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Les hantises

Seule, Vidée est : le monde où nous rirons est noire ordinaire création; et, par fois, nous rirons a 'autres idées, d'autres mondes.

Sur les spéciales créa fions de rie, et les hallucinations de Vidée, et sur quelques hantises, — ces chapitres.

A Monsieur le comte de Villiers do l'Isle-Adam

LE DIABLE HELKÉSIPODE

LE DIABLE HELKESIPODE

Le premier volume de I'Essai sur l'histoire DES TRADITIONS DÉMONOLOGIQUES DEPUIS

l'antiquité jusque nos jours (ï volumes in-8, Paris, 1861-1865, chez Delalourde, éditeur) contenait, avec le titre cTIntroduction bibliographique, l'histoire générale de la démonologie et des ouvrages de démonologie ; les trois autres volumes exposaient, par ordre alphabétique, en forme de dictionnaire, l'histoire, spéciale, de chaque tradition ;. et cet ouvrage était un monument. Ayant, durant trente années, dans les bibliothèques de Paris, de la province, de l'étranger, dans les musées et les collections, dans les chaumières, et dans les lointains les plus écartés, incessamment cherché des documents, épié les restes des légendes anciennes, suivi les traces démonologiques, flairé chaque piste du Diable, guetté toute ombre démo nomaniaque, l'auteur avait, selon les inaltérabes

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règles de la méthode scientifique, noté, compilé,

marqué, critiqué, comparé, divisé, classé, systématisé : et, impartialement, gravement, rigoureusement, imperturbablement, il avait dit l'art, puissance et châtiment des démons, selon Sprenger, juge des sorciers à Cologne, l'un des premiers démonographes : — les terribles, tout puissants et efficaces exorcismes et remèdes pour chasser les mauvais esprits, d'après Mengus (Flagellum Daemonum); — l'imposture et tromperie des diables, devins, enchanteurs, sorciers, noueurs d'aiguillettes, chevilleurs, hiéromanciens, chiromanciens, et autres qui, par telle invocation diabolique, arts magiques et superstitions, abusent le peuple (Pierre Massé, Paris, 1579); — les quinze épouvantables crimes des sorciers, énumérés par Bodin, ; — les cérémonies damnables du Sabbat, suivant Scribonius; — les preuves que le roi Jacques Ier donna de l'abominable commerce qu'ont les sorciers avec le Diable ; — l'Anti-Démon historial, où les sortilèges, larcins, ruses et fraudes du Prince des Ténèbres pour usurper la divinité. sont amplement traités (auctore Jude Sercilier); — aussi, d'accord avec le livre de Pierre de Lancre conseiller du roi, l'incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincue;

— pareillement, le tableau cfes grades divers dos démons, selon Ordoric Valmarana; — la description de l'Enfer et état des diables avant le commencement du monde, selon Ant. Paisca;

— l'exposé complet, selon Sandras, des fredaines du Diable; — comment usait le comte de Gabalis, évoquant les salamandres, sylphes, gnomes, et ondins; — comment conjurer le Diable et se faire obéir par les esprits; — en fin, toutes sciences enfermées en le Liber Spirituum, en le Grand Grimoire, la Grande Clavicule de Salomon, et la Grande Magie Noire ou Forces Infernales du Grand Agrippa.

Or, Fauteur, — il s'appelait Monsieur Aristide Genius, il était âgé de soixante années, était petit et maigre, avait son crâne très chauve et son dos courbé, il était professeur de linguistique à PÉcole des Hautes-Études, et de mythologie comparée au Collège de France, il était trois fois docteur, lisait et écrivait sept langages, non compris le maternel, — l'auteur, un jour, confia à sa gouvernante, qu'il s'allait marier.

La nouvelle fut, par la gouvernante de Monsieur Aristide Genius, portée au concierge du Collège de France ; aussi tôt, elle s'épandit dans les classes, parmi Messieurs les professeurs; en

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suite, elle s'échappa à la Sorbonne, et traversa.

en un clin d'oeil, la bibliothèque des Hautes- Études; de la Sorbonne, elle se glissa chez l'éditeur Delalourde rpuis. elle gagna les bureaux de la Grande Revue; et elle monta vers l'École Normale; en chemin, elle fut appréhendée par le professeur Despointes, qui, du coup, devina, par intuition, mille détails qu'il conterait, avec des gestes, à ses collègues; beaucoup d'autres se lui sont encore rencontrés, et beaucoup se sont faits ses messagers: aussi, quelques heures après l'entrevue du concierge et de la gouvernante, c'était en de déliâtes allusions, dont, discrètement, on souriait, que transparaissait la nouvelle. L'éditeur Delalourde vendit, ce jour, trois exemplaires de l'Essai.

Pour quoi Monsieur Aristide Genius se mariait? — Toujours il a vécu seul avec sa vieille gouvernante ; il désire changer sa vie? — Que vous le connaissez peu !.. lui. désirer un changement !..

