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Les Harangues de l'exil

Vers l'année 1663, Boileau. Despréaux avait loué un petit appartement, au faubourg Saint- Germain, dans la rue du Vieux Colombier. Là ses amis se réunissaient deux ou trois fois la semaine, pour souper, et se communiquer leurs ouvrages. Les amis de Boileau, vous les connaissez : je vous en ai parlé souvent, et j'ai signalé cette amitié comme un des sentiments qui honorent le siècle de Louis XIV. — Là vous eussiez rencontré Chapelle, grand causeur, gai convive, grand buveur, parfait galant homme, moins fameux aujourd'hui que ses compagnons, en son temps plus aimable et plus fêté que pas un d'eux; Molière, esprit mélancolique, caractère généreux et tendre , éclatant de rire à la

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comédie, et souvent, trop souvent, pénétré do tristesse dans la vie commune; Racine, pleurant sur la scène, plus désolé que la plainte de Job dans ses tragédies, plus malin et plus alerte qu'un clerc de procureur dans les entretiens familiers ; laissant aux coulisses les lamentables accents de Phèdre et d'PIermione, apportant, rue du Vieux Colombier, la pimpante raillerie des Plaideurs ; Boileau , maître du logis , brusque, tranchant, d'une éloquence brève, incisive, honnête, l'éloquence du bon sens et du bon goût; enfin un cinquième, dont La Bruyère a tracé le portrait :

« Un homme paraît grossier, lourd , stupide ; « il ne sait pas parler, ni raconter ce qu'il vient « de voir ; s'il se met à écrire, c'est le modèle des « bons contes; il fait parler les animaux, les « arbres, les pierres, tout ce qui ne parle point : « ce n'est que légèreté, qu'éloquence, que beau « naturel et que délicatesse dans ses ouvrages. »

Celui-ci distrait, plongé en d'interminables rêveries; tantôt silencieux, tantôt pensant tout haut; le plus souvent relégué en un coin, et comme étonné d'avoir des amis de tant d'esprit, surnommé par eux le bonhomme, objet de leur.^

amicales satires, sorte de plastron bien-aimé de leurs boutades, inspirait à Molière le mot suivant : « Nos beaux esprits ont beau se trémousser, disait-il un jour à Descoteaux au sortir de la table, ils n'effaceront pas le bonhomme. » Bonhomme, en effet, si l'on entend par là le meilleur cœur, et le plus sincère, joint à l'esprit le plus fin et le plus délicat ; bonhomme , si la bonhomie est considérée comme la parure négligée, le sans-façon attrayant d'une pensée qui creuse et d'une observation qui se dérobe.

« Il ne faut pas non plus, écrit M. Geruzez , « se méprendre sur le nom de bonhomme donné « à La Fontaine. Cette bonhomie qui lui demeure « désormais comme trait principal de sa phy- « sionomie, n'exclut ni la finesse réfléchie, ni la « malice instinctive qui firent de lui un sati- « rique sans lui enlever la bonté, ni cette puis- « sance de méditation solitaire qui élève cet « homme simple et naïf au rang des philoso- « phes. Il est bon aussi de démêler l'art qui se « dérobe sous le naturel et l'abandon de ses dé- « marches. Au milieu et à l'aide même de ses « distractions et de ses rêveries, il poursuivait « avec l'adresse et la persistance d'un enfant, le

« dessein d'échapper aux entraves que la tyran- « nie du monde aurait mise à son indépen- « dance. Le privilège de grande enfance qu'on « lui accordait, et dont on s'amusait, en appa- « rence, à ses dépens, profitait à son bien-être, « aux caprices de son humeur, aux libres allures « de son génie. Sur ce pied, on lui passait toutes « ses fantaisies, on le choyait, on ne lui deman- « dait que d'être heureux, et c'est aussi ce qu'il - voulait. »

Un jour, le frère de Boileau, docteur en Sorbonne, se met à disserter sur saint Augustin. Éloge pompeux de l'évêque d'Hipponne, attention religieuse de l'auditoire, approbation générale, rien ne manque au panég}Tique ; tout à coup seveillant en sursaut d'une songerie que l'on prenait pour de l'admiration, « Docteur, dit La Fontaine avec un grand sérieux, croyez-vous que saint Augustin eût plus d'esprit que Rabelais? r> Une autre fois, comme il était tout ochauffé de la lecture de la Bible : « Avez-vous lu Baruch, criait-il à tout venant, avez-vous lu Baruch? C'était un beau génie! » — Un matin , madame de la Sablière laisse le rêveur assis sur un banc, au pied d'un arbre; elle l'y

