A MA FILLE YVONNE
Ces nouvelles t'-tiulfs sur 1rs Harmonies de Lumartintî fonnonl la suit»' natiircllr ^'i le compli^mcnt nécessairr de telles (iin'jai déjà puldicrs sous ci- titre : Ijunnrtinr en Toscane.
Désireux de situer aussi exactement que possible dans la vie puMicjiie et privée du poète lucdnipnsitioi» desdilTérentes pièces du recueil des //«/v//o/</V'.v, j'ai poursuivi la discussion de dates que j'avais instituée en 1908, et je l'ai poussée aussi avant que possible ; le manuscrit d'An{jçers m'a fourni, à cet elVet, quehpies indications précieuses. Mais il reste encore plusieurs pièces dont la datation paraît jusqu'ici impossible à établir.
En tête de ce nouveau travail figure une étude sur <• le lyrisme de Lamartine dans les Harmonies ». Au cours de la discussion de dates, j'ai été amené à aborder la question encore si obscure des premières relations entre Lamartine et Reboul, le |>oète nimois. A la lin de l'ouvrage, j'ai cru utile de placer un cbapilre sur les relations de Lamartine avec M. de La Maisonfort, le ministre de France à la léj^ation de Florence, sous les ordres de qui Lamartine rédigea des dépêches diplomatiques d'octobre 1825 à la lin d'août IS2G.
Un tableau clironoloj;ique des liarnionits enregistre les résultats acquis à l'érudition et sert à clore les études que j'avais entreprises sur ce recueil.
Rennes. 28 octobre 1912.
Le lyrisme de Lamartine
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Pnrmi les œuvres lyri<|ues deLainarliDe, les uds doDoenl la préférence aux Premu^res Méditations, les autres aux //arvwnirt.
Les I^remières Mt'dilatiuiis nttus apparaissent, en etTet, entourées du prestige qui s'atturlie au ttrillaiit d^hut d un grand poète, à l'd'uvre de jeunesse qui fut une révélation et un coup d'eclal. Klles sont toutes vibrantes de passion douloureuse ; le poète y exhale la plainte, toujours si proTondement émouvante pour des civurs humains, de I amour brisé, du bonheur perdu ; sa mélancolie enveloppe comme d'une douce teinte de grisaille ses plus belles slritphes ; et son àme meurtrie s'efforce de demander des consolations a la foi.
Les Harmonies, au contraire, sont l'œuvre du génie mûrissant. Le poète a entin atteint le port où se taisent les orages des passions ; il est en possession d'un bonht^ur silr. Comme son co'ur, sa pensée est paisible, sereine ; et, calme dans sa foi, il s'élève à la haute contemplation des choses de la Nature, de l'Ame, de l'intini. Les Hormunies sont le point d'aboutissement jusqu'où monte en son essor le génie lyrique du poète. Après Jocelijn et la Chute d'un Anije. Lamartine donnera encore les /{erueilleinents : mais dans ce volume tardif (18Iil>). est-il nécessaire de dire qu'on ne retrouve plus l'inspiration des premiers recueils ? Ainsi, dans le développement du génie lyrique de Lamartine, les Harmonies forment, sinon le terme final de l'évolution, du moins le sommet de la courbe décrite ; elles marquent le maximum d'élévation poétique. de sérénité, de puissance : c'est l'apogée de Lamartine considère comme poète lyrique.
(1) Etude iDséréedans le recaeil de Mélangu lilléraireapabïié en décembre 1910 par la Faculté des lettres de Clermont Ferrand À l'occasion du centenaire de sa création.
Telle était bien l'opinion de Sainte-Beuve quand il écrivait: « Depuis les Premirres Médilal ions i\isqnsiu\ Harmonies, Lamartine est allé se développant avec progrès, dérivant de plus en plus de l'élégie à l'hymne, au poème pur, à la méditation véritable... C'est aux Harmonies qu'il faut venir, pour le voir se déployer tout à l'aise..., dans l'elTusion de sa grande manière » (1).