— 11 s'ennuie, par un hasard? — Mais vous savez que Monsieur Genius ne s'ennuie pas ; n'esl ce pas lui qui prononça le mot fameux: « Une prison perpétuelle me serait douce, avec les Acta Sanctorum. »

— 11 se marie par quelque ambition ? — Il

n'a d'autre ambition que de la science; il vit simplement; il méprise les richesses et les honneurs; il a de beaux appointements et des revenus; il est décoré de tous les ordres européens; on lui dit « Maître ».

— C'est un mariage d'amour? — Oh! quelle invraisemblance! Madame est veuve, et n'est que de douze années, moins âgée que Monsieur.

— Impossible supposer quelque obligation secrète: Monsieur Genius n'a plus de famille; il n'eut, en tous ses voyages, aucune aventure. Vous ne pouvez ignc*3r quelle fut l'innocence de ses mœurs: jamais l'œil de Monsieur Genius ne suivit une direction malsaine; et la vieille gouvernante a \n\ s'écrier (on le dit): « Trop heureuse Madame Genius! son mari, avec ses soixante ans, lui apportera une Ame aussi pure que l'enfant au berceau. »

Pourquoi Monsieur Genius se mariait: pour quoi ce savant homme, ayant la moitié de sa vie vécue en commerce scientifique avec Belzébuth, et Baèl, Pursan, Byleth, Paymon, Bélial, Asmoday et Zapon (c'est l'empereur et les sept rois de la monarchie infernale), sans compter leur cour, ducs, princes, marquis, ambassadeurs, ministres, généraux et miliciens (ils ont leurs

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noms), — ayant, par les livres, fréquenté an Sabbat et visité le sombre royaume, — en fin, môme connaissant, même connaissant intimement les anciens docteurs es théologie et conseillers du roi démonographes, — et restant calme, tranquille, quiet, bon, raisonnable, heureux, en la préparation d'un cinquième volume, d'un complément à l'Essai ; — pour quoi il se mariait... Monsieur Genius, interrogé, répondit vaguement.

Eh bien, nous qui sommes mieux informés que le concierge du Collège de France, que Messieurs les professeurs, que le sous-bibliothécaire de la Sorbonne, que l'éditeur Delalourde, que le directeur de la Grande Revue, que Monsieur Despointes, nous allons vous apporter la véritable histoire hyménéale du savant homme qui, en ses études, scientifiquement avait eu commerce avec l'empereur et les rois de la monarchie infernale, fréquenté au Sabbat et visité l'Enfer, et même intimement connu les anciens docteurs es théologie et conseillers du roi démonographes, — sans perdre rien de son calme et de sa raison.

Achevant son dernier voyage de recherches scientifiques, Monsieur Aristide G-enius passa, en Normandie, par le village, intéressant à lui, de Saint-Étienne-Lallier : là, il eut l'hospitalité d'Un cultivateur. C'était un soir de septembre; huit heures; les jours étaient devenus courts ; le souper fini, on prenait du café. La table était éclairée par deux minces chandelles fumeuses ; assis au haut bout, au milieu des paysans, ayant, ce soir, très bonne humeur, et souriant dans un air grave, Monsieur Genius écoutait encore une fois, les ayant demandées et les dirigeant, le fatras des longues histoires merveilleuses, toujours les mêmes: il se disait que, peut être il trouverait en fin une perle dans cette boue.

11 avait donc, ce soir, très bonne humeur, car dans un air grave il souriait; pour tant, à la lin du dîner n'ayant trouvé la plus minime perle, il se lassait un peu.

— lime semble, dit il (raillant légèrement), que je connaissais les histoires que vous venez de conter. Etes vous sûrs, mes amis, que toutes ces aventures soient arrivées à vous et à vos proches ?

On s'écria : — Ah ! Monsieur, nous prenez vous pour des menteurs?

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— Que le ciel m'en préserve !.. C'est donc que les stratagèmes du Diable sont les mêmes aujourd'hui, qu'il y a trois cents ans... Moi, je vous dirai une plus extraordinaire.

Monsieur Genius était, donc, tout à fait gai : il conta quelque histoire d'une lamie, qui, après avoir fait rage , fut chassée par l'évêque, un saint. Monsieur Genius avait lu cette histoire dans le livre de D'Agnany « De Magia et Maleficiis », — à moins que ce ne fût dans le Traité historique des dieux du paganisme par Benjamen Binet

— Et c'est vous qui avez vu cela, demanda quelqu'un?

— Si vous le voulez ainsi, répondit Monsieur Genius (il plaisantait).

— Monsieur, vous vous moquez de nous; ce n'est pas bien.

— Mais non, mes amis ; mon histoire a pour garants trois conseillers royaux, deux pères de la Société de Jésus, trois docteurs es théologie, et l'évêque : elle vaut les vôtres. D'ailleurs, je me garderais d'ébranler votre foi, craignant la malice des mauvais esprits.

