phase poétique de son

INTRODUCTIO-N

développement, c’est-à-dire par son adolescence. Cet oubli a provoqué, j’en ai la convicüon, bien des opinions erronées, dont le résultat a été de mettre obstacle à l’étude de ce sujet si important pour l’histoire de la civilisation.

C’est ce premier état, et l’état encore peu avancé qui suivit immédiatement après, que je’ vais essayer de décrire dans la limite de mes forces. J’espère que le lecteur voudra bien me pardonner et corriger partout où il le jugera nécessaire les erreurs que je pourrai commettre, et qui sont, pour ainsi dire, inséparables de travaux de la nature de celui-ci. Par ces correction» mêmes, mes erreurs serviront au développement ultérieur de la matière par de plus savants et de plus habiles que moi.

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