LES IIARMOMÈS DU SON
La clocle, instrument qui remplit un si grand rôle dans notre vie, qui proclamé la naissance des humains, en même temps qu'il annonce leiir mort, qui tressaille avec nos joies et pleure avec nos douleurs , a été chanté par Schiller; il est demeuré trois ans pour achever une ode qui, suivant l'expression de M. de Lamartine , demeurera comme une des plus belles compositions dé Tillustre poëte allemand. Chaque partie de la description de la manufacture de l'instrument est accompagnée de considérations morales qui ont de l'analogie avec ce travail.
En voici les principaux passages , que nous emprun* tons à une excellente traduction de M. X. Marmier, notre éminent et si sympathique écrivain :
<c Le moule d'argile est encore plongé et scellé dans la terre; aujourd'hui , la cloche doit être faîte. A l'œuvre, compagnons! courage! La sueur doit ruisseler du front brûlant; l'œuvre doit honorer le maitre; mais il faut que la bénédiction vienne d'en haut...» Dieu a béni mon travail. Voyez! du milieu de l'enveloppe s'élève le métal ^ pur comme une étoile d'or. De son sommet jusqu'à sa base^ il reluit comme le soleil, et les armoiries bien dessinées attestent l'expérience du mon* leur. Venez! venez, mes compagnons! Formez>le cercle! Baptisons la cloche, donnons-lui le nom de Concorde.
Qu'elle ne rassemble la communauté que pour des réia* nions de paix et d'affection I
oc Qu'elle soit, par le maître qui Ta formée, consacrée à cette œuvre pacifique. Élevée au-dessiis de la vie terrestre 9 elle planera sous la voûte du ciel azuré. Elle se balancera près du tonnerre et près des astres. Sa voit sera une voix suprême, comme celle des planètes, qui, dans leur marche, louent le Créateur et règlent le cours de l'année. Que sa bouche d'airain ne soit occupée qu'aux choses graves et étemelles! Que te temps la touche, qu elle fasse entendre les sons lugubres qui accompagnent les chants du tombeau , qui annoncent le passage du voyageur que Ton conduit à son dernier asile
ce Pendant que la cloche se refroidit, reposons-nous de notre rude travail ; que chacun de nous s'égaye comme l'oiseau sous la feuillée. Quand la lumière des étoiles brille, le jeune ouvrier, libre de tout souci, entend sonner l'heure de la joie ; mais le maitre n'a pas de repos...
oc A présent, brisez le moule, il a rempli sa destination. Que le regard et le cœur se réjouissent à l'aspect de notre œuvre heureusement achevée ! Frappez ! frappez avec le marteau jusqu'à ce que l'enveloppe éclate ; pour que nous voyions notre cloche, il faut que le moule soit brisé en morceaux.
« Le maitre sait, d'une main prudente et en temps opportun, rompre l'enveloppe ; mais, malheur! quand le bronze embrasé éclate de lui-même et se répand en torrents de feu. Dans son aveugle fureur, il s'élance avec le bruit de la foudre, déchire la terre qui l'entoure, et, pareil aux gueules de l'enfer, vomit la flamme dévorante.
Là OÙ régnent les forces inintelligentes et brutales ^ là l'œuvre pure ne peut s'accomplir à chaque heure dans son vol rapide ! Quey sans cœur et sans compassion, elle prête sa voix au destin et annonce les vicissitudes de la vie ! Qu'elle nous répète que rien ne dure en ce monde, que toute chose s'évanouit comme le son qu'elle fait entendre et qui bientôt expire.
c Maintenant, arrachez avec les câbles la cloche de la fosse ; qu'elle s'élève dans les airs, dans l'empire du son ! Tirez ! Elle s'émeut ; elle s'ébranle ; elle annonce la joie à cette ville. Que ses premiers accents soient des accents de paix! ]»
Nous ne voulions rien ajouter à ces lignes, afin de laisser le lecteur sur ces beaux passages, lorsque nous avons reçu de l'éminent écrivain qui les a traduits, un splendide écrin connu seulement d'un petit nombre de personnes choisies, et dans lequel se trouve cette perle suave :
Oh! ces cloches du soîr! Dans leur douce musique J'entends de longs récits de Tantique manoir De mon village aimé , de mon toit domestique. De tous mes heureux jours de jeunesse et d'espoir.
Près d'elle je reviens terminer ma carrière. Plus d'un ancien ami que je voudrais rçvoir. Déjà depuis longtemps dort sous la froide pierre. Et n'entend plus le son de ces cloches du soir.
Ainsi je dormirai dans la tombe muette. L'airain comme à présent au haut du dôme noir, Vibrera chaque jour, et quelque autre poète Chantera les accents de ces cloches du soir.