— Bien sûr, vous êtes un païen, vous aussi ! Monsieur Genius, ce soir (par un hasard) en

veine de badinage, crut devoir reprendre tout

son sérieux pour établir la vérité; et, avec un geste habituel, portant sa main au revers de sa redingote, très gravement il dit :

— Je ne suis pas un païen; je respecte les croyances; mais, ayant passé ma vie à leur étudier, je discerne la vérité de Terreur : et, faisant la part des croyances nécessaires à l'humanité, je condamne les vaines, risibles et dangereuses superstitions.

Les bons paysans n'étaient pas accoutumés : tout le inonde se tut. Ce pendant, on avait lui le café ; la nuit était complète ; le fermier se tourna vers une grande fillette de treize à quatorze ans, assise, courbée, à l'extrémité de la table.

— Petite, va te coucher ; il est temps.

La fillette se dressa, sans se lever. Le fermier répéta Tordre.

— Je vois ce que c'est, dit la mère ; elle a peur encore. Figurez vous, monsieur, dit elle s'adressant au savant, que cette sotte est peureuse pour se coucher.

— Pardi! dit un grand gas, avec les belles histoires dont on Ta bercée, pendant le souper!..

Monsieur Genius, qui, peu à peu, avait laissé tomber sa manière doctorale, intervint :

— Ma fille, dites nous ce qui vous effraie.

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La lillotte se lit prier; od insista; la mère promit raccompagner dans sa chambre, si elle

parlait.

— Oh ! <lit l'enfant, ce n'est pas Les voleurs ou

les revenants... quand je dois entrer au lit, il me semble qu'il y a quelqu'un, un diable, qui va me prendre par mon pied,..

— Yoilà une idée, s'écriait on !

Et l'enfant expliquait que le soir, toutes les fois qu'ayant déjà une de ses jambes dans le lit, elle allait lover l'autre et se coucher, elle avait cette peur d'avoir son pied saisi par un diable au bas du lit.

Monsieur Genius (toujours d'humeur gaie) ne put se tenir de rire un peu, pérorant plaisamment :

— Admirable trouvaille ! un diable que n'avaient pas découvert les plus subtils démonographes et les plus experts démonomanes ! Votre fille, Monsieur, a vu un démon non encore montré aux humains, un inconnu des six mille six cent soixante six miliciens de l'une des six mille six cent soixante six légions infernales;— et, parlant ainsi, je suis la doctrine qu'enseigne, par son livre de l'Inventaire de la fausse monarchie de Satan, le docte Jean Wierus, surnommé Piscinarius, élève de Cornélius

Agrippa, médecin du duc de Clèves, et mort en 1588; la théorie de Godefroy Meyer qui fait chaque esprit infernal une différente manifestation d'un unique démon, est repréhensible et blâmable en toute bonne démonologie... Mais, certainement, diable lui même ou simple manifestation de Satan, le démon que Mademoiselle n'a pu conjurer, manque aux listes de tous docteurs es diableries.

On le regardait. Se laissant aller, le savant,— trois fois docteur, — continua (il plaisantait encore) :

— Je tiens le nom de ce nouveau tourmenleur du genre humain. En grec. Messieurs, helgô signifie tirer, poda signifie pied : le diable qui obsède Mademoiselle, et dont je suis parrain, est le Diable Helkésipode.

Quand on se leva de table, Monsieur Genius, satisfait de soi, se promettait narrer l'histoire à ses intimes du Collège de France : — Le Diable Helkésipode!.. vive la démonologie !.. parrain du Diable Helkésipode!..

Et, serrant sa petite taille osseuse dans sa redingote noire, clignant ses yeux sous ses lunettes d'argent, encore doctoral et pédant en ses heures de honne-hommie, il allait et venait dans la grande salle enfumée, ruminant ses mois, tandis

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que. très étonnés, admirant de leur ébahissement

de campagnardes mêlé d'un peu de moquerie. ces Normands, le fermier, les hommes de journée, les gas en leurs blouses bleues déteintes, les tilles aux hanches équarries, considéraient le monsieur de Paris, qui savait tant de choses, était si maigre, et parlait si bien.

Chacun s'en fut dans sa chambre; on avait préparé pour Monsieur Genius la plus belle de la ferme: on lui donna une chandelle, et on lui dit bon soir. Monsieur Genius mit en ordre deux ou trois notes, rédigea quelques lignes, relut un article du journal des Débats politiques et littéraires, quelques pages de la Grande Revue ; et, comme onze heures sonnaient à l'horloge de bois, il commença se déshabiller.

