CHAPITRE XIV
LES INTOXIQUÉS DANS LES PRISONS
/. — Les alcooliques.
I. — J’ai montré ailleurs rinfluence funeste de l’hérédité filcoolique. Je ne veux point étudier ici les elTets pernicieux de l’alcool sur toute l’économie et le système nerveux en particulier : ces faits sont trop connus. Je ne dirai point non plus les conséquences de l’ivrognerie et les emportements criminels des alcooliques : j’y reviendrai dans un autre chapitre. Je me bornerai à exposer rapidement quels genres d’alcooliques ou rencontre en prison et comment il s’y comportent. D’abord une question se pose ; les alcooliques sont-ils nombreux dans les prisons? Je n’ai aucune statistique à présenter; cependant sans prétendre résoudre le problème d’une façon absolument précise, je n’bésiterai pas à formuler cette réponse, que sur dix criminels il y en a au moins huit qui sont des alcooliques. Et en disant huit sur dix^ je suis certainement au-dessous de la vérité. Lorsque j’interrogeais un condamné, je ne manquais jamais de lui demander : avez-vous fait dos excès de boisson? Los trois quarts répondaient carrément ; oui. Quant aux autres, ceux qui se prétendaient sobres et quelquefois croyaient l’ètro, si je poussais l’interrogatoire plus avant, si je
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Ifiiir demandais de préciser, ils linissaienL par m’avouer, l’im qu’il prenait du vulnéi’aire ou de l’eau-de-vie le matin, l’aulrr' qu’il buvait un ou doux litres de vin par repas, etc. Le criminel sobre est, à mon avis, un oiseau rare.
II. — Faut-il conclure do là que tous les alcooliques deviennent des criminels? Non, mais ils pourraient le devenir. Quelque paradoxale que cette idée puisse paraître, elle est néanmoins profondément juste. L’alcool paralyse les fonctions cérébrales,, annihile la volonté : alors le champ reste libre à la colère, aux impulsions, aux mauvais instincts. Combien d’ivrognes, honnêtes et bien élevés lorsqu’ils sont à jeun, n’ont échappé à la prison que grâce à une surveillance active de leurs amis ou à la protection de hauts personnages qui faisaient fermer les yeux sur leurs actes délictueux. .J’ai connu un interne en médecine-, marié et père de famille, garçon fort intelligent du reste, qui avait la détestable passion de boire outre mesure aussitôt qu’il avait vingt francs dans sa poche : il a été arrêté un soir pour batterie et il a failli être compromis dans deux ou trois affaires malpropres. Sans ses amis, il eût certainement passé sous les verrous.
Mais si tous les alcooliques sont susceptibles de commettre des délits, tous ne reviennent pas en prison avec la même fréquence. Supposez en effet que l’alcoolisme vienne s’ajouter à un état d’infériorité intellectuelle préexistant, les conséquences seront encore plus graves et en quelque sorte fatales. Le poison achèvera la déchéance morale que la tare psychique avait commencée. On sait combien les dégénérés^ si souvent issus d’alcooliques, héritent d’une propension puissante à boire et deviennent eux-mêmes des alcooliques. Aussi les dégénérés alcooliques sont nombreux dans les prisons, .l’en ai déjà cité plüsieurs observations, espérant ainsi démontrer que l’alcoo-
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lisme, et surloiit l'alcoolisme mai ié à la dégcnércscence, csl im des facteurs les plus puissants daus'l’éliologie du crime.
Qu'on me permette encore un exemple.
