II. — Lutte contre le taudis
Suivant l’importance de chacune de ces causes, qui sont, en général, réunies dans un même logement, la lutte contre le taudis prend des aspects différents.
En effet, certains logements normaux deviennent inhabitables par manque d'entretien seulement; cet état de choses ne dépend que des occupants, et seule peut y remédier une éducation hygiénique, de la femme tout spécialement, puisque c'est elle qui, vivant au foyer, a la charge de l’entretenir.
D'autres logements sont de dimensions suffisantes; pour les rendre conformes aux prescriptions sanitaires, il suffit de quelques travaux plus où moins importants, tels que : percement d'ouvertures plus grandes ou plus nombreuses; installation d'amenée d’eau et d'évacuation des eaux usées; aménagement de lieux d’aisance propres, aérés, bien situés et en nombre suffisant.
= Dans d’autres cas, l’entassement d’une famille, qui parfois compte jusqu'à neuf membres d’âges des plus divers dans un local exigu, transforme cet habitat en un taudis, où toutes les.tares, physiques comme morales d’ailleurs, ont loisir de croître et de se développer. Pour ces familles, il faudrait un logement nouveau plus vaste. On pourrait le leur procurer en leur substituant une famille moins nombreuse, mais ayant un logement plus grand, dont ils prendraient possession. Ce projet a été étudié par l’Association contre le taudis.
Enfin, l'interdiction d'habitation, suivie de démolition, peut être prononcée contre les immeubles dangereux pour la santé de leurs habitants. Cette décision est prise, sur rapport de la Commission sanitaire, par le maire ou, sur opposition du propriétaire, par le préfet et le Conseil départemental d'hygiène, jugeant en dernier ressort. La ville, sur l'emplacement de ces taudis détruits, fait construire des logements salubres. Par exemple, rue Maucoudinat, où ont été prises les photos illustrant ce chapitre, l'Office d'habitations
à bon marché fait édifier une maison collective de dix logements, qui remplaceront les locaux sordides qui existaient encore au début de l’année.
IT. — Le Bureau d'hygiène.
Le soin de dépister, puis d'améliorer ou détruire les taudis, a été dévolu au Bureau d'hygiène. Celui-ci fut créé par une décision du Conseil municipal en date du 22 mai 1924. Ses «attributions obligatoires », fixées par l’article V, comprennent : 1° les mesures sanitaires concernant les individus; 2° les mesures sanitaires concernant les immeubles, qui sont: le contrôle de l’exécution du règlement sanitaire pour les prescriptions concernant les immeubles; la délivrance du permis de construire; l'assainissement des immeubles insalubres; la surveillance des eaux de puits; la surveillance des fosses d’aisance, puisards, citernes, et leur interdiction suivant les cas; l'établissement et la tenue à jour des casiers sanitaires des immeubles.
À la tête de cet organisme est placé un adjoint au maire, conseiller municipal et médecin, qui dirige à la fois l'hygiène et les habitations à bon marché, où il est délégué, et permet de donner une unité de plan d'action à ces deux organisations. Le Docteur Paul-Louis Lande remplit autrefois ces fonctions, et c’est à lui qu'est due l'initiative du casier sanitaire des immeubles; après lui, le Professeur Arnozan y donna longtemps cours à son activité bienfaisante. Enfin, nous y trouvons aujourd'hui le Docteur Ginestous, qui, malgré ses occupations professionnelles, s'intéresse depuis plus de vingt ans aux questions sociales dans lesquelles le médecin à un rôle indispensable;-entre autres, il présenta en 1910 un mémoire à l'Académie de médecine sur Les logements insalubres ouvriers et la tuberculose à Bordeaux, qui fut couronné, et nous lui devons une grande partie de notre documentation.
L'organisation du Bureau d'hygiène comprend un directeur, médecin lui aussi : c’est aujourd’hui le Docteur Llaguet, que nous ne saurions trop remercier pour la bonne grâce avec
Gi?
laquelle il mit à notre disposition sa compétence personnelle et les documents de son service. Ses collaborateurs (art. TT de la décision administrative) sont le médecin inspecteur sanitaire de la ville, les médecins municipaux, les médecins chargés du Service municipal de la vaccination, le directeur de l’Institut Pasteur.
L'œuvre de cet organisme est de rechercher les maisons insalubres, de les faire assainir si cette mesure est possible, de les faire détruire si aucune amélioration ne peut leur être apportée. Tout ceci nécessite des enquêtes, qui sont faites par des inspecteurs de la salubrité. En outre, nombre de taudis sont signalés au Bureau d'hygiène par les infirmières visiteuses de la Fédération de l’enfance et les infirmières visiteuses de la Fédération des œuvres POS parfois même par les médecins de quartier,