‹ Les habitués des prisons de ParisChapitre 40 sur 132 · I.KS AUKMCS DANS DKS PUISONS · texte numérisé non relu

I.KS AUKMCS DANS DKS PUISONS

](> |)()int (lo (léparl après loqiiel l’iliiiéraire est eu ([uelque sorte fatal. Qu’un pochard ou un débile excité, après avoir commis un délit, déraisonne sufrisammeul au moment do son an-estation [H)ur être envoyé :i l’asile d'aliénés, après sa sortie il peut se livrer cà toutes les extravagances, commettre les actes les plus grossièrement délictueux, il est ù peu près ceidain d’être envoyé non pas en prison, mais encore à l’asile. An contraii’e, qu’au moment de sa première arrestation on ne le considère pas comme aliéné, et les séjours en prison se répéteront avec chaque nouveau délit. Ces faits sont monnaie courante. Combien de débiles ou d’alcooliques liassent leur vie en prison, faille d'un examen médico-légal! Et combien d’autres, plus heureux, sont toujours ramenés dans les asiles!

Je trouve dans la thèse du D’’ Biaise (1) un fait vraimentintéressant et qui vient admirablement à l’appui de ce que j'avance. C'est l’histoire d’un débile manifestement délirant qui a subi neuf ou dix condamnations, toujours pour le même motif : vols de lapins accomplis dans des circonstances identiques. Jamais il n’avait été considéré comme aliéné avant le jour où, se voyant trom|)é dans son espoir d’ètre envoyé en Nouvelle-Calédonie, il entra dans un accès de fureur au cours duquel il bris-a tout ce qui se trouvait dans sa cellule, à Mazas. Qu’on me permette de rappoi'ter ici cette observation.

Voici d’abord ce qu’on lit dans le Petit Journal du 30 juillet ■1887 :

« Un Voleur malheureux. — La nuit dernière, vers trois heures, un individu en casquette, bourgeron de toile et large pantalon à la hussarde, quittait les abords du marché de l’Ave-Maria eu gagnant les quais.

« Sa démarche avait quelque chose d'insolite qui s’ex|)liquail

(1) Biaise, Impulsions et amnrsies- Thèse de Paris 1887.

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siiflisammenL par la présence, dans cliacnne des poches de son |)anUdon, d un laj)in vivani qu’il venait de voler au marché.

« Le halancement qu'il leur imprimait en marchant ne faisait pas sans doute 1 affaire des lapins, qui se démenaient dans ses poches comme de beaux diables^ cherchant à fuir.

« Pendant qu’il allait de la sorte, deux gardiens de la paix, intrigués par sa démarche embarrassée, finirent par remarquer le frémissement qui secouait ses poches.

« — Qu’est-ce que vous avcz-là, interrogèrent-ils, dos serpents ?

« — Non, des petits chiens que j’élève au biberon.

« Au même instant, un des lapins réussissait à sortir de sa prison, s’élançait dehors et se mettait à courir avec effarement. Le voleur essaya, lui, de courir de son côté^ mais il fut rattrapé et consigné au poste de police ».

! Quoi de phçs vulgaire qu’un vol’ accompli dans de pareilles circonstances? Voyons maintenant l’observation médicale que le D’' Plaise a recueillie dans le service de l’admission de Sainte- Anne.

V..., âgé de quarante et un ans, ne veut donner aucun renseignement sur son hérédité et ses antécédents. Il a servi comme domestique jusqu’en 1877 et se plaint de n’avoir pu jusqu’à cette époque rester plus de deux mois dans la même maison sans qu’on lui cherchât noise; aussi abandonne-t-il bientôt la profession servile de domestique pour celle bien plus libre et bien plus lucrative de voleur de lapins. Il n’a jamais volé que des lapins et il a été condamné huit fois pour ce délit.