1)..., ([uarante-deux ans, est fils d’une hyslcriqne. G est un être très inférieur au point do vue physicpie. 11 n’a commencé àt parler qu’à six ans et à marcher qu’à onze ans. Il a également conservé ses dents de lait jusqu’à un âge très avancé et actuellement sa dentition est fort mauvaise. 11 no sait ni lire ni écrire, et il gagne péniblement sa vio en poignant des cartes à jouer. Tout l’argent qu’il gagne, environ quatre francs par jour, est emj)loyé à satisfaire sa soif inextinguible pour l’alcool. Il a fait de grands excès, buvant surtout du vin et de l’eau-de-vie. D’ailleurs, il a des pituites matinales, des cauchemars, des^ crampes dans les jambes, du tremblement des mains, de la langue et do certains muscles de la face, le tout accompagné d’un bégaiement prononcé. S:i poitrine globuleuse et déformée dénonce chez lui le rachitisme antérieur.
D... a subi douze condamnations, toutes pour ivresse et violence envers les agents.
Voilà donc un misérable de par l’hérédité très déchu au point de vue physique comme au point de vue intellectuel : l’alcool a achevé cette déchéance. Et non seulement l’alcool l’a éreinté et l’a abruti, mais encore il l’a aveuglé, il en a fait une brute stupide et dangereuse.
III. — Et maintenant, quand les alcooliques viennent-ils en, prison? A toutes les périodes de l'intoxication éthylique. Ainsi, l’alcoolisme aigu, l’état d’ivresse passagère peut faire commettre des actes délictueux et pousser à des emportements criminels. Mais les alcooliques les plus nombreux dans les prisons, ce sont les alcooliques chroniques qu’on y rencontre avec tous les symptômes bien connus de l’inloxicafion. Dans la plupart des obser-
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LES INTOX KJ U ICS DANS LES PUISONS
vatioiis que j’ai déjà citées, il s’agit précisément d’individus arrivés à celte période de l’alcoolisme, la plus commune.
Mais on jieut aussi rencontrer dans les prisons des alcooliipics arrivés à cet état de déchéance pliysiijue et d’abrutissement intellectuel qui amène l’abolition complète de tous les sentiments moraux, u On dirait qu’il ne reste chez ces êtres abrutis aucune distinction du bien cl du mal; ils ont désolé, ruiné leurs ramilles sans en éprouver le moindre regret; ils ont failli, dans l’étal aigu de leur affection, immoler à leurs appréciations délirantes ce qu’ils devraient avoir de plus cher; quelques-uns même se sont livrés aux extrémités les plus funestes sans paraître en conserver le souvenir. L’amour du vagabondage semble dominer les actes d’un grand nombre. Ils quittent le domicile paternel ou conjugal sans s’inquiéter où porter leurs pas. Ils ne peuvent expliquer le motif de leurs tendances désordonnées ; leur existence se passe dans l’apatine la plus grande, l’indifférence la plus absolue, et les actes volontaires sont remplacés chez eux par un stupide automatisme... La sensibilité physique est émoussée sans être abolie. La parole est légèrement embarrassée, la démarche incertaine et tremblante... Ils portent dans l’expression de leur ligure pâle et livide le cachet d’une soulTrance générale, d’un dépérissement profond dont ils n’ont pas conscience » (1). Après ce portrait si saisissant et si magistralement tracépar Morel, il ne me reste plus^ pour le comüléter, qu’àchoisir un exemple parmi mes observations. Du reste, ce sera simplement un nom mis au bas du portrait tracé par le médecin de Saint-Yon.
A..., trente-cinq ans, chanteur ambulant, est tils d’ivrogne. 11 a reçu une assez bonne instruction primaire, et, jusipi'à dixneuf ans, il a vécu à Tonnerre chez ses parents qui étaient do
(1) Morel. Leu dégénérescences de l’espèce lutniaine, p. 110.
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petits commerçants assez aisés. Il s’engagea ensuite et passa (piatre ans en Afri(|ueel un an et demi au Sénégal.
