CHAPITRE II
LE CALCUL DES PROBABILITÉS (A PROPOS DES RECHERCHES DE MM. GURNEY, MYERS ET PODMORE)
MM. GuRNEY, Myers et Podmore, dans leur recueil,, tâchent de réfuter toute critique possible et font même appel au calcul des probabilités ^ pour élucider et mettre en relief la valeur de la proportion entre les réponses négatives et affirmatives. Ils exposent avec beaucoup de netteté ce qu'ils veulent dire et n'exagèrent nullement la portée de leur pensée, étudiant avec une attention vraiment digne de tout éloge les causes d'erreur possible. Pour la transmission de la pensée ils vont même jusqu'à faire de préalables expériences en s'inspirant de la probabilité de la divination, suggestion, hasard, etc., et chaque fait est soutenu par des chiffres, dont la probabilité est toujours indiquée. Il résulte que toujours le nombre des cas affirmatifs dépassent de beaucoup le nombre des cas probables.
1. Lire à ce sujet un article des plus instructifs de M. Ri- CHET publié dans la « Revue Philosophique » 1884, Décembre La suggestion mentale et le calcul des probabilités.
Un contrôle si rig-oureux est digne d'inspirer confiance à tout homme de bonne foi. Mais arrêtons-nous quelques instants et discutons la valeur des données, et des faits qui ont servi comme éléments dans ces délicats calculs de probabilités. La probabilité opposée à la certitude est loin d'être un paradoxe et malgré l'apparence paradoxale du problème, on peut parfaitement calculer ce qu'on ne sait pas ou plutôt la valeur de ce qu'on pourrait savoir et connaître. L'instinct obscur, le bon sens est bien loin de pouvoir défier l'appui de ces savants calculs qui légitiment, dans certaines mesures, la portée des conclusions qu'ils impliquent et l'application du calcul des probabilités au domaine des sciences psychiques. Quoique son intervention soit moins nécessaire que dans les problèmes purement scientifiques, toutes les sciences n'étant que « des applications inconscientes du calcul des probabilités », il peut rendre néanmoins quelques services dans ce domaine. Mais n'oublions pas que les sciences psychologiques sont bien loin des sciences mathématiques, et qu'on y peut bien difiicilement poser des problèmes de probabilité. L'état initial échappe souvent en psychologie et c'est la plupart du temps une probabilité subjective, qui est en jeu, bien différente de cette autre probabilité objective, dont les sciences physiques et mathématiques s'inspirent dans la solution des plus grands problèmes, permettant de prévoir les phénomèmes moyens probables.
On a discuté longuement et on discute encore
Tapplication du calcul des probabilités aux sciences mathématiques et physiques, et bon nombre de problèmes ne tiennent leur précision qu'au préalable calcul des probabilités prévues et calculées d'avance, mais vérifiées ensuite par l'expérience. La théorie des jeux de hasard fait déjà le sujet de plusieurs monographies depuis qu'elle s'est présentée « à propos d'un coup de dés » au chevalier de Méré; de grands géomètres et des hommes de sciences, se sont occupés de la question et les noms de Pascal, Fermât, Euler, Ampère, Jean Bernouilli, Jacques Bernouilli, Lagrânge, Laplace, De Moivre, Poisson, etc., et même Huyghens, doivent être prononcés pour ne citer que les anciens. M. H. Laurent, dans une monographie de la collection des « Aide-mémoires », a publié une précieuse synthèse sur ce sujet intitulée « Théorie des jeux de hasard » ^, d'une haute portée morale. Ce qui résulte de toute cette riche moisson, fruit du labeur de tant d'intelligences d'élite, c'est que la probabilité d'un événement dû au hasard peut très bien être calculée et distinguée d'une probabilité nécessaire, logique. Cette probabilité due au hasard est égale au (( rapport du nombre des cas favorables à l'arrivée de cet événement au nombre total des cas qui peuvent se présenter quand on attend cet événement, tous ces cas favorables ou non pouvant également se produire » ^ Les questions sou-