ÉTUDE MOIU'IIOLOGIQUE ET PHYSIOLOGIQUE DU CRIMINEL
Iroiivo, pour les criminels, une infériorité d’une trentaine de grammes environ (1).
« Lombroso, dans l’ouvage intitulé \'lfom?ne criminel, qui a eu uu si grand retentissement, consacre à peine une page ou deux à l’étude de cette question (2). 11 y a lieu d’en être vivement surpris, et la simple constatation de ce fait est une véritable critique. On s’explique mal, en effet, comment l’auteur italien, qui attribue une importance capitale à tout ce qui concerne le physique du criminel, a pu laisser ainsi dans l’ombre, ou tout au moins n’étudier que d’une façon aussi sommaire et aussi incomplète, un caractère anatomique d’une aussi haute valeur. Il ne cite aucun fait, ne donne aucune statistique qui lui soit personnelle et se contente uniquement de relater les résultats obtenus par Bischoff. « On a remarqué, ajoute-t-il, que la différence de poids des deux hémisphères cérébraux chez les criminels et les normaux diffère de peu; seulement, l’hémisphère droit est plus souvent égal ou supérieur au gauche; en effet, le seul cerveau criminel de Bischoff chez lequel les deux hémisphères aient été pesés séparément, donna un chiffre supérieur de 21 gr. pour le droit. » Lombroso cite encore des nombres obtenus par Giaccomini : sur quarante-deux cerveaux de voleurs homicides pesés par ce dernier, vingt avaient le lobe droit plus pesant, et dix-huit le lobe gauche. Il résulte donc de ce pesage qu’un excès de poids de l’hémisphère cérébral droit sur le gauche est un caractère anatomique beaucoup plus fréquent chez les criminels que chez les normaux. Malheureusement pour l’auteur italien, cette conclusion est en opposition formelle avec les résultats des recherches les plus récentes sur le poids comparé des deux hémisphères. Topinard, qui a fait de cette question une étude approfondie, a extrait des registres de Bioca
(l) ■ Anthropologie générale, page 550.
(yj Pages 185 et 18(3 delà Iradacliou frani;.aise.
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les faits suivants (l) ; sur deux cent soixante-quatre cerveaux d'iiommes, l'hémisphère droit a été trouvé plus lourd dans cent trente-huit cas, le gauche dans cent cinq; il y avait égalité vingt et une fois; — une fois, le droit a été supérieur au gauche de 38 gr.; une fois, le gauche l'a été de 28 gr. Sur une série de cerveaux de femmes l'hémisphère droit était plus pesant treize fois, l’hémisphère gauche six fois. La conclusion qui s’impose est donc que la prétendue particularité signalée par Lombroso SC trouve être, au contraire, un fait parfaitement normal.
« Lombroso termine le seul passage consacré à cette question en relatant les conclusions des recherches de Varaglia et Silva sur le poids comparé du cervelet, de la protubérance et des pédoncules, sur une série de femmes criminelles et sur une série de femmes normales ; chez les premières, il l’a trouvé égal à loo gr. ; chez les secondes, de 141 gr. seulement. Topinard ajustement adressé à rauteur (2) le reproche de n’avoir pas tenu compte de l’àge des sujets ; celui-ci est en effet un facteur d’une extrême importance, et dont il convient de ne jamais négliger l’influence. Notre savant compatriote a, en effet, démontré qu’il peut faire perdre au cervelet et à la moelle allongée o4 0/0 de leur poids pendant la période adulte.
« De ce résumé de la question, on peut déduire cette conclusion que, étudié au point de vue unique du poids, l’encéphale des criminels ne présente rien de bien particulier ni de bien caractéristique. Cela peut paraître surprenant si l’on admet, avec Lombroso, l’existence d’un type criminel assez puissant pour effacer la plupart des autres caractères de race, « de même que chez les crétins le type ethnique est effacé par la dégénération morbide » (3); — cela nous paraît, au contraire, tout à fait nalu-
(1) Anlhrojpologie générale.