Depuis 1878, aidé d’un recélcur, il n’a eu d’autre profession que le vol des lapins^ qui lui rapporte, dit-il, une vingtaine de francs j)ar jour. .lamais il ne fnt pids en flagrant délit, mais souvent il fui dénoncé |)ar des gens ([ui, le voyani passer chargé de

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sou Imlin, lo prenaient pour un braconnier. Autant (|u’il le |)onvait, il n’opérait pas dans les maisons bourgeoises, « craignant les contacts électriques et les coups de lusil », mais chez les pauvres villageois. « Les paysans, dit-il, ont des lapins, ça ne leur coûte rien ; les prendre ne leur lait pas du tori ; ils les nourrissent avec des choux et des carottes ». Les chiens étaient ses amis, cl, dès qu’il leur avait jeté à manger, ils le venaient caresser et n’aboyaient qu’après son départ.

A un moment il s’était mis en tète de se faire baptiser nue seconde fois, et, comme un prêtre de Fontainebleau lui avait refusé cette satisfaction, il s’en alla dans la forêt, située près de là, et SC lit au bras une large blessure, ayant passé par trois fois le couteau au même endroit pour se suicider; mais la mort ne vint pas et il renonça à cotte tentative de suicide.

11 est évident qn’im individu dont la conscience trouve d’aussi singulières excuses pour Amler, doit avoir une responsabilité bien atténuée. D’ailleurs, son désir de recevoir une seconde fois le baptême, ses tentatives de suicide prouvent qu’il a souvent déliré.

J’ai moi-môme observé un fait du môme genre. Mais dans ce cas l’emprisonnement est d’autant moins pardonnable que l’individu avait déjà été enfermé à deux reprises dilïérenles à Sainte-Anne comme persécuté. Une fois sorti de l’asile, son délire a pris le premier prétexte venu pour réapparaître, et le persécuté, livré à lui-môme,est devenu en quelque sorte persécuteur, ce qui l’a amené à des violences et, par suite, en prison. Voici son histoire brièvement résumée.

C..., âgé de quarante-cinq ans, est né à Nanterre. Son père était un ivrogne épileptique qui se noya,surpris par une attaque étant à la pôche. Sa mère est morte rhumatisante.

C... a été très maladif jusqu’à l’age de douze ans. Il préteml avoir des alta<[ues d’épilepsie depuis l’àge de dix ans, et ces

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attaques se montrent avec une fréquence beaucoup plus grande quand il fait des excès de boisson. Il avoue, d’ailleurs, avoir bu beaucoup d’absintbe. Marié avec un femme qui le trompait, assure-t-il, aujourd’bui divorcé, il est père d’une petite fille de neuf ans, une enfant dissipée, inattentive, peu intelligente et ayant eu beaucoup de peine à apprendre à lii-e.

Bien que sachant lire etécrire, C... est un individu doué d’une intelligence très médiocre et d’une mémoire infidèle. Depuis sa sortie de Sainte-Anne, il a subi cinq condamnations. Lue première fois, il a été arrêté pour mendicité. 11 se fit alors cet étrange raisonnement : Mendier, ce n’est pas mal faire; alors pourquoi m’arrêter? C’est que l’agent est l’amant de ma femme, il m’en veut. Cette idée l’a toujours hanté depuis. En chaque sergent de ville il voil un ennemi; aussi, à peine commence-t-il à se griser, qu’il ne peut maîtriser sa colère et frappe le premier qu’il rencontre. Il a subi quatre condamnations pour outrages et violences envers les agents.

Cet homme est évidemment poussé à commettre ces violences par ses idées de persécution. Il devrait être à l’asile.

Tous les individus que nous venons d’étudier étaient délirants quand ils arrivaient en prison. Mais j’ai déjà dit que, chez certains individus prédisposés, le choc moral produit par l’emprisonnement pouvait être assez tort pour taire éclore le délire. Essayons maintenant d’analyser quelques observations de ce genre.

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Pour (jiie le délire éclate pendant le séjour en prison, il faut, ai-je dit, une prédisposition. Or, quel terrain mieux préparé que le dégénéré? Aussi, nous verrons éclater chez lui le délire sous toutes ses foiaues, depuis la manie jusqu’à la mélancolie, depuis le délire des persécutions jusqu’au délire hypocondriaque. Je laisse à dessein de côté le délire alcoolique dont il sera question dans le chapitre suivant. Ces cas de détenus délirants sont relativement nombreux. Ne pouvant citer tous ceux que j’ai observés, je me contenterai d’en résumer rapidement quelquesuns.

