CHAPITRE IV
Relater toutes mes observations serait impossible et j'aurais besoin pour donner le détail de ma documentation de tout un volume, qui pourrait avoir au moins les dimensions de l'enquête de la Society for PsycJucal Research de Londres. Je me contenterai donc d'esquisser les résultats généraux.
Avec une bonne partie des sujets français ou roumains j'ai vécu intimiment; c'était des amis, des parents ou des personnes avec lesquelles j'avais des relations des plus cordiales. J'insiste sur ce fait, car je crois qu'une observation brutale indépendante de la connaissance intime du sujet n'a dans ces études aucune valeur. A condition seulement de posséder à fond le sujet qui raconte ses hallucinations télépathiques ou son roman pathologique, l'observation peut être jugée scientifique.
Dans les enquêtes psychologiques on ne tient pas compte malheureusement de ce fait et ce qui
est plus triste encore dans la pathologie mentale et nerveuse. A ce propos je ne peux que rendre hommag-e au docteur Pierre Janet, pour l'insistance qu'il met et qu'il recommande toujours dans l'étude prolongée et patiente du sujet normal ou pathologique. Les observations que j'ai eu l'occasion de faire à propos de la télépathie m'ont appris la valeur de cette constatation profonde et, relisant mes notes sur l'état des sujets, sur leur vie intime, je crois arriver,, grâce à elles, à expliquer la genèse et le sens de leurs hallucinations sensorielles télépathiques.
Vivant à côté d'elles,, aidé par ce facteur biologique capital, le hasard, durant les neuf ans pendant lesquels j'ai poursuivi mes observations et mes recherches sur la télépathie, j'ai pu saisir d'une part l'hallucination en elle-même et de l'autre côté contrôler et vérifier leur état de vérité. Souvent avec mes amis français, j'ai pu saisir leur hallucination télépathique pendant une soirée de travail, pendant une promenade, ou durant un séjour dans le laboratoire. Plus tard par lettres, par constatations personnelles je cherchais à contrôler le fait. Ici je dois avouer, que dans certains cas, sur mes sujets français, la constatation a été faite de seconde main et dans une certaine mesure étant guidé par des recommandations du sujet, quand il s'agissait des personnages que nous ne connaissions pas du tout et qui habitaient tantôt les colonies, tantôt l'étranger et pour la majorité des cas Paris et la Province. Ces cas sont mis dans une colonne à part.
4ô LES HALLUCI^•ATIONS TÉLÉPATHIQUES
Les observations faites sur les français me semblent avoir une importance capitale, car elles démontrent que les hallucinations télépathiques recueillies par nous, ne tiennent pas exclusivement à une influence de milieu et de pays. Elles prouvent encore une fois que le mécanisme psychique de l'homme est à peu près partout le même et qu'il est d'autant plus ressemblant que l'on touche aux questions de la métaphysique transcendentale, de la survie et de la mort. J'ai eu l'occasion de faire sur 3 allemands, sur 2 italiens et 4 espagnols des observations de ce genre et sans avoir pu pour la plupart faire le contrôle rigoureux que j'ai toujours fait dans les autres cas, j'ai pu constater la vérité du paradoxe que nous énoncions quelques lignes plus haut. L'idée du malheur comme celle de la mort et en général tout ce qui touche au miraculeux, prend rapidement crédit et des intelligences d'élite prennent le racontar banal pour des paroles d'évangile.
La connaissance du sujet est importante et même nécessaire, car elle facilite d'abord le contrôle et ensuite met sur la bonne voie de l'explication des hallucinations télépathiques.
En ce qui concerne le contrôle, il y a toute une difficulté de rapports et de relations, que seulement le bon sens psychologique et l'adresse de l'expérimentateur sait éviter et vaincre. Il faut en premier lieu que le contrôle soit rapide et qu'on ne laisse pas écouler des longues semaines entre chaque constatation, car le sujet et l'objet finissent généralement par tomber d'accord. Les
différences des journées deviennent des heures et celles des heures à peine si elles ont pu durer quelques minutes ! Et cela pour toutes les catég^ories des sujets, car il y a une nostalgie intéressante à étudier dans cet amour du merveilleux de la foule. Donc contrôle rapide, habile et guidé par une extrême prudence. Si l'amourpropre est généralement mal équilibré, notamment chez les femmes, il devient plus irritable et susceptible dans les questions du merveilleux. On accorde une croyance aveugle à une histoire racontée par un monsieur ou une dame quelconque pourvu 'qu'elle soit bien dite et qu'elle ait quelque chose de mystérieux dans son contenu! Les hallucinations observées par nous ont été de quatre espèces sensorielles : visuelles, auditives, tactiles et olfactives. Les plus nombreuses si on analyse le tableau I sont les visuelles (740) et viennent ensuite dans l'ordre de leur nom, les hallucinations auditives (198) les hallucinations olfactives (55) et enfin les hallucinations tactiles (18). Les plus claires, accompagnées du plus grand nombre de détails dans leur contenu étaient de l'avis de tous les sujets les hallucinations visuelles et ensuite les auditives. On voyait la personne dans Fagonie, ayant une figure triste, une plaie à la main, le cœur ouvert par des assassins, la jambe cassée, etc., ou bien demandant secours; on voyait la personne parlant sans entendre les mots, hallucination intéressante qui, à notre connaissance n'a pas encore été signalée. Comme hallucinations au-
ditives nous avons constaté : des voix qui demandaient secours, des paroles incohérentes à peine chuchotées, des cris, des conseils, des mots de tendresse prononcés tristement, des airs de musique généralement sur une mélopée mélancolique, etc. Les hallucinations télépathiques olfactives consistaient dans des sensations olfactives de la poudre de guerre, de Vodeur de la personne, odeur du cadavre, odeur familière à la maison où se trouvait le sujet, parfum préféré, goût d'éther, goût de chlorophorme, etc., associés pour un bon nombre avec d'autres hallucinations, ayant néanmoins une prédominance hallucinatoire. Sur les 55 cas recueillis dans le tableau I nous avons trouvé 39 hallucinations olfactives pures qui n'étaient associées à aucune autre hallucination télépathique sensorielle. Les hallucinations gustatives sont rares; nous les avons rencontrées dans deux cas sur deux sujets français qui ne figurent pas dans le tableau et elles étaient accompagnées d'une foule d'autres sensations. La première personne en question avait la sensation d'avoir sur la langue un goût de poison, le même poison (la morphine), que prenait le sujet lointain, qui était sur le point de mourir et annonçait son état désespéré par ce goût du poison. Dans le deuxième cas on éprouvait le goût du sang, accompagné dans ce cas de la vue du sang. Les hallucinations tactiles musculaires consistaient généralement dans des sensations de toucher, de frissons froids dans le dos, de tremblement, de baiser, un vent léger qui pas-
sait, quelque chose qui flottait et qui renseig"nait le sujet sur l'existence de quelqu'un qui le regardent dans le dos, ou qui le saisissait par les épaules, etc.
Les tableaux V, VI, YII et YÏII, résument la clas-
TABLEAU V Hallucinations télépathiques visuelles
Nombre
des sujets du ta-