{2) Reçue cl' Anthropologie, 18^7. p. 658 {'à) Lombroso, p. 254.
lîTUDE .MOIU’IIOLOGKJUIÎ ET l'il YSIOLOGKJUE DU ChlMl.NEL
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roi, H nous ([ui considérons les criminels comme formant im simple groupe un peu arliiiciel, et foi-mé d’éléments tout à fait hétérogènes; une catégorie d’individus ([ui englobe à la fois de vulgaires malfaiteurs, d’intelligence sûrement bien au-dessous de la moyenne, et ce qu’on a appelé des criminels de génie, doit nécessairement comprendre des encéphales de volume et de poids tout à fait dissemblables,
« Si Té tilde du poids de l’encéphale des criminels n’a pas donné et ne paraît pas devoir fournir des résultats bien démonstratifs, il n’en est pas de même de celle de sa conformation, c’est-à-dire du développement absolu et relatif, des rapports des circonvolutions. Broca lui attribuait une extrême importance, et Topinard affirme de la façon la plus positive que les déductions à tirer de la morphologie du cerveau présentaient pour lui une tout autre valeur que celles que fournissent de simples déterminations pondérales.
« Le professeur Bouchard, de Bordeaux, a présenté en 1886 à la Société d’aqthropologie de Bordeaux les cerveaux de trois assassins; il a constaté sur chacun d’eux l’existence de quatre circonvolutions frontales^ chacune d’elles s’insérant sur la frontale ascendante.
« Il est juste d’ajouter que la valeur et l’importance de cette particularité anatomique sont loin d’avoir été admises sans conteste : les recherches de Giaccomini en particulier n’ont point confirmé les observations de Hanot et deBenedikt : il a, en elTet, constaté le dédoublement de la deuxième frontale vingt-quatre fois sur cent soixante-quatre individus normaux, soit 14 0/0, et cinq fois sur cinquante-six criminels, soit 8 0/0; il a constaté le dédoublement de la première neuf fois dans la première série, soit 7 0/0, et une fois dans la seconde, soit 1 ,7 0/0. De même(I)
(!■) Les Criminels, p. 9.
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Côrre ne considère pas ce dédonblement comme absolumenl. rare; il dit avoir en plus d’une occasion de le conslaler, incomplet il est vrai, sur des marins et des mililaires qu il a autopsiés. Malheureusement aucune statistique précise n’est jointe à celte aflirmation.
« Par Texamen d’une petite collection de dix cerveaux, soit vingt hémisphères, ayant appartenu à des malades décédés dans nos hôpitaux et momifiés après durcissement dans l’acide nitrique, procédé qui se prèle admirablement à l’étude des circonvolutions, on arrive à des résultats qui se rapprochent beaucoup plus de ceux de Giaccomini et de Corre que de ceux d’Orvin; en effet, nous trouvons quinze fois la première circonvolution.
« Hanoi a confirmé la fréquence de cette dernière particularité ; dans une série de onze autopsies qu’il a pratiquées à l’infirmerie centrale des prisons de la Seine^ il a rencontré quatre cerveaux pourvus ainsi de quatre circonvolutions frontales; cette disposition résultait du dédoublement, non pas de la première, comme l’admettait Benedikt, mais de la deuxième frontale. Les sujets présentant cette conformation n’étaient pas, du reste, dit-il, de grands criminels, mais surtout des récidivistes, des piliers de prison. Pendant que Hanot poursuivait ces recherches, M. Orvin, interne des hôpitaux, en exécutait d’analogues sur des cadavres de malades décédés à l’hôpital Cochin, et ne rencontrait pas une seule fois cette particularité (1).
« Comme on le voit, il existait entre les conclusions du travail de Henedickt et le résultat des autopsies de Hanot une divergence assez notable : si tous deux admettent chez les malfaiteurs la fréquence de quatre circonvolutions frontales, Benedikt l’attribue au dédoublement de la première; Hanot, au contraire.