retrouve le soir, immobile, l'œil perdu dans une sorte de contemplation interne. « Il pleut! » lui dit-elle. « Ah! vraiment? *> — Ainsi, messieurs, La Fontaine poursuivait partout son idée; vivait en elle et pour elle ; non à cause de cet orgueil d'auteur familier à la plupart des beaux esprits et qui les concentre sans cesse sur leur oeuvre, mais parce que son idée c'était lui-même; il pensait comme il vivait, au hasard, nonchalamment, en proie à mille caprices, écolier de la muse, page de la fantaisie, chevalier errant des songes et des chimères. — Aucun écrivain n'est plus humain que La Fontaine; je veux dire par là que nul ne me paraît plus semblable aux autres hommes. Il est leur frère. Cette nature double que l'on remarque chez les autres génies, en La Fontaine est simple : il n'y a pas d'un côté l'homme, le bourgeois, mon égal et le vôtre; de l'autre côté, l'artiste, le penseur, le maître. Non ; l'âme de La Fontaine et son talent sont même chose ; on peut dire que sa vie est la sœur jumelle de sa pensée.

« Un homme ordinaire, dit Champfort, qui * aurait dans le cœur les sentiments aimables , a dont l'expression est si intéressante dans les

ï ) HARANGUES DE L EXIL.

- écrits de La Fontaine, serait cher à tous ceux ^ qui le connaîtraient; mais le fabuliste avait

- pour eux (et ce charme n'est point tout à fait -• perdu pqur nous) un attrait encore plus pi- -• quant : c'est d'être l'homme tel qu'il paraît •• être sorti des mains de la nature. Il semble <■; qu'elle l'ait fait naître pour l'opposer à l'homme « tel qu'il se compose dans la société , et qu'elle

- lui ait donné son esprit et son talent pour « augmenter le phénomène et le rendre plus re- •• marquable par la singularité du contraste. Il « conserva, jusqu'au dernier moment, tous les « ^oûts simples qui supposent l'innocence des •• mœurs et la douceur de l'âme ; il a lui-même •• essayé de se peindre en partie dans son roman •• de Psyché, où il représente la variété de ses •• goûts, sous le nom de Polyphile, qui aime les

- jardins, les fleurs, les ombrages, la musique, •• les vers, et réunit toutes les passions douces a qui remplissent le cœur d'une certaine ten- •• dresse. »

Il naquit à Château-Thierry, le 8 juillet 1621, de Charles de La Fontaine , maître des eaux et forêts, et de Françoise Pidoux, fille du bailli de Coulommiers. Que vous dirai-je de son entance?

Elle s'est écoulée librement au sein de la mère nature ; il s'est abreuvé du lait de cette nourrice éternelle; nulle gène, nulle pédagogie; le délicieux vagabondage des enfants, loin des pensums et des férules; il a couru a travers champs et prés, comme autrefois Virgile dans les campagnes de Mantoue, comme jadis Michel Montaigne, emmi le domaine paternel; comme plus tard J.-J. Rousseau, au pied des Alpes, et Bernardin de Saint-Pierre aux bords de la mer harmonieuse. Après une éducation imparfaite, au point de vue du monde, de la science et des lettres, mais que la liberté agreste avait entouré de mille soins et de mille caresses, La Fontaine, émerveillé de quelques livres de piété que lui avait prêtés M. Héricart, chanoine de Soissons, se crut appelé à la vie monastique; mais là, comme ailleurs, il y a peu d'élus. « Entré à l'Oratoire, par désœuvrement, il en sortit bientôt par ennui. » Son père le maria à mademoiselle Héricart, fille d'un lieutenant au bailliage de la Ferté-Milon, et pour dot lui céda sa maîtrise des eaux et forêts. La Fontaine avait vingtsix ans; il conserva durant vingt années le titre de maître des forêts, sans remplir aucun des

devoirs de sa charge, à moins que vous ne mettiez au nombre de ceux-ci les promenades sous les arbres , le long des ruisseaux et sur la lisière des bois. Je puis en dire autant de son mariage, presque aussi vite oublié que conclu. Il oublia non seulement le mariage, mais la femme, et vous savez tous que Racine et Boileau l'ayant vivement pressé de la reprendre, il se mit en route pour Château-Thierry, dans cette pieuse intention, s'arrêta deux jours chez un ami hospitalier, revint seul à Paris, et répondit aux questions de ses deux amis : « mademoiselle de La Fontaine? Je n'ai pu la voir; elle était au salut. » Loin de moi l'intention de justifier cette impardonnable négligence, que rien ne saurait justifier; non rien, pas même le goût de mademoiselle de La Fontaine pour les romans, comme il appert de ce passage d'uce lettre de son mari :

« Vous ne jouez, ni ne travaillez, ni ne vous « souciez du ménage ; et horc le temps que vos « bonnes amies vous donnent par charité , il n'y « a que les romans qui vous divertissent. Vous « avez lu tant de fois les vieux, que vous les sa- « vez ; il s'en fait peu de nouveaux , et parmi ce