Voici d’abord un fait de manie.

R... est un microcéphale de trente-huit ans qui ne peut donner aucun renseignement sur ses antécédents héréditaires. Mais il paraît qu’il a toujours été un homme mal partagé au point de vue de l’intelligence. Bien que sachant un peu lire et écrire, il n’a jamais pu faire sérieusement aucun métier. Il a travaillé assez longtemps dans l’ébénisterie ; mais c’était un ouvrier très maladroit. De plus, R... a fait beaucoup d’excès alcooliques.

Il a déjà subi trois condamnations : la première fois pour vagabondage, la seconde pour avoir volé la voiture d’un épicier ; cette fois on l’a condamné « pour avoir engueulé un sergent de Aille qui lui avait f...u un coup de pied au c... » (sic).

R... était à peine depuis deux ou trois jours à la Santé, qu’il se mit à délirer. Lorsque je le vis, il était loquace, incohérent, incapable de fixer son attention et de suivre aucune idée. Sa mémoire était complètement perdue et il ne pouvait fournir aucun renseignement, il se souvenait seulement du motif de sa dernière condamnation. Lorsqu’il quitta la Santé, il avait toujours des idées confuses, un peu d’incoordination dans les paroles ; mais il était considérablement amélioré.

R... a donc manifestement eu un accès maniaque en prison. Les quelques excès alcooliques qui ont peut-être précédé son

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uiTcslalion^ les émoLions ([u’il a éprouvées dans sa dispule avec les agents, les ennuis des premiers jours de son emprisonnement^ ont très probablement déterminé un choc moral sul'Jisant pour détrafjuer complètement ce faible d’esprit.

Les délires tristes semblent éclore avec plus de fréquenceencore cliez les prisonniers. Ainsi, par exemple, j’ai rarement rencontre parmi eux des mégalomaniaques vraiment délirants, tandis que j’ai pu voir au contraire en assez grand nombre des mélancoliques, des persécutés, des hypocondriaques.

Voici d’abord des cas de mélancolie manifestement provoquée par l’arrestation et l’incarcération .

G... est un garçon de vingt-cinq ans, originaire de la Meuse. Son père était un individu bizarre, exalté, commettant toutes sortes d’excentricités ; on a été à plusieurs reprises sur le point de le faire interner dans un asile. Sa mère, au contraire, était, paraît-il, une femme douce et raisonnable.

G... a eu une enfance très maladive, et jusqu’à l’âge de sept à huit ans, il a uriné au lit. Enfant extrêmement craintif et d’une timidité excessive qui le rendait gauche et ridicule, il av^ait toutes les peines du monde à apprendre et sa mémoire infidèle ne pouvait rien retenir. A cette même époque, il était sujet à des vertiges qui s’accompagnaient quelquefois de perte de connaissance.

A l’âge de quinze ans il eut une scarlatine, à la suite de laquelle ses vertiges augmentèrent de fréquence et d’intensité; sa mér moire devint encore plus infidèle. A dix-huit ans il entra comme surnuméraire dans un bureau de poste à Paris. 11 perdit un jour connaissance dans les water-closet; maison mit cet évanouissement sur le compte de Pivresse, et il reçut de la part de ses chefs de dures réprimandes qui l’atTectèrent beaucoup. Deux ans après il entra comme commis ambulant à la ligne de l'Est avec des appointements de jilus de deux mille francs. Ce