(1> Société de biolof/ie, p.
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ti celui (le la deuxième. Aussi;, aussilul après avoir eu connaissance du travail de llanot, llenedikl a-t-il repris ses recherches, et dans un. travail plus récent (1), il donne pleinement raison à ce dernier pour le plus grand nombre des cas et ne maintient son opinion primitive que pour un petit nombre de faits. Sur quatre-vingt-sept hémisphères, Benedikt a trouvé quarantedeux fois le type normal, cinq fois le type à cinq circonvolutions plus ou moins complet, vingt-sept fois le type à quatre circonvolutions complet, treize fois le type à quatre circonvolutions incomplet, le dédoublement n’atteignant pas toute la longueur de la circonvolution. Dans les vingt-sept cas où existait le type à quatre circonvolutions complet, il y avait huit fois dédoublement de la première, dix fois dédoublement de la deuxième frontale. Dans trois cas il y avait dédoublement de la première pour une moitié, de la seconde pour l’autre moitié. Dans les treize cas à type incomplet, il y avait quatre fois dédoublement de la première, huit fois dédoublement de la seconde, une fois dédoublement des deux.
« Piré, dans son anatomie du système nerveux indique;, lui aussi le dédoublement de la deuxième frontale comme n’étant point du tout exceptionnel . « Souvent, dit-il, celte circonvolution est subdivisée par un sillon parallèle à sa direction et qui la réduit quelquefois jusqu’à son insertion à la frontale ascendante; il existe alors quatre circonvolutions frontales. Mais ce dédoublement ne répond à aucune particularité physiologique ou psychologique connue, c’est à tort qu’on a cru qu’il appartenait en propre à certaines catégories de criminels. »
« Benedikt a donné de ce mode de conformation une interprétation qui trouve naturellement sa place ici : pour lui, l’existence de ces circonvolutions frontales serait une véritable anomalie
(1) Cenlralhlalt,'i^%0, p. 840.
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réversivi'. ello rapproElKM’aü les cerveaux humains (jui les pn;sentenl des cerveaux des grands carnassiers, .le ne puis que mentionner ici celle manière de voir dont la discussion nous entraînerait bien loin hors des limites de notre sujet.
« llroeii, présentant à la Société d’anthropologie de Paris le cerveau de l’assassin Prévost, a accompagné sa communication de commentaires qui en font un document scientifique d’une grande valeur. D’une façon générale, il y a trouvé les particularités anatomiques signalées par Penedikt, surtout le type des scissures confluentes ; il y constate une disposition morphologique du plus grand intérêt : c’est la situation profonde du premier pli de passage pariéto-occipital, grâce à laquelle il y a libre communication entre les deux scissures perpendiculaires externe et interne, le lobe occipital formant ainsi une sorte de calotte. Pour l’éminent anthropologiste^ cette anomalie existe, sur les sujets de notre race, dans la proportion d’environ 2 o/o; elle a été, il est vrai, signalée sur le cerveau d’un publiciste distingué, Louis Aschive ; mais Broen insiste sur la nécessité qu’il y a à lui donner l’interprétation qu’il convient. Elle a été observée dans deux séries de cas tout à fait différents ; tantôt le pli de passage est profond parce qu’il est peu développé d’une façon absolue, tantôt il est profond parce qu’il est petit relativement ; son volume étant ordinaire, les circonvolutions adjacentes présentent au contraire un développement au-dessus de la moyenne. C’est dans celte catégorie de faits qu’on dut ranger le cerveau d’Asselin. Broen conclut que « l’existence de la calotte chez l’homme est l’indice morphologique d’une certaine irrégularité du développement cérébral, et l’on conçoit que les cerveaux qui présentent cette disposition soient exposés plus que les autres à des infractions fonctionnelles ». Il signale encore sur ce cerveau d’autres communications anormales des scissures ; anastomose de la prérolandique et de la sylvienne, sillon prérolan-
320 KTIIDF, M0UPM0L0('.1QI:F KT IMIVSIOLÜOIQUIO DU ClUMINEL
(H([uc coiipani Ig pied de la deuxième fronlale; pli de passade 1‘i‘OMl.o-pai‘iélal iiil'érieiir très alrophié, de sorle que la scissure de Uolaiido u’esi, séparée que par un intervalle presque nul delà sylvienne; sillon profond séparant le pli courbe du lobe temporal et s’étendant en arrière jusqu’à la pointe du lobe occipital; le deuxième sillon temporal s’étendant sans interruption de la pointe du lobe temporal à celle du lobe occipital ; un autre sillon acélilique très profond partant de la pointe du lobe occipital, se continuant avec le sillon interpariétal et aboutissant ainsi au sillon post-rolandique.
