CHAPITRE REI XIÉME
pant le pays , et auxquelles les Goths uut dû livrer des combats sanglants. On ne paraît pas non plus s’être rappelé que ces peuples plus anciens et plus barbares ont, pour subvenir à leur subsistance, nécessairement possédé des instruments qui devaient rappeler leur civilisation des plus primitives. De deux choses l’une : ou l’on doit admettre que jamais aucune race que la race actuelle n’a habité la Suède, ou l’on est forcé de concéder qu’il doit nécessairement exister encore des outils de la plus ancienne race. Nous examinerons dans le chapitre suivant si plusieurs races différentes ont habité nos contrées et quelles étaient ces races.
J’arrive maintenant aux interprétations diverses auxquelles j’ai fait allusion en commençant, et vais donner les raisons qui me les font paraître inexactes (1).
Abordant en premier lieu la supposition que tous ces objets n’ont été que des armes de guerre, nous allons les passer en revue depuis les premiers jusqu’aux derniers, afin de décider lesquels ont été exclusivement affectés à cet usage.
Personne ne peut voir des armes offensives ou défensives dans les hameçons , planche II , figures 28, 29 et 30. Les poids de ligne, planche II, ligures 31 à 35, pourraient, sans doute, fixés au bout d’une lanière, servir d’armes au besoin ; mais la preuve que c’étaient tout simplement des poids de ligne, c’est que, d’une
(I ) Cea lignes ont été écrites il y a vingt ans, époque où l’auteur était forcé d'établir et de prouver bien des choses qUi sont maintenant acquises à la science, et de réfuter des allégations auxquelles personne ne songe plus maintenant.
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part, des poids identiques sont encore employés par les peuples sauvages, et que, de l’autre, l’on n’a jamais vu d’armes de ce genre chez, les sauvages, quoique de tous les objets appartenant à ces races incultes, ce soient précisément les armes qui ont le plus attiré l’attention des Européens.
Les figures 36 à 40 de la planche 11 et 43, 45, 47, 48 de la planche 111 représentent des harpons tellement pareils à ceux encore employés par les sauvages actuels, qu’il est impossible d’avoir le moindre doute sur leur destination- Les petites flèches de silex, planche V, figures 9| à 98, ressemblent à celles encore en usage pour la chasse, principahïment pour ceJle des oiseaux. Elles ont toutefois pu servir d’armes au besoin, ce que, par contre, l’on ne peut dire ni du couteau droit (PI. V, fig. 84, 85), ni du couteau courbe (PI. V, fig. 87 à 90), ni du ciseau, ni de la haché droite, de la doloire, etc. 11 ne viendra, sans doute, à l’idée de personne, qu’un seul de ces outils ait été fait pour servir d’arme de guerre. Reste donc à examiner la lance, le couteau-lancette, la flèche massive (Suéd. broddpil, flèche-crampon) (1), la hache droite, le marteau et le coin à manche.
(1) l.*u i]t> me>' cuini»atrioteÿ qui vUita il y u quclqueti auuêes le champ (le bataille de Marathon, où Porsen furent battus par les Athéniens, nous les ordres d’Alcibiade, m’a dit que l’on y avait trouvé des flèches massives identiques à celles reproduites, planche U, figures 39 et 40. Mais celte espèce de fliVhe a aussi été employée h la chasse des grauds .quadrupèdes, et il est fort probable (jae c’est avec une flèche semblable qu’a été blessé (mais non tué) l’aurochs dont le squelette se trouve au Musée xoologique de Lund.
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r La lance (PI. lii, fig. oa, o7). Elle parait à première vue avoir été une arme formidable; mais en y regardant de plus près, nous arrivons à une conclusion dilfércnle. Un homme qui prend part à une expédition guerrière, n’y va pas, comme un assassin, tuer une victime sans défense, mais il doit se mesurer, en combat franc et loyal , contre des adversaires munis d’armes. Il est donc clair qu’un guerrier armé d’une lance de silex si fragile et si mince, la verrait se briser au premier choc et serait désarmé. Ainsi cette longue et mince arme n’a pu senir dans une guerre effective. On a dit qu’elle était d’autant plus terrible qu’elle se brisait dans la blessure ; ici l’on a de nouveau pensé au meurtre et non à la guerre. Mon intention n’est pas de nier que cette lance ait pu être employée parfois comme arme de meurtre, bien des objets de différente nature ont pu servir à cet usage. Mais nous établissons qu’elle a principalement servi d’arme de chasse. Au fait, les sauvages de l’Amérique du Nord se servent encore dans leurs chasses de lances de silex identiques (PI. III, fig. 54).
2“ La hache de bûcheron. Cet objet est si nécessairement un outil d’usage journalier, même pour le sauvage, qu’il nous est impossible de nous le figurer comme exclusivement destiné à la guerre. Le sauvage des pays septentrionaux avait besoin comme nous de bois pour sc chauffer, de bols pour bâtir sa hutte, d’un bateau pour pécher, etc. La hache lui était donc indispensable. J’ai déjà montré (PI. VII, fig. 159, 160), comment elle s’usait à l’emploi, comment aiguisée à
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neuf, puis usée de nouveau, le tranchant en devenait olilique, précisément comme dans nos haches ordinaires. Il est totalement impossible qu’une hache que l’on n’emploie qu’à la guerre ait pu s’user ainsi jusqu’au bout, et que son tranchant soit devenu oblique. Cela n’a pu se faire que par un emploi de tous les jours, à couper et à tailler du bois.
3° Le coin à manche (PI. IX, fig. 183, 184). On a appelé cet outil une massue, et le marteau (PI. VIII. fig. 172, 179, etc.), un marteau de bataille ou cassetète. Comme si les hommes de ces temps reculés n’eussent pas eu besoin d’ustensiles destinés à l’économie domestique et aux nécessités journalières de la vie, mais seulement d’engins pour s’externliner les uns les autres, on leur a refusé tous les outils possibles et on ne leur a accordé que des armes. La manière dont tous ces outils ont été usés et détruits par l’emploi (surtout le coin à manche), montre du reste pleinement qu’ils ont servi à être enfoncés dans le bois au moyen d’un maillet. Il serait toutefois ridicule de nier que l'on n’en ait pu faire usage au besoin pour se défendre contre une attaque.
4® Le couteau-lancette. Cet instrument présente une identité parfaite avec le couteau de pierre de la "Nouvelle-Zélande , reproduit planche III, figure 65, qui sans doute a été d’un usage journalier.
5“ La flèche massive (PI. Il, figures 39 et 40). Elle a effectivement pu être employée pour la guerre, mais elle constitue aussi une arme pour la chasse des mammifères de grande et moyenne taiUe.