C’est à cette épo([ue ou'il se mil à l)oirc immodérément vin, alcool et absinthe. Pendant toute la durée de son service militaire, ce tut le plus indiscipliné des soldats, toujours puni. Un jour, étant ivre, il frappe sou sergent avec une l)outeille pour se venger d’une punition (ju’il ])rétendait imméritée. Du reste, il Tie semble pas se rendre bien compte de la gravité de l’acte (ju’il a commis. « Nous ne nous sommes pas fâchés |)Our ^‘ela, dit-il, et nous avons bu j)ar la suite plus d’une ebopine ensemble. »
Fig. 35
Son service fini. A... i-eviul à Paris travailler comme tourneur en cuivre. Mais il avait conservé sa ])assion pour l’alcool, et son ivrognerie le lit chasser de |)arloul. 11 dut se iiieltre chan-
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leur îimbulanl, étal: (|ui lui pormcüail d’étre presque toujours i\M-e. « Le vrai moyen d’être lieureux, dit-il, ce serait d’être tout le temps plein. »
Aujourd’hui, A... compte au moins vingt-quatre condamnations pour vol, mendicité, vagabondage, ivrognerie et violences. 11 ne témoigne pas le moindre repentir, et toutes ses réponses sont pleines d’un cynisme révoltant. Son regard est vague et hébété; il semble plongé dans un abrutissement profond. Toutes les questions semblent l’aburir; il est obligé d'attendre plusieurs secondes avant de comprendre et de répondre. Sa parole est lente et embarrassée; sa mémoire a considérablement diminué. Sa démarche est tremblante et incertaine, et un enfant le renverserait. Ses pupilles sont inégales et il présente une anesthésie incomplète des deux membres inférieurs. {Voyez fig. So).
Voilà ce que l’alcool a vomi à la prison ; ce que ce poison a fait d’un individu qui eût pu devenir un homme honnête et intelligent. Sans doute les alcooliques aussi profondément déchus ne sont pas très communs dans les prisons; néanmoins, j’ai pu en observer un certain nombre et je pourrais ajouter plusieurs observations à celle que je viens de citer.
IV. — Mais ce ne sont pas là les seuls états sous lesquels l’alcoolique peut se présenter à l’observateur dans les prisons, : à côté de l’alcoolique chronique, à côté de 1 alcoolique abruti, on peut rencontrer l’alcoolique délirant.
Un individu se livre depuis quelque temps à des libations exagérées qui l’amènent à commettre des actes délictueux et a se faire emprisonner.
Sous l’intluencc de ces derniers excès, plus prolongés sans doute que d’habitude, le délire a éclaté, et c est en prison qu on l’a constaté pour la première fois.
G .. est père de toute une famille d’ivrognes el de voleurs. Il
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a lui-mi'mo fait dos exc('‘S de lioissoii considérables, ne buvant j3as moins de quatre litres de vin par jour. Il a été déporté sous la Commune. Pendant ces derniers temps, il est resté, parait-il, plusieurs jours sans désoùler.
C... fut amené à la Santé le soir même de sa condamnation; il délira toute la nuit, brisant tout dans sa cellule. Le lendemain matin, lorsque je le vis pour la première fois, il était très agité, loquace, incohérent. En sortant il doit, dit-il, se faire rapidement une petite fortune; il va épouser une blanchisseuse dont il a eu un enfant naturel.
Il a d’ailleurs un cousin qui est millionnaire à Versailles el qui va l’aider à faire arrêter une bande d’individus qui ont voulu l’assassiner la veille du 14 juillet. Il raconte aussi qu’il a inventé un système de robinets pour les lieux d’aisances des détenus. Si on l’applique, ce système doit renverser le Parlement, parce qu’alors les députés seraient obligés de tenir chacun une soupape avec le doigt, et on leur ch... dans la main, conclut-il en éclatant de rire.'
C... présente sur le bras droit une ulcération circulaire d’origine probablement syphilitique.
Il déclare, d’ailleurs, qu’il a eu la vérole plus de vingt fois aux colonies. Mais il a un remède infaillible pour guérir toutes les plaies : il sufUt de les frictionner avec de la matière fécale.