(( Broen ne paraît pas admettre d’une façon aussi positive que Benedikt l’existence d’une sorte de type anatomique spécial pour le cerveau des criminels, mais il considère comme très réelles et très fréquentes chez eux les communications anormales, insolites des anfractuosités entre elles. « Une ou plusieurs de ces communications, dit-il (2), n’empéchent pas un cerveau d’être à la fois très intelligent et très bien équilibré; mais lorsqu’elles sont nombreuses, lorsqu’elles affectent des parties importantes, elles sont l’indice d’un développement défectueux. C’est ce qu'on voit souvent sur les cerveaux peu volumineux des pauvres d’esprit ou des imbéciles, et c’est ce qu’on voit aussi très fréquemment sur les cerveaux des assassins, avec cette différence que, dans le premier cas, le moindre développement des plis de passage ou d’anastomoses est en rapport avec le développement des circonvolutions en général et avec la petitesse cérébrale, tandis que dans le second cas il coïncide au contraire avec l’ampleur de la plupart des circonvolutions et témoigne de l’irrégularité du développement du cerveau. » Cette interprétation du fait anatomique signalé par Benedikt est reproduite et soutenue parNervé
(1) Bulletin Soc. Anthrop. 1880, p. 210.
(2) Loc. cit.
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dans son recueil-ouvrage sur la Circonvolulion de Broea[\'). « L’auteur insiste sur ce point qu’il n’y a pas lieu de s étonner de retrouver sur d’autres cerveaux ces particularités morphologiques, considérées à tort comme caractéristiques du cerveau des criminels ; « ce que le cerveau des criminels présente, non point on propre, mais en commun avec celui de certains individus mal doués, (juoique nullement criminels, c’est souvent un ensemble de conditions défectueuses au point de vue de son fonctionnement régulier et qui l’infériorisent, si l’on peut dire. »
« Plisch a publié sur cette question un travail qui mérite de n’étre point passé sous silence. 11 a eu l’occasion d’étudier plus de cinquante cerveaux de criminels, et il n’en a pas trouvé un seul peut-être qui ne présentât quelque anomalie. Parmi celles-ci, quelques-unes étaient d’une extrême importance; c’est ainsi qu’il a pu noter : — l’insula à découvert dans deux cas, — le cervelet incomplètement recouvert par les lobes cérébraux, — la communication des deux scissures perpendiculaires externe et interne séparant complètement le lobe pariétal du lobe occipital (six fois sur huit hémisphères). 11 a constaté sept fois sur seize hémisphères la division de la frontale ascendante par une incision profonde réunissant l’un des sillons frontaux avec la scissure de Rolando; — une division analogue de la pariétale ascendante; — l’anastomose de la scissure de Sylvius et de celle de Rolando. Pour Plisch il existe sur les cerveaux de criminels deux sortes de déviations tout à fait différentes de la forme typique : les unes caractérisées par des circonvolutions moins riches, les autres au contraire par des circonvolutions plus riches que dans les cerveaux ordinaires. Ainsi, sur sept cerveaux il a noté une complexité des circonvolutions frontales qu’on n’observe pas, dit-il, sur des cerveaux normaux et qui résulte
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