‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 2 sur 132 · A. LACASSAGNE · texte numérisé non relu

A. LACASSAGNE

Lyon, le 29 avril 1890.

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.Malgré la rcniarquablo impulsion qu’elle a reçue ces dernières années en Italie avec Lombroso et ses élèves, en b rance avec le Professeur Lacassagne et tous les liommes do talent qu’il a groupés autour de lui, l’Antbropologie Criminelle est encore une science jeune où il reste bien des lacunes à combler. Et cependant les prisons sont des mines inépuisables.

Henri Maudsley a exposé en quelques lignes la marche à suivre pour Tutilisation de ces documenis précieux. Voici en effet ce qu’il disait dans la réunion trimestrielle de l’Association médicopsycbologique qui s’est tenue à Londres à Bethleems hospital le G mai 1888 (1) : « Il semble que le bu,t actuel et le chemin à suivre pour l’étude scientifique de l’Anthropologie Criminelle doive être l’examen serré et la définition exacte, d'abord des erimes commis par des individus atteints d’une maladie positive, 'elle que la folie et l’épilepsie, et secondement des formes d’organisation mentale défectueuse qui sont le résultat d’une mauvaise hérédité. Les premiers sujets ont été et sont étudiés cliniquement dans les asiles et ailleurs. Les seconds n’ont pas encore été sérieusement examinés, parce que les matériaux considérables et importants qui existent dans les prisons n’ont pas encore fait l'objet d’une utilisation scientifique systématique. Ce qui est actuellement nécessaire, c’est un examen complet et exact et un rapport fidèle de sujets de cette espèce^ obtenus par des recherches

(1) Voyez Remarks on crime andcriminals. In The journal of mental science. Juillet 1888. Trarlult par le Dr II. Coutagne.

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laborieuses el pénétrantes sur leurs antécédents héréditaires, leurs caractères mentaux et corporels, les conditions de leur éducation et les circonstances exactes de leurs crimes. Il est certain qu’un recueil de rapports biographiques aussi soigneux se composerait de faits servant à acquérir des inductions saines ; il conduirait ainsi à établir les connaissances les plus positives que la science pourrait présenter pour l’instruction et pour l’usage de ceux qui font et qui administrent les lois criminelles. Le temps est venu où nous devons nous servir de nos prisons comme nous le faisons de nos hôpitaux, non seulement pour le soin et le traitement de leurs pensionnaires, mais pour les progrès dans la connaissance et l’amélioration de l’état de riiomme. En agissant ainsi^ nous pouvons espérer faire des contributions utiles à l’édification d’une psychologie individuelle. C’est cette édification qui me paraît être le besoin de notre époque. Dans les départements de la psychologie saine, morbide et criminelle, nous devons abandonner les généralités et les phrases vides et nous appliquer à l’observation laborieuse des cas particuliers, si nous voulons recueillir des fruits pratiques. »

C’est dans cette voie indiquée par rauteur anglais que je me suis engagé.

J’ai été pendant plus de deux ans interne à l’infirmerie centrale des prisons de Paris, à la prison de la Santé. J’ai vu non seulement un nombre considérable de criminels, mais encore j’en ai interrogé plus de deux mille dont j’ai les observations entre les mains. Comme j’habitais à la prison môme, que j’y passais toutes mes journées, j’ai vécu dans un contact presque perpétuel avec les détenus. J’étais devenu l’ami d’un grand nombre d’entre eux et plusieurs m’ont fait des confessions très détaillées. J’ai pu ainsi disséquer leur conscience, mettre leur àme à nu, el surprendre leurs pensées les plus secrètement cachées.

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