PIE RUE
Il y a ici une quantité de livres instructifs... Couperaoi des petites bandes de papier gommé, je n'en ai bientôt plus.
CHARLOTTE
Je m'ennuie... Je pense, je pense, alors je m'ennuie.
PIERRE
Plains-toi, tu es rentière, [[l bourre une pipe.)
CHARLOTTE
Écoute... J'ai réfléchi à quelque chose, tantôt, toute seule.
PIERRE
Tu vois : tu as réfléchi. C'est excellent cela. A quoi as-tu réfléchi ?
1 CHARLOTTE
Tu devrais t'habituer à ne plus fumer.
PIERRE
Tu crois} [Naturellement.) Passe-moi donc les allumettes.
CHARLOTTE
Non.
PIERRE
Passe-moi les allumettes.
CHARLOTTE
Non... Voyons, quand ce ne serait que pour Isabelle. La pipe!...
PIERRE
Allons ! Je fais ce sacrifice à Isabelle.
CHARLOTTE
Tii lie l'an ais pas fait pour moi : je te remercie.
PIERRE
Tu es jalouse?
CHARLOTTE
C'est mon affaire.
Nf te fâche pas. Je t'ai cédé. Au fond, tu désirais siin|)leiiient me commander, m'interdire quelque chose.
CHARLOTTE
C'est pour ton bien.
PIERRE
iSon. C'est comme lorsque tu me mets, de force, des morceaux dans mon assiette. Ce n'est pas pour que je mange davantage, c'est pour te prouvera toimême le pouvoir que tu as sur moi... J'attends mon papier gommé...
CHARLOTTE
Voilà... {Un petits lence.) J'ai encore réfléchi à autre chose, cet après-midi.
PIERRE
Tu me fais peur.
CHARLOTTE
Tu ne m'aimes plus.
PIERRE
Bah!
CHARLOTTE
Tu m'aimes, si .tu veux, mais tu ne m'estimes pas.
12 LES HANNRTONS
piKiiniî Qu'est-ce qui te fait croire cela?
Tu ne me parles jamais de ta famille.
PIKRHE
En quoi ma famille peut elle t'intéresser ?
CHARLOTTE
Tu aimes bien ton père, n'est-ce pas ?
PIERRE
Gomme un fils.
CHARLOTTE
Et ta raère? Ce doit être une sainte femme, dis?
PIERRE
Si tu continues, j'allume ma pipe.
CHARLOTTE
Je te comprends. Je ne suis pas digne de parler
d'elle.
PIERRE
Mais si, mais si... Ah ' voilà deux nouveaux types de plus dans ma collection... avec des belles étiquettes écrites par ma petite Charlotte, qui est bien gentille et que j'adore, quoiqu'elle fasse bien malles chiffres... Je t'adore... tu sais... tu as tes petits défauts, comme tout le monde, mais je suis bien heureux avec toi... Et toi, es-tu heureuse ?...
CHARLOTTE
Je voudrais connaître ta mère.
PIERRE
Sois juste, mon petit ange. Est-ce que je t'ai jamais
manifesté le ^ésir de connaître la tienne? Non ? Alors, imite ma discrétion. i^On frappe à la porte de gauche.^
CHARLOTTE
C'est Isabelle. [El'e va ouvrir. Entre Isabelle, vingtdeux ans. Charlotte l'embrasse. La toilette d'Isabelle est élégante, sans être tapageuse.)