« peu, tous ne sont pas bons; ainsi vous demeu- «■ rerez souvent à sec. »

Le ton de l'épître est cassant, par trop conjugal. — A dater de sa séparation, notre poète passa presque tout son temps à Paris, ne revenant au domaine natal que pour en vendre quelque lopin, afin sans doute de mériter cette épitaphe qu'il se décerna à lui-même :

Jean s'en alla comme il était venu, Mangea le fonds avec le revenu, Tint les trésors chose peu nécessaire ; Quant à son tems, bien le sut dispenser ; Deux parts en fit dont il soûlait passer L'une à do'rmir, et l'autre à ne rien faire.

A Paris, il logeait chez madame de la Sablière qui eut, dit-on, pour cet enfant de génie toutes les complaisances et les racheta par une sollicitude maternelle. Devenue pauvre, vendant son mobilier : « J'ai tout vendu, disait-elle, je « n'ai gardé que mon chien, mon chat et LaFon- « taine. » C'est sous les allées du jardin de cette aimable et charitable hôtesse que La Fontaine rêvait à ses fables, à ses contes ; c'est là qu'il jouissait sans en rien dire, et sans remercier

autrement que du cœur, des deux bienfaits les plus doux pour un écrivain : loisir et liberté, comme disait au seizième siècle Bonaventure Desperriers, l'auteur du Cymbalum mundi, l'ami de Clément Marot. Loisir et liberté, ces deux mots pourraient servir d'épigraphe aux œuvres du fabuliste ; toute sa vie il n'aima, ne chercha, ne vanta que ces deux inspirateurs de sa muse. Combien j'en connais qui sans relâche travaillent, s'épuisent à enchanter le monde, dépensent leur âme pour les plaisirs d autrui, et jamais, jamais ne conquièrent la liberté ni le loisir. Combien j'en ai vu, dans l'histoire des lettres, depuis Dante jusqu'à Gilbert! Combien il en est encore, messieurs, qui meurent à la peine, et dont la tombe est ignorée ! Après la mort de son amie, La Fontaine promenait par les rues son abandon, son isolement et ses regrets; il rencontra M. d'Hervart, un ami de madame de la Sablière : « Mon ami, lui dit ce galant « homme, vous avez perdu votre asile ; j'allais « vous offrir de venir chez moi. » — « J'y allais, » répond le poète. 0 mot attendrissant! ô parole sortie du plus profond du cœur! ô sainte confiance de l'amitié! sublime indiscrétion d'une

a me qui s'abandonne ! La Fontaine est là tout entier, il respire, il vit, il est vivant. N'est-ce pas lui qui, lorsque vous êtes triste, accablé, lorsque l'isolement vous glace, lorsque le découragement vous énerve, n'est-ce pas lui, en vos heures d'incurable tristesse, qui, souriant, vous offre son livre immortel? « Lis, pauvre ami « blessé ; que mon livre soit ton asile ! » — « J'y « allais! » Qui de vous n'a répondu ce mot ineffable et charmant? — Pour moi, je sais le chemin de cette chaumière couverte de mousse et de fleurs, et si vous voulez, nous irons ensemble. — Laissez-moi vous y conduire par les verts sentiers de sa vie et par le chemin de sa mort. A vingt-deux ans il n'avait encore donné aucun signe du penchant qui devait bientôt l'entraîner vers la poésie. Un officier, en quartier d'hiver à Château-Thierry, lut un jour devant lui, avec une emphase oratoire et soldatesque, l'ode de Malherbe sur la mort du roi Henri IV :

Que direz-vous, races futures, Si quelquefois un vrai discours Vous raconte les aventures De nos abominables jours ?. . .

O soleil ! ô grand luminaire !

Si jadis l'iiorreur d'un festin, Fit que de ta route ordinaire Tu reculas vers le matin, Et d'un émerveillable échange, Te couchas aux. rives du Gaiige; D'où vient que ta sévérité, Moindre qu'en la faute d'At réc Ne punit point cette contrée D'une éternelle obscurité?...

