A BAS LE PRÉJUGÉ
Que le monde est cruel, pour lui est un vaurien Tout homme qui un jour put s’éloigner du bien. Erreur et préjugé de la bêtise humaine.
Si cet homme a fauté, n’a-t-il pas fait sa peine?
Que lui reproche-t-on? En un mot, de quel droit Chacun se permet-il de le montrer du doigt?
Ah! quand donc verra-t-on les hommes sur la terre S'aimer et s’entr'aider, soulager leur misère Et dire au pauvre honteux : si tu as faim, suis-moi; A l’être qui succombe : ami, relève-toi.
Et vous, qui condamnez, permettez que ma lyre.
En des termes touchants, à vos cœurs vienne dire : Chassez le préjugé! Ah! Messieurs, croyez-moi, Quand l’homme, quel qu’il soit, frappé par la loi. Vient à vous, implorant la clémence.
Ne le repous.sez pas; parlez-lui d’espérance! Parlez-lui d’avenir, d’amour, de jours sereins Et rendez au pays un de ses citoyens! (1)
C’est ce que le faussaire Uuschovicli disait d’une façon plus élégante et plus précise ; « Le sable vulgaire que vous foulez
(1) Ces vers sont l’œuvre d’un pauvre relieur condamné un grand nombre de fois pour vol, ivresse et batteries.
LA LlTTÉItATÜRE DANS LES PRISONS
aux pieds, donne imcrislal brillant après avoir passé par l’ardent creuset. La lie elle-même peut devenir utile, si Ton sait l’employer; en la foulant aux pieds comme on le fait, avec inditfé^ l'cnce et sans souci^ on mine le sous-sol de la société et on 1 emplit de volcans. Connait-il bien la montagne, l'homme f[ui n'en a pas visité les cavernes? Le sous-sol, pour être situé plus bas et plus loin de la lumière, est-il par hasard moins important que la croûte extérieure? »
Les criminels, étant vaniteux, aiment beaucoup à écrire leur vie. Pour peu qu’on leur inspire confiance et qu’on ait l’air de s’intéresser à eux, immédiatement ils vous font le récit de leur misérable existence. J ai entre les mains des autobiographies en nombre assez considérable. Beaucoup sont curieuses et j’y ai puisé un grand nombre de documents.
Je le répète^ la forme littéraire la plus souvent adoptée dans les prisons, c’est la chanson. J’ai étudié la chanson obscène; mais il en est d’autres, et en nombre considérable. La chanson, en effet, se répand beaucoup plus vite que la prose ou la poésie. On l’apprend par cœur, on la chante dans les cours et les dortoirs; la mélodie la porte partout, et au bout de peu de jours ses couplets volent sur les lèvres de toute la pègre. Le prisonnier, utili-