Voilà donc un individu qui n’est sorti de l’ivresse que pour entrer dans le délire. C’est probablement sous l’inlluence de ces derniers excès qu’il a commis l’acte de violence qui l’a amené en prison, et c'est également sous l’intluence de ces mêmes excès ({lie le délire a éclaté.
V. — Enlin, à côté de ces faits de délire alcooliijuc, on peut rencontrer aussi dans les prisons dos accès bien caractérisés de
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delirium Iremens aigu. Mais dans cos cas, jo crois ([u'il faut invo({uer siirlout comme cause la suppression brusque du poison. Un individu boil quotidiennement de grandes (piantités d’alcool sans s’enivrer ; brus((uemcnt le toxique est supprimé; alors un malaise spécial se fait sentir ; c’est l'état de besoin; puis brusquement l'accès éclate avec une violence toute particulière. C’est ce qu’on a appelé du delirium a polu suspenso.
Le fait suivant est des plus nets à cet égard.
G.,., représentant do fabrique, âgé de quarante ans, est arrêté sous prévention d’escroquerie. Son grand-père paternel était un homme sobre; il est mort âgé. Sa grand’mcre paternelle était une femme nerveuse, acariâtre et méchante. Son père était un vrai type d’ivrogne, et chaque jour on le ramassait dans la rue ivre-mort; homme violent et brutal, il frappait sa femme douce et bonne. Une de ses sœurs est morte tuberculeuse. Deux de ses frères sont morts en bas âge, il ne sait pas de quoi.
G... a fait beaucoup d’excès de boisson : il buvait chaque matin deux ou trois verres de vin blanc et quatre ou cinq absinthes. Il a un peu de tremblement des mains et a des pituites tous les matins. On le plaça en cellule à Mazas. Il était, dit-il, très frappé et très contrarié de son arrestation. Deux jours après on dut l’amener à la Santé, Il avait de larges ecchymoses noires sur le visage, la tête, les genoux, les jambes et les pieds. Il existait également des ecchymoses rouges sur les conjonctives.
G., .a perdu le souvenir detoutee qui s'est passé; il se rappelle seulement avoir fait un rêve : il travaillait d’abord tranquille chez lui, puis il est sorti dans la rue en courant et se frappant la tète contre les murs. Il avait tout simplement eu à Mazas un accès de delirium Iremens au cours duquel il s’était frappé la tête contre les murs de sa cellule.
G... fut très agité pendant les premières nuits qu’il passa à
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rinliniicric cculralc ; il criait et gesticulail. Pais pou a pou lo calme s’est rélal)]i. Il iio saurait y avoir de doute : c’est bien la un cas do delirium (remens a polu suspenso.
IT. — Les ahsinthiques .
Les absintliiques criminels no diffèreut pas sensiblement des alcooliques criminels. Eux aussi sont le plus souvent des dégénérés qui ont hérité d’une tendance presque invincible à boire. Ainsi, je prends un exemple.
G...;, trente et un ans, acrobate, originaire d’Epinal, est fils d’un ivrogne. Il ne sait ni lire ni écrire. C’était un enfant vagabond et indiscipliné; de onze ans à vingt ans, il a été placé dans une maison de correction. De bonne heure il s’est mis à boire de l’absinthe^ surtout pendant son séjour comme soldat au Sénégal. lia subi déjà quatre condamnations pour vols et batteries. Sa figure respire le plus complet abrutissement.