Voilà le jeune amant des forêts, des mousses, voilà le rêveur assis au pied des chênes qui se met à apprendre Malherbe par cœur, et s'en va déclamant ces strophes aux échos étonnés des bois de Château-Thierry. De ce jour, sa vocation s'éveille. Ce coin de la Champagne voir éclore un poète, le premier peut-être depuis Chrestien deTroyes. La Fontaine dévore les auteurs à la mode; en vrai provincial, il choisir les héros du mauvais goût, s'efforçant d'ajuster son naïf esprit sur le bel esprit de Benserade et de Voiture ; Malherbe l'enchante, le ravit :

« Je pris certain auteur autrefois pour mon maître, Il pensa me gâter. «

Bientôt désillusionné de ces faux brillants, dégoûté de cette creuse mélodie, il se retourne, avec une sorte de divination filiale, vers ses véritables ancêtres : Marot, Rabelais, Montaigne , le seizième siècle tout entier. « La Fon- « taine, écrit M. de Sainte-Beuve, a été, sous « Louis XIV, le dernier et le plus grand poète « du seizième siècle. » Il se plait aux Contes de Marguerite de Navarre, de celle que François Ier appelait : ma mignonne, ou la Marguerite des Marguerites. Alors murmure en lui la voix mystérieuse des fées des vieux fabliaux; alors il se fait le compagnon des Amadis, des Roland, des Arthur et des Beaumanoir; la vallée de Roncevaux le connaît, la Table ronde le reçoit ; il se berce sur les ailes de la Légende. « Si Peau d'âne - m'était conté, j'y prendrais un plaisir extrême,» il isait-il plus tard. A Marot il emprunte sa grâce, sa naïveté, sa malice; à Rabelais il prend son grand cœur et sa bonté puissante; à Montaigne il dérobe son nonchaloir (je n'ose dire ce 'qu'il retient de Brantôme et de Marguerite). Mais ce n'est pas seulement la France qui lui sert de maîtresse et d'inspiratrice. L'Italie, l'Espagne, l'antiquité; Boccace, Arioste, Cervantes, Vir-

gile, Horace, il est le familier de ces génies, le fils de ces contrées :

J'admire FArioste, et j'estime le Tasse, Homère et sou rival sont mes dieux du Parnasse. Plein de Machiavel, entêté de Boccace, J'en parle si souvent qu'on en est étourdi; J'en sais qui sont du nord et qui sont du midi.

Il appartient au seizième siècle, non seulement par cette franchise d'allure, cette verdeur de sentiments, cette ingénuité qui caractérisent les esprits de la renaissance ; non seulement par son amour païen des beautés naturelles, signe glorieux des peintres, des sculpteurs, des poètes de ces temps bénis, caractère commun à Ronsard et à Raphaël, à Joachim du Bellay et à Rubens, à Rabelais et à Michel-Ange; il lui appartient par la forme, par la langue, originale, souple, sonore, savoureuse, primesautière. Michel Montaigne l'appelle son fils; le curé de Meudon trinquerait avec lui sous ses treilles ; La Boétie se reconnaîtrait à cette chaleur d'amitié. Autour d'eux, les voyez-vous se grouper ces amis lointains que je nommais tout à l'heure : Boccace, Arioste, Machiavel, Cervan-

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tes? 0 la docte et poétique compagnie! quelle me semble riche et hospitalière cette maison de Château-Thierry, et comme en ce logis modeste ces hôtes sont accueillis! — J'aperçois sur le plus proche rayon de la bibliothèque un Plutarque in-folio, lecture favorite du poète ; puis le doux, le pénétrant Virgile ; Platon qui verse de son âme lumineuse une morale si pure qu'elle semble divine; la Bible; les contes et les fables de l'Orient. Ici l'Asie et l'Europe se donnent la main ; ici l'antiquité se penche sur la renaissance qui, levant ses yeux baignés d'humides étincelles, l'embrasse et lui dit : « Ma mère ! -> — Laissez que je contemple un instant ces radieux fantômes ; et pendant que les courtisans de la fortune et de la force se courbent sous le succès des vivants, ah! messieurs, ramassons la cendre de ces morts, enivrons-nous de leur mémoire, et que leur souvenir nous charme et nous console! C'est là que gît la véritable richesse. Le reste est chimérique : Victoire, honneurs, crédit, opulence, dignités, tout tombe, tout s'en va, tout disparaît. « Tout branle et nous quitte « et fuit d'une fuite éternelle! » Il n'y a de réel et de durable que l'esprit de l'homme. Que

d'autres adorent les faux dieux! Je ne veux révérer que les Dieux de la pensée humaine!...

Nourri et formé à leur école, La Fontaine publia à quarante-sept ans son premier recueil de fables choisies mises en vers. Il avait débuté par une traduction de Térence : l'Eunuque, remarquable par la préface où le comique latin est jugé sainement.

Puis il s'était essayé dans de petits poèmes : Adonis, le Songe de Vaux; dans les ballades, les odes, les élégies, cherchant sa voix, interrogeant ses inclinations, son aptitude, un peu hésitant, et, suivant la pittoresque expression de M. de Sainte-Beuve : « Dépensant son génie, * comme sa fortune, sans savoir comment, et - au service de tous. » Paresseux d'ailleurs, indolent; ou plutôt fantasque; semblable à la plupart des artistes, composant à ses jours, à son heure, attendant l'inspiration. — Quelquesuns, par un âpre vouloir, forcent la fugitive déesse à demeurer à leurs côtés; d'autres la suivent et la pourchassent ; elle, plus coquette que Galathée, se dérobe sous les saules : fugit ad salices. Les premiers sont ses maîtres; les seconds me paraissent ses amoureux esclaves.

