LA CELLULE
Sous Robespierre, un peuple courageux Démolissait notre antique Bastille.
Papa Mazas, philosophe ombrageux,
En ht bâtir une bien plus gentille.
Plus de donjons, plus de créneaux altiers Où l’on voyait passer la sentinelle,
Plus de cachots, de paille, de geôliers. Plus de salons pour le grand prisonnier ; Pour tous il ht la cellule,
Il fit la cellule,
La cellule.
Et toi, Lalude, type de bonnes gens.
Si tu voyais cette nouvelle cage,
Tu ne pourrais y faire tes trente-cinq ans; Tu serais fou avant six mois, je gage;
Tu ne pourrais y élever des rats.
Car pas un ne reste au vestibule.
Papa Mazas, un cloître fit d’elle En inventant pour nous la cellule.
En inventant la cellule,
La cellule.
Tous les matins, aussi vif que Téclair,
Le surveillant apporte une gamelle.
Le croirait-on! c’est un chemin de fer Qui vous apporte le bouillon et l’écuelle.
Et puis Mazas a conçu le projet De nous tenir serrés sous ses ferrures ; Dans sa maison, d’évasion jamais.
Son petit nom garantit l’insuccès.
Lorsqu’il lit construire la cellule.
Construire la cellule,
La cellule.
LA LITTIîlUTUKli DANS LES PUISONS
Mes chers amis, quand arrive le lundi,
De vos parents vous recevez la visite.
Le timbre sonne : allez, vous ôtes admis Dans un parloir, c'est une vraie guérite; Un se croirait dans un confessionnal Où l’surveillant écoute sans scrupule.
Pour remonter, il vous donne le signal En vous disant toujours d’un air brutal ;
Remontez dans votre cellule.
Votre cellule.
Plus de jardins où les petits ,oisea,ux Venaient chanter à la saison nouvelle; Plus d’espace, plus de grands préaux;
On manque d’air, la mode est nouvelle.
Mais en échange nous avons un promenoir, Un pigeonnier où le surveillant circule; Pour mieux vous dire, c’est un entonnoir. C’est triste, c’est bête et même ridicule;
Ces cours sont presque des cellules.
Sont presque des cellules,
" Des cellules.
J’allais finir, mais je n’avais pas dit Que nous avions des lieux à l’anglaise.
Notre cellule est un vrai paradis Se composant d’une table, d’une cliaise. Carreau brouillé d’où l’on ne peut rien voir. Il y a aussi une vieille couverture.
Balai de bouleau, puis un précieux crachoir. Un hamac suspendu pour perchoir Et l'almanach de la cellule.
Et l’almanach de la cellule.
De la cellule.
Ailleurs on décrit les privations, les ennuis, les humiliations do la centrale.