BRUTUS
Non, point de serments. Si la destinée des hommes, la souffrance de nos âmes, les abus de cet âge, si ce sont là des motifs faibles, rompons ici sans délai. Allons nous rendre à nos lits oisifs, laissons la tyrannie à l'œil hautain tirer le sort des hommes dans une loterie de mort, et les ravager jusqu'à ce que le dernier tombe. Mais si, comme je le sens, ces motifs portent un foyer de flamme dans le sein du lâche, et donnent la trempe du fer aux tendres cœurs des femmes, alors, compatriotes, quel autre aiguillon nous faut-il que votre propre cause pour nous exciter à faire justice ? Qu'avons-nous besoin d'autre lien, que de la parole de Romains unis, qui l'ont donnée et qui ne reculeront pas ? d'autre serment, que de la promesse de l'honneur à l'honneur, que le bien sera fait, ou que nous périrons pour lui? Jurez, vous, prêtres ; vous, hommes lâches et frauduleux ; vous, ruines de l'homme, débiles vieillards, âmes infirmes qui accueillez l'outrage. Qu'ils jurent dans la cause injuste, ces viles créatures dont les hommes suspectent la foi; mais nous, ne gênons point le libre ressort de nos courages, ne profanez point la vertu de notre entreprise, par l'idée que notre cause ou son exécution eurent besoin d'un serment. Chaque goutte du noble sang de Rome
a dégénéré dans les veines du Romain qui viole un seul mot de sa promesse, dès qu'elle est sortie de sa bouche.
Ainsi parle le descendant de Junius. — Dans le drame de Schiller, le dialogue des conjurés est vivant, pénétrant.
fiesque, allant au devant d'eux.
L'orage est en chemin ; les nuages se rassemblent. Marchez doucement; fermez à double tour.
VEBEINA.
J'ai fermé au verrou huit portes derrière nous ; le soupçon ne peut nous approcher à cent pas.
BOURGOGNINO.
Ici il n'y a point de traître, si notre crainte ne nous trahit pas.
EIESQUE.
La crainte ne peut passer le seuil de ma porte. Salut à celui qui est encore ce qu'il était hier. Prenez place. (//* s'asseyent.)
BOUEGOGNINO se promène dans la chambre.
Je ne m'assieds pas volontiers quand je pense à détruire.
FIESQUE
Génois, voici une heure mémorable.
VEBKINA.
Tu nous as dit de méditer un plan pour la mort du tyran ; interroge-nous, nous voilà prêts à te répondrr
FIESQUE
D'abord , une question qui peut paraitre étrange lorsqu'elle vient si tard. Qui doit tomber ? {Tous se taisent.)
bourgognino, s'appuyant sur le fauteuil de Fiesque, d'un air significatif.
Les tyrans.
EIESQTJE.
Bien dit, les tyrans. Je vous en prie, faites attention à toute l'importance de ce mot. Lequel, de celui qui paraît renverser la liberté, ou de celui qui a le pouvoir de le faire, est le plus tyran?
VEERIXA.
Je hais le premier, je crains le second. Qu'André Doria tombe.
calcagno, ému.
André, ce vieillard usé, qui après-demain peut-être paiera
son tribut à la nature?