C'est parmi ceux-ci qu'il faut ranger La Fontaine dont la paresse avait besoin d'être surmontée par une douce violence.

Mais de l'année 1668 à l'année 1693, il ne s'arrêta plus. La muse n'a abandonné son enfant gâté que deux ans avant sa mort, lorsque Mlle Ninon de Lenclos, avec une érudition un peu suspecte, mais sûre d'elle-même, écrivait à Saint -Evremond, réfugié en Hollande : « Sa tête est bien affaiblie. C'est le « destin des poètes. Le Tasse et Lucrèce l'ont « éprouvé. »

La Fontaine mourut le 13 avril 1695. Il s'était converti, et j'ose dire que Dieu devint son ami.

— « Non, monsieur, disait au diacre, Mr Pou- « get, la gouvernante du moribond, non, inon- « sieur, le bon Dieu n'aura pas le courage de

- le damner. »

« La Fontaine n'est plus, et avec lui ont dis- « paru les joies folâtres, les jeux badins, les « grâces naïves et les doctes Muses. Pleurez, * vous tous qui avez reçu du ciel un cœur et un k esprit capable de sentir tous les charmes d'une •< poésie élégante, naturelle et sans apprêt; il « n'est plus cet homme à qui il a été donné de

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« faire préférer la négligence même de l'art à sou poli le plus brillant! Pleurez donc, nour- ■ rissons des Muses, ou plutôt consolez-vous! » La Fontaine vit tout entier et vivra éternelle- •• ment dans ses immortels écrits. »

C'est en ces termes que Fénelon regrettait le bonhomme. Cet hommage est rendu par le plus mélodieux, le plus élégant des prosateurs, au plus délicat des poètes. Quoi! Fénelon, le précepteur d'un duc, un évêque! il ose vanter l'auteur de Joconde et de Belphégor! Je me persuade que cet éloge chaleureux s'adressait plutôt à l'auteur des Fables. D'ailleurs, par une sorte de pudeur épiscopale, il est écrit en latin. Lugete, vénères, cupidinesque! écrivait P. L. Courier sur le socle à moitié brisé d'une statue romaine; pleurez, amours! plaisirs, pleurez! Ne se souvenait-il pas des larmes poétiques que versa l 'évoque sur la tombe du fabuliste l Et lorsque Fénelon promet à La Fontaine l'immortalité, fait-il autre chose que devancer le jugement des :lesd

En effet, messieurs, par un rare privilège qu'il partage cependant avec quelques anciens, l'ami de madame de la Sablière, de M. d'Hervart ,

l'ami de Racine, de Molière, de Chapelle et de Boileau, me paraît aussi l'ami de la postérité. L'admiration est trop froide, elle se tient à trop grande distance ; la vénération est trop chargée de mysticisme; l'estime est trop calculée, trop prude, trop grande dame, elle n'a point assez d'abandon ni de grâce : l'amitié qui respirait dans son âme à la fois insouciante et tendre, qui fleurit depuis les beaux jours de son enfance jusqu'aux derniers soleils de sa vieillesse; cette noble et pure passion qui germe au sein de l'égalité ; la sainte, la cordiale, la discrète amitié, voilà le sentiment qu'inspire sa mémoire; pendant que nous nous inclinons devant les autres grands hommes, pendant que nous contemplons sur les poétiques sommets baignés d'une lumière vague leurs figures de demi- dieux, nous causons chaque jour avec La Fontaine, comme avec le génie familier et protecteur du foyer domestique. Celui-là aussi est un grand homme, mais en même temps notre égal. Eh! qui sait? plus d'un peut-être le regarde de haut, comme ses amis de la rue du Vieux-Colombier... Sa renommée n'offusque personne. Il semble que chacun en ait sa part, comme d'un héritage

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commun. C'est notre propre fonds que nous mangeons avec celui de La Fontaine.

