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Qu'est-ce qu'une habitation à bon marché

M. Leclerc, dans une conférence à la Société française d’architectes, en donnait la définition suivante : « L’habitation à bon marché n’est ni une baraque misérable, ni une villa luxueuse; c’est essentiellement le logement familial, celui qui convient à la masse de la population. » La loi confirme cette

déclaration, car c’est elle qui fixe le taux du loyer des différents types d'habitations à bon marché chaque année, de telle sorte qu'il reste accessible à la majorité des familles; d'autre part, elle indique nettement cette conception du logis familial en donnant pour base à tout logement une salle commune dans laquelle se réunissent les membres de la famille.

Quelles conditions doit remplir une maison pour rentrer sous la dénomination d'habitation à bon marché? Elles sont au nombre de deux : prix de revient et salubrité, et la première ne doit pas faire négliger la seconde. Nous avons vu dans notre premier chapitre quelles sont, au point de vue hygiène, les exigences des lois de 1922 et de 1928, portant sur le nombre et la superficie des chambres, l’éclairage, le chauffage, l’aération (la ventilation doit être automatique ou semi-automatique, car il ne faut pas laisser à la seule liberté de l’occupant la possibilité d’aérer au non). De plus, pour permettre un facile nettoyage et un entretien constant, les murs intérieurs ne sont pas tapissés, mais peints de couleurs claires; ils sont faciles à réparer et à entretenir.

Pour la construction des façades, il a été employé de la brique tubulaire de choix, parfaitement cuite et résistante, qui, avec ses enduits extérieurs en bon ciment — le crépi tyrolien d’un coloris différent apportant une note gaie à ces façades — leur donne une épaisseur et une garantie suffisantes pour résister à toutes les intempéries, à l'humidité et au froid, qui sévit rarement avec vigueur à Bordeaux.

De plus, nous avons vu dans le précédent chapitre, que l’état de la rue influe énormément sur la salubrité du logement lui-même; c’est pourquoi les réalisations d'ensemble répondent mieux aux conditions modernes de l'hygiène; les rues étant créées par l'édification même des habitations peuvent être conçues larges, bien aérées, avec des dégagements suffisants. Au contraire, une maison construite en plein milieu de la ville, sur l'emplacement d’un ancien taudis par exemple, sera tenue de subir la rue plus ou moins étroite

aout

et boueuse, où le soleil pénètre mal; l'urbanisme n’a pas encore réussi à translormer toutes les vieilles rues d’une ville aussi étendue que Bordeaux en larges cours ensoleillés, propres ef spacieux.

Il. — Quelques types de maisons construites par l'Office d'habitations à bon marché.

L'Office a construit à Bordeaux, suivant les surfaces et la situation des terrains, deux genres de maisons : l’une est la maison collective, l’autre la maison individuelle à rez-dechaussée seul ou à un étage.

a) Les maisons collectives sont en petit nombre : il.y en a aujourd'hui sept; deux ont été construites en ville sur l’emplacement de taudis détruits, cinq sont à la Bastide, comprises dans la « Cité Paul-Boncour ». Il est à noter que ce genre d'habitations a peu de succès à Bordeaux. Il n’est pas dans les mœurs du Bordelais, qui marque sa préférence pour la maison individuelle, de vivre dans une maison à quatre étages; entouré de gens qu'il connaît peu ou pas du tout, il ne se sent pas entièrement chez lui et ne croit pas pouvoir vivre à sa guise sous les yeux de ses voisins; c’est à tel point qu'à la « Cité Paul-Boncour » les maisons individuelles furent louées bien avant qu'il y ait eu des demandes pour les appartements des maisons collectives.

Des deux collectives construites en plein centre de Bordeaux, l’une est située entre trois rues, ce qui lui donne une surface de façade très étendue; chaque pièce des appartements est largement éclairée et aérée par de grandes fenêtres donnant les unes sur la rue, les autres sur la grande cour centrale de l’immeuble. La maison de la rue des Vignes est moins avantagée, car cette voie est relativement étroite, et, pour permettre une distribution également répartie de l'air et du soleil, il a fallu établir les façades, non pas directement sur la rue, mais sur les trois côtés d’une cour ouverte, dont le quatrième côté est une grille basse donnant sur la rue. Les

mous

logements sont plus ou moins importants, suivant le nombre de personnes composant la famille qui doit y loger (ces familles nombreuses ont quatre enfants de moins de 16 ans; exceptionnellement des familles de trois enfants ont été admises). Tous comprennent une cuisine, une salle commune, un cellier, un water-closet. Seul le nombre de chambres diffère; certains ont deux chambres, les autres trois (la loi en effet prévoit au moins une chambre’ pour les parents et une pour les enfants). Enfin, il existe un type de logement n'ayant qu'une seule chambre : ceux-ci sont en général réservés à de jeunes ménages; car c’est encore là un des effets de la crise du logement et une des causes de la dénatalité : nombre de jeunes gens ne se marient pas faute d’un logement convenable; ou bien ils sont obligés d’habiter en meublé, avec tous les inconvénients que cela entraîne; ou, logeant chez leurs parents, provoquent l’encombrement et le surpeuplement des logis trop étroits.