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service éUül, dil-il, très pénible el au-dessus de scs Ibrces. Alors les vertiges se montrèrent avec plus de fréquence encore; il souffrit de céphalalgies violentes et tenaces qui lui ôtaient l’appétit et le plongeaient dans un abattement profond. Pour se stimuler, il se mil à boire, espérant puiser des forces dans l’alcool ; puis bientôt des excès de femmes accompagnèrent les excès de boisson. Il négligea son service, commettant sottise sur sottise. Les reproches qu'on lui adressait lui paraissaient immérités et il se figurait être la victime de l’injustice et de la haine personnelle du directeur. «Je devins sombre et taciturne, écrit-il ; je me figurais que tout le monde sans exception me voulait du mal. » H refusa de voir ses parents ainsi que d’autres personnes qui lui portaient le plus grand intérêt, voyant partout des ennemis. Ses nuits étaient sans sommeil et hantées par des cauchemars terrifiants : il se vmyait « dévoré par des rats, des serpents et autres animaux immondes ». C’est à cette époque que G... détourna des lettres dans son service et en toucha les valeurs. « Cette faute a empoisonné à jamais mon existence, m’écrit-il, et je ne puis l’attribuer qu’à la fatalité qui n’a cessé de s’acharner sur moi et de me poursuivre en toute circonstance. Vous dire dans (quelles conditions je l’ai commise et à quel sentiment j’ai obéi, m’est complètement impossible, car à celte époque j’étais constamment pris de boisson et je n’ai conservé aucun souvenir, ,1e fus arrêté en compagnie de deux individus de mauvaise vie. Oii les avais-je rencontrés ou connus? C’est une énigme pour moi. Je tombai alors dans une sorte de prostration, restant des semainesentières sans manger et sans penser, ne vivant plus pour ainsi dire. Au bout d’un certain temps, j’eus la fièvre typhoïde; (msuile ce (|ui m’arriva, je n’en sais rien. Je me retrouvai un jour à Sainte-Anne, tout étonné et n’ayant souvenir do i‘ien ».

G... jiassa plusieurs mois à Sainte-x\unc, puis séjourna qnchjue lem|)s à Micèlre et ensuite dans un asile de province. A

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sa sürlie, il revinl, chez ses parents, loujours 1res sujet aux vertiges, puis alla se placer comme receveur aux tramways, à Reims. Mais ses absencc^s de mémoire amenaient souvent des erreui's dans le service et il dut quitter sa place. Revenu dans son pays, ses parents le marièi’ent avec une jeune lille qu’il aime beaucoup et qui semble avoir pour lui une amitié sincère, mais où il entre plus de miséricordieuse pitié que de passion amoureuse. Il trouva une gérance de café et il y gagnait bien sa vie. « Nous commencions à être un peu heureux, dit-il, et je me sentais revivre. » Mais sa première condamnation n’était point purgée, et un beau jour on vint l’arrêter. G... se persuada qu’il était poursuivi par des ennemis inconnus. « Croyez -vous que des choses semblables ne sont pas terribles? écrit-il. La mort est cent fois préférable. Etre arrêté et jeté en prison sans motif! Ce ne peut être pour ma première faute, puisque, sur la demande de mes parents, on m’a remis en liberté et qu’ils ont payé le dommage. En outre, je n’ai fait de mal à personne depuis, tout au contraire. Vous voyez donc bien que c’est par vengeance et pour des misérables que je me trouve en prison, séparé de tous ceux que j’aime et qui m’aiment, réduit à l’impuissance, à la merci de tous, et pour combien de temps? »

Lorsqu’on amena G... à l’infirmerie centrale, il était plongé dans une prostration profonde, refusant absolument de parler et de prendre de la nourriture, pleurant abondamment.

Puis peu à peu il sortit de cet état de torpeur et de mutisme, rempli d’une tristesse infinie, les yeux sans cesse pleins de larmes. La mémoire revint ensuite avec la notion de la réalité, et G..., tout en restant un garçon triste et timide, put lire et se livrer à quelques travaux. L’attention de l’administration fut attirée sur lui, et un examen médico-légal amena sa mise en liberté.

Ici il ne saurait guère y avoir de doute. Individu sans énergie,

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sans volonté, incapable de hitlci* et de réagir, (1... a vu à chaque arrestation ses idées niélaiicotiijiies revenir.

Voici encore un exemple assez intéressant du môme genre.

