CHARLOTTE, PIERRE, ISABELLE ISABELLE
Je viens en hâte, en passant, parce que je voulais vous voir, monsieur {La main, puis à Charlotte,), et que je te Pavais promis.
CHARLOTTE
Assieds-toi.
PIERRE
C'est fort aimable à vous, madame, de n'avoir pas reculé devant l'idée d'un voyage dans ce quartier lointain...
ISABELLE
Oh! avec le tramway.
PIERRE
Vous avez eu peur, pour vos chevaux, des gros pavés et des rues en pente.
ISABELLE
Mes chevaux?.,.
CHARLOTTE, riant, un peu confuse.
Ne fais pas atiention : je lui avais raconté que tu avais une voiture.
ISABELLE
En voilà une idée!..,
CHARLOTTE
C'était plus joli... [Rires.)
ISABELLE
Charlotte aurait dû écrire des romans, car elle a de rimagination à un point que vous ne pouvez croire... A l'école, à neuf ans, elle a inventé la mort d'une petite sœur qui n'existait pas... pour avoir le plaisir d'être consolée.
CHARLOTTE
Oui, je voulais qu'on s'intéresse à moi et qu'on me caresse. Je voudrais que tout le monde m'aime.
ISABELLE
Et une autre fois...
CHARLOTTE
Tu m'embêtes avec tes histoires. Je vais descendre avec toi, j'ai une course à faire. Il faut que j'aille commander la potion pour Bijou. Veux-tu venir le voir? Non, tu n'aimes pas les bêtes. Je vais mettre mon chapeau. [A Pierre.) Tu sais, ne lui fais pas la cour, je laisse la porte ouverte. [Elle sort par le fond.)
Dépêche-toi. {A Pierre.) Elle est bien gentille et bien bonne, notre petite Charlotte, et elle vous aime beaucoup.
PIERRE
Vous me faites plaisir en médisant cela. Mais quelle imagination! comme vous dites. Moi, j'ai cru que vous aviez un équipage. Elle m'avait môme dit la couleur de votre coupé.
CHARLOTTE, revenant.
Me voilà...
ISABELLE, se levant pour prendre congé.
Alors, monsieur, vous m'excusez de partir aussi vite. Une autre fois, je m'arrangerai pour avoir plus de temps.
PIERRE
J'en serai fort heureux. (On frappe.) Entrez 1 (^Entre Broc/iot.)
BROCHOT
Mesdames... Je vous dérange...
CHARLOTTE
Vous avez quelque chose à me dire au sujet de Bijou ?
BROCHOT
Non, madame... Je venais... Voici... [A Pierre.) Monsieur, je crois bien... Vous êtes bien monsieur Pierre Goltrel ?
Pierre Gotlrel... Nous nous sommes déjà rencontrés... n'est-ce pas ?...
BROCHOT
Depuis que je vous ai quitté, je cherche, je cherche : c'est une obsession. Je n'ai pas pu y résister et je
VOUS prie d'excuser mon indiscrétion. Je crois que nous ne nous sommes pas vus tout à l'heure pour la premièie fois.
PIEHRE
Je le crois aussi. Je le disais à Charlotte. Je suis certain de connaître cette figure-là.
BROCHOT
Est-ce que vous n'étiez pas à Louis-le-Grand?
PIERRE
Si...
BROCHOT
Ferdinand Brochot...
PIERRE
Mais oui... attendez... qui était si fort en littérature...
BROCHOT
Juste!...
PIERRE
Mais nous étions intimes...
Nous avions fait un pacte...
PIERRE, riant.
Signé de notre sang!...
BROCHOT
Ah ! elle est bonne !...
PIERRE
Ça fait plaisir.
ISABELLE, à Cluirlotte.
Nous allons laisser ces messieurs...
PIERRE
C'est ça, c'est ça... Nous avons un tas de choses à nous dire... Assieds-toi...
CHARLOTTE, à Isabelle.
Il ne me plaît pas beaucoup, son nouvel ami, à Pierre...
ISABELLE, en sortant.
Il est très gentil...
CHARLOTTE
Je le trouve commun. [Elles sortent.)