I. — Les logements insalubres. — Leurs causes
Avant d'envisager la lutte contre le taudis, voyons les diverses causes d’insalubrité d’un logement. D’après la loi du 43 avril 1850, art. [*, sont insalubres les logements « dont les conditions sont de nature à porter atteinte à la vie ou à la santé de leurs habitants ». Ces conditions peuvent dépendre de l’état du local lui-même, ou dé ses occupants, ou de
‘sa situation par rapport à ce -qui l'entoure (maison, rue,
quartier).
a) Le local lui-même.
Si nous prenons les règlements municipaux relatifs à la question, nous voyons avec quelle abondance ils fixent le détail des causes d’insalubrité d’un logement. Les principales sont : l'humidité; le défaut d’air et de jour; le mauvais état des planchers, des carrelages ou du sol; l’usage de l’eau des puits; l’exiguité des pièces habitées; la mauvaise installation des fosses d’aisance; les émanations provenant des cuvettes des eaux; l'infection des puits, des fosses à fumier, des puisards; malpropreté des cours et courettes (Rapport sur les travaux de la Commission des loge-
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LSENOD HAEe
ments insalubres pour l’année 1897, présenté par M. Georges Delvaille, secrétaire général de cette Commission).
Mais ce ne sont là que les principales, et il y en a tant d’autres, et d'aussi variées, que le Docteur Ginestous à pu écrire dans un mémoire (D en 1910 : « Le règlement sanitaire municipal du 11 février 1907 prévoit une telle série d’insalubrités qu'il a fallu 95 articles pour les énumérer, chaque article comprenant lui-même de nombreuses subdivisions. »
b) Les habitants.
de la construction ou de l’entretien du local sont nombreuses
Si les causes d’insalubrité dépendant
et fréquemment rencontrées, ce ne sont pas celles qui influent le plus sur la santé des occupants. Le nombre de ceuxci par rapport au volume du logement peut devenir un facteur d'insalubrité. Proust, dans son Traité d'hygiène, dit: «La cause principale de l’insalubrité des logements dans une grande ville c’est le manque d'espace et la densité de la population. Etant donnée une maison dans n'importe quelle disposition, elle sera certainement plus insalubre si elle est habitée par 100 personnes que lorsqu'elle ne renferme que 20 ou 30 locataires. » Une des conditions primordiales de la salubrité du logement semble donc dépendre de l’agglomération des individus. Pour Bertillon, un logement est surpeuplé lorsque le nombre des habitants dépasse du double Ie nombre des pièces; ce rapport ne donne pas une juste estimation, car 1l peut y avoir encombrement et surpeuplement de l’une des pièces, les autres étant inhabitées pour une question de mobilier ou de chauffage.
Outre cela, les mœurs même des habitants d’un local influent sur sa salubrité. Il y a d’abord la négligence, dont font preuve nombre de ces locataires, et qui se traduit par le mauvais entretien du local, où s'accumulent les poussières et les microbes, que le balayage à sec, chez les plus soigneux, déplace mais ne chasse pas; sans parler des maisons collec-
() Docteur (Ginestous, Logements insalubres ouvriers et tuberculose à Bordeaux.
lives, où les parties laissées aux bons soins de l’ensemble des cohabitants (corridors, paliers, escaliers, water-closets) servent de dépotoir à chacun, comptant sur les voisins pour y remédier. D'autre part, il y a encore beaucoup de gens qui considèrent une fenêtre ouverte comme un danger constant et se gardent bien d'ouvrir celles qui éclairent leur logement, quand ils ne vont pas Jusqu'à les obstruer, comme cela arrive parfois.
e) Le logement en lui-même n’est qu’une partie d’un tout, et la réunion de ces taudis forme des maisons, des rues, des quartiers, qui déshonorent une ville de notre siècle, lorsqu'un intérêt historique n'empêche pas leur modernisation.
Pour résumer en quelques phrases ces diverses caractéristiques, nous ne pouvons pas faire mieux que cette description, qui semble s'appliquer exactement aux photographies ci-jointes, et que nous donne la Ligue nationale contre le taudis : « Une rue étroite... Un couloir où l’on cherche en trébuchant l'escalier aux marches gluantes et où, dès l’abord, une odeur saisit, d’ammoniaque et de relents ignobles. En voici
.d’abord lorigine principale : les cabinets d’aisance de l’é-
tage, réduit sans aération dont la chasse d’eau ne fonctionne pas, dont le soL et le siège sont souillés; leurs émanations vous suivent dans le triste logement qui s’ouvre sur le même palier. C’est une pauvre chambre à peine éclairée par une petite fenêtre, par un simple carreau même, donnant sur le puits infect que constitue la courette de l'immeuble, où, en second jour, Sur une chambre voisine. D
» Pas plus que la lumière, l’air ne pénètre dans ce bouge, que suffit à encombrer un mobilier misérable : une pauvre table, des sièges boiteux, des caisses, un ou deux lits douteux, des matelas entassés qui seront déroulés le soir, recouvrant tout le plancher. Un poêle de fonte indique que la chambre
sert aussi de cuisine... »
Lomme