‹ Les habitants primitifs de la Scandinavie essai d'ethnographie compareeChapitre 99 sur 156 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

dons de l’esprit et la plus accessible à la civilisation ; c’est là que nous reportent les traditions primitives de la plupart des peuples de l’Europe moderne. Les hommes y habitaient des cavernes, et les peuples se répandirent de là, emportant avec eux leurs coutumes, leurs usages domestiques et leurs souvenirs. Ceux qui restèrent étaient toutefois nombreux, et ils se propagèrent de plus en plus, de sorte que bientôt les grottes formées par la nature, ne suffirent plus à fes contenir; ils se creusèrent alors des cavernes artificielles dans les roches les plus tendres (la molasse entre autres); le nombre des cavernes augmenta et l’on vit bientôt tout un système de villages et de villes cryptiques (1). Ces peuples de l’Orient et du Midi enterraient aussi leurs morts dans des demeures identiques à celles qui leur avaient primitivement servi d’habitations. Les Héthéens, peuple de Canaan , inhumaient au temps d’ Abraham , leurs morts dans des cavernes. Ce patriarche acheta d’eux un double sépulcre de ce genre pour,y enterrer Sara (2). Ce mode de sépulture continua chez les Juifs dans la ville même de Jérusalem, ce que prouvent entre autres les cryptes que l’on y trouve encore aujourd’hui. La même origine, c’est-àdire l’imitation des cavernes ou demeures primitives, puis des cavernes sépulcrales, doit être, sans doute,

(H ) Plusieurs descriptions de voyage contiennent des reprudurtions de CM cavernes artiticielles. — Je citerai seulement Uu Bois de Montperreux, Vuj/age autour du Caucase, atlas IV, pl. I, )l et III. — Le voyage d'Ainsworth fait mention de villages de la Cappadoce entièrement creusés dans le roc. . — Voy. Dus Ausland, IS42, n. 170.

(2) Ueuèse, chap. xxjil. *

PREMIERS Edifices.

reconnue aux catacombes, cryptes, grottes sacrées et temples creusés dans les rochers, etc.

Mais quand les peuples, qui avaient creusé et habité les cryptes du Caucase, en furent chassés par des hordes plus fortes, et qu’ils durent émigrer dans des contrées manquant de montagnes, ou dans d’autres manquant dérochés assez tendres pour leur permettre d’y creuser des demeures, ils furent forcés de s’en construire soit de troncs d’arbres, soit de pierres réunies souvent à grand’peine et empilées les unes sur les autres. C’est ainsi, sans doute, qu’est née l’architecture ; elle a eü pour point de départ la caverne naturelle, cette première demeure de l’homme, et elle s’est développée dans deux directions r habitations pour les vivahts, sépulcres pour les morts. Le palais est l’expression suprême de la première direction, le temple celle de la seconde. Il faut bien se rappeler ce fait, qu’aiissi longtemps qu’un peuple habite dans des cavernes, il enterre anssi ses morts dans des cavernes. Comme toutes les coutumes religieuses, moins sujettes à se modifier que les coutumes profanes, cette coutume s’est conservée longtemps après que le peuple se fut construit des habitations régulières; par exemple chez les Juifs de Jérusalem, et chez d'antres peuples encore. Cela prouve que la religion est presque aussi vieille que la race. Mais si la race change de réligiontou qn’elle ait reçu son culte après avoir eu longtemps déjà des demeures régulières, elle donne souvent à ses sépultures la forme et l'aspect de ses habitations. Les sépultures des Tartaresde Kasan ressemblent pat'-

f;lUI>ITHE ÜI ATRIÉME.

faitement, sur une petite échelle, à leurs habitations, et elles sont bâties comme les habitations de poutres fixées les unes sur les autres (Ermom Reisp, 1 , p. 248). Une sépulture circassieniie ressemble à une habitation circassienue {Du Bois dp Moutpermur, 1. c., Atlas IV, PI. 30, etc.). — Les sépultures des Juifs Karaïtes dansla vallée de Josaphat ressemblent à des maisons et à des églises (Du Bois, f. 7, 9). — I.es sépultures néogrecques de la Crimée imitent de même des églises (ibid, pl. XXVI 1).

Mais sous les zones chaudes du sud, le sauvage recherchait les cavernes, non pas tant pour la protection qu'elles lui assuraient contre le froid, que pour la fraîcheur qu’il y trouvait pendant la chaleur du jour.

Si des pays méridionaux nous tournons nos regards vers les zones froides du globe, nous comprendrons d’avance que les circonstances ne sont plus les mêmes. Représentons-nous des sauvages apparaissant pour une cause quelconque au bord des cours d’eau de ces régions et dans les forêts primitives, où, pendant une grande partie de l’année . le sol est gelé et couvert de neige. Là, le premier soin de l’homme aura été de tuer les bêles sauvages afin de faire servir leur chair à sa nourriture et leurs peaux à ses vêtements; il aura ensuite demandé à de profondes cavernes un abri contre la rigueur des hivers et l’intempérie des saisons. Ici, il ne s’agissait plu.s d’un abri contre la chaleur, mais d’une protection contre la tourmente, la tempête et le froid. Ce but donné, il était naturel que le sauvage se

l’HEMlÉHKS DEMEURES.

cherchât ou se ménageât des cavernes avec de longues galeries tournées vers le sud. S’il ne les trouvait pas toutes faites, il les construisait lui-méme (1). On possède les preuves les plus positives que les choses se sont passées de la sorte,, et que les peuples sauvages de l’Europe ont eu des cavernes pour demeures, sous la zone froide comme sous la zone tempérée. J’ai déjà indiqué que les Lapons habitaient jadis des cavernes. On a trouvé dans plusieurs grottes ou cavernes naturelles de l’Allemagne et de la France des ossements humains, des haches et des armes de chasse de silex, mêlés à des amas d’ossements d’espèces arimales actuellement éteintes, et l’explication la plus probable que l’on ait donnée de ce fait, c’est que dans ces cavernes où parfois se sont amassés les débris osseux d’animaux qui leur servaient de nourriture, vivaient et mouraient des sauvages grossiers qui y ont laissé leurs 'armes et parfois leurs os. Jornandès avait entendu parler de peuplades de la Suède ( Scanzia), habitant à l’instar des animaux des l'ochei's cix'iisés par la nature ou par riiomme ( 2 ).

Mais ces demeures ne pouvaient exister que dans les localités où se trouvaient des rochers présentant des fentes ou des cavernes naturelles. Si l’homme ii.\aitsa résidence dans un pays de plaine, il se voyait alors

(1) iutsliiict se rencontre aii>si chejt les miiiiiau.x. Voir mon oiixrak’t' : Faune de lu Scandinavie, I, p. 217.

(2) JoRNANüKS. de rebua (letiria, ch. III. — (/est ainsi que je crois devoir interpréter le passaire sujvaut : « Ui iKtpuli] ej-ejtM ntpilAVi, qinusi rastelUs inhabitant, vitu bt'Ilninv. a — I.e.s données de Joniaudès sur lu Suède, manquent au suipltis de la clarté désiralHi*.

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