11 m'est impossible, dans cette courte étude, d'examiner tous les thèmes lyriques traités dans les Harmonies ; du moins voudrais-je essayer de déterminer le caractère général de l'inspiration qui préside à lensemble du recueil.
Et d'abord remarquons ce titre à' Harmonies, bien significatit, d'une inspiration élevée et d'une pensée qui a de l'envol. Ce mot « Harmonies » a ici le même sens que « chants lyriques », « odes », « hymnes », « cantates ». Il indique nettement le caractère lyrique des poésies qui composent ce recueil. Ce n'est plus seulement de « méditations » qu'il s'agit, ni même de « recueillements ». Certes Lamartine s'y montre bien toujours le poète méditatif qui jette sur toutes choses, dans l'ordre de la pensée comme dans l'ordre de la nature, un regard contemplateur ; tout ce qu'il contemple ainsi l'invite à rentrer en lui-même, à se recueillir, à rêver, à penser. Mais cette méditation recueillie du poète n'est pas une simple réponse à l'appel venu des choses ; Lamartine n'est pas simplement une « âme de cristal » — comme V. Hugo prétendait l'être lui-même — dont « l'écho sonore » reçoit et répète des vibrations qui se sont produites au dehors. Ce qui vibre en lui, ce sont les « voix intérieures », ce sont les émotions intimes et profondes qui, éveillées par une méditation intense, s'ordonnent et s'organisent en larges ondes, superbement rythmées, de lyrisme et d'harmonie.
C'estbien là, semble-t-il, ce que Lamartine a voulu dire lui-même quand, essayant d'expliquer un jour à M. d'Esgrigny ce que c'est qu'une harmonie, il disait, dans un style d'ailleurs assez confus où nous ne prenons que l'essentiel : « La jeunesse qui s'éveille, l'a-
(1) Portraits contemporains, tome I, article sur Lamartine, écrit en 1832, p. 300 et 302.
inuur qui rdve..., l'àme qui s'cMrve, lu prière qui invoque. ., loxtase <|ui chaule, la riiisou (jui piMiso, la passion qui se hrine..., tous les liruUs de lu vie daus un cœur Honore, ce tsout cch harmonies. Il y en u aulanl qu'il y a de palpitations sur la lihre iultnie de l'émotion humaine. J'en ai écrit queUiues-uncs..., des milluTs d'autres n'ont jamais retenti que dans mon sein. Hue le lecteur s'écoute Uii-iiu^ine sentir et vivre, etc. (I). »
(les poésies (|u'il intitule (( Harmonies b, Lamartine les appelle parfois aussi « Hymnes», terme qui éveille l'idée de poèmes religieux. Une dizaine de pièces portent ce litre dans le recueil des //(jrmomV.T ; ainsi V //ipnne de lu Ault, l //i/mue du Mtitiii, [//i/iitur du Suit\\' /hjinur uuf'ftiist, VZ/i/tnite di- la Moi l,V Uijinue de l'An<if de la J'erre, etc. Ce qui caractérise essentiellement ces diirérentes pièces, c'est leur ton de hautes méditations philosophiques et d'élévations religieuses. Mais d'autres liarmonies aussi, telles qtio /'ensée d>s Mûris, l'Iti/ùu dans les Ci>'Ux,J»-h<ivah,e[c., présentent ce même caractère qui est, en somme, le caractère dominant de tout le recueil : les llarmunies sont des poésies hautement philosophiques et religieuses. C'est bien là le genre de poésie que Lamartine voulait traiter ti cette époque de sa vie (18:i0 1S30) ; c'est bien là l'idée qui le dirigeait dans la composition de sa nouvelle œuvre. « J'écris », disait-il à .M""" la marquise de Uaigecourt, dans une lettre du ii" septembre IHiiiG, « j'écris deu.v pelitsvolumes de poésies purement et seulement religieuses, destinées à la génération qui a conservé un Dieu dans son co'ur. » De même dans une lettre du 1'^^ mars 18-27, à Virieu ; il lui parle de son projet de publier « deux bons volumes de poésies religieuses, senties, goûtées et utiles aux âmes comme les nôtres ».