Sa gloire est certainement et avant tout une gloire française ; mais comme elle se compose de rayons surpris au hasard, à l'aventure, un peu partout, à la bonne fortune de son caprice et de ses lectures, les étrangers la constatent et la proclament sans nous l'envier. — Moi, dit l'Angleterre, il m'a pris mon humour fantasque, capricieuse, parfois profonde; Shakespeare y reconnaît Falstaff et le Songe d'une nuit d'été : la féerie et le drame. Moi, dit l'Allemagne, il m'a emprunté ma rêverie, ma candeur, la virginale innocence, la fraîcheur de mes jeunes filles et de mes vieilles forêts, la franchise de mon cœurgermain. Moi, dit l'Italie, il m'a ravi mon rire étincelant, ma verve inépuisable, la malice du Pulcinello, l'éclatante beauté de mes paysannes, la flamme de mon soleil : Arioste et Boccace sourient dans un coin à côté de Machiavel qui rêve. Moi, dit l'Espagne, c'est moi qui lui donnai le goût des contes, des romanceros, des aventures; ne suis-je pas fille de l'Arabie, du pays enchanté des songes? Moi, dit l'Asie ruisselante de lumière, il a, d'une main hardie,

1 v FONTAINE.

enlevé à 1 ecrin de mes fables ses perles iines et ses diamants ; Pilpay a fourni ses matériaux à ce lapidaire. — Ainsi chacune d'elles se revendique et s'applaudit dans un des traits du génie de La Fontaine. Cependant, cachée sous les ormes, la nourrice nature : « vous l'avez enrichi, dit-elle, souriant de leur naïf orgueil, mais moi je l'ai formé. » — Il a cette fortune d'être aimé de l'autre côté des Alpes, du Rhin, de la Manche et des Pyrénées. Merveilleuse destinée d'un poète qui s'envole par delà les frontières de sa patrie, s'abat en chantant, comme un oiseau voyageur, sur les plages lointaines, et partout rencontre un nid aussi doux que le nid maternel.

Même en son pays, où nul n'est prophète, il a mis d'accord deux races ennemies : les critiques et les poètes. Ceux-ci, gens irritables, lorsqu'ils s'essaient aux genres qu'il a illustrés, s'agenouillent devant ses reliques, commencent par demander pardon de la liberté grande; après quoi, ils l'invoquent, et lui, semblable à un vieux saint narquois : « Allez, dit-il, bonnes gens, « Dieu vous garde ! » — Nul ne l'a fait oublier, nul n'a pu ravir son secret à ce confident des

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Muses. Il est en possession d'une royauté paisible, il demeure le saint du pèlerinage ; et si, de fortune, quelques-uns de ces dévots du conte et de la fable, reviennent chargés de coquilles brillantes et nouvelles, je m'assure qu'elles sont tombées du manteau de La Fontaine.

Les critiques? Les plus acerbes, les plus acharnés sur la renommée des vivants et sur la gloire des morts, en face du fabuliste s'arrêtent, hésitent, lui tendent la main. 0 miracle! ils deviennent indulgents : on dirait que sur ces loups, il a jeté la peau de ses agneaux. — Mais le diable de la satire n'y perd rien, et se revanche ailleurs.

Au grand Corneille, il reproche son enflure espagnole, ses tirades déclamatoires, ses héros surhumains, la sécheresse de ses profils de femmes aux traits arrêtés, accusés, sans ces nuances, cette morbidesse, cette transparence de couleurs en quoi consiste leur principale beauté.

* Pourquoi s'est-il soumis aux régies de la « poétique d'Aristote? » s'écrie un audacieux. Quels chefs-d'œuvre n'eût pas enfanté ce génie robuste débarrassé des langes dans lesquels il

étouffait ( Quel peintre que celui d'Horace , d'Auguste, de Pompée, de Rodogune et de Sertorius! Ne devinez-vous pas les admirables tableaux, les toiles aux vastes horizons, les fresques puissantes et magistrales que son pinceau eût tracés, si sa main n'avait été asservie par le joug- d'une école? La France aurait eu, en Corneille, un émule de Shakespeare, un précurseur et un maître de Goethe et de Schiller. Par lui, le Théâtre-Français pouvait être agrandi; la tragédie aurait été transfigurée. L'âme antique se serait développée librement sur une scène libre; nous eussions reconnu et salué dans le vers cornélien l'esprit de Sophocle, d'Euripide et d'Eschyle. L'audace shakespearienne unie à la sérénité de la Grèce ; la pureté et l'éloquence d'un style antique mêlées à la flamme des passions modernes; la fatalité païenne se débattant et mourant sous l'étreinte de la liberté morale; la grandeur épique des héros tempérée par un sentiment plus réel de la vie; les noms de la légende nationale substitués aux noms romains; la tradition de la patrie française restaurée; l'ampleur du drame débordant les exigences de l'Art poétique; l'inspiration, la fantaisie, victo-

rieuses de la discipline, désertant la cage des règles et déployant leurs ailes avec magnificence au dessus de Boileau stupéfait; quel tableau ! Et pourquoi faut-il que le grand Corneille n'ait pas tenté l'entreprise?