Néanmoins, l’intoxication absinthique pure, étant l’apanage presque exclusif de certaines classes de la société, se rencontre beaucoup moins fréquemment dans les prisons que l’intoxication alcoolique. Ainsi « l’ouvrier parisien boit surtout du vin rouge, dit Legrand du Saulle; les femmes, les cochers et les cbilTonniers boivent surtout du vin blanc et de l’eamde-vie; quant à l’absinthe, elle est recherchée surtout parles petits employés, les sous-ofliciers des , corps sédentaires, les commis, les contremaîtres d’ateliers, les conducteurs de travaux, les représentants de maisons de commerce, les agonis qui « font la place », les artistes de bas étage, les déclassés de la plupart des professions, les entremetteurs d’afl'aires, les irréguliers do la Dourse, do la
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presse, (les théâtres et de la galanterie, les mécontents à existence problématique, les philosophes et les poètes incompris, les aventuriers et les escrocs ». Et Dieu sait si tous ces déclassés fournissent des recrues aux prisons ! Aussi, c’est parmi eux que les vrais absinthiques se rencontrent quelquefois. Leur intoxication alors est pure de tout alliage. Mais, en conséquence, les accidents nerveux apparaissent chez eux avec une rapidité surprenante. Car, comme l’afort bien fait remarquer le DTichon (1). les effets produits par le poison absinthique sont beaucoup plus rapides que les effets produits par le poison alcoolique. L’individu qui boit quotidiennement « la charmeuse aux yeux verts », en arrive très rapidement à cet état d’abrutissement et de torpeur morale que j’ai déjà décrit chez les alcooliques.
J’ai vu à la Santé un individu autrefois intelligent et bien élevé, un bachelier-ès-lettres, qui subissait une peine pour abus de confiance. Appartenant à une famille honorable, il était venu à Paris pour y faire ses études de droit. Peu fortuné, il fit des emprunts pour faire la noce et se mit à boire de l’absinthe. En moins de deux ans, la déchéance était complète : perte de la mémoire, insomnie et cauchemars toutes les nuits, impossibilité de fixer son attention et de faire le moindre effort intellectuel, sommeil profond de toutes les facultés et disparition presque complète du sens moral. C’est un homme à jamais perdu.
On peut aussi rencontrer dans l’absinthisme les mêmes états délirants que dans l’alcoolisme. Sauf la rapidité de leur apparition, il n’y a rien de particulier à noter sous ce rapport.
(1) Voyez dans son livre suf Les maladies de l’esprit: De la coexistence de plusieurs délires toxiques ches le même indioidu et de leur dissociation.
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II[. — Les morphiniques.
Les morphiniques m'ont paru assez rares dans les prisons; je n’ai pu recueillir que quelques observations plus ou moins incomplètes. Et encore la plupart de ces individus étaient en môme temps alcooliques, de sorte qu’il était fort difficile de faire la part exacte de la morphine el de l’alcool. Mais il est un point hors de doute, c’est que, chez ces individus, la morphine, prise d'abord pour remédier à des accidents alcooliques, des gastralgies, de l’insomnie, etc., est venue ajouter ses effets à ceux du premier poison et augmenter encore leur état de dépression et d’abrutissement. J’ai pu noter en particulier un cas où les délits n’ont été commis qu’exclusivement après Tusage de la morphine.
Il s’agit d’un agent d’assurances, âgé de quarante-deux ans, qui faisait depuis longtemps des excès de boisson. Marié et père de famille, il avait toujours vécu honorablement. Depuis quatre ans il s’est mis à prendre de la morphine par doses progressivement croissantes, parce qu’il souffrait d’une gastrite alcoolique d’ailleurs soigneusement entretenue. Son intelligence a baissé et sa mémoire a considérablement diminué; il peut à peine continuer son métier. De plus, il s’est fait condamner deux fois pour escroquerie. Profondément abattu, il vit dans une torpeur béate, réclamant sans cesse la morphine, qui semble bien avoir contribué en grande partie à annihiler son intelligence.
Il est inutile de faire remarquer, avant de terminer, combien l’isolement de ces individus en prison est chose heureuse au point de vue du traitement de leur affection, dont la cause
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disparaît brusquement. En outre, on est à peu près certain que la suppression de la morphine est réelle, car là, bien mieux encore que dans les asiles, il est presque matériellement impossible de s’en procurer.