En somme, bonne journée... 11 s'était, certes, un peu ennuyé, durant le souper; mais il avait très belle humeur, et il s'était amusé à l'histoire finale de la fillette et du diable qui la prenait par son pied, le soir, au bord du lit. Cela était très indigne de l'Essai sur l'histoire des traditions démonologiques depuis l'antiquité jusque nos jours; il en riait, ce pendant : les grands esprits admettent de sembla] des délassements fantaisistes; c'est leurs faiblesses, si l'on veut: il en convenait. Et, tirant son pantalon. Monsieur

Genius répétait, souriant et satisfait : — Le Diable Helkésipocle !.. parrain du Diable Helkésipode..'.

S'étant mis une chemise de nuit et ajusté un bonnet de coton, il entrouvrit les draps, et éteignit la chandelle. Le lit était très haut, selon l'usage normand; lentement, — à cause des soixante années, — Monsieur Genius commença par lever sa jambe droite et renfonça entre les draps : à ce moment, l'idée lui revint, — le Diable Helkésipode ! et, comme il allait lever son autre jambe, dans l'obscurité, il eut par tout son corps un imperceptible tressaillement, et sentit un froid: il tourna brusquement sa tête, d'un regard inquiet, sur le tapis, en bas du lit, dans * l'ombre ; et, très vite, — malgré les soixante années, — il leva sajambe gauche et entra au lit; et, amenant la couverture sur sa tête, il grommela :

— Suis je donc bête!

... Le lendemain, il s'en alla. Le fermier le trouva mal dispos ; en vain la femme s'informa si quelque chose l'avait gêné. La petite vint lui souhaiter bon voyage. Monsieur Genius monta en voiture, avec un adieu brusque.

— Sont ils drôles, ces messieurs savants ! s'écria la fermière. Avez vous vu, les autres?

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s'est il levé de -m pied gauche, ce matin?., lui qui était si gentil hier !

— Des idées, des caprices, des lubies! dil rhomme. Et toutle monde répéta qu'ils étaienl drôles, ces messieurs savants.

Monsieur Genius avait presque termine son voyage. 11 se désira à Paris, chez soi, rue Saint- Jacques. 11 ne devait rentrer que le lendemain : le soir, il arriva dans la petite ville des Andelys, et demanda une chambre à l'Hôtel du Soleil Levant.

La mauvaise humeur n'était pas adoucie : — Parbleu ! s'écria Monsieur Genius, je voudrais bien savoir ce qui me fait maussade ! j'ai réussi de mes recherches: le temps ne m'a pas contrarié; je me porte bien ; je devrais être content; mon voyage aura été excellent... Maudit voyage !..

Et, en fait, l'illustre démonographe ignorait ce qui troublait son caractère.

Tôt il le soupçonna. Car, le soir, durant que, pour se coucher, il s'était ses vêtements, l'idée lui vint, comme la veille, cette fois sans qu'il en rit. — avec un troublement d'inquiétude silencieuse, l'idée lui vint du Diable Helkésipode. — Etait ce raisonnable ! lui, le savant Aristide Genius, l'auteur de l'Essai, l'esprit fort'... était

ce compréhensible !.. pendant trente ans, il avait étudié aux légendes infernales; mieux que tout antre, il en savait l'absurdité : le Diable n'avait plus de mystères pour lui ; il s'était joué, pour ainsi parler, avec les horreurs des démonomanies : et, tout à coup, une pareille pensée... Des sottises sont, dont on n'est pas le maître ; mais celle là était trop... — Et, se déshabillant, il ne se sentait pas tranquille : le Diable qui tirait par un pied la fillette de la ferme, hantait son esprit, étrangement.

Il ne souffla point sur la lumière ; et, debout, en chemise, au bord du lit, un peu pâle, il regardait encore au tapis, il explorait le parquet, d'un œil anxieux, voyant il ne savait quelle vague apparence, quelle griffe mystérieuse prête à lui saisir son pied gauche, pendant qu'il lèverait son pied droit... Il eut peur. Et, furieux contre soi, n'y comprenant rien, se demandant s'il tombait en enfance ou devenait fou, rageant, esprit bouleversé, il maudit à ses chères études, à son livre, à toute la démonologie.

Il fut heureux de retrouver le chez soi, ses anciennes habitudes, sa bibliothèque, et la bonne