« Elle eût déshonoré son génie, » réplique un conservateur. « Cette règle qui offusque les esprits médiocres, cette discipline malséante aux intelligences capricieuses qui sont le plus souvent des intelligences vulgaires, ces lois conviennent aux âmes bien trempées dont elles doublent la force en la concentrant. Le propre du génie français, c'est de se mouvoir avec majesté et avec grâce dans le cirque olympique du bon sens et du bon goût, libre même au sein de la servitude. Corneille, affranchi de la règle, écrivait Mélite, le Menteur, la Toison d'or; soumis au frein, il créait Cinna, Polyeucte, Pompée. » Ainsi dissertent les aristarques. — A Racine, n'avez -vous pas, vous-mêmes, reproché les pleurs dont ses drames sont sans cesse baignés et amollis? Les Achille, les Pyrrhus, les Britannicus et les Hippolyte, ne sont-ils pas, à vos yeux, parents, non des héros ou des empereurs anciens, mais des marquis modernes? descen-

dus, non des rois de Scyros, ou des Messaline, mais de quelque chevalier égaré dans les romans de Scudéry ou de la Calprenède? non pas fils des dieux, mais des grands seigneurs de l'Œil de bœuf, et cousins-germains de MM. de Ouiche et de Lauzun? Versailles est le palais des Atrides , Agamemnon cache Louis XIV, Junie et Bérénice laissent deviner sous leurs pudiques voiles, un peu relevés, mademoiselle de Fontanges ou mademoiselle de la Vallière.

Entin, Despréaux lui-même, surtout Despréaux, combien de critiques il a endurées, sans compter celle que je lui ai fait subir!

Pour La Fontaine, au contraire, la discussion se tait, la satire avorte. Fantaisie, caprice, négligence, prosaïsme, sans façon, laisser-aller, esprit flâneur, désinvolture à l'avenant, on lui passe tout. — Voltaire dit : « Le plus simple des « hommes, mais admirable dans son genre. » — La Harpe dit : - Le plus original de nos écri- « vains en est aussi le plus naturel. Il ne compose « pas, il converse, il raconte, il est persuadé, il •< a vu; c'est toujours un ami qui s'épanche, qui « se trahit; il a toujours l'air de vous dire son « secret, et d'avoir besoin de vous le dire. »

M. Nisard : « Le goût, cette conscience de

• l'esprit, est peut-être sa qualité la plus émi-

• nente. »

Boileau : « Tout ce qu'il dit est simple et na-

• turel; et ce que j'estime surtout en lui, c'est

• une certaine naïveté de langage que peu de •• gens connaissent, et qui fait pourtant tout

• l'agrément du discours. — Ces sortes de benu-

- tés sont de celles qu'il faut sentir et qui ne se

- prouvent point. C'est, ce je ne sais quoi, qui « nous charme, et sans lequel la beauté même <■-■ n'aurait ni grâce, ni beauté. »

Champfort : « Si jamais on a senti à quelle

- hauteur le mérite du style et l'art de la eom- « position pouvaient élever un écrivain , c'est » par l'exemple de La Fontaine. Il règne dans la -• littérature une sorte de convention qui as- « signe les rangs d'après la distance reconnue « entre les différents genres, à peu près comme ■ l'ordre civil marque les places dans la société

- d'après la différence des conditions ; et quoi-

- que la considération d'un mérite supérieur

- puisse faire déroger à cette loi, quoiqu'un écri-

• vain parfait, dans un genre subalterne, soit » souvent préféré à d'autres écrivains d'un genre

- plus élevé, et qu'on néglige Stace pour Tibulle,

- ce même Tibulle n'est point mis à côté 'le Vir-

• aile. La Fontaine seul, environne' d'écrivains

- dont les ouvrages présentent tout ce qui peut » réveiller l'idée de génie, l'invention, la combi- -• naison des plans, la force et la noblesse du

- style, La Fontaine paraît avec des ouvra

-• de peu d'étendue, dont le fonds est rarement à « lui, et dont le style est ordinairement familier;

- le bonhomme se place parmi tous ces écri-

• vains*, comme l'avait prévu Molière, et cou-

- serve au milieu d'eux le surnom d'inimitable.

- C'est une révolution qu'il a opérée dans les -• idées reeues, et qui n'aura peut-être d'effet que •• pour lui; mais elle prouve au moins que,

- quelles que soient les conventions littéraires

• qui distribuent les rangs, le génie garde

•• place distinguée à quiconque viendra , dans

- quelque genre que ce puisse être, instruire et

- enchanter les hommes. Qu'importe, en effet,

- de quel ordre soient les ouvrages, quand ils

- offrent des beautés de premier ordre ; d'autres » auront atteint la perfection de leur genre, « La Fontaine aura élevé le sien jusqu'à lui. -

La Fontaine échoppe à la fois aux assauts des

romantiques, aux éloges des classiques. Je veux dire que les premiers, même aux temps les plus vifs de leur croisade, ont baissé devant lui la pointe gothique de leur lance de paladins; ei que les seconds, en leur ferveur, ne l'ont pas enterré pour jamais sous leur admiration discoureuse. Le mot de Fénelon est vrai : « 11 « vivra éternellement dans ses écrits immor- « tels! » Pareil à Horace, dont il eut la facile humeur, il a bâti un monument plus durable que l'airain : ni les vents, ni l'orage de la grande mêlée littéraire de ce siècle, ni la sécheresse des panégyriques n'ont fané son laurier toujours vert comme le laurier de Virgile.