Nous avons pu constater par nous-même l’heureux résultat de cette initiative, car, parmi les jeunes ménages ainsi logés, il en existe un à la « Collective Charles-Gruet » qui a vu naître en trois ans deux enfants et en attend un troisième, ce qui lui permettra d’avoir un logement plus grand (à deux ou trois chambres), sous les auspices de l'Office d'habitations à bon marché, d’ailleurs.

Tous les logements possèdent l’eau, le gaz, l'électricité et un chauffage central individuel, avec radiateurs dans chaque chambre. Dans la cour des collectives se trouvent des lavoirs, abrités, à trois ou quatre compartiments; chaque ménagère vient y laver son linge beaucoup mieux qu'elle ne le ferait dans sa cuisine, sans craindre de tout inonder et de détériorer les parquets.

Les eaux ménagères usées et les eaux pluviales vont directement à l'égout; les eaux de surface de la cour s’évacuent : vers son centre, où elles sont recueillies par une bonde siphoïde allant directement à l'égout; on n’y voit donc jamais de mare stagnante et croupissante.

b) La maison individuelle à surtout retenu l'attention de l'Office, elle répond mieux aux goûts du Bordelais, qui a l’habitude d’un rez-de-chaussée ou de la maison à un étage seulement. De plus, ia création de ces habitations se fait suivant un plan qui les réunit en cités, et qui permet d’aménager des rues larges, dont le bon entretien est facile, brillamment éclairées et possédant des places et terres-pleins où les enfants peuvent jouer en toute sécurité, à proximité de leurs parents et à l’abri des dangers de la circulation. Pour donner un exemple de la voirie : à la cité Galliéni, sur 1 heclare, 1l y a 2.300 mètres carrés de voies pour 2.427 mètres carrés de surface bâtie, soit presque égalité, surtout si l’on compte que chaque maison a un jardin de 60 à 100 mètres carrés suivant le type d'habitation ().

Ici aussi suivant l'importance de la famille le type est diflérent. Les unes, type À, sont des logements à rez-de-chaussée sans étage, généralement accolées par quatre; elles comprennent une cuisine, une salle commune, deux chambres, un water-closet, une cave, un jardin et un lavoir individuel. Le type B possède un rez-de-chaussée et un étage avec une chambre à l’étage. Le type C possède un étage äâvec deux chambres, le rez-de-chaussée gardant la même disposition. Le type D comporte la même distribution que le type B, mais en plus un magasin; les maisons de ce genre sont louées à des commerçants (avec interdiction expresse et légale de vendre des boissons alcooliques), qui donnent ainsi à la Cité une certaine individualité propre et évitent à ses habitants d’être soumis à des déplacements éloignés pour se ravitailler en alimentation et objets usuels.

Le type E est une maison isolée avec jardin, à un rez-de chaussée seulement, avec la même distribution que le type À, mais avec trois chambres. Enfin, le type F comprend un étage : le rez-de-chaussée et l’étage formant chacun un loge-

(1) Extrait de l’article de M. J. d’Welles sur la cité « Galliéni» dans le Génie civil, 5 déc. 1925, p. 490.

ASE

ment individuel, absolument indépendant, ayant trois chambres.

Outre ces caractéristiques spéciales à chaque type, toutes ces habitations comprennent une installation d’eau, de gaz, d'électricité, un système de ventilation dans les cuisines, un chauffage central individuel grâce à un poële chaudière, qui, depuis la fondation de la cité « Galliéni », a été amélioré pour les autres cités créées ensuite. Le tout à l’égout n'étant pas encore admis par les règlements de voirie à Bordeaux, les water-closets sont munis d'une fosse d’aisance étanche, avec un tuyau d’évent de @ m. 16 de diamètre. L’extraction se fait mécaniquement. Enfin, chacune de ces maisons possède son jardin particulier.

IT. — L'Office public d'habitations à bon marché de Bordeaux. Son œuvre.

Pour constituer ces divers types de maisons salubres suivant le principe de la loi Ribot (10 avril 1908), de la loi du 5 décembre 1922, puis de la doi du 13 juillet 1928 (ou loi Loucheur), il fallait un organisme compétent, dont la création et le fonctionnement étaient d’ailleurs envisagés par la loi : c’est un Offfice public d'habitations à bon marché. D’après M. Minvielle, docteur en droit, les Offices publics ‘d'habitations à bon marché sont des établissements publics, ayant pour objet exclusif l’aménagement, la construction et la gestion d'immeubles salubres ainsi que l'assainissement des maisons existantes. [Is sont créés par des décrets, rendus en Conseil d'Etat, sur la proposition du ministre de l'Intérieur et du ministre du Travail, de l’Hygiène, de l’Assistance et de la Prévoyance sociales et, actuellement, par le ministre de la Santé publique. Ils sont gérés par un conseil d’administration composé de dix-huit membres :

a) Six membres nommés par le Préfet parmi les personnes

particulièrement compétentes en matière d'hygiène ou de construction et de gestion d'habitations populaires;

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