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gouvernante qui. d'une fenêtre, le guettait arrivant. Le dîner était préparé; pour la circonstance, on avait devancé l'heure réglée. Pendant la soirée, un collègue vint le voir, en des airs mystérieux; après des préambules, il lui confia que l'Institut Libre des Sciences Sociologiques se proposait lui décerner un prix extraordinaire, pour son grand ouvrage. Monsieur Genius jura ne pas savoir ce que cela voulait dire : d'ailleurs, l'avait on vu solliciter?., le collègue fut d'accord qu'on ne savait pas que Monsieur Genius eût sollicité pour quoi que ce fût. Et il montra quelques passages du rapport de la Commission : ... Après les anciens travaux d'histoire et de critique démonologique de Thomas Brown, de Gabriel Naudé, de Hautefeuille et Sauteur, de Pierre Le Brun, de Lenglet-Dufresnoy, de Hauber, de d'Artigny, — et nous ne citons point les auteurs tels que Cicéron, Pline, Aulu-Gelle, Apulée. Lucien, Saint-Gérôme, Eusèbe, Saint- Thomas, et tous les Pères de l'Église, — après les ouvrages modernes de Sckhartshausen, de Harts, de Graham Dalyell, d'Enneinoser, de Soldan, de Parchappe, de Brecher, de Graesse, de Thomas Wright, de Gollin de Plancy, — le livre de Monsieur Genius, le plus complet, le plus exact, le plus ordonné, le plus parlait

entre tous La plus haute récompense était

due à Monsieur Aristide Genius, au persévérant chercheur qui n'avait eu jamais d'autre objet que la vérité, d'autre guide que le fait, d'autre passion que la science Magnifique ouvrage qui

contribuera, qui chaque jour contribue, qui déjà, on peut le dire, a contribué plus efficacement que toutes œuvres de propagande, à l'émancipation et au progrès de l'esprit humain.

Monsieur Aristide Genius sera considéré par

la postérité comme un des apôtres les plus illustres de la pensée libre, de la science positive, et de la vérité...

— Vous avez été un peu loin, dit Monsieur Genius, serrant la main de son collègue. Je ne puis accepter d'aussi éclatants éloges. Mais je suis touché par votre bienveillance...

Et, de ces éloges ému véritablement, Monsieur Genius, seul, songea ; alors, une pensée amère à en pleurer envahit son esprit, car il prévoyait que, tout à l'heure, fatalement, l'apôtre delà science, l'apôtre de la vérité, blêmissant d'une crainte enfantine et dérisoire et inavouable et stupide et maîtresse invincible de ses sens, rêvant confusément d'indistinctes formes menaçantes et crochues, dans le silence de la nuit, à la clarté tremblottante des bougies, au bas

LE DIABLE IIELKÉSLl'ODE

du lit en fer, il aurait peur, — dans la solitude glacée de sa chambre de vieux garçon, — se couchant, il aurait peur du Diable Helkésipode.

A Mademoiselle Augusta Holmt

LA FI Tl RE DÉMENCE

LA FUTURE DEMENCE

Est ce un accident, est ce réclusion tardive de germes héréditaires? —je sens, très clairement et très certainement, que je deviens fou. A vingt-deux ans, — après vingt-deux saines et calmes années, — je deviens fou, et je n'en puis douter.

Pour quoi le vain mystère, qui se devait fatalement dévoiler, de ma jeunesse ? — Il y a huit jours, je ne savais rien de ma mère ; mon père et la mère de mon père m'ont élevé ; et, quand je parlais de la mère que je n'avais jamais vue, on me disait qu'elle était morte, me mettant au monde; et l'on avait des façons de mensonge, que je ne comprenais pas, et qui m'inquiétaient. Mais je croyais que ma mère était morte.

Je connus la tromperie. Mon père reçut une lettre; j'étais là; je le vis pâlissant; et, m'étant approché, d'un coup d'œil je lus: on annonçait à mon père ceci, — que, subitement, sa femme venait de mourir.

LA FUTURE DÉMENCE

J'eus un cri; — ma mère venait de mourir...

hier, donc, elle vivait; on me le cachait; qu'avait on fait de ma mère ?... Au même instant, mes yeux allèrent vers l'entête imprimé de la lettre: «Asile d'aliénés, Ville-Evrard... » Ville-Evrard... Asile d'aliénés... elle était folle?..

Mon père me répondit, d'une voix basse, que ma mère avait été folle. Le mal l'avait prise peu après ma naissance ; on avait été forcé à la faire enfermer; on voulait que j'ignorasse le malheur.

Ainsi, ma mère avait été folle, vingt-deux années folle et enfermée, —je l'apprenais maintenant, n'ayant jamais baisé son front, ni souri à son regard, ni montré à son œil maternel le visage de son fils.

Nous partîmes pour Ville-Evrard. Je vis dans son cerceuil le visage de la morte; je crus reconnaître des traits que j'aurais connus en rêve. Et je pensai que j'étais la chair de la chair, le sang du sang, la vie de la vie de la morte et de la délaissée et de la folle, et que mon âme était née de cette âme, qui venait de mourir.

...Certes, personne n'a douté de la santé de mon esprit; raison, bon sens, sens pratique furent mes qualités; pas d'exaltation, pas d'emportements; je n'étais point sujet à me

frapper (Tune idée, point contemplateur; personne ne dira que je n'étais pas un homme comme tous, un de la foule, un quelconque bien ordinaire. D'où vient donc que, de puis huit jours, j'ai la sensation que ma raison s'égare? — La folie est héréditaire, dit on ; si j'allais devenir fou?...