Seul, parmi les critiques convaincus et honnêtes — (car je ne parle pas de ces libellistes pieux, qui excommunient La Fontaine, Molière, Voltaire, et versent sur tous ces illustres leur encre bénite empoisonnée), — seul, avec plus de courage que de goût et de justice, M. de Lamartine, dans son cours familier de littérature :

« La Fontaine, selon nous, est un préjugé de « la nation. Le caractère tout à fait Gaulois de * ce poète lui a fait trouver grâce et faveur dans « sa postérité, gauloise comme lui, malgré ses

- négligences, ses immoralités, ses iinperfec- « tions et ses pauvretés d'invention. Celui-là est « un imitateur, ou plutôt un traducteur sans « scrupule de tout ce qui lui tomba sous la

- plume. Il n'y a pas, d'après les commentateurs •• les plus fanatiques de ce plagiaire amnistié à » si bon marché, une seule de ses fables, ni un

- seul de ses contes qui lui appartiennent. On

- dit : « Mais ces fables lui appartiennent par « droit de conquête et de naturalisation, par

- son génie. » Nous ne voulons pas trop con- « tester ce prétendu génie. C'est le génie de

- l'incurie, de la puérilité et de la licence. La

- routine l'honore et l'indulgence lui pardonne. •■ Mais la grande poésie ne le comptera jamais

- au nombre de ses poètes séculaires. Al'excep-

- tion de quelques prologues courts et vérita-

- blement inimitables de ses fables, le style en « est vulgaire, inharmonieux, disloqué, plein

- de constructions prosaïques. Ce ne sont pas « des vers, ce n'est pas de la prose, ce sont des

- limbes de la pensée... On l'a appelé le vieil •• enfant de son siècle. La Fontaine, en effet, -• est l'enfant de notre littérature, mais c'est un •• enfant vicieux. »

Messieurs, je ne puis lire cette critique acerbe, injurieuse pour la mémoire de l'homme, autant que pour la gloire du poète; je ne puis ndre ces rudes épithètes de plagiaire, de génie de l'incurie et de la licence, d'immoral, de traducteur sans scrupule et d'enfant vicieux; je ne puis voir le poète séraphique de Laurence et à'Elvire descendre à ce ton d'invective et mettre à sa lyre d'archange cette corde d'Archiloque, sans exprimer un vœu : « Que l'avenir soit plus juste pour lui qu'il ne l'a été lui-même pour La Fontaine! Que son laurier croisse en paix! Que la postérité le venge de l'oubli où il est tombé! Que le seul souvenir de sa véritable grandeur demeure parmi les vivants ! et que nul ne fasse expier à l'auteur de Jocelyn, des Recueillements poétiques et de la Chute d'un Ange, son accès d'injustice envers le plus doux des génies et le meilleur des hommes ! . . »

Oui, au dire de ses contemporains, du prince de Conti, du duc de Vendôme, de sa vieille garde-malade, de son fidèle de Maucroix; au dire de La Harpe, peu suspect d'enthousiasme : « Le plus aimable des écrivains était le meilleur - des hommes. Il fut toujours dans sa conduite

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- et dans ses discours aussi vrai, aussi naïf que » dans ses actes. «

- Cher au public, dit Champion, chef aux •- plus grands génies de son siècle, il vécut en » paix avec les écrivains médiocres, ce qui pa- •- raît un peu plus difficile; pauvre, mais sans

- humeur, comme à son insu; libre des chagrins

- domestiques, d'inquiétude sur son sort, possé- •• dant le repos, de douces rêveries et le vrai

- dormir, dont il fait de grands éloges : ses jours » parurent couler négligemment comme ses -• vers. Aussi, malgré son amour pour la soli- -• tude, malgré son goût pour la campagne, ce » goût si ami des arts, auxquels il offre de plus « près leur modèle, il se trouvait bien partout.

- Il s'écrie dans l'ivresse des plus doux senti- « ments qu'il aime à la fois, la ville, la cani- « pagne ; que tout est pour lui le souverain

- bien :

Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique. Les chimères, le rien, tout est bon.

«; Il retrouve en tout lieu le bonheur qu'il porte * en lui-même et dont les sources intarissables « sont l'innocente simplicité de son âme et la

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