U..., âgé de vingt-trois ans, né à 'rurin, arrive à la Santé dans un état de profonde dépression mélancolique, refusant de parler, mangeant ii peine par crainte d'ôtrc empoisonné. Il est impossible d’en tirer le moindre renseignement au point de vue de ses antécédents héréditaires et personnels. Tout ce (|u’on sait, c’est (jii'il a été arrêté pour vol,

Fig. 33

Lorsqu’on le découvre, on s’ajierçoit que U... s’est mutilé la verge : le gland est complètement amputé. Pour([uoi? Sans

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doulc pour SC cluUicp de qiiehiuc crime inuigiiiaire. Il l•c^^lsu loujours de faire coimaîlre le molifde celle aiiLomulilalioii. Peu à peu il se montra moins alfaissé et il coiisenlU à manger. ^Mais loujours peu expansif el Irès avare de scs jiaroles, il se conlenlait d’écrire en ilalicn, à sa mère, des lettres louchantes où éclatait un sincère repentir et un immense désespoir. (Votjez. fuj 33).

Malgré mes nombreux interrogatoires, cette observation est restée très incomplète. Mais il s’agit vraisemblablement d’un dégénéré : volonté faible, il n’a point su résister à une tentation mauvaise; le crime commis, le châtiment l’a abattu. 11 n’a pas su montrer plus d’énergie devant le châtiment que devant la tentation : le remords s’est emparé de lui en môme temps qu’un désespoir sans borne, et il est tombé dans une mélancolie profonde, incapable de tenter aucun elfort pour son relèvement et

son rachat.

J’ai vu également éclater le délire de persécution chez un débile que l’on venait d’enfermer en prison. Mais chez cet individu, j’incriminerais beaucoup moins le choc moral que les privations qui ont précédé et accompagné son arrestation, privations qui ont amené, sans doute, de l’anémie cérébrale, et par suite un véritable délire d’inanition.

G... arrive à la Santé dans un état de cachexie profonde, amaigri par de longues prhntions. C’est un indmdu pleurard, à l’intelligence très bornée, sachant à peine lire et écrire. 11 n’a que quarante et un ans, et il en paraît au moins cinquante-cinq. 11 assure qu’il n’a pas fait d’excès de boisson et meme que jamais de sa vie il n’a connu une femme. Il a été condamné plus de vingt fois pour mendicité et vagabondage.

Depuis plusieurs jours. G... couchait dehors, n’ayant pas toujours du pain à manger. Dans une des nuits qui suivirent son entrée, il fut agité et réveilla tout le monde en criant et parlant tout haut. Le lendemain matin, il prétend ([ue des gens de son

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pays lo poursuivonl. Il parle avec voliibilitÉ* el oxallalion, étal

miilisnie clos jours précédents. Il raconte de vieilles (luei’cllos de village, des commérages (pi’il avait sans doute oubliés depuis des années^ et dont 1e souvenir esl venu tout l'i coup émerger à la surface de son encéphale. Il se jilaint particulièrement de son l)eau-frèi‘e. « Parce i[ue j’ai un morceau de pain à manger aujourd’bui, dit-il, il est jaloux. S’il n’est jias heureux en ménage, il ne doit pas s’en prendre à moi. Lorsqu’il a épousé ma sœur, je l’ai prévenu, elc. » (1... a eu des ballucinalions de l’ouïe: il n’a pas vil les gens qui lui en veulent, mais il les a entendus parler dans une pièce voisine.

Sons rinlluence d’un régime tonique et fortifiant, G... reprit rapidement des forces, et son délire disparut. Mais s’il n’entend plus les gens de son village le poursuivre de leurs récriminations, il est toujours persuadé qu’il les a entendus ; rien ne peut bi convaincre que cela n’est qu’nne illusion.

La naissance des idées hypocondriaques s’explique aussi très facilement chez les débiles enfermés en prison. En effet, le l'égime alimentaire très défectueux des détenus amène chez beaucoup d’entre eux, au début du moins,, des troubles digestifs plus ou moins pénibles. Le débile, déjà attristé par son emprisonnement, passera de longues heures à écouter son estomac digérer ; il analysera toutes ses sensations et ne tardera pas à se persuader qu’il est atteint d’une maladie grave et étrange Sou-' vent mémo, à ces idées, s’ajouteront dos craintes ridicules d’emjioisonnement.

