Les Harangues de l'exil
Quatre ans après, l'Université de Bruxelles me chargeait de lectures publiques destinées à réveiller le goût de la littérature française du dix-septième et du dix-huitième siècle.
Grâce à la bienveillance du public, aux encouragements de M. Tielemans, recteur, grâce surtout aux vieilles franchises communales consacrées par la Constitution belge et qui sont la racine de tout droit civil et politique, ces lectures se transformèrent peu à peu en conférences, le professeur succéda au
LES ÎURVNUUES. T. I.
lecteur et le discours personnel au commentaire.
Je donne aujourd'hui quelques-unes de ces conférences telles qu'elles ont été prononcées. Autant que je l'ai pu, j'ai conservé ou rétabli le texte de mon improvisation. Cette fidélité nuit au livre sous le rapport de la correction, de l'élégance, de la méthode; mais elle m'a paru un devoir : j'ai souhaité que mon style fût l'écho de ma parole et que l'écrivain , en moi, confirmât l'orateur.
Quant au but que je me proposais d'atteindre par ces harangues de l'exil , il est le but même de ma vie : j'ai voulu , dans l'art , dans la philosophie, dans l'histoire, dans les religions, enseigner la liberté, la dignité, la vérité, la bonté, en un mot la justice.
Vivant en un temps de capitulations et de sophismes, je me suis efforcé de préserver la bravoure de l'esprit et la probité de la raison.
Au milieu d'une société qui se débat entre les spectres du passé et les fantômes de l'avenir, prompte à se rengager dans le moyen âge