Ma mère a été enterrée dans le cimetière de Ville-Evrard ; mon père était présent ; il nie paraissait non malheureux, accablé ; on eût dit que sur lui pesait un mauvais souvenir. La nuit suivante, j'ai revu la folle, dans mon esprit : j'étais veillant ; mes yeux grand ouverts ; et, dans le nocturne silence, je regardais vers un coin de l'obscure chambre: elle était là, comme dans son cercueil, pâle et paupières baissées. J'eus peur; et je fermai mes yeux: je la voyais encore; et je les rouvris: je la voyais encore; elle ouvrit les siens, et me regarda, longuement, et je sentis, comme un vague souffle, son esprit qui passait en mon esprit : son Ame descendait en mon à me.

0 ma mère, ma mère, ma mère ignorée ! as tu laissé, mourante, as tu laissé au fils que tu n'as pas connu, le sombre héritage de ton âme et de ton esprit? ton souffle est il ton legs mortuaire, et le patrimoine qui de toi doit me reve-

LA FUTURE DÉMENCE

nir. après cette chair que tu m'as faite, sera ce ta pensée, ô malheureuse folle? mourante, m'as lu légué, 6 mère, ta folie? — lors que je m'endormis, au petit jour, cette idée obsédait cruellement mon cerveau : si la folie était héréditaire, si j'allais devenir fou...

Ainsi fut cette nuit. Le lendemain, j'étais plus calme ; je travaillais, à l'ordinaire; mais, tout à coup, vers midi, comme je levais mes yeux. je vis, au travers de la fenêtre, derrière les vitres fermées, dans l'espace de la rue, le cercueil ouvert avec la mère couchée, pâle, et paupières closes : je délirais.

Vous voyez que je deviens fou. Car, en fin, voir des choses qui ne sont point, c'est être fou, n'est ce pas? et être poursuivi d'une image, hanté d'une idée, et délirer, n'est ce pas que c'est être fou?— Je voudrais connaître où je suis. — Il y a huit jours, j'étais l'homme le plus calme et sain; j'aurais ainsi été frappé, sans symptôme avant-coureur, tout d'un seul coup ?.. peut être que l'hérédité de la folie gisait endormie dans mes nerfs, — jusque l'éveillement.

Tantôt nous étions à table; ma mère était absente ; et de mon père la figure devenait sinistre, l'œil se fixait, diaboliquement moqueur;

le mal couvait son front ; et il regardait par des yeux méchants et pleins de crimes. Alors, j'eus l'idée de prendre mon couteau, et de frapper, en plein, ce visage maudit de mon père. Et je tendais ma main, lentement, vers le manche...

Oh ! tout serait achevé ; je n'aurai plus de pensée; je ne serais plus un homme ; je serai l'irresponsable, le sans jugement, et le sans volonté ; et je deviens cet être, puis que j'ai, veillant, de ces hallucinations, et puis que des desseins monstrueux vont en ma tète : il faudra m'enfermer, ainsi que la triste mère.

Que je me trompe, dites, prouvez, assurez... — Sentir le mal prendre son être, sentir sa raison tomber proie de l'erreur, et se suivre perdre l'esprit ; avoir la conscience de soi, devenir fou et le connaître; voir l'abîme en bas, et voir le ciel en haut; être sur la surface penchée; des-, cendre, et lutter, s'accrochant aux herbes et aux pointes de rocs ; et glisser, s'enfoncer, se fondre, s'engloutir, avec la conscience certaine de sa ruine : — pour quoi la folie ne me saisit elle point, invisible ennemie? pour quoi pas assez fou pour ignorer que je suis fou?., car c'est une anxiété, une horreur de vertige, assister à l'effondrement de son cerveau, et contempler, spectateur sans action, acteur impuissant à vou-

LA FUTURE DÉMENCE

loir, effarénlent, l'interminable drame do sa pensée qui, peu à peu. choit. — Être conscient,

voilà le supplice.

Que je me trompe, qui me dira ?.. j'ai raison: enceci, j'ai raison, que je sais que je perds ma raison; je ne m'abuse pas, me voyant devenir un jouet de l'illusion ; ma dernière vraie sensation est la sensation de mon hallucination; ma seule connaissance est la connaissance de ma folie, — par ce que je deviens fou, en pleine conscience.

LES HAWTISEfi

A Monsieur A. Lascoux

LA DÉMENCE PASSÉE

LA DEMENCE PASSEE

Oui ; mais une question est, qui gâte ce bonheur. Oui, je suis guéri ; mes médecins me l'ont affirmé ; mes amis tous m'en marquent leurs joies; moi, je sais mon esprit assuré ; je suis guéri; j'étais fou, je ne le suis plus; mais cette question est : où suis j e de ma vie ?

Oh î terrible passé où se sont embrouillés les jours mensongers de démence et les véridiques jours de la raison ! Entre ces crises de folie que je ne croyais pas, et les saines accalmies que, tremblant, je soupçonnais trompeuses, comment, en ma mémoire, faire le juste partage? quand était ce l'erreur, quand la vérité ? quand étais je fou, et quand ne l'étais je pas? les quels mes jours malades, et les quels non? quoi fut vrai, quoi fut faux? des souvenirs de ma vie, quels ceux, faux, que je dois rejeter, quels ceux, vrais, garder? — je me demande en vain: — où suis je de ma vie?

LA DÉMENCE PASSÉE

...Ma jeunesse fut calme: alors je n'étais pas encore fou... Mais si ce calme avait été une duperie?.. Cet amour, jadis, était réel; ces souffrances, ces joies, ces terreurs, réelles... Pour tant, j'en ai revu, des féminines images, et j'ai souffert des tourments amoureux, qui étaient hallucinations: je les voyais, ces images menteuses, et jeles souffrais, ces souffrances... Oh! qui sait si les premières ne furent pas hallucinations ; qui sait si les autres n'auraient pas été véritables ? Tout fut également senti, vécu également, de ma chair et de mcn cerveau ; alors, comment, aujourd'hui que je suis guéri, démêlerai je la vérité du mensonge en mon existence?

Un jour, — j'avais peut être vingt ans, — je vis une femme qui était belle, et dont l'œil était bon, et je l'aimai. Je lui parlai ; je lui dis qu'elle était aimée. C'était dans une chambre assombrie par des rideaux sourds, ennuagée de vapeurs où nageaient des haleines chaudes. Et elle s'affaissa dans mes bras, ranguissaniment ; mienne elle fut ; et nos amours durèrent, éternellement heureuses! encore sur mes lèvres j'ai le parfum de son baiser, et, dans mon âme, le parfum de son sourire ; car elle s'en est allée, m' aimant ; et elle a passé de la couche amoureuse en la couche de mort, souriante, belle, et bonne.

LES IIAXÏISKb

Un jour, — peut être que j'avais vingt ans, — je vis cette femme, belle, et dont l'œil était bon; j'allai pour lui parler; et, dans la chambre — sombre, vaporée et chaude — où je lui dis comme elle était aimée, je me rappelle, très bien, son rire méchamment moqueur, et la railleuse voix; et encore j'ai dans mes yeux, j'ai dans mon cœur la vision de la femme sans âme.

Cette femme ci est la même que celle là; la même femme est, que je me rappelle tendre, et que cruelle; et je la vois comme ceci, clairement, et comme cela, aussi clairement. Or, si l'une fut hallucination, l'autre réalité, — quand les souvenirs sont indistinctement pareils, comment connaîtrai je ce qui fut, de ce qui ne fut pas ?

Il faudra chercher de matérielles preuves : que sais je? des informations... comment j'ai vécu, de moi je ne dois pas croire; où fut ma vie, ce que j'ai agi, ce que j'ai aimé, ce que j'ai souffert, ce que je fus, à moi je ne dois pas consulter; les visions de la folie et de la santé se mélangent dans mon esprit; je ne suis pas un témoin digne de foi ; il faut d'autres enseignements; et, comme pour apprendre l'histoire d'un César quelque, j'irai, moi, étudier à l'histoire de moi, en des documents et en la mémoire des autres !

LA DÉMENCE PASSÉE

0 conscience, conscience de moi!., pour quoi, si, dans le passé, je ne puis séparer la sensation vraie et la sensation fausse, pourquoi ne suis je pas resté fou, ou pour quoi me rappelé je que lai été ?

Oui; je suis guéri; oui; mais je souffre une inexpiable angoisse, par ce que j'ai vécu, étant fou, desjours troublés et mensongers; et, puis que, conscient d'avoir été fou et d'être guéri, je dois demeurer en l'incertitude inéclairable du mien passé, — que m'importe, pour le calme de mon présent, — homme misérable,— si, maintenant, je ne suis plus fou !

LES HAXTISEi

A Monsieur Catulle Mendès.

LES PAROLES D'AMOUR

LES PAROLES D'AMOUR

Ils marchaient, les deux, dans la rue écartée et presque déserte de la ville, où l'ombre d'un soir estival descendait; — lentement, dans la rue assombrie, que traversaient de rares passants, indifférents ou affairés ; — enlacement, se regardant l'un l'autre, et songeant, tandis qu'il lui murmurait des paroles d'amour.

— Oh! le jour où elle lui était, parmi le vulgaire luxe du théâtre, apparue !... Lui/poète, sourd aux banales harmonies, distrait et pensif, ô visionnaire! tout à coup, il la vit, immobile, à coté de ses sœurs, devant son père, simple et douce, la radieuse enfant que gardaient son nom vénéré, sa richesse et sa virginité. — Oh ! les longs jours d'amour sans espérances, les attentes sous la croisée fermée, les écœurements des rencontres sans regards !... Des mois, il l'avait suivie, très loin, épiant ses yeux. — Oh!

LES PAROLES D'AMOUR

le soir, où traversant la place, tremblante et souriante, rose, elle avait passé près lui, si que ses blonds cheveux éparpillés avaient brûlé ses paupières... Elle l'avait marqué, ce jeune homme, qui, chaque jour, glissait en son soleil; et, sans doute, son enfantine curiosité de dixhuit ans se demandait, secrètement, quel était ce pâle rêveur; et sans doute qu'elle en souriait, doucement... Et, toujours, il voulait oser, n'osant jamais : il avait essayé parler au père : vaines visions!., affolé d'amour, il s'était approché vers elle, timide, guettant une heure propice, et se retirait, ne tendait pas la lettre préparée, la suppliante lettre pour un mot de compassion... Or, quand il eut osé ; quand elle, par l'irréfléchie pitié de son juvénile cœur féminin, fut venue en le jardin isolé; quand, sur le banc ombré, il eut pris ses doigts entre ses mains ; quand elle eut écouté ce jeune homme, — elle était tombée, palpitante, sur sa bouche, ayant entendu les paroles d'amour.

Oh! les paroles d'amour, les tout puissantes paroles d'amour ! que sont toutes les séductions, au prix de celles des paroles d'amour ! Vous aimiez: et vous passiez, non aperçu; votre intime amour, dans l'attente d'un regard, veil-

lait, solitairement, en votre Ame ; votre pensée ne s'envolait pas jusque le cœur de l'aimée ; et les flammes de vos désirs, pâles, se noyaient dans les transparences de ses yeux clairs. Parlez! les paroles troublent la chair de femme comme un fantastique tourbillon, et la boulversent, en ses subtiles fibres. Les paroles d'amour sont les mystérieuses invulnérables armes de l'amant.

Ellerignorante, ayant une fois écouté, rêveuse ainsi que l'on contemple les splendeurs d'un monde très nouveau, les ardentes paroles qui des masculines lèvres s'exaltaient avides de ses oreilles, — elle s'était, toute, prise à ces mirages, comme un enfant à des fantasmagories. Et, maintenant, elle marchait, pressés entre ses mains, lui donnant une heure, quelques minutes, de chaque jour, et ne vivant qu'en cet instant d'amour et pour cet instant. Elle trouvait, grâce aux mille ressources de son esprit de femme, des prétextes pour quitter la maison paternelle, avec sa gouvernante, rigide et sévère Anglaise, qui distamment suivait, muette confidente ; et, chaque fois, ils allaient, dansl'ombre des jardins publics, sous les arbres des boulevards déserts, — elle, ivre de volupté sereine, confiante et respectée; lui, perdu aux infinités de ses soûles PAROLES D'AMOUR

geries, oubliant dans les chastes caresses de ses cheveux, transfiguré.

— Restons, murmurait il, si doucement que sa voix flottait en les bruissements des feuillages du soir, — restons ainsi : dans ce regard de nos yeux; mêlons nos mains; ensemble, nous sommes ensemble ; je ne respire plus en ma bouche que votre haleine, et je me noie en votre étreinte, et je me sens effacé confusément, et mon âme, pendant votre embrassement, s'étend jusque les étoiles adorables du ciel. 0 ma vierge sans tache; ma douce belle femme, vous l'êtes ; je vous aime, et tu m'aimes, et vous êtes ma chose et ma pensée.

... A chaque des paroles elle tressaillait, et de longs frémissements erraient de sa naissante gorge aux fins muscles de ses doigts ; elle s'affaissait, alanguie, exténuée, dans ses bras, enfiévrée par les mots enchanteurs; elle se pâmait, éperdue d'amour, sur sa poitrine, comme si des lèvres du jeune amant tombait un suc, un parfum, une vapeur languide et mortelle, comme si une ivresse triomphante invincible, sur-naturelle, vaguement, en son cœur de femme expirait des paroles d'amour.

A Monsieur Stéphane Mallarmé

LE DHARANA

LE DHARANA

(« C'est l'opération de l'esprit appelée Dharana : l'esprit s'émancipant du monde, se iixe en la méditation de Vischnû ; alors l'esprit saisit une forme sensible de Vischnû; et, comme un feu flambant au vent embrase une herbe drue, ainsi Vischnû, sis sur son cœur, consume le Voyant. »

Un voyant fut Alexis Pranne, le Magicien.

Alexis Pranne, ayant eu son esprit fixé incessamment en la méditation d'une idée, vit, un jour, son idéal Vischnû.

La Magie. — Il ne faut rien dédaigner; il ne faut rire de rien: il faut tout contempler: la science vit au dehors du temps et du lieu : les chercheurs sont de tous les âges; la vérité se cache à quiconque ne la désire pas d'un amour

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