Voici un exemple.

Le lendemain de son arrestation, C..., âgé de trente-trois ans, tombe dans un état d’abattement profond, refusant de répondre aux questions qu’on lui pose et restant plongé dans un mutisme slujiide. 11 mange gouirimeni, avidement, mais avec une mal-

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ppopi’olo (légoùlanle. Au boni d'iiufi liuilaiiio de jours, il commeuco à |)arler cd semble se l’éveiller de sa stupeur. ^lais ses idées soûl pleines d’iucobéreuce el sa mémoire est eu lambeaux. Il lie peut fournir aucun l’euscigiuMueul sui* ses antécédenls héréditaii’os. D’ailleurs, il se montre extrêmement déliant; il a parfaitement conservé la notion de sa situation, et on voit à ses réponses qu’il craint de se compromettre. Il se montre toujours très attristé et vivement préoccupé par son état de santé physique; il a, dit il, une jambe et un bras plus longs que ceux du coté opposé; il a le pied rond; il n’a plus d’amygdales ni de testicules; ses bourses sont vides ; etc. (Voyez fig. 3i).

Cet état dura plus d’un moins défiant par la suite,

mois. Néanmoins, C... se montra et, morceau par morceau, il nous

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raconta une partie de son existence. H a déjà été condamné huit fois pour vol. Un jour on particulier, se li‘ouva]it avec un ami, ils ont fait la connaissance d'une petite ouvrière, rue do la Chaussée d’Antin; ils l’ont entraînée dans iin café, puis lui ont pris son portemonnaie et son mouchoir.

C... raconte aussi qu’il est marié et qu’il vit séparé de sa femme. Si j’ai bien deviné, il y a là-dessous une histoire malpropre, car la sœur de sa femme vivait avec eux et couchait môme avec C..., qui abandonna sa femme légitime pour aller vivre avec l’autre. Coite drolesse avait un appartement en ville^où toutes les après-midi elle « travaillait sur le dos », rapportant chaque soir au domicile commun la « galette » qu’avait produit son petit labeur vaginal. Mais des querelles ne tardèrent pas à s’élever dans cet aimable ménage, et C..., « lâché » à son tour, a dû se faire camelot. C’est sur ces entrefaites qu’il a été arreté pour vol d’objets de peu de valeur.

La misère, les privations, les ennuis de la captivité ont suffi pour faire germer dans le cerveau de cet imbécile des idées hypocondriaques. Il est parti à peu près guéri, mais ayant conservé des attitudes désolées et sa physionomie hébétée, qu’une déviation très prononcée du nez à droite rendait encore plus étrange. (1)

Ainsi, parmi les aliénés que nous venons de voir, les uns sont entrés en prison aliénés, les autres l’y sont devenus. Un certain

(1) A ma demande, ce malade a été placé à Sainte-Anne dans le service du D' Magnan, et on ne tarda pas à reconnaître chez lui les symptômes ordinaires de la paralysie générale.

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noiubi‘0 (ronli'o oux onl, ûl6 ('icoiilés dans las asiles, mais plus do la moilié oui, aciievé leur peine en prison. Or, esl-il juste de eliàlier avec tant de sévérité des consciences aussi obscures? N’y a-t-il pas de grands inconvénients à laisser vivre des aliénés délirants au milieu de criminels? Comme les épileptiques et les hystériques, ils leur servent de jouets. Les détenus, en elVet. provoquent leurs hallucinations, s’amusant de leurs terreurs;ils les excitent à dessein, riant de leurs colères et de leurs ])leurs.

Serait-il difficile de remédier à cet état de choses? Evidemment non. Il suffirait d’abord d’étendre le rôle des médecins auprès des tribunaux et ensuite de placer dans les prisons des médecins compétents et en nombre suffisant pour pouvoir examiner sérieusement tous les détenus de temps en temps, mais surtout au moment de leur entrée. Ce serait là une réforme facilement applicable.

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