Fidèle à celle conception première, lorsqu'il publia son recueil en 1S.'{0, il l'intitula Harmonies reivjicuses. Le livre s'adressait, disait-il dans son Avertissement préliminaire, à « un petit nombre » de lecteurs : d'abord à ces « âmes méditatives que la solitude et la contemplation élèventinvinciblement vers les idéesintinies, c'est-àdire vers la religion »,etdont toute l'existence « est un hymne muet à la Divinité et à l'espérance ; » — d'autre part, aux <.<■ cœurs bri-
(1) Lettre i M. d'Esgrigny, en date du 4 novembre 1S49 ; post-scriptum, page XXXIV, dans l'édition des Harmonies publiée chez. Hachette et C'*, 190";. — Kemarquons les mots t cœur sonore », sorte de réminiscence de a l'écho sonore » dt» Victor lluj^o ; mais l'écho est quelque chose de purement passif et réceptif, qui rei;oit du dehors ses vibrations ; le» cn-ur sonore d, au contraire, vibre par ses« voix intérieures*. — < C'étaient romme les annotations en vers de ma vie intérieure >. dit encore Lamartine dans le Commentaire de l'Harmonie Invocation.
ses par la douleur, refoulés par le monde, qui se réfugienl dans le monde de leurs pensées, dans la solitude de leur âme, pour pleurer, pour attendre ou pour adorer ». Aux uns et aux autres, l'auteur des Harmonies apportait, pourrait-on dire, un manuel de méditation, de consolation et d'édification, où l'âme du lecteur est bercée par l'admirable musique des vers et des strophes. Ce qui s'en dégage, en effet, c'est une grande impression religieuse ; ce qui inspire le poète dans ses plus belles pièces, c'est une pensée de foi et d'élévation vers les choses supra-terrestres, c'est l'amour divin, c'est l'idée de la mort, de l'au-delà, de l'infini. Détaché des inspirations profanes de l'amour humain, s'il chante parfois encore des affections humaines, ce sont des affections de famille qu'il exprime, ce sont des souvenirs d'enfance qu'il évoque dans ses vers. Bien des années plus tard, écrivant le commentaire de l'harmonie intitulée Désir, il dira : « C'est l'époque de ma vie où ma pensée... se tourna le plus habituellement vers le ciel, et où tous mes chants étaient des hymnes (1). »
Tout cela posé, allons plus avant et lâchons de saisir comme en sa genèse intime la pensée philosophique d'où procède l'inspiration profonde des Harmonies.
Lamartine est un des poètes français qui ont le plus vivement senti et aimé la Nature, et qui l'ont chantée avec le plus de sincérité et d'art à la fois. Mais si la Nature lui inspire des strophes émues et vibrantes, ce n'est pas seulement à cause des spectacles variés qu'elle présente et des beautés qu'elle offre à ses yeux d'artiste ; c'est qu'elle est pour lui une confidente aimée et amie, qu'il associe aux émotions douces ou pénibles de son âme ; c'est aussi qu'à ses heures de méditation philosophique, il reconnaît en elle la présence de Dieu et l'expression de l'Infini. Le philosophe-poète qu'est Lamartine trouve partout dans les choses de la Nature des manifestations évidentes de la pensée et de la volonté divines; le spectacle de la Nature lui fournit, comme avant lui déjà à Fénelon, à Bernardin de Saint-Pierre, à la-nt
(1) Voir notre étude sur « Lamartine en Toscane et les Harmonies » (Société française d'Imprimerie, etc., 1909).
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li'uutrt'S, un perpéluel art;um(Mil dos « cause» (luale* • (1) iju'il tlovi'liippc avec une amj»l«'ur il une rirliess»» incrvtillfiises ; et r.di lu ni .îiri' .|ii'' cil- Il •iMitiMiipl.diou